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Le Cameroun en devenir

De
212 pages
Nous vivons dans une société fragile, multiple et une. Le discours politique est attendu d'une façon nouvelle par les différentes couches de la société : par les jeunes qui doutent de leur liberté et qui ont besoin d'exister d'une façon sensée et responsable ; par des hommes et des femmes, responsables de la société civile, qui demandent à être soutenus et encouragés. Le discours politique donne à tous la force d'avancer, de faire naître la confiance et l'espérance.
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Le Cameroun en devenir
Considérations sur la construction
d’un nouveau projet social
COLLECTION « PENSÉE AFRICAINE »
dirigée par François Manga-Akoa


eEn ce début du XXI siècle, les sociétés africaines sont secouées
par une crise des fondements. Elle met en cause tous les secteurs de la
vie. Les structures économiques, les institutions politiques tels que les
Etats et les partis politiques, la cellule fondamentale de la société
qu’est la famille, les valeurs et les normes socioculturelles
s’effondrent. La crise qui les traverse les met en cause et au défi de
rendre compte de leur raison d’être aujourd’hui.
L’histoire des civilisations nous fait constater que c’est en période
de crise que les peuples donnent et expriment le meilleur d’eux-
mêmes afin de contrer la disparition, la mort et le néant qui les
menacent. Pour relever ce défi dont l’enjeu est la vie et la nécessité
d’ouvrir de nouveaux horizons aux peuples africains, la Collection
« PENSEE AFRICAINE » participe à la quête et à la création du
sens pour fonder de nouveaux espaces institutionnels de vie africaine.


Dernières parutions

Charles Wola BANGALA, Servir la République. Catalina-
César-Cicéron, quel modèle pour l’Afrique ?, 2011.
Antoine MANDA TCHEBWA, Préjugés et déni d’humanité,
2012.
Antoine MANDA TCHEBWA, Masques onomastiques, 2011.
J-M. ATANGANA MEBARA, Lettres d’ailleurs, 2011.
Pontien BIAJILA IFUMBA, L’Existentialisme chez Gabriel
Marcel, 2011.
Brice POREAU, Extension de la théorie de la reconnaissance.
L’exemple du génocide rwandais, 2011.
Charles Jean Marie MINYEM, Descartes et le développement,
2011.
Thierry AMOUGOU, Le Biyaïsme, Le Cameroun au piège de la
médiocrité politique, de la libido accumulative et de la
(dé)civilisation des mœurs, 2011.
Koffi Célestin YAO, