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La régression de l'Afrique et du monde arabe face à la mondialisation

De
175 pages
Depuis la chute du mur de Berlin, l'Etat de droit et la démocratie s'imposent partout. A l'ère de la mondialisation, il ne saurait y avoir de développement sans démocratie. Le monde arabo-musulman et l'Afrique sont en régression parce qu'ils sont loin des nouveaux standards internationaux. La démocratie et la problématique du pouvoir restent encore entachées de préjugés et de suspicion. Or il n'y a pas d'autres choix que d'accepter les nouvelles réalités mondiales et de relever les multiples défis de la mondialisation.
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La régression de l'Afrique et du monde arabe
face à la mondialisation

@

L'HARMATTAN,

2009 j 75005 Paris

5-7, rue de l'École-Polytechnique

http://www.librairieharmattan.com di ffllsion.harmattan@wanadoo.fr harmattan) @wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-10730-4 EAN : 9782296107304

SALAH MOUHOUBI

La régression de l'Afrique et du monde arabe

face à la mondialisation

L'HARMATTAN

Du même auteur
.fouJ-développement et extrcwel:iion fil1ClI1àèredu monde arabe, Publisud, OPU, i\lgerParis, 1983. La politique de mopération a(géro~/iw1f'aÙe bilan et pel:ipectÙ'eJ,Publisud-OPU, : AlgerParis,1989. l ,'/j{gérie et le tin:!' monde/ace à la o7.re,Ettarik, Alger, 1990. L'/l{~é!ie aulÙtul~ Dar Ettakafa, Alger, 1992. L'/lkérie â l'épreul'e deJ l~foJ7JleJ' économiqueJ, OPU, ,\lger, 1998. ,1/iique. L'ère deJ turbulenceJ, Casbah Editions, Alger, 1990. Jeux d'enjantJ (roman), L'Harmattan, Paris, 2001 Le reI/ownt (roman), L'Harmattan, Paris, 2002. La mondialiwtioll en mardJe, EN l\ G, Alger, 2004 Ahaggar (roman), L'Harmattan, Paris 2004 DeJtiflJ édatir (roman), L'Harmattan, Paris, 2004. La politiqlle extérieure de l'/l(~élie et le nouvel ordre économique mondial: de 1970 à 1978,

.ANEP,Alger, 2005. Le NEP/lD, une chancepour l'~fiique ?, OPU, Alger, 2005. L'Honnête homme (roman), L'Harmattan, 2006

«L'avenir est cc qu'il y a de pire dans le présent» Custave Haubert

INTRODUCTION

Le XXe siècle a Hl la disparition de toutes les idéologies totalitaires et le triomphe du libéralisme politiclue et économique. En effet, l'effondrement du bloc socialiste a sonné le glas d'un rinl idéologiclue, d'une part et la fin de la guerre froide a permis l'émergence d'un monde unipolaire mais dominé par l'hyperpuissance américaine, d'autre part.
Les Etats-L'nis et leurs alliés ont généralisé à l'ensemble de la planète la démocratie et l'économie de marché, les deux facettes de la mondialisation. Il est utile, aujourd'hui, de se pencher, à nouveau, sur des concepts clés comme la démocratie et la problématicjlJe du pOU\Toir. Ce sont des thèmes récurrents mais toujours d'actualité. Si la démocratie a fait des avancées considérables un peu partout dans le monde, beaucoup de pays continuent à tricher avec elle. De même, dans beaucoup de pays, le pouvoir est recherché davan tage pour la puissance et les pri,'ilèges qu'il procure que comme un moyen de construire une ambition nationale. Dans tous les cas, il existe des exemples frappants. Or, il est démontré que la démocratie est le meilleur soutien de développement d'un pays. I.:tat de droit, démocratie, alternance au pOln'oir et développement semblent de plus en plus liL$ par une trame intime, subtile et avérL'e. L'histoire du monde confirme le lien Cjui existe entre tous ces concepts. Il n';: a pas de développement sans l'litat de droit et la démocratie. De même que la démocratie n'a un sens clue si l'alternance au pouvoir est une réalité. Notre monde moderne éprouve tout ce clui ressemble à une confiscation de ces symboles. La dictature, les «présidences à ,Tie», les «républic]ues monarchiques» et les «monarchies moyenâgeuses» de,'iennent anachroniques, voire insupportables dans un monde clui progresse à une vitesse effrénée. Ces symboles ont fait la force et la puissance du monde dé,Tc1oppL'. Sans eux, il n'aurait jamais atteint les cimes du progrès. Pour rien au monde, il ne renoncerait à eux car ils constituent le moteur et le levain de sa puissance. Aujourd'hui, la ligne de démarcation entre le monde développL' et le monde en développement ne passe pas seulement par l'écart L'conomicjlJe mais aussi par l'Etat de droit, la démocratie et l'alternance au pouvoir. Dans les démocraties, le pOl,,'oir est une finalité pour réaliser des ambitions nationales et non un moyen pour s'accaparer des privilèges et exercer le fait du prince. C'est tout le contraire dans un grand nombre de pays en voie de développement oÙ le pouvoir est exercé avec autoritarisme car il est recherché d'abord pour lui-

