La prise du Trocadéro ou La guerre d'Espagne de Chateaubriand

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Dans les derniers jours de 1822, Louis XVIII fut sollicité au congrès de Vérone pour intervenir en Espagne. Le peuple, soumis à l'influence d'une partie du Clergé et de l'Inquisition, ne trouva pas les élans qu'il avait eus pour s'opposer aux armées de Napoléon. C'est ce qui fera dire aux anciens des campagnes napoléoniennes et aux détracteurs du régime qu'à l'exception de quelques foyers de résistance et la prise d'assaut du Trocadéro, l'expédition engagée en Espagne fut une "promenade militaire".
Publié le : jeudi 1 janvier 2015
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EAN13 : 9782336365565
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« Cette campagne a posé des problèmes stratégiques parfaitement analysésfoyersfoyersfoyersdedederésistancerésistancerésistanceetetetlalalaprised’assautd’assautd’assautdududuTTrTrocadérr o,o,o,l’expéditionengagéeengagée
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en Histoire de la Révolution et de l’Empire. Il a publié de
nombreux ouvrages historiques : Le général Drouot en 2004 ;
La Bérézina,unevictoiremilitaire,en2006;Pariscontrelaprovince!
Lesguerresdel’Ouest,1792-1796,en2008;LaprovincecontreParis!Jean TTABEURT estest diplômé dedel’École pratique desdes Hautes Études
Lesbarricadesdupeuple,1848-1871,en2009;Saragosse(1808-1809)enenHistoir eeededelalaRévolutionetetdedel’Empir e.e.IlIlaaapubliédede
« La guerre au couteau », en 2011, couronné par le Prix Georges
nombr eeuxeuxouvrageshistoriques::Le:LegénéralDrDrouotenen2004;;;
Mauguindel’AcadémiedesSciencesmoralesetpolitiques.
LaLaBérézina, uneune victoir eemilitaire e,e,enen2006 ;;Paris; contr eelaelaprprovince !!!
LesLesLes guerrguerrguerr esesesdededel’Ouest,l’Ouest,l’Ouest, 1792-17961792-17961792-1796 ,,enen,en200820082008 ;;LaLa;Laprprprovinceovinceovince contrcontrcontr eePariseParisParis !!!
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««La«Laguerr eeaueaucouteau »»,»,en,en2012011,1,cour onnéparparlelePrixGeor gesges
Mauguin dede l’Académie desdes Sciences morales etetpolitiques.
Kronos83
ISSN:1148-7933
SPM ÉditionsS.P.M.ISBN:978-2-917232-29-3 Prix:25€9 782917 232293
KrKronos 8383
ISSNISSNISSN ::1:1148-7933148-79331148-7933
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LapriseduTrocadéro
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ouLaguerred’EspagnedeChateaubriand
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ouLaguerred’EspagnedeChateaubriand01_TROCADERO.indd 1 5/12/14 10:57:5601_TROCADERO.indd 2 5/12/14 10:57:56La prise du Trocadéro
ou
La guerre d’Espagne de Chateaubriand
01_TROCADERO.indd 3 5/12/14 10:57:56Du même auteur
Le général Drouot (Biographie). Préface de Jean Tulard, de l’Institut. Paris,
Éditions historiques Teissèdre, 2004.
La Bérézina, une victoire militaire. Préface de Jean Tular
Éditions Economica, 2006 (coauteur avec Fernand Beaucourt et Lidia
Ivtchenko).
Paris contre la province ! Les guerres de l’Ouest, 1792-1796. Préface de Jean Tulard,
de l’Institut. Paris, Éditions Economica, 2008.
La province contre Paris ! Les barricades du peuple, 1848-1871. Paris, Éditions
Economica, 2009.
Saragosse (1808-1809) « La guerre au couteau », Paris, Éditions Economica, 2011.
Prix Georges Mauguin.
Illustration de couverture :
La Prise du Trocadéro, gravure (détail)
In France militaire. Histoire des Armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1837,
Paris, Delloye, 1838.
© Collection particulière
01_TROCADERO.indd 4 5/12/14 10:57:56Jean Tabeur
La prise du Trocadéro
ou
La guerre d’Espagne de Chateaubriand
Préface de Jean Tulard
de l’Institut
Ce volume est le quatre-vingt-troisième de la collection Kronos
fondée et dirigée par Eric Ledru
SPM
2014
01_TROCADERO.indd 5 5/12/14 10:57:56Remerciements
Après la guerre d’Espagne, pour laquelle je m’étais attaché à l’étude du
siège de Saragosse, il fallait y donner une suite qui soit à l’inverse de l’esprit
de conquête de Napoléon. L’idée de La Prise du Trocadéro ou la guerre d’Espagne
de Chateaubriand m’a été suggérée par M. Jean Tulard, de l’Institut, qui fut
mon directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études. Aussi, en lui
dédiant ce livre, je lui adresse mes remerciements pour l’intérêt qu’il vient
d’apporter à mon travail en l’honorant d’une préface. Qu’il soit assuré de ma
reconnaissance et de ma respectueuse amitié.
© SPM, 2014
Kronos n° 83
ISSN : 1148-7933
ISBN : 978-2-917232-29-3
Editions SPM 16, rue des Écoles 75005 Paris
Tél. : 01 44 52 54 80
courriel : Lettrage@free.fr - site : www.editions-spm.fr
DIFFUSION – DISTRIBUTION : L’Harmattan
5-7 rue de l’Ecole-Polytechnique 75005 Paris
Tél. : 01 40 46 79 20 – télécopie : 01 43 25 82 03
– site : www.harmattan.fr
01_TROCADERO.indd 6 5/12/14 10:57:56Préface
Il faut lire dans les Mémoires d’Outre-Tombe les pages que Chateaubriand
consacre à l’expédition française en Espagne de 1823, intervention qu’il
défendit comme ministre des Affaires étrangères : « Loin de m’excuser
de la guerre d’Espagne, je m’en fais honneur. Le résultat en aurait été
aussi utile qu’il a été glorieux si l’on m’eût laissé le temps de recueillir
la moisson que j’avais semée. »
« D’abord il s’agissait de sauver les Bourbons (d’Espagne)… ensuite de
ramener à la France son alliée naturelle. » Restaurer en quelque sorte
l’œuvre de Louis XIV ébranlée depuis 1789. « L’Espagne, écrit Chateaubriand,
était devenue anglaise » et la France « devait mettre sa frontière des
Pyrénées totalement à l’abri d’une nouvelle invasion. » Wellington n’était-il
pas venu par les Pyrénées pour affronter Soult à Toulouse en 1814 ?
L’intervention en Espagne eut donc pour premier objectif de réduire
un pronunciamento militaire d’officiers libéraux mené par le major
Riego. Mais elle visait aussi à donner « une auréole de gloire militaire
au drapeau blanc » et à rétablir les liens entre Bourbons de France et
Bourbons d’Espagne.
