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La société du radar

De
204 pages
La Société du Radar commence par les mésaventures d'un chercheur traqué par l'État qui lui interdit de conduire une recherche sur les radars et le contrôle des excès de vitesse. L'analyse suit, pas à pas et documents à l'appui, l'installation arbitraire des radars puis les dérapages du gouvernement français. Le présent ouvrage propose, simplement, de rendre à César ce qui est à César et les radars aux citoyens. Passé au Kärcher, l'État sarkozyste se révèle être le pouvoir de la peur, de la manipulation, de la mainmise d'intérêts marchands et de petits mondes d'"élites" oligarchistes sur la France.
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LA SOCIETE DU RADAR
L'Etat sarkozyste au Karcher

Jean G. Padioleau

LA SOCIETE DU RADAR
L'Etat sarkozyste au Karcher

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique ~75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Espace L'Harmattan

Kinshasa

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac des Sc Sociales, Pol et Adm, BP243, KIN Xl Université de Kinshasa - ROC

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 1282260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9713-X EAN : 9782747597135

Gogo du sarkozysme

La naïveté d'un citoyen croyant encore à la République, à la concurrence des biens et des idées et au progrès scientifique a précipité la découverte d'une forme de gouvernement en émergence : La Société du Radar. La Société du Radar se concrétise aujourd'hui dans un Etat sarkozyste parisien et séduisant, riche en leurres et en camouflages. Républicanisme, libéralisme, progrès scientifique, toutes ces convictions fortes portaient à sourire du show de propagande de « Speedy Sarko» dont se régalent les livres d'images mass médiatiques... jusqu'au jour où nous avons fait une expérience in vivo: devenir un cobaye des pratiques de l'Etat sarkozyste pour une affaire de radars. Quand on ne possède ni moto, ni voiture, seulement une bicyclette, être « flashé », être sanctionné par le radarisme ne manque pas de burlesque. Il est vrai qu'avec Sarkozy, selon une expression qu'il affectionne: « Tout est possible! » Le piège aurait été de prendre au sérieux cette histoire de radars. Mieux valait en rire. Ce fût notre réflexe que d'ignorer le réalisme des rapports de force, la violence des intérêts et de l'Etat coercitif, familiers aux incollables en sciences sociales. Bien mal nous en prit!

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Le lecteur jugera sur pièces. Mais avertissons-le que dès les premières pages de « Touche pas à mon radar », les scènes de comédie humaine de sommets de l'Etat ou de milieux de la science politique, « officielle» ajouterait Pierre Bourdieu, sont réalistes; que les personnages de l'enquête conduite dans le second chapitre « Cave de la SR» ne sont pas des enfants de chœur de l'intérêt général, de la justice ou de l'innovation scientifique dont ils se réclament bien haut et bien fort. A la violence dont fait preuve l'Etat sarkozyste, nous répondons par « L'insolence du libéralisme politique I républicain» du chapitre deux en montrant du doigt les impostures du «libéralisme» sarkozyste tordu et, dans le chapitre suivant, les tours de passe, les abus de confiance du radarisme gaulois: « La France des radars ou rendre les radars aux citoyens ». «L'insolence est une vertu mais les gens vertueux ne la supportent guère. L'insolence met en question ceux qui socialement le sont rarement» avertit un voisin de Bruxelles, le philosophe Michel Meyer. Toutefois, l'insolence, bien qu'elle puisse être cocasse, ne s'égaie pas dans les platitudes des moqueries brillantes de pacotille. L'insolence engagée du libéralisme met sens dessus dessous dans le troisième chapitre « La Société du radar existe! », d'une part, l'Etat sarkozyste corrupteur de principes essentiels du «libéralisme fondamental» (aurait dit Raymond Aron) et, d'autre part, l'envol d'une Société du Radar. Le gosplan soviétique du radarisme hexagonal expérimente, installe une Société du Radar qui enferme les Français dans un ancien régime de sujets dominés par des oligarchies. En contrepoint, l'inestimable libéralisme politique républicain soumet, entre autres, les radars et la mobilité routière aux volontés des élus et des citoyens. Le libéralisme politique républicain? Une société ouverte de citoyens. « A quelque chose malheur est bon. » L'épreuve personnelle et professionnelle (qui n'est pas close aujourd'hui) force à lever