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même et non comme un moyen de concrétiser les aspirations de la collectivité nationale. Etat de droit, démocratie, alternance au pouvoir et développement ne tombent jamais en désuétude. Ils sont toujours cruciaux et d'actualité dans un grand nombre de pays. l,a démocratie de façade masque souvent des dysfonctionnements manifestes de l'Etat et la nature du pouvoir en place. Les «présidences it vie» renferment en elles-mêmes les germes de l'instabilité, du désordre, voire même des crises graves remettant en cause l'unité nationale et territoriale. i\Ialheureusement, deux régions du monde, l'AfriclIJe et le monde arabo-musulman se singularisent par l'absence de démocratie, d'Etat de droit, d'une part et un sous-développement chronique, d'autre part. l\Ialgré un potentiel économiclue et humain avéré, ce sont les deux seules régions au monde en pleine régression. I.' l\sie et l'Américlue latine progressent grâce à des réformes poliriclues et économic]ues pour instaurer la démocratie et l'i'conomie de marché, et sont pleinement insérées dans la mondialisation. Elles sont même dCTenues des acteurs majeurs de l'économie mondiale. L'Afric]ue et le monde arabo-musulman sont très loin des standards internationaux et connaissent le sort peu enviable de ]a marginalisation. Ils subissent la mondialisation ce qui les rend encore plus fragiles et plus Hllni'rables aux chocs extérieurs ou aux crises. Ce sont donc les seules régions au monde qui n'ont pas résolu la it ]a faveur des problématique du pouvoir. ] ,es soubresauts qu'elles connaissent aections montrent que la recherche du pouvoir, ou le maintien des éC]ltÏpes aux commandes, est la seule vision qui caractérise les élites politiclues et militaires. L'Algérie est une synthèse de tout cela. Elle se caractérise par un système politiclue obsolète et une économie atypique, d'oÙ l'intérêt de lui consacrer tout un chapitre. Elle n'est pas consciente qu'elle se trouve it la croisée des chemins. L'illusion produite par J'embellie financière risclue de lui (.tre fatale si elle n'envisage pas son avenir dans la démocratie et en dehors des hydrocarbures.

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Chapitre 1

La démocratie n'est pas un leurre
Depuis les temps immémoriaux, les peuples se sont toujours battus pour défendre leur liberté, leur dignité et, tout simplement, leur droit à la vie. Ce sont des concepts innés qui sont attachés à la personnalité humaine. C'est un héritage généti(lue (lui se transmet de génération en génération sans ('tre érodé par les vicissitudes de l'histoire. Ce sont des concepts étroitement liés à la ci,'ilisation de l'humanité. Nul besoin de trop philosopher. C'est comme cela, un point c'est tout. Cependant, cela n'a pas empêché des penseurs de tous bords de s'interroger ou de les rendre plus explicites. "'fais aucun intellectuel ne s'est aventuré à les remettre en cause ou à démontrer leur inutilité. D'ailleurs, quand la liberté et la dignité humaines sont bafouées, la civilisation recule et cède devant la barbarie. Instinctivement, les peuples, ou tout simplement des citoyens, mettent en jeu leur vie pour les restaurer. Les luttes pour les indépendances nationales et le refus de toute forme d'autoritarisme ou de dictature ont émaillé l'histoire de l'humanité. L'homme est né libre mais la liberté est indissociable cie la démocratie.

