La stabilité du Congo-Kinshasa

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A travers une somme d'analyses historiques et prospectives que propose cet ouvrage, un regard critique tente d'éclairer la compréhension des enjeux déterminant la recherche de la stabilité du pays. L'auteur tente de faire comprendre comment et pourquoi les choix politiques et économiques faits depuis le XIXè siècle à nos jours n'ont pas réussi à stabiliser durablement le pays. Il s'efforce aussi d'explorer les pistes qui peuvent être exploitées pour une stabilisation à long terme. Les analyses proposées sont une invitation à la réflexion sur le passé, sur le présent et sur le devenir du Congo.
Publié le : mercredi 1 décembre 2004
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EAN13 : 9782296379855
Nombre de pages : 344
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LA STABILITÉ DU CONGO-KINSHASA

2004 ISBN: 2-7475-7438-5 EAN: 9782747574389

@ L'Hannattan,

Joseph KAMANDA KIMONA-MBINGA

LA STABILITÉ DU CONGO-KINSHASA
En} eux et perspectives

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

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Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déj à parus Thierry VIRCOULON, L'Afrique du Sud ou la réinvention d'une nation, 2004. Jean FONKOUE, Cheikh Anta Diop au carrefour des historiographies,2004. Martin KUENGIENDA, L'Afrique doit-elle avoir peur de la mondialisation ?, 2004. André-Hubert ONANA MFEGE, Le Cameroun et ses frontières. Une dynamique géopolitique complexe; 2004. Aurélien Kambale RUKW A TA, Pour une théologie sociale en Afrique. Etude sur les enjeux du discours sociopolitique de l'Église catholique au Congo-Kinshasa entre 1990 et 1997, 2004. Victor BISSENGUE, Contribution à l 'histoire ancienne des Pygmées, 2004. P. NGOMA-BINDA, Philosophie et pouvoir politique en Afrique. Le théorie inflexionnelle, 2004. G.-B. MASSENGO, L'économie pétrolière du Congo. Les effets pervers de la monoressource économique dans les pays en développement, 2004. Louis SANGARÉ, Les défis de la renaissance africaine au début du XXIème siècle, 2004. Daniel Franck IDIATA, Éléments de psycholinguistique bantu., 2004. Timothée NGAKOUTOU, L'éducation africaine demain: continuité ou rupture ?, 2004. Samuel MA WETE, L'éducation pour la paix en Afrique subsaharienne, 2004. Fatou Kiné CAMARA, Pouvoir et justice dans la tradition des peuples noirs, 2004. Tassé ABYE, Parcours d'Éthiopiens en France et aux ÉtatsUnis: de nouvelles formes de migrations, 2004. Marc RW ABAHUNGU, Au coeur des crises nationales au Rwanda et au Burundi, 2004. Emmanuel KWOFIE, Le français en Afrique, 2004.

Table des matières

Table des matières Introduction PARTIE I: Instabilité et Déstabilisation du Congo-Kinshasa CHAPITRE 1. Faits marquant l'évolution de l'Etat congolais I. 1. 1. Institutionnalisation de l'Etat colonial I. 1. 2. Institutionnalisation de l'Etat post-colonial CHAPITRE 2. Dynamique interne d'instabilité I. 2. 1. Instabilité pendant la période coloniale I. 2. 2. Instabilité pendant la période post-coloniale CHAPITRE 3. Dynamique externe de déstabilisation I. 3. 1. Déstabilisations sous la colonisation I. 3. 2. Déstabilisations post-coloniales I. 3. 3. Le contexte de la sous-région de Grands lacs africains PARTIE II: Enjeux de Recherche de Stabilité au Congo-Kinshasa
CHAPITRE 4. De l'Etat libre du Congo au Congo beIge II. 4. 1. Enjeu du caoutchouc et de l'ivoire II. 4. 2. Découverte des potentialités minières congolaises II. 4. 3. Conséquences de la stabilisation léopoldienne CHAPITRE 5. Du Congo beige à la République du Congo II. 5. 1. Enjeu minier et agricole sous le Congo belge II. 5. 2. Structuration du capital de l'économie coloniale II. 5. 3. Conséquences de la stabilisation sous le Congo belge CHAPITRE 6. De la République du Congo au Zaïre II. 6. 1. Enjeu de la décolonisation du Congo II. 6.2. Enjeu sous la dictature du Maréchal MOBUTU CHAPITRE 7. Du Zaïre à la République Démocratique II. 7. 1. Informalisation de l'économie congolaise II. 7. 2. Criminalisation de l'économie congolaise II. 7. 3. Relève des bandes années

7 .11 29 31 31 39 51 51 58 71 71 73 88 99
l0l 101 109 110 115 115 130 135 149 149 157 du Congo.l77 177 188 196

II. 7. 4. Enjeu de réhabilitation de l'EtaL

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PARTIE III: Perspectives de Stabilité au Congo-Kinshasa
CHAPITRE 8. Stratégie de gestion de l'espace physique III. 8. 1. Etat de droit et gestion de l'espace congolais III. 8. 2. La défense dans la gestion de l'espace physique III. 8. 3. Organisation de la défense en fonction des menaces III. 8. 4. Développement de la doctrine militaire III. 8. 5. Organisation des pôles stratégiques de défense III. 8. 6. Développement de l'armée des métiers III. 8. 7. Institutionnalisation de la défense congolaise III. 8. 8. Moyens militaires et de défense territoriale III. 8. 9. Coopération pour la sécurité commune III. 8. 10. Sécurité et développement économique CHAPITRE 9. Stratégie de gestion de l'espace humain III. 9. 1. L'humain au centre de l'organisation de l'espace III. 9. 2. Enjeu de la croissance démographique III. 9. 3. Enjeu de l'emploi dans la gestion de l'humain III. 9. 4. Réforme de l'Etat et gestion de l'espace humain III. 9. 5. Le transport et l'habitat.. III. 9. 6. L'éducation et la scolarisation III. 9. 7. Développement du monde rural III. 9. 8. La santé, l'hygiène et la sécurité sociale III. 9. 9. Administration des services publics III. 9. 10. Espace humain et enjeu de la stabilité CHAPITRE 10. Stratégie de gestion de l'espace économique III. 10. 1. L'économie au service de la stabilité III. 10. 2. Gestion des ressources foncières et naturelles III. 10. 3. Pour la diversification de l'économie congolaise III. 10. 4. Promotion d'un cadre attractif aux investissements III. 10. 5. Planification et consolidation des socles de la croissance III. 10. 6. Financement de la croissance III. 10. 7. Pour une intégration économique maîtrisée CHAPITRE 11. Stratégie de gestion de l'espace culturel. III. 11. 1. Enjeu culturel au service de la stabilité III. 11. 2. Gestion de l'espace linguistique III. 11. 3. Promotion des œuvres de création de l'esprit III. 11. 4. La redécouverte des racines congolaises III. 11. 5. Promotion des cultures de progrès et de paix Conclusion

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B ibliogra phie I. Ouvrages II. Articles et rapports... ANNEXE : tableaux Tableau 1 : Dépenses et revenus fixes de l'EIC Tableau 2: Exportations de l'ivoire et du caoutchouc de l'EIC Tableau 3 : Les recettes de l'AB IR (en PB du xrxè siècle) Tableau 4 : Part du caoutchouc dans le commerce spécial de l'EIC.. Tableau 5 : Principales productions agricoles du Congo (1953) Tableau 6: Principales productions minières du Congo (1953) Tableau 7 : Production industrielle du Congo belge en 1953 Tableau 7 bis: Production industrielle du Congo (1953 suite) Tableau 8 : Production minière du Congo belge Tableau 9: Répartition des investissements par secteur d'activité Tableau 10 : Capitaux investis au Congo belge et au Ruanda-urundi Tableau Il : Interventions des principaux groupes financiers Tableau 12: Moyens financiers des holdings coloniaux en 1939 Tableau 13 : Personnel administratif du Congo belge en 1960 Tableau 14 : Evolution du produit intérieur brut commercialisé Tableau 15 : Répartition sectorielle du PIBC Tableau 16 : Principales productions et exportations agricoles Tableau 17 : Principales productions et exportations minières Tableau 18 : Projets agréés par le code des investissements Tableau 19 : Exportations minières (en millions de dollars us) Tableau 20 : Population, PIB et Production agricole Tableau 21 : Revenus, salaires et emplois au Congo Tableau 22 : Profil de quelques armées africaines en 2001

317 317 323 327 327 328 328 329 330 331 332 333 334 335 336 336 337 337 338 338 339 340 341 342 342 343 344