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le nez du guidon de l'enquête terre à terre. Dans le chapitre final émerge le contrat d'affaires, le « deal» renard de la main visible du marché et de la main de fer de la Société du radar à la française concocté, mis en œuvre par l'Etat sarkozyste - sans que pour autant la réussite de sa trajectoire soit balistique. Loin de là! Des voies d'innovations, d'insoumissions, d'insurrections du libéralisme politique républicain libèrent en conclusion des espérances. A droite, à gauche, les sans partis, insoumis à la Société du Radar, à l'Etat sarkozyste n'ignorent pas que l'insolence libérale politique républicaine vogue à contrevent des sondages. Quoi qu'il en soit, les libéraux politiques républicains de toute sensibilité politique méprisent le bourdon et le défaitisme. Fermes, les vertus tragiques du libéralisme activent les concurrences quotidiennes des close-combats démocratiques2.

Paris, Beaugency,

La Rochelle

- août

2004

« La Peur enfante tout »
On ne saurait mieux dire à la suite de la maxime des Principes d 'an-archie pure et appliquée de Paul Valéry... André Schiffrin, éditeur new-yorkais célèbre et prospère, patron à succès de Pantheon Books et de New Press, vend la mèche: « (...) certains s'imaginent, observe-t-il dans son essai Le contrôle de la parole: l'édition sans éditeurs, suite, que le consensus parisien est accepté par l'ensemble du public et qu'il n'entre pas dans le rôle d'un journaliste ou d'un éditeur d'aller à son encontre. En Amérique au contraire, nous considérons que notre rôle est d'être « contre cyclique », que c'est précisément

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quand tout le monde est d'accord qu'il faut commencer à se poser des questions» (Paris, Lafabrique éditions, 2005). L'aventure de la publication de La Société du Radar démontre le théorème de Schiffrin. Commandé par la filiale d'un grand groupe de communication (7 juin 2004), éditrice des ultra-altermondialistes, le manuscrit est remis le 16 août 2004. La couverture du livre apparaît dans le catalogue de l'éditeur à l'automne 2004 et dans la presse nationale. Les sites de la Fnac, de Google, d'Amazon.com, entre autres, référencent l'ouvrage. Patatras! L'éditeur rompt le contrat au mois de juin 2005. Pourtant, l'auteur a lu et corrigé les deuxièmes épreuves de l'ouvrage en février... Raté! Sans plus attendre, La Société du Radar devient accessible à tous sur le site de l'observatoire du sarkozysme (/-os.com) comme l'annoncent Le Parisien, Le Canard Enchaîné, des magazines. Et plusieurs milliers de visiteurs se connectent sur I-os.com. Peu chaut à la multinationale française d'édition de perdre de l'argent, une « bonne pratique gauloise» dirait-on à la Harvard Business School, l'assure de gagner gros. De fait, matois, l'Etat sarkozyste concubine avec l' oligarchisme des tout-puissants de l'édition. Inutile pour l'Etat sarkozyste corrupteur de la République de mettre en demeure. La frousse d'être passible de représailles fiscales ou policières, l'obtention de marchés publics, seraient-elles fantaisistes, suffisent à mettre au garde à vous les vassaux comparses éditeurs de l'Etat sarkozyste. Tout citoyen risque d'halluciner au vu de l'enquête de Motomagazine reproduite page 187. « La sarko méthode dénoncée» sous la plume de Nicolas Grumel est l'une des pièces du dossier inédit « Contrôle de la parole» disponible sur l'observatoire du sarkozysme (/-os.com). Entrée libre. Paris - octobre 2005

