La ville au risque de l'eau

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296258495
Nombre de pages : 128
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La ville au risque de l'eau

Collection
Dernières parutions: Emmanuèle Reynaud,

"Logiques

Sociales"

dirigée par Dominique DESJEUX

Le pouvoir de dire non, 1991.

C. Dourlens,

J.P.

Galland,

J. Theys, P.A. Vidal-Naquet,

COn£[uêtede la sécurité, gestion des risques, 1991. Norbert Alter, La gestion du désordre en entreprise, 1991. Christian Miquel et Jocelyne Antoine, Mythologies modernes et micro-informatique. La puce et son dompteur, 1991. Sir Robert Filmer, Patriarcha ou le pouvoir naturel des rois et obeservations sur Hobbes (sous la direction de Patrick Thierry), 1991. Bruno Péquignot, La relation amoureuse. Etude sur le roman sentimental contemporain, 1991. Didier Martin, Représentations sociales et pratiques quotidiennes, 1991. Henri Boyer, Langues en conflit, 1991. Henri Boyer, Langage en spectacle, 1991. Françoise Belle, Etrefemme et cadre, 1991. Denis Duclos, L' homme face au risque technique, 1991. Michel Amiot, Les misères du patronat, 1991. Christian Lative d'Epinay, Vieillir ou la vie à inventer, 1991. Claire Calogirou, Sauver son honneur. Rapports sociaux en milieu urbain défavorisé, 1991. Gérard Namer, Mémoire et projet du mouvement lycéen-étudiant de 1986 à 1988, 1991. François Masnata, Le politique et la liberté. Principes d'anthropologie politiq ue, 1991. Michel Lallement, Des PME en chambre, 1991. Sonia-Dayan-Herzbrun, Mythes et mémoire du mouvement ouvrier. Le cas Ferdinand Lassalle, 1991. Serge Poignant, Le baston ou les adolescents de la rue, 1991. Claude Périnel, Réformer dans l'église. Experts et contestataires. Préface de René Rémond, 1991. Martine Muller, Le pointage ou le placement. Histoire de l'ANPE, 1991. Sylvie Joubert, La raison polythéiste, 1991. Jacques Denantes, Les jeunes et l'emploi. Aux uns la sécurité, aux autres la dérive, 1991.

@Editions l'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris ISBN: 2-7384-1205-X

Christine DOURLENS et Pierre A. VIDAL-NAQUET

La ville au risque de l'eau
La sécurité dans les secteurs de la distribution de l'eau et de l'assainissement pluvial

~

Editions l'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

Remerciements
Ce livre a été réalisé à partir d'une recherche pour

le Plan Urbain, le Service Technique de l'Urbanisme, la Délégation à la Recherche et à l'Innovation, et le SRETIE (Groupe Prospective).
Il a été publié avec le concours du

SRETIE (Groupe Prospective)

Introduction

«Le loup produit du dehors le premier encodage social, en induisant le lieu circonférenciel ,. aucune expression sémiotique n'émergeait ck ces conflits. Puis le rat dans un espace négatif et symétrique donna une signification au groupe par le découpage, le plan. Le cafard met en relation chaque noyau individué, et le virus déconstruit totalement [' ensemble dans un système acentré de petits automates finis qui se connectent par un bout, par un autre au gré cks rencontres. Homo homine virus. L' hygiénie y perd son latin.»(l) Si l'on en croit l'allégorie, le fléau urbain a changé de visage. Et, au travers de ses métamorphoses successives, il a su déjouer toutes les ruses déployées pour le combattre. Après les loups dont les hordes menaçantes ont été détournées par de hautes fortifications, sont venus les rats qui, se faufilant dans les creux de la ville, ont contraint à colmater, à quadriller. Ensuite, les cafards, plus insaisissables encore. Et enfin, le virus. Ennemi invisible et sans territoire, le virus est la métaphore moderne du risque urbain. Il peut être absolument partout puisqu'il est au cœur de l'échange. Si la peur de la ville est ancienne - Arlette Fargeparle d'une «vision urbaine qui colle à la ville comme un gant à la peau»(2) - les représentations qui structurent cet imaginaire se modifient. Aujourd'hui, la ville n'est plus seulement le théâtre de tous les dangers, un espace sur lequel peuvent, à tout moment, s'abattre de l'extérieur des désastres menaçant 7

son intégrité, le lieu où, par l'effet de la concentration et de la promiscuité, les fléaux se propagent et se démultiplient. Elle est aussi désormais perçue comme étant, elle-même, la source des périls qui la menacent. «Plus encore que les catastrophes provoquées par les forces telluriques, sont urbaines celles engendrées par une société malade d' ellemêrne>>(3).. .

n est vrai qu'en raison de l'imbrication très étroite des réseaux de toute nature qui l'innervent, la ville contemporaine apparaît comme un système instable dont l'équilibre est obtenu par une infmité de régulations. Ce qui assure l'efficience de la «cité câblée>>(4) provoque en même temps .sa fragilité. La complexité et l'interdépendance qui la caractérisent impliquent que la moindre défaillance, la plus petite perturbation peuvent avoir des effets démesurés. Le risque paraît s'originer, de manière presque insidieuse, dans le fonctionnement même de la ville moderne; il semble s'immiscer dans le maillage dense de ses innombrables
conneXIOns.

