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La question macédonienne de 1944 à nos jours

De
376 pages
Cet ouvrage est consacré à la question macédonienne en Bulgarie, depuis l'époque communiste et à ses polémiques avec la République (yougoslave) de Macédoine. Celles-ci concernent l'appartenance nationale d'une longue série de personnages et d'évènements historiques, la langue vernaculaire slave parlée en Macédoine et les droits des personnes qui se considèrent comme Macédoniens en Bulgarie.
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La Question Macédonienne
de 1944 à nos jours













Tchavdar Marinov






La Question Macédonienne
de 1944 à nos jours

Communisme et nationalisme dans les Balkans
































© L’HARMATTAN, 2010
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-12676-3
EAN: 9782296126763


Remerciements


Je tiens à remercier tout particulièrement Mme Anne-
Marie Thiesse (sociologue, CNRS), directrice de ma Thèse de
doctorat, Mme Liliana Deyanova (sociologue, Université de
Sofia), ma codirectrice, M. Alexander Vezenkov, historien, et
M. Dimitar Bechev, spécialiste des relations internationales.
Sans leur aide cette étude aurait été impossible.
Mes remerciements vont également à d’autres
personnes avec qui j’ai approfondi de nombreuses questions
liées à l’histoire et au présent de la Macédoine : Miladina
Monova, Bernard Lory, Victor Friedman, Ulf Brunnbauer,
Keith Brown, Vemund Aarbakke, Vasilis Gounaris, Stefan
Troebst, Christian Voss.
Enfin, ce travail doit beaucoup au soutien de mes
parents Pavlina et Ivaylo Marinov, et à ma sœur Albena
Ivaylova auxquels j’exprime ici toute ma gratitude.








7




















Sommaire


Grille de translittération 13
Introduction
La Question macédonienne et les régimes
communistes dans les Balkans
Le contentieux sur le passé de la Macédoine 15
Le passé contentieux : la Macédoine avant les 22
partis communistes
La contribution communiste au développement 34
du nationalisme macédonien
Chapitre 1
L’Idée de fédération bulgaro-yougoslave et la
« macédonisation » de la région du Pirin
Les projets de fédération sud-slave 47
La construction d’une identité macédonienne 54
dans le Pirin : le recensement de 1946 et les
innovations culturelles
La fin de l’« autonomie culturelle » du Pirin et 66
ses répercussions au sein de la diaspora
macédonienne en Bulgarie
L’évolution de la ligne du Parti vers une 73
« réhabilitation » du nationalisme bulgare
La politique identitaire dans la région du Pirin 79
pendant les années 1950
Chapitre 2
La « Boîte de Pandore » : les polémiques entre
la Bulgarie et la Yougoslavie pendant les
années 1960
La fin de la « macédonisation douce » 91
« Que les historiens révèlent les faits objectifs » : 97
l’éphémère « amitié » bulgaro-yougoslave au
milieu des années 1960
9
« C’est notre histoire à nous » : l’ébullition des 105
controverses en 1967
Une offensive tous azimuts : la formulation d’une 113
nouvelle ligne politique bulgare sur la Question
macédonienne
Entre la guerre historiographique et la guerre 120
politique : la crise de 1968-1969
Chapitre 3
Histoire contre droits de l’homme : les
controverses sur la Question macédonienne
pendant les années 1970-1980
« Qu’est-ce qu’une nation ? » : le regard des 129
dirigeants communistes
Une controverse « à feu doux » 138
L’usage du « processus d’Helsinki » par les 147
dirigeants communistes
« Telle est la vérité » : les polémiques dans les 158
années 1980
Le contexte international du nationalisme 166
communiste
Chapitre 4
La Construction de la « vérité historique » : les
historiens et les linguistes dans le différend
bulgaro-macédonien
L’institutionnalisation des études historiques en 173
Bulgarie et en Macédoine sous le communisme
De l’« internationalisme marxiste-léniniste » au 181
« chauvinisme bourgeois » : la réécriture de
l’histoire nationale bulgare dès les années 1960
Le développement des polémiques 188
historiographiques
La défense de la langue : polémiques entre 200
linguistes bulgares et macédoniens
10
La proclamation de l’« Unité de la langue 210
bulgare » entre anti-macédonisme et russophobie
Chapitre 5
L’« Education patriotique » : le nationalisme
macédonien en Bulgarie communiste et les
stratégies d’homogénéisation nationale
La région du Pirin : une frontière ethnique 217
incertaine
La « disparition » statistique des 220
« Macédoniens » en Bulgarie
De l’opposition à la « macédonisation » au 228
« macédonisme » : le développement du
nationalisme macédonien dans le Pirin à l’époque
communiste
L’« éducation patriotique » de la population du 242
Pirin dès les années 1960
L’Union des Associations culturelles-éducatives 251
macédoniennes et le nationalisme macédonien à
l’intérieur de la Bulgarie
Chapitre 6
Un conflit « mondialisé » : les diasporas
macédoniennes et la politique identitaire
bulgare
La Guerre civile grecque et l’exode des 263
Macédoniens slavophones
La Bulgarie et les réfugiés égéens en Europe de 266
l’Est
D’« émigrés politiques grecs » à citoyens 273
bulgares : les Egéens en Bulgarie
La Bulgarie communiste et la diaspora 283
macédonienne en Australie et au Canada
La coopération « patriotique » de communistes et 293
anticommunistes : la Bulgarie et l’Organisation
patriotique macédonienne (MPO)

11
Chapitre 7
Après le communisme : la Bulgarie et la
République de Macédoine face aux questions
de l’identité nationale
Un nouveau défi dans les Balkans : 307
l’indépendance de la République de Macédoine
Les hommes politiques bulgares dans la nouvelle 315
« controverse linguistique »
Les VMRO en République de Macédoine et en 322
Bulgarie
Macédoniens en Bulgarie / Bulgares en 328
Macédoine (?)
De la yougonostalgie à l’antiquisation : 339
l’historiographie et les politiques de mémoire en
Macédoine aujourd’hui
Remarques de conclusion 351
Nationalisme et communisme : quel rapport ?
359 Bibliographie

















12
Grille de translittération

alphabet alphabet
bulgare macédonien
А а a А а a
Б б b Б б b
v v В в В в
g g Г г Г г
Д д d Д д d
Е е e Ѓ ѓ gj
Ж ж ž Е е e
z ž З з Ж ж
i z И и З з
Й й j Ѕ ѕ dz
К к k И и i
Л л l Ј ј j
m k М м К к
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13



