Touche pas à mon radar

Remettons en mémoire des événements associés au radarisme. A l'automne 2003, la carte des radars de France, celle de l'IGN, d'Auto Plus, de l'Auto Journal ou de Michelin devient le nouveau territoire national vivant. Le « Contrôle sanction automatique» (CSA) des excès de vitesse (pour parler comme les technocrates hygiénistes) prend des allures de feuilleton, voire de saynètes de la télé réalité. Les hits parades de statistiques se disputent la une des médias avec des scores d'automobilistes flashés, d'amendes encaissées et de « morts gagnés ». L'agenda officicl du CSA égrènc ritucllcl11cnt lcs performances du radarisme. Entre autres points de repère:

- le 14 juillet 2002 : conférence de presse du Président de la République lançant le « grand chantier» de la sécurité routière; - la loi du 12juin 2003 qui accentue la lutte répressive contre la violcnce routière et définit juridiquement le contrôle sanction automatisé; - le 12 février 2003 : mission intenninistérielle « contrôle sanction automatisé» ;

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- le 31 octobre 2003 : entrée en service des 10 premIers radars automatiques; - la loi du 9 mars 2004, dite « loi Perben II » modifiant celle du 12 juin 2003, concernant le droit de contestation; - le décret du 6 décembre 2004 : le gouvernement adapte l'échelle des peines applicables en matière de dépassement des vitesses maximales autorisées. L'amende forfaitaire passe de 135 euros à 68 euros, l'amende minorée passe de 90 à 45 euros; - avant la fin de l'année 2005 : installation de 1 000 radars; - le non respect des feux rouges devrait commencer à être contrôlé à partir de 2005.

« Flashé » (Libération)
Le 29 mars 2004, Libération annonce à la une une enquête de Florence Aubenas:
« Radars: censure d'un chercheur critique»

L'enquête de Libé dit tout ou presque tout.
Suite à une tribune dans Libération (6 janvier 2004), Jean Gustave Padioleau a vu ses crédits et sa recherche suspendus. Les chercheurs ont-ils le droit de s'exprimer librement sur l'objet de leurs études? L'indépendance scientifique serait-elle mise en cause? Il Y a quelques semaines, Jean Gustave Padioleau, professeur associé à l'université Dauphine, publiait dans Libération une tribune, «Radars, la mauvaise solution », où il analysait la gestion des radars par l'état jacobin. Ou comment 900 appareils supplémentaires allaient être installés, sans étude préalable, sans suivi d'évaluation, sans concertation avec les acteurs locaux, bref, en toute opacité. (Libération du 6janvier 2004). Quoi d'étonnant, à vrai dire, à ce que Padioleau s'intéresse au bord des routes? Avec une équipe de cinq chercheurs de la Maison des sciences de l'homme (MSH) à Paris, il mène une étude sur « L'individualisme collectif des automobilistes français» face aux radars et caméras, dans le cadre du Prédit, un programme public de recherche sur les transports terrestres, associant plusieurs ministères (dont l'Intérieur) et agences gouvernementales. Celui-ci n'a pas mis longtemps à ((flasher» Padioleau. (( L'absence d'impartialité

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ressortant de ce texte me paraît interdire la poursuite de ce projet dans des conditions normales de sérénité», écrit Rémy Heit=, directeur de la Sécurité routière, au directeur de la MSH Evoquant le manque de « compétence et de loyauté» de la MSH, il soulève la possibilité de «résilier la convention». Si Padioleau voulait un débat, le voilà.

