La R.D.-Congo malade de sa classe politique

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Depuis l'avènement de son indépendance en 1960, le Congo ex-Belge, redevenu République Démocratique du Congo (RDC) après avoir été Zaïre, souffre de sa classe politique. Bien que l'Occident y ait une responsabilité avérée, les politiciens congolais sont les premiers coupables du marasme dans lequel s'enfonce leur pays. L'impuissance historique des politiciens congolais est ici mise en lumière par un récit "du dedans", au jour le jour, des turpitudes d'un processus de retour à la normale pris en mains par la Communauté Internationale culpabilisée et exaspérée face à cette situation indigne de l'entrée dans le 21ème siècle...
Publié le : mercredi 1 février 2006
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EAN13 : 9782296425309
Nombre de pages : 148
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Collection « Mémoires lieux de savoir - Archive congolaise» dirigée par Bogumil JEWSIEWICKl

Mémoires lieux de savoir Archive congolaise

En attendant la renaissance de l'industrie du livre au Congo, cette collection s'efforce de contribuer à une meilleure connaissance de ces formes de savoirs que construisent les mémoires urbaines partagées à l'échelle du pays. En République Démocratique du Congo (RDC) comme dans l'ex -Zaïre, les savoirs pratiques, inlassablement remis à jour par une mémoire que la rumeur irrigue, guident les actions de la population ainsi que les décisions des acteurs politiques. Au cœur de la tourmente qui secoue le pays de fond en comble, c'est la Mémoire qui suggère comment établir une relation significative entre l'événement qui vient de se produire et ceux que le souvenir rappelle alors à l'attention des acteurs sociaux. La Mémoire - une temporalité, un espace et des lieux de mémoire qu'ont en commun les mémoires urbaines - propose une continuité qui semble actuellement plus crédible que celle enseignée hier par I'Histoire.

Couverture 1 : 'Le sanglot écrasé d'un peuple fatigué' Détail d'une peinture de SHULA Kinshasa, 2001
(collection B. Jewsiewicki)

KABAMBA MBWEBWE KABUY A

La R-D CONGO malade de sa classe politique
Les coulisses du Dialogue Inter-Congolais (Dlq

Préfacé par MWABILA MALELA

L'HARMATTAN 5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique France - 75005 - Paris

L.auteur
KABAMBA MBWEBWE KABUY A est né le 25 mars 1950 à Likasi (province du Katanga). Chirurgien et chef de service aux Urgences de I'Hôpital Provincial Général de Référence (ex 'Mama Yemo') à Kinshasa. Secrétaire Général du FRONT PATRIOTIQUE, un parti politique engagé depuis toujours sur une seule voie: OUI au combat politique jusqu'au succès final; NON à toute compromission, corruption, trahison de la cause du peuple congolais. Son itinéraire de militant: - 1978-1979: Délégué syndical principal du Syndicat des Médecins des Cliniques universitaires de Kinshasa; - 1983-1989: Président du Conseil Urbain de l'Ordre des Médecins de Kinshasa; - 1991-1992: Participant à la Conférence Nationale Souveraine (CNS) à Kinshasa; 1993: Participant aux Concertations Politiques du Palais du Peuple à Kinshasa; - Novembre 1994: Démission du Haut Conseil de la République (HCR) fondu avec le Parlement de Transition (PT) en HCR/PT devenu la caisse de résonance du mobutisme. - Sous L-D Kabila : Refus d'une nomination au sein de la Commission Constitutionnelle inféodée au Pouvoir AFDL. - 2002-2003 : Participation mouvementée au Dialogue Inter Congolais (DIC), Modérateur du Groupe des 20 refusés puis acceptés à Sun City (Afrique du Sud) ; refus de travailler dans les Institutions biaisées de la Transition post-DIC.

-

Copyright L'HARMATTAN, 2005 www.librairieharmattan.com harmattan] @wanadoo.fr ISBN: 2-7475-9843-8 EAN : 978 2747 598 439