Ces concepts font partie des instincts de survie du genre humain. C'est la raison pour latluelle l'homme est prêt à sacrifier sa vie pour les préserver. Des peuples ont accepté de payer un pt'Ïx incommensurable pour les défendre. C'est, par exemple, le cas de l':\lgérie entre 1830 et 1%2. Durant plus de 130 ans, des millions de personnes tuées et des destructions matérielles massives constituent le faisceau des sacrifices consentis pour le recouvrement de la liberti' et de la digniti'. Pour la seule période de la guerre de libération nationale (lui a duré 7 ans et demi, entre 1954 et 1962, la «facture payée» pour la liberré et la digniti' es t terrifiante: 1,5 million de morts, 2 millions de personnes déplacioes ou poussées à l'exil, 8 000 villages détruits, 3 millions d'hectares de forêts brûlées, la pluparr du temps au napalm, et, enfin, des destructions matérielles représentant autant de handicaps majeurs pour le développement futur du pays. Il faut ajouter à cette liste la systématisation de la torture à tout un peuple. A ce sujet, il faut ouvrir une parenthèse pour affirmer que jamais dans l'histoire de l'humanité, un peuple n'a subi un tel sévices dégradant et inhumain et ce, au XXe siècle. Ce n'est pas par masochisme qu'il accepta de tels sacrifices car scion le plus vieil adage, «la liberté n'a pas de prix». La torture est l'antichambre du gi~nocide. C'est une tentation plus subtile d'y arri,'er mais dont la finalité est la même. Torturer pour éliminer toute idée de liberté à un être humain, car en fait, cela re"ient à cela, c'est aussi une manière de tuer. Les i\lgériens se sont battus pour la liberté afin d'instaurer un Etat démocratique comme le stipule la déclaration de Novembre 1954.

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L'on comprend dès lors, pourquoi la liberté est le moteur de l'évolution de la civilisation humaine et ce, depuis des siècles. Le penseur, l'intellectuel, l'artiste, le créateur de génie, le scientifi<-lue ... n'auraient pas excellé ou développé leurs talents sans ce sourHe vital, cette flamme inextinguible et cette force intérieure extraordinaire qui brave tous les risques et les périls qu'est la liberté. La liberté nourrit l'esprit et fortifie les convictions. C'est le supplément d'âme. La liberté a permis à l'être humain de se développer et de mettre constamment en valeur toutes ses facultés. Que seraient l'expression, la pensée et l'action sans la liberté? La liberté est une seconde nature chez l'homme. La liberté est aussi au cœur de toutes les constructions philosophi<-lues, politiclues, économiques et culturelles. Elle a toujours suscité de la passion mais aussi des analyses poussées et affinées au gré des mutations. Elle a enfanté d'autres concepts en osmose avec l'évolution de la société et de l'économie. Il en est ainsi de la démocratie. Y aurait-il eu la démocratie sans la liberté? Une dé'mocratie serait-elle concevable sans un Etat de droit qui garantit toutes les liberté,s publiques, politiques et économi<-jues ? Peut-on exiger la liberté sans la démocratie et la démocratie sans un Etat de droit? La démocratie sans la liberté et l'Etat de clroit ne serait qu'un leurre. On ne peut raisonnablement et rationnellement assurer la liberté' sans la dé'mocratie qui repose sur des bases juridiclues et poJiticlues, c'est-à-dire un Etat de droit. Des peuples ont accédé à la liberté mais dé'pouillée de la démocratie et de l'Etat de droit. Dans ce cas précis, <-jue peut bien signifier la liberté si elle est «con fisquée» gdcc à des subterfuges «politiciens» ou par des inté:rêts strictement de pouvoir. Car, si la liberté: est innée chez l'homme, la dé'mocratie est surtout une œuvre humaine. Flle est malléable à 'Tolonté... par la volonté du politicjue. Le monde contemporain nous offre une multitude d'exemples concrets. Dans les exdémocraties populaires, la liberté avait été confis<-luée et il n'y avait de démocratie <-lue la dictature du prolétariat, c'est-à-dire une idéologie aux antipodes de la démocratie. Lors<-lue cette idéologie s'effondra, les peuples ont recoun-é leur liberté pour s'engager dans la voie de la démocratie. Le paradoxe est offert par la Chine d'aujourd'hui cll1Ïveut tenter une difficile synthèse entre le capitalisme c01lCluérant et flamboyant et une confiscation de la liberté - seule la liberté économique est tolérée et encouragée.. et la démocratie. FlIe ,-eut offrir l'opulence économiclue mais dans l'asser\Tissement d'une idéologie obsolète et surtout antinomi<-jue du capitalisme chinois qui souhaite l'émergence d'une société de prospérité. La Chine est bien installée dans la mondialisation mais en désertant les espaces infinis de la liberté et de la démocratie. Une alchimie explosive à terme. Combien de temps va durer cette insoutenable contradiction? An'c la récupé'ration de Hong Kong, et peut-t'tre, demain, celle de Taïwan, deux bastions du capitalisme ct de la dé'mocratie, la Chine sera bien obligée de résoudre cette épineuse équation. Une rupture brutale est prévisible au cas oÙ elle persisterait à faire reculer les échéances fatidiques.

