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La violence politique au Congo-Brazzaville

De
238 pages
Pendant que le pays coule et que l'économie, l'éducation, la santé dérivent, à l'heure où l'homme fort du pays, Sassou Nguesso, filleul de la françafrique, parle d'instaurer la démocratie, le peuple congolais n'est pas dupe, mais il n'a pas droit à la parole, au risque de se faire massacrer une fois de plus. Cette réflexion veut combattre l'impunité.
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La Violence politique au Congo-Brazzaville

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus
Banianga MUNONGO, Congo-Kinshasa: le chemin de la démocratie, 2008. Jean BRUNATI, De l'esclavage des Noirs à celui des camps nazis,2008. Jean-Roger ZIKA, Réflexions sur la question noire. Réponse à Gaston Kelman, 2008. Jean-Pierre AKUMBU M'OLuNA, Libres propos sur les réformes juridiques au Gabon, 2008. Gaspard MUSABYllv1ANA, Rwanda: le mythe des mots. Recherche sur le concept « akazu » et ses corollaires, 2008. Pierre MANTOT, Le projet de société des Matsouanistes, 2008. Juste Joris TINDY-POATY, À propos de l'œuvre de Pierre Claver Akendengué, 2008. Jean-Alexis MFOUTOU, La langue française et le fait divers au Congo-Brazzaville, 2008. Edna DIOM, Côte d'Ivoire. Un héritage empoisonné, 2008. Askandari ALLAOUI, Mise en place de politiques éducatives locales dans la postcolonie de Mayotte, 2007. Pierre MANTOT, Les Matsouanistes et le développement, 2007. Jean-Loup VIVIER, L'Affaire Gasparin, 2007. Véronique Michèle METANGMO, Le Zimbabwe. Aux sources du Zambèze, 2007. Ghislaine Nelly Huguette SATHOUD, Le Combat des femmes au Congo-Brazzaville, 2007. Maxime Anicet DJEHOURY, La guerre en Côte d'Ivoire, 2007. Louis Naud PIERRE, Haïti, les recherches en sciences sociales et les mutations sociopolitiques et économiques, 2007. Mbog BASSONG, Esthétique de l'art africain, symbolique et complexité, 2007. Mosamete SEKOLA, L'Afrique et la perestroïka: l'évolution de la pensée soviétique sous Gorbatchev, 2007. Ali SALEH, Zanzibar 1870-1972 : le drame de l'indépendance, 2007.

Jean-Claude

Mayill1a-Mbell1ba

La Violence politique au Congo-Brazzaville
Devoir de mémoire contre ['impunité

L'Harmattan

@

L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique,

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05216-1 BAN: 9782296052161

A Krista, ma fille, décédée en exil en 1989, à l'âge de cinq ans et demi A mes enfants et petits-enfants

A mes sœurs aînées Nsoungui et Vouala massacrées dans les forêts du Pool par les bombardements des hélicoptères de combat angolais au service de Sassou Nguesso A mes parents et grands-parents Auxfrères Mbiemo et Milongo, mes grands-oncles, fusillés à Mayama, en 1940, par la France en guerre contre les Nazis, pour résistance contre les atrocités coloniales françaises.

« L'ascension sociale se faisant sans échelle, ceux qui se dégagent et s'élèvent ne peuvent que monter sur les épaules et sur la tête de ceux qu'ils enfoncent. (...) Est-il difficile de se dire: je ne veux pas jouir de ce qui coûte à d'autres tant de sueur et de sang ?.. » Lanza del Vasto Les quatre fléaux, Denoël, 1959.

« Tout acte, tout accord, toute convention, tout arrangement administratif ou tout autre fait qui a pour conséquence directe de priver la nation de tout ou partie de ses propres moyens d'existence tirés de ses ressources naturelles est considéré comme un crime de pillage imprescriptible et puni par la loi. » Article 38 de la Constitution de la République du Congo du 2 janvier 2002