PRÉFACE
« La République Démocratique du Congo souffre de sa classe politique ». Voilà un constat qui ne manquera pas de heurter par sa charge provocatrice. Une affirmation sans ambages qui pointe du doigt le mal et en dégage les responsables. Mais ne s'agit-il pas d'une exagération, l'auteur cherchant à tirer son épingle du jeu parce qu'il fait lui-même partie du groupe qu'il épingle? Le témoignage déroulé dans ce livre ne peut conduire à une telle conclusion, car les évènements relatés ici le sont à partir de l'expérience vécue par l'auteur, et à partir des idéaux orthodoxes de sa propre organisation, le Front Patriotique. Le Front Patriotique est engagé sur une voie claire: OUI au combat politique lorsqu'il s'agit de défendre l'intérêt général, NON à toute compromission politique. Le principal mérite de cette formation aura été de traduire cet idéal théorique ayant initialement regroupé quelques amis (au temps de la contestation estudiantine), en une pratique politique qui a su traverser les turbulences de la dictature mobutiste, les espoirs déçus de la Conférence Nationale Souveraine, les fourberies des différentes « Transitions» et, enfin, les pièges tendus par les diverses négociations ayant établi les principes de l'actuelle « Transition consensuelle». Ce parcours, comme on le lira, a été truffé d'embûches, de trahisons, de coups bas, d'accusations et de vagabondages politiques... Hélas, la classe politique
congolaise excelle dans cet art, seule voie possible

- de

son

point de vue ! - pour accéder au pouvoir ou s'en approcher. En réchapper exige une bonne dose de conviction idéologique, d'engagement dans la cause du bien commun et de courage politique, tant le mal est profond, généralisé, et constitue la norme de fonctionnement de nos politiciens. J'exagère à peine, car l'opinion généralement répandue sur la classe politique congolaise est bien plus sévère... Que reproche-t-on à nos « opérateurs politiques», sinon leur avidité de pouvoir personnel, la confiscation illégitime de TOUT l'espace politique, la mobilisation conflictuelle voire explosive autour du clan, de l'ethnie, de la 5

Région, de l'une ou l'autre des deux zones de division artificielle (OuestlEst), l'une ou l'autre des deux zones de clivage linguistique (lingala/swahili), etc. L'Etat est - en principe - l'instrument de gestion des ressources du pays, donc de l'avoir national présent ou à venir. Sa conquête apparaît aux «opérateurs politiques» congolais comme une fin en soi. Etre dans l'appareil d'Etat - et à sa tête si possible! devient de ce fait un attribut de pouvoir, de prestige et évidemment facilite un enrichissement individuel sans frein. Ce qui explique les multiples rendez-vous ratés, lors du difficile

-

Dialogue Inter-Congolais

- à Gaborone,

à Addis-Abeba,

à Sun

City -, tant que n'avait pas été réglée la question du contrôle du Pouvoir. C'est en effet le consensus intervenu sur le partage vertical du Pouvoir qui semble avoir donné une forte impulsion à la signature à Pretoria de l'Accord Global et Inclusif(AGI) en décembre 2002... Mais si le règlement de cette question a servi de déclencheur à la signature de l'AGI, il faut reconnaître que la pression de la Communauté Internationale, lassée des tergiversations des politiciens congolais, y a été aussi pour quelque chose. Ainsi, dans la quête politicienne du Pouvoir, le peuple est le grand absent, et ses aspirations de même. De ce fait, le Pouvoir devient cette faculté pour certains de s'imposer aux
autres - par la violence si besoin est

-,

afm d'en

obtenir

l'allégeance ou la paralysie nécessaire à la poursuite de buts inavouables. Si la conjoncture historique actuelle ne commande plus au détenteur du Pouvoir suprême de s'identifier avec ce Pouvoir (comme aux temps du régime autocratique de parti unique ), force est de constater l'absence d'évolution des mentalités de la majorité des «chasseurs» de pouvoir, s'agissant de leur conception de son exercice ainsi que des buts pour lesquels il est tant recherché. La guerre de libération d'abord puis celle d'agression, suivies de l'engagement de multiples groupes d'intérêts dans la recherche des solutions à la crise de notre pays, ont servi à révéler le comportement du personnel politique congolais. Face à la menace de l'éclatement programmé du pays, face aux flagrantes violations des droits humains, face à l'occupation prolongée de plus de la moitié du territoire par des armées 6