L'affaire semble être une banale histoire de censure. Bref, le populaire 20 Minutes résume: « Un chercheur sacqué pour avoir douté de l'efficacité des radars. Il a franchi la ligne jaune.3 » Moto magazine ironise: « Un chercheur perd ses financements pour excès de... vérité. » « A la Sécurité routière les chercheurs sont virés à toute vitesse», constate Moto-Revue 4. Nous en avons vu d'autres! même si l'arrêt du programme de recherche brise des carrières de jeunes doctorants, impose des traitements médicaux et des manques à gagner. Le « patron» de la Maison des sciences de l'homme, Maurice Aymard, lui aussi, en a vu d'autres! La teneur et le ton de la lettre du 19 janvier 2004 que Rémy Heitz, délégué interministériel à la Sécurité routière, lui envoie pour rompre le contrat de recherche l'étonne. Mais ce fin juriste est encore plus surpris qu'un magistrat Rémy Heitz - appuie de sa signature une correspondance brocardant des principes généraux du Droit et de la liberté de recherche. Rémy Heitz, Délégué interministériel à la Sécurité routière, écrit:
[...] Ce travail, pour se dérouler dans de bonnes conditions et porter ses fruits suppose que des liens de confiance s'établissent entre le chercheur et les responsables administratifs des actions étudiées. Vous comprendrez ma surprise lorsque j'ai pris connaissance de l'article signé par Jean G. Padioleau paru dans Libération du 6 janvier 2004 [...]. Cet article, très polémique, a évidemment détruit les liens de confiance évoqués plus haut. L'absence d'impartialité ressortant du texte, au demeurant souvent incompréhensible, me paraît interdire la poursuite du projet dans des conditions normales de sérénité. [...] Je me verrai dans l'obligation de résilier la convention car j'estimerai alors que la MSH n'a pas rempli sa mission avec la compétence et la loyauté voulues.

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Polie mais ferme, la réponse de Maurice Aymard est sans équivoques. La Fondation Maison des sciences de l'homme respecte et honore les principes fondamentaux de la liberté d'expression et de la recherche. Voici un extrait de son courrier daté du Il février 2004 :
[...] Je ne souhaite pas me prononcer sur le caractère que vous jugez très polémique de l'article signé par Jean G. Padioleau paru dans le journal Libération le 6 janvier 2004, ni sur la question des liens de confiance « entre le chercheur et les responsables administratifs des actions étudiées}) que cet article aurait selon vous détruits. Je constate seulement que cette clause de résiliation n'est pas prévue à l'article Il de la convention du 21 juillet 2003 que nous avons signée l'un et l'autre. Cet article vous réservait le droit de mettre fin à cette convention seulement si vous estimiez « que la MSH ne remplit pas sa mission avec toute la compétence ou la diligence voulues ». Or la faute que vous reprochez à Monsieur Jean G. Padioleau ne remet en cause ni cette compétence, ni cette diligence: vous-même invoquez une « absence d'impartialité» qui vous « paraît interdire la poursuite de ce proj et dans des conditions normales de sérénité ». Le mot de « loyauté» que vous invoquez à la deuxième page de votre lettre ne figure pas dans cette convention. Je conteste formellement que la loyauté de la Maison des sciences de I'homme puisse être sur ce point remise en question. [...]

En vérité, nous ne comprenons pas... En réponse à la lettre de M. Aymard, à des appels téléphoniques, à des e-mails, R. Heitz fait le mort. Patrick Gandil, nouveau Directeur de cabinet du ministre de l'Equipement donne des assurances d'un règlement de gentlemen. La bonne volonté de la Maison des sciences de l'homme à l'égard de l'Equipement est une erreur. Camouflé, l'Etat sarkozyste charge l'Equipement de mener à bien l'exécution du chercheur et du programme de recherche. L'Etat sarkozyste gagne du temps pour couvrir (comme disent les policiers) un radarisme qui est loin d'être au-dessus de tout soupçon... Tout s'éclaire officiellement avec la publication de l'enquête de Libération. A l'occasion d'une conférence de presse (29 mars

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2004) des journalistes demandent au délégué à la Sécurité routière de répondre aux arguments de la chronique de Libé critiquant la mise en place des radars. La réponse de Rémy Heitz est celle du silence (<< aucune importance»), cela crée un malaise. Dans ces circonstances, pourquoi interdire les recherches en cours de Padioleau ? L'AFP, dans une dépêche du 29 mars 2004, est professionnellement obligée d'avertir que, «contacté» par l'agence France Presse, M. Heitz n'a pas souhaité faire de commentaires. Les silences de R. Heitz mettent à découvert l'Etat sarkozyste. Nos propos, rapportés avec exactitude par la dépêche de l'AFP du 29 mars 2004 - «toute l'opération a été montée par l'Intérieur» - démasquent ouvertement l'Etat sarkozyste. Des hauts fonctionnaires de l'Equipement avec lesquels nous travaillons depuis des années préviennent que l'ordre a été donné de nous « carboniser », y compris les doctorants, pour reprendre l'expression d'un jeune ingénieur des Ponts parisien.