Introduction

La Question macédonienne
et les régimes communistes
dans les Balkans


Le contentieux sur le passé de la Macédoine
Le présent travail est consacré à un aspect central de
ce qu’on désigne couramment comme la « Question
macédonienne » : aux débats sur l’histoire et l’identité
1nationale des Slaves de Macédoine qui ont cours entre la
Bulgarie et la Macédoine (ex-)yougoslave depuis l’époque
communiste. Au cœur de ces débats est le problème de
l’appartenance nationale d’une longue série de personnages et
d’événements importants revendiqués à la fois par le
nationalisme bulgare et par le nationalisme macédonien. Ils
concernent aussi la langue vernaculaire slave parlée en
Macédoine et le statut des personnes en Bulgarie qui se
considèrent comme Macédoniens.
Ce choix n’est pas aléatoire. Une vaste littérature dans
les langues dites « occidentales » est consacrée au
développement de la Question macédonienne depuis la fin du
e
19 siècle. Mais les ouvrages en question restent pour la
plupart focalisés sur les événements politiques et les aspects
diplomatiques d’une période ou d’une autre. Ils ne
s’interrogent pas sur la façon dont le « contenu » historique
qu’ils décrivent est perçu, imaginé, construit et
instrumentalisé aujourd’hui. Ils n’apportent pas de lumière

1
Les termes « Slaves » et « population slave » se réfèrent à une population
parlant une certaine langue vernaculaire sans présumer de ses affiliations
ethniques ou nationales. Cependant, cette étiquette ne constitue pas une
eauto-identification indigène, hormis pour certains intellectuels du 19 et du
e
début du 20 siècle qui l’utilisaient parallèlement à d’autres.
15
sur les raisons, la genèse et le déroulement des polémiques
actuelles sur l’histoire, polémiques proposant des
interprétations largement divergentes. La diffusion de ces
interprétations est pourtant cruciale pour le maintien des
identités ethniques et/ou nationales et pour la construction des
« mémoires collectives ».
De ce point de vue, les controverses existant entre la
Bulgarie et l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine
constituent un sujet qui mérite d’être étudié en profondeur. Sa
compréhension serait importante pour tous ceux qui
s’intéressent aux usages politiques du passé, en particulier
sous les régimes communistes. Il s’agit d’un sujet brûlant :
depuis des décennies, les politiques, les historiens et les
linguistes de ces pays s’indignent contre le « nationalisme »
du voisin. Les déclencheurs des controverses peuvent être la
commémoration d’un personnage du passé, l’attribution
publique d’une certaine identité à la langue slave parlée en
Macédoine, voire la publication d’un livre. Les académiciens
de Skopje et de Sofia maintiennent habituellement un ton
polémique les uns contre les autres. En même temps, à travers
les médias, ils façonnent les catégories d’appartenance
nationale des Macédoniens et des Bulgares.
Bien que ces débats mobilisent une attention publique
significative dans les deux pays, ils ont été insuffisamment
étudiés jusqu’à présent. Les controverses bulgaro-
macédoniennes de l’époque du communisme n’ont été
abordées, de façon approfondie, que par Robert King et
Stefan Troebst dont les principaux travaux datent des années
21970-1980 . Ces auteurs constituent une exception comparés
aux nombreux analystes du conflit entre Athènes et Skopje au

2
Robert King, Minorities under Communism. Nationalities as a Source of
Tension among Balkan Communist States, Cambridge, Massachusetts,
Harvard University Press, 1973 ; Stefan Troebst, Die bulgarisch-
jugoslawische Kontroverse um Makedonien 1967-1982, Munich,
Oldenbourg, 1983.
16
sujet du nom de la Macédoine, de l’héritage de Philippe II et
d’Alexandre le Grand, et de la population slavophone habitant
3en Grèce du Nord . Le récent conflit (para)militaire albano-
macédonien a également incité à la production d’études
relevant surtout de la science politique et des relations
4
internationales .
Moins médiatique que le différend gréco-macédonien
et moins virulent que le conflit macédo-albanais, le
contentieux bulgaro-macédonien a un rapport bien plus étroit
avec la construction même de l’identité nationale
macédonienne. Sofia nie l’existence d’une « ethnie », d’une
nation et d’une langue macédoniennes. Selon la vision
traditionnelle bulgare, les Slaves de Macédoine sont « en
réalité » des Bulgares ethniques. Pour la Grèce, le caractère
distinct de l’identité des (Slavo-)Macédoniens ne constitue
pas par principe un problème, du moins tant que ces Slaves ne
touchent pas à la culture grecque antique. Les nationalistes
albanais se contenteraient d’une modification des frontières
politiques, tandis que le panthéon historique et la langue des
Macédoniens ne les concernent pas. La Serbie, un des
principaux protagonistes de la Question macédonienne au
edébut du 20 siècle, a entre-temps largement oublié son
attachement à la vallée du Vardar. Le problème de
l’autocéphalie de l’Eglise orthodoxe macédonienne est le seul

3
Voir Loring Danforth, The Macedonian Conflict. Ethnic Nationalism in a
Transnational World, Princeton, Princeton University Press, 1995 ; John
Shea, Macedonia and Greece. The Struggle to Define a New Balkan
Nation, Jefferson, North Carolina, & London, McFarland & Company,
1997. L’étude de Victor Roudometof, Collective Memory, National
Identity and Ethnic Conflict: Greece, Bulgaria and the Macedonian
Question, Westport, Praeger, 2002 jette lumière également sur la position
de Sofia.
4
Bashkim Iseni, La Question nationale en Europe du Sud-est. Genèse,
émergence et développement de l’identité nationale albanaise au Kosovo
et en Macédoine, Bern, Peter Lang, 2008.
17
qui continue de poser problème entre Skopje et son ancien
maître – Belgrade.
Les analystes « extérieurs » sont souvent pris dans la
défense et la promotion d’un point de vue ou d’un autre. Les
chercheurs proches du point de vue bulgare considèrent la
nation macédonienne comme un excellent exemple du rôle
5constitutif des mythes nationaux . Leur perspective se
rapproche de la vision grecque selon laquelle les Macédoniens
contemporains seraient le produit d’un engineering identitaire
6
lancé par la Yougoslavie de Tito . Les auteurs qui embrassent
le point de vue macédonien actuel font état, au contraire,
d’une longue continuité historique remontant à l’Antiquité et
à la Macédoine ancienne. La référence à l’Etat d’Alexandre le
Grand fait souvent partie intégrante de la réponse à la
question « Qui sont les Macédoniens ? », et cela même chez
des analystes qui ne partagent pas forcément le point de vue
7de Skopje . Face à ce conflit interprétatif, certains spécialistes

