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La vie privée des convictions

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192 pages
Faut-il avoir les mêmes idées pour saimer ou sapprécier ? Quel rôle ont les convictions et les choix politiques au sein du couple, dans la vie de famille, entre amis et plus largement dans les liens que lon
entretient avec ses proches ?
Ce livre montre une imbrication constante du privé et du politique. Il cherche à dépasser la réticence de la science politique à intégrer le rôle des affects individuels dans ses analyses. Plus affranchis que par le passé des systèmes de croyances et des idéologies, les individus sont amenés à élaborer leurs choix à partir de critères davantage fondés sur des notions de ressemblance et de proximité, faisant de la sphère privée un terrain à part entière de laventure démocratique.
Sintéressant à lintime en tant que lieu dexpérience et dimplication politiques, louvrage décrypte les négociations permanentes qui se
jouent dans les discussions familiales, ou entre partenaires aux opinions divergentes ; il relate le parcours dun couple hors norme, les Thorez, pour qui engagement amoureux et politique ne faisaient quun, sintéresse aux mouvements révolutionnaires post soixante-huitards devenus porteurs des états dâme de leurs militants, ou encore dissèque les formes de délitement des amitiés induites par les convictions politiques.
Cet ouvrage attachant et novateur, porté par Anne Muxel et ses brillants contributeurs, permet dexplorer dautres voies dinterprétation et de compréhension de la politisation des individus.
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Catalogage Électre-Bibliographie (avec le concours de la Bibliothèque de Sciences Po)

La vie privée des convictions : politique, affectivité, intimité / Anne Muxel (dir.). – Paris : Presses de Sciences Po, 2014.

ISBN papier 978-2-7246-1465-7

ISBN PDF web 978-2-7246-1466-4

ISBN epub 978-2-7246-1467-1

ISBN XML 978-2-7246-1468-8

 

 

 

RAMEAU :

– Vie privée : Aspect politique

– Psychologie politique

– Socialisation politique

– Culture politique

– Valeurs sociales

 

 

 

DEWEY :

– 306.2 : Comportements politiques

 

 

 

© 2013. Presses de la fondation nationale des sciences politiques

La vie privée des convictions

Politique, affectivité, intimité

Sous la direction de Anne Muxel

Ouvrage publié avec le concours de la Fondation des Treilles*

* La Fondation des Treilles, créée par Anne Gruner Schlumberger, a notamment pour vocation d’ouvrir et de nourrir le dialogue entre la science et les arts, afin de faire progresser la création et la recherche contemporaines. Elle accueille également des chercheurs et des écrivains dans le domaine des Treilles (Var) (Les-Treilles.com).

Introducion /

LA POLITISATION DANS OU PAR L’INTIME

Anne Muxel

D

ans nos sociétés démocratiques postmodernes, le lien des individus au système politique s’est profondément transformé sous l’effet combiné d’un processus d’individualisation des identités politiques et d’une désinstitutionnalisation des pratiques comme des comportements politiques. Dans ce contexte marqué par un relatif affranchissement des systèmes de croyances comme des idéologies constituées, l’individu est de plus en plus amené à trouver par lui-même ses modes d’expression citoyenne. Il doit élaborer ses choix de façon plus autonome, en fonction d’une offre politique souvent évaluée à partir d’autres critères que le seul système des allégeances sociales et culturelles ou que le seul principe des loyautés partisanes. Cette mise en négociation permanente de l’individu face à ses choix politiques invite à étudier la politisation à partir d’autres sphères que les seules sphères institutionnelles ou publiques.

L’analyse des modalités de cette négociation dans le cadre de la vie privée, conçue comme espace d’échanges affectifs avec des « autruis significatifs » et comme lieu de construction de l’altérité démocratique, ouvre une approche novatrice en sciences sociales, et tout particulièrement en science politique, si l’on veut saisir le rapport des sujets-citoyens à la politique. Partant de l’hypothèse que la sphère privée est un terrain de l’aventure démocratique dont l’importance ne cesse d’augmenter dans la définition des choix et des appartenances, cet ouvrage entend explorer d’autres voies d’interprétation et de compréhension des formes de la politisation des individus. La sphère privée donne à voir les modes de subjectivation de la politique et permet d’appréhender la dimension affective de l’existence politique. En examinant les changements perceptibles dans les attentes des individus à l’égard de la politique, en cherchant à cerner la place des convictions dans les processus identitaires et à évaluer les échanges et les interactions dont elles font l’objet dans le cercle des proches, les chapitres de cet ouvrage interrogent la définition du « sujet » politique dans les sociétés démocratiques contemporaines.