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La liberté économique, même illimitée, ne peut s'accommoder trop longtemps de l'absence de liberté politiclue, c'est-à-dire de la démocratie. Pour justifier ces contradictions, et surtout pour rassurer la communauté internationale deyenue très pointilleuse en ce clui concerne la lancinante question des droits de l'homme, les dirigeants chinois soutiennent que le pays avance à son «rythme» dans la "oie de la démocratie. Que le plus important est de satisfaire les immenses besoins sociaux du pays qui représente le quart de la population mondiale. Ce sont, effectivcment, des arguments soutenables. D'ailleurs, la Chine n'a absolument pas réduit IIong Kong à l'idéologie marxiste. L'ancienne colonie britannique a continué à vivre au même rythme. Cela prouve clue la Chinc est consciente clu'elle ne peut pas intégrer pleincment la mondialisation sans une ouverture po!iticlue à terme. Elle le fera sans subir de pressions extérieures. Elle ne peut pas s'i'figer en un pays domini~ par des capitalistes puissants, prospères et intégrés dans la mondialisation dans un cadre politique et idéologiquc antinomicjuc. Car, ces mt'mes capitalistes finiraient par prendre le dessus sur le politiclue afin de lui imposer leur propre vision. l':n outre, la prospérité sociale, générée par le capitalisme, finirait inexorablement par engendrer la di'mocratie. La di'mocratie et la prospérité "ont de pair. Depuis £\dam Smith, l'histoire le montre clairement. L'auteur de la monumentale œuvre sur la «Richesse des Nations» a nié à l'Etat tout rôle en i'conomie, lui demandant simplement de «laisser-faire, laisser-passer». ,\ cette i~pocpJe, les puissances européennes, en général, et britannique, en particulier, n'i,taient pas un modèle de démocratie. La thèse d'Adam Smith a ouvert la voie à la di'mocratisation plus prononcée des systèmes politicJues. r':n un mot, la liberté sur le plan économique entraîne, à terme, dans son sillage, la démocratie. I.es pays actuellement qualifiés de démocraticlues ont empmnté un proccssus llt1i a été lent mais qui s'est affiné au fur et à mesure. Des parenthèses peuvent altérer ce processus, à l'instar de L\llemagne nazie, de l'Italie fasciste ou de j'Espagne sous Franco, mais très vite, elles seront refermées avec le rétablissement de la démocratie. Pourquoi? Parce que la di'mocratie est bien ancrée chez ces peupjes, et cjuelles llue soient les vicissitudes de l'histoire, aucun pouvoir politique ne peut les asservir indéfiniment. Chez ces peuples, la d(~mocratie n'est ni un luxe, ni un slogan mais un mode de gouvernement cjui a fait ses premTs. Il se trom'e qu'il ne peut pas y en avoir d'autre mt'me si la culture, l'histoire, le tempi~rament national et le niveau économiclue peuvent le façonner a fin de l'adapter aux réaliti~s d'un pays. Cependant, ce concept repose toujours sur la même base: la liberté. Il n'est pas inutile de rappeler clue la liberté est innée chez j'homme et que la démocratie demeure son œuvre. i\lors, partant de ce postulat de bon sens, il est possible de réfuter l'argument brandi, surtout par des dirigeants autoritaires, clui consiste à affirmer que la démocratie n'est ni transposable ni exportable. En fait, à partir du moment où sa base est la liberté, elle existe au sein de chaque communauté et de chaclue peuple. Aucun