5 Ulf Brunnbauer, « Historiography, Myths and the Nation in the Republic
of Macedonia » dans Idem (éd.), (Re)Writing History. Historiography in
Southeast Europe After Socialism, Münster, Lit-Verlag, 2004. Sur
l’historiographie macédonienne : Stefan Troebst, « Geschichtspolitik und
historische „Meistererzählungen“ in Makedonien vor und nach 1991 » et
« IMRO + 100 = FYROM? The Politics of Macedonian Historiography »
dans Idem, Das makedonische Jahrhundert. Von den Anfängen der
nationalrevolutionären Bewegung zum Abkommen von Ohrid 1893–2001,
Munich, Oldenbourg, 2007.
6
Cf. Evangelos Kofos, « The Macedonian Question : The Politics of
Mutation », Balkan Studies, vol. 27, 1986. Pour une interprétation plus
complexe : Spyridon Sfetas, I diamorfosi tis slavomakedonikis taftotitas.
Mia epodyni diadikasia, Salonique, Vanias, 2003. En ce qui concerne
l’historiographie grecque et, en général, balkanique : Vasilis Gounaris, To
Makedoniko Zitima apo ton 19o eos ton 21o aiona. Istoriografikes
proseggiseis, Athènes, Alexandreia, 2010.
7 Hugh Poulton, Who Are the Macedonians?, Bloomington &
Indianapolis, Indiana University Press, 2000, p. 11-15.
18
préfèrent parler d’une pléthore d’identités macédoniennes,
8irréductibles à une seule .
Le nombre des définitions de la Macédoine et des
Macédoniens n’est pas, en l’occurrence, le seul défi. Le
chercheur qui s’intéresse aux polémiques entre Sofia et
Skopje est censé rendre compte d’une spécificité qui les a
marquées essentiellement : c’est le fait qu’elles se déploient
pendant et entre régimes communistes. Malgré leur rhétorique
internationaliste, les protagonistes principaux du conflit sont
la Bulgarie de Todor Živkov et la Yougoslavie de Josip Broz
Tito. En fait, les controverses sur l’identité de la nation
macédonienne, reconnue en Yougoslavie communiste,
commencent dès 1948 et la rupture entre le régime de Tito et
les pays du Kominform. Mais, depuis les années 1960, elles
deviennent bien violentes : les Bulgares et les Macédoniens
de la Yougoslavie titiste commencent à se disputer sur les
problèmes du passé, de la langue et de l’identité nationales.
Sofia avance l’« origine bulgare » des Slaves de Macédoine et
des Macédoniens d’aujourd’hui, alors que ceux-ci insistent
sur leur caractère ethnique particulier et dénoncent le
« chauvinisme grand-bulgare ».
Dans la mesure où ces débats commencent dans le
contexte de régimes communistes, le présent travail cherche à
éclairer le lien entre communisme et nationalisme. En
Bulgarie, le régime communiste restitue et promeut
progressivement l’idéologie nationale de l’époque
« bourgeoise » tout en « enrichissant » ses imageries
traditionnelles de nouveaux éléments. En Macédoine, le rôle
du communisme yougoslave est crucial pour la formation
définitive de la nation macédonienne en tant que

8
Bernard Lory, « Approches de l’identité macédonienne » dans Bernard
Lory, Christophe Chiclet (éds.), La République de Macédoine. Nouvelle
venue dans le concert méditerranéen, Paris, L’Harmattan, 1998. Cf. le
recueil de Jane Cowan (éd.), Macedonia. The Politics of Identity and
Difference, London, Pluto Press, 2000.
19
« communauté imaginée » avec des « frontières ethniques »
bien définies. Ainsi, dans les deux cas, le pouvoir communiste
incite la construction d’identités et d’idéologies qui n’avaient
rien à voir avec les clichés marxistes-léninistes de
l’« internationalisme prolétarien ». Ce processus passe par
plusieurs étapes.
Le point de départ de cette étude sont les projets de
fédération sud-slave, lancés entre 1944 et 1948 par la Bulgarie
et la Yougoslavie. Le premier chapitre couvre la période où
l’Etat-Parti communiste bulgare reconnaît l’existence d’une
identité nationale et d’une langue macédoniennes distinctes :
période qui est restée, jusqu’à présent, énigmatique à
plusieurs égards. Les dirigeants communistes à Sofia décident
même la construction d’une identité macédonienne dans la
région du Pirin, la seule partie bulgare de la « Macédoine
géographique ». Mais c’est aussi l’époque où commencent les
premières controverses entre dirigeants bulgares et
macédoniens yougoslaves – à savoir, après le conflit entre
Staline et Tito en 1948. La période s’achève, en Bulgarie, par
les premières formes de réhabilitation du discours traditionnel
bulgare au sujet de l’appartenance historique de la
Macédoine.
Les usages de ce discours par les dirigeants de l’Etat-
Parti bulgare sont examinés dans les chapitres deux et trois
qui couvrent la période du début des années 1960 à la fin du
régime. Ces parties du travail éclairent particulièrement les
polémiques entre représentants de Sofia, de Belgrade et de
Skopje concernant l’histoire de la Macédoine et les droits des
Macédoniens en Bulgarie. La présentation détaillée de ces
débats est censée exposer les motifs et les logiques qui dictent
les formules politiques lancées par les dirigeants des deux
pays, en particulier par ceux de la Bulgarie. Dès les années
1960, ils instrumentalisent largement l’histoire nationale et
s’attaquent aux revendications de leurs homologues
20
macédoniens. Mais qu’en est-il des chercheurs, surtout des
historiens ?
Le chapitre quatre essaie de montrer que, loin d’être
uniquement les producteurs des interprétations du passé, ils
sont aussi des acteurs politiques significatifs. L’engagement
nationaliste des historiens en Bulgarie et en Macédoine
yougoslave est présenté par leurs débats et publications. Les
polémiques au sujet de l’appartenance de la langue slave de
Macédoine – « dialecte bulgare » pour Sofia, « langue
macédonienne » pour Skopje – ne sont pas oubliées non plus.
Dans le même contexte, le rôle d’autres constructeurs du récit
de l’histoire nationale – des écrivains – est aussi souligné.
Les chapitres cinq et six viennent compléter le dessin
de la gestion de la Question macédonienne en Bulgarie
communiste. Ils concernent la politique identitaire de Sofia
envers les Macédoniens dans le pays et la propagande
nationale au sein des communautés diasporiques
macédoniennes. En fait, la position officielle bulgare nie
l’existence, en Bulgarie, de gens se considérant comme
Macédoniens. Mais plusieurs documents d’archives attestent
l’apparition, dès les années 1950, de groupes militants
macédoniens. Ils sont concentrés dans la région du Pirin où
les catégories de l’appartenance nationale, manipulées de
façons différentes par le régime du Parti unique, étaient
instables. En adoptant une position nationaliste bulgare, dès
les années 1960, la direction communiste de Sofia met en
place plusieurs dispositifs d’« éducation patriotique » qui vont
des représailles directes aux formes subtiles de la « violence
symbolique ».
L’homogénéisation nationale du pays allait de pair
avec une propagande active du nationalisme bulgare chez les
émigrés macédoniens résidant en Europe de l’Est et dans le
Nouveau monde. Le sixième chapitre éclaire d’abord le cas
des réfugiés slaves de la Guerre civile grecque (1946-1949) –
les Egéens – et la campagne de leur « rapatriement » en
21
Bulgarie en tant que « Bulgares ethniques ». La présentation
de la politique diasporique de Sofia continue par les tentatives
de gagner la loyauté des émigrés macédoniens en Australie,
au Canada et aux Etats-Unis. Dans ce but, l’Etat communiste
va jusqu’à nouer des liens avec une organisation diasporique
anticommuniste : preuve de la prééminence du nationalisme
dans l’activité propagandiste de Sofia pendant les années
1970-1980. A cet égard, l’effondrement en 1989 du régime de
l’Etat-Parti ne change pas radicalement la conjoncture
dominante en Bulgarie.
Le chapitre sept met à l’épreuve cette dernière thèse. Il
est consacré à l’époque postcommuniste en Bulgarie et en
République de Macédoine qui proclame sa sécession de la
Yougoslavie en 1991. Ce chapitre couvre un champ
thématique vaste et, d’une certaine façon, résume les
problèmes discutés dans les parties précédentes. Le
développement des polémiques actuelles entre politiciens et
scientifiques bulgares et macédoniens est interprété comme
une continuation des problèmes qui apparaissent pendant
l’ancien régime. Le chapitre se termine par une revue des
réécritures récentes de l’histoire nationale en Macédoine et
des dilemmes de la mémoire collective suscités par le
surgissement du discours anticommuniste et par le conflit
présent avec la Grèce.
Les débats en cours entre Bulgares et Macédoniens
depuis l’époque communiste seraient cependant
incompréhensibles sans une présentation préalable des thèmes
les plus importants des controverses historiographiques.
Le passé contentieux : la Macédoine avant les
partis communistes
Les premiers événements et personnages historiques
qui font l’objet des disputes entre Sofia et Skopje
appartiennent à l’époque médiévale. Le thème de l’Antiquité
et de la Macédoine ancienne, de Philippe II et d’Alexandre le
Grand, n’excède pas le cadre des polémiques entre la Grèce et
22
la république ex-yougoslave : l’historiographie bulgare est
9peu intéressée par ce sujet . En revanche, les chercheurs
bulgares et macédoniens se disputent par exemple sur
el’identité des Slaves qui, à partir du 6 siècle, s’installent en
e
Macédoine. Le 9 siècle est marqué, dans les deux
historiographies, par la création et la diffusion de l’écriture
slave inventée par Constantin-Cyrille et Méthode (Kiril i
Metodij/a) : les deux sont natifs de Salonique, considérée
aujourd’hui comme la « capitale » de la Macédoine
e
géographique. Depuis le 19 siècle, pour les Bulgares, les
saints frères sont des héros nationaux d’origine (slavo-
)bulgare, mais les historiens macédoniens cherchent toujours
les preuves de leur origine macédonienne. Les élèves les plus
importants des frères de Salonique – Clément (Kliment) et
Naum, qui déploient leur activité littéraire dans la ville
importante d’Ohrid (aujourd’hui en République de
Macédoine) – sont également perçus, respectivement, comme
« Slaves macédoniens » et comme « Bulgares ». De la même
efaçon, le développement de l’hérésie du Bogomilisme au 10
siècle est traité comme une partie intégrante à la fois de
l’histoire bulgare et de l’histoire macédonienne.
Encore plus violentes sont les polémiques autour du
caractère ethnique de l’Etat du tzar Samuil et de ses héritiers
(997-1018), dont les centres se situent en Macédoine. Cet Etat
représente la continuation de l’Empire bulgare, d’après les
spécialistes bulgares, et le premier Etat des Slaves
macédoniens, selon les chercheurs de la Macédoine (ex-
10)yougoslave . A la suite de l’annexion byzantine de l’Etat de

