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La rébellion touareg au Niger

De
152 pages
Les prémices de la rébellion touareg sont obscures et il est difficile d'en fixer la date exacte. Pour cerner cet épineux problème qu'est l'éternelle reprise des armes par une partie de la communauté touareg, il convient d'abord d'étudier les causes aussi bien endogènes qu'exogènes de la persistance du phénomène, puis d'analyser dans un second temps les tentatives de résolution du conflit, tant celles réalisées par les Nigériens eux-mêmes que celles engagées avec les pays voisins ou la communauté internationale.
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LA REBELLION TOUAREG AU NIGER

Colonel Chekou Koré Lawel

LA REBELLION TOUAREG AU NIGER
Raisons de persistance et tentatives de solutions

© L’HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13833-9 EAN: 9782296138339

L’Université n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises dans le mémoire ; ces opinions doivent être considérées comme propres à leurs auteurs.

TABLE DES ABREVIATIONS ACF : Agence Française de coopération. APLN : Armée populaire de libération du Nord. ARLNN : Armée révolutionnaire du Nord-Niger. BAD : Banque Africaine de Développement. CEDEAO : Communauté Economique de l’Afrique de l’Ouest. CMS : Conseil Militaire Suprême. CNS : Conseil National du Salut. CRA : Coordination de la résistance armée. CVT : Comité de Vigilance de Tassara. DOMP : Département des opérations de Maintien de la Paix. ECOMOG: ECOWAS : Cease fire Monitoring Group. FAR : Front d’Action Révolutionnaire. FARS : Forces armées révolutionnaire du Sahara. FDR : Front Démocratique Révolutionnaire. FED : Fonds Européen de Développement. FFR : Front des Forces de redressement. FLAA : Front de Libération de l’Aïr et de l’Azawak. FLT : Front de libération du Tamoust. FFL : Front des Forces de Libération. FPN : Front Patriotique Nigérien. FPLN : Front Populaire de Libération du Nord. FPLS : Front populaire de libération du Sahara. HCR : Haut Commissariat aux Réfugiés. MINUCI : Mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire. MINUL : Mission des Nations Unies au Libéria. MNJ : Mouvement des Nigériens pour la Justice. MONUSIL : Mission d’Observation des Nations Unies en Sierra Léone. MRLNN : Mouvement de Libération du Nord Niger. MUR : Mouvement unifié révolutionnaire. OPVN : Office des Produits Vivriers du Niger. ONUCI : Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire. ORA : Organisation de la Résistance armée. PNUD : Programme des Nations Unies pour le Développement PROZOPAS : Programme de développement en zone pastorale. UA : Union Africaine UFRA : Union des Forces de la Resistance armée.

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SOMMAIRE

Introduction générale

Titre I : Les raisons de la persistance de la rébellion touareg au Niger

Chapitre I : Les raisons endogènes de la persistance de la rébellion

Chapitre II Les raisons exogènes de la persistance de la rébellion

Titre II : Les tentatives de résolution du conflit

Chapitre I : Les tentatives internes de résolution du conflit

Chapitre II : Les tentatives de résolution du conflit avec l’aide des pays amis et des organisations internationales

