Le Cameroun change

De
Publié par

Les pays d'Afrique sont engagés depuis la fin des années 80 dans de longues et difficiles mutations politiques, économique et sociales, avec pour finalité la prospérité et la démocratie. Mais certains en viennent à désespérer de la politique et de la démocratie. C'est pourquoi Pierre Mila Assouté propose au peuple camerounais une alternative politique, un projet de société nouveau pour un Cameroun moderne. L'auteur a bien voulu rentrer, par cet entretien, dans le détail des axes essentiels de son projet démocratique pour le cameroun.
Publié le : lundi 1 septembre 2008
Lecture(s) : 310
EAN13 : 9782296207066
Nombre de pages : 98
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

LE CAMEROUN CHANGE

« Conversations autour de ma nouvelle vision d'une société moderne »

Collection Les Grands Entretiens de L'Harmattan

Dans sa tradition éditoriale, les Editions l'Harmattan sont aussi bien "Au carrefour des cultures" qu'au carrefour des mouvements d'idées et des projets de transformation sociale. La présente collection est ouverte aux acteurs de ces dynamiques intellectuelles, sociales et politiques.

PIERRE MILA ASSOUTÉ

LE CAMEROUN CHANGE
« Conversations autour de ma nouvelle vision d'une société moderne »

Entretien réalisé par André Julien Mbem

L'Hartnattan

Adresse de l'auteur: chiefmilla@gmail.com
2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr @ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-06432-4 EAN : 9782296064324

Avant-propos

Le Cameroun:

état des lieux

Au plan politique, le Cameroun m'apparaît comme un pays bloqué, livré à lui-même, incapable par son organisation politique et sa gestion du pouvoir, de satisfaire les nombreux besoins élémentaires des populations: manger, avoir de l'eau potable, vivre sous un toit, envoyer ses enfants à l'école et disposer de voies de communication adéquates. Structurellement, l'organisation institutionnelle de l'Etat n'obéit pas, de mon point de vue, aux critères de déflnition d'un pays de liberté et de droit démocratique, qui se distingue essentiellement par une nette séparation des pouvoirs, et surtout par une spécialisation fonctionnelle des institutions adaptées au développement du pays, à savoir: l'exécutif, le législatif et le judiciaire. Les relations entre l'Etat et la société sont caractérisées par la méfiance. Le rapport au peuple tel que hérité de l'administration coloniale reste paternaliste, tutélaire et opprimant. Il est même tétanisant pour l'initiative et le génie. Notre pays dispose de compétences des plus variées, célébrées ailleurs et ignorées chez nous, souvent au profit de choix subjectifs. En accédant à l'indépendance, sans doute en raison des circonstances particulières qui le justifiaient et qui sont aujourd'hui dépassées, notre pays s'est doté d'un régime présidentialiste fort, avec des pleins pouvoirs entre les mains d'une seule conscience individuelle. Le retour au pluralisme politique en 1990, a érigé contre tout espoir du peuple qui y a cru, des alibis démocratiques pour les uns qui sont au pouvoir, et, des sanctuaires d'une eXploitation abusive des antagonismes régionaux et autres clivages

ethniques qui hypothèquent notre cohésion nationale pour certains autres, reconvertis dans «l'opposition» . Au lieu d'être des forces de propositions alternatives, les partis politiques, encouragés par le pouvoir, sont dévoyés en simples partenaires, prédisposés à la moindre occasion à se mettre à table autour du« gâteau national ». La politique féconde un régime de replis identitaires, d'exclusions, d'intolérance, du refus du dialogue et de l'usage de la violence comme mode d'expression politique. Les foyers de tensions entre groupes linguistiques que l'on croyait révolus réapparaissent avec des revendications inaudibles, parfois incompréhensibles, mais qui méritent de bonnes réponses... les groupes marginaux désespérés longent nos rues et s'exaspèrent en se nourrissant de la violence. . . Le choix des dirigeants est problématique: fraudes électorales massives, corruption, manipulations des lois électorales, complicité entre le judiciaire et l'exécutif, discriminations fantaisistes de candidatures et des électeurs gênants. .. La dernière manipulation de la Constitution à des fms personnelles, par sa grossièreté, vient de mettre un arrêt au processus démocratique qu'il faudra réparer. Le peuple est descendu dans la rue pour exprimer son rejet. L'usage disproportionné de la force par le pouvoir pour maintenir l'ordre public a provoqué des massacres qui ne dévoilent pas encore tous leurs secrets... La profonde dépolitisation du peuple qui ne participe plus aux mascarades électorales est une menace sur la paix. Pour ma part, la violence couve. L'interdiction des meetings politiques et la fermeture des radios qui contredisent le pouvoir exposent le pays à des explosions inattendues. Le Cameroun est entré dans un cycle de tensions politiques que seul un vrai programme politique et un vrai dialogue peuvent exorciser. Le pays est insidieusement ouvert à une vacance de pouvoir explosive en cas de disparition subite du chef de l'Etat qui, au-delà de toutes

8

autres considérations de vie souhaitée à chacun, est un être mortel. Les polyphonies internes au RDPC, le parti au pouvoir, et les cacophonies gouvernementales répétitives, la peur qui s'empare de tous, sont des indices des graves déchirements futurs de notre pays qui pourraient marquer la succession de Paul BIYA dont la fm de règne présente des alertes certaines. Il s'agit là d'indices d'un schéma catastrophique que ma posture entend prévenir pour éviter une guerre civile à notre pays. Je vais m'y employer avec foi et de toute mon énergie, en m'appuyant sur le peuple du Cameroun.