9 La présentation la plus exhaustive des personnages, des organisations et
des événements historiques, disputés entre les Macédoniens et leurs
voisins, est proposée par Dimitar Bechev, Historical Dictionary of the
Republic of Macedonia, Lanham, Toronto, Plymouth, The Scarecrow
Press, 2009.
10
Dans son ouvrage L’Etat de Samuil (Samuilova država: obim i karakter,
Belgrade, SANU, 1997), le byzantinisant serbe Srđan Pirivatrić propose
une analyse neutre des différentes interprétations.
23
Samuil, l’Archevêché d’Ohrid (actif 1019-1767) se fait
porteur de l’identité bulgare en Macédoine, à en croire les
historiens bulgares, tout en étant revendiqué comme archétype
de l’Eglise orthodoxe macédonienne d’aujourd’hui.
Des points de discorde sont à noter aussi pour la
période qui suit la restauration de l’Etat bulgare (1187). Les
choses semblent particulièrement compliquées avec les
eprinces macédoniens du 14 siècle qui sont revendiqués
également par l’historiographie serbe : par exemple, le héros
de la ville de Prilep Marko Kraljević (Krali Marko/Marko
e
Krale). La conquête ottomane depuis la fin du 14 siècle est
interprétée traditionnellement dans les historiographies
balkaniques comme début d’une longue période
d’« asservissement » national et religieux ayant des effets
« désastreux » sur la communauté ethnique propre. Celle-ci se
serait levée en révoltes pour sa « libération », comme
l’insurrection de Karpoš en 1689 : elle est également
revendiquée à la fois par Sofia et par Skopje.
Le ping-pong historiographique devient
particulièrement acharné quand on s’approche de l’époque
ottomane tardive. La période qui s’étend grosso modo de la
efin du 18 siècle aux années 1880 est qualifiée à la fois par les
chercheurs bulgares et par leurs collègues macédoniens
comme une époque nouvelle où la « conscience nationale » se
manifeste d’une manière décisive. L’historiographie bulgare
est consensuelle quant à sa définition comme « Réveil »
(Vâzraždane, littéralement « Renaissance ») de l’identité
bulgare alors qu’en République de Macédoine, on voit la
même période comme un « Réveil » (prerodba, budenje)
11
du peuple macédonien . La raison : c’est l’époque des

11
L’historiographie bulgare est analysée par : Roumen Daskalov, The
Making of a Nation in the Balkans, Budapest, CEU Press, 2004 ;
Alexander Vezenkov, « Očevidno samo na prâv pogled : ‘Bâlgarskoto
vâzraždane’ kato otdelna epoha » dans Balkanskijat XIX vek. Drugi
pročiti, Sofia, CAS/Riva, 2006. L’historiographie macédonienne sur le
24
premiers intellectuels qui écrivent en langue vernaculaire et
qui, au fur et à mesure, lancent chez les Slaves de Macédoine
une idéologie nationaliste moderne.
Le récit sur le « Réveil » national bulgare débute
inévitablement par l’Histoire Slavo-bulgare (Istorija
slavjanobolgarskaja) écrite en 1762 par le moine du Mont
Athos Paisij Hilendarski. Celui-ci raconte l’histoire médiévale
des Bulgares tout en les exhortant à prendre conscience de
leur origine « glorieuse » et à se démarquer des Grecs. Le lieu
de naissance de Paisij a fait l’objet de longs débats mais,
depuis l’époque communiste, les spécialistes bulgares optent
résolument pour la petite ville de Bansko. Celle-ci est située
au pied du Pirin et, de cette façon, appuie la revendication de
la Macédoine comme « berceau » du « Réveil » national
bulgare. Suivent les figures de Joakim Krčovski, Kiril
e
Pejčinovič et Teodosij Sinaitski qui, au début du 19 siècle,
publient des ouvrages religieux et moralisants : à la différence
de Paisij qui cherche toujours sa place dans le panthéon
national macédonien, ceux-ci sont vus à la fois comme
« Bulgares » et comme « Macédoniens ». Mais la liste est plus
longue. Elle continue par Jordan Hadžikonstantinov-Džinot,
Dimitâr/Dimitrija et Konstantin Miladinov, Partenij
Zografski, Natanail Ohridski, Grigor Pârličev, Kuzman
Šapkarev, Rajko Žinzifov pour ne citer que les plus célèbres.
Considérés comme « réveilleurs » bulgares et
macédoniens, les personnages en question développent
effectivement une activité patriotique importante. Ils ont
essayé de standardiser la langue slave locale en publiant des
écrits originaux et des traductions, ils ont édité des chants
populaires et des manuels scolaires. Qui plus est, ils se sont
opposés à l’« oppression spirituelle » du côté du Patriarcat de
eConstantinople. Au cours du 19 siècle, l’institution
ecclésiastique hellénophone, pylône de la tradition byzantine,

