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La Russie, une puissance faible ?

De
232 pages

C’est autour de divers éléments de réflexion (politique, économique, militaire...) permettant de comprendre la Russie d’aujourd’hui que s’organise le dossier de ce numéro de Politique étrangère, afin d’identifier la nature même d’une Russie qui n’est ni le grand méchant loup, ni la douloureuse incomprise qu’on nous décrit ici ou là.

Cette livraison de Politique étrangère s’attache également aux chances de succès de la prochaine COP 21, ainsi qu’aux multiples abcès d’un Sud en feu : Syrie, Irak, Soudan du Sud, Nigéria – toutes géographies où c’est l’idée même d’État, au sens de la pensée occidentale, qui semble remise en cause.


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Directeur de la publication Thierry de Mont brial
N° Commission paritaire 0515 K 81088 N° ISSN 0032-342 X N° ISBN 978-2-36567-393-8
politiqueétrangère
Rédaction et administration Ifri 27, rue de la Procession 75740 Paris Cedex 15 Courriels :david@ifri.orgpe@ifri.org Tél. : 01 40 61 60 00
Impression Jouve 1, rue du Doct eur Sauvé, 53100 Mayenne Dépôt légal Mai 2015, n° 76968
revue t rimest rielle publiée par l’Inst it ut français des relat ions int ernat ionales
Revue publiée avec le concours du Cent re nat ional du livre.
© Ifri Tous droit s de t raduct ion, d’adapt at ion et de reproduct ion par t ous procédés réservés er pour t ous pays. En applicat ion de la loi du 1 juillet 1992, il est int erdit de reproduire, même part iellement , la présent e publicat ion sans l’aut orisat ion de l’édit eur ou du Cent re français d’exploit at ion du droit de copie (3, rue Haut efeuille, 75006 Paris). All right s reserved. No pa rt of t his publica t ion ma y be t ra nsla t ed, reproduced, st ored in a ret rieva l syst em or t ra nsmit t ed in a ny form or a ny ot her mea ns, elect ronic, mecha nica l, phot ocopying recording or ot herwise, wit hout prior permission of t he publisher.
Politique étrangèreest une revue de débat s et d’analyses sur les grandes quest ions int ernat ionales : polit iques, économiques ou de sécurit é. Son ambit ion est de proposer aux décideurs économiques ou polit iques, et aux milieux académiques, des analyses approfondies de l’act ualit é int ernat ionale, des mises en perspect ive des grands débat s en mat ière de relat ions int ernat ionales, et de const it uer un inst rument de référence pour le long t erme. Chaque numéro comport e au moins un dossier concerna nt un événement ou une dimension du débat int ernat ional, ainsi que plusieurs art icles s’at t achant à décrypt er les quest ions d’act ualit é.Politique étrangèreualit ére une large place à l’act en out  consacre des publicat ions françaises et ét rangères en mat ière de relat ions int ernat ionales.
Rédacteurs en chef Dominique David Marc Hecker
Comité de rédaction Ala in Ant il (Ifri, responsable Afrique sub-saharienne), Denis Bauchard (Ifri, conseiller, Moyen-Orient /Maghreb), Christ ophe Bert ossi (Ifri, direct eur, Migrat ions et cit oyennet és), Ét ienne de Durand (Ifri, direct eur, Ét udes de sécurit é), Thomas Gomart (Ifri, direct eur du Développement st rat égique), Jolyon Howort h (universit é de Yale, professeur), Et han Kapst ein (Inst it ut européen d’administ rat ion des af faires, professeur), Jean Klein (universit é de Paris 1, professeur émérit e), Jacques Mist ral (Ifri, conseiller, Ét udes économiques), Mansouria Mokhefi (Ifri, conseiller Ma ghreb/Moyen-Orient ), Dominique Moïsi (Ifri, conseiller spécial), Philippe Moreau Defarges (codirect eur du rapport RAMSES), Éliane Mossé (Ifri, conseiller, Europe cent rale et du Sud-Est ), Laurence Nardon (Ifri, responsable, Espace et Ét at s-Unis), Françoise Nicolas (Ifri, direct eur, Cent re Asie – universit é de Marne-la-Vallée), Dorot hée Schmid (Ifri, responsable, Turquie cont emporaine), Hans St ark (Comit é d’ét udes des relat ions franco-allemandes).