Pourquoi porter tant d’attention à la dimension affective et relationnelle de la politique saisie dans l’espace des échanges privés ? Il n’est pas question d’évincer les formes publiques de publicisation de l’activité politique ou d’oublier que le sujet est engagé d’une quelconque manière en tant que citoyen dans le champ politique. L’électeur, le militant, le sympathisant, le manifestant, ou encore le citoyen informé, et même le citoyen dépolitisé ou apolitique, sont autant de rôles au travers desquels se mesurent les choix et les convictions, autant de mises en acte et d’engagements concrets par lesquels le degré de politisation et d’implication d’un individu peut être évalué. Et c’est à l’aune de tels dispositifs ou registres de comportements que l’activité politique des individus est généralement appréhendée. Les sciences sociales du politique rendent compte de ces différentes formes d’implication politique, en recensent les formes d’expression et en mesurent les niveaux d’intensité. Plus largement, elles savent à peu près décrire les mouvements de mobilisation et de démobilisation, les ressorts de la participation politique comme ceux des croyances et des identifications. Néanmoins, si elles présument bien l’existence de la dimension affective et subjective du rapport des individus à la politique, si elles ont pu établir le rôle central des processus de socialisation familiale en la matière, elles n’ont jusqu’à présent accordé que peu d’attention à la façon dont la politique se diffracte et se réfracte dans les espaces de la vie privée. Elles sont encore peu outillées pour appréhender la complexité de l’interface entre la sphère publique et la sphère privée où prennent forme et sens les identités politiques, où se nouent et se dénouent les choix, les valeurs comme les convictions. Il s’agit là de voies plus souterraines et plus difficiles à saisir. Mais c’est en tout cas en son sein que s’incarnent et se négocient l’essence comme les contours de la politisation des individus.

Plus qu’un objet bien circonscrit, ce livre propose un cadre de travail combinant plusieurs approches ou champs disciplinaires bien balisés dans les sciences humaines – science politique, sociologie, philosophie, histoire et psychanalyse – mais aussi des chemins de traverses comme ceux dans lesquels peut nous entraîner la littérature. Il s’agit de brasser les référentiels de façon large et œcuménique. La démarche retenue veut ouvrir des horizons de connaissances et d’interprétations venant renouveler les approches habituelles de la politisation. Le privé, l’intime, sont convoqués et, avec eux, c’est une connotation singulière qui est donnée à l’analyse du politique, un ton, une attention à ce qui est habituellement plus opaque, sinon occulté. C’est une autre façon de regarder et de saisir le politique, au cœur des vies, au cœur de la vie, qui est proposée. On s’intéressera moins à la vie publique des opinions, à la façon dont elles donnent forme à des entités collectives dans le cadre de la représentation démocratique et de la citoyenneté, qu’à la vie privée des convictions, telles qu’elles se tissent, s’affrontent, s’arbitrent et se discutent dans le cadre des échanges affectifs et de l’intimité.

