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La Seconde Guerre mondiale dans le discours politique russe

De
204 pages
La propagande officielle russe présente la victoire soviétique dans la Seconde Guerre mondiale comme un élément fondateur de l'identité russe actuelle. La victoire soviétique, très présente dans la mémoire populaire, est détournée à des fins politiques, comme si elle était un gage de la moralité innée du régime Poutine et de son droit à la défense de ses intérêts géopolitiques, y compris l'annexion de la Crimée. Dans ce recueil, d'éminents chercheurs et essayistes français et étrangers analysent différents aspects du discours politique russe face à une réalité bien différente.
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À la lumière du conit russo-ukrainien
La propagande ofîcielle russe présente la victoire soviétique dans
l’identité russe actuelle, en minimisant le rôle des autres Alliés et en justiîant ou passant sous silence le partage de l’Europe de l’Est décidé entre Staline et Hitler ou le massacre de Katyn, entre autres. La victoire soviétique, très présente dans la mémoire populaire, est détournée à des îns politiques, comme si elle était un gage de
ses intérêts géopolitiques, y compris l’annexion de la Crimée et le soutien militaire et politique aux séparatistes du Donbass.
Dans ce recueil, d’éminents chercheurs et essayistes français et étrangers analysent différents aspects du discours politique russe face à une réalité bien différente.
En couverture : Le monument en l’honneur des tankistes à Savur-Mohyla, Oblast de Donetsk, Ukraine.
ISBN : 978-2-343-10231-3 20,50
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Sous la direction de Stéphane Courtois et Galia Ackerman
LA SECONDE GUERRE MONDIALE ANS LE DISCOURS POLITIQUE RUSS
À la lumière du conit russo-ukrainien Stéphane Courtois et Galia Ackerman
À la lumière du conit russo-ukrainien
Présence
Ukrainienne
E
            
À la lumière du conflit russo-ukrainien
Titres de la collection :
- )aroslav LEBEDYNSKY,Le Prince Igor, ʹͲͲͳ. - Guillaume LE VASSEUR DE BEAUPLAN,Description d’Ukranie, ʹͲͲʹ. Texte de ͳ͸͸ͳ ; introduction et notes de )aroslav Lebedynsky .- Mykola R)ABTC(OUK,De la « Petite-Russie» à l’Ukraine, ʹ00͵. Préface d’Alain Besançon, de l’Institut; trad. ). Dmytrychyn et ). Lebedynsky. - Roxolana MYK(AÏLYK,Grammaire pratique de l’ukrainien, ʹͲͲ͵. Trad. ). Lebedynsky. - )ryna DMYTRYC(YN,Grégoire Orlyk, un Cosaque ukrainien au service de Louis XV, ʹͲͲ͸. - )ryna DMYTRYC(YN,L’Ukraine vue par les écrivains ukrainiens, ʹͲͲ͸. Sélection de textes, éd. bilingue. - Prosper MÉR)MÉE,Bogdan Chmielnicki, ʹͲͲ͹ ȋfac-similé éd. ͳͺ͸ͷȌ. - )aroslav LEBEDYNSKY,Ukraine, une histoire en q uestions, ʹͲͲͺ. -Maroussia, ʹͲͲͻ. Fac-similé de l’édition originale du classique de P. J. Stahl, avec le texte inédit de l’œuvre en français de Marko Vovtchok; introduction d’I. Dmytrychyn.- Victor GRÈS,L’Iliade ZaporogueȋscénarioȌ, ʹͲͲͻ ; trad. et préface de L. (osejko. - )aroslav LEBEDYNSKY,Scythes, Sarmates et Slaves, ʹͲͲͻ. - Anastassia LYSSYVETS,Raconte la vie heureuse, souvenirs d’une survivante de la Grande Famine en Ukraine, trad. ). Dmytrychyn, préface de J.-L. Panné, postface de M. Riabtchouk, ʹͲͲͻ. - Marko VOVTC(OK, Pierre-Jules (ETZEL,Le voyage en glaçon, présenté par ). Dmytrychyn et N. Petit. ȋPrésence Ukrainienne / JeunesseȌ, ʹͲͲͻ. -La moufle,conte populaire ukrainien, trad. ). Dmytrychyn et F.