Conclusion générale

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INTRODUCTION GENERALE

« Il est plus facile de faire la guerre que la paix ». Cette citation de Georges Clemenceau1 trouve toute sa résonnance dans le conflit touareg2 en cours au Niger3 .En 19854, quatorze assaillants attaquent la localité de Tchintabaradène, tuent deux gardes républicains, blessent un Gendarme et donnent naissance à la rébellion touareg. On en est toujours à courir derrière la paix. Les prémices de la rébellion touareg comme celles de toute insurrection sont obscures et il est difficile d’en fixer la date exacte. Cependant nous pouvons situer à peu près le début de la résistance touareg au moment où la Libye va créer la légion islamique, formée, entretenue et équipée dans ses camps militaires dans les années 1970. En tout cas c’est un phénomène récurrent depuis la colonisation qui s’est amplifié à partir des années 1990 et qui sévit dans la partie septentrionale du pays. Les insurgés ont toujours clamé être l’objet de marginalisation politique, économique et sociale et même victimes de discrimination culturelle. Outre la communauté touareg, d’autres ethnies sont également parties en guerre contre l’Etat au cours de la même période ou se sont organisées en groupes d’autodéfense. Il s’agit des Toubous, des peulhs et des arabes. Les Toubous de la région du Kawar (département de Bilma) ont fondé les FARS ou forces armées révolutionnaires du Sahara. Quant aux Toubous du
Journaliste et homme politique français né à Mouilleron-en-Pareds.1841-1929Ministre de la guerre et président du conseil en 1917. 2 L’orthographe du mot Touareg varie selon les auteurs : Touareg ou touarègue. Nous adopterons pour notre étude le mot touareg tel qu’orthographié et défini par le dictionnaire le nouveau petit ROBERT de la langue française 2009 de Paul ROBERT , texte remanié et amplifié sous la direction de Josette REY-DEBOVE et Alain REY, ed le Robert, Paris, Sejer, 2008, P. 2579. Touareg, adjectif et nom. Mot arabe, masculin, pluriel de targui. Relatif à la population nomade du Sahara, parlant une langue berbère. Des guerriers touareg. La langue touareg. « poésies touareg », du père de Foucauld. Nom, Un targui, des touareg ou des touaregs. On dit aussi couramment un touareg , des touaregs. 3 Voir annexe VII. 4 C’est à partir des années 80-90 qu’une rébellion s’est officiellement déclarée depuis la fin de l’époque coloniale.
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manga (région de Diffa) leur front répond au nom de FDR pour front démocratique révolutionnaire. Dans la même zone les éleveurs peulhs se sont constitués en milices d’autodéfense pour combattre principalement les éléments du FDR qui menaient contre eux d’incessantes razzias. Le mouvement des arabes est dénommé le CVT, Comité de vigilance de Tassara qui est une zone située au nord de la localité de Tahoua. Les FARS ont pris part à la signature des accords de paix additifs d’Alger de novembre 1997 en même temps que certains fronts touareg. Quant au FDR, il a signé un accord de paix avec le gouvernement nigérien au Tchad sous l’auspice du président tchadien le 21 août 1998. Les CVT et les milices peulhs n’ont formellement signé aucun accord de paix. Cependant tous ces fronts non touareg ont bénéficié des retombées des différents accords de paix et ont vu nombre de leurs combattants intégrés dans les forces de défense et de sécurité. De même ils ont obtenu des postes dans l’administration. Depuis la signature des accords de paix du 24 avril 1995, ces ethnies sont rentrées dans les rangs et n’ont plus repris les combats. Au cours de l’étude qui va suivre on traitera surtout du cas touareg, car les membres de cette communauté sont de loin majoritaires au sein de la rébellion et sont seuls à poursuivre la guerre. De même il est difficile d’aborder la question touareg au Niger en l’isolant de la question touareg au Mali voisin. D’abord c’est la même ethnie ; ensuite elles sont indissolublement liées et sont l’effet d’un seul et même mouvement. Elles ont été formées à la même école, la libyenne et se sont organisées de concert sur le plan politique et stratégique. C’est pourquoi même si cette étude est avant tout centrée sur le cas nigérien, il a été fait recours délibérément, pour certains aspects, indifféremment à des exemples nigériens ou maliens pour étayer notre propos. Depuis la naissance de cette insurrection, plusieurs solutions ont été expérimentées pour mettre fin au bellicisme touareg. Les hommes politiques, les universitaires, les simples citoyens, toutes les bonnes volontés au Niger comme à l’étranger ont été de leur contribution pour trouver une solution définitive à cette guerre fratricide. Mais hélas à chaque fois qu’une solution semble trouvée, tel le mythe de Sisyphe qui roule indéfiniment son rocher, la guerre reprend. Une paix définitive est-elle devenue impossible ? Quelles sont les raisons de la persistance du conflit et quelles en ont été les tentatives de résolution ? Le Niger est un pays pauvre, faisant partie des PMA. Il a une superficie de 1.267.000 km² et une population de 12 millions d’habitants au dernier recensement. La religion dominante est l’islam (98%) mais l’on y trouve 12