AVANT-PROPOS

Pendant que le pays coule, que tout va de travers et dérive, telles que l'économie, l'éducation, la santé, l'on trouve encore, malheureusement, des femmes et des hommes qui se réclament d'une politique qui cause des ravages. Et pour élément causal: des besoins alimentaires ou la politique dite du ventre. Dans ces conditions, existe-t-il encore au Congo-Brazzaville, des hommes politiques et une opposition crédibles et dignes de foi? Telle est la question que ne cessent de se poser tous les observateurs politiques et les Congolais, du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest. A en croire à ce qui se dit, apparemment tout n'est plus que faux-semblant. C'est également en observant le comportement et l'attitude de certains de ces leaders et hommes politiques, qu'il m'est venu l'idée d'écrire ce livre, que d'aucuns traiteront peut-être de provocateur, dans le seul et unique but de rappeler aux uns et aux autres la Place, le Devoir, l'Obligation et la Responsabilité qui sont les leurs à l'égard de ce peuple qui a tout perdu, qui paye le prix le plus lourd, à cause de leurs bêtises, aussi de leurs incurie et cupidité, pour se vautrer dans la
conCUSSIon.

Le peuple congolais n'est pas dupe. Il sait ce qui se passe, ce qui se trame dans son dos. Sauf qu'il n'est plus écouté, qu'il n'a plus droit à la parole, au risque de se faire massacrer, une fois de plus. Il sait qu'il a, en face de lui, une nouvelle génération, une nouvelle race d'hommes politiques sans scrupules qui, comme disait feu président Marien Ngouabi, ont une double carapace. Un type de politiques cupides et avides qui excellent dans la facilité et la compromission. Une génération nouvelle de politiques qui se complait dans la politique du ventre et dans l'absence de projet. C'est vrai, la France a installé au Congo, en 1997, de nouveaux « Thomasset », de nouveaux « Cavaignac» et autres « Toqué », avec cette fois-ci pour ordre certainement d'appliquer ce qu'on appelait au 13

début du XXe siècle, le « Code Thomasset »1. Car au Congo de cette époque, dans les années 1900, le meurtre ou l'assassinat d'un indigène était appelé animalicide2. Face à la politique de la faim, de la soif, de privation de soins médicaux et de paupérisation de tout un peuple, ce qui est aussi une arme de guerre indolore, surtout incolore, il n'y a plus de morale, plus de compassion pour les autres. Il n'y a plus que la politique du « Sauve qui peut ». La survie est au plus « agile» et au plus « débrouillard ». Une politique destinée à mettre à genoux tous les Congolais, afin de les plier, de les obliger à ramper jusque sous la table où mange le roi et y ramasser les miettes qui en tombent. Or ne peuvent y parvenir et y avoir accès que les courtisans. La pire des humiliations qu'on puisse faire subir à une nation indépendante et souveraine, c'est de lui imposer, par un ou des Etats tiers, un chef qu'elle ne s'est pas choisi librement. Et dans cet ordre d'idée, le pire ennemi de l'esclave, c'est « l'affranchi », l'exécuteur impitoyable de ce que son Maître ne peut et surtout ne veut accomplir de ses propres mains. A l'adresse donc de nos leaders et autres hommes politiques, j'ai simplement envie de dire: « Ne vous reniez pas. Redressez-vous! S'il Y a lieu de mourir de faim, il vaut mieux la subir dans ['honneur, avec honneur, aux côtés de votre peuple. Ne tombez pas dans l'infamie de la déchéance morale et politique sous le prétexte d'œuvrer pour la paix, alors que tout le monde sait que vous agissez non pour le bien du peuple, mais bien pour vos ventres et vos proches. » Ne sous-estimez pas ce peuple qui a ses yeux rivés sur vous. Ne pensez pas qu'il ne sait rien ou ne voit rien. Ce serait vous tromper sur lui. Il est encore temps de vous ressaisir. Car, un peuple longtemps brimé, longtemps maltraité, longtemps torturé, longtemps martyrisé et qui n'attend plus rien de personne, finit toujours par se révolter. Ce jour-là, plus rien ni personne ne pouvant le contrôler, il s'en prend d'abord à l'objet réel de ses malheurs avant de se retourner, si nécessaire, contre ses propres leaders. Ne l'oubliez surtout jamais.
1

Félicien ChalIaye, Un livre noir du colonialisme. « Souvenirs sur la colonisation», Les

Nuits Rouges, Paris, 2003, pp. 64-67. 2 Félicien ChalIaye, ibid.