« Ma guerre d’Espagne, le grand événement de ma vie, poursuit
Chateaubriand, était une gigantesque entreprise. Enjamber d’un pas les
Espagnes, réussir là où Bonaparte avait échoué, triompher sur ce même
sol où les armées de l’homme fantastique avait eu des revers, faire en
six mois ce qu’il n’avait pu faire en sept ans… »
Mais on ne peut comparer les deux guerres d’Espagne. Celle de 1808
avait une raison : introduire en Espagne « les Lumières » qui avaient
inspiré la Révolution française, à savoir réformer un pays endormi
dans sa splendeur passée, en supprimant l’Inquisition, la féodalité et
les obstacles à son essor industriel, et une mauvaise raison : substituer
un Bonaparte à un Bourbon sur le trône d’Espagne. C’est la mauvaise
raison qui a perdu Napoléon. Il s’est heurté à la fierté d’une nation et
au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
La guerre de Chateaubriand en est l’inverse. Une bonne raison :
combattre un soulèvement auquel l’assise populaire, essentiellement
01_TROCADERO.indd 7 5/12/14 10:57:568 La prise du Trocadéro ou La guerre d’Espagne de Chateaubriand
paysanne, faisait défaut, et une mauvaise raison : restaurer un monarque
tyrannique et rétrograde.
L’opinion française ne s’y trompa pas et parla de « promenade
militaire », moquant la vanité de Chateaubriand vite disgracié par
Louis XVIII qu’il insupportait.
Pourtant cette campagne a posé des problèmes stratégiques
parfaitement analysés dans cet ouvrage par Jean Tabeur, déjà auteur d’un
Saragosse (1808-1809), soit dans la marche de Madrid à Cadix, siège de la
rébellion, soit lors de la campagne de Catalogne. La prise du Trocadéro
mérite mieux que des sarcasmes encouragés par la modestie du duc
d’Angoulême. Et que ce dernier ait été reçu en triomphateur à Paris un
2 décembre mérite attention.
Cette date symbolisait une revanche et une réconciliation,
malheureusement non suivies d’effets.
Jean Tulard
Membre de l’Institut
01_TROCADERO.indd 8 5/12/14 10:57:56Introduction
Malgré une brillante campagne de France, Napoléon, trahi par le
Sénat, abandonné par ses maréchaux, dut abdiquer sans condition le
6 avril. Les sénateurs prirent acte de cette décision et finalement, par un
texte constitutionnel, ils appelèrent Louis-Stanislas-Xavier de Bourbon à
être roi des Français. Le 2 mai, en signant la déclaration de Saint-Ouen par
laquelle il garantissait les libertés politiques, Louis XVIII promettait un
gouvernement représentatif à deux chambres : la Chambre des députés
de départements et une Chambre des pairs en remplacement du Sénat.
Un premier gouvernement fut constitué dans les jours qui suivirent,
avec notamment Talleyrand aux Affaires étrangères. Puis, dès lors que
les Alliés eurent évacué Paris et que la France retrouvait les frontières de
1792, Louis XVIII fit valoir les prérogatives de sa dynastie. Il s’annonça
comme le successeur de Louis XVII et par voie de conséquence, roi
de France et de Navarre dans sa dix-neuvième année de règne ! Le
4 juin, reprenant les termes de l’Ancien Régime, il octroyait à ses amés
1et féaux conseillers une Charte constitutionnelle. Cette Charte, à l’image
du système politique anglais, reconnaissait les acquis antérieurs, les
libertés individuelles, la vente des Biens nationaux, le Code civil, le droit
de pratiquer son culte, tout en considérant que la religion catholique et
apostolique restait la religion d’État. Cependant, l’article 14 donnait au
roi le pouvoir de faire des ordonnances, tandis que la représentativité du
peuple se trouvait réduite à la seule volonté de quelque cent dix mille
2électeurs capables de payer un cens très élevé .
Ce fut naturellement Talleyrand qui eut la charge de représenter
la France au congrès de Vienne qui s’ouvrit au début novembre.
Organisé par les Alliés pour régler le sort d’une Europe libérée de la
domination napoléonienne, une quinzaine de souverains des petits États
se déplacèrent en personne, alors que les quatre grands pays se firent
1. Terme de chancellerie utilisé autrefois dans les actes et ordonnances des rois de France pour
désigner les serviteurs fidèles et amis dévoués.
2. Le cens ou l’impôt minimum pour être électeur était fixé à 300 francs, somme considérable
pour l’époque qui laisse supposer un revenu annuel important. En comparaison, le salaire
d’un ouvrier qualifié s’élevait en moyenne à 3 francs par jour, soit un peu plus de 800 francs à
l’année suivant les régions et le nombre de jours ouvrables.
01_TROCADERO.indd 9 5/12/14 10:57:5610 La prise du Trocadéro ou La guerre d’Espagne de Chateaubriand
représenter par leurs ministres plénipotentiaires : Nesselrode pour la
Russie, Metternich pour l’Autriche, Humboldt et Hardenberg pour la
Prusse, Wellington et Castlereagh pour l’Angleterre. Avec habileté et
malgré une situation difficile, Talleyrand réussit à imposer la présence
de la France à ce congrès.
Tandis que, pour assurer la dynastie des Bourbons, Louis XVIII
se séparait des élites fidèles à l’Empire et qu’à Vienne les débats se
poursuivaient entre les maîtres de l’Europe, Napoléon débarquait à
erGolfe-Juan le 1 mars 1815. En apprenant presque simultanément le
retour de l’Empereur, l’émotion fut vive tant à Vienne qu’à Paris. D’un
commun accord, les puissances signataires du traité de Paris, y compris
la France, déclarèrent Napoléon « hors des relations civiles et sociales »,
ce qui laissa présumer que la tentative d’un retour de l’Empereur, bien
que triomphal, restait précaire en présence d’une nouvelle coalition.
Louis XVIII avait bien tenté de s’opposer à la marche sur Paris, mais sans
succès. Les troupes envoyées pour l’arrêter s’étaient ralliées à Napoléon
au défilé de Laffrey. Labédoyère à Grenoble, puis Ney à Auxerre se
rallièrent à leur tour, alors que le comte d’Artois et le maréchal Macdonald
choisissaient d’abandonner Lyon sans combattre. Le 20 mars, accueilli
par ses fidèles, Napoléon entrait dans la cour des Tuileries. Dans la nuit
qui précéda le retour de l’Empereur, Louis XVIII avait quitté Paris pour
se réfugier en Belgique et y établir une Cour à Gand. Lamartine, garde
du corps du roi, plus porté sur la poésie que sur les actions guerrières,
avait choisi de prendre la route de la Savoie plutôt que de suivre le
cortège royal. Quant à Chateaubriand, fidèle à ses convictions, il rejoignit
Louis XVIII à Gand où il allait poursuivre la rédaction De Buonaparte et
des Bourbons, à la fois pamphlet contre Napoléon et éloge de la monarchie
légitimiste. Quoi qu’il en soit, le départ précipité de Louis XVIII fut
un coup de semonce pour les Bourbons et il eût été fatal à la dynastie
1si, comme le prétend Chateaubriand , le roi avait suivi le conseil de
MM. Blacas et Duras qui était de s’embarquer pour l’Angleterre et de
s’y réfugier.
