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La régulation des marchés agricoles internationaux

De
335 pages
Les marchés agricoles internationaux jouent un rôle décisif dans le développement. Pour les pays en développement, l'exportation de produits agricoles est une source de devises indispensable. Mais leur instabilité et la volatilité des cours rend la participation au commerce international très risquée. Ce livre explique la dynamique des prix internationaux, puis présente les accords par produit qui ont fonctionné dans le passé et les raisons de revenir à des régulations volontaristes.
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LA RÉGULATION DES MARCHÉS AGRICOLES INTERNATIONAUX
Un enjeu décisif pour le développement

www.librairieharrnattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.IT harmattan 1@wanadoo.fr cgL'Harmattan, 2007 ISBN: 978-2-296-02391-8 EAN: 9782296023918

Sous la direction de Jean-Marc BOUSSARD et Hélène DELORME

LA RÉGULATION DES MARCHÉS AGRICOLES INTERNATIONAUX
Un enjeu décisif pour le développement

Préface de Vincent Géronimi, Christophe Jaffrelot et Gérard Matheron

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Harmattan Hongrie

Espace L'Harmattan

Kinshasa

L'Harmattan

Italia

L'Harmattan

Burkina Faso

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

- RDC

Biologie, Ecologie, Agronomie Collection dirigée par Richard Moreau
professeur honoraire à l'Université de Paris XII, correspondant national de l'Académie d'Agriculture de France Cette collection rassemble des synthèses, qui font le point des connaissances sur des situations ou des problèmes précis, des études approfondies exposant des hypothèses ou des enjeux autour de questions nouvelles ou cruciales pour l'avenir des milieux naturels et de l'homme, et des monographies. Elle est ouverte à tous les domaines des Sciences naturelles et de la Vie.

Déjà parus Jacques CANEILL (dir.), Agronomes et innovation, 2006. Gabriel ROUGERIE, Emergence et cheminement de la biogéographie, 2006. Ibrahim NAHAL, Sur la pensée et l'action. Regards et réflexions, 2006. Maurice BONNEAU, La forêt française à l'aube du XXlè siècle, 2005. Alain DE L'HARPE, L'espace Mont-Blanc en question, 2005. René LE GAL, Comprendre l'évolution,2005. Dr Georges TCHOBROUTSKY, Comment nous fonctionnons, 2005. Jean TOTH, Le cèdre de France, 2005. France Pologne pour l'Europe, Les enjeux de la Politique agricole commune après l'élargissement du Jermai 2004,2005. Louis CRUCHET, Le ciel en Polynésie. Essai d'ethnoastronomie en Polynésie orientale, 2005. Henri LOZANO, Le sens des choses. une logique d'organisation de l'univers, 2005. Pierre PIGNOT, Europe, Utopie ou Réalité?, 2005. Pierre DE FELICE, L'image de la terre: les satellites d'observation, 2005. André NEVEU, Les grandes heures de l'agriculture mondiale, 2005. Philippe PREVOST (Sous la direction de), Agronomes et territoires, 2005. Claude MONNIER, L'agriculture française en proie à l'écologisme, 2005. Arnaud MAUL, Approche évolutionniste de la sexualité humaine, 2005. Laurent HERZ, Dictionnaire des animaux et des civilisations, 2004.

Liste des auteurs
~ BENNETT James G. - Université de Cologne (Allemagne) ~ BERTRAND Jean-Pierre - Inra (Laboratoire Mona, Paris) ~ BOUSSARD Jean-Marc - Inra (Laboratoire Mona, Paris). Membre de l'Académie d'agriculture ~ DE LA TORRE UGARTE Daniel- Université du Tennessee (États-Unis) ~ DELORME Hélène - Centre d'études et de recherches internationales (Ceri). Membre de l'Académie d'agriculture ~ FOK Michel - Centre de coopération internationale agronomique pour le développement (Cirad) ~ GABAS Jean-Jacques - Université de Paris XI - Groupement pour l'étude de la mondialisation et du développement (Gemdev)
}> GÉRARD Françoise ~ GÉRONIMI Vincent

en recherche

- Cirad
- Université
de Paris VIII - Gemdev

~ GILBERT Christopher

-

Università degli studi de Trente (Italie) -

Commodity Risk Management Group, ARD, Banque mondiale ~ GOUIN Daniel-Mercier - Université Laval (Québec, Canada) ~ HERMELIN Bénédicte Groupe de recherche et d'échanges

technologiques (Gret) ~ HUGON Philippe - Université de Paris X Nanterre ~ KONING Niek - Université de Wageningen (Pays-Bas)

» LANFRANCHI Marie-Pierre - Centre d'études et de recherches internationaleset communautaires(Ceric), Université d'Aix-Marseille ID » LINES Thomas - Consultant en commerce pour le développement, Royaume-Uni
» LOSCH Bruno - Cirad - Banque mondiale

» MATHIEU Laurent- Université Versailles Saint Quentin, Economix
» NUBUKPO Kako

-

Cirad

-

Institut d'Économie

rurale du Mali

(Programme Coton, Bamako)

» PESCHE Denis - Cirad
» PIKETTY Marie-Gabrielle - Cirad - Université de Sao Paolo (Brésil) » ROUILLÉ D'ORFEUIL Henri - Cirad

- Président

de Coordination

Sud

» TARANCO Armand - Université Paul Cézanne, Economix

Sommaire
Pages Préface Introduction: Difficulté et nécessité d'une régulation des marchés agricoles internationaux (Jean-Marc Boussard, Hélène Delorme) 1èrePartie: Dynamique des prix internationaux 13 15 25

1. Les cours internationaux des produits agricoles: tendances et cycles (Vincent Géronimi, Laurent Mathieu, Armand Taranco) 27 2. L'instabilité, un phénomène accidentel ou structurel? (Jean-Marc Boussard) 3. La volatilité des prix agricoles internationaux et la transmission aux économies nationales: illustrations à propos du coton (Philippe Hugon) 4. Ajustements nationaux de mécanismes prix face aux fluctuations du prix mondial: les leçons du coton en Afrique Zone Franc (Michel Fok) 53