Les questionnements qui émergent de ce livre ouvrent au moins deux grands axes de réflexion. Le premier concerne l’individuation démocratique. Il renvoie à l’examen du contexte historique et sociétal au sein duquel se développe la politisation des individus. Dans la postmodernité, la tension entre une demande d’autonomisation qui s’est généralisée et la recherche d’un « commun » au fondement du contrat démocratique, entre une quête de distinction personnelle et un mouvement d’universalisation, reconfigure le rapport des individus à la politique. S’il faut dénoncer le risque d’essentialisation de l’individualisme contemporain, on doit néanmoins faire le constat d’un processus de subjectivation croissante de l’espace public, au sein duquel le sujet peut être à la fois affecté et affectant. Au sujet du rapport noué par les citoyens à la sphère politique, Myriam Revault d’Allonnes (chapitre 1) rappelle que les affects et les représentations sont indissociables. L’expérience démocratique est une expérience empreinte de subjectivité, se développant à l’intersection du soi, de l’autre et du commun. Convoquant Tocqueville dans la continuité de Rousseau, elle montre toute l’importance de l’autre comme « semblable » dans la formation de la démocratie moderne. Si la nécessité d’un monde commun est bien au fondement de toute promesse de démocratie, l’individu est néanmoins confronté à une pluralité d’appartenances et d’attachements, ce qui renforce non seulement le travail de négociation et d’arbitrage qu’il doit faire, mais aussi la mobilité de ses choix ou de ses engagements. Dans un contexte de pluralisation croissante des valeurs, Janie Pélabay (chapitre 2) insiste quant à elle sur la difficulté de concilier les dissonances axiologiques entre les sphères du privé et du public. La plus grande porosité entre l’espace public et l’espace privé invite à prendre acte du double mouvement de publicisation des convictions et de privatisation des valeurs publiques pour comprendre les mutations à l’œuvre dans le rapport des individus à la politique au sein des sociétés démocratiques contemporaines. L’idée de représentation politique se fonde de plus en plus sur des notions de ressemblance et de proximité, ce qui introduit tant du point de vue des gouvernants que des gouvernés des demandes et des attentes d’un nouveau type. Les nouveaux pôles d’identification de l’individu démocratique résulteraient d’un mouvement ascendant du privé vers le public plus affirmé que dans le passé.

Contrairement à la théorie politique, la science politique s’est longtemps montrée réticente à intégrer le système des affects des individus dans l’analyse des phénomènes politiques. Pascal Perrineau (chapitre 3) en retrace les raisons dans la construction même de la science politique. Il reprend les apports des principaux travaux ayant ouvert des perspectives d’interprétation fécondes dans ce domaine et plaide pour que ce système d’affects soit considéré comme une véritable « infrastructure » des choix politiques, indépendamment des seules conditions et prédispositions de nature sociale, économique ou culturelle.

Le second axe de réflexion proposé par ce livre touche aux conditions de l’altérité politique et de l’arbitrage à l’œuvre, tant dans la sphère privée que dans la sphère publique, fixant les frontières de l’accord et du désaccord dans la délimitation du « bien commun ». Comment se négocient la différence et le désaccord en matière politique ? Comment s’organise la gestion de la dissonance au sein du cercle des proches et, plus largement, pour arbitrer les valeurs qui fondent le vivre ensemble d’une société ? Le cadre familial reste un lieu décisif de la construction des identités politiques. Entre les générations se tisse une trame fixant les héritages, les adaptations ou les apports nouveaux qui font et défont les filiations politiques et qui conditionnent toujours assez fortement le rapport des individus à la politique.

La politique saisie dans la sphère privée produit des échanges, des prises de parole et de position, des affrontements, qui sont autant de terrains d’expérience de l’aventure démocratique. Elle met en jeu la reconnaissance que suppose toute altérité affective. Anne Muxel (chapitre 4) montre la place occupée par la politique dans le cercle intime et son incidence sur les liens noués avec les proches. Disposant des données d’une enquête menée sur un échantillon représentatif de la population française, elle interroge la nécessité de partager les mêmes idées pour s’aimer et s’intéresse aux conditions de l’altérité démocratique dès lors qu’elle engage des liens investis affectivement.

Dans le couple, les arrangements et les négociations sont de mise. La politique rassemble dans les trois quarts des cas. Mais elle peut aussi susciter des divergences et des affrontements pouvant entamer le contrat tacite de la bonne entente conjugale. Selon Pascal Duret (chapitre 5), si une divergence de vues sur des valeurs « contextuelles » peut être tolérée au sein du couple, en revanche un accord sur les valeurs « fondamentales » reste nécessaire à l’alchimie de l’amour. En réalisant une biographie du couple Thorez « vivant en communisme », Annette Wieviorka (chapitre 6) présente un modèle hors norme de fusion amoureuse et politique, au sein duquel l’accord ne pouvait être que total, l’engagement politique et l’engagement amoureux ne faisant qu’un et se renforçant mutuellement. L’adhésion au modèle communiste et l’engagement militant obligent à reléguer au second plan toutes préoccupations d’ordre privé. Concilier les deux n’est pas de mise, la politique devant toujours prendre le pas sur les contingences privées. Dans le cas du couple Thorez, la fusion politique et amoureuse permet d’une certaine façon de résoudre ce dilemme. Ludivine Bantigny (chapitre 7) montre les transformations qui affectent le militantisme à la Ligue communiste révolutionnaire dans le courant des années 1970. Les militants devenus des « révolutionnaires sans révolution » deviennent en même temps des militants porteurs de doutes et d’incertitudes, revendiquant des états d’âme et des affects que l’organisation va peu à peu reconnaître et assumer. Le rapport entre le « je » et le « nous » des militants redessine une autre configuration d’engagement, prenant en compte la vie privée.