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peuple n'en a le monopole ni ne peut prétendre en avoir la paternité. Soutenir le contraire, c'est admettre l'argument fallacieux de ces dirigeants afin qu'ils puissent perpétuer un mode de gouvernance aux antipodes de la démocratie. C'est, en fait, nier à leurs peuples le droit de jouir pleinement de la liberté car en confisquant la démocratie, on contïsque aussi la liberté. En 1990, la chute du mur de Berlin a engendré la déferlante cie la mondialisation, clans sa double facctte économique et politique. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, le libéralisme économic]ue et politique, à la sauce américaine, a étalé ses tentacules aux cluatre coins de la planète. J.a généralisation de l'é'conomie de marché et de la clémocratie à la fois à l'ensemble de l'ex-bloc de l'Est et aux pays de l'hémisphère Sud renforce considé'rablement le processus de la mondialisation. Ce qui est surprenant, c'est que des pays clui, hier seulement, étaient récalcitrants au capitalisme et à la démocratie, sont de"\Tnus subitement les chantres cie ces modèles, leur trouyant même toutes les vertus. Tant mieux! Cependant, les imposer, c'est aussi une manière de stigmatiser le système politiclue qui leur il\Tait tourné le dos. A ce sujet, l'expérience africaine en matière cie démocratÜ;ation mérite d'être rappelée. C'est, malheureusement, à la suite du discours de la Baule, en 1990, que le Président français 1\1itterrand a dévoilé~ le nouveau visage de la politic]ue africaine de la France. Oubliant son passé colonial et post-colonial coupable et responsable des déri\'es de sa c1ientèlc, la l'rance intima à des pays, qu'elle soutenait contre vents et marées, et surtout peu recommandables en matière de droits de l'homme et de démocratie, de changer brutalement de système politique s'ils désiraient receH)ir toujours de l'aide. La cbnocratisation des systèmes politiclues c'tait imposée de l'extérieur et surtout menée à la hussarde. Sur le tas, certains pays ont effectivement entrepris et réussi des réformes et d'autres ont opté pour un «ravalement» de l'édifice. Ils persistent à faire perdurer les vieilles méthodes politiques grâce à une dé'mocratie de façade. Le Congo, le Togo et le Gabon, entre autres, font partie de ce lot. Cne démocratie imposée de l'extérieur à des dirigeants, surtout lorsqu'ils sont eux-mêm.es les exécutants des changements attendus, ne peut que renforcer la perpétuation du système sous d'autres formes. C'est une démocratie de façade qui s'instaure. Dans cc cas, il ne faut nullement s'étonner de voir des émeutes d'une extrême violence à chaque consultation électorale. J .es pays sont pratiquement au bord des guerres civiles et de l'implosion comme ce fut le cas au Togo, lors du décès du Président Eyadema. A travers des cas vraiment particuliers, on tente d'explicluer que l'Africlue n'est pas encore mÙre pour la démocratie. On oublie que beaucoup de pays africains ont réussi la clémocratisation de leurs systèmes politiques. Cc n'est pas l'~\frique qui n'est pas mÙrc pour la démocratie, ce sont ses dirigeants, incompétents et assoiffés de pouvoir, clliÏ la combattent. En effet, il est devenu tentant de ptl'senter la