Introduction

Le Congo-Kinshasa a vu s'achever le XXe siècle dans le chaos. L'instabilité rythme le quotidien de gens qui y vivent. Le processus de démocratisation entrepris de 1990 à 1996 n'a pas pu installer des institutions capables de stabiliser le pays. Après les pillages de 1991 et de 1993, c'est une série d'épisodes de guerre déclenchée à partir de 1996 qui a davantage détruit les vestiges d'une économie dont le déclin s'amorçait déjà à la fin des années 1970. Les différents accords négociés entre les parties en conflit, de Lusaka en 1999 à Sun City en 2003, n'ont pas encore réussi à offrir des garanties solides de pacification. Le pays est à la recherche de sa stabilité politique et économique en ce seuil du XXI" siècle, comme il le fut jadis au début de sa création et à plusieurs moments de son histoire. Au fait, l'espace congolais était un champ de désolation lorsque LEOPOLD II, Roi des Belges, commençait son aventure coloniale au cœur de l'Afrique à la fin du xrxe siècle. Ce fut dans une situation de lutte d'influence de grandes puissances d'alors que naquit l'État Indépendant du Congo (EIC) en 1884. Celui-ci sera transformé en Congo belge en 1908 avec la récupération du pays comme colonie par la Belgique. Puis en République du CongoKinshasa dès 1960 pendant l'accession à l'indépendance, en République Démocratique du Congo par la Constitution de Luluabourg en 1964, et en Zaïre par le Maréchal MOBUTU (de 1971 à 1997), puis encore en République Démocratique du Congo par Laurent-Désiré KABILA après 1997. Tout au long de ce parcours, l'instabilité interne et la déstabilisation externe sont apparues comme les caractéristiques majeures ayant marqué l'institutionnalisation du pays et l'organisation de son économie. L'une des premières préoccupations de l'administration léopoldienne fut la recherche de la stabilité. Elle déclencha une guerre dite anti-esclavagiste. À l'époque, les incursions des marchants de la traite noire déstabilisaient le pays. La population 1 y souffrait de razzias de ces esclavagistes. lis venaient de l'Est et rependaient la terreur à travers l'intérieur des territoires pour se
1 «(Population(s) congolaise(s) )) ou «(peuple congolais )), la nuance

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comme

le montre

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bien 1. NDA YWEL E NZIEM (1998, p253-266). Les termes «( opulation(s) congolaise(s)))ou p «(population)) seront souvent utilisés dans la suite de l'ouvrage pour signifier l'ensemble de personnes vivant ou ayant vécu au Congo.

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La stabilité du

Congo-Kinshasa

procurer «leur marchandise », à savoir, les esclaves et de l'ivoire. Les pénétrations des bandes armées sous conduite des sultans de Zanzibar, forteresse de la traite noire, occasionnaient des dégâts irréparables à la population. Au fil de temps, l'administration de l'État libre commençait à avoir une certaine maîtrise dans le contrôle des territoires occupés par elle. L'entreprise léol?oldienne installait alors l'économie de cueillette du caoutchouc et de l'ivoire. A la déstabilisation de négriers se substituait une instabilité interne. Elle était alimentée par les révoltes de la Force publique et par la résistance de la population locale à l'œuvre coloniale. La ruée vers l'ivoire et le caoutchouc saignait le pays. La dénonciation des atrocités, celles infligées à la population dans le ramassage de ces produits, avait finalement soulevé une campagne de protestation contre l'administration léopoldienne à travers l'Europe. Au début du:xxe siècle, le pays cessait d'être un État libre pour devenir une colonie belge. La première préoccupation de la Belgique fut l'instauration de la stabilité sur l'ensemble du territoire. Ce fut encore de la frontière Est que le Congo belge dut affronter la première déstabilisation. Elle provenait de l'occupation d'une partie de son territoire par les troupes coloniales allemandes en stationnement au Rwanda. Celles-ci avaient profité du vide laissé par les troupes congolaises qui avaient été dépêchées en renfort afin de mâter une mutinerie. La première crise sous le Congo belge était donc la conséquence de l'instabilité interne provoquée par une révolte au sein de la Force publique sous l'État Indépendant du Congo. L'administration coloniale belge avait entrepris plusieurs opérations militaires jusqu'en 1925. Elles furent qualifiées de ((Pax Belgica)). Il s'agissait essentiellement des actions de conquête territoriale et de soumission des populations locales hostiles à l'autorité et l'exploitation coloniale. L'objectif affiché de ces opérations était la stabilité du pays. Outre ces faits, les crises majeures, que connut le Congo belge, sont les deux conflits mondiaux de 19141918 et de 1940-1945. Pendant la première guerre mondiale, le Congo fut attaqué par les troupes allemandes à partir de la frontière Ese. La Force publique défendit l'intégrité territoriale au bout des combats acharnés. Pendant la seconde guerre mondiale, le pays n'était pas directement touché. Sa participation fut cependant active dans l'effort de guerre. Au milieu du :xxe siècle, le Congo fit face, lors de son accession à l'indépendance, à une instabilité chronique durant les cinq premières années. Cette instabilité eut lieu dans un environnement de tension entre les superpuissances opposées par la Guerre froide. Elles se disputaient l'Afrique centrale comme zone d'influence. La réalité géopolitique d'alors allait
2 La Tanzanie, le Burundi et le Rwanda étaient des colonies allemandes pendant cette époque. C'est à travers la frontière congolaise avec ces pays que l'attaque allemande fut lancée.

Introduction

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davantage alimenter les crises et les rébellions successives ayant plongé le pays dans l'anarchie. Les conséquences sur la population furent, une fois de plus, horrifiantes. Ce fut dans ce contexte que naquit un régime dictatorial, celui du Maréchal MOBUTU. Sa légitimité eut pour fondement l'instauration de la stabilité sur l'ensemble du pays. Ce régime connut aussi quelques escarmouches aux frontières Est et Sud vers la fin des années 1970 et au milieu des années 1980. il s'agissait des attaques de mercenaires recrutés par le pouvoir mais qui s'étaient détournés contre lui, et de rebelles contre le même gouvernement. A la fin de la Guerre froide, le vent de la démocratisation commençait à déblayer le continent africain, et le Congo avec. C'est à ce moment que le pays fut plongé encore dans une instabilité chronique, laquelle va s'aggraver à la fin de la dernière décennie du :xxè siècle. En effet, la déstabilisation va surgir à partir de la frontière Est. Un mouvement, qualifié au départ de révolte des Banyamulenge en octobre 1996, va se muer en une guerre de libération en mai 1997 avec Laurent-Désiré KABILA. Son second épisode sera qualifié de guerre civile en août 1998. C'est en 1999 que le conflit fera finalement transparaître sa face cachée d'une guerre d'agression menée par les armées régulières de quelques États voisins de l'Est. Les millions de morts causés par cette guerre ont fait parler d'un génocide sur le peuple congolais3. Cette déstabilisation est l'événement majeur qui marque la fin du :xxè siècle au Congo. Le pays commence le XXIè siècle dans la recherche de sa stabilité. L'évolution du Congo pousse à poser une question simple: quels sont les enjeux et les perspectives qui président la recherche de sa stabilité? Si la question est simple, sa réponse ne semble pas aussi évidente. A priori, l'observation des faits suggère une hypothèse que les analyses essaient de vérifier dans la suite de l'ouvrage. Les enjeux de recherche de la stabilité au Congo se réduisent, d'une part, aux préoccupations internationales qui dominent chaque époque. De l'autre, ils sont liés à l'exploitation des intérêts économiques par les différents groupes qui y ont successivement contrôlé le pouvoir politique. Ainsi, le contrôle de l'Etat se réalise en l'absence des perspectives de promotion d'une société ouverte qui aurait, pour base, les droits et libertés fondamentales de l'homme sur l'ensemble de l'espace
3 Selon les estimations publiées depuis le 8 mai 2001 par des organisations humanitaires actives au Congo, cette guerre a fait directement ou indirectement plus de 2,5 millions de morts de 1998 à 2001. Depuis lors, ce chiffre n'a pas cessé d'augmenter à cause des exactions de différentes factions armées contrôlant le pays. Aux différents massacres commis après 2001, il faudrait ajouter les décès des personnes victimes indirectes de la situation chaotique provoquée par le conflit. TIa été fait état d'une estimation de quatre à cinq millions de morts entre 1998 et 2002. Si le mot génocide est employé pour qualifier une extermination systématique d'un groupe humain déterminé, il peut s'appliquer également aux pratiques politicides et aux exactions dont la conséquence est la destruction à long terme d'un peuple, à l'instar de ce qui s'est passé, ou se passe encore, au Congo. TIn'y a pas une autre expression mieux appropriée que celle d'un génocide pour qualifier ce qui s'est passé dans ce pays.