2Vingt jours suffirent à Napoléon pour rétablir l’Empire et chasser
les Bourbons des Tuileries. Cent jours d’attente et d’humiliation seront
nécessaires à Louis XVIII pour qu’il retrouve ces hauts lieux, au prix de
la plus funeste bataille perdue par la Grande Armée. En effet, la bataille
de Waterloo mettait un terme au rêve de Napoléon, car l’Europe liguée
contre lui ne lui avait pas pardonné son retour intempestif, alors qu’en
plein congrès de Vienne, où l’on parlait de paix, la guerre générale fut
1. Chateaubriand, Vie de Napoléon, Paris, Éditions de Fallois, 1999, p. 378.
2. Jean Tulard, Les vingt jours, Louis XVIII ou Napoléon ? Paris, Fayard, 2001.
01_TROCADERO.indd 10 5/12/14 10:57:56Introduction 11
rallumée. Tandis que l’Empereur se retirait à la Malmaison après avoir
abdiqué pour la seconde fois, Louis XVIII s’était hâté de quitter Gand
comme le suggéraient ses conseillers. Sans un regard en direction du
champ de bataille qui lui rendait sa couronne, il se hâta de faire le voyage
inverse pour reprendre sa place aux Tuileries.
Cependant, tout en récupérant son trône, Louis XVIII se trouva
en présence de nouvelles difficultés pour assumer la charge de son
règne. Il allait devoir faire face aux indemnités de guerre, à la présence
des troupes d’occupation et à une Chambre ultraroyaliste avide de
vengeance, que lui-même qualifia d’introuvable. Le temps n’était donc
pas encore venu où l’idée de venger Waterloo pourrait redonner à la
France une image plus glorieuse. Dans l’immédiat, les préoccupations
du gouvernement de Louis XVIII étaient tout autres. Le duc de Richelieu,
chef du gouvernement, avait en charge le problème de la libération
du territoire, tandis que Gouvion-Saint-Cyr, ministre de la Guerre,
avait celui de préparer une loi pour réorganiser l’armée. Aussi, pour
le moment, les événements d’Espagne, provoqués par la politique
répressive que menait Ferdinand VII contre les Cortès, ne donnaient
pas matière à inquiétude aux membres du gouvernement de Louis XVIII.
Pourtant, un vent de révolte s’était levé en Espagne contre le refus du
roi à accepter la Constitution de 1812, établie par les Cortès en pleine
guerre d’indépendance. Une révolution prenait forme entre ceux qui
restaient favorables à un régime constitutionnel et ceux qui le rejetaient,
ainsi que Ferdinand VII l’avait décrété. Le conflit s’aggrava d’autant en
Espagne que la Constitution des Cortès sembla s’imposer au Portugal,
dans les royaumes des Deux-Siciles et de Sardaigne, mais aussi dans
les colonies espagnoles d’Amérique du Sud. La propension de ces
États à vouloir se démocratiser, en adoptant la Constitution des Cortès
copiée sur le modèle français de 1791, inquiéta les pays signataires de la
Sainte-Alliance conclue au congrès de Vienne en 1815, entre la Russie,
erla Prusse et l’Autriche. À l’instigation de l’empereur Alexandre I , cette
Charte, inspirée par son égérie du moment, la mystique baronne Juliane
1de Krüdener , contenait l’assurance d’un soutien mutuel contre toute
atteinte au régime des monarchies de Droit divin. Tout en refusant
d’adhérer à ce pacte, l’Angleterre resta néanmoins membre de l’alliance
militaire en charge de l’occupation du territoire français. À son tour
et dès que l’évacuation de la France fut décidée par les vainqueurs au
congrès d’Aix-la-Chapelle en novembre 1818, Louis XVIII, pressé par
1. Barbe-Julie de Wietinghoff, baronne de Krüdener, née à Riga en 1764, décédée à
KarasouBazar en Crimée, en 1824. Femme de lettres liée pendant un temps à Mmes Necker, de Staël et
Récamier.
01_TROCADERO.indd 11 5/12/14 10:57:5612 La prise du Trocadéro ou La guerre d’Espagne de Chateaubriand
Alexandre de lui apporter son soutien, rejoignit le clan de la
SainteAlliance.
À peine furent-ils séparés que les souverains signataires du pacte
d’Alliance, se trouvèrent confrontés à des troubles qui venaient d’éclater
en Allemagne, dans les premiers jours de 1819. Ils étaient causés par
des promesses de Constitution libérale, non tenues, faites à la Prusse
ainsi qu’aux royaumes de Saxe et de Hanovre. Réunis à Tœplitz, les
souverains de Prusse et d’Autriche se concertèrent en vue d’une action
commune pour le bien de leurs peuples. Profitant du désarroi causé par
ces troubles, Metternich organisa une conférence à Karlsbad le 7 août,
où furent réunis les princes allemands. En accord avec les princes,
solidaires pour lutter contre les idées libérales, Metternich obtenait
que des mesures fussent prises pour museler la presse et interdire les
sociétés secrètes. Cependant, le péril révolutionnaire, selon la terminologie
utilisée par les absolutistes pour désigner le mouvement constitutionnel,
ne se trouvait pas uniquement en Allemagne. Il se manifestait partout en
Europe. À ce propos, l’abbé de Pradt avait établi un bilan qu’il présente
dans ses Mémoires, selon lequel 82 millions d’Européens étaient régis
par des lois constitutionnelles : soit plus de la moitié de la population
1européenne qui, à l’époque, s’élevait à 156 millions . Toutefois, dans
ce calcul, il ne tenait compte que de l’ensemble d’une population
supposée politiquement homogène. Or, dans ces pays, fourmillaient
autant d’adversaires que de partisans au régime en place. La France, par
exemple, qui comptait 27 millions d’habitants au début de la Restauration,
se trouvait confrontée à divers courants politiques, entre autres : les
ultras-royalistes, inconditionnels de l’Ancien Régime, représentés par les
chevaliers de la Foi et la Congrégation, opposés aux modérés partisans
de la Charte constitutionnelle ; les demi-solde, aigris d’être évincés de
l’armée, ralliés au mouvement bonapartiste ou à la franc-maçonnerie ;
les carbonari, affiliés à une société secrète proche des idées républicaines
et robespierristes pour certains.
Quoi qu’il en soit, dans les premiers mois de l’année 1820, il y eut
un moment de stupeur dans les chancelleries. Elles apprenaient tout
d’abord qu’en Espagne, un corps expéditionnaire prêt à embarquer à
Cadix pour le Mexique, s’était révolté aux cris de Vive la Constitution !