14

C'est pourquoi, à travers ces pages, je fais appel au Devoir de Mémoire de tous les leaders et autres hommes politiques congolais pour combattre l'impunité et leur éviter ainsi de tomber dans la sénilité, la cécité et l'amnésie politique. Cet ouvrage, écrit surtout à votre intention, vous est destiné. Jean-Claude Mayima-Mbemba

15

INTRODUCTION

15 août 1963, la chape de plomb s'abat sur le Congo. Depuis, les mêmes femmes et les mêmes hommes officient aux destinées du Congo-Brazzaville. Du socialisme scientifique au marxismeléninisme, ils sont passés au capitalisme sauvage insidieusement plus criminel que les premiers. Ceux qui criaient « vive Marx! », «vive Lénine! », «vive Mao!» se sont tus, se sont reniés dans leurs convictions. Ce qui signifie qu'ils n'étaient pas sincères, qu'ils ne croyaient en rien de ce qu'ils disaient ou scandaient à longueur de journées. Ce sont ces jeunes d'hier qui, en 1963, criaient à tu tête: « A bas les vieux / », « Place aux jeunes /...». Curieusement, et comble de malheur, ces jeunes d'hier sont devenus les vieux d'aujourd'hui contre lesquels est dressé un bilan calamiteux, désastreux, lugubre et macabre. A leur tour, ils subissent la loi de l'âge. A leur tour, ils entendent les jeunes leur dire: « Vous êtes trop vieux, déguerpissez !», « Vous avez détruit tout le pays », « vous avez tout pillé, saccagé le pays entier» ,. «vous avez assassiné vos compatriotes et massacré massivement les populations congolaises, personne d'autre n 'alait autant avant vous, pas même sous la colonisation ». Pire que le président Youlou, que les mêmes avaient accusé d'avoir tout volé. On se souvient encore, comme si c'était hier, des slogans et chansons des Ndalla Graille, Noumazalayi et consorts: « Youlou a tout volé, nous rebâtirons de nouveau, suffit la liberté ... / » Malheureusement, ils n'ont rien rebâti, rien reconstruit et point de liberté. Au contraire, ils ont tout broyé, tout saccagé sur leur passage; ils ont tué, assassiné, massacré massivement. Ils ont pillé à tour de bras, vandalisé le pays. Malgré tout cela, ils sont encore là, toujours là, en train de perpétuer ce qu'ils ont semé le 15 août 1963, en pire, et pire encore dis-je! Avec comme corollaire, la dépravation des mœurs. Avec eux, ceux qui n'avaient pas la culture du crime, ont appris à assassiner, aujourd'hui, sans état d'âme. 17

Avec eux, ceux qui n'avaient pas la culture du vol et du viol ont appris à voler et à violer. Avec eux, ceux qui n'avaient pas la culture et l'esprit guerriers ont appris à manier les armes et à faire la guerre aux autres compatriotes. Avec eux, ceux qui n'avaient pas la logique criminelle sont devenus des criminels impitoyables. Ajoutées à tout cela, les traditions tribales transposées au niveau national comme mode de gouvernement, dont on voit les effets catastrophiques sur le plan de la gestion de l'État. Qu'ont-ils apporté de rassurant au pays? Rien, sinon que des fosses communes, des profanations de tombes, une multitude de sectes, des bombardements à l'arme lourde des édifices, des vols massifs, des détournements de fonds publics, des viols, des assassinats, etc. Ils sont devenus des kleptocrates doublés de criminels contre l'humanité, au lieu d'être des démocrates et des hommes de paix. Ce dont ils ont terriblement horreur3 d'ailleurs. Depuis, un homme, avec un petit noyau de son clan, s'est mis à tout broyer, ravager, détruire et réduire à néant tout l'existant, au grand bonheur de ses souteneurs. Comme quoi, même en politique, surtout dans ce domaine précis, les proxénètes ne font pas défaut. Et les Congolais pendant ce temps? Parce qu'ils ont été cueillis à froid, parce qu'ils sont traumatisés par la violence, la barbarie et la bestialité des milices, la férocité des troupes étrangères de quelques pays voisins et des mercenaires importés, au service du pouvoir par procuration, parachuté et mis en place, avec la bénédiction de Paris . 4 qUIYtrouve son compte: Ils ont maintenant peur, très peur pour se révolter, descendre dans la rue pour affirmer, ce qui est de droit, leur dignité, exprimer leur colère et revendiquer leur souveraineté, à l'exemple du peuple IVOIrIen. Ils ont oublié qu'ils n'avaient absolument rien fait lorsqu'ils ont été pilonnés à l'arme lourde dans les forêts du Congo où ils avaient essayé de trouver refuge. Pourchassés, exterminés purement et simplement, sans raison. Sinon, subir un châtiment collectif pour appartenance ethnique5.
4