Le « magistrat » et « l'agent B. »
L'Etat sarkozyste joue de la peur pour mener à bien ses entreprises, nous y reviendrons. Pour ce faire, l'Etat sarkozyste a besoin d'exécutants. La science politique « officielle» censure sans cesse la comédie humaine des carrières de la haute fonction publique. Dans les grands corps de l'Etat, d'aucuns réussissent grâce à leurs compétences, d'autres arrivent eu égard à leurs affiliations politiques, beaucoup voguent au gré des circonstances d'un opportunisme raisonnable, quelques-uns font valoir des talents d'exécuteurs. L'Etat sarkozyste sait repérer les exécuteurs, les contrôler... et les récompenser au nom d'un faux management moderniste. Voici deux personnages qu'il nous faut montrer aux citoyens libéraux républicains et mettre en scène. R. Heitz, premier

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protagoniste sur l'avant-scène de notre affaire, cumule les fonctions de délégué interministériel à la Sécurité routière et de directeur de la Sécurité et de la Circulation routière (OSCR) au ministère de l'Equipement. Lors de sa nomination à l'automne 2002, la presse vise juste. « Un magistrat nommé délégué à la sécurité routière », précise Le Monde. « Un événement », « un symbole», surenchérit L'Express. L'Equipement n'est pas la « maison» de Heitz. Réciproquement, « le magistrat », selon l'expression consacrée dans tout l'Equipement (qui court tant à Paris qu'en province), R. Heitz n'est pas des leurs, il joue rudement avec les ressources de « ses» contacts extérieurs: « j'appelle Matignon» dit-il, « l'Elysée », « l'Intérieur », « Bernadette ». Il sollicite moins, semble-t-il, ce qui n'est pas un hasard, le ministère de la Justice. L'existence réelle des manœuvres indiffère. Le magistrat, toutes voiles dehors, est opérant. Des conseillers et des directeurs d'Administration centrale du ministère de l'Equipement rivalisent d'inconfiance à l'égard de R. Heitz. Les inévitables soupçons du carriérisme de l'ancien procureur de la République de Saint-Malo vont bon train. On se défie de lui. Une certitude ne se discute pas. Heitz s'enthousiasme d'une répression caporaliste balourde. C'est le droit le plus strict d'un technocrate officiel du châtiment. Sage, le quotidien Aujourd'hui (14 juin 2003) n'ose pas commenter des propos du magistrat fidèlement rapportés qui inquiètent effectivement: « Toute règle n'a de sens que si elle est sanctionnée. C'est ce qu'on apprend en première année de droit. »... Ainsi, selon Heitz, une règle ne peut être suivie que par peur de la sanction. Il oublie que les citoyens savent aussi bien se conduire sans menace d'une sanction automatique mais parce que la règle leur paraît juste. Des journalistes questionnent-ils le délégué sur des bavures lors de la mise en place des radars? R. Heitz, le doigt sur la gâchette comminatoire du tribunal, clôt le bec à la liberté de la presse. « Les débats auront lieu dans les prétoires. On ne