Les réseaux techniques qui constituent l'armature matérielle de la ville, et qui en «assurent l'urbanité»(s), apparaissent, alors, progressivement comme un enjeu important pour la sécurité. Le lancement récent de recherches sur le thème des risques dans les réseaux manifeste l'émergence d'une sensibilité nouvelle des gestionnaires de la ville vis-à-vis de la vulnérabilité du système réticulaire urbain(6). Mais une grande partie de ces analyses relèvent d'une approche exclusivement technicienne. Elles tentent de repérer les facteurs de dysfonctionnement des réseaux, d'améliorer leurs performances en termes de fiabilité, ou de mettre au point des dispositifs aptes à en accroître la sécurité. On retrouve ici le découpage disciplinaire qui structure, en général, le champ des recherches sur la sécurité urbaine(7) : Aux risques sociaux correspondent des approches de type sociologique, aux risques «techniques» s'appliquent les méthodes rodées de l'ingénierie urbaine. Et lorsque les sciences humaines sont mises à contribution dans des domaines considérés comme étant, a priori, hors du champ de leurs compétences, leurs interventions sont circonscrites à 8

Aux risques sociaux correspondent des approches de type sociologique, aux risques «techniques» s'appliquent les méthodes rodées de l'ingénierie urbaine. Et lorsque les sciences humaines sont mises à contribution dans des domaines considérés comme étant, a priori, hors du champ de leurs compétences, leurs interventions sont circonscrites à l'analyse des contextes sociaux des problèmes techniques: la perception des risques, les attitudes sociales vis-à-vis des innovations technologiques, ou encore les réactions des populations aux situations de panne ou d'accident. Répartition des territoires, donc, qui réserve aux «sciences dures» le traitement scientifique des risques et concède aux «sciences molles» l'exploration de la subjectivité sociale face aux dangers. Et, pourtant, un ensemble de considérations semblent nous convier à dépasser cette définition; quasi tautologique, du domaine de la recherche sociologique. On sait, en effet, que la ligne de partage entre le champ du technique, du politique, du social ou de l'économique se déplace au fil du temps. Et,' comme le dit Isabelle Stengers à propos de la science, chacun de ces champs est «un champ mouvant, instable, travaillé par les acteurs qu'il est censé définir»(8). Cette division, «ce mode singulier de discrimination des repères en fonction desquels s'ordonne l'expérience de la coexistence»(9), chaque société l'institue à sa manière. C'est une production historique, une création. En ce qui concerne la technique, «elle est dimension essentielle de la création d'ensemble que représente chaque forme de la vie sociale, et cela avant tout parce qu'elle est, tout autant que le langage, élément de la constitution du monde en tant que monde humain, et en particulier de la création par chaque société de ce qui, pour elle, est réelrationnel, par quoi nous entendons ce qu'elle pose comme s'imposant à elle»(1o).Pourquoi alors ne pas s'interroger sur cet «étiquetage» des phénomènes sous des rubriques qui nous sont tellement familières qu'elles semblent aller de soi? Quelle est la rationalité à l'œuvre dans l' autonomisation et la catégorisation d'un certain nombre de problèmes comme problèmes techniques, requérant un mode de traitement particulier? Quelle mise en forme de la coexistence sociale 9

réalise cette représentation? Il faut reconnaître aussi, qu'au-delà de ces considérations d'ordre très général, des recompositions sont en cours dans le domaine de notre recherche qui incitent fortement à essayer de franchir les limites habituellement assignées à nos disciplines: actuellement, la gestion des risques urbains tend, en effet, à faire l'objet de nouvelles problématisations. Les frontières entre le technique, le politique, le social y deviennent, en particulier, plus floues, moins étanches. La prise en compte des situations d'incertitude inhérentes à la gestion des systèmes urbains complexes, la reconnaissance des limites de la science pour maîtriser l'imprévisible, la nécessité d'opérer des arbitrages commencent à susciter des interrogations sur les formes d'organisation sociale qu'implique la régulation machinique des flux urbains. Et, l'on observe une certaine réintroduction du social et du politique dans des domaines appréhendés, auparavant, selon une perspective exclusivement technicienne. Ce sont les signes de ces redéfinitions encore timides, les traces de ces jonctions à peine amorcées que nous tenterons de repérer, en examinant l'évolution des notions de sécurité et de risque dans le domaine de l'eau et de l'assainissement. Un retour préalable sur l'histoire nous a paru indispensable pour dégager le sens des évolutions en cours. Nous avons donc effectué une relecture des travaux disponibles sur le sujet. Relecture, bien évidemment, orientée qui implique une sélection et une réinterprétation des informations recueillies. C'est ensuite à partir de l'étude des dispositifs et des règles de protection successivement adoptés que nous avons tenté de repérer l'évolution des modes de problématisation des dangers de l'eau dans la ville. Détour nécessaire, car tout problème, à partir du moment où il est formulé, se donne à voir comme un problème en soi, contraint à raisonner à l'intérieur des limites qu'il a définies, et ne se livre, donc, pas de lui-même. Or, la manière dont un problème est posé circonscrit l'espace des solutions disponibles pour le résoudre. Pourquoi donc, à l'inverse, l'analyse des solutions retenues ou simplement envisagées ne nous informerait-elle pas sur la «nature» du 10

problème auquel elles sont censées répondre? C'est une telle perspective que nous avons finalement adoptée. Elle nous a conduits à identifier les valeurs et les représentations qui structurent, dans le domaine de la distribution et de l'évacuation de l'eau, les pratiques des gestionnaires vis-àvis de la sécurité, à en repérer les lignes de force et à délaisser, provisoirement, l'étude des conditions locales de leur diffusion.

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