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congolais. L'utilisation de l'État est mise au service des intérêts économiques de détenteurs du pouvoir politique au détriment de la mission d'intérêt général. Cet abus d'usage du pouvoir public est également la cause principale du sabotage de la mise en place d'une économie de marché concurrentielle et innovante, solidaire et axée sur la libre entreprise. L'enjeu essentiel, qui peut être proposé en perspective, est la renaissance d'une société congolaise ouverte à l'humain. La promotion d'un État de droit, qui assurerait la mission d'intérêt général, y deviendrait un des éléments régulateurs d'une économie axée sur la libre entreprise4, l'innovation, la créativité et la solidarité. Un tel enjeu n'a pas fait l'objet de la préoccupation centrale de gestion du pouvoir tout au long de l'histoire moderne de l'organisation politique du pays. Le Congo n'a pas su, pendant le XXè siècle, transformer les enjeux de recherche de sa stabilité en opportunités de son développement. Cette incapacité a eu pour conséquence de produire des effets inverses et pervers à la fois, à savoir, l'instabilité de l'intérieur et la déstabilisation de l'extérieur. Le constat ci-dessus peut se vérifier de l'Etat Indépendant du Congo, à la fin du XIXè siècle, à la République Démocratique du Congo au seuil du XXIè siècle. L'organisation du pays en Etat n'a pas pu consolider les capacités de construction et de développement de sa société. La cause de cette incapacité est l'instrumentalisation de la puissance publique au service des intérêts économiques des oligarchies ayant contrôlé le pouvoir politique. Et la manière par laquelle les évolutions géopolitiques de chaque époque au niveau international ont influencé la politique interne du Congo n'a pas non plus favorisé l'émergence d'un Etat responsable de développement du pays. En effet, dès le début de la création de l'État congolais au XIXe siècle, la préoccupation économique est au centre de l'aventure coloniale du Roi LEOPOLD II. En même temps, le Congo est l'objet de lutte d'influence entre l'Allemagne, l'Angleterre et la France. La déclaration de la neutralité de l'État Indépendant du Congo en août 1885 en est une parfaite illustration. C'était une façon d'avoir un consensus entre ces puissances et d'éviter ainsi qu'elles se livrent à une compétition concernant l'occupation territoriale du pays. La
4 Par une adhésion lucide à la libre entreprise comme fondement d'organisation d'une économie de marché performante au sein de la société humaine, il est essentiel de souligner en même temps la nécessité de la responsabilité dans la promotion de cette liberté. L'efficience à long terme, au sens du développement durable respectant les équilibres écosystémiques et la gestion minutieuse des ressources non-renouvelables, ne peut se réaliser qu'en alliant la liberté économique à la responsabilité sociétale. Il s'agit de matérialiser des choix judicieux et responsables de types de consommation, de production et même d'échange des biens et services. L'adhésion à la libre entreprise devient un choix sociétal efficace lorsqu'elle s'impose en même temps la responsabilité comme exigence fondamentale intrinsèque de l'efficience économique. Toute liberté, soit-elle politique, économique ou sociale, ne l'est qu'à travers l'exercice de la responsabilité qu'elle implique.

Introduction

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reconnaissance du Congo, comme État souverain, est assortie de la conditionnalité de garantie par cet État de la libre circulation des biens et des personnes sur l'ensemble de son territoire. Le non-respect de cette conditionnalité est la cause des problèmes que va connaître l'administration de l'État Indépendant du Congo. Les mesures de monopole, qu'elle institue, vont engendrer des contestations de la part de commerçants européens oeuvrant au Congo, et surtout entraîner des abus en l'encontre de la population locale dans l'exploitation de l'ivoire et du caoutchouc. L'administration léopoldienne reste centrée sur la préoccupation de maximiser la rente de l'économie de ramassage de l'ivoire et de cueillette du caoutchouc. Les structures et les mesures administratives appliquées à l'époque obéissent à cette dynamique. La Force publique, la diplomatie, bref l'organisation et le fonctionnement de l'État sont totalement mis au service de l'exploitation économique. Aucune ouverture n'est faite vers la transformation de cette exploitation en une opportunité de développement du pays. L'œuvre coloniale léopoldienne était animée officiellement des intentions de « civilisation de la population africaine» au cœur du continent noir. Mais aucune stratégie claire à long terme, en ce qui concerne l'État, n'avait été conçue et mise en place pour matérialiser ces intentions. L'opportunité d'une telle perspective est difficilement imaginable dans le contexte de l'époque et dans la durée même de l'État Indépendant du Congo. La mise en valeur du Congo belge, entre 1908 et 1960, est essentiellement une exploitation économique basée sur un système des monopoles. Ce système implique l'utilisation des pouvoirs publics, loin de l'intérêt généra~ au profit des capitaux investis essentiellement dans les mines. La connivence, celle entre l'État et les groupes contrôlant les monopoles, a conduit à faire du modèle colonial de croissance une machine d'oppression qui n'a pas réussi à assurer une société d'égalité des chances à tous. La crise du modèle colonial hérité du Congo belge devient la faille par laquelle l'instabilité va encore s'installer au pays dès le début de sa souveraineté en 1960. La colonisation belge s'est réalisée sur une période ponctuée par deux guerres mondiales. La participation congolaise à l'effort de deux guerres a été significative pour la métropole en termes économiques. Elle a aussi été importante dans la victoire des alliés pendant la deuxième guerre mondiale. Audelà du fait que la première bombe atomique fut réalisée avec l'uranium du Congo livré par la Belgique5, les troupes congolaises ont été engagées dans les batailles africaines de deux conflits. La contribution économique de la colonie à l'effort de guerre a été vitale pour la métropole.

5 Voir ACADEMIE pp253-283).

ROYALE

DES SCIENCES

D'OUTRE-MER

(1983, ppll0-ll1

et

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La Charte coloniale et les différentes structures de l'État ont fait de l'œuvre coloniale au Congo, de 1908 à 1960, un modèle de mise en valeur économique parmi les plus efficaces de l'époque. Cependant la dynamique observée après la première guerre mondiale, celle d'orienter cette œuvre vers la promotion d'une société ouverte d'égalité des chances pour tous, ne l'a pas emporté. C'est seulement au lendemain de la seconde guerre mondiale que la Belgique traduit, à travers un plan décennal, une perspective sociale plus volontariste pour les Congolais, en plus de la simple exploitation économique des ressources du pays. D'autres propositions, comme le Plan VAN BIUEN, la Communauté Belgo-congolaise, restent des idées inachevées. L'indépendance surprend tout le monde dans une situation d'impréparation totale. L'État est privé de structures et de moyens pouvant être utilisés pour organiser et orienter le jeu d'intérêts économiques au profit du développement à long terme du pays. La stabilisation du Congo, au lendemain de son indépendance en 1960, est centrée autour de l'exploitation de ses ressources minières par une oligarchie essentiellement locale. Née de turbulences de cinq premières années de la souveraineté, cette oligarchie contrôle la dictature qu'elle a mise en place dans le contexte de la Guerre froide. La période post-coloniale est, dans son ensemble, un cas unique d'une exploitation économique destructive et désorganisée du pays. Les orientations économiques, que les détenteurs du pouvoir politique réalisent à travers l'utilisation des structures publiques, couvrent en réalité des pratiques douteuses de prédation. La faillite de l'Etat, dès la fin des années 1980, en est une preuve irréfutable. Le changement du régime politique, à la fin des années 1990, n'a pas vraiment fait évoluer la situation. Le pays est resté pris en otage à travers l'exploitation mafieuse et illégale de ses ressources réalisée d'abord par une oligarchie bureaucratique née autour de la démocratisation, ensuite par des bandes armées internes et externes. Les différents groupes impliqués dans la crise congolaise déclenchée par le conflit de 1998 se disputent le contrôle du pouvoir en l'absence d'un État responsable de sa mission, affaibli et incapable de maîtriser le devenir de l'espace congolais dans le contexte de la mondialisation. Pendant toute la période post-coloniale, l'instrumentalisation de l'État dans la poursuite des intérêts oligarchiques, en lieu et place de l'intérêt général, a compromis donc les perspectives de développement du pays. Cet instrumentalisation a étouffé en même temps l'émergence d'une société congolaise ouverte basée sur l'égalité des chances, sur les droits et libertés fondamentales de l'homme. Le détournement de l'État de sa mission d'intérêt général est, au final, la cause principale du sabotage de fondements d'une économie de marché innovante, créative, solidaire et surtout de libre entreprise.