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démocratie comme un système adapt(~ aux seuls pays dé\"cloppés. Les représentants des pires dictatures n'ont pas d'autre argument à utiliser car il est simple et facile à faire admettre à des populations ignorantes, non formées, paunes, vivant quotidiennement dans l'insécurité et la peur. Le problème est que ces pays risquent de voir leur sous-développement se pérenniser à cause d'un système politique réw)lu. Sans (~tablir de lien direct entre le niveau de d('Veloppement et la démocratie, il est tout de même admis que la démocratie favorise sÙrement le développement. Un développement sans démocratie relève de l'utopie alors <-luela démocratie va de pair avec le développement. Tous les pays qui ont fait des progrès substantiels dans la démocratisation de leurs systèmes politiques ont également mieux réussi dans le domaine économi<-lue. En effet, la démocratie libère de formidables énergies qui sont fortifiantes et pour la société et pour l'économie. Un exemple pourrait étayer cette assertion. Si l'on admet clue la liberté est à la base des initiatives économiques, la démocratie permet au politi<'lue d'exercer la régulation sous l'impulsion et le contrôle de la Nation. Les institutions représentatives confortent cette liberté et surtout imposent à l'exécutif des règles démocratiques clans la gestion des affaires publiques. Le budget de la nation est discuté et adopté dans la transparence la plus totale. Le Chef de l'Etat n'a aucun pom"oir, et surtout pas celui de d(~cider de dépenses hors budget non conformes aux règles budgétaires. De mt'me, le ministre n'utilise pas le budget alloué à son département comme bon lui semble. En politiclue (.trangère, par exemple, l'exécutif est obligé de tenir compte de l'avis des représentants du peuple. Le changement de majorité au Sénat américain a poussé le Président Bush à prendre en considération la n01welle approche des démocrates dans le domaine de la politique extérieure. Lors de la libération des infirmières bulgares, un v(Titable <.kbat a été déclenché en France à cause du rôle joué par l'épouse du Président Sarkozy. En effet, dans une démocratie, les missions des institutions de l'Etat sont clairement définies et leur respect s'impose à tous. L'intrusion de la première clame de l'rance dans la diplomatie, même sous l'habillage à la mode cie l'humanitaire, a été considérée comme une entorse à la démocratie car seuls les responsables habilités à agir dans ce domaine peuvent le faire du fait qu'ils sont astreints à rendre des comptes. A qui la prernière dame peut-elle rendre des comptes? D'ailleurs, l'opposition a exigé clu'elle soit entenclue par le Parlement. C'est dire qu'on ne badine pas a\TC la d('mocratie.
l\Ialheureusement, les cas de démocratie de façade ne sont pas rarissimes à tra\TrS le monde. Une poignée de pays a opté ouvertement pour un système dictatorial. Beaucoup d'autres, pour différentes raisons, qui n'a\"aient pas d'autre choix, avaient opté pour une démocratie de façade. Les rappels à l'ordre de la part de la communauté internationale notamment des institutions mais aussi les revendications populaires ont été instrumentalisées par des dirigeants dont le seul et unique objectif est de se maintenir au pom'oir.

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Cependant, la démocratie de façade est un système rl~gressif et donc condamné à une mort certaine. On ne peut indéfiniment berner la communauté internationale et ses propres concitoyens. Le cas des dernières élections présidentielles au Kenya est un autre exemple à méditer. C'est cette dC::'mocratie de façade qui a été mise à nu et, le système politique kenyan a perdu toute sa crédibilité. Il est condamné à évoluer vers une réelle démocratie faute de quoi, ce sera l'implosion du pays et de la société. Il en est de même du Zimbab\ve dont le Président 1Iugabe s'est totalement décrédibilisé par un comportement illégal et dictatorial.
A terme, une démocratie de façade n'est pas soutenable car elle perd, au fur et à mesure, de sa crédibilité et de sa consistance. Les méthodes usitées pour faire perdurer un système finissent bien par s'user et devenir des caricatures. Les dirigeants eux-mêmes n'y croient plus mais persistent à tenir le pouvoir car il est synonyme de puissance et de pri\'ilèges. l,a cooptation des hommes n'est pas régC::'nC::'ratrice les mêmes méthodes et les mt'mes réflexes car sont reproduits sous des formes différentes. Cependant, le plus important, c'est qu'il se produit une rupture entre le peuple et le système. En effet, les peuples finissent par se lasser et se détourner de la politique. Cette cC::~sureest d'une gravité extrême car elle peut mener à la confrontation. C'est-à-dire que le peuple descende dans la rue pour exiger le départ des équipes dirigeantes. I,e cas de quelques républiclues de l'ex-bloc sO\'iétique est là pour le prouver. La Céorgie, l'Ukraine, l'i\zerbaïdjan ont chassé du poun)ir des hommes accusC::.s de corruption, d'incompétence et d'autoritarisme. Dans les autres pays confrontés aux mêmes problèmes, les peuples sont en lTeil pour provocluer la rupture salvatrice. Tous ces pays ont connu une démocratie de façade. Les élections qu'on y a organisées ont été contestées et ont poussé les citoyens à descendre dans la rue pour les annuler. Ce qui s'est passé au Kenya ou au ZimbalJ\'.:e est aussi une ré\'()lre populaire contre la démocratie de façade.