« Réveil » débute avec Blaže Koneski, Kon makedonskata prerodba.
Makedonskite učebnici od 19 vek, Skopje, INI, 1959.
25
est progressivement rejetée par les slavophones comme
« grecque », en raison de sa langue liturgique. Bien entendu,
la domination ottomane est également ressentie par le
nationalisme naissant qui se superpose sur la différence
confessionnelle. Mais si la Bulgarie reçoit sa « libération » en
1878, à la suite du Traité de Berlin, la Macédoine reste dans
l’Empire ottoman jusqu’aux Guerres balkaniques (1912-
1913).
L’année 1878 peut être perçue, d’une manière
légitime, comme le début de la Question macédonienne.
L’élite intellectuelle et politique du jeune Etat bulgare est
frustrée par le fait que celui-ci est privé de la Macédoine.
Pourtant cette dernière lui avait été promise par le Traité
préliminaire de San-Stefano, conclu entre Russes et Ottomans
le 3 mars 1878. Dès le départ, la politique extérieure de Sofia
est dominée par un projet irrédentiste dont le premier but est
l’annexion de la Macédoine et, ainsi, la création de la
« Grande Bulgarie » dessinée à San-Stefano. La Macédoine
géographique est imaginée en Bulgarie comme une terre
12
peuplée majoritairement par des compatriotes . Mais la
Grèce et la Serbie étaient loin de tolérer les ambitions
ebulgares. A la fin du 19 siècle, Athènes et Belgrade envoient
dans la région ottomane leurs propres propagandistes censés
gagner de manières diverses, parfois violentes, la loyauté de
la population locale.
Celle-ci ne reste cependant pas les mains croisées. En
1878-1879, au pied du Pirin, éclate un soulèvement anti-
ottoman : l’Insurrection de Kresna-Razlog. En octobre 1893,
un groupe d’activistes créent, à Salonique, la fameuse
Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne
(ORIM, connue aussi sous son dernier acronyme indigène

12 Voir l’analyse comparée des représentations de la Macédoine en
Bulgarie et en Serbie durant cette période : Naoum Kaytchev, Makedonijo
vâzželana… Armijata, učilišteto i gradežât na nacijata v Sârbija i
Bâlgarija (1878-1912), Sofia, Paradigma, 2003.
26
VMRO). Elle devient relativement vite un des protagonistes
principaux de la Question macédonienne et, à long terme, un
des mythes fondateurs du nationalisme macédonien. La
dernière caractéristique vaut aussi pour ses leaders : par
exemple, le fondateur Dame/Damjan Gruev, le héros le plus
célèbre Goce Delčev, son collaborateur Gjorče Petrov, le chef
13de l’aile gauche Jane Sandanski, etc. .
Mais l’historiographie bulgare les considère comme
des révolutionnaires bulgares, qui auraient même songé à
l’unification de la Macédoine avec la Bulgarie. Selon les
historiens de Sofia, la première appellation de l’ORIM est
« Comités révolutionnaires macédo-adrianopolitains
bulgares » : thèse d’ailleurs acceptée par certains spécialistes
14de Skopje . Ces derniers préfèrent toutefois indiquer ses
slogans officiels – « autonomie de la Macédoine » et « la
Macédoine aux Macédoniens » – et de souligner ses conflits
avec une organisation rivale basée à Sofia. Il est question du
« Comité macédonien suprême » dont les membres – dits
« suprêmistes » (vârhovisti) – sont vus, d’une manière
unanime, comme des nationalistes bulgares, adeptes du projet
15
de la « Grande Bulgarie » .

13 Sur l’ORIM et les rivalités balkaniques en Macédoine : Fikret Adanır,
Die makedonische Frage, Wiesbaden, Franz Steiner Verlag, 1979 ;
Duncan Perry, The Politics of Terror. The Macedonian Liberation
Movements 1893-1903, Durham and London, Duke University Press,
1988 ; Vemund Aarbakke, Ethnic Rivalry and the Quest for Macedonia,
1870-1913, Boulder, East European Monographs, 2003.
14 Ivan Katardžiev, « Nekoi prašanja za ustavite i pravilnicite na VMRO
do Ilindenskoto vostanie », Glasnik na Institutot za nacionalna istorija,
1961/1. L’élément « adrianopolitain » de l’appellation n’est pas sans
importance : l’Organisation développe un réseau non seulement en
Macédoine mais aussi dans la région administrative (en turc vilayet)
d’Andrinople (Edirne) située en Thrace.
15 Par exemple, Manol Pandevski, Nacionalnoto prašanje vo
makedonskoto osloboditelno dviženje (1893-1903), Skopje, Kultura, 1974.
L’étude classique de l’historiographie bulgare sur le mouvement
révolutionnaire macédonien est Hristo Siljanov, Osvoboditelnite borbi na
27
Le 2 août 1903, la journée de la Saint-Elie (Ilinden),
l’Organisation intérieure arrive à lever la population de
certaines régions de la Macédoine contre la domination
ottomane. L’Insurrection d’Ilinden est bientôt étouffée mais
elle se transforme en événement-clé de la mémoire collective
macédonienne. Une fois de plus, les chercheurs de Sofia
insistent qu’elle a eu un caractère national bulgare. Pour le
mettre en relief, depuis la période communiste, ils parlent
même d’Insurrection d’Ilinden-Preobraženie : le jour de la
Transfiguration (Preobraženie), la révolte se répand aussi
16
chez les Bulgares adrianopolitains, c.-à-d. ceux de la Thrace .
Présentés de cette manière, les débats entre historiens
bulgares et macédoniens paraissent extrêmement absurdes.
Chacun des prétendants « colle » son identité nationale sur les
personnages du passé et rejette la revendication du
concurrent. De surcroît, chacun croit avoir le monopole
absolu sur la « vérité historique ». Qu’en est-il, enfin, des
sources documentaires : lequel des points de vue confirment-
elles ?
La réponse à cette question est sûrement complexe. En
e
général, peu de sources confirment l’existence, avant le 20
siècle, d’une auto-identification macédonienne ethnique ou
nationale chez les Slaves locaux. C’est-à-dire, sur la plupart
des points, les historiens de Sofia semblent être fidèles aux
appellations héritées du passé : les personnages historiques