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Pour étayer tous ces arguments, la suite de l'ouvrage montre comment les dynamiques d'instabilité interne et de déstabilisation externe ont traversé le pays tout au long du xxe siècle. Un effort est déployé en vue de ressortir les faits ayant marqué l'évolution du Congo comme État du point de vue institutionnel. L'objectif est d'arriver à mieux cerner les facteurs de son instabilité à l'intérieur, et ceux de sa déstabilisation de l'extérieur. Un tel discernement devient un préalable à la compréhension des enjeux de recherche de la stabilité. C'est l'objet même de la première partie de l'ouvrage. La question des enjeux est ensuite abordée selon la même méthode, à savoir une analyse dans le temps. Il est démontré comment les préoccupations de l'exploitation économique immédiate et les questions géostratégiques priment dans la recherche de la stabilité du Congo. Il est également montré comment cela se fait sans prendre en compte la capacité interne de transformer ces enjeux en opportunités de son développement. C'est le contenu de la deuxième partie de l'ouvrage. Une réflexion essaie enfin de se projeter dans l'avenir pour proposer des perspectives de recherche d'une stabilité durable. C'est une prospection qui se définie comme la conséquence de la maîtrise de l'espace congolais à travers une gestion stratégique comprenant quatre pôles, à savoir, le physique, l'humain, l'économique et le culturel. C'est la troisième partie de l'ouvrage. L'idée maîtresse reste la valorisation de la responsabilité d'un Etat viable comme pivot de gestion de l'espace congolais. C'est la condition essentielle à toute stabilisation durable du pays. La responsabilité de l'État, en ce qui concerne la maîtrise de gestion de l'espace national, est une préoccupation majeure au-delà de la problématique congolaise. J. E. STIGLITZ (2003) montre bien comment cette préoccupation est au cœur même du devenir de la démocratie. Entre la fin de la guerre froide vers 1990 et le 11 septembre 2001, une euphorie générale avait tendance à relativiser le rôle régulateur central de l'Etat à cause de renforcement du phénomène de la globalisation6. Certaines opinions ont cru que le marché pouvait désormais suffire à l'organisation et au progrès de la société humaine. L'économique a fini par avoir une forte emprise sur le politique au point de faire oublier qu'une société humaine, même devenue globalisée, nécessite une organisation politique efficace pour la gestion de l'espace public et de l'intérêt
6 La mondialisation peut être destructrice si elle prenait une tendance de désintégration des sociétés humaines. Elle peut être par contre constructive si elle est intégrative. Ce sont deux orientations opposées avec des conséquences différentes pour les organisations politiques, pour les pratiques économiques et sociales et pour le devenir des cultures à travers la planète. Les réalités nationales sont les bases du processus intégratif. La disparition des réalités nationales par un processus de désintégration peut à la longue être fatale au devenir de la stabilité mondiale. La désintégration est la négation même de l'organisation des sociétés humaines, en d'autres termes la consécration du chaos. La différence essentielle entre l'intégration et l'uniformisation réside dans le fait que l'intégration se fonde sur l'acceptation et la valorisation de la diversité parmi les richesses à partager.

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général, deux réalités qui ne sont pas toujours marchandes. Et même une intégration économique efficace ne peut pas se réaliser sans une action politique régulatrice adéquate. Seuls les Etats, à travers des organisations supranationales ou internationales, peuvent assurer cette régulation. Au niveau global, l'organisation des Etats de droit en démocraties apparaît comme le moyen approprié pour l'émergence d'un pouvoir public international capable de répondre aux nouveaux défis de l'humanité. L'acte barbare du 11 septembre 2001 est venu brusquement rappeler cette réalité que la globalisation avait momentanément fait oublier! Tant que l'homme sera encore un potentiel loup pour son prochain, l'Etat de droit apparaîtra comme le moindre mal de gestion de l'espace public et de la vie en société. Cependant la gestion démocratique, même dans un Etat de droit, reste toujours une réalité perfectible. La responsabilité publique va donc devenir essentielle dans un monde globalisé en pleine mutation. Elle consistera à orienter les processus de mondialisation vers une tendance maîtrisée au profit de l'humain. La consolidation des États-nations intégrés dans les structures supranationales et internationales peut en être un des moyens. Cette consolidation deviendrait un des facteurs régulateurs majeurs de ces processus à travers la gestion des espaces nationaux ouverts au progrès et aux échanges du village planétaire. ((Les libéraux ont longtempsconsidéréle marché et la démocratiecomme un formidable mqyen d'intégration et d'homogénéisation.Le cosmopolitismedes grandes métropoles occidentales n était l'illustration. Mais (...J ce cosmopolitisme le privilège de sociétés e est jouissant d'un État-nation fort.)) G. RUPNIK, 1995, p31). Même la démocratie moderne trouve son essence dans la gestion d'un Etat ou d'un groupe d'Etats. Une forte corrélation peut être établie entre l'émergence ou la consolidation d'une économie de marché prospère et la stabilité de l'Etat. Il est vrai que le modèle de l'État-nation classique, tel que connu en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, évolue avec la définition de la citoyenneté européenne. Cette évolution démontre que le phénomène de l'identité nationale est en soi une réalité appelée à être ouverte. Aucune réalité humaine n'est statique. Tout change, et le changement ne prend pas toujours une direction catastrophique. Ainsi, la citoyenneté européenne, comme la future citoyenneté dans l'Union africaine, sera multinationale. L'Europe est peut-être un laboratoire d'une alternative qui pourrait inspirer le projet de l'Union Africaine. De la réussite ou de l'échec des tels projets dépendra la probabilité de concrétiser une idée plus humaine du village planétaire. En évoquant l'idée de l'État-nation, en ce qui concerne particulièrement le Congo-Kinshasa, la confusion peut vite conduire à y voir une transposition naïve d'une réalité occidentale mal comprise dans le contexte africain. Une telle confusion est sans objet. La conception de l'État-nation en Afrique, comme ailleurs, est bien sûr relative dans le temps et dans l'espace. Sa matérialisation est une réalité socio-politique qui évolue en fonction de la conscience collective du peuple et de la volonté

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politique des acteurs qui gèrent l'espace public. L'Etat-nation en Afrique est une réalité qui s'innove et qui a besoin de la créativité pour se consolider. La réalité de l'Etat-nation fait partie de l'évolution politique que chaque société humaine peut développer. L'humain reste fondamentalement universel. Les diversités culturelles enrichissent cette universalité. Elles en sont l'expression vivante. L'État est ici compris donc comme un facteur majeur de régulation de l'espace national et comme un garant de la citoyenneté républicaine. Cette citoyenneté peut devenir multinationale si le projet de l'Union africaine réussissait dans l'avenir. Elle se ferait au prix de la confédération des nations africaines organisées en États, en intégrant les multiples héritages du passé dans la construction de la modernité. Vouloir balayer d'un revers de la main tout l'héritage colonial, qui est un de ces multiples héritages, serait une erreur monumentale. C'est la façon de gérer et d'assumer ces multiples héritages dans le chantier de la modernité qui déterminera le développement africain au cours des siècles à venir. Loin d'être toujours considérés comme des contraintes insurmontables, les héritages africains peuvent être transformés en opportunités de progrès et de développement. Cela dépendra de la façon de gérer les sociétés africaines. Les diagnostics de l'échec de l'État post-colonial en Afrique ont tendance à confondre les causes et les conséquences. En Afrique, comme ailleurs, les États ont été parfois instrumentalisés pour diverses raisons. Le problème ne se pose pas en terme d'une forme quelconque d'un État, soit-elle héritée ou pas de la colonisation7. Chaque forme d'un Etat, comme chacun de leurs contenus, comporte des avantages et des inconvénients selon un contexte déterminé. il n'y a pas à priori un modèle parfait d'un Etat en Afrique comme ailleurs. La réalité des Etats-nations classiques, telle que connue en Europe, est le processus d'une longue évolution. Elle ne s'est pas produite en génération
7 La préoccupation n'est pas de diaboliser les organisations politiques traditionnelles africaines pré-coloniales, moins encore d'idéaliser celles héritées de la colonisation, et vis-versa. La thèse défendue consiste à faire admettre que les sociétés africaines ont besoin de gérer les multiples héritages de leur passé pré-colonial, colonial et même post-colonial dans le processus de construction de leur modernité. Ceci dépend avant tout de l'agir des acteurs de cette construction. TI faudrait dépasser les spéculations qui fustigent la configuration multiethnique et géographique des Etats-nations africains nés de la décolonisation tout en idéalisant les formes fictives des Etats mono-ethniques ou des ethnocraties à la solde des organisations maffieuses. D'ailleurs, les entités macro-politiques africaines pré-coloniales, comme les royaumes ou les empires, ont rarement été mono-etheniques. Même s'il y avait des groupes dominants politiquement, par exemple les Lunda, les Luba, les Pende et les Tshokwe au Sud du Congo, leurs organisations comprenaient plusieurs ethnies regroupées sur base des alliances et affinités dépassant le simple clivage d'appartenance à un ensemble ethnique homogène au sens strict du terme. Les crises ne manquaient pas non plus de traverser ces groupements politiques. Qu'elle soit pré-coloniale, coloniale ou post-coloniale, la stabilité d'une entité macro-politique dépend de ses contingences spécifiques, au-delà de l'homogénéité ethnique.