étrangères, face au pillage évident des ressources nationales, et face aux dramatiques conséquences politiques et socioéconomiques, il s'est trouvé des politiciens encore acharnés à décrocher le Pouvoir exclusif non dans l'intérêt national mais pour engranger toujours plus de dividendes personnelles. La rhétorique politicienne est une auto-congratulation constante malgré l'occupation illégitime de l'espace politique: autopromotion, autop roclamati on, autojustification, etc. Alors que les tares des « opérateurs politiques» sont énormes: - Porte-parole autoproclamés d'une population lointaine et oubliée, ils sont nullement porteurs ou représentatifs des aspirations locales. - Freins constants à toute réforme susceptible de rétablir l'ordre institutionnel, et notamment aux mesures qui les soumettraient enfin au suffrage démocratique libre de toute pression. - Désintéressés de l'Histoire nationale, alors que l'Etat et le peuple congolais sont agressés de l'extérieur. Malgré quelques discours énergiques, à certains moments, ils n'ont mené aucune action soutenue d'envergure contre l'agression militaire étrangère. Aucun Front patriote n'a rassemblé leurs « organisations », telle l'action commune de la partie congolaise lors de la Table Ronde de Bruxelles en 1959... - Vides de programme, ils vagabondent d'un bord à un autre. Pour pallier cette vacuité idéologique, ils ont recours à l'ethnie, la Région, le parler (lingala/swahili), la géographie (Est/Ouest) aux fins de mobiliser les populations et revendiquer ensuite des postes importants ou tout simplement pour être agréé en tant que « parti». En plus de figer le peuple congolais sur ces lignes de partage, leurs manipulations aboutissent le plus souvent à des antagonismes sanglants: l'épuration partielle des « Kasaïens » au sud du Katanga en 1992, suivie en 1993 de l'épuration des tutsi banyarwanda au Nord-Kivu puis des tutsi banyamulenge au Sud-Kivu en 1995-96... Les conséquences ont été terribles. La création d'un parti au Congo peut relever de la volonté d'association d'un groupe d'individus autour d'une idée-force mais, dans la plupart des cas, le « promoteur» est dépourvu de programme d'action original qui le distinguerait 7

d'un autre parti et légitimerait en quelque sorte cette naissance. Comme le créateur veut être le patron unique, l'éclatement du parti en branches rivales ne tarde pas. De là, la frénésie de partis, la démultiplication à l'envi des « formations politiques» souvent structurées à l'échelle du quartier, de la commune ou de la ville, autour d'un « leader» manipulateur de la fibre nationaliste de jour et ethniste/régionaliste de nuit. Car un tel politicien a du mal à convaincre de son efficacité sinon de sa volonté réelle à défendre les intérêts populaires quotidiens. C'est pourquoi il recourt à l'expédient identitaires qui mobilise aisément « ses frères» pour constituer une « force de terroir» . Les politiciens tissent aussi des alliances « contre nature» dont certaines, anti-nationales, resteront gravées dans la mémoire congolaise car elles ont facilité le déferlement des armées étrangères sur notre territoire. La RDC souffre donc bien de sa classe politique et les circonstances de la signature d'un accord de paix « global et inclusif» entre belligérants sont là pour le prouver. C'est ce qu'a voulu éclairer l'auteur de ce livre qui a vécu de l'intérieur cette étape historique. Il s'agit non d'un cri de désespoir mais d'un appel au ressaisissement, à un sursaut de dignité nationale voire individuelle, en vue de casser l'image d'une classe politique ridicule, totalement aliénée à son peuple. C'est une invitation lancée aux intellectuels congolais pour qu'ils s'impliquent, s'engagent activement dans un véritable débat d'idées et mettent en œuvre une pratique au service de la Nation.

Mwabila Malela Professeur d'Université

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Et Dieu créa la terre... Quand Il répartit ses ressources naturelles, Dieu en pourvut très généreusement la République Démocratique du Congo. A tel point qu'un ange s'en inquiéta: « Ne trouvez-Vous pas que ce soit excessif pour un seul pays? » Et Dieu répondit: « Attendez de voir quel type d'homme j'y mettrai. »

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AVANT-PROPOS

Plus de quarante ans après son indépendance, la République Démocratique du Congo continue de patauger. Ce vaste territoire aux multiples potentialités offre un visage peu reluisant en terme de développement réel. Le 30 juin 1960, lorsque les Belges sont obligés de céder la place aux Congolais dans la gestion des affaires publiques, innombrables sont les critiques contre le passé colonial: violation des droits humains, spoliation des richesses nationales, brimades et humiliations en tous genres. Ce jour-là, Patrice-Emery Lumumba ne fera que relayer la rancoeur populaire dans son célèbre discours devant le Roi des Belges. Ce qui constituera pour certains un crime de lèse-majesté, mais reste pourtant une vérité historique, indélébile. Cependant, le Congo tel que le laisse alors la Métropole, n'est pas en queue des pays colonisés, quand on prend en compte son Produit National Brut, son système sanitaire, la politique salariale envers ses fonctionnaires, ses routes, ses écoles... Mais quel bilan les Congolais peuvent-ils exhiber de la gouvemance de leur pays plus de quatre décennies après l'Indépendance? Les faits parlent hélas d'eux-mêmes et ils n'honorent guère les dirigeants qui sont aussi des fils du pays. Sur le plan politique, la tourmente chronique n'a été ponctuée que de rares périodes d'accalmie pour les critiques du régime en place. Sur le plan économique, la faillite est évidente dans tous les domaines. Sur le plan social, la misère a franchi un seuil inconnu jusqu'ici. La première autojustification de cette descente généralisée, basée sur l'absence ou l'insuffisance de cadres universitaires congolais prêts à prendre la relève des Belges en 1960, n'a pas fait long feu. L'argument facile était d'imputer le désastre national aux Occidentaux puisque l'on sait depuis longtemps que les {(indépendances africaines}) n'ont été qu'un leurre: l'Occident a pérennisé son influence à travers ses valets Il