En Russie, le régiment de la garde Semenowski s’était mutiné à
SaintPétersbourg contre l’autorité et les brutalités de son colonel. Au Portugal
et en Italie, les gouvernements, contraints par la menace, avaient accepté
une constitution à l’image de celle que les Cortès venaient d’imposer
1. De Pradt, Mémoires historiques sur la révolution d’Espagne, Paris, Mme veuve Perroneau,
Imprimeur-Libraire, 1816, p. 264 (doc.num. BnF).
01_TROCADERO.indd 12 5/12/14 10:57:57Introduction 13
au roi d’Espagne. Dans la capitale anglaise, pourtant soumise à un
régime constitutionnel, des mouvements populaires venaient d’éclater
entre Whigs et Tories. En France, l’assassinat du duc de Berry faisait
dire aux ultras que le bras de Louvel avait été armé par les libéraux,
alors que le meurtrier avait agi seul, ne cherchant qu’à tuer celui qui
pouvait perpétuer la dynastie des Bourbons. Enfin, les Grecs conduits
1par les frères Ypsilanti s’agitaient, laissant prévoir que bientôt, ils
allaient trouver le chemin de l’indépendance en se révoltant contre
l’occupant turc. C’était bien un mouvement de révolte général en
Europe qui s’opposait soit à un régime absolutiste, soit à l’autorité d’un
occupant. Le tsar Alexandre, le roi de Prusse, le chancelier Metternich
et Louis XVIII s’en inquiétèrent vivement. À nouveau réunis à Laybach
en janvier 1821, ils s’accordèrent, au nom de la Sainte-Alliance, pour
que l’Autriche intervienne militairement à Naples et à Turin, afin de
rétablir la monarchie menacée dans ses fondements institutionnels. Dans
les derniers jours de l’année 1822, pour les mêmes raisons, Louis XVIII
se vit sollicité au congrès de Vérone pour intervenir en Espagne. Son
neveu, le duc d’Angoulême, reçut la charge et l’honneur de conduire une
armée fière de pouvoir rivaliser avec le souvenir de la Grande armée.
Toutefois, outre la mission de rétablir sur son trône un roi prisonnier,
le duc d’Angoulême en avait une autre, celle de faire oublier Waterloo
et réussir là où Napoléon avait échoué. L’occasion était donnée à la
maison des Bourbons d’éprouver son armée par un baptême du feu, seul
moyen probant et nécessaire pour s’affirmer au regard de l’Europe. Pour
en assurer la bonne marche, les chefs de corps et généraux de division
furent choisis, pour la plupart, parmi les anciens qui avaient servi dans
erles armées de Napoléon I . Cependant, l’état d’esprit de la population
n’était pas le même qu’en 1808. L’armée française qui allait pénétrer
sur le territoire espagnol venait en ami, à la demande de son roi pour
qu’il retrouve ses pouvoirs de monarque absolu. Il ne s’agissait plus
d’une guerre d’indépendance où le patriotisme l’emporte sur l’idéologie,
mais d’une lutte intérieure entre les partisans d’un roi despotique et
les partisans d’une constitution libérale qui faisait peur aux pays de la
Sainte-Alliance. Le peuple, indécis, soumis à l’influence d’une partie
du Clergé et à celle de l’Inquisition, ne trouva pas les élans qu’il avait
eus pour s’opposer aux armées de Napoléon et, à tort ou à raison, il
s’ouvrit à celles de Louis XVIII. Pour l’armée du duc d’Angoulême, les
dangers que comporte une guerre d’intervention allaient donc se trouver
réduits à des combats offrant peu de résistance. C’est ce qui fera dire aux
1. Alexandre Ypsilanti (1792-1828) et son frère Démétrius (1793-1832) se vouèrent à la cause de
l’indépendance grecque, après avoir servi dans l’armée russe.
01_TROCADERO.indd 13 5/12/14 10:57:5714 La prise du Trocadéro ou La guerre d’Espagne de Chateaubriand
anciens des campagnes napoléoniennes et aux détracteurs du régime
qu’à l’exception de quelques foyers de résistance et la prise d’assaut
du Trocadéro, l’expédition engagée en Espagne fut une promenade
militaire !
Carte politique de l’Europe après les traités de 1815
Source : Histoire générale des peuples, t. III, Imprimerie Larousse, 1926
01_TROCADERO.indd 14 5/12/14 10:57:57Première partie
La restauration de Ferdinand VII
01_TROCADERO.indd 15 5/12/14 10:57:5701_TROCADERO.indd 16 5/12/14 10:57:57Chapitre I
Le traité de Valençay
Assigné à résidence, dans la prison dorée du château de Valençay
depuis sa destitution en 1808, Ferdinand VII ne s’attendait pas à
1recevoir la visite du comte de Laforest , en novembre 1813. Envoyé
par Napoléon dans le plus grand secret, Laforest avait pour mission de
négocier le retour de Ferdinand en Espagne. Éprouvé par la campagne
de Russie, en 1812, puis l’année suivante par la bataille perdue à
Leipzig qui lui imposait de battre en retraite, pour la seconde fois,
l’Empereur dut se résigner à en terminer avec le guêpier espagnol. Contre
la menace des Nations alliées liguées contre lui, Napoléon avait besoin
de disposer des armées encore présentes dans la Péninsule. Aussi
décida-t-il de rendre la couronne d’Espagne au prince des Asturies
qu’il avait détrôné, cinq ans plus tôt, au profit de son frère Joseph.
Or, depuis les événements de Bayonne qui avaient conduit la famille
2royale d’Espagne à se disloquer , Ferdinand VII s’accommodait fort
bien de son séjour forcé à Valençay.
Situé au cœur de l’ancienne province du Berry, entre Blois et
Châteauroux, le château de Valençay appartenait à Talleyrand. Il l’avait
acheté un million six cent mille francs, le 7 mai 1803, sur l’ordre du Premier
consul. Bonaparte avait en effet exigé que son ministre des Relations
3extérieures ait une superbe demeure pour recevoir les ambassadeurs
et souverains de marque. Talleyrand n’ayant pu rassembler la totalité
de la somme à payer, le Premier consul lui avait prêté la différence.
C’est ainsi que Talleyrand, devenu prince de Bénévent, put recevoir
1. Le comte de Laforest (1756-1846), parfois orthographié de La Forest, avait été ministre
plénipotentiaire à Berlin en 1805-1806, puis ambassadeur à Madrid de 1808 à 1813.
2. Ses parents, Charles IV et la reine Marie-Louise, avaient été conduits à Marseille, puis à Rome
où ils vivaient au palais Borghèse. Sa sœur, Marie-Louise de Bourbon, reléguée à Compiègne
puis à Nice, fut envoyée à Rome, au couvent des Dominicains, après sa tentative d’évasion.
3. Ce terme, utilisé pour désigner le ministère des Affaires étrangères, par le Directoire en 1795
fut conservé jusqu’en 1814. Charles Delacroix de Conaut (1741-1895), père du célèbre peintre,
fut le premier ministre des Relations extérieures. Il sera remplacé en 1797, par Talleyrand qui
à son tour le sera par Champagny, en 1807.