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spontanée sur une base ethnique homogène dès le départ. Leur caractère homogène actuel est le résultat d'une longue évolution ponctuée parfois par des conflits assez violents. il est difficile d'imaginer la constitution des ensembles politiques viables sur base des micro-entités mono-ethniques en Afrique comme ailleurs. Celles-ci ne sont pas non plus a priori la garantie du progrès ou du développement en Afrique. Ce n'est pas parce que les individus appartiendraient à une même ethnie sur un bout de territoire qu'ils seraient nécessairement mieux disposés à vivre ensemble dès qu'ils écartent tous ceux qui ne sont pas les leurs. La vie en société est toujours source des conflits, même entre membres d'un groupe ethnique homogène. La régulation de ces conflits dépend de la façon dont les gens gèrent leur communauté sur base des règles et des valeurs acceptées par l'ensemble. L'Etat-nation en Afrique semble être, dans les circonstances actuelles, un modèle perfectible pour la régulation. La vraie problématique de l'organisation macro-politique de la société se pose plutôt en terme de ce que les acteurs en font. Même en supprimant les héritages des États coloniaux, si le comportement des acteurs reste celui observé au cours du XXe siècle, l'Afrique sera davantage un no man's land, une zone de non-droit. La loi de la jungle y régnera en principe de survie. Cela pourrait ressembler à l'époque de la traite esclavagiste de l'Afrique des comptoirs. L'expérience récente de Grands lacs africains en est un signe précurseur. Cette sous-région a ressemblé, et ressemble encore, depuis le début de différents épisodes des guerres, à ce qu'elle était pendant la période pré-coloniale de la traite des esclaves. La violence y est devenue le moyen privilégié de contrôle de la société et de ses ressources. La décomposition de l'Etat reste la source majeure d'instabilité.
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En s'appuyant sur un autre cas extrême, la Yougoslavie, son éclatement prouve la même thèse. Ce n'est pas la forme en soi d'un Étatqui est le centre du problème. La Yougoslavie était un État supranational qui n'a pas survécu longtemps à la mort de son fondateur. Là aussi, l'ethnicité ou la religion se sont révélées comme des éléments de déstabilisation à cause de l'affaiblissement de l'Etat central qui était fortement personnalisé autour de Josip BROZ dit le Maréchal TITO.

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Revenant à la question congolaise, certaines thèses remettent en question la légitimité, la cohésion et l'unité nationale à cause du caractère multiethnique de l'arc-en-ciel socioculturel du pays. Ces idées visent la négation des frontières congolaises actuelles sous prétexte que la Conférence de Berlin n'a pas tenu compte des réalités africaines pré-coloniales. Chaque Etat est généralement le fruit des circonstances historiques fâcheuses pour l'une ou l'autre raison. Il n'existe pas d'Etat où l'on ne pourrait pas évoquer quelque chose d'injuste, de dramatique ou encore de moralement condamnable lors de sa naissance et de son évolution historique. Mais cela n'est une justification pour remettre en cause sa légitimité acquise lorsque sa population y croit et que le droit international le reconnaît comme tel. C'est donc une prétention très dangereuse que d'avaliser les logiques d'ethnocratie en Afrique sous un prétexte quelconque. Or instituer l'ethnicité en base de constitution des Etats africains serait davantage chaotique. Même dans l'Afrique pré-coloniale, la réalité multiethnique a toujours caractérisé les grandes organisations politiques en royaumes ou empires. Les rivalités ethniques sont des réalités propres à toute société humaine, et non seulement à la société africaine. Elles sont aiguisées ou régulées de manière variable dans le temps et dans l'espace en fonction de facteurs politiques, économiques, religieux, etc. Loin de les apaiser, la logique d'ethnocratie ne ferait que les exacerber. Seule une coexistence dans la reconnaissance mutuelle demeure la solution réaliste. Et une régulation efficace de l'Etat-nation peut en être l'instrument. La constitution interne de la population congolaise a souvent été présentée comme un handicap à la consolidation d'un Etat-nation viable. Pourtant il est essentiel de constater que la diversité ethnique du pays est une caractéristique essentielle et constitutive de son unicité. Loin d'être une contrainte insurmontable, la réalité ethnique congolaise est l'un des aspects de sa richesse culturelle. En effet, comme le pense I. NDA YWEL E NZIEM (1998, pp256-257), la réalité ethnique est souvent interprétée hors de son contexte historique. Certes il existe plusieurs ethnies dont la variation évolue selon les époques et les circonstances. Cette diversité révèle finalement la permanence et la pérennité du mode de structuration sociale au Congo. Les populations congolaises n'existent que par regroupement ethnique. Donc ce regroupement est finalement le seul mode d'organisation de toute microsociété au Congo dans son extrême diversité, ce qui constitue la marque de l'unité des populations, par conséquent du pays. L'idée et la concrétisation de l'Etat-nation évoqué pour le Congo sont loin de celle proposée par le nationalisme militant et instrumentalisé de mouvements de décolonisation des années 1960. Elles sont également loin de celles du nationalisme idéologique fondé sur la race, l'ethnie ou la religion tel qu'observé dans certaines parties du monde à de différentes époques. L'affirmation de la nationalité prend alors, dans le contexte proposé pour le

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Congo, la fonne citoyenne d'appartenance collective à un espace multidimensionnel au sein d'une société ouverte. L'identité nationale, comme elle est évoquée ici, regroupe les individus et les communautés de toutes les origines qui, acceptant leur diversité comme une richesse au sein d'une société ouverte, s'organisent dans le temps et dans l'espace. L'objectif de cette organisation étant la prise en charge de leur « être-au-monde » et la maîtrise de leur intégration dans les structures supranationales ou internationales et dans la mondialisation8. L'éveil de l'identité nationale a été la force dans laquelle l'Amérique a puisé ses énergies pour surmonter le drame de l'acte terroriste du 11 septembre 2001 à Manhattan. C'est aussi grâce à elle qu'elle a maintenu l'édifice de sa puissance. Au Congo-Kinshasa, l'identité nationale reste la force dont les Congolais disposent face à une adversité sous-régionale qui s'est engagée dans une perspective politicide de leur État déjà très affaibli, si pas rendu inexistant. Face à une telle volonté destructrice, l'État-nation se présente comme la voie d'une renaissance congolaise, mais surtout comme le rempart de la survie de son espace. Le Congo a besoin d'un État pour ne pas rester un no man's land livré à la pâture du crime contre l'humanité. Le monde a si bien compris une telle préoccupation dans le cas de l'Afghanistan après les talibans. La communauté internationale s'est empressée au chevet de Kabul pour y reconstruire de toutes pièces un État capable de prendre en charge l'espace afghan. Il serait dangereux d'attendre que les espaces nationaux, devenus des zones de non-droit et de chaos, en arrivent au stade de l'Afghanistan de talibans de triste mémoire avant d'intervenir décisivement! Une telle attitude est finalement contre-productive pour la sécurité internationale à long tenne, même si occasionnellement elle peut servir stratégiquement les intérêts de l'une ou l'autre puissance en cause, le plus souvent des organisations à la solde du crime instrumentalisant des Etats à la poursuite de leurs objectifs. La maîtrise de l'espace congolais et le développement d'une société ouverte sur cet espace sont alors les perspectives réalistes de recherche d'une stabilité durable en Afrique centrale et australe. Celle-ci est un préalable incontournable de la participation efficace du Congo au processus d'une mondialisation mise au service de l'humanité. En effet, sans stabilité au Congo, il sera difficile de parler de la paix et du développement durable ou encore d'un commerce profitable à tous en Afrique centrale et australe. Sans stabilité au
8 L'identité nationale n'est pas à confondre avec le repli identitaire ou xénophobe moins encore avec une logique communautariste d'exclusion. La promotion de l'identité nationale ne s'oppose ni à l'ouverture vers la diversité moins encore à l'aspiration vers l'universalité. Bien au contraire, la vraie universalité est celle qui se fonde sur la diversité dont les identités reconnues et respectées peuvent en être les socles fondateurs. Cependant, même dans une société ouverte, une mauvaise canalisation de l'éveil de l'identité nationale peut conduire à des dérives lorsque la manipulation émotionnelle des masses est pratiquée au service d'une politique dangereuse. . .

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Congo, il sera difficile de parler de la sécurité dans la région sans oublier les implications éventuelles d'une telle instabilité sur le plan international. Le terrorisme mouvant a récemment démontré comment il est possible de monter des réseaux incontrôlables. là où les espaces nationaux sont des no man's land livrés à la pâture des bandes armées sans foi ni loi. Aussi ces espaces instables deviennent-ils des niches et des champs d'action privilégiés du crime organisé et du blanchiment des capitaux d'origine douteuse alimentant tous les réseaux obscurs qui constituent de réelles menaces et contre les populations locales et contre les démocraties. Sans stabilité au Congo, il sera difficile de parler de la préservation efficace du patrimoine naturel et écologique de l'humanité que représente la biodiversité de la flore et de la faune congolaise. Sans stabilité au Congo, c'est tout un espace culturel francophone dont l'avenir est menacé. En effet, dans deux ou trois décennies, au rythme actuel de sa croissance démographique, le Congo pourrait devenir le premier pays francophone par sa population. Le pays est un sous-continent mis dangereusement en balance. Les convoitises de certains acteurs pendant la récente guerre de Grands lacs africains, que plusieurs ont qualifiée de la première guerre « continentale» africaine sur le sol congolais, se sont manifestés au grand jour. Elles ont cherché la dislocation pure et simple du pays au mépris de principes qui fondent la légitimité ainsi que l'organisation des États et des nations modernes, à l'occurrence ceux de Chartes des Nations-Unies et de l'Union africaine, dont l'une des pièces maîtresses est l'inviolabilité de la souveraineté et des frontières des Etats membres. Même bien avant cette guerre, plusieurs opinions ou analyses ont souvent considéré la superficie du Congo et sa diversité ethnique comme des facteurs explicatifs de son instabilité et de son sousdéveloppement. Elles ont soutenu des thèses préconisant la partition ou l'implosion du pays. Le Congo n'est pas le seul pays-continent au monde. Si la superficie était un facteur d'instabilité et de sous-développement, le Canada, le Brésil, la Chine ou les Etats-Unis le seraient. L'Afrique du sud est entrain de consolider son unité et son développement sur sa diversité multiethnique. L'immensité du territoire congolais et la constitution interne de sa population sont des atouts majeurs. Ils peuvent être exploités dans la stratégie de gestion de son espace mise au service de son développement. La dislocation du Congo n'est pas une solution. Elle serait à contre courant de la dynamique vers la constitution de grands ensembles. Dans l'histoire des peuples, les expériences de découpage ou d'annexion forcée des territoires ont fini par donner raison à l'évidence des choses. La plupart des nations, jadis dépecées ou regroupées de force, ont fini par retrouver la dynamique naturelle des choses. L'Allemagne s'est réunifiée, la Chine, la Corée veulent, chacune, retrouver l'unité nationale. Par contre l'empire soviétique fait partie des ruines de l'histoire alors que la Yougoslavie est devenue une poudrière au cœur du continent européen.