71

91

5. Quel statut pour l'instabilité des prix dans les changements structurels des agricultures des Suds? (Bruno Losch) 113

nème

Partie: internationaux

Pratiques

de

la

régulation

des

marchés

133

6. Libéralisation des échanges mondiaux: panacée ou désastre face à la pauvreté et à l'insécurité alimentaire? (Françoise Gérard, MarieGabrielle Piketty) 135 7. L'OMC est-elle compatible avec les Objectifs du millénaire pour le développement? Le cas du coton malien (Kako Nubukpo) 153 8. Les régulations blé-soja sous le coup de la concurrence mondiale (Jean-Pierre Bertrand, Hélène Delorme) 163 9. Les accords sur les produits tropicaux et les programmes d'ajustement structurel (Thomas Lines) 183 10. La confrontation des normes sanitaires et environnementales au droit de l'OMC (Marie-Pierre Lanfranchi) 197 Il. Fondements économiques des politiques de régulation des marchés internationaux de produits agricoles. Questions de cohérence temporelle (Vincent Géronimi, Jean-Jacques Gabas) 213

10

mème Partie: Outils de régulation et stratégies des acteurs

227

12. Dynamique d'organisation des ruraux et renforcement des capacités pour l'élaboration des politiques publiques en Arnque subsaharienne (Denis Pesche) 229 13. Prix des matières premières: stabilisation (Christopher L. Gilbert) gestion des risques versus 245 agricole commune: une 257

14. Intégration régionale et politique approche comparative (James G. Bennett)

15. La gestion de l'offre dans le secteur laitier: un système de régulation toujours pertinent (Daniel-Mercier Gouin) 273 16. La gestion de l'offre comme pivot d'un cadre multilatéral pour le commerce agricole (Niek Koning, Daniel de La Torre Ugarte) 293 17. L'OMC est-elle une enceinte de régulation internationale? (Bénédicte Hermelin) 311

Conclusion: Quelques pistes pour la construction d'un nouveau système d'organisation du commerce des produits agricoles (Henri Rouillé d'Orfeuil) 327 Table des signes et acronymes 335

Il

Préface

Est-il possible de soumettre à l'épreuve des faits la politique économique actuellement dominante et son postulat de marché autorégulateur supérieur aux décisions étatiques? L'échec du cycle de Doha de l'Organisation mondiale du commerce en juillet 2006 et ses conséquences pour le commerce international renforcent l'acuité de cette question. Cette politique ne montre-telle pas aujourd'hui ses insuffisances, notamment dans les pays en développement? Quelles sont les causes et les conséquences de l'instabilité forte et persistante des marchés agricoles internationaux? Comment mettre au point des solutions efficaces pour réduire ou supprimer cette instabilité? Ces quatre questions ont été discutées au cours de trois séminairesl dont les contributions sont à l'origine de cet ouvrage. Ces trois séminaires ont eu pour ambition de faire se rencontrer des mondes travaillant trop rarement ensemble: d'une part, des chercheurs issus d'organismes français de recherche et développement (Ceri, Cirad, Gemdev) et d'universités d'Europe et du Canada et, d'autre part, des acteurs du développement de la Coordination Solidarité Urgence et Développement, structure qui fédère la majorité des organisations non gouvernementales françaises de solidarité internationale. Ces rencontres ont également associé aux débats des experts des administrations françaises intéressées (ministère de l'Agriculture, ministère du Commerce extérieur). Deux règles ont présidé à ces rencontres: la rigueur dans l'analyse des pratiques des acteurs ou des faits exposés, et le respect du point de vue de chaque participant. Ces deux règles ont été aisément tenues car les objectifs des participants convergeaient: plus politiques ou stratégiques pour les uns, plus scientifiques et théoriques pour les autres. Les résultats de ces rencontres sont novateurs et ont mérité d'être rassemblés avec soin dans cet ouvrage: les façons d'analyser l'évolution, les causes et les conséquences de l'instabilité des prix agricoles ont été renouvelées, les leçons des expériences passées ont été tirées, l'examen des outils et des stratégies de régulation a été mené à bien. Bien sûr, certaines analyses doivent encore être approfondies afin d'imaginer de nouveaux
Réunis à Paris les 7 juin, 12 septembre et Il octobre 2005, ces séminaires de la dynamique des prix internationaux, des pratiques de la régulation internationaux, enfm des outils de régulation et des stratégies des acteurs. ont traité respectivement des marchés agricoles

modes de régulation susceptibles de relancer à la fois la production et les échanges de produits agricoles et les négociations mondiales... D'ores et déjà d'autres rencontres d'approfondissement de ces questions sont prévues. Pour les chercheurs et les experts qui participaient à ces rencontres, la réalisation de cet objectif serait le plus bel aboutissement de leur ambition. Les auteurs sont bien sûr seuls responsables de leurs analyses et de leurs réflexions, dont cet ouvrage rend fidèlement compte. Mais l'engagement dans cette démarche d'ouverture entre chercheurs qui réfléchissent aux régulations possibles du commerce international et acteurs qui se consacrent à leur mise en place relevait assurément de nos organismes.

