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La question kurde : passé et présent

De
146 pages
La question kurde émerge au début du XXe siècle comme une question "minoritaire" liée à l'apparition des Etats-nations modernes au Moyen-Orient. De par sa nature transfrontalière, elle ne peut pas être comprise dans sa complexité si l'on néglige les connexions intra-kurdes et la gestion régionale du conflit kurde par les Etats concernés. Cet ouvrage repose sur une grille de lecture à plusieurs niveaux, proposant des interprétations fines et parfois paradoxales.
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Jordi Tejel Gorgas
LA QUESTION KURDE :PASSÉ ET PRÉSENT
Dans la même collection : 2012 e Mounir Corm,Pour une III république libanaise. Étude critique pour une sortie de Taëf Marc Lavergne(Dir.),Égypte une société en quête d’avenir, an 2 de la révolution, Marc Lavergne(Dir.),Égypte, l’émergence d’une nouvelle scène politique, an 2 de la révolution Sébastien Abis,Pour le futur de la Méditerranée, l’agriculture Sylvia Chiffoleau,Sociétés arabes en mouvement, trois décennies de changements Faouzia Zouari,Pour un féminisme méditerranéen Abdelatif Idrissi,Pour une autre lecture du Coran
2013 Gilbert Meynier,Pour repenser l’Algérie dans l’histoire Olivier Marty et Loïc Kervran,Pour comprendre la crise syrienne, éclairages sur un printemps qui dure Nicolas Dot Pouillard,Tunisie : la Révolution et ses passés Catherine Wihtol de Wenden,Pour accompagner les migrations en Méditerranée Haoues Seniguer,Petit précis d’islamisme : des hommes, des textes et des idées
© L'Harmattan, 2014 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03722-6 EAN : 9782343037226
La question kurde : passé et présent
La bibliothèque de l'Iremmo
Collection dirigée par Pierre Blanc et Bruno Péquignot
Cette collection se propose de publier des textes sur tous les aspects de la vie sociale de la Méditerranée et du Moyen-Orient. Tous les domaines sont concernés, de la politique à la culture et aux arts, de l’analyse des mœurs et des comportements quotidiens à l’économie, de la vie intellectuelle à l’étude des institutions et organisations sociales, sans oublier la dimension historique ou géographique de ces phénomènes. L’objectif est de créer une sorte d’encyclopédie, au sens historique de ce terme, présentant, de façon claire et rigoureuse, toutes les connaissances produites par la recherche scientifique, mais aussi par les réflexions des acteurs impliqués à tous les niveaux de la société. Chaque ouvrage vise à faire le point sur un sujet traité dans un souci de le rendre accessible au-delà des cercles des spécialistes.
Jordi Tejel Gorgas
La question kurde : passé et présent
L’HARMATTAN
● ● ●Introduction
En 1997, Hamit Bozarslan publiait « La question kurde. États et minorités au Moyen-Orient », un travail qualifié par l’auteur lui-même comme « quelque peu ardu », mais qui désormais deviendra à juste titre l’opus de référence en la matière que cela soit en France ou ailleurs. Une dizaine d’années plus tard (2009), un second ouvrage du même auteur – « Le conflit kurde. Le brasier oublié du Moyen-Orient » – a rempli une double fonction : celle de vulgariser certaines idées avancées en 1997 et celle d’actualiser une problématique en constante évolution depuis un siècle déjà. On peut se demander alors quel est l’intérêt d’un nouveau livre de synthèse sur la question kurde ? En dépit des contraintes d’espace, cet ouvrage vise, d’une part, à rendre compte des dynamiques libérées par les événements inattendus de 2011 dans l’ensemble du Moyen-Orient, y compris dans l’espace kurde et d’autre part à offrir une perspective historique de longue durée tout en identifiant les ruptures et les continuités du conflit kurde. Il repose par ailleurs sur une grille de lecture à plusieurs niveaux d’observation et introduit dans chaque chapitre des variations dans les échelles d’analyses : macro, méso et micro. Ce procédé permet de proposer des interprétations fines et parfois paradoxales sur la question kurde, notamment grâce à la mise en valeur d’une vaste recherche archivistique et de mes expériences de terrain au Kurdistan. Pour ce faire, le livre approche la question kurde, une question « minoritaire » avant tout, à partir d’une perspective processuelle, interactive et relationnelle avec un double objectif. Tout d’abord, et
