La Russie en 1839, Volume IV par marquis de Astolphe Custine

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La Russie en 1839, Volume IV par marquis de Astolphe Custine

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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The Project Gutenberg EBook of La Russie en 1839, Volume IV. (of IV.), by Astolphe de Custine This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.net Title: La Russie en 1839, Volume IV. (of IV.) Author: Astolphe de Custine Release Date: November 28, 2008 [EBook #27345] Language: French *** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA RUSSIE EN 1839, VOLUME IV *** Produced by Mireille Harmelin, Eric Vautier and the Online Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) LA RUSSIE EN 1839 PAR LE MARQUIS DE CUSTINE «Respectez surtout les étrangers, de quelque qualité, de quelque rang qu'ils soient, et si vous n'êtes pas à même de les combler de présents, prodiguez-leur au moins des marques de bienveillance, puisque de la manière dont ils sont traités dans un pays dépend le bien et le mal qu'ils en disent en retournant dans le leur.» (Extrait des conseils de Vladimir Monomaque à ses enfants en 1126 Histoire de l'Empire de Russie, par Karamsin, t. II, p. 205.) TOME QUATRIÈME PARIS LIBRAIRIE D'AMYOT, ÉDITEUR 6, RUE DE LA PAIX 1843 LETTRE VINGT-NEUVIÈME. La mosquée tatare.—Comment vivent à Moscou les descendants des Mongols.—Leur portrait.—Réflexions sur le sort des diverses races qui composent le genre humain.—Tolérance humiliante.—Points de vue pittoresques.—Le Kremlin.—Citation de Laveau.—Tour de Soukareff.—Vaste réservoir d'eau.—Architecture byzantine.—Établissements publics.—L'Empereur partout.—Antipathie du caractère des Slaves et des Allemands.—Grand manége de Moscou.—Le club des nobles.—Ce que les Russes entendent par la civilisation.—Ordonnances de Pierre Ier touchant la politesse.—Goût des Russes pour le clinquant.—Habitudes des grands seigneurs.—Ravages de l'ennui dans une société composée comme l'est celle de Moscou.—Un café russe.—Costume des garçons de café.—Humilité des anciens serfs russes.—Leur croyance religieuse.—La société de Moscou.—Maison de campagne dans l'enceinte de la ville.—Maisons de bois.—Dîner sous une tente.—Vraie politesse.—Caractère des Russes.—Leur mépris pour la clémence.—L'Empereur flatte ce sentiment.—Manières gracieuses des Russes.—Leur puissance de séduction.—Illusions qu'elle clémence.—L'Empereur flatte ce sentiment.—Manières gracieuses des Russes.—Leur puissance de séduction.—Illusions qu'elle produit.—Affinité de caractère des Russes et des Polonais.—Vie des mauvais sujets du grand monde à Moscou.—Ce qui explique leurs écarts.—Mobilité sans égale.—Ce qui sert d'excuse au despotisme.—Conséquences morales de ce régime.—Mauvaise foi nuisible même aux mauvaises mœurs.—Note sur notre littérature moderne.—Le respect pour la parole.—Ivrogne du grand monde. —Russes questionneurs et impolis.—Portrait du prince ***.—Ses compagnons.—Assassinat dans un couvent de femmes.—Histoires amoureuses.—Conversation de table d'hôte.—Le Lovelace du Kremlin.—Une motion burlesque.—Pruderie moderne.—Partie de campagne.—Adieux du prince*** dans une cour d'auberge.—Description de cette scène.—Le cocher élégant.—Mœurs des bourgeoises de Moscou.—Les libertins bien vus en ce pays.—Pourquoi.—Fruit du despotisme.—Erreur commune sur les conséquences de l'autocratie.—Condition des serfs.—Ce qui fait réellement la force de l'autocratie.—Double écueil.—Prétentions mal fondées.—Fausse route.—Résultats du système de Pierre Ier.—Vraie puissance de la Russie.—Ce qui a fait la grandeur du Czar Pierre.—Son influence jusqu'à ce jour.—Comment je cache mes lettres.—Pétrowski.—Chant des Bohémiens russes.—Révolution musicale opérée par Duprez.—Physionomie des Bohémiennes.—Opéra russe.—Comédie en français.—Manière dont les Russes parlent et entendent le français.—Illusion qu'ils nous font.—Un Russe dans sa bibliothèque.—Puérilité.