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répondra plus aux polémiques» (La République du Centre, 5 novembre 2003). Sa condescendance vis-à-vis des élus est blessante. Auto-Moto l'interroge sur les propos du député UMP Jean Auclair, critique des radars? L'interviewé - magistrat - ne se gêne pas et conclut qu'il « ne commente pas les propos d'un élu de la Nation mais vous voyez ce que mon absence de commentaire peut signifier». L'assurance du « magistrat» Heitz vis-à-vis des parlementaires est de bon aloi. Dans l'affaire des radars, les élus endosseront bientôt les coups du radarisme - dès les prochaines élections cantonales, régionales, européennes de 2004. L'un des réflexes de l'Etat sarkozyste est de se ménager sans cesse une possibilité de se défausser, une manière « d'externaliser » non seulement les coûts mais aussi les coups sur les élus, sur JeanPierre Raffarin. Voilà maintenant un second protagoniste de l'affaire: Raphaël Bartolt. L'insolence, pour faire sourire, se permettra de l'appeler « l'agent B. » afin de le mettre à l'écart de l'honneur, qui nous tient à cœur, du corps préfectoral de Jean Moulin. L'agent B. est un préfet (physiquement) de petite taille. Une notule du Carnet des Echos permet de faire sa connaissance:
«Raphaël Bartolt est nommé directeur du cabinet de JeanFrançois Copé, ministre délégué à l'Intérieur et porte-parole du gouvernement, préfet hors cadre, préfet de l'Ardèche de 1997 à 1999, a été ensuite de 1999 à 2001, directeur des transmissions et de l'informatique au ministère de l'Intérieur, et de septembre 2001 à avril 2002, directeur de campagne de Jean-Pierre Chevènement, alors candidat à l'élection présidentielle. Il était, depuis 2003, directeur de projet du contrôle automatisé. »

Manque de place, editing rédactionnel, coupure intentionnelle? On ne sait. A lire l'agenda du « quotidien de l'économie» la carrière de l'agent B. débute... en 1997. Laissons le journalisme faire son travail et faire découvrir aux citoyens la conversion d'un chevènementiste au sarkozysme. Co-dirigeant puis à la tête de la Mission interministérielle du Contrôle

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Sanction Automatique (CSA) créée en février 2003, l'agent B. sait charmer. La « petite équipe de la MSH » (Libération) s'y laisse prendre et le découvre avec retard. Une porte-parole du Contrôle Sanction Automatique (CSA), cégétiste socialiste bon teint, chargée de la promotion des radars, répète (avec l'accent du Sud-Ouest) aux journalistes, aux motards organisés du « Tout-Paris» : l'agent B. est de « gôche ». Au fil d'entretiens, au cours de séminaires qui se sont tenus à la MSH, l'agent B. ne se prive pas de critiquer le ministère de l'Equipement. L'agent B. tente de rouler des préfectures - celle de Paris sait le remettre à sa place afin de pouvoir installer avec prudence les premiers radars. A Strasbourg, en septembre 2003, un haut fonctionnaire de l'Equipement, superbe, tranche en public « Ça suffit Monsieur!» Ouvertement, l'agent B. regarde de haut des services nationaux ou locaux de l'Etat, les enquêtes de terrain en témoignent. L'agent B. ne cesse de célébrer l'excellence des entreprises privées engagées dans le radarisme. A Lille, au cours d'une mission, nous apprenons que des opérations de police routière créatrices d'embouteillages commandées par l'agent B. pour faciliter le travail des chaînes de télévision apparaissent si éloignées des bonnes raisons de l'intérêt général qu'un haut fonctionnaire de la Direction régionale de l'Equipement (DRE) se surprend lui-même à dire un « non catégorique ». L'agent B. n'apparaît jamais à découvert. C'est un « pro» qui dans les coulisses, par-derrière, frappe. Parvenu l'on ne sait comment à la Maison des sciences de l'homme, un compte rendu officiel d'une réunion du Prédit (Programme de recherche et d'innovation dans les transports terrestres, du ministère de l'Equipement), commanditaire de notre recherche, consigne la demande orale mais expresse d'interdiction des travaux de recherche par l'agent B. qui, bien sûr, est absent de la réunion en question (le document est reproduit dans le prochain chapitre). L'agent B. ignore l'honneur de la mano a mano. Penauds, les services de la Sécurité routière du « magistrat» le regrettent: l'agent B. «n'est pas joignable », « impossible de le trouver»