Vincent GÉRONIMI, Président du Gemdev Christophe JAFFRELOT, Directeur du Ceri Gérard MATHERON, Directeur Général du Cirad

14

Introduction

Difficulté et nécessité d'une régulation des marchés agricoles internationaux
Jean-Marc BOUSSARD2 Hélène DELORME3

Les marchés agricoles internationaux ne traitent qu'une faible part de la production mondiale, au maximum 20 %, le plus souvent moins de 5 %, selon les produits. Leur importance dépasse cependant de beaucoup ces chiffres modestes. D'abord, ils sont au cœur des négociations internationales sur la libéralisation du commerce. Mais surtout, depuis longtemps, ils jouent un rôle directeur essentiel dans la régulation des agricultures nationales. En effet, l'exportation et l'importation sont les moyens les moins coûteux de compenser les excédents et les pénuries qui apparaissent lors de chaque campagne dans un pays donné. C'est donc par rapport au «prix international» que se juge l'utilité des investissements ou que s'apprécient les effets des politiques. Ce rôle directeur s'est considérablement renforcé depuis le début des années 80, à partir du moment où l'URSS n'a plus été perçue comme un danger pour l'Occident, parce que «l'économie de marché» avait enfin triomphé du «communisme». Dès lors, le monde a oublié les analyses nuancées qui avaient précisément permis ce triomphe. Les économistes praticiens des années 50 et 60 avaient cherché à tirer le meilleur parti possible du libéralisme tout en s'efforçant (avec plus ou moins de bonheur) d'en corriger les défauts. Les politiques ainsi mises en œuvre dans l'après seconde guerre mondiale n'avaient certes pas que des vertus. Mais elles ont été progressivement remplacées par un libéralisme de combat, qui fait plus de part à la doctrine qu'à l'observation de terrain et à l'analyse des mécanismes économiques.

2

3

Inra, Académie d'Agriculture
Ceri, Académie d'Agriculture

Ainsi, en 1981, l'échec des négociations sur le renouvellement de l'accord blé, qui fonctionnait depuis 1947, le réduit à un accord statistique comme les accords sur les produits laitiers et la viande bovine, paralysés peu après leur conclusion en 1979 au Tokyo round. Les accords sur les produits tropicaux (café, cacao, thé) entrent également en crise et renoncent aussi aux disciplines de prix et de commercialisation qu'ils comportaient. De même, dans la décennie 1980, les politiques économiques en général, et les politiques agricoles en particulier, sont soumises aux contraintes des programmes d'ajustement structurel (PAS) qui partout imposent le désengagement de l'État et l'ouverture des frontières. Dans les pays en développement (PED), l'ajustement est particulièrement sévère. Pour l'agriculture, sous l'impulsion de la Banque mondiale et du FMI, il débouche sur des niveaux de soutien généralement inférieurs à ceux que prévoient les engagements internationaux pris au GATT ou à l'OMC. Dans les pays industriels (PI), le traité de Marrakech de 1994 consacre la doctrine du «découplage », en vertu de laquelle on doit réduire significativement le soutien des prix intérieurs et le remplacer par des aides budgétaires forfaitaires non directement liées aux prix de marchés. Or, les résultats de ces nouvelles politiques ne sont guère probants. Les prix agricoles d'abord, sur les marchés internationaux et nationaux, ne connaissent pas la hausse espérée mais poursuivent leur mouvement historique de baisse avec de fortes et imprévisibles variations inter et intra annuelles. La production ensuite ne baisse pas significativement dans les pays développés, ni ne croît dans les pays pauvres. Dans les pays développés, les effets des deux types de stratégies que les producteurs opposent à la baisse des prix s'équilibrent: si certains tendent à réduire leur production pour tenir les prix (avec l'aide souvent des politiques de maîtrise de l'offre mises en œuvre par certains gouvernements), la majorité des exploitants familiaux utilise les aides compensatoires aux pertes de revenus pour continuer à accumuler du capital et à augmenter les quantités produites et/ou vendues. Dans les pays pauvres, les prix continuellement déprimés n'incitent pas les paysans titulaires de droits fonciers à produire plus que l'indispensable pour leur consommation familiale, ce qui laisse les « sans terres» sans emplois et sans ressources. L'agriculture alors ne constitue pas un marché pour des biens de consommation ou d'investissement dont elle manque pourtant cruellement. En l'absence d'exportations, et le crédit se resserrant, les importations s'effondrent, laissant les pays dépendants de la charité internationale. Dans ces conditions, le principal résultat de l'accentuation de la concurrence est de consolider la mauvaise répartition de la production entre les pays comme à l'intérieur de chacun d'eux. Au Sud, s'ouvrent les écarts entre la poignée de pays émergents (comme le Brésil, l'Afrique du sud, l'Argentine, l'Inde, la Chine ou la Thai1ande) qui peuvent escompter tirer parti de l'ouverture des marchés et les autres (les agricultures africaines étant dans la situation la plus préoccupante). Au Nord, la guerre commerciale 16

couve toujours entre les États-Unis et l'Europe. Dans chaque pays ou groupe de pays, se consolident des formes duales de développement, où s'opposent de manière durable une minorité d'exploitations qui tendent à concentrer une part croissante de la production commercialisée et la majorité des autres qui tendent à s'appauvrir et se marginaliser. La libéralisation, en fait, ne contribue nullement à la réduction de la pauvreté. Les désillusions provoquées par la libéralisation expliquent la recherche généralisée d'alternatives qui s'observe aujourd'hui. Pour certains, les anomalies qui viennent d'être décrites proviennent de ce que la libéralisation n'a pas été poussée à son terme. Ils recommandent donc de la poursuivre et de la généraliser, en supprimant ce qui reste des politiques antérieures. Pour ceux là, les propositions « sur la table» au cycle de Doha étaient bien trop conservatrices et n'auraient pu aider à la résolution des problèmes. Mais pour un nombre croissant de responsables publics nationaux et internationaux, d'organisations agricoles et d'organisations citoyennes, il faut au contraire changer de cap et définir des régulations susceptibles de lutter contre l'instabilité inhérente aux marchés agricoles. Ainsi l'ancien responsable de la politique commerciale de l'Union européenne devenu Directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, reconnaît4 que le libre-échange, s'il peut favoriser la croissance, peut aussi empêcher l'expression et le respect des «préférences collectives », ce qui ne lui paraît conforme ni à l'équité ni à l'efficacité. Ce constat le pousse à souhaiter la mise en place des régulations nécessaires pour éviter ce risque. C'est un objectif analogue qui motive les équipes rassemblées autour du livre présenté aujourd'hui. Nous ne sommes sûrement pas parvenus à élaborer une doctrine alternative au libéralisme dogmatique. Du reste, tel n'était pas notre but. En revanche, nous espérons avoir, dans cet ouvrage, débroussaillé le terrain et apporté une contribution significative à la recherche d'une telle doctrine. Cet apport se décline en trois chapitres principaux.