3 Jean-François

Probst, Chirac, mon ami de trente ans, Denoël, Paris, 2007, pp. 151-159.

C'est effectivementpour cela que la France s'y est mouilléejusqu'au cou pour avoir, à son

actif, cautionné et couvert les massacres humains perpétrés par son protégé Sassou Nguesso. 5 Krysis Kilokila-Kiampassi, Barbarie et folie meurtrière au Congo-Brazzaville. Un châtiment collectifpour appartenance ethnique. L'Harmattan, Paris, 2005. 18

Ils ont oublié de penser que le seul moyen d'existence pour leurs bourreaux, comme tout « Ubu », pour se maintenir et rester au pouvoir octroyé par d'autres, c'est la terreur, la violence, le crime tous azimuts. En clair: le gouvernement de la terreur, pour la terreur et par la terreur . Ceci étant, personne ne se pose plus la question de savoir pourquoi Sassou Nguesso et son petit clan agissent ainsi. L'explication est très simple. C'est parce qu'il est revenu là pour se venger. Mais venger quoi et qui? Et les Congolais ont peur, très peur. De l'autre, conscients des méthodes et moyens qu'ils ont utilisés pour revenir au pouvoir, les « faillis» sont donc obligés de transmettre leur propre peur aux populations congolaises. Et les Congolais, ayant oublié cet élément parce que profondément traumatisés, sont tombés dans le panneau. Si demain les Congolais se réveillaient, relevaient la tête et levaient leur petit doigt, il est sûr et certain que beaucoup de ces criminels et kleptocrates prendraient tout de suite le large. C'est sûr qu'avant de prendre la fuite, ils assassineraient d'autres Congolais, puisque c'est leur seul mode opératoire. Mais, ils n'extermineront pas tout le peuple congolais, même si Paris, Libreville, Ndjamena et Luanda sont là pour couvrir et cautionner, une fois de plus, leurs génocides, leurs crimes contre l'humanité. N'empêche que le génocide rwandais et le coup de force contre le président Laurent Gbagbo, en Côte d'Ivoire, à l'actif de la France, ne sont pas du tout oubliés. Ce sont là autant de points de repères et de références. Il est dit que l'homme qui tombe au pouvoir du Mage perd la conduite de sa vie parce que la volonté d'un autre s'est projetée au cœur de son être, à la source de sa conscience qu'elle capte, et l'autre joue de lui comme d'un instrument6. C'est pourquoi, avec ce régime né de l'arbitraire, de la barbarie et de la bestialité, et qui ne survit? que grâce à l'arbitraire, à la barbarie et à la bestialité, nous disons que nous pourrons signer avec lui autant d'accords que nous voudrons, au nom de la paix, pour la paix, aucun d'entre eux ne sera respecté, appliqué, encore moins suivi d'effet.

6

7 Heureusement que la France, avec ses troupes de substitution (Angola, Gabon, Tchad) et ses multinationales militaro-industrielles (Total, Bolloré, etc.) sont là pour soutenir et couvrir la barbarie et les atrocités d'un régime honni par les Congolais. 19

Lanza deI Vasto,Les quatrefléaux, Denoël,Paris, 1959,p. 26.