-J. Besson, ill. ). Mekhtiev, éd. Bilingue Présence Ukrainienne / Les Quatre VentsȌ, ʹͲͲͻ. - )aroslav LEBEDYNSKY,Skoropadsky et l’édification de l’Etat Ukrainien (1918), ʹͲͳͲ. -Le coq et l’épi de b ,conte populaire ukrainien, trad. ). Dmytrychyn, ill. ). Mekhtiev, ȋPrésence Ukrainienne / Les Quatre VentsȌ, ʹͲͳͲ. - )aroslav LEBEDYNSKY,La « Constitution » ukrainienne de 1710,ʹͲͳͲ. - Renaud REBARDY, Roman R)JKA, François R)VARD,Ukraine, 20 ans,Nouvelles, ʹͲͳͳ. - Roman R)JKA,La fiancée noire, roman, ʹͲͳʹ. - )aroslav LEBEDYNSKY,La Crimée, d es Taures aux Tatars, ʹͲͳͶ.- Pierre C(EVAL)ER,Histoire de la guerre des Cosaques contre la Pologne, ʹͲͳͶ. Texte de ͳ͸͸͵ ; )ntroduction et notes de Maxime Deschanet. - Jean-Benoît Scherer,Annales de la Petite-Russie, ʹͲͳͷ. Texte de ͳ͹ͺͺ ; )ntroduction et notes de Maxime Deschanet. - )aroslav LEBEDYNSKY,Les Etats ukrainiens (1917-1921), ʹͲͳͷ. - Maxime DESC(ANET,Le Saint Empire et l’Ukraine, ʹͲͳ͸. -Nicolas Gogol, Taras Boulba et l’Ukraine, actes de colloque présentés par )ryna Dmytrychyn et Maxime Deschanet, ʹͲͳ͸. - Alexis GR)TC(ENKO,L’Ukraine de mes jours bleus, ʹͲͳ͸ - Charles-Gilbert ROMME,Voyage en Crimée en 1786, présenté par Maxime Deschanet et Gulnara Bekirova, ʹͲͳ͸. - )van FRANKO,Le bonheur volé, drame de la vie paysanne en cinq actes. Traduction, introduction et notes de Olga Mandzukova-Camel, ʹͲͳ͸.
Sous la direction de Stéphane Courtois et Galia Ackerman
    
       
À la lumière du conflit russo-ukrainien
Ouvrage publié avec le concours de la Fondation Scholarship et du Club de Kiev (Paris)
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10231-3 EAN : 9782343102313
Ukraine: l’indispensable devoir de mémoire et d’histoireStéphane Courtois Directeur de recherches honoraire au CNRS Enseigne l’histoire du communismeà l’ICES (La Roche-sur-Yon)Le jeudi ʹͳ novembre ʹͲͳ͵ au matin, j’avais l’honneur de présenter, à l’Académie des sciences d’Ukraine à Kiev, la communication d’ouverture d’un colloque international consacré à la Mémoire des victimes du Holodomor. En ukrainien, Holodomor, qui signifie « extermination par la faim », est le nom emblématique donné à la famine organisée en ͳͻ͵ʹ-ͳͻ͵͵ par le pouvoir communiste de Moscou contre la paysannerie d’Ukraine orientale,et qui provoqua la mort de millions de personnesfemmes et enfants. Bien hommes, décidé à éteindre toute velléité d’autonomie ukrainienne, Staline avait, dans la foulée, fait exterminer une grande parti e des élites nationales de la République Socialiste d’Ukraine, y compris communistes. Puis, il en avait inauguré le mémoricide, l’interdiction absolue d’évoquer la tragédie,afin d’empêcher les victimes de se reconnaître comme telles et de désigner leur bourreau. Un mémoricide entretenu par ses héritiers jusqu’à la fin des années ͳͻͺͲ. Le ʹͲ novembre ʹͲͳ͵ au soir, l’équipe de football d’Ukraine avait perdu son match contre l’équipe de France et