La dynamique des prix internationaux
Comme on ne peut envisager de modifier les modes de régulation sans connaître les causes profondes des dysfonctionnements que l'on désire corriger, nous nous sommes d'abord interrogés sur la dynamique des prix internationaux et ses relations avec les structures et les institutions des filières de production. TI s'agissait donc de comprendre comment telle ou telle organisation des marchés et des filières pouvait favoriser (ou prévenir) les fluctuations qui empêchent les prix de remplir leur rôle de transmetteur d'information entre les producteurs et les consommateurs.

Voir son texte «L'émergence des préférences collectives dans le champ de l'échange international: quelles implications pour la régulation de la mondialisation? », Commission de rUE, décembre 2004.

17

Sur ce sujet, Vincent Géronimi effectue une analyse statistique des séries de prix agricoles. TIen montre la volatilité, la tendance au déclin, et il insiste sur le fait que les chocs sont persistants: les fluctuations engendrées par un accident fortuit continuent longtemps après que les causes de l'incident aient disparu. Jean-Marc Boussard, ensuite, avance une hypothèse encore plus radicale sur l'origine des fluctuations. Alors que Géronimi restait dans le cadre standard d'une analyse statistique dans laquelle les écarts à la moyenne sont engendrés par des chocs extérieurs au système, Boussard envisage qu'ils proviennent du fonctionnement même de ce dernier: parce que, dans un marché agricole, l'équilibre entre l'offre et la demande est fondamentalement instable, les prix ne peuvent être que fluctuants, avec, pour reprendre la terminologie de Géronimi, une persistance infinie. Ces deux positions, apparemment contradictoires, conduisent à des prescriptions opposées pour la stabilisation: avec des chocs aléatoires exogènes, on peut espérer jouer avec la loi des grands nombres, il faut donc ouvrir le marché pour le stabiliser en l' élargissant. Avec des fluctuations endogènes chaotiques, il n'en est plus question, et c'est le marché libre lui-même dont il faut modifier le fonctionnement. En réalité, les deux théories ne sont peut-être pas si différentes que cela, dans la mesure où les fluctuations aléatoires persistantes ressemblent fmalement très fort à des fluctuations chaotiques. Trancher entre les deux, de toute façon, implique d'étudier sur le terrain comment les choses se passent. Le cas du coton en Afrique francophone est disséqué par Philippe Hugon et Michel Fok. Le premier, en s'appuyant sur un modèle de la transmission des conséquences des variations de prix du coton aux autres secteurs de l'économie, se concentre sur la nocivité des fluctuations pour la croissance du Mali. Le second fournit une vue d'ensemble de l'histoire du développement de la culture du coton dans les pays en cause, en insistant sur la difficulté de réguler une zone géographique donnée sous la pression de variations de prix dont l'origine est extérieure à cette zone. Enfin Bruno Losch part d'un point de vue assez radicalement différent, en se basant sur l'histoire longue des rapports entre l'agriculture et l'État dans les pays en développement. Sous cet angle, le problème n'est pas tant celui de l'instabilité des marchés, qui est plutôt une conséquence qu'une cause, que celui de l'effacement des États. Alors que leur rôle, déjà important du temps de la colonisation, s'était renforcé à la suite de la crise des années 30 sous l'impulsion des organismes fondés pour en éviter le renouvellement, les théories libérales à la mode depuis le début des années 80 conduisent à nier l'utilité des États et à les priver de moyens d'action. Les fmnes multinationales qui, dans la logique libérale, auraient dû prendre le relais, n'ont ni le désir ni le pouvoir de le faire. Le résultat est une «anarchie concurrentielle» dont les fluctuations de prix ne sont que l'un des aspects. De 18

toute façon, cette situation est préjudiciable réduction de la pauvreté.

à la croissance économique et à la

Les pratiques passées et présentes de régulation
Quelles que puissent être les causes profondes de l'instabilité des prix, étant admis que ses conséquences sont désastreuses, qu'a-t-on fait et que peut-on faire pour y remédier? Une première réponse à cette question consiste à libéraliser encore plus, en comptant justement sur la loi des grands nombres pour qu'une multitude de petits chocs indépendants voient leurs effets s'annuler sur un marché mondial élargi et de ce fait stabilisé. À partir d'un modèle de l'économie mondiale analogue à ceux qui servent habituellement à justifier la libéralisation, mais modifié de façon à introduire les erreurs d'anticipation et le comportement des opérateurs vis-à-vis du risque, ignorés dans les modèles « standards », Françoise Gérard et Marie-Gabrielle Piketty montrent qu'il ne faut pas trop compter sur ce type de mécanismes. Chemin faisant, elles relativisent les estimations extravagantes des énormes bénéfices que, selon la Banque mondiale et d'autres organismes internationaux, la libéralisation devrait apporter aux pays en voie de développement: même en admettant que les marchés fonctionnent parfaitement, ces bénéfices seraient de toute façon très modestes. Une deuxième réponse passe par l'examen des expériences de régulation, telles qu'elles se pratiquent et se sont historiquement pratiquées sur le terrain. De ce point de vue, la contribution de Kako Nubukpo revient sur le cas du coton au Mali pour montrer comment les efforts de lutte contre la pauvreté sont réduits à néant par les baisses de prix internationaux. Hélène Delorme et Jean-Pierre Bertrand font l'histoire des efforts effectués depuis plus de soixante ans pour régulariser les marchés du blé et du soja. Les techniques utilisées dans les deux cas ont été souvent opposées: régulation étatique, basée sur un accord international pour le premier, régulation « libérale », effectuée par les fmnes d'aval pour le second. Dans les deux cas, la perte de l'hégémonie des États-Unis sur les marchés à partir des années 70 a conduit à une impasse et à la poursuite de l'instabilité. Quoique portant sur une période plus courte, l'exposé de Thomas Lines confirme et généralise ces conclusions. Les années 80 et suivantes ont été marquées par les politiques d'ajustement structurel et par l'abandon des accords par produit sur les prix des matières premières. TI s'agit de deux phénomènes liés par la même logique libérale mais sans lien de causalité l'un par rapport à l'autre. Cependant, l'échec patent de la libéralisation des marchés, conduisant à des baisses de prix insupportables, pourrait bien relancer l'intérêt pour les accords par produit et les politiques d'intervention