L'explication est simple: lorsqu'un homme viole sa propre constitution qu'il s'est taillée sur mesure, la foule aux pieds, au grand mépris de la nation et de la communauté internationale, cet homme-là perd toute sa crédibilité et, dès lors, ne peut se comporter et agir que selon les lois régissant le grand banditisme. Ainsi donc, M. Sassou s'est parjuré. Dès lors, il n'y a plus d'État, plus de gouvernement, plus de chef d'État. L'Etat n'existe plus. Seules demeurent valables, pour lui, les us et coutumes traditionnelles ethna-tribales qu'il a érigées en Loi d'État, doctrine et philosophie de gouvernement. L'organisation et le déroulement des dernières élections législatives prétendues de cette année 2007, qui rentrent dans cette logique, sont autant de preuves pour conforter ce que j'avance et confirme ici. Sans hésitation. De ce fait, quel que groupe politique que ce soit, qui s'aventurerait dans cette voie, avec l'espoir de consolider la paix, se mettrait le doigt dans l'œil, ne ferait que preuve de naïveté. Car on ne discute pas, on ne négocie pas et on ne construit jamais rien de bon avec des femmes et des hommes sans foi ni loi, qui se renient jusqu'à leur propre signature. Ils n'ont pas le sens de l'honneur. Ils ne savent pas ce que sont la parole donnée, la parole d'honneur qui leur conféreraient toute dignité. La barbarie et la bestialité constituent leur seule règle de vie et de survie: la dictature. Alors, aux Congolais donc d'en prendre conscience et d'y réfléchir sérieusement, au lieu de tomber dans la sénilité, la cécité et l'amnésie politiques coupables, commandées par la politique du ventre ou par des pulsions qui refoulent la honte et font place à l'indignité.

20

PREMIÈRE PARTIE

DEVOIR DE MÉMOIRE CONTRE L'IMPUNITÉ

I QUAND LE DISTRIBUTEUR NE RÉPOND PLUS

La guerre de 1997 ou le retour de Sassou Tout commence au cours d'un mois de mai 1997. Je parle de la calamité nationale. Des citoyens congolais sont assassinés à Owando pour une affaire de tipoye. Nous sommes le 9 mai 1997. Le Mbochi Sassou souhaite être transporté sur un tipoye par les Kouyou d'Owando. Mais le Mbochi Sassou sait que les Kouyou ne s'y plieront pas. Un scénario bien monté pour la suite des événements. Le prétexte pour.. . L'on sait que dans les traditions ethno-tribales ancestrales KouyouMbochi de nos compatriotes de la région de la Cuvette, cette exigence est considérée et regardée, aux yeux des Kouyou, comme un acte de soumission, de dénigrement et d'abaissement. Ce qui équivaut à un acte d'allégeance envers les Mbochi. Devant le refus des Kouyou de se soumettre à cette humiliation, car pour eux c'en était une, un membre du convoi qui accompagne Sassou dans cette localité d'Owando ouvre le feu, tuant près de dix personnes. D'autres sources donnent le chiffre de douze tués. Quelques jours plus tard, ne supportant pas l'affront qui leur est fait, la vindicte Mbochi contre les Kouyou suit son cours. Cette fois ça se passe à Oyo. D'autres Congolais, d'origine Kouyou, y sont assassinés, en guise de leçon. Est-ce une façon comme une autre de leur faire comprendre qu'un Kouyou n'est pas l'égal d'un Mbochi ? Qu'ils n'ont donc que le devoir d'obéissance et de soumission envers les Mbochi ? Toujours au cours de ce mois de mai, en ma qualité de Représentant de l'Alliance URD-PCT et Apparentés (devenue entre temps URD-FDU) auprès de l'Union Européenne, au fait de ce qui se tramait, j'ai interpellé par courrier postal, courant mai 1997, M. Dominique de Villepin, alors Secrétaire général de l'Élysée. Ma lettre 23