se voyait ainsi éliminée de sa participation à la coupe du monde au Brésil en ʹͲͳͶ. J’ouvris donc mon propos en présentant à l’assistance mes excuses de Français, tout en rappelant que ce qui, sur le moment, pouvait être ressenti comme un drame national, était sans aucune commune mesure avec l’immense catastrophe du Holodomor. Et je souhaitai bon vent à ce pays qui avait enfin conquis son indépendance en ͳͻͻͳ et qui, en dépit des inévitables péripéties et soubresauts du postcommunisme, semblait, depuis la Révolution Orange de ʹͲͲͶ, s’acheminer vers un régime démocratique et une ouverture à l’Union européenne.En fin d’après-midi, alors que je devisais avec un ami ukrainien à proximité du Parlement, celui-ci fut soudain accostépar un député surexcité qui l’informaque le président en place, Victor Ianoukovitch, venait d’annoncer qu’il ne signerait pas l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne, prévu pour le ʹͻ novembre. Cette volte-face, qui laissait prévoir un rapprochement du régime avec la Russie de Vladimir Poutine, suscita d’emblée une évidente agitation et une forte tension.Je les ressentis le soir même à l’opéra de Kiev,où était donnée la première mondiale d’un opéra du compositeur américain d’origine ukrainienne Virko Baley, consacré au Holodomor et intitulé « Terre rouge. Famine ». On m’avait demandé de dire quelques mots avant la représentation et j’y insistai sur le fait que «le temps était venu de la formation d’une mémoire européenne commune du e terrible XX siècle, une mémoire qui prenne en compte, non pas telle ou telle tragédie, mais l’ensemble des tragédies». Et je soulignai le travail remarquable engagé en ce sens par la Plateforme pour la mémoire et la conscience européenne qui regroupait,dans toute l’Europe — «de l’Atlantique à l’Oural» selon la célèbre formule du général de Gaulle des dizaines d’associations œuvrant à l’élaboration commune de ce que Paul
ͺ
Ricœur nommait «». Mais déjà, après lala mémoire juste représentation et au foyer de l’opéra où était donnée une petit e réception, les discussions étaient vives sur la décision de V. Ianoukovitch. Et à la sortie, quelques dizaines de jeunes manifestants brandissaient dans le calme des drapeaux ukrainiens et européens. Le vendredi ʹʹ novembre au matin étaient inaugurées, dans la Maison de l’Ukraine le plus vaste bâtiment de Kiev et ex-Musée Lénine deux expositions simultanées: l’une intitulée « Exécutés par la famine : le génocide inconnu des Ukrainiens», et l’autre «Le totalitarisme en Europe », mettant en parallèle les deux grands régimes totalitaires des années ͳͻ͵Ͳ et ͳͻͶͲ, communiste et nazi. Là encore, en présence des trois ex-présidents de la République d’Ukraine indépendante, je rappelai l’importance de la notion de «et latotalitarisme » portée duLivre noir du communismequi venait d’être publié en ukrainien. Mais déjà la réflexion historique était emportée par la vague d’indignation qui secouait Kiev depuis la volte-face de V. Ianoukovitch. Il tombait ce jour là sur la capitale ukrainienne des trombes d’eau et chacun s’en désolait, voyant dans ce signe du ciel le mauvais présage qui allait empêcher toute manifestation de protestation. En route vers l’aéroport avec ce même ami ukrainien, nous passâmes devant le fameux et gigantesque buste monobloc de Lénine, en granit rose, qui trônait en plein centre de Kiev. Désabusé, je lui demandai, un peu taquin, si un jour cette statue disparaîtrait du paysage. Il ne répondit pas. Nous étions alors tous les deux à cent lieues d’imaginer l’incroyable enchaînement des événements qui, en quelques jours, allait mener à la révolte massive du Maïdan et, dès le ͺ décembre, à la chute et la destruction du buste de Lénine, l’homme qui, faut-il le rappeler, fut l’inventeur et l’initiateur du premier régime totalitaire, le ͹ novembre ͳͻͳ͹.
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