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acceptant l’« invitation » de Hamit Bozarslan (2006), cet ouvrage cherche à « rompre avec l’hypothèse d’une singularité kurde », en inscrivant le cas kurde dans des dynamiques globales dont les chercheurs et les observateurs ne peuvent pas faire l’économie. En ce sens, je vais mettre en évidence les similitudes entre divers conflits dans la région, d’une part, et placer certains événements et processus touchant la question dans un contexte régional voire global, d’autre part. Cet exercice nous permettra de comprendre certains événements marquants dans le conflit kurde non seulement en évitant des analyses portées sur l’aspect exceptionnel du cas kurde, mais aussi sur les théories du complot, largement répandues au Moyen-Orient. Il veillera ensuite à éviter une narration anhistorique du conflit kurde ; soit une lutte sans répit entre une « minorité » kurde homogène, désirant l’autonomie du Kurdistan, et des gouvernements centraux tout aussi monolithiques et représentant la « majorité » arabe, turque et persane. Ainsi, il convient de prendre la précaution analytique suivante : bien que les régimes prétendent représenter la « majorité » et que les élites « minoritaires » projettent à l’extérieur uneimaged’homogénéité de leurs groupes respectifs, les pratiques quotidiennes, les tensions internes et les actions de certains de leurs segments contredisent cette image (Migdal, 2001). Deuxièmement, des anthropologues et historiens ont depuis plusieurs années déjà mis le doigt sur l’écueil du « groupisme » ou la tendance des études sur les phénomènes identitaires à naturaliser, essentialiser et réifier les « groupes » (Barth 1969 ; Brubaker 2002). Les critiques du « groupisme » soulignent, au contraire, que la formation de « groupes » identifiés comme « minoritaires » est, en réalité, le résultat d’une histoire de relations de pouvoir et, par conséquent, le résultat d’un processus social ou d’une construction. Autrement dit, les « groupes » –« ethnies », « nations », ou encore « minorités » et « majorités »– loin de constituer des formations humaines données ou pré-existantes, s’avèrent être des catégories sociales, des produits de discours politiques. Le chercheur a, en ce
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sens, la « mission » de problématiser ces concepts et d’expliquer comment les groupes sociaux et politiques décrits par ces catégories apparaissent et se développent, plutôt que de leur coller des « étiquettes » qui ne révèlent pas grande chose sur ces processus. Cependant, force est de constater que ces catégories peuvent acquérir une valeur performative dans le champ politique. Ainsi, par exemple, en situations de crise ou de violence de masse, des individus qui ne s’identifiaient pas à un groupe en particulier jusque-là peuvent se considérer ou tout simplement être perçus par les « autres » comme étant membres d’un « groupe » ethnique ou national. Dès lors, des concepts tels que « ethnie », « nation » ou « minorité » deviennent des grilles d’interprétation du monde laissant apparaître une certaine « logique » dans les rapports qu’entretiennent les individus et,in fine, assurant le succès du travail performatif des entrepreneurs identitaires. En ce sens, une autre distinction conceptuelle s’avère nécessaire. Le fait de parler une langue donnée ou de professer une religion, ou même d’avoir une conscience ethnique et/ou religieuse, n’implique pas nécessairement un engagement militant dans une organisation politique de défense des « droits » de tel ou tel groupe. Comme il en ressort de la littérature sur les mouvements sociaux, l’engagement dans un mouvement social dépend de beaucoup de facteurs –la socialisation, les contingences, les opportunités, les cadrages, pour n’en citer que quelques uns– autres que la simple existence d’une identité partagée par plusieurs individus. À l’inverse, nous pouvons constater que des individus et des groupes identifiés par un critère « objectif » comme la langue peuvent s’allier, également pour des raisons diverses, au pouvoir et, par conséquent, se positionner contre les mouvements censés les défendre. La perspective de longue durée ainsi que les travaux à une échelle d’observation « micro » nous montrent, entre autres, que les membres des « majorités », qu’ils représentent l’Etat ou pas, et des « minorités » ne sont pasen tout tempseten tout lieuopposés. Les études de cas permettent d’identifier des périodes dans lesquelles
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