19

directe des États dans la commercialisation, par l'intermédiaire d'organismes comme les offices de commercialisation et d'exportation (marketing boards). Mais sur quels arguments théoriques fonder et légitimer cette réorientation des politiques vers la régulation? Ce troisième temps de la réflexion s'organise autour de deux contributions. Marie-Pierre Lanfranchi apporte un point de vue de juriste. li existe au sein des États une « logique sociétale » de protection des consommateurs et des producteurs à long terme. Celle-ci est contradictoire avec la logique commerciale de court terme privilégiée par l'OMC. L'organe d'arbitrage, censé arbitrer entre ces deux logiques, a jusqu'ici toujours privilégié la logique commerciale, sans beaucoup d'efforts pour trouver un terrain de conciliation permettant de tirer le meilleur des deux. Vincent Géronimi et Jean-Jacques Gabas s'interrogent en économistes sur la question des fondements de la régulation. lis mettent en avant la nécessité d'assurer la cohérence de phénomènes qui ne se situent pas dans les mêmes échelles de temps. Le propos est illustré par l'analyse des accords entre les pays européens et leurs partenaires «ACP » (Afrique, Caraïbes et Pacifique). Les couples d'objectifs cohérents dans le long terme mais contradictoires à court terme tels que « efficacité/équité» ou « solidarité/sécurité» sont mis en évidence.

Les outils de régulation et les stratégies des acteurs
Pour avoir une chance de succès dans la défmition de nouvelles régulations adaptées aux changements intervenus dans l'économie mondiale comme dans les filières agro-alimentaires, une étape de recensement des instruments qui sont disponibles et des acteurs qui interviennent dans leur mise en œuvre nous est apparue comme indispensable. C'est l'objet de la troisième partie qui distingue les mesures de protection contre l'instabilité mondiale, d'une part, les politiques de stabilisation des prix et des marchés, d'autre part.
Se orotéf!er contre l'instabilité

Se protéger contre l'instabilité peut relever d'actions collectives «à la base », sous forme d'organisation des producteurs leur permettant d'intervenir comme acteurs effectifs dans les filières, comme c'est le cas en Europe depuis la fm du XIXème siècle. Denis Pesche brosse un tableau saisissant des efforts des paysans africains pour constituer des organisations professionnelles dotées des capacités nécessaires pour mobiliser les producteurs, négocier avec les gouvernements et les autres agents des filières, faire jeu égal avec leurs homologues des pays développés, pouvoir enfm devenir des acteurs influents des négociations régionales et mondiales. 20

Il existe aussi des outils contractuels de gestion des risques (assurance, marchés à terme, etc.), souvent présentés dans les cercles libéraux comme le seul moyen compatible avec le marché de régler le problème de la volatilité des prix. Chris Gilbert dresse un panorama complet de ces outils. TIinsiste sur le fait que les différents instruments ne doivent pas être utilisés de la même manière par tous les agents. TIremarque en particulier que le problème des agriculteurs est très différent de celui des intermédiaires (commerçants, industriels, banquiers), ce qui implique que des instruments spécifiques leur soient réservés. La constitution d'espaces régionaux préférentiels est le troisième outil de protection présenté. James Bennett, en comparant la Politique Agricole Commune de l'Union européenne aux mesures de politique agricole des autres groupements internationaux régionaux, comme la Communauté andine ou l'Union économique et monétaire de l'Afrique de l'Ouest, aboutit à la conclusion que les innovations institutionnelles de la PAC mériteraient d'être mieux analysées et exploitées.
Faire disparaître l'instabilité

Une façon radicale d'éviter les inconvénients de l'instabilité des prix consiste à la faire disparaître, ou du moins à l'atténuer fortement. Il est possible de mettre en place des politiques publiques intervenant directement sur le fonctionnement des marchés pour y stabiliser les prix. Ces politiques peuvent (et doivent) intervenir d'abord dans le cadre national pour équilibrer les volumes de l'offre à ceux de la demande et éviter ainsi de perturber le marché international. Daniel-Mercier Gouin compare les résultats des politiques laitières dans différents pays développés. Dans les pays ayant libéralisé ces politiques (tels la Nouvelle Zélande et les États-Unis), les prix payés aux producteurs sont plus bas et les prix payés par les consommateurs plus hauts que dans les pays qui, tels le Canada, la France et les Pays-Bas, ont encadré très strictement la production et la commercialisation du lait par des quotas et des offices publics. On peut aussi prévoir des interventions dans le cadre des filières-produits. Niek Koning et Daniel de La Torre Ugarte esquissent les grandes lignes d'un nouveau système d'accords pour les matières premières agricoles tempérées et tropicales qui assurerait un contrôle des volumes produits et commercialisés pour tenir les prix internationaux. Ce système, dont la mise en œuvre est certainement plus difficile dans les pays en voie de développement que dans les pays développés, constitue la seule alternative crédible au marché (avec lequel il n'est pas non plus complètement incompatible). Enfm, un renouvellement du cadre multilatéral est à envisager. Bénédicte Hermelin confmne cette nécessité quand elle démontre que l'OMC actuelle peut difficilement être considérée comme une instance de régulation 21

internationale. De fait, les règles générales imposées par cette organisation interdisent beaucoup des instruments autrefois utilisés par les politiques nationales. La logique voudrait alors qu'une régulation internationale remplace les régulations nationales. Mais ce n'est pas le cas. C'est pourquoi les négociateurs multiplient les clauses dérogatoires afm de ménager en pratique la place à des interventions gouvernementales conformes aux besoins. Ne serait-il pas plus simple d'autoriser toutes les régulations nationales imaginables, en veillant seulement à ce qu'elles ne débordent pas sur les marchés extérieurs et risquent de perturber les voisins ?