Makedonija, vol. 1: Ilindenskoto vâzstanie, Sofia, Dâržavna pečatnica,
1933 ; vol. 2: Sled Ilindenskoto vâzstanie, Sofia, Dâržavna pečatnica, 1943
(réédités à Sofia, Nauka i izkustvo, 1983). Sur les interprétations
historiographiques de l’ORIM : James Frusetta, « Common Heroes,
Divided Crimes : IMRO Between Macedonia and Bulgaria » dans John
Lampe, Mark Mazower (éds.), Ideologies and National Identities. The
Case of Twentieth-Century Southeastern Europe, Budapest, New York,
CEU Press, 2004.
16
Dimitâr Kosev, Ilindensko-Preobraženskoto vâstanie v 1903 godina,
Sofia, OF, 1978 ; Cf. Manol Pandevski, Ilindenskoto vostanie vo
Makedonija 1903, Skopje, INI, 1978.
28
qui revendiquaient une identité slave macédonienne distincte
étaient nettement plus rares que les habitants de la Macédoine
déclarant une appartenance bulgare. Si l’on met de côté les
données du Moyen Age, dont l’ethnicisation est forcément
problématique, cette conclusion est tout à fait valable pour la
période du « Réveil » national et du mouvement
e erévolutionnaire de la fin du 19 et du début du 20 siècle.
Par exemple, le recueil folklorique, publié en 1861 par
les frères Dimitâr et Konstantin Miladinov (natifs de Struga
en Macédoine de l’Ouest), porte le titre Chants populaires
bulgares (Bâlgarski narodni pesni) : jusqu’à récemment, fait
prudemment caché par l’historiographie macédonienne. Un
autre « réveilleur macédonien », Rajko Žinzifov, écrit
clairement qu’« il n’y a pas de Macédoniens, il n’y a pas de
Thraces en tant que peuples (narodi) spécifiques, il y a
17
seulement des Slavo-Bulgares (Slavjane-Bâlgare) » . Les
activistes de l’ORIM, y compris le fameux Goce Delčev, non
seulement écrivaient en bulgare standard : ils étaient assez
souvent enseignants des écoles bulgares en Macédoine
ottomane, anciens officiers de l’armée bulgare et, du point de
vue ethnique, ils s’auto-identifiaient certainement comme
Bulgares. Par le terme « Macédoniens », ils désignaient toute
la population de la Macédoine géographique, sans égard à
nationalité ou religion : les Turcs, les Grecs, les Valaques
(Aroumains), les Albanais et, bien entendu, les Slaves qu’ils
appelaient eux-mêmes « Bulgares macédoniens »
18(makedonski bâlgari) .

17
Voir Bâlgarski vâzroždenski knižovnici ot Makedonija. Izbrani stranici,
Sofia, BAN, 1983, p. 293.
18
Très représentatif à cet égard est l’article « Političeski separatizâm »,
Pravo, 7 juin 1902. Le journal Pravo (« Le Droit ») est, à cette époque, la
tribune non-officielle de l’Organisation intérieure. Le texte est disponible
dans le recueil de documents Makedonija. Sbornik ot dokumenti materiali,
Sofia, BAN, 1978, p. 423-426.
29
Ces derniers ne représentaient pourtant pas une
ecommunauté homogène. Au début du 20 siècle, la plupart des
Slaves de Macédoine étaient, sur le plan confessionnel,
affiliés à l’Eglise (Exarchat) bulgare, établie en 1870, et ils
s’identifiaient, d’après les sources de l’époque, comme
« Bulgares ». Mais il y avait aussi ceux qui sont restés fidèles
au Patriarcat de Constantinople. Généralement, ils
s’appelaient « Grecs » même s’ils parlaient slave à la maison.
En certains coins de la Macédoine de l’Ouest et du Nord, les
Slaves locaux ont été attirés par la propagande de Belgrade et
c’est pourquoi ils s’identifiaient comme « Serbes ». Les
Slaves musulmans, populairement désignés comme Torbeši,
19Pomaci etc., se disaient « Turcs » .
Et, comme on le voit, l’identité macédonienne existait
e
aussi, bien qu’articulée différemment. Durant le 19 siècle,
c’est l’enseignement grec en Macédoine qui a diffusé la
représentation mythique de Philippe et d’Alexandre parmi les
Slaves macédoniens, dans le but de les helléniser. Vers la fin
de la période ottomane, les propagandistes grecs imprimaient
même des brochures dans le parler slave vernaculaire : elles
narraient les hauts faits des rois antiques et essayaient de
convaincre les slavophones locaux qu’ils n’étaient pas des
20« barbares bulgares » et devaient rester de loyaux Hellènes .
Dans une large mesure, le plan de convertir les Slaves en fiers
descendants d’Alexandre le Grand, c’est-à-dire en Grecs,
échoue. Mais ils adoptent les appellations « Macédoine »,

19 Sur le contexte social des catégories ethniques en Macédoine : Basil
Gounaris, « Social Cleavages and National ‘Awakening’ in Ottoman
Macedonia », East European Quarterly, XXIX, 4, 1996.
20
Preskasanie na Gkolem Alexantr édité par Athanasios Souliotis-
Nikolaidis. Voir Idem, O Makedonikos Agon. I « Organosis
Thessalonikis » 1906-1908. Apomnimonevmata, Salonique, IMXA, 1993.
Sur la propagande armée grecque en Macédoine : Douglas Dakin, The
Greek Struggle in Macedonia, 1897-1913, Salonique, IMXA, 1966.
30
« macédonien/ne », « Macédoniens » tout en les dirigeant
21contre les tentatives d’assimilation .
Dans un premier temps, cette identité constitue un
« patriotisme régional », non-exclusif vis-à-vis de
l’appartenance nationale bulgare. Cette observation vaut pour
la plupart des « réveilleurs » et des révolutionnaires de
l’époque ottomane. Mais, en certains contextes, des Slaves de
Macédoine développent également un nationalisme
macédonien exclusif. C’est le cas, par exemple, de l’historien
et lexicologue autodidacte Gjorgjija Pulevski qui, en 1875,
imprime un Dictionnaire de trois langues (Rečnik od tri
22jezika) : slave-macédonien, turc et albanais . La figure la plus
importante du genre est sûrement l’ethnographe et linguiste
Krste Misirkov (1874-1926). En 1903, peu après la
catastrophe de l’Insurrection d’Ilinden, il publie un pamphlet
qui est regardé aujourd’hui comme le « manifeste » du
nationalisme macédonien : Sur les affaires macédoniennes
23(Za makedonckite raboti) . Plus tard, à Saint-Pétersbourg,
son collègue Dimitrija Čupovski commence à éditer le journal
La Voix macédonienne (Makedonskij golos) qui divulgue les
mêmes idées : les Slaves macédoniens ne sont pas Bulgares,
24Serbes ou Grecs, mais ils constituent une nationalité à part .