locaux, dans une perpétuelle manipulation. Cela, on le souligne constamment, et c'est une dénonciation fondée. Seulement cette critique des Occidentaux, qui a conduit à leur diabolisation, ne confère-t-elle pas une relative innocence à nos dirigeants, nos propres frères et sœurs qui, mus par l'avidité du profit personnel, portent une lourde responsabilité dans le désastre actuel? Le problème du Congo est une question d'hommes. Cette thèse nous a longtemps hanté, jusqu'à ce qu'elle s'avère exacte lors de notre implication directe dans le combat politique. Cependant, nous ne pouvions nous imaginer l'ampleur de la confirmation, ni son côté sordide! Et, par moments, il nous arrive même de nous questionner sur l'utilité de continuer à vouloir redresser ce monde sans foi ni loi. Au début des années 1990, alors que la Conférence Nationale Souveraine nous semble une expérience inédite, qu'il faut tenter, certains anciens rient sous cape en nous croisant. Ils en ont connu d'autres! La sempiternelle crise de gestion des ambitions, les querelles de leadership, les reniements, le mensonge, la corruption, le népotisme, la magouille... sont des « gestes» habituels! Déjà en 1960, être politicien c'était être un fieffé hypocrite, un menteur, un grand voleur! La médiocrité de notre classe politique ne date donc pas de la CNS. Depuis le départ, l'intérêt individuel, égoïste, prime en permanence dans les coulisses du ring politique. Dans la chasse au Pouvoir et son corollaire l'Avoir, chacun dans l'ombre tire toute la couverture à soi. Il ne semble pas évident dans ces conditions d'identifier celui qui se bat d'emblée et réellement pour la cause commune! Mais, avec le temps, la perception populaire s'aiguise. L'honnête homme congolais se garde de « faire de la politique », car cela équivaut à être éclaboussé de fange! Les gens de bonne volonté ayant tenté l'expérience s'en sont repenties, laissant alors le champ libre aux sournois, aux cyniques, aux clowns en tous genres, sans foi ni loi, sans moralité ni morale... L'essentiel pour la majorité de cette classe d'opérateurs politiques, c'est de devenir Président de la République, Ministre, Député, Gouverneur ou Président Directeur Général, etc. dans une opulence exacerbée... Et qu'importe si les autres végètent misérablement. 12

Nos premiers pas en politique active ont été des plus surprenants mais aussi des plus instructifs. Impossible de nous taire après avoir oeuvré aux côtés de la classe politique congolaise pendant plus d'une décennie. Jugez-en: de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) en 1991-1992 au Dialogue Inter-Congolais (DIC) en 2002-2003, en passant par les concertations du Palais du Peuple en 1993, le Haut Conseil de la République (HCR) devenu HCR/PT (Parlement de Transition) jusqu'à la démission, puis l'arrivée au pouvoir de l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL), le premier Gouvernement de l'AFDL et notre refus de faire partie de la Commission Constitutionnelle après avoir été nommé par Mzee L-D Kabila. Nous avons donc beaucoup appris... Cet « apprentissage» nous a entre autres renseigné sur la qualité de nos dirigeants. Malheureusement, il y a peu d'écrits des politiciens eux-mêmes évoquant sérieusement les raisons d'un comportement tantôt logique tantôt ambigu lors des nombreuses échéances historiques du Congo-Zaïre redevenu République Démocratique du Congo. Face à cette lacune, et révulsé par la décadence généralisée de notre classe politique dont l'ambivalence est chronique, nous nous sommes décidé à mettre par écrit notre appel de détresse. Nous voulons diffuser ainsi notre expérience « de l'intérieur », même si elle est fortement négative et décourageante. Au-delà des critiques formulées quelquefois vivement mais jamais sans raison contre la classe politique congolaise, nous espérons que le lecteur saura tirer l'essentiel de notre plaidoyer. Si cette contribution peut éclairer le comportement des acteurs politiques nationaux et guider le peuple congolais dans ses réflexions, ses choix et ses actions ultérieures, nous aurons atteint notre but.

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