En résumé
Il est bien sûr hors de question de sortir l'économie mondiale d'un cadre libéral qui a fait ses preuves. En même temps, il faut bien reconnaître que l'économie de marché n'a pas que des avantages. Dans ces conditions, le seul programme de recherche raisonnable en sciences sociales consiste à évaluer les avantages et les inconvénients et à trouver des solutions pour diminuer les inconvénients tout en conservant les avantages. Il existe trois inconvénients majeurs de l'économie de marché: a) L'économie de marché, par défmition, ne peut gérer que les biens susceptibles d'être valorisés par le marché. Or, il est de fait que de nombreux objets qui sont objectivement des biens, tels qu'un beau paysage ou un air pur, ne peuvent, par nature, faire l'objet d'une régulation marchande. En même temps, leur production interfère avec les productions marchandes. Cela rend évidemment nécessaires des interventions de la collectivité dans l'administration des biens marchands et non marchands. b) L'économie de marché est nécessairement associée à une certaine répartition des revenus. Il n'est nullement évident que cette répartition soit «optimale» de quelque façon qu'on puisse l'entendre. TI est même certain, comme le remarquait Robert Malthus dès le XVIIrme siècle, que la répartition des revenus qui découle de l'action du seul marché n'a aucune raison d'assurer partout et pour chaque être humain la satisfaction de besoins élémentaires comme la sécurité alimentaire. Corriger la répartition des richesses selon les standards considérés comme «justes» dans un espace et un temps donnés suppose aussi une intervention publique. c) Enfin, l'économie de marché est susceptible d'engendrer dynamiquement des phénomènes d'instabilité des prix très préjudiciables à l'efficacité. Ceci est d'autant plus fâcheux que cette observation conduit à remettre en cause le principal avantage du marché, celui de conduire à la mise en œuvre de techniques efficaces et toujours «optimales », au moins sur la base des critères d'optimalité du lieu et du moment. Ces trois questions interpellent toutes les sciences sociales: pour comprendre dans leur globalité leurs dimensions, leurs enjeux et leurs 22

solutions, il faut recourir à des outils intellectuels qui débordent largement le champ de l'économie et touchent à la science politique, la sociologie, le droit, etc. Ceci justifie la démarche pluridisciplinaire adoptée dans cet ouvrage et son maintien pour la suite de nos travaux. Nous avons dans ce livre analysé différentes facettes de la question de l'instabilité des prix. Les risques de ce troisième défaut de l'économie de marché sont assez sérieux pour que nous envisagions d'approfondir l'analyse des remèdes à ces «défaillances» du marché5. Nous n'oublions pas pour autant les deux autres objections à l'économie de marché, qui restent au programme de nos recherches futures.

À I~heure où nous écrivons, en octobre 2006, nous prévoyons de régulation des marchés, à Paris, le 15 janvier 2007.

un nouveau

colloque sur les politiques

23

Première partie

Dynamique des prix internationaux

1

Les cours internationaux des produits agricoles. tendances et cycles6
Vincent GÉRONIMI7 Laurent MA THIEU8 Armand T ARANC09

Le présent texte est une version abrégée d'un article plus complet (Géronimi, Mathieu et Taranco, 2003), auquel le lecteur est prié de se référer pour obtenir les détails techniques et une présentation plus complète. 7 Gemdev/EconomiX EconomiX Université Paul Cézanne

Résumé
Les prix des matières premières d'origine agricole fluctuent. Mais ces fluctuations sont-elles cycliques, avec des alternatives de hausses et de baisses à intervalles réguliers? Sont-elles au contraire dominées par une tendance à la baisse dans le long terme? Ou peut-on défmir quelques points de rupture caractéristiques, entre lesquelles les fluctuations seraient plus ou moins cycliques? Telles sont les questions à laquelle ce chapitre tente de répondre. Finalement, une des principales caractéristiques des fluctuations des cours des matières premières est l'incertitude qu'elles véhiculent: la discussion des propriétés temporelles des séries de prix débouche sur un débat autour des modèles de représentation pertinents, sans qu'une position l'emporte clairement sur une autre. Au-delà de ces discussions, c'est la mise en cohérence des horizons temporels des politiques de développement et des outils de stabilisation avec les cycles propres des cours des matières premières qui apparaît fondamentale.

Summary
Agricultural commodity prices are fluctuating. But are these fluctuations cyclical, with upper and lower points alternating at regular intervals? Or are they dominated by a long run trend toward lower levels? Or are clearly defined break identifiable, with cyclical motion in the between? The chapter attempt bringing answers to these questions. Finally the major characteristic of commodity prices is conveying uncertainty. Discussing the commodity price statistical properties remains to the same as discussing the relevant model, none of those having been presented being fully satisfactory. Beyond this statistical aspect, the key problem seems matching the time horizon of development policies and stabilisation devices with the own periodicity of commodity prices.