21
En 1871, l’éducateur Dimitâr Makedonski était capable d’affirmer à la
fois que les Macédoniens sont des « Bulgares purs » et qu’ils sont
descendants des anciens Macédoniens : Bâlgarski vâzroždenski knižovnici,
ep. 360-361. Au début du 20 siècle, un observateur britannique note
l’existence chez les locaux de la légende qu’Alexandre était Bulgare :
Henry Brailsford, Macedonia. Its Races and Their Future, London,
Methuen & Co., 1906, p. 103.
22 Sur la vie et l’œuvre de Pulevski : Blaže Ristovski, « Megjnikot » dans
Idem, Portreti i procesi od makedonskata literaturna i nacionalna istorija,
vol. 1, Skopje, Kultura, 1989.
23
Voir la biographie de Misirkov : Blaže Ristovski, Krste Petkov Misirkov
(1874-1926). Prilog kon proučuvanjeto na razvitokot na makedonskata
nacionalna misla, Skopje, Kultura, 1966.
24 Blaže Ristovski, Dimitrija Čupovski (1878-1940) i Makedonskoto
naučno-literaturno drugarstvo vo Petrograd. Prilozi kon proučuvanjeto na
31
A cette époque, certains scientifiques serbes
soutiennent l’idée ethnographique de l’existence d’une
nationalité et d’une langue slave-macédonienne distinctes. Le
but était de contrecarrer l’influence culturelle bulgare dans la
25
région . Mais, de leur vivant, les nationalistes macédoniens –
ou les « macédonistes » (selon la terminologie bulgare) – ne
bénéficiaient pas de popularité. Leur idéologie n’était même
pas cohérente : Misirkov est également l’auteur de nombreux
26écrits nationalistes bulgares . Le régionalisme ou le
« patriotisme macédonien » existait toutefois, et il entrait dans
des affinités électives avec le nationalisme bulgare.
Un exemple. En 1903, l’anarchiste Pavel Šatev,
participant aux célèbres attentats à Salonique de la même
27année , remarque un processus de différentiation identitaire.
Dans la prison de Yedikule, il a constaté l’existence de gens
qui « se sentaient seulement Bulgares » et d’autres qui se
considéraient comme Bulgares de « nationalité » mais « avant
28tout comme Macédoniens » . Le contexte politique de

makedonsko-ruskite vrski i razvitokot na makedonskata nacionalna misla,
vol. 1-2, Skopje, Kultura, 1978.
25 Il s’agit en particulier de Stojan Novaković, historien, politique et
diplomate. Les données sur son activité en ce sens sont souvent exploitées
en Bulgarie. Mais, en fait, elles ont été publiées pour la première fois par
un chercheur macédonien : Kliment Džambazovski, Kulturno-
opštestvenite vrski na Makedoncite so Srbija vo tekot na XIX vek, Skopje,
INI, 1960. Cf. l’étude du géographe serbe Jovan Cvijić, Remarques sur
l’ethnographie de la Macédoine, Paris, Roustan, 1907.
26
Cf. Veselin Trajkov, K. P. Misirkov i za bâlgarskite raboti v
Makedonija ili drugijat Krâste Misirkov: opit za obektivna ocenka, Stara
Zagora, Znanie, 2000. Récemment aux textes pro-bulgares connus s’est
ajouté un journal intime volumineux qui a été découvert par hasard : K. P.
Misirkov. Dnevnik. 5.VII – 30.VIII.1913, Sofia-Skopje, DAA-DARM,
2008.
27
En avril 1903, des anarchistes « macédo-bulgares » coulent le paquebot
français Guadalquivir, sautent en l’air la filiale de la Banque ottomane à
Salonique et jettent des bombes dans des lieux publics de la ville.
28 Pavel Šatev, V Makedonija pod robstvo. Solunskoto sâzakljatie 1903 g.,
Sofia, P. Gluškov, 1934, p. 319.
32
l’époque post-ottomane va favoriser la transformation de cette
identité en un phénomène socioculturel important. Ainsi, les
idées « macédonistes » vont également acquérir un soutien
institutionnalisé.
L’attente de la mort de « l’homme malade de
l’Europe » – de l’Empire ottoman –nourrissait les ambitions
territoriales de Sofia mais aussi celles de Belgrade et
d’Athènes. L’avenir de la Macédoine est au cœur des Guerres
balkaniques, où la Bulgarie ne reçoit qu’une portion minime
du territoire désiré (la région du Pirin). Les plus grandes
parties étaient annexées par la Grèce (« Macédoine de
l’Egée », selon les notions slaves) et la Serbie (Macédoine du
Vardar). La seconde défaite de Sofia dans la Première Guerre
mondiale, suivie par le krach de l’idée d’« unification
nationale », relance le slogan de l’« autonomie » ou bien de
l’indépendance de la Macédoine. Dans les nouvelles
conditions internationales, elle est pensée, à Sofia, comme un
second Etat à majorité bulgare.
Le slogan en question est promu en particulier par la
« nouvelle édition » de l’Organisation intérieure : la VMRO
au sens strict (Vâtrešna makedonska revoljucionna
organizacija), dirigée d’abord par « le dernier roi des
montagnes » Todor Aleksandrov et par le général de l’armée
bulgare Aleksandâr Protogerov. Dès 1923, l’Organisation
transforme la région du Pirin en un « Etat dans l’Etat » doté
de sa milice, système d’impôts, « justice » et poste, qui
29redoublent les institutions officielles bulgares .
Simultanément, le Pirin sert de base paramilitaire des
incursions des bandes (četa) de la VMRO dans les autres
parties de la Macédoine, surtout dans la région du Vardar qui
appartient au Royaume yougoslave nouvellement formé. Les

29 Sur l’« Etat » de la VMRO dans le Pirin : Dimitâr Tjulekov, Obrečeno
rodoljubie. VMRO v Pirinsko (1919-1934), Blagoevgrad, Universitetsko
izdatelstvo, 2001 ; Zoran Todorovski, Vnatrešna makedonska
revolucionerna organizacija 1924-1934, Skopje, Robz, 1997, p. 107-121.
33
gouvernements à Sofia visiblement tolèrent la situation. Au
moins avant 1934, lorsqu’un nouveau coup d’Etat met au
pouvoir un régime étatiste qui démantèle assez facilement
l’« Etat » de la VMRO. Son dernier chef – Ivan (Vančo,
Vanče) Mihajlov – quitte la Bulgarie pour passer le reste de sa
vie en exil, alors que certains de ses adeptes – les
mihajlovistes – sont arrêtés et emprisonnés par le nouveau
gouvernement à Sofia.
Il faut remarquer que les historiographies bulgare et
macédonienne sont, cette fois-ci, unanimes quant au caractère
national de la VMRO d’Aleksandrov et de Mihajlov : malgré
le slogan de « la Macédoine indépendante », elle était une
organisation nationaliste bulgare. De plus, elle est souvent
qualifiée, par les historiens macédoniens, mais aussi par leurs
collègues bulgares de l’époque communiste (au moins avant
les années 1980), comme « fasciste ». Le qualificatif n’est pas
dépourvu de raisons. Même si la VMRO ne développe jamais
une idéologie fasciste au sens propre du terme, ses leaders
maintenaient des liens très serrés avec les puissances
révisionnistes en Europe : l’Italie mussolinienne, le
mouvement oustachi croate et, enfin, l’Allemagne
30hitlérienne .
La contribution communiste au développement du
nationalisme macédonien
Parallèlement à la VMRO, un acteur du camp
politique opposé devient de plus en plus important dans
l’évolution de la Question macédonienne. C’est le Parti
communiste bulgare (BKP, puis BRP), formé en 1919 sur la