01_TROCADERO.indd 17 5/12/14 10:57:5718 La prise du Trocadéro ou La guerre d’Espagne de Chateaubriand
Extrait du Glossaire du centre de la France,
Cte Jaubert, Impr. et Libr. Centrales, Paris, 1864 (doc. num. BnF).
et faire les honneurs de son château à ses hôtes espagnols, prisonniers
d’État, mais prisonniers de marque auxquels il devait assurer un séjour
princier. Cette mission particulière venait de lui être confirmée par une
lettre de l’Empereur, en date du 9 mai 1808. Elle lui précisait les souhaits
de Napoléon, pour que les princes oublient qu’ils étaient en résidence
surveillée : « Je désire que ces princes soient reçus sans éclat extérieur, mais
honnêtement et avec intérêt, et que vous fassiez tout ce qui sera possible pour les
amuser. Si vous avez à Valençay un théâtre et que vous fassiez venir quelques
1comédiens, il n’y aura pas de mal. Vous pourriez y faire venir Mme Talleyrand
1. Mme Talleyrand (1761-1834), née Catherine-Noël Worlée, mariée à quinze ans à
GeorgesFrançois Grand, un employé de la Compagnie des Indes. Renvoyée en Europe par son mari en
raison de ses infidélités, elle était devenue une figure du tout Paris quand, après son divorce,
elle épousa le prince Talleyrand, le 10 septembre 1802.
01_TROCADERO.indd 18 5/12/14 10:57:57Le traité de Valençay 19
avec quatre ou cinq femmes. Si le prince des Asturies s’attachait à quelque jolie
femme, et qu’on en fût sûr, cela n’aurait aucun inconvénient, puisqu’on aurait
un moyen de plus pour le surveiller. J’ai le plus grand intérêt à ce que le prince
des Asturies ne fasse aucune fausse démarche ; je désire donc qu’il soit amusé et
1occupé . » Napoléon poursuivait en soulignant que, en considération de
la bonne foi du prince à se «jeter dans ses bras», il ne pouvait l’envoyer
dans une quelconque prison et qu’à ce choix, il préférait un lieu plus
agréable. Quant à Talleyrand, il devait considérer sa mission comme très
honorable, conforme à son rang et dans l’esprit voulu par la nation.
Talleyrand assuma sa fonction de « cicérone » jusqu’au moment où,
dans les premiers jours du mois d’août, il rejoignit l’Empereur à son
retour d’Espagne. Talleyrand ayant pris congé de ses hôtes, ce fut le
comte d’Arberg, chambellan de Napoléon, qui fut nommé gouverneur
pour assurer la vie matérielle des princes et l’administration du château.
Pour les loisirs, Mme de Talleyrand, qui n’était pas autorisée à suivre son
époux, continua à s’ingénier pour leur trouver des occupations. Entre
autres distractions, elle leur faisait faire de la musique. Chaque jour, les
murs du château vibraient au son des boléros et des fandangos. Quant
à leur sécurité, elle était assurée par une garde importante à l’intérieur
du château. À l’extérieur, huit brigades de gendarmerie entouraient
Valençay et surveillaient les environs de la propriété. Quinze gardes
faisaient des rondes journalières, renforcées au plus fort de la nuit
par une patrouille à cheval. Pour éviter toute surprise, une dizaine de
gendarmes, leurs chevaux bridés et sellés, se tenaient prêts à intervenir à
la moindre alerte. D’autre part, pour entrer et sortir du château, il fallait
passer par une seule porte gardée et être muni d’un laissez-passer signé
par le gouverneur. Toutes les autres portes, gardées par des sentinelles,
restaient fermées à toute personne étrangère. Quatre officiers assuraient
le commandement du service de garde.
Depuis son arrivée le 18 mai 1808, entouré de son frère don Carlos
et de son oncle don Antonio, le prince des Asturies avait comme souci
majeur de ne pas déplaire à Napoléon. Ferdinand, en effet, ne perdait
pas l’espoir d’entrer dans la famille impériale, comme le lui avait laissé
2entendre Napoléon dans sa lettre du 14 mai 1808 . Pour cette raison,
il se gardait de toute déclaration ou attitude pouvant porter ombrage
à celui qu’il considérait comme un futur père adoptif. Il le lui prouva,
lorsqu’au début du mois d’avril 1810, il fit arrêter un faux démarcheur
1. Geoffroy de Grandmaison, L’Espagne et Napoléon. 1812-1814, Paris, Librairie Plon, 1931, t. III,
p. 3, (lettre inédite d’après le recueil Lecestre, T. I., extrait) (Doc. num. BnF)
2. Correspondance de Napoléon, pièce n° 13887. À l’infant don Ferdinand, prince des Asturies, en
route pour Valençay : Napoléon prévoyait de lui faire conclure un mariage avec l’une de ses
nièces.
01_TROCADERO.indd 19 5/12/14 10:57:5720 La prise du Trocadéro ou La guerre d’Espagne de Chateaubriand
en livres porteur d’une lettre de George III, proposant de le faire enlever
pour le conduire en Angleterre. En réalité, Ferdinand n’était pas tombé
dans le piège que venait de lui tendre Fouché, alors ministre de la
Police. L’homme en question, nommé Richard, était l’un de ces espions
que Fouché utilisait pour des affaires délicates. Il devait, après s’être
introduit auprès de Ferdinand sous le faux nom d’Albert, se présenter
à lui comme le baron de Kolli, envoyé par le gouvernement britannique
pour le libérer de ses « fers ». Cette manœuvre, digne des basses œuvres
de la police de Fouché, tendait à vouloir prendre en défaut la bonne
foi du prince. S’il avait accepté l’offre qui lui était faite, il est probable
alors que les princes eussent été envoyés dans un lieu plus sûr et moins
princier. Berthémy, le nouveau gouverneur de Valençay, mis dans la
confidence du rôle de cet espion, le fit reconduire à Paris sous escorte
et on n’en parla plus.
Or, le projet de faire évader les princes existait réellement. Le véritable
baron de Kolli, qui se disait Irlandais alors qu’il était né dans un village
près de Commercy, s’appelait en réalité Collignon : le nom de Kolli était
emprunté à celui de sa deuxième épouse, une demoiselle Kolliverger.
Un rapport de police révéla qu’il était le fils d’un militaire et que
luimême avait choisi le parti des armes ; puis, pour éviter l’exécution
1d’un jugement le condamnant à une peine afflictive , il avait quitté
son corps. Depuis, il aurait voyagé beaucoup et c’est au cours de ses
pérégrinations qu’il fit la connaissance d’une comtesse de Bonneval.