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La ténacité des Congolais et les protestations internationales ont freiné les ardeurs expansionnistes de certaines prétentions territoriales observées pendant le conflit récent à l'Est du pays. il serait cependant naïf pour les Congolais de ne pas prendre au sérieux ces signes annonciateurs des objectifs, des agendas révélés et cachés dès le déclenchement du conflit. Le pays n'est pas encore à l'abri ni des prétentions territoriales illégitimes de la part de ses voisins, ni des aventures périlleuses de pérennisation du chaos comme stratégie d'exploitation anarchique de ses ressources. Si jamais la paix devenait une réalité permanente dans la sous-région de l'Afrique de Grands lacs, les Congolais auront à cultiver le devoir de la mémoire. C'est pour éviter la répétition de l'histoire et garantir ainsi une paix durable pour le pays et pour ses voisins. Lors d'une éruption du Nyiragongo, les populations congolaises de Goma ont préféré les feux du volcan à « l'hospitalité» leur proposée dans un pays voisin. Ce fait montre l'attachement affectif des Congolais à leur espace national. il est aussi la manifestation de leur prise de conscience collective et individuelle face aux intentions hostiles des États de ces pays voisins vis-à-vis du Congo. C'est un signal non négligeable comme indicateur de méfiance dans la coexistence des uns à côté des autres. il sera difficile d'imaginer une hypothèse de la partition du pays sans provoquer un séisme généralisé et permanent au niveau sous-régional du centre et du sud, et dans l'ensemble du continent il serait aberrant de sous-estimer les effets négatifs de telles aventures en se basant sur une vision à court terme et sur la faiblesse actuelle de l'Etat congolais. Le peuple congolais a toujours tenu, de manière unanime, à l'intégrité et à l'unité de son pays malgré les manipulations de quelques groupuscules ayant entraîné une occupation du territoire national par des bandes armées opposées entre elles. Les différents épisodes de la guerre, qui a commencé depuis 1996 et 1998, ne sont pas des mouvements d'une ou de plusieurs populations voulant se désolidariser de l'ensemble national. C'est plutôt le résultat de manipulations commanditées de l'extérieur, et sans assises politiques réelles au sein de territoires occupés et contrôlés par la force, souvent contre la volonté même de populations autochtones qui ont vécu (ou vivent encore) cette occupation comme une haute trahison. Penser que ces manipulations représentent une réelle alternative de stabilisation du pays est une erreur de compréhension de la situation du Congo et de l'absence des perspectives pour son devenir en terme du bien-être de sa population. L'ouvrage se veut une somme d'analyses critiques et prospectives sur les enjeux de la stabilité de l'espace congolais dans le temps. Bien que situant les faits dans leur évolution historique, ces analyses ne sont pas une recherche sur l'histoire du Congo. il existe d'excellents travaux qui traitent de manière complète de l'histoire, de la géographie, et d'autres aspects des problèmes du pays. Cependant il a fallu tour à tour recourir à plusieurs de ces recherches,

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utilisant parfois leurs méthodes et leurs résultats, pour réunir les matériaux nécessaires aux analyses. La connaissance de l'histoire du Congo est un plus qui peut permettre de situer le contexte des faits évoqués dans les analyses. L'ouvrage est toutefois conçu de manière à faciliter la compréhension de l'objet traité, à savoir les enjeux et les perspectives de la stabilisation du Congo, même pour des lecteurs n'ayant pas une connaissance approfondie des problèmes du pays et de son évolution historique: c'est d'ailleurs l'un des objectifs de cette publication. Pour des connaisseurs de la chose congolaise, la lecture apparaîtra parfois comme redondante. La répétition chronologique des évènements analysés au sein de chaque chapitre est volontairement faite pour clarifier la complexité de la réalité congolaise à ceux qui n'en sont pas très familières. C'est de cette façon qu'il est possible d'éviter la confusion. Les analyses procèdent à une relecture d'informations et de données disponibles sur les différentes époques de l'évolution du pays. Cela permet de dégager une cohérence nécessaire à l'unicité de la compréhension des enjeux de recherche de la stabilité du pays tels qu'ils ont évolué au fil du temps. Certains travaux réalisés sur la colonisation9 ont servi comme sources principales d'informations et de données statistiques. Ces informations ont permis les analyses sur l'évolution des enjeux du pays au cours de la première moitié du XXe siècle. Elles ont aidé à faire comprendre les éléments caractéristiques de l'instabilité et de la déstabilisation du Congo tout au long de l'époque coloniale. Elles ont également aidé pour l'analyse de l'utilisation de l'État, d'abord autour de l'exploitation de l'ivoire et de caoutchouc, ensuite autour de l'exploitation minière. L'évolution des enjeux, pendant les vingt premières années de la période post-coloniale, a été analysée grâce aux informations et données récoltés 9ans les ouvrages réalisés sur cette époquelO. Elles ont permis de faire comprendre comment les enjeux de la stabilité post-coloniale ont conduit à la destruction de l'héritage socio-économique, tout en créant les bases de l'instabilité du pays. Plusieurs autres sources ont été confrontées pour des informations et des données complémentaires sur la période ultérieurell. Quant
9 Il s'agit principalement du travail de P. JOYE, et R. LEWIN (1961), de celui de ]. WILLEQUET (1962), et de celui de D. VANGROENWEGHE (1986). D'autres ouvrages traitant de cette époque ont été mis à contribution comme l'indique la bibliographie à la fin du livre. Les informations et données utilisées ont été confrontées et vérifiées avant de faire objet des analyses. 10Dont celui d'A. HUYBRECHTS, V.Y. MUDIMBE, L. PEETERS,]. VANDERLINDEN, (sous la direction de), D. VAN DER STEEN, B. VERHAEGEN (1981?) et celui de F. BEZY, ]-P. PEEMANS,]-M. WAUTELET (1981). Il faudrait également signaler la documentation de l'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES D'OUTRE-MER et celle du MUSÉE AFRICAIN DE TERVUREN avec les Cahiers du CEDAF. 11 Il s'agit de documents techniques des institutions comme l'OCDE, les Nations-unies, la Banque Mondiale, etc.

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au travail conceptuel, qui est la partie sur les perspectives, il est le fruit des efforts conjugués dans la consultation d'une bibliographie diversifiée fournie à la fin de l'ouvrage. Lorsqu'une idée ou un texte provenant d'un travail bien déterminé sont utilisés, la référence est mentionnée. Ainsi, toutes les données et leurs sources ayant servi à la construction des graphiques ont été reprises dans les tableaux en annexe à la fin de l'ouvrage. De manière résumée, il apparaît donc que les enjeux de recherche de la stabilité au Congo ont évolué autour de l'utilisation de l'État au service des intérêts économiques oligarchiques. Le contrôle de l'Etat s'est fait ainsi au détriment de sa fonction de mission d'intérêt général. C'est une instrumentalisation du pouvoir public nuisible à la mise en place d'une société ouverte. Pire encore, elle n'a pas servi l'émergence d'une économie de marché dynamique, innovante, créative et solidaire. Si sous l'administration de l'État Indépendant du Congo, l'ivoire et le caoutchouc ont été la base de cette exploitation abusant de l'Etat, l'économie minière a pris leur place dès le début du XXe siècle. D'abord avec la prédominance du cuivre, de métaux qui lui sont liés et de certains minerais stratégiques. Ensuite avec la prédominance du diamant, de l'or et du colombo-tantalite dit coltan, ainsi que d'autres produits d'exportation. C'est autour de l'exploitation de ces produits que se sont greffés les bandes armées ayant pillé le pays lors de différents épisodes de la guerre qui a débuté en 1996 et en 1998. A chaque époque passée, la façon dont l'implication internationale s'est réalisée par rapport à la question congolaise, le résultat n'a pas permis d'éviter cette instrumentalisation oligarchique du pouvoir d'Etat, moins encore d'assurer une stabilité durable au pays. Quant aux perspectives, la réflexion faite ici se veut une proposition alternative qui puisse assurer la stabilité durable du pays. il s'agirait pour ce faire de proposer la mise en place d'une stratégie de gestion à long terme du Congo par un État de droit. Celui-ci pourrait alors maîtriser son espace physique, humain, économique et culturel. Le contrôle du pouvoir public deviendrait alors un moyen de construction d'une société ouverte et d'une économie de marché innovante, créative, et solidaire avec la libre entreprise au cœur du continent africain. Des telles perspectives ne peuvent pas être envisagées en dehors de l'impulsion de l'Etat-nation. Seuls les Etats de droits peuvent se renforcer, en Afrique et ailleurs, pour mettre en œuvre des mécanismes globaux de régulation de la mondialisation au profit du destin commun de l'humanité. Sinon il ne serait pas ironique de prédire le chaos du mercantilisme usant de la violence qui proviendrait de la loi de jungle qu'instituerait l'absence ou la faiblesse des Etats de droit. Or il est difficilement concevable de compter sur l'émergence d'une action publique internationale renforcée lorsque s'instaurent, en même temps, des tendances d'affaiblissement ou de désintégration des structures des Etats nationaux. Ces derniers demeurent des acteurs de construction de structures supranationales et