30 Stefan Troebst, Mussolini, Makedonien und die Mächte 1922-1930. Die
„Innere Makedonische Revolutionäre Organisation“ in der
Südosteuropapolitik des faschistischen Italien, Cologne/Vienne, Böhlau,
1987 ; Idem, « Ivan Michajlov im türkischen und polnischen Exil 1934–
1939/40. Fragmente zur politischen Biographie des Chefs der „Inneren
Makedonischen Revolutionären Organisation“ » et « Makedonischer Staat
von Hitlers Gnaden? Ein nationalsozialistisches Staatsgründungsprojekt
vom Sommer 1944 » dans Idem, Das makedonische Jahrhundert.
34
base de l’ancienne aile radicale du Parti social-démocrate
ouvrier. Au départ, il lance le slogan contradictoire de
l’autodétermination de la Macédoine dans le cadre d’une
Fédération balkanique soviétique. Comme on le voit, le PCB
essaie de promouvoir les plans stratégiques de l’Internationale
communiste (Komintern), basée à Moscou. Cependant dans
l’appareil central de celle-ci on trouve, sur des postes
dirigeants, des communistes bulgares comme Vasil Kolarov et
Georgi Dimitrov. Ce dernier est en fait chargé de la
coordination de la politique balkanique du Komintern.
Dans un premier temps, les slogans communistes au
sujet de l’autodétermination du « peuple macédonien » ne
présument pas l’existence d’une ethnie ou d’une nation slave
macédonienne distincte. En novembre 1923, en tant que
secrétaire général du Comité exécutif du Komintern, Kolarov
déclare que « la population macédonienne désire être
reconnue comme nationalité, obtenir ses droits nationaux ».
En même temps, il précise que la « tendance » à la
« nationalité macédonienne » en question existait chez les
« Bulgares de Macédoine » et, aussi, chez les Grecs, les
31
Turcs, les Albanais et les Serbes habitant dans la région .
Mais, conformément aux conceptions staliniennes sur la
« question nationale » et à l’expérience soviétique dans ce
domaine, vers la fin des années 1920, le projet politique
d’autodétermination macédonienne reçoit un contenu ethno-
national. Les communistes bulgares commencent à parler de
l’existence d’une « nationalité » macédonienne différente de
la bulgare. Le même point de vue est partagé par les

31
Voir BKP, Kominternât i makedonskijat vâpros, 1919-1946, vol. 1,
Sofia, GUA pri MS, 1999, p. 151. L’historien macédonien Ivan
Katardžiev (Vreme na zreenje. Makedonskoto nacionalno prašanje megju
dvete svetski vojni, vol. 1, Skopje, Kultura, 1977, p. 544) considère que
Kolarov songeait déjà à une « nation » macédonienne, en train de se
former sur la base des « Bulgares », des « Turcs » et des « Serbes »
locaux.
35
communistes yougoslaves et grecs, sans doute pour rejeter les
revendications de Sofia tout en se démarquant de la politique
32« chauvine » de leurs gouvernements .
En réalité, l’idée n’était pas absurde. Pendant l’Entre-
deux-guerres, en résultat d’un processus complexe de
mutation ethnique, dans les parties serbe et grecque de la
Macédoine, la population slavophone développe
progressivement une identité macédonienne exempte des
sympathies pro-bulgares, dominantes à l’époque ottomane. En
1926-1927, même le Comité central de la VMRO fait face à
une série de symptômes de « refoulement » ou d’indifférence
par rapport au sentiment national bulgare au sein de la
population du Vardar. Ce sont, en particulier, la disparition de
la langue bulgare standard de la pratique quotidienne, la
familiarisation à l’usage de mots serbes et à leur mélange avec
le parler local. Les activistes de Sofia croient que ce
développement était encouragé par les autorités serbes. En
tout cas, les modes d’auto-identification changeaient : de
nombreuses personnes se déclaraient comme Macédoniens au
lieu de Bulgares par « peur » devant les autorités. Mais il y en
avait également beaucoup (mnozina) d’autres, « ignorant
l’histoire », qui « y croient volontiers et acceptent de se dire
33Macédoniens – ni Bulgares, ni Serbes » .
Les données de ce genre sont interprétées de façons
différentes. Selon l’historien de Skopje Ivan Katardžiev,
l’Entre-deux-guerres représente le « temps de maturation » de
la conscience nationale macédonienne. Il regarde les années
1920-1930 comme un second « Réveil » des Macédoniens
e ecompensant le « retard » au 19 et au début du 20 siècle. Pour

32 Sur la politique nationale des partis communistes de Grèce et de
Yougoslavie: Evangelos Kofos, Nationalism and Communism in
Macedonia, Salonique, Institute for Balkan Studies, 1964 ; Stephen
Palmer, Robert King, Yugoslav Communism and the Macedonian
Question, Hamden, Connecticut, Archon Books, 1971.
33
Makedonija. Sbornik ot dokumenti materiali, p. 711-712.
36
Katardžiev, l’« affirmation définitive » de l’identité nationale
macédonienne est rendue possible par « l’élimination de
34l’activité des propagandes rivales, surtout de la bulgare » .
L’historien de Sofia Kostadin Palešutski interprète, pour sa
part, l’auto-identification macédonienne comme un
35
« camouflage » stratégique d’une identité bulgare intime .
L’explication de ce phénomène identitaire est certes
complexe. Le départ en direction de Sofia de l’intelligentsia
bulgare des régions du Vardar et de l’Egée à la suite de la
Première Guerre mondiale ; l’interdiction de la culture
bulgare et de l’auto-identification bulgare dans ces régions ; la
superficialité des identités nationales, héritées de l’époque
ottomane, chez ceux qui restent ; les transformations
socioéconomiques et démographiques dans le contexte de
36
l’Etat grec et yougoslave dès les années 1920 ;
l’acculturation des Slaves locaux, mise en œuvre par un
système scolaire moderne et par d’autres moyens : ce sont
certains des aspects qui façonnent chez les Macédoniens
slavophones du Vardar et de l’Egée une appartenance de plus
en plus macédonienne et de moins en moins bulgare. Et il ne
faut pas oublier, non plus, les politiques nationales des partis
communistes qui, bientôt, s’avèrent être les acteurs les plus
importants de la Question macédonienne.

34 Ivan Katardžiev, Makedonija sto godini po Ilindenskoto vostanie,
Skopje, Kultura, 2003, p. 229.
35 Kostadin Palešutski, Makedonskijat vâpros v buržoazna Jugoslavija
1918-1941, Sofia, BAN, 1983, p. 76.
36 Sur la Macédoine serbe pendant les années 1920 : Vladan Jovanović,
Jugoslovenska država i Južna Srbija 1918-1929, Belgrade, INIS, 2002.
Sur la Macédoine grecque : Peter Mackridge, Eleni Yannakakis (éds.),
Ourselves and Others. The Development of a Greek Macedonian Cultural
Identity Since 1912, Oxford & New York, Berg, 1997 ; Anastasia
Karakasidou, Fields of Wheat, Hills of Blood: Passages to Nationhood in
Greek Macedonia, 1870-1990, Chicago, The University of Chicago Press,
1999.
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