Il se trouva que cette fervente royaliste, qui s’était apitoyée sur le sort
de Ferdinand VII, eut l’idée de le faire enlever par le baron de Kolli
qu’elle jugeait capable de réaliser cet exploit. Elle le fit passer à Londres
2avec une lettre de recommandation pour le duc de Kent , écrite par son
directeur de conscience, l’abbé Desjardin. Cet ecclésiastique conservait
des relations d’amitié avec le fils de George III, pour l’avoir connu au
Canada. La suite se déroula selon les souhaits de la comtesse. Kolli
fut mis en présence de lord Richard Wellesley, ministre des Affaires
étrangères qui, après quelques hésitations, adopta les plans du baron.
Le ministre lui remit des instructions pour le roi Ferdinand, ainsi qu’une
forte somme et des diamants : le tout fut estimé à plus de 200 000 livres.
3C’est le futur amiral Georges Cockburn qui eut la mission de débarquer
le baron de Kolli dans la baie de Quiberon, près de Sarzeau. Parvenu
à Paris le 17 mars, il se crut en sécurité en louant une maison dans le
1. J. B. Salgues, Mémoires pour servir à l’Histoire de France, Paris, Imprimerie-Librairie de J. G. Dentu,
1826, t. VIII, p. 322 (doc. num. BnF).
2. Quatrième fils du roi George III.
3. Élevé au grade d’amiral en 1812, sir Georges Cockburn aura la lourde tâche de transporter
Napoléon à Sainte-Hélène.
01_TROCADERO.indd 20 5/12/14 10:57:57Le traité de Valençay 21
bois de Vincennes. Or, depuis le début, son voyage à Londres et le
but de sa mission étaient connus par la police de Fouché. Elle le laissa
s’installer et le 24, dès lors qu’elle sut que tous ses papiers et bagages
lui étaient parvenus, il fut arrêté avec quelques complices qui l’avaient
rejoint. Interrogé par le chef de la police Desmarest, il donna tous les
détails de son plan, mais refusa l’offre qui lui était faite de poursuivre
la mission jusqu’à son terme. En faisant cette proposition, Desmarest
ne faisait qu’appliquer les directives de Fouché telles qu’elles lui étaient
présentées : « Le baron de Kolli sera supposé avoir été à Valençay pour y
remplir sa mission et y avoir été arrêté. On le croira facilement à Valençay,
on le croira aussi à Paris ; ceux qui connaissent Kolli et qui l’ont vu à Paris,
pourront avoir quelque doute, mais ils imagineront qu’au lieu d’avoir été au
secret à Vincennes, il a été envoyé à Valençay. Continuez le secret le plus
1absolu à son égard, c’est important. » C’est ainsi que, pendant que le baron
Kolli était conduit au donjon de Vincennes, l’un de ses complices, qui
n’était autre que Richard, l’espion de Fouché, prenait sa place pour aller
compromettre le prisonnier de Valençay.
Dès qu’il fut rassuré qu’une telle affaire ne pourrait plus survenir,
Ferdinand reprit ses habitudes qu’il faisait partager à ses intimes.
À certains moments, il menait une vie austère observant les règles
d’abstinence, priant le soir entouré de ses proches et sous le regard de
2ses gardiens. Parfois, selon un rapport du gouverneur , il se livrait à
des œuvres pies d’un goût douteux, brûlant les livres antireligieux de
Voltaire, Rousseau ou encore Diderot, qu’il trouvait dans la bibliothèque
de Talleyrand. À d’autres moments, toujours sous la surveillance discrète
de quatre gendarmes, il chassait dans le vaste parc ou encore réservait
sa journée à des promenades, soit avec les princes, soit avec des notables
autorisés à le visiter. Quelquefois, le soir, Ferdinand organisait un bal,
ou plus simplement s’adonnait à des jeux de loto ou de nain jaune
avec les personnes de son entourage, fussent-ils ses propres gardes. En
résumé, comme le souligne Napoléon à Sainte-Hélène : « Ferdinand se
vit à Valençay constamment entouré de tous les soins, de tous les respects
3qu’il pouvait prétendre. » Napoléon laisse entendre, dans cette phrase,
que toutes ces marques de déférence faisaient que le prince en oubliait
sa condition de prisonnier, alors que lui-même n’en recevait pas autant
de son geôlier et souffrait d’être sous les chaînes. Telle était la vie
1. Charles Desmarest, Témoignages historiques de quinze ans de haute police sous Napoléon, Paris,
Alphonse Levasseur, Libraire, 1833, p. 358 (doc. num. BnF).
2. Léonce Grasilier, Le baron de Kolli, Paris, Société d’Éditions littéraires et artistiques, 1902, p. 31,
n.1 (doc.num. BnF).
3. Emmanuel de Las Case, Mémorial de Sainte-Hélène, Paris, Éditions du Seuil, 1968, t. II, p. 1744.
01_TROCADERO.indd 21 5/12/14 10:57:5722 La prise du Trocadéro ou La guerre d’Espagne de Chateaubriand
quotidienne de Ferdinand VII et des princes espagnols, lorsqu’ils eurent
la visite du comte de Laforest le 19 novembre 1813.
1Le comte de Laforest était dans sa propriété de Freschines et se
reposait des suites d’une affection arthritique quand, dans la nuit du
14 au 15 novembre, un courrier lui apporta un paquet accompagné
2d’une lettre du duc de Bassano , dont il prit aussitôt connaissance. La
lettre l’informait des instructions relatives à la mission que l’Empereur
lui confiait. Pour accélérer les affaires d’Espagne, était-il précisé, le
comte de Laforest devait partir pour Valençay, s’y rendre incognito
avec un seul domestique et dans une modeste voiture. Sous un nom
emprunté à consonance espagnole, il lui était demandé de porter au
prince des Asturies la lettre que Napoléon lui adressait. Le principal
pour lui était de voir dans quelles dispositions se trouvaient les Princes
et de reconnaître les personnes en qui ils plaçaient leur confiance. Il y
était ajouté que personne impérativement, y compris le commandant
du château, ne devait connaître l’identité réelle du visiteur. À ces
instructions étaient joints : un passeport sous le nom de Del Bosche,
qui lui était nécessaire pour préserver son incognito ; une lettre fermée
de S. M. au prince Ferdinand, avec une copie pour lui-même dont il
devait prendre connaissance ; deux lettres de Savary, ministre de la
3Police, l’une pour le commandant de Valençay , l’autre pour le préfet
4de l’Indre . Cette dernière devait parvenir au préfet par exprès, avant
son arrivée au château de Valençay. Le duc de Bassano l’informait
également que, selon le désir de l’Empereur, il pourrait faire parvenir
ses lettres en se servant de la voie de l’estafette de Bayonne qui passe
par Tour et Blois. Lui-même devait faire connaître à qui pouvaient être
envoyées les lettres qui lui seraient adressées. D’autre part, sachant que
le comte de Laforest éprouvait des difficultés à écrire, le secrétaire qui
allait l’accompagner était porté sur le passeport de Del Bosche. Dans la
journée, le comte répondit au ministre que sous ce nom d’emprunt, il
faisait parvenir au préfet de l’Indre la lettre qui devait le précéder et,
d’autre part, qu’il pouvait adresser son courrier au chevalier Jean-Anne
Pardessus, notaire à Blois. Ce dernier était chargé de les lui faire passer
par des exprès. « C’est après de mûres réflexions, précisait-il, la personne qui
1. La propriété de Freschines est située sur la commune de la Chapelle-Vendômoise, près de Blois
dans le Loir-et-cher.