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s'empresse de répondre la Sécurité routière à la Maison des sciences de I'homme quand celle-ci apprend l'intervention de l'agent B. En effet, impossible d'obtenir la confirmation à la loyale des actions de l'agent B. Bien que son transfert à l'Intérieur ait été annoncé par Les Echos, l'agent B. « a disparu» dit-on à l'Equipement. Pourtant, il n'est pas loin... il a rejoint l'entourage du ministre délégué à l'Intérieur, J.-F. Copé. L'agent B. remplace Bastien Millot, le directeur de cabinet de Copé, condamné au mois d'octobre 2004 pour « détournement de fonds publics à la mairie de Beauvais ». Le « magistrat », l'agent B. montrent du doigt une propriété de l'Etat sarkozyste trop peu visible. L'Etat sarkozyste est réseautage (networking), infiltration, noyautage. Le fusant Dominique de Villepin, successeur « Place Beauvau », en fait l'expérience. « L'Etat RPR », « l'Etat PS », « l'Etat Chirac» font figure d'amateurs comparés à l'Etat sarkozyste. L'Etat sarkozyste « traite », après l'Intérieur, le ministère des Finances en mettant en œuvre et en scène la « culture des résultats» et des « primes de productivité» d'un management public pseudo-moderniste. Sauf erreur, toutes les études étrangères montrent que ce managérialisme, utilisé sans surveillance externe et indépendante des Parlements, politise les fonctionnaires et accroît leur dépendance. Ce networking n'est qu'un aspect du sarkozysme. Mise en valeur par la tribune de Libération, la formule de « l'Etat sarkozyste parisien» a choqué. Inutile de s'en étonner. L'Etat sarkozyste ambitionne de pervertir la République. Le radarisme est un beau cas d'école, comme on dit d'un crime qu'il est beau.

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Notes Nous emploierons indifféremment « libéralisme politique républicain», « libéralisme politique», « libéralisme républicain» ou pour faire vite « libéralisme». Le libéralisme authentique, le libéralisme politique républicain du contrôle permanent des gouvernants, d'une véritable compétition démocratique, d'une contestabilité continue des actions publiques prises au nom des citoyens, ne se confond pas avec le libéralisme économique, marchand, subordonné au politique ni avec les scories idéologiques de la « libéralite» franco-française d'exception brossée au cinquième chapitre. z L'usage de coupures de presse est de faire voir, de montrer des scénarii, les scènes, les tournages, les montages, les mises en musique des productions du radarisme et de l'Etat sarkozyste. Il a été pris soin de ne pas reproduire des infonnations peu fiables et démenties ou, dans quelques cas, d'avertir le lecteur des approximations. 20 Minutes, 30 mars 2004. Moto-Revue, 6 mai 2004.

Intermezzo: Mémoire officiel du radarisme

Le radarisrne est un monde qu'IiI faut découvrir et connaître par des pièces officielles. « Gouverner c'est faire croire» répète-t-on après Machiavel. Ce bon sens est à l'œuvre dans le mémoire offie.iel du radarisme mis au point par line agence « de corn' » et distribué aux journalistes, mais ignoré des citoyens: du radarisme pur jus. Les couleurs du mémoire original disparaissent. Dommage! Le radarisme flashe au centre une Ferrari rouge, une « hête de circuit» « taiUée dans l'aluminium» précisent les connaisseurs de l 'Auto-Journal. Le 111essageévocateur, direct à faire passer, joue avec le 1110ralisl11e populiste: les richissimes paieront. Ni vous, ni moi... La malice de I '-,1uto-Journal, éprise de Ferra.ris, se dépêcherait de compléter « le riche, le très riche Américain ».

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Le document pièce officielle que nous appellerons dorénavant « document Ferrari» s'accompagne d'un brief pour la Presse: « 30 questions sur le CSA ».
30 QUESTIONS SUR LE CSA

1. Que signifie CSA? Contrôle Sanction Automatisés. Le gouvernement a décidé d'engager un processus visant à modifier de manière radicale le comportement des usagers notamment en mettant en place un système automatisé de contrôle et de sanction qui vise à rendre moins exceptionnel le contrôle, notamment de vitesse et à réduire les délais