Les choix et les engagements politiques peuvent aussi mettre à l’épreuve les liens d’amitié, notamment lorsque les désaccords et les dissonances s’imposent. Nathalie Azoulai (chapitre 8) prend entre autres l’exemple des liens entre la gauche et la « judéité à la française » pour disséquer les formes de délitement amical. Elle montre les façons dont s’insinuent les « potentialités hostiles » venant ronger peu à peu la relation et la promesse d’amitié.

Enfin, Janine Mossuz-Lavau (chapitre 9) revient plus fondamentalement sur les liens entre genre et politique. Longtemps confinées dans la sphère privée, les femmes ont peu à peu conquis l’espace public et politique, mais ce ne fut pas sans difficultés. Même si le chemin vers l’indifférenciation ouvre des perspectives plus égalitaires dans les formes de politisation des hommes et des femmes, des écarts significatifs persistent. Encore aujourd’hui, les femmes dissocient nettement moins que les hommes le politique du domestique et de l’affectif.

Telles sont les grandes lignes des chapitres qui forment cet ouvrage et qui en montrent toute la diversité d’approches et de propos. Mais, avant de clore cette entrée en matière, il nous faut donner quelques précisions sur les notions et sur les mots mêmes qui ont été utilisés pour désigner ce changement de registre. Politique, affectivité, intimité. Tel est le sous-titre de l’ouvrage. Par politique, on l’aura compris, c’est une façon d’être à la politique qui est désignée, soit l’ensemble des attitudes et des comportements déployés par un individu au travers desquels sont signifiés un rapport, un lien citoyen, une relation à la communauté. La politisation est ainsi formée de l’ensemble des dispositions de l’individu envers ce champ d’activité. Elle est faite de postures, de choix, mais aussi de modes d’expression et d’action.

Parmi ces dispositions, les convictions occupent indéniablement un rôle à part. Elles délimitent des espaces de sens et de croyances, des univers de valeurs, à partir desquels se négocie l’altérité démocratique. Elles forment, plus encore que les choix, le noyau dur de cette politique intime organisant aussi bien la mise en scène que la mise en sens de la façon que le sujet a d’être au monde et aux autres. On parle justement de convictions intimes, comme s’il s’agissait d’un tréfonds, comme s’il ne pouvait y avoir de gradation supplémentaire pour exprimer cette zone profonde de l’identité principielle et irréductible. Parce qu’elles se réfèrent au registre de l’intime, les convictions ont une dimension affective et une puissance d’intériorité qui les apparentent à des modes d’échanges et de négociations laissant place aux sentiments plus qu’à la raison.

Mais, justement, que dire de l’intimité ? Comment la définir et en appréhender l’incidence sur les liens noués par les individus au politique ? Saint Augustin y voyait le site d’une intériorité profonde, d’une certaine façon redoublée comme une mise en abîme : ce qui est « plus intérieur à moi que ce que j’ai de plus intérieur » (tu autem eras interior intimo meo 1). Cependant, pour que cette intimité puisse s’éprouver, pour que cette intériorité trouve du sens, son sens, il faut la présence d’un Autre. L’intimité suppose l’altérité. La dimension relationnelle conditionne un type particulier de subjectivité. C’est ainsi que Michael Foessel entend distinguer l’intime du privé : « L’intime conserve cette dimension dialogique : nos sentiments “intérieurs” sont des rapports avec les autres et non les propriétés d’un Moi solitaire. » Et il poursuit : « En employant plus volontiers la forme adjectivale (l’intime et non l’intimité), nous désignons un lieu et non une chose, un rapport plutôt qu’un espace clos. »2