2. Maret, duc de Bassano, était ministre des Relations extérieures pour quelques jours encore, il
sera remplacé par Caulaincourt duc de Vicence, le 19 novembre 1813.
3. Le commandant de Valençay, François-Antoine de Reiset (1763-1836), remplaçait le chef
d’escadron Berthémy qui, lui-même, avait remplacé le comte d’Arberg rappelé dans sa fonction de
chambellan de l’Empereur.
4. Gille Auguste Prouveur de Pont de Grouard (1759-1843).
01_TROCADERO.indd 22 5/12/14 10:57:57Le traité de Valençay 23
offre le plus de garanties pour le secret de la correspondance entre Del Bosche
1et V. Exellence. »
La distance à franchir entre Freschines et Valençay n’était que de
soixante-cinq kilomètres, mais en cette période hivernale les routes
boueuses ralentissaient l’allure. Ce fut pourtant sans retard et en chaise
de poste que le comte partit, accompagné de son secrétaire. En arrivant
à Valençay, il eut la prudence de ne pas se rendre immédiatement au
château, mais d’aller à l’auberge où il allait devoir se loger. Il fut bien
avisé, car une lettre du duc de Bassano, arrivée depuis peu, lui était
destinée. À la lecture de ce courrier, il comprit ce que l’Empereur attendait
de lui. Dans un premier temps, il devait garder à l’esprit que la dynastie
des Bourbons qui régnait en Espagne avant 1808 allait être rétablie. Il
devait, en conséquence, s’entretenir en secret avec les princes et les
amener à accepter la proposition de paix que Napoléon leur offrait aux
conditions suivantes : évacuation réciproque des territoires ; restitution
des prisonniers dès que les Anglais auront évacué l’Espagne ; les biens des
partisans du roi Joseph seront restitués et garantis. D’autres conditions
particulières s’ajoutaient à celles-ci. Premièrement, Ferdinand devait
servir à Charles IV la pension que Joseph s’était engagé à lui octroyer.
Deuxièmement, une amnistie entière était demandée pour les Espagnols
qui s’étaient attachés à la France. Enfin, l’Espagne devait conserver non
seulement son territoire restitué, mais aussi son territoire colonial. Par
ailleurs, il était précisé qu’aucune de ses colonies ne serait cédée à la
Grande-Bretagne. Une clause spéciale, plus délicate, devait être évoquée
par le comte de Laforest, quand il jugerait que le moment était venu de
l’aborder. Napoléon proposait que Ferdinand, selon son propre vœu,
épouse la fille de son frère Joseph, Zénaïde Charlotte, âgée de treize
ans. Le traité, une fois conclu et signé, serait remis à un personnage de
confiance choisi par les princes et porté à la régence de Madrid pour
le ratifier. Tout ceci dans le plus grand secret, afin qu’il ne tombe dans
des mains anglaises ou dans celles des chefs libéraux susceptibles d’en
empêcher la ratification. Le traité ratifié, accompagné de son frère et de
son oncle, Ferdinand pourrait alors quitter la France et remonter sur le
trône d’Espagne.
Pendant que le comte prenait connaissance des directives de sa
mission et se préparait à rencontrer les princes, Napoléon tenait le même
discours au duc de San Carlos, un ancien familier de Ferdinand. En
résidence surveillée à Lons-le-Saunier, le duc de San Carlos avait été
appelé à Saint-Cloud, tout surpris par l’urgence de cette convocation.
1. Geoffroy de Grandmaison, Correspondance du comte de Laforest, Paris, Librairie Alphonse Picard
et Fils, 1913, t. VII, p. 172 (doc. num. BnF).
01_TROCADERO.indd 23 5/12/14 10:57:5724 La prise du Trocadéro ou La guerre d’Espagne de Chateaubriand
Il ne tarda pas à comprendre que l’affaire était d’importance et que
sa position de familier du roi aiderait le comte de Laforest dans sa
démarche auprès des princes. C’est avec un passeport au nom de Ducos
qu’il arriva à Valençay dans la nuit du 21 novembre, alors que depuis
deux jours déjà, le comte de Laforest l’avait devancé et s’était entretenu
avec les princes d’Espagne.
La lettre que le comte avait remise au prince des Asturies, lors du
premier entretien, avait laissé ce dernier circonspect, craignant un piège
de la part de Napoléon. Le souvenir de Bayonne et surtout, la manière
dont il avait été détrôné, fit qu’il hésita à ouvrir la lettre, puis se ravisant
il lut le message de l’Empereur :
« Mon cousin, les circonstances dans lesquelles se trouve actuellement
mon empire, et ma politique, me font désirer de terminer d’une seule fois les
affaires d’Espagne. L’Angleterre y fomente l’anarchie et le jacobinisme, et
travaille à anéantir la monarchie et à détruire la noblesse, pour établir une
république : je ne pourrai voir qu’avec la plus grande peine la destruction
d’une nation si voisine de mon état, et avec laquelle j’ai tant d’intérêts
maritimes communs.
Je désire donc ôter tout prétexte à l’influence anglaise, et rétablir les
nœuds d’amitié et de bon voisinage qui ont existé si longtemps entre les
deux nations.
J’envoie à V. A. R. le comte Laforest sous un nom supposé ; et V. A.
doit ajouter foi à tout ce qu’il lui dira. Je désire des sentiments d’amitié et
d’estime que je lui ai vouée.
Mon cousin, cette lettre n’étant à d’autres fins, je prie Dieu qu’il accorde
de longues années à V. A.
1Saint-Cloud, le 12 novembre 1813, votre cousin, Napoléon. »
L’étonnement de Ferdinand fut à la mesure de ce que Napoléon avait
dû ressentir en écrivant cette lettre. La menace supposée de l’Angleterre
lui avait servi de prétexte pour cacher les revers de sa propre politique
et la blessure de son orgueil. Cependant, le prince resta dubitatif quant
aux motifs évoqués pour lui rendre sa liberté. Le comte de Laforest dut
alors user de diplomatie pour le convaincre de la sincérité de l’Empereur.
Il fit valoir la phrase qui était de rétablir les liens d’amitié et de bon
voisinage entre la France et l’Espagne. Puis, pour argumenter la pensée
de l’Empereur, il commenta la politique de l’Angleterre à l’égard de
l’Espagne. Le comte n’eut pas de difficulté à démontrer l’influence du
Cabinet britannique sur tout ce qui s’était passé en Espagne depuis 1792,
1. Juan Nellerto, Mémoires pour servir à l’histoire de la révolution d’Espagne, Paris, Imprimerie de
Plassan, 1815, t. II, p. 373 (doc.num. BnF).