attend toujours une réponse. On peut donc y voir l'arrogance et le mépris. Mais sans doute vient-elle à pied. Il y a cinq cents kilomètres entre Paris et Strasbourg, la même distance entre Brazzaville et Pointe-Noire, une distance où, en France, les trains ne mettent plus que 2 h 20 minutes au lieu de quatre auparavant, et où là-bas, au Congo- Brazzaville, il faut une semaine pour la même distance, parfois plus, pour arriver à destination, dans l'un ou l'autre sens. Bref, dans ma lettre de ce mois de mai 1997 à M. De Villepin, alors Secrétaire général de l'Élysée, j'écrivais: « (...) Telle que la situation se présente au Congo-Brazzaville, demain nous risquerons de ramasser des morts à la pelle... » (Fin de citation). Hélas, je ne m'étais pas trompé. La suite est plus horrible et atroce qu'on ne pouvait l'imaginer. Pour preuve, l'existence de nombreux charniers et autres fosses communes non encore identifiés ni répertoriés, mais tenus secrets jusqu'à ce jour. Le peuple congolais et les familles des victimes ainsi suppliciées ont-ils le droit de savoir, connaître la vérité? L'impunité doit-elle prendre le pas sur la transparence, le Droit, la justice? Un mort est inoffensif. Quand ou combien de temps faut-il encore attendre pour donner à ces malheureux compatriotes, victimes de la haine et de l'intolérance ethno-tribales, une sépulture digne de foi? Les us et coutumes traditionnelles ancestrales commandent-elles l'humiliation du vivant jusque dans sa mort par assassinat? La quête de la paix et de la réconciliation nationale doit-elle passer par ces ignominies-là? Cette quête exige-t-elle l'impunité, l'oubli de tous ces crimes et l'effacement de ces charniers qui, pourtant, existent bel et bien? Sans doute devons-nous attendre le feu vert de Paris, notre distributeur de pouvoir en Afrique, puisque toute accession au sommet de nos États découle de lui! Préliminaires et signes avant-coureurs

Avant que la guerre commencée à Owando entre frères ethnotribaux n'éclate au grand jour et ne se transporte à Brazzaville, à un moment où personne ne s'en doutait le moins du monde, le Bulletin Nord-Sud Exports, dans un article paru dans sa livraison de mai 1996, révélait que les Etats-Unis et la France auraient demandé aux deux protagonistes (Sassou et Lissouba) de limiter la guerre qu'ils devaient 24

se livrer plus tard à la seule ville de Brazzaville et pas jusqu'à PointeNoire. Et pour cause! Piège et prétexte pour déclencher la guerre Au Congo-Kinshasa (RDC ex-Zaïre), la situation politique est très instable. L'Occident (États-Unis, Belgique, France), soucieux de la sécurité de ses ressortissants, dépêche en République du CongoBrazzaville, des contingents armés dans le but de les exfiltrer, officiellement pour les évacuer, selon le terme consacré. Aujourd'hui, du moins en Afrique, tout le monde sait ce que renferment exactement ces expressions. Prétexte ou pas pour justifier la suite, le non-dit? Certainement, car jamais personne, sauf les commanditaires et leurs complices, ne le saura. Advienne que pourra! Le 5 juin 1997, les hostilités sont déclenchées. Mais, quelques jours avant l'attaque programmée, les contingents armés occidentaux, américains et belges, concertés ou pas, plient bagages, se retirent de Brazzaville. Ne reste que le contingent militaire français. Ce jour-là, le 5 juin 1997, fort de son droit d'incarner, d'exercer et de faire respecter l'autorité de l'Etat, le gouvernement Lissouba, selon la version officielle, décide d'appréhender et mettre aux arrêts les auteurs des tueries d'Owando et Oyo. Les assassins présumés sont dans la résidence de Mpila de l'ex-président Sassou Nguesso. Côté Sassou, on objecte: « Ce n'est pas pour arrêter quelqu'un qu'on m'a réveillé à 4 heures du matin. Les opérations de police obéissent à des règles précises qui n'ont pas été appliquées ici. Et qui a dit qu'Aboya et Engobo étaient chez moi? Ils m'ont agressé et j'ai décidé de me défendre» 8. Lissouba et son gouvernement savaient-ils qu'ils fonçaient, tête baissée, dans un piège tendu et mûri de longue date? J'en doute fort, puisque certaines révélations venues plus tard, nous ont apporté la confirmation de nos doutes. Par exemple, M. Jean-François Probst qui, longtemps très proche de Jacques Foccart et de Jacques Chirac, à travers « Chirac, mon ami de trente ans »9, nous éclaire sur ce qui s'était passé réellement et sur ce qui se tramait, pour leur plus grand
8 Jean-Pierre Makouta-Mboukou, La destruction de Brazzaville ou la démocratie guillotinée, L'Harmattan, Paris, 1999. 9 Jean-François Probst, op. cit. 25