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internationales chargées de l'action publique dans la mondialisation. Voilà pourquoi il semble nécessaire de concilier les réalités nationales et la dynamique de mondialisation, sans nécessairement tomber dans les clichés qui les opposent. Deux dimensions essentielles peuvent aider à comprendre le contenu de cet ouvrage. La première est l'aspect synthétique. La deuxième est l'aspect cohérence dans le temps. La préoccupation majeure est celle d'aborder le problème des enjeux et des perspectives de recherche de la stabilité au Congo en résumant les faits. Ce qui facilite et réduit leur complexité. Dans cette recherche de synthèse, les faits sont situés dans le temps en prenant pour critère la division historique de l'évolution du Congo en trois grands moments. Le premier est l'époque de l'État Indépendant du Congo de 1884 à 1908. Le deuxième, l'époque du Congo belge, va de 1908 à 1960. Le troisième enfin, la période post-coloniale de 1960 à ce jour. Ce demier est parfois subdivisé en plusieurs sous-temps: celui dit de la 1èrerépublique de 1960 à 1965, celui de la nèmerépublique de 1965 à 1990, et celui de la transition qui est en cours depuis 1990 à ce jourl2. L'amalgame sera évité de confondre cette évolution avec les régimes politiques qui l'ont marquée. Par exemple, même si la transition actuelle a connu successivement plusieurs régimes politiques, celui de MOBUTU et celui des KABILA père et fils, il nous semble que la transition reste continue jusqu'à ce qu'une nouvelle dynamique politique stable s'installe dans le pays, indépendamment des acteurs et régimes politiques qui peuvent en être les tenants. L'ouvrage tente d'éviter de donner une lecture passionnée de différentes époques de l'évolution du pays. Il ne faudrait pas le réduire à une prise de position en termes de pour ou de contre une idée. Ni de pour ou de contre une pratique quelconque. Moins encore de pour ou de contre une personne ou un groupe des personnes. Le souci permanent est de faire parler les faits dans la recherche objective de la vérité. Il s'agit de prendre une certaine distance dans la lecture de ces faits pour ressortir l'essentiel dont l'analyse a besoin. La préoccupation peut se révéler très instrumentale. Cependant il aJ'paraît qu'après un siècle d'existence du Congo comme nation organisée en Etat, dont plus de quarante ans de souveraineté, les analyses sur le pays peuvent désormais intégrer les faits dans la durée, sans les cloisonner de manière passionnelle dans le temps. Ceci éviterait de conduire les esprits vers une compréhension erronée dans la façon de traduire en actes les idées d'organisation de la société congolaise. En effet, il n'est pas toujours évident d'objectiver une réalité à laquelle on est confronté comme sujet. C'est pourtant
12 En ce qui concerne l'analyse de l'évolution économique de la période post-coloniale, la subdivision du temps se base sur deux parties, chacune ayant deux décennies comme référence des études.

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le prix de la compréhension scientifique de cette réalité. Ce prix est le coût de tout progrès sociétal sous-jacent de la réflexion intellectuelle. Les blessures des âmes à la veille de l'indépendance pouvaient justifier l'émotion et la passion dans la manière d'aborder la question congolaise. Les préoccupations partisanes ont souvent guidé les écrits sur la problématique congolaise. Il est peut-être temps de s'éloigner de prises des positions intéressées en terme d'un duel de pour ou de contre quelqu'un ou quelque chose. Le Congo ne se réduit pas à un individu ou à un groupe, moins encore à quelque chose. Le messianisme a contribué à la ruine de ce pays. Il faudra désormais penser le devenir du pays au-delà des visées immédiates autour d'un individu ou d'un groupe, plus encore d'un intérêt immédiat. Il est un devoir pour chacun de savoir honorer la noblesse de la mémoire du passé tout en relevant les erreurs commises. Ceci pour que l'histoire ne se répète plus, lorsqu'elle a été dramatique, afin de prévenir les catastrophes humaines dans l'évolution future. Le devoir de mémoire et les leçons de l'expérience du passé sont deux impératifs qui conditionnent l'avenir des sociétés humaines. En effet, il est nécessaire de savoir ce qui s'est passé afin de comprendre ce qui arrive et de se donner une marge de manœuvre devant ce qui peut survenir. Pour se servir utilement de la mémoire et de l'expérience vécue au Congo, il faudra s'imposer le dépassement et l'objectivité dans la quête et dans la construction de la vérité sur le pays. C'est au prix de cette objectivité, de la rationalité et de la cohérence entre le discours et les faits que naîtra une société congolaise épanouie et libérée des entraves qui la freinent encore. Tel est aussi un des enjeux congolais d'aujourd'hui, et peut-être encore de demain dans la recherche de la stabilité!

Instabilité

et Déstabilisation Congo-Kinshasa

du

CHAPITRE 1. Faits marquant l'évolution de l'Etat congolais

I. 1. 1. Institutionnalisation de l'Etat colonial
La crise, que traverse le Congo, menace sa survie comme État au cœur du continent africain13. La compréhension de cette crise nécessite de jeter une lumière sur les faits caractéristiques de l'évolution institutionnelle du pays depuis son organisation en État moderne. Le Congo, comme nation organisée en État, trouve ses origines à la fin du XIXe siècle. Avant cette époque, le pays disposait, déjà dès le IXe siècle, des structures politiques qui ont évolué plusieurs siècles après (I. NDAYWEL E NZIEM, 1998, pp60-67). Cette évolution a donné naissance aux royautés et empires, de la côte Ouest aux savanes du Sud en passant par le bassin central du fleuve Congo jusqu'aux montagnes du Kivu. Les connaissances historiques sur ces royaumes et empires témoignent d'une richesse culturelle bantoue au centre de l'Afrique dont la dynamique, entre le IXe et le XIXe siècle, constitue le socle de l'unité nationale qui est à la base de la cohésion du peuple congolais.
« Le XIX siècle (...J aura l'avantage de créer des mouvements d'échange en tous sens. La modernité d'origine occidentale aura l'avantage de donner une expression cartographique à cette réalité dfjà existante en même temps qu'elle lui assurera une plus grande cohésion interne. Il faut sc rendre compte que l'unité du Congo n'est pas une création artificielle de la période coloniale. Celle-ci est façonnée au fil du temps, au cœur de l'Afrique

même. )) (I. NDA YWEL E NZIEM, 1998, p256). Cette affirmation sur l'unité et la cohésion du pays est encore confirmée par les faits récents. En effet, malgré un État dégénéré et une guerre d'occupation et de pillages sans précédent en Afrique, l'unité du Congo a pu résister, défiant les prophètes et leurs pronostics de la dislocation ou de la décomposition du pays. Au commencement de l'État congolais furent les ambitions d'un Monarque, LEOPOLD II Roi des Belges. il rêvait de doter son pays de possessions coloniales. Les considérations sur les intentions et les motivations, celles qui animaient l'entreprise coloniale du Roi, ne constituent pas l'objet de
13La fin éventuelle de l'état de belligérance sur le territoire congolais pourrait faire croire que la crise est définitivement résolue! Elle est multiforme et ne se dissipera pas nécessairement avec la fin des combats entre les parties impliquées dans le conflit. Sa résolution exige la renaissance d'une société congolaise capable de prendre entre ses mains sa destinée.