aussi des animistes et des chrétiens. Il est complètement enclavé et est dans une position géopolitique assez singulière. Au nord il est limité par l’Algérie où sévit un islamisme qui se revendique comme branche armée d’Al qu’Aïda et par la Libye dont le leader a un contentieux territorial avec le Niger5. Au sud il partage 1500 kilomètres de frontière avec une puissance de premier plan en Afrique de l’ouest, le Nigeria, un géant certes mais aux pieds d’argile, caractérisé qu’il est par une forte instabilité et une très forte corruption. Toujours au sud il est limité par le Benin, lieu de contrebande vers le Nigeria, et le Burkina Faso, pays qui s’impose de plus en plus comme un médiateur incontournable dans les conflits de la sous-région. A l’ouest le Tchad, pays où sévit une guerre endémique, situé à la charnière des mondes arabes et négro-africains, anglophones et francophones et bouclier de l’Afrique soudano-sahélienne. A l’ouest par le Mali l’autre pays de rébellion touareg. Il doit son existence territoriale au fleuve Niger, le sixième d’Afrique qui prend sa source dans le fouta djalon en Guinée. A partir de cette structure de contrôle fluvial, fruit d’un compromis entre les colonisateurs anglais et français, le Niger a vu ses frontières s’étendre jusqu’à leurs limites actuelles. Il est le troisième producteur mondial d’uranium. Il compte huit ethnies : Les haoussas (55,5%), les DjermaSonghaï (21%), les peulhs (8,5%), les kanouri (4,7%), les Toubous (0,4%), les Gourmantchés (0,4%), les Arabes (0,4%). les touareg (9,3%). C’est tout d’abord contre les français que les touareg ont levé l’étendard de la révolte pendant la période de conquête coloniale. Les colonisateurs confrontés aux Kel tamasheq s’en sortent avec suffisamment de bonheur parce qu’ils arrivent sans trop de mal à les vaincre du fait notamment de la supériorité incontestable de leur armement et par la mise sur pied d’un réseau de renseignement efficace au sein de la population touareg. Les velléités de rébellion des touareg ne s’étaient pas totalement altérées lorsque à l’indépendance, les français ont passé le témoin, telle une patate chaude, aux nouveaux maitres du pays. Les différents gouvernements qui se sont succédé après l’indépendance ont suivi avec beaucoup d’attention le dossier touareg ; ce qui n’a pas empêché la rébellion de ressurgir, tel le phénix qui renaît de ses cendres et de se

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Il s’agit du contentieux relatif au puits de Toumo, situé sur la frontière des deux pays et actuellement occupé par la Libye. Ce problème en « stand bye » depuis le premier gouvernement du Niger indépendant est toujours à l’ordre du jour.