28

La question de l'évolution des cours des matières premières agricoles renvoie à l'origine de l'économie. Les controverses autour du cours du blé, son importance pour la défmition du salaire des ouvriers, et le débat sur les apports de la participation au commerce international, traversent l'ensemble des travaux des économistes du xvnfme et du début du XIXèmesiècle. Nous sommes aujourd'hui dans un contexte de prix internationaux réels faibles. Mais ces prix bas sont-ils l'expression d'une tendance de long terme, ou au contraire l'effet d'une fluctuation de court terme, d'un cycle? Dans le premier cas, les producteurs doivent s'attendre à subir une dégradation encore plus forte de leurs termes de l'échange. Dans le deuxième cas, les agriculteurs peuvent espérer bénéficier d'un redressement des prix de leurs produits. Cette communication revient d'abord sur les débats qui se sont développés autour de l'hypothèse Prebish-Singer de dégradation à long terme des termes de l'échange des produits agricoles. Alors qu'à l'origine c'est bien le caractère régressif des spécialisations primaires qui était en question, les débats ont progressivement évolué pour s'inteIToger sur la faisabilité de politiques de stabilisation des cours, dans un horizon de court et moyen termes. Ainsi, la question de la tendance de l'évolution des prix réels des matières premières agricoles est d'abord analysée à travers d'abondants travaux, dans une optique de long terme. La première partie de cette communication présente les éléments de réponses que l'on peut formuler à la question suivante: les cours internationaux des matières premières baissent-ils à long terme? Le constat unanimement partagé d'une forte instabilité affectant les cours des matières premières, et la disparition d'une majeure partie des mécanismes de stabilisation dans les années 80-90, conduiront à un recentrage de la littérature autour de la question de la nature des fluctuations des cours des matières premières. Nous aborderons ce débat dans une deuxième partie, à travers trois questions: II La tendance est-elle un bon indicateur de l'évolution des cours? 21Les chocs sont-ils persistants? 31Les ruptures sontelles significatives? Mais au préalable, une question: que mesure-t-on ? Les prix des "commodities", des matières premières, telles que l'on peut les mesurer sur les marchés internationaux. il faut donc supposer que l'on retienne des biens pour lesquels les prix agricoles sont soumis à la loi du «prix unique », c'est-à-dire que les marchés internationaux ne soient pas cloisonnés, segmentés par protection ou coûts de transport, etc. mais qu'ils sont au contraire en contact suffisamment important pour que le prix international s'impose comme une référence commune. À chaque produit agricole, à chaque matière première, on associe un marché de référence, dont le prix est supposément directeur pour l'ensemble des marchés considérés 29

(ex: Coton, Liverpool, Indice A, moyenne des cinq plus bas cours sur 14 styles) . La liste des principaux produits agricoles qui satisfont approximativement à cette loi du «prix unique» et sont incorporés dans les indices globaux (Cashin et Mc Dermott, 1999 ; Grilly et Yang, 1989) en gras, est la suivante: Produits alimentaires: Blé, Mais, Riz, Huile végétale, soja, farine de soja, huile de soja, huile de palme, huile de noix de coco, farine de poisson, huile d'arachide, bœuf, mouton, sucre, bananes. Boissons: Café robusta, autres cafés, fèves de cacao, thé. Matières premières agricoles non alimentaires: Bois d'œuvre, coton, laine, caoutchouc, tabac, peaux. Plusieurs indices ont été construits pour mesurer les termes de l'échange. Les indices des prix des matières premières incluent les prix des produits agricoles (produits alimentaires (32,9 % base 1990; 41,6 % base 1995), boissons (6,8 % base 1990; 5,9 % base 1995) et matières premières agricoles non alimentaires (32,3 % base 1990 ; 21,65 % base 1995), à hauteur de 72 % (base 1990 ; 69,15 % base 1995) dans l'indice global hors énergie retenu par Cashin, Liang et Mc Dermott, 1999). À l'origine, les débats se sont concentrés autour de la validation ou non de l'hypothèse de Prebish-Singer (1950) d'une dégradation séculaire des termes de l'échange pour les matières premières. Les premiers indices construits autour de cette hypothèse opposent soit les produits agricoles aux produits manufacturés (Prebish-Singer), soit les matières premières (produits agricoles plus produits miniers) aux produits manufacturés, afm de saisir l'évolution des termes de l'échange, i.e. du pouvoir d'achat unitaire des matières premières cruciales pour les pays en développement exportateurs. Les débats sur les possibilités de stabilisation des cours vont quant à eux mettre l'accent sur des indices de prix par produits (Cuddington, 1992), dans des études qui vont se focaliser sur des données plus rapprochées (trimestrielles ou mensuelles), et à partir de 1957 (données IFS). Les prix courants ne sont que de peu d'utilité pour les agents économiques. Ce qui importe, de façon rationnelle, c'est le pouvoir d'achat des différents revenus, et le coût réel ou prix relatif des biens et services. Peu importe, par exemple de constater que le prix d'un bien a augmenté de 10 %, si les prix des autres biens ont augmenté de 15 %, finalement le bien est devenu relativement moins cher que les autres. C'est pourquoi on considère des prix réels détlatés pour tenir compte de l'évolution des autres prix. On ne considère donc pas un prix nominal isolé, mais des prix relatifs. D'où la question centrale du choix du détlateur. L'essentiel des travaux empiriques retient l'indice noté MUV (Manufacturing Unit Value Index), moyenne pondérée de l'évolution des prix des biens manufacturés exportés par les principaux pays développés (vingt pays retenus par Cashin, Liang et Mc Dermott, 1999, cinq pays pour les autres indices). 30

Les prix internationaux

des matières premières baissent-ils?

Les prix réels baissent-ils à long terme? Oui, mais faiblement. Globalement, Grilli et Yang (1988) trouvent une tendance à la dégradation des prix relatifs des matières premières hors énergie de l'ordre de 0,6 % par an entre 1900 et 1986 (figure 1). Concernant les produits alimentaires (figure 2), la tendance à la dégradation est plus faible, de l'ordre de 0.36 % par an, masquant une forte disparité entre les boissons (+ 0,63 % par an) et les autres produits alimentaires (-0.54 % par an). Les produits de l'agriculture non alimentaires subissent quant à eux une tendance plus significative à la baisse (0.84 % par an, figure 3). L'interprétation des données doit se faire avec prudence. Ainsi, les boissons sont incluses dans les données de Grilli et Yang sur les produits alimentaires, ce qui tire l'indice global vers le haut. Les problèmes de mesure restent considérables. Quelle pondération doit-on privilégier pour la construction des indices? Leur poids respectif dans les exportations des pays en voie de développement évolue rapidement, et les changements de base fréquents ne rendent pas forcément les comparaisons à long terme très évidentes. Enfin, l'évolution différente dans la qualité des produits agricoles vis-à-vis des produits manufacturés pose un problème non résolu jusqu'à présent: la qualité des produits manufacturés croît plus rapidement que la qualité des matières premières agricoles... Les travaux disponibles plus récents confirment globalement les résultats de GY, sur la base d'indices qui ne sont toutefois pas strictement comparables (Industrial commodity prices, indice de The Economist, 1862-1999; Cashin et Mc Dermott, 2002). Compte tenu des évolutions plutôt défavorables des cours depuis 1986, les tendances à la dégradation sont plus fortes (de l'ordre de 1 % par an).
Les prix réels des produits de l'agriculture années 90 sontfaibles depuis le début des