Conseil scientifique Thierry de Mont brial (président ) – Hélène Carrère d’Encausse – Jean-Claude Casanova – Géra rd Conac – Jean-Luc Domenach – Jean-Marie Guéhenno – François Heisbourg – Ja cques Lesourne – Jean-Pierre Rioux – Pierre Rosanvallon – Olivier Roy – Jacques Rupnik – Georges-Henri Sout ou – Maurice Vaïsse – Alain Vernay
Rédaction Iris Munsch, Marion ...
Soudan du Sud: de l’État en faillite à l’État chaotique
ParMarc-André Lagrange
Diplômé de l’ISTOM et titulaire d’un master en gest ion des crises de la Sorbonne,Marc-André Lagrangesur les conflits d’Afrique centrale. Acteur humanitaire et analyste pour travaille plusieurs organisations, il est également officier politique pour les Nations unies et senior analyste pour l’International Crisis Group (jusqu’en 2014).
Le Soudan du Sud n’est encore ni un État ni une nat ion. Déchiré par les rivalités ethniques, divisé entre conceptions diverses de l’organisation de l’État, il ne connaît que la guerre comme moyen de dialogue politique. La gestion de la question pétrolière par les actuels dirigeants a été catastrophique, conduisant le pays à une quasi banqueroute, et touchant gravement le Soudan lui-même. Le Soudan du Sud devient ainsi un élément préoccupant de déstabilisation pour toute la région.
En...
polit iqueétrangère
a Russie serait-elle de retour ? Les chancelleries occidentales bruissent de ce cauchemar. Lmoscovite cohérente dans sa conception, agressive dans ses manifestations, assurée Comme si les événements des deux dernières années dessinaient une stratégie dans ses moyens. Le dossier que dirige Tatiana Kastouéva-Jean pour ce numéro approche une réalité moins simple. Qu’exprime, au vrai, la manœuvre russe face à l’Ukraine ? Un classique fantasme impérial, la volonté de réintégrer l’espace soviétique perdu ? Difficile de croire à une telle illusion… Il s’agit plutôt pour Moscou de se remettre en selle à l’international, comme joueur qui pèse et se redéfinit par et dans l’action. La Russie d’aujourd’hui est certes héritière d’une histoire multiséculaire – en particulier avec l’Ukraine –, mais elle est d’abord un sujet neuf, sous cette forme inédite dans l’histoire, contraint de s’autodéfinir face aux autres, dans un processus récent et inachevé. C’est bien cela qui peut et doit nous préoccuper. Non le retour de « l’ogre soviétique ». Avec quels moyens ? Économiques, ils sont médiocres. Militaires, ils sont « expéditifs et limités ». Mais plutôt les voies choisies pour cette redéfinition. Le développement ? La recherche d’une identité étenduevia la notion de « russéité » ? Une cristallisation anti-occidentale autour de la voie particulière russe et de ses valeurs traditionnelles ? Un durcissement du régime s’appuyant sur la traditionnelle résilience du pays en état de siège ? Une affirmation extérieure agressive profitant des de rnières réformes de l’appareil militaire ? Sans doute un peu de tout cela. Mais lequel de ces éléments – à part un réel développement économique, pour l’heure mal en point, plombé par des exportations énergétiques aux cours fluctuants ou des réformes avortées – pourrait structurer une nation nouvelle, dans son organisation et ses ambitions ? Le problème que nous pose la Russie d’aujourd’hui n’est sans doute pas que Moscou veuille « regagner l’empire », ou remettre en cause l’ensemble de l’ordre international – d’aille urs : quel ordre ? Il est que l’on discerne mal les éléments, rationnels et efficients, d’une grande stratégie à usage externe ; stratégie que l’on pourrait apprécier, ou combattre. La crise actuelle est celle de l’être russe lui-même. Le danger n’en est pas moins réel. L’absence d’une société politique s’appuyant sur un large débat démocratique, l’atonie d’une société civile relayant le débat