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pérenniser. Parmi ces touareg à partir des années 1980, les animateurs de la rébellion proviennent de quatre origines différentes : - De cadres de l’administration générale ou d’étudiants quittant d’euxmêmes leur situation ou à la suite de licenciement, décident de s’expatrier. - D’anciens sous-officiers de l’armée ou de la Gendarmerie déserteurs ou révoqués qui se rendent en Libye pour se préparer militairement en vue de créer une insurrection à leur retour. - A partir de 1985, une sécheresse persistante s’installe dans la zone nord où les touareg sont les plus nombreux et anéantit les troupeaux, richesse principale des populations nomades. Appauvries, elles cherchent refuge dans les pays voisins notamment en Algérie et en Libye. De nombreux jeunes gens désœuvrés qui ont ainsi perdu tous leurs biens choisissent de partir en exil. Ce sont des ishomars6, le groupe le plus important numériquement. En Libye ces jeunes gens devenus ainsi vulnérables au chant des sirènes de la guerre, sont recrutés avec peu de moyens, instrumentalisés, enrôlés dans la légion islamique. Ils reçoivent une formation militaire et idéologique. Ces immigrés constitueront la majeure composante des mouvements qui déclenchent les hostilités à partir de l’année 1990. - Des ressortissants de la communauté touareg vivant au Niger et aidant avec discrétion la rébellion. A partir de 1987, trois facteurs se conjuguent pour inciter les exilés à rentrer au bercail : - La « guerre du Tchad » qui finissait provisoirement : Quelques cinq milles jeunes s’étaient engagés dans la légion islamique de Kadhafi. - La mort de Seïni Kountché7 qui fera du Niger un pays plus vulnérable. - L’amenuisement des ressources détenues par la Libye qui contraint Kadhafi à renvoyer chez eux, les anciens combattants qui n’avaient d’autres compétences que celles de manier des armes.

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Déformation du mot chômeur. General devenu Chef de l’Etat nigérien suite à un coup d’Etat. 1974-1986.

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C’est le FLAA ( Front de libération de l’Aïr et de l’Azawad ) de Rhissa Ag Boula qui s’est porté à la connaissance du public en janvier 1992 en réclamant d’abord la souveraineté sur une certaine aire du Sahara d’avant l’ère coloniale découlant d’une loi du 10 juin 1957, portant organisation commune des régions sahariennes ( ORCRS) qui regroupent les territoires de l’Algérie sans la Kabylie, plus des deux tiers du Niger et la moitié du Tchad et du Mali. Le document officiel de la coordination de la résistance armée, adoptée le 3 février 1994 par les quatre tendances de la rébellion, comporte trois parties : un mémorandum, un programme politique, une annexe et une carte, publiée par l’hebdomadaire le sahel-dimanche du 25 février 1994, définissant le territoire revendiqué par la coordination. Devant le tollé général soulevé par sa prétention même au sein de la communauté touareg, il met de l’eau dans son vin et se « contente » de revendiquer un fédéralisme qui donnerait son autonomie aux populations touareg. Ensuite une pléiade d’autres fronts touareg voit le jour, se mettant les uns avec les autres pour former des ensembles plus importants tels l’ORA ou la CRA au gré des alliances et des ruptures. A la signature des accords de paix du 24 avril 1995 et des accords additifs d’Alger de 1997, les différents fronts sont dissous officiellement. Ces accords prévoient notamment l’intégration des ex rebelles dans les services publics, (forces de défense et de sécurité- administration générale), dans les activités socio- économiques et la mise en route d’un programme de décentralisation dans le pays. A l’heure actuelle, le gouvernement nigérien est entrain de mettre en œuvre le contenu de l’accord de paix. Les résultats obtenus sont importants dans certains domaines, de nombreux anciens combattants de la rébellion ont été recrutés dans les forces de défense et de sécurité, dans d’autres le manque de moyens n’a pas permis d’avancées notables. A ce stade, on peut affirmer que le dispositif juridique, existe bel et bien et que les touareg eux-mêmes avaient la possibilité d’y recourir grâce à la démocratie mais ils ont préféré reprendre les armes. Ainsi en février 2007, un nouveau front, le mouvement nigérien pour la justice (MNJ) se révèle à la communauté nationale et internationale en attaquant la caserne d’un poste avancé de l’armée nigérienne à Tazerzaït, dans le poste administratif d’Iferouāne. Dans la plate forme revendicative du MNJ il y a alternance de revendications centrales et récurrentes citées plus haut et des demandes enveloppées d’un discours destiné au public occidental (gouvernance, écologie, peuples autochtones, minorités visibles). Ainsi en résumé, l’objectif de la nouvelle rébellion 15