01_TROCADERO.indd 24 5/12/14 10:57:57Le traité de Valençay 25
visant à ruiner sa marine, à affaiblir ses colonies et à rompre l’amitié
franco-espagnole. Selon les Mémoires d’Escoïquiz, il chercha même à
prouver que l’Angleterre, en protégeant la maison de Bragance, voulait la
1porter sur le trône d’Espagne en y plaçant d’abord la princesse du Brésil .
Finalement et en accord avec son frère et son oncle, Ferdinand exprima
le désir de s’entretenir avec eux pour réfléchir à la réponse qu’il ferait à
la lettre de Napoléon. Avant de se retirer, le comte promit aux princes de
lui faire connaître les noms des conseillers espagnols, détenus en France,
que l’Empereur pourrait lui adjoindre. Mais il insista sur la nécessité du
secret absolu de sa démarche et de l’urgence de leur décision.
Lorsque le lendemain, le comte fut reçu par les princes, Ferdinand avait
déjà pris des allures de monarque, entouré de son frère assis à sa droite
et de son oncle assis à sa gauche. C’est avec un accent de gravité qu’il
fit connaître sa réponse, après qu’il eût invité le comte de Laforest à
s’asseoir en face de lui. Il dit alors « qu’il avait mûrement réfléchi aux
ouvertures et aux observations qui lui avaient été faites ; qu’il appréciait les
intentions de l’Empereur ; qu’il était indispensable pour y répondre de se
concerter avec les autorités qui exercent provisoirement en Espagne l’autorité
royale en son nom ; qu’enfin il ne pouvait faire un pas qu’avec le concours et en
présence d’une commission qui lui serait envoyée par le gouvernement auquel le
2peuple espagnol obéit . » Ferdinand poursuivit sa pensée en déclarant qu’il
ne voulait rien faire de hasardeux tant qu’il n’en verrait pas clairement
l’issue. Pour terminer, il ajouta avec tristesse qu’il n’avait confiance
dans aucune des personnes enfermées en France qu’on lui proposait.
À ce propos, le comte lui fit remarquer qu’il était injuste avec eux et
que par ailleurs, il ne trouverait sans doute personne à la Régence de
Madrid prêt à l’aider de ses conseils. Touché par cette juste observation,
le prince, ne sachant qui désigner, s’en remit au bon sens qui était de
3renouer avec ses anciens et fidèles serviteurs . L’entretien se termina par
la promesse qu’il allait écrire à l’Empereur et que la lettre serait prête
à lui être confiée lors de sa prochaine visite. Le comte de Laforest avait
réussi à gagner la confiance de Ferdinand et lorsque le duc de San Carlos
arriva et qu’il put convaincre Ferdinand de sa fidélité, le texte du traité
commença à prendre forme.
Dans les jours qui suivirent et à la demande de Ferdinand, M. Macañaz
fut appelé à Valençay et admis au conseil tenu entre les princes, le duc
1. A. de Beauchamp, Collection des Mémoires, Paris, Michaud, Libraire-Éditeur, 1824, t. I, Mémoires
d’Esqoïquiz, p. 246 (doc. num. Google).
2 2 Cte de Laforest, op. cit., t. VII, p. 178-181.
3. Il s’agissait de son ancien précepteur, le chanoine Escoïquiz détenu à Bourges, de son secrétaire
particulier Macañaz, sous surveillance à Paris, du général Palafox, emprisonné à Vincennes et
du duc de San Carlos interné à Lons-le-Saunier.
01_TROCADERO.indd 25 5/12/14 10:57:5826 La prise du Trocadéro ou La guerre d’Espagne de Chateaubriand
de San Carlos et le comte de Laforest. Arrivé le 30 novembre, il avait
été reçu immédiatement par son ancien maître, curieux de connaître la
situation des Espagnols vivant en France. Toutefois, dans le courrier qu’il
adressa à son nouveau ministre de tutelle, le comte notait que le duc de
San Carlos l’avait prévenu de ce qu’il fallait dire et taire en sa présence.
Il ne devait connaître que la partie relative à la négociation de paix. Pour
le reste, le duc se chargeait de lui inculquer les idées qu’il devait porter
à l’esprit des princes, pour les convaincre du bien-fondé d’un retour en
Espagne. Néanmoins, les conférences se poursuivirent et le traité entre
l’empereur Napoléon et le roi Ferdinand VII fut signé dans la nuit du
10 au 11 décembre. Il rassemblait en quinze articles les souhaits établis
à Saint-Cloud par Napoléon et que l’on peut résumer ainsi : « paix et
amitié entre le roi Ferdinand VII et l’empereur Napoléon ; toutes les hostilités,
tant sur terre que sur mer, cesseront entre les deux nations ; l’Empereur des
Français reconnaît don Ferdinand comme roi des Espagnes et des Indes ;
l’Empereur reconnaît l’intégrité du territoire d’Espagne, tel qu’il existait avant
la guerre actuelle ; les provinces et places occupées par les troupes françaises
seront remises dans l’état aux gouverneurs et aux troupes espagnoles envoyées
par le roi ; le roi Ferdinand s’engage à maintenir l’intégrité du territoire et à le
faire évacuer par l’armée britannique ; une convention militaire sera conclue
entre un commissaire français et un commissaire espagnol pour que l’évacuation
des troupes françaises ou anglaises soit faite simultanément ; l’Empereur et le
roi s’engagent à maintenir l’indépendance de leurs droits maritimes, tels qu’ils
étaient jusqu’en 1792 ; tous les Espagnols attachés au roi Joseph rentreront
dans leurs honneurs, droits et prérogatives dont ils jouissaient ; les prisonniers
de Cadix, de Pampelune, de la Corogne et ceux d’autres dépôts ou remis aux
Anglais seront rendus, où qu’ils se trouvent, en Espagne, en Amérique ou en
Angleterre ; S. M. Ferdinand VII s’engage à payer au roi Charle IV et à la
reine une somme annuelle de trente millions de réaux. Tous les Espagnols à
leur service auront la liberté de résider hors du territoire espagnol ; un traité de
commerce sera conclu entre les deux puissances, tel qu’il était avant la guerre de
1792 ; enfin, les ratifications du présent traité seront échangées à Paris dans le
1terme d’un mois, ou plutôt, si faire se peut. » Le traité était signé par le duc
de San Carlos et le comte de Laforest. Parmi les propositions faites par
Napoléon, seul le mariage avec la fille de Joseph n’était pas stipulé dans
la rédaction du traité. Par ailleurs, peu satisfait de ce choix, Ferdinand ne
pouvait cependant reculer en remettant en cause cette clause. Mais, tout
en affirmant qu’il ne changerait pas d’avis, il prétendit attendre d’être
à Madrid pour se prononcer sur ce mariage.
1. Juan Nellerto, op. cit., t. II, p. 381-384.
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