politique ou prenant des initiatives de substitution, laissent le régime maître du terrain. Qui pourrait l’empêcher de poursuivre une crispation extérieure, qui est d’abord un évitement des problèmes internes ? À moins que la crise économique ne devienne assez grave pour rebattre les cartes sociales et politiques – ce que nul ne peut souhaiter pour le peuple russe, ni pour nous, tant ses conséquences seraient incertaines. Le régime est donc là, qu’on serait tenté de juger à la fois pérenne et fragile. Pour les pays occidentaux, la difficulté est dès lors de formaliser une stratégie de long terme vis-à-vis de l’acteur flou qu’est la Russie. Le silence contrit ne suffit pas ; et le déploiement de chevaux de frise n’arrangerait rien. C’est la complexité même de la Russie qu’il s’agit de saisir, sans que cette complexité puisse être retenue pour excuse à n’importe quelle errance internationale. *** Paris, décembre 2015 : la COP21 sera-t-elle une conférence de plus, ou la conférence décisive ? La rubriqueContrechampsde ce numéro éclaire la nécessaire articulation entre une vision politico-historique et une vision plus écono mique de la lutte contre le réchauffement climatique. Un engagement universel de contingentement des émissions polluantes est-il possible sans accord sur le droit au développement ? Ce qui suppose que les pays
développés reconnaissent avoir déjà lourdement obéré la situation actuelle avec leur propre croissance économique. L’équité en matière de développement suggère donc l’inégalité des droits à polluer. Mais un tel accord universel est-il, d’autre part, possible sans accord général sur la valeur économique de la protection du climat ? Et donc sur la mise au point de mécanismes techniques permettant de chiffrer cette valeur ? La COP21 sera examinée de près. D’abord pour ses ré sultats concrets : permettra-t-elle de désembourber des négociations qui apparaissent déso rmais décisives ? Mais aussi parce qu’elle ébauche les éléments d’une gouvernance mondiale de type nouveau. La négociation universelle sur les biens communs se révélera-t-elle un mirage, au temps d’un retour des puissances, émergentes ou non ? Ou prouvera-t-elle qu’elle est viable ? La question est d’importance, d’où la mobilisation, au plus haut niveau, des responsables de la diplomatie 1 française . La présente livraison dePolitique étrangèreaussi à la Syrie, à l’Irak, à la Libye  s’intéresse , au Soudan du Sud, au Nigeria de Boko Haram… toutes figures constitutives d’un chaos qui vient, ou déjà advenu. Au-delà du suivi d’événements qui se précipitent, c’est là aussi, à de tout autres niveaux, une question de gouvernance qui se propose. La gouvernance d’un système mondial ne saurait se réduire à l’invention d’institutions et de mécanismes de coopération internationale. Elle demande d’abord, à la base, qu’existent des structures de gouvernement assurant la vie commune des sociétés humaines. La réflexion sur l’idée de nation, sur la notion d’État, est donc plus que jamais d’actualité. À des degrés et sous des modalités très variées, elle irrigue la plupart des réflexions sur les relations internationales d’aujourd’hui (sur l’émergence de nouvelles puissances, sur un retour aux stratégies d’équilibre des forces, sur les États faillis, sur l’autodétermination des peuples…). Européens, nous ne sommes certes pas étrangers à ce s réflexions. Que notre Union européenne soit une construction politique complexe , inédite, chacun le sait – et l’histoire nous suggère de nous en accommoder. Mais face au dé veloppement dramatique des migrations transméditerranéennes de ces derniers mo is, on aimerait savoir qui est en...
1. LeRAMSES 2016re en sept , à paraît embre 2015, reviendra longuement sur la problémat ique de la COP21.