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La stabilité du Congo-Kinshasa

cette analyse14.il est cependant pertinent de relever les faits marquants qui ont

présidé la reconnaissance de l'État qu'il créa, bien avant la tenue de la Coriférence
deBerlin15 février 1885. La lecture des faits historiques montre que l'existence de de l'État congolais est bien antérieure à la tenue de cette Conférence. L'exception congolaise dans le processus de la naissance des États africains mérite d'être mise en évidence. Ceci pour éviter les amalgames qui raturent l'histoire au profit de la confusion et des intentions politicides vis-à-vis du pays16. Le processus de naissance de l'État congolais débute le 12 septembre 1876 avec la CoriférenceGéographique Internationalc'7 au Palais de Laeken à Bruxelles. il s'achève, dans sa phase complète, le 30 juin 1960 avec l'accession du pays à la souveraineténationaleau Palais de la Nation à Kinshasa. Soit près d'un siècle d'histoire de création d'un jeune État dont la reconnaissance faisait déjà partie, à l'origine, des enjeux de grandes puissances de l'époque. Deux contraintes guidaient l'action du Roi LEOPOLD II lorsqu'il réunit les scientifiques en conférence à Laeken18. D'une part, il était conscient de la méfiance de milieux politique et économique belge. Ceux-ci pensaient qu'une entreprise coloniale était en soi un non-sens et une utopie dangereuse. De l'autre, il lui fallait réunir les moyens matériels nécessaires en vue de prendre possession des territoires en Afrique centrale sans susciter la méfiance de grandes puissances. Aussi, bien avant la confirmation de la souveraineté de l'État congolais par la Conférencede Berlin, le Roi adoptait-il un comportement stratégique de prudence et d'habilité. il fallait ménager l'opinion belge interne méfiante mais surtout les puissances extérieures. Leurs soupçons pouvaient anéantir la réalisation d'une telle entreprise. Ces puissances auraient même, semble-t-il, sous-estimé les ambitions du Roi des Belges. Il agissait essentiellement sous la couverture de l'action philanthropique. La Conférence du 12 septembre 1876 créa l'Association Internationale Africaine (AlA). Celle-ci avait, comme double objet officiel, l'exploration des parties encore inconnues de l'Afrique équatoriale et la répression de la traite
14 Les circonstances de la naissance de l'Etat congolais sont décrites par 1. NDA YWEL E. NZIEM (1998, pp271-279). D'autres lectures peuvent également éclairer ces circonstances. TI s'agit de]. STEN GERS (1989) et d'ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES D'OUTREMER (1976 et 1988). 15Celle qui a abouti à l'Acte Général de Berlin donnant naissance aux colonies qui deviendront, à leurs indépendances, les États africains actuels. 16 Derrière la déstabilisation du Congo à travers le conflit dans la sous-région de Grands lacs africains, c'est essentiellement des ambitions territoriales qui s'expriment pour des raisons d'exploitation économique ou de pressions démographiques. Le pays est dorénavant sous menaces même si les différentes tentatives de résolution de la crise ont constamment réaffirmé le principe d'attachement inconditionnel à l'intégrité et à l'unité du Congo par toutes les parties concernées. 17Voir ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES D'OUTRE-MER (1976). 18 Lire à propos P.]OYE et R. LEWIN (1961, pp9-14) et]. STEN GERS (1989).

Faits marquant

l'évolution de l'Etat

congolais

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d'esclaves. En 1877, le drapeau bleu avec une étoile dorée devenait le pavillon de l'AIA. En janvier 1878, le Roi créa un syndicat ayant en charge l'étude du Congo, la formation d'une société de chemin de fer en Afrique et d'une société commerciale pour le commerce du Haut-Congo. Cette initiative fut concrétisée le 25 novembre 1878 par la constitution du Comité d'Etudes du Haut-Congo19. e L Roi LEOPOLD II en assumait en personne la présidence, et Henry MORTON STANLEY la direction de l'expédition. Officiellement, le Comité avait un but humanitaire et scientifique. Mais ce n'était qu'une précaution pour ne pas attirer l'attention des puissances françaises et portugaises. Celles-ci occupaient déjà les rives du fleuve Congo. L'expédition de STANLEY s'engageait le 21 août 1879 dans le fleuve sous la bannière bleu étoilé, le drapeau de l'AIA. Elle installa une première station à Vivi sans rencontrer l'opposition des canonnières françaises et portugaises. En décembre 1879, le Comité se transforma en Association Internationaledu Congo.Elle créa des postes et des comptoirs qui devinrent plus tard des villes à l'instar de Boma, de Léopoldville devenue Kinshasa, de Stanleyville renommée Kisangani... STANLEY avait reçu une mission formelle de la part du Roi. il devait s'assurer, par les conventions expresses passées avec les chefs coutumiers au nom de l'Association Internationale, le droit de souveraineté des régions découvertes par elle. Sa campagne lui permit d'obtenir la signature de plus de cinq cents traités. Des jugements de valeur peuvent être émis quant à la procédure et aux objectifs de ces traités20. il apparaît cependant, au regard même de ces traités, que la reconnaissance de la souveraineté de l'État congolais naissant a eu recours à la recherche de la légitimité interne. Les différentes composantes de la nation congolaise en devenir ont eu à reconnaître, par ces traités, l'organisation étatique à mettre en place. À côté de la légitimation interne de l'État congolais, le Roi LEOPOLD II entreprit des négociations auprès de certaines puissances. il voulait faire reconnaître ses droits de souveraineté sur les territoires occupés. Les États-Unis d'Amérique furent la première puissance à reconnaître le Congo comme un nouvel État. La France reconnut la souveraineté du Congo moyennant la promesse de LEOPOLD II de lui accorder la préemption de ses droits acquis dans le bassin du Congo en cas de cession. L'Allemagne reconnut au Congo le statut d'une puissance souveraine. Les intentions, qui avaient animé la reconnaissance du Congo par ces trois puissances, sont diversement appréciées. Cependant les faits restent
19 Le syndicat avait, comme objectifs, l'étude de faisabilité d'un chemin de fer et de la navigation par bateau à vapeur pour relier le Bas-congo au Haut-Congo, l'évaluation de leur rentabilité et la faisabilité d'installer des établissements de commerce sur le Haut-Congo. 20 L'exposé sur ces traités se trouve dans 1. NDAYWEL E NZIEM (1998 pp280-281) et également dans ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES D'OUTRE-MER (1988). TIs'agit ici de souligner les faits et le contexte ayant contribué à la naissance de l'État congolais.

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historiquement formels. C'est déjà une confirmation de la souveraineté d'un État au cœur de l'Afrique. Le 15 novembre 1884, la Conférenceqfricaineréunit quatorze États21 à Berlin pour régler les difficultés survenues dans le bassin du Congo. Les négociations aboutirent à la reconnaissance de la souveraineté du nouvel État, qui n'est autre que l'Etat Indépendantdu Congo.La Conférence Berlin de du 23 février 1885 ne fit que prendre acte de la constitution de cet État. Cette reconnaissance fut assortie de l'engagement selon lequel le bassin du Congo serait ouvert au trafic commercial de toutes les nations. Du non-respect de cet engagement se profilait déjà à l'horizon une dynamique des enjeux majeurs qui présideraient la destiné du pays, comme il le sera montré dans la suite de l'ouvrage. Si les ambitions coloniales ont été le leitmotiv de l'entreprise de LEOPOLD II en Afrique centrale, les objectifs politiques interne à la question congolaise semblent l'avoir aussi largement influencée (I. NDA YWEL E NZIEM, 1998, p273). Le Roi adhérait à l'idée de création des entités politiques sous forme des Etats sur l'espace africain pour lutter contre la traite d'esclaves et permettre la mise en valeur du continent. De ce fait, la naissance de l'Etat moderne au Congo revêt une particularité qui la distingue des autres processus coloniaux ayant abouti à la création de la plupart des Etats africains. A travers le parcours historique, deux faits marquants peuvent être relevés. Premièrement, la création de l'Etat congolais est le résultat d'une tentative de légitimation interne et externe. Deuxièmement, l'État congolais, dans sa dimension moderne, est antérieur à l'Acte GénéraldeBerlin qui a donné naissance à la configuration des États africains. Les chambres belges avaient voté en avril 1885 l'autorisation pour Sa Majesté le Roi d'être le chef de l'Etat fondé en Afrique par l'AssociationInternationaleAfricaine. Donc, la reconnaissance du statut d'État à l'Etat Indépendantdu Congone provenait pas seulement de l'Acte Général de Berlin auquel le Congo adhéra comme État. Mais surtout d'un processus, aussi bien interne qu'externe, avant la tenue de la Conférence de février 1885. L'État congolais est entouré, en 1889, à l'Est par des possessions allemandes, (actuellement la Tanzanie, le Burundi, le Rwanda) et l'Ouganda (une possession britannique à l'époque). Aucune mention n'était faite sur un quelconque État voisin. TIsétaient tous des territoires possédés et non des États. Au Sud, il s'agissait de la possession britannique (la Rhodésie) et de l'Angola (possession portugaise). À l'Ouest et au Nord, du Congo français et du Soudan (possession britannique). Le Congo était le seul dans la région à être un État libre reconnu sur le plan international dès le XIXe siècle. Le rappel de ces détails peut paraître banal mais en réalité, ce

21 Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Espagne, États-Unis, Bretagne, Italie, Pays-Bas, Portugal, Russie, Suède-Norvège, Turquie.

France, Grande-

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