—La tarandasse, voiture du pays.—Ce qu'est pour un Russe un voyage de quatre cents lieues.—Aimable trait de caractère. Moscou, ce … août 1839. Depuis deux jours j'ai vu beaucoup de choses: d'abord la mosquée tatare. Le culte des vainqueurs est aujourd'hui toléré dans un coin de la capitale des vaincus; encore ne l'est-il qu'à condition de laisser aux chrétiens la libre entrée du sanctuaire mahométan. Cette mosquée est un petit édifice d'apparence mesquine, et les hommes à qui l'on permet d'y adorer Dieu et le prophète ont la mine chétive, l'air sale, pauvre, craintif. Ils viennent se prosterner dans ce temple tous les vendredis sur un mauvais morceau de laine que chacun apporte là soi-même. Leurs beaux habits asiatiques sont devenus des haillons, leur arrogance de la ruse inutile, leur toute- puissance de l'abjection; ils vivent le plus séparés qu'ils peuvent de la population qui les environne et les étouffe. Certes, à voir ces figures de mendiants ramper au milieu de la Russie actuelle, on ne se douterait guère de la tyrannie que leurs pères exerçaient contre les Moscovites. Renfermés autant que possible dans la pratique de leur religion, ces malheureux fils de conquérants trafiquent à Moscou des denrées et des marchandises de l'Asie, et afin d'être le plus mahométans qu'ils peuvent, ils évitent de faire usage de vin et de liqueurs fortes, et ils tiennent leurs femmes en prison ou du moins voilées, pour les soustraire aux regards des autres hommes qui pourtant ne pensent guère à elles, car la race mongole est peu attrayante. Des joues aux pommettes saillantes, des nez écrasés, des yeux petits, noirs, enfoncés, des cheveux crépus, une peau bise et huileuse, une taille au-dessous de la moyenne; misère et saleté; voilà ce que j'ai remarqué chez les hommes de cette race abâtardie, ainsi que chez le petit nombre de femmes dont j'ai pu apercevoir les traits. Ne dirait-on pas que la justice divine si incompréhensible quand on considère le sort des individus, devient éclatante lorsque l'on réfléchit sur la destinée des nations? La vie de chaque homme est un drame qui se noue sur un théâtre et se dénoue sur un autre, mais il n'en est pas ainsi de la vie des nations. Cette instructive tragédie commence et finit sur la terre; voilà pourquoi l'histoire est une lecture sainte; c'est la justification de la Providence. Saint Paul avait dit: «Respect aux puissances; elles sont instituées de Dieu.» L'Église, avec lui, a tiré l'homme de son isolement, il y a bientôt deux mille ans, en le baptisant citoyen d'une société éternelle, et dont toutes les autres sociétés n'étaient que des modèles imparfaits: ces vérités ne sont point démenties, au contraire, elles sont confirmées par l'expérience. Plus on étudie le caractère des différentes nations qui se partagent le gouvernement de la terre, et plus on reconnaît que leur sort est la conséquence de leur religion; l'élément religieux est nécessaire à la durée des sociétés, parce qu'il faut aux hommes une croyance surnaturelle, afin de faire cesser pour eux le soi-disant état de nature, état de violence et d'iniquité; et les malheurs des races opprimées ne sont que la punition de leurs infidélités ou de leurs erreurs volontaires en matière de foi; telle est la croyance que je me suis formée à la suite de mes nombreux pèlerinages. Tout voyageur est forcé de devenir philosophe et plus que philosophe, car il faut être chrétien pour pouvoir contempler sans vertige la condition des différentes races dispersées sur le globe, et pour méditer sans désespoir sur les jugements de Dieu, cause mystérieuse des vicissitudes humaines… Je vous dis mes réflexions dans la mosquée pendant la prière des enfants de Bati, devenus des parias chez leurs esclaves… Aujourd'hui, la condition d'un Tatare en Russie ne vaut pas celle d'un serf moscovite. Les Russes s'enorgueillissent de la tolérance qu'ils accordent au culte de leurs anciens tyrans; je la trouve plus
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