Comme l'illustrent les figures (figures 4 et 5) sur la période récente, il y a une dégradation forte des prix réels des produits de l'agriculture. Sur un recul de temps moins important, les résultats des calculs de tendance font apparaître une dégradation des cours des prix des produits agricoles internationaux. Les calculs menés sur la période 1977-2001 (Cnuced) mettent à jour une dégradation des prix réels des produits alimentaires de l'ordre de 3,3 % par an, et de 2,6 % par an pour les produits alimentaires sans les boissons. Seul le poivre connaît une évolution faiblement favorable (0,4 % par an). Les matières premières agricoles (hors produits alimentaires) subissent, elles aussi, une tendance à la baisse de l'ordre de 2 % par an en termes réels.

31

Sur 12 produits répertoriés, trois seulement bénéficient d'une évolution favorable (bois non conifères, bois bruts tropicaux et sciages). Mais ces calculs passent sous silence la difficulté de défmir une tendance uniforme, même à moyen terme. Effectivement, les tendances calculées sont peu significatives. Il serait extrêmement hasardeux de prolonger simplement ces tendances pour connaître le niveau des cours futurs. Les chocs subis par les matières premières sont nombreux, et de nettes ruptures affectent l'évolution des cours. On voit sur la figure 5 que sur l'évolution du cours des produits agricoles, une rupture nette se produit autour de 19761°. TI est donc possible que les difficultés à défmir une tendance significative tiennent à la non prise en compte de changements structurels, de changements dans les modes de fonctionnement des marchés des produits agricoles.

FIGURE 1 : ÉVOLUTION
180

DES TERMES DE L'ÉCHANGE (HORS ÉNERGIE 1900-1986)

DES MATIÈRES PREMIÈRES

160

140

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40

-Indice
- -- -

Grilli Yang GYCPI
linéaire MCa

Ajustement

20

o 1900
1910 1920 1930 1940 années 1950 1960 1970 1980

Note: D'après mondiale.

les données

GYCPI/

MUV, Grilli et Yang 1989, complétées

à partir des données Banque

10 Les conclusions peuvent varier en fonction des indices et périodes considérés. Une approche systématique du repérage des ruptures structurelles est présentée en 2èmepartie (tests ZA et LNV).

plus

32

FIGURE

2 : ÉVOLUTION

DES TERMES

DE L'ÉCHANGE

DES PRODUITS

ALIMENTAIRES

(1900-1986)

(',
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-O,2669x + 124,32

-

Produits alimentaires
Ajustement linéaire MCa

1

- ---

o 1900 années

Note: D'après

les données GYPIF / MW,

Grilli et Yang 1989.

FIGURE 3 : ÉVOLUTION DES TERMES DE L'ÉCHANGE DES PRODUITS AGRICOLES NON ALIMENTAIRES (1900-1986)

1\

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y ,0333x + 168,78 = -1

-\

1

- -- -

Produits non alimentaires Ajustement linéaire Mca
1

o 1900 années Note:

D'après

les données GYPINF / MUV, Grilli et Yang 1989

33

Des résultats aux implications fortement

débattues

Les débats qui vont se développer autour des résultats de Grilli et Yang (Grilli et Yang, 1989) vont insister sur la qualité des données et soulever plusieurs problèmes méthodologiques. Les résultats sont fortement dépendants de quelques données exceptionnelles (Cuddington et Urzua, 1989). il n'y a pas de réponse à la question de l'évolution de la qualité des produits manufacturés. Enfm, l'évolution des prix réels ainsi définis n'informe qu'imparfaitement l'évolution du pouvoir d'achat des pays en développement, pour deux raisons essentielles: une partie de plus en plus importante des pays en développement exporte des biens manufacturés, et les quantités exportées augmentent fortement, en compensant au moins partiellement la dégradation des prix relatifs à long terme. Ainsi les travaux empiriques autour de la dégradation des termes de l'échange à long terme ne permettent pas de conclure sur le caractère régressif à long terme des spécialisations primaires. Par contre, ils illustrent le bas niveau atteint par les prix ces dernières années, mais finalement sans que l'on puisse définir ce qui est dû à un mouvement tendanciel par rapport à des mouvements cycliques. Ainsi, les débats vont se prolonger autour de la question de la nature des fluctuations des cours des matières premières, en mobilisant les analyses en séries temporelles, à partir de l'article de Cuddington et Urzua (1989). La possibilité de mettre en œuvre des politiques de stabilisation des cours va s'en trouver questionnée.

34

FIGURE

4 : ÉVOLUTION

DES COURS

RÉELS

DES PRODUITS

AGRICOLES

(1957-2005)

g
CJ) o o
Q) If)

150

~

100

y

= - --Produits agricoles linéaire MCa

-2, 1383x

+ 196,99

Ajustement

o 1957 années

FIGURE

5 : ÉVOLUTION PRISE

DU COURS

RÉEL DES PRODUITS RUPTURE

ARICOLES

(1957-2005).

EN COMPTE

D'UNE

STRUCTURELLE

y

f'
~:j~;~::;~_:_~-~:,:~;~.. ~ :::
0) ""_

= 1,2837x+

163,42 -

. . ..-

-

-.. -.. -.. -. -- --- --

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.

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100

-"-"" ..' :,~~~-~~?.<:~\--y = -3,3229x

......
.. .. .. :>.~
+ 239,51
~

-1957-1973

- - . Ajustement - 1973-2005

o 1957

linéaire MCa (1957-1973) linéaire MCa (1973-2005)

- - - Ajustement

années Note: D'après les données FMI (Cashin, Liang et McDermott 1999), complétées par nos soins

35