Dès lors, dans le rapport noué à la politique, l’intime devient un lieu d’expérience et d’implication du sujet. S’y organisent tout à la fois du discernement et de l’engagement, de la croyance et de la critique. Mais surtout, en tout cas dans le cadre démocratique, l’intime ainsi conçu est aussi un lieu de construction du vivre ensemble et du monde commun. Intrinsèquement associé à l’altérité, l’intime devient le terreau d’une démocratie sensible : « C’est du sol des expériences amoureuses, amicales et désirantes qu’émane la norme que les sujets adressent à la société3. » Dans l’acception qu’en donne Michael Foessel, l’intime n’est donc ni le privé ni le public. Il est en quelque sorte à leur jonction. Et c’est précisément à ce point de jonction que les contributions de cet ouvrage se situent et essaient de dialoguer.

En choisissant une telle focale, c’est aussi au cœur du pacte démocratique contemporain que cette exploration du politique par l’intime veut mener, en faisant l’hypothèse que la montée en puissance de la logique de l’amour et du sentiment définit aujourd’hui un nouvel humanisme ainsi que d’autres grilles de lecture et d’entendement. Anthony Giddens a montré l’incidence politique d’une nouvelle « intimité démocratique », largement conditionnée par les profondes mutations touchant aux mœurs et à la sexualité. Cette intimité se fonde sur des « relations pures », c’est-à-dire plus libres et plus autonomes, entre les hommes et les femmes, entre les parents et les enfants, et d’une façon plus large entre les citoyens. Résultat d’une conquête sociale et politique pleinement menée au xxe siècle, elle est plus qu’une simple coloration, plus qu’un filtre interprétatif. Elle s’impose comme un nouveau paradigme : « La possibilité de l’intimité a pour sens ultime la promesse de la démocratie », car elle garantit « la participation des individus à la détermination des conditions exactes de leur association »4. Si toutes les contributions de cet ouvrage ne répondent pas frontalement à la question des transformations de la démocratie dans et par l’intime, en tout cas elles fournissent nombre d’éléments d’analyse pour saisir le politique non seulement à l’aune de celles-ci, mais aussi à partir des convictions des individus se déployant dans l’espace de la vie privée, et bien au-delà de ce dernier. Qu’est-ce qu’un sujet politique dans nos démocraties avancées ? Quelle place occupent les convictions dans l’identité comme dans la construction de l’altérité ? Que devient la politique au prisme de l’intime ?

Mais il faut encore préciser un mot. Affectivité. En apparence, le plus facile à utiliser, à instrumentaliser. Sans doute un mot commode, car fourre-tout et permettant d’inclure la nébuleuse des affects qui interagissent dans la construction du rapport à la politique. Si l’intimité est un rapport de sens, on pourrait assumer avec David Le Breton que « l’affectivité est un rapport au sens […]. [Elle] n’est pas la mesure objective d’un fait, mais un tissu d’interprétation, une signification vécue5 ». Ce vécu suppose une prise de risque, résultat d’une suite de négociations improbables dans les liens noués avec les autres, et tout particulièrement avec les proches. Elle expose des sentiments et des émotions, tout un ressenti, qui peuvent brouiller ou altérer les conditions de l’intimité démocratique évoquée plus haut. L’affectivité ainsi délimitée désigne le registre émotionnel de la politisation des individus.

Cette tentative quelque peu rapide de situer les mots formant la substance de l’ouvrage et sa problématique a pour seule fonction de convier le lecteur à entrer dans un mode de lecture du politique privilégiant résolument le prisme du privé. Le privé non pas dans le sens de ce qui serait confisqué, retranché ou caché de la sphère publique, mais le privé en tant que lieu où la politique relève d’arbitrages individualisés, subjectivés et affectivement investis, y compris dans leur dimension publique et collective.


1. Saint Augustin, Confessions, III, 6, cité par Michaël Foessel, La Privation de l’intime, Paris, Seuil, 2008, p. 12.

2. Ibid., p. 13.

3. Ibid., p. 134.

4. Anthony Giddens, La Transformation de l’intimité : sexualité, amour et érotisme dans les sociétés modernes, trad. fr. Jean Mouchard, Rodez, Le Rouergue-Chambon, 2004, p. 229, 231.

5. David Le Breton, Les Passions ordinaires : anthropologie des émotions, Paris, Payot, 2004, p. 138.

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