Au plan économique, notre pays souffre d'une absence chronique de vision stratégique en vue de la création des richesses et de leur redistribution. La dimension de notre système éducatif qui conduit à des cursus sans avenir professionnel est un facteur aggravant de cette myopie prévisionnelle qui plombe nos capacités de création des richesses à partir des forces de travail internes. Alors que nous bénéficions d'un positionnement naturel extraordinaire des plus favorables dans une région qui représente un marché de plus de 400 millions d'habitants, notre économie est entrée dans une phase de déclin qui ne s'est plus arrêtée depuis 1986. Le taux de croissance est passé de 9,8% en 1980 à 2,5% en 2007. Le Cameroun était pourtant parmi les premiers pays d'Afrique les plus prospères, -au même niveau que la Corée- il y a 30 ans. Les Camerounais et les Africains en étaient fiers. . . Dès 1961, avec la création de la SNI, (Société Nationale des Investissements) le Cameroun nourrissait déjà, futuriste, une ambition industrielle dans la région d'Afrique centrale et dont l'objectif visait à soustraire notre économie d'une dépendance aux produits d'importation. Nous disposions

9

d'un fleuron industriel impressionnant dans tous les secteurs de production qui demandaient juste à être valorisés. Ma vision c'est de faire du «déterminisme économique» une nouvelle approche de production. En 1982, nous disposions d'un Etat «fmancièrement sain avec des réserves suffisantes ». Je me souviens de « nous n'irons pas au FMI» de Monsieur BIYA lui-même en 1985. Un an seulement après une telle pantalonnade, le gouvernement s'est vu contraint de nous soumettre à cet ajustement structurel des institutions de Bretton Woods qui n'en finit plus. Désormais dépendante de l'étranger, en raison des graves problèmes de gouvernance, et accessoirement de la baisse des cours des termes des échanges, notre pays a perdu toute souveraineté. T out a commencé par la décision de réduire le train de vie de l'Etat. Quelque temps après, on a vu se démultiplier un parc automobile de grosses cylindrées qu'on avait entièrement bradées peu avant. Les sociétés publiques accusées d'être des gouffres fmanciers devaient signer des contrats de performance. Ensuite il fallait privatiser. .. Le gouvernement, sous la pression des bailleurs de fonds, s'est embarqué dans une scandaleuse aliénation du patrimoine national, fruit de plusieurs dizaines d'années d'efforts, au profit des intérêts économiques extérieurs, sans consultations préalables de la communauté nationale. Le prétexte était tout trouvé: le désengagement de l'Etat du secteur de production. Sans préparation aucune, le secteur productif s'est retrouvé embarqué poings et pieds liés dans un train mondial piloté à grande vitesse vers une économie de marché entièrement ouvert à la concurrence. Nos paysans sont restés sur le bord

de la route

-

avec leurs produits de rente (café, cacao, coton)

- livrés à des prédateurs divers. La brutale fermeture de l'Office National de Commercialisation des Produits de Base, (ONCPB) qui régulait la vente, a ébranlé toute la base agricole des produits de rente. S'il est vrai que l'option des privatisations est pertinente pour le développement d'un

10

secteur privé productif compétitif, l'opacité qui a entouré le processus des privatisations au Cameroun a laissé un goût amère et un ensemble de questions toujours sans réponses quant aux objectifs poursuivis. Elle a donné lieu, purement et simplement, à une braderie du patrimoine collectif. La démultiplication des pertes d'emplois se poursuit encore sans que l'on sache avec clarté ce que ces opérations rapportent à l'Etat. Les exemples de privatisations citées comme des réussites restent minoritaires. ( Camrail pour la Régifercam, MTN pour Camtel mobile, SBM pour les Bananeraies de Njombé, SOCAP ALM) ... Un endettement exponentiel de l'Etat s'est poursuivi malgré tout. Le portefeuille de la dette extérieure a atteint 5000 milliards F.CF A en 2004 avec une dette intérieure de 400 milliards F.CF A convertie en titres à la Caisse Autonome d'Amortissement (CAA). Il faut remarquer qu'aucun investissement endogène comparable ne justifie un tel niveau d'endettement public. Le pays n'a aucune stratégie économique propre autre que la poursuite de l'atteinte du Point d'Achèvement de l'Initiative des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE); club auquel notre pays s'est affilié, déjà miné par la corruption. Nous étions un pays en voie de développement!!! Depuis lors, tous les mécanismes de production se sont déréglés à la base. L'embryon industriel national s'est déstructuré, fortement contrôlé par les seuls intérêts économiques étrangers. Les opérateurs économiques nationaux et le gouvernement sont pris au piège des pressions fiscales exigées des bailleurs de fonds dont le programme de lutte contre la pauvreté est un échec sur le continent. Il faudra revoir assez vite les axes d'une coopération justifiable et d'une orientation nouvelle avec les bailleurs de fonds. Au terme de 22 années de sacrifices fmanciers consentis par les populations en vue de sortir de la crise, l'issue d'un point d'achèvement présenté comme la fm des ennuis du

Il

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.