La démocratie de façade n'est pas éternelle et elle est vouée à la mort, une mort violente si les dirigeants s'entêtent à prendre leurs désirs pour la réalité. Organiser des bains de foule, fabriquer des slogans à la gloire du chef, vanter à longueur d'année ses immenses clualités et surtout faire accroire que le destin d'une nation est indissociable du sien, c'est faire le lit de lendemains incertains. De père en fils, les dirigeants nord-coréens ont développé à l'extrême le culte de la personnalité, qu'on pourrait même assimiler à l'idolâtrie. Que restera-t-il de leur héritage? Cn pays arriéré, un peuple affamé, des «harragas» en permanence et surtout une dictature sanglante, tel est le bilan d'une «dynastie» clui aura marqué l'histoire de la Corée du Nord. Cne dynastie au nom d'une caricature idéologique et imprl~gnée d'instincts militaristes. A quoi pourrait servir son arsenal nucléaire? j\ être utilisé contre l'autre moitié du peuple coréen qui vit en Corée du Sud? A entraîner la mort de millions de

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personnes, soit par la famine, snit par la rigueur de son système répressif? Pourtant, à en croire les dirigeants nord-coréens, le peuple bénéficie de la démocratie populaire et à chal1ue instant, la propagande tente de le convaincre que la Corée du Nord est un modèle de démocratie et les pays ennemis comme des bastions de la dictature. Les peuples ne sont pas dupes. Leur éveil politique, les progrès enregistrés dans le domaine de la formation et de l'enseignement et surtout les formidables possibilités offertes par les moyens modernes en matière de communication sont des facteurs de rapprochement et, il faut le souligner, d'uniformisation. C'est là, l'aspect le plus probant et certainement le plus prometteur de la mondialisation. La circulation des idées ne rencontre plus de frontières. De plus en plus, les hommes ont la même perception de la démocratie. Ils ont appris à séparer le bon grain de l'ivraie. TIs savent pertinemment llue la démocratie de façade n'est qu'un avatar. La démocratie n'a pas de frontière, elle n'est la propriété exclusive d'aucun pays et que, par consécluent, il faut cesser de croire que c'est l'Occident qui veut l'étendre à la planète tout entière. Ce n'est pas non plus un luxe inaccessible aux pays du tiers-monde. Son instauration et son apprentissage peuvent se faire de manière rationnelle et sereine, Pour un pays sortant d'un système politique dictatorial ou autoritaire, il est clair clue l'instauration de la démocratie sans l'existence d'un Ftat de droit ne peut déboucher que sur une démocratie cie façade. Le cas de quekllles pays de l'ex-bloc soviéticlue, par exemple, confirme cette approche.
En ,\lgérie, après les lTl'nements d'octobre 1988, on a adopté en 1989, une noU\'elle Constitution qui reconnaît, entre autres, le multipartisme. De ce fait, du jour au lendemain, des dizaines de partis ont vu le jour grâce aux subventions de l'Etat. Une véritable cacophonie. Les critères pour la constitution d'un parti politique étaient délibérément flous. Des hommes sans passé politique, disons même sans passé tout court, d'illustres inconnus ont donc imTsti la scène politique. Des partis sans aucune base doctrinale mais seulement un catalogue de mesures incohérentes faisant figure de programme, ont été fabriqués. 1Iais surtout, la plupart de ces hommes, non rodés à la chose politique et donc loin d'avoir une stature politique, sont inexpérimentés et manipulables à merci. C'est a'TC cette base humaine que l'on voulait construire une classe politique! Or, c'est la classe politique clui reflète la démocratie. La fin du parti unique n'a pas débouché sur ce qu'attendaient les l\lgériens: une démocratie et une classe politiclue. On a récolté une démocratie de façade animée par une classe politique crl'ée de toutes pièces. Il ne faut donc pas s'étonner clue le H'fdict des élections législatives de 2007 tomba comme un couperet: un taux d'abstention historique, 11 n'y a pas plusieurs manière d'interpréter cette sentence populaire: en plus du désaveu à l'égard de la classe politiclue, dans son ensemble, elle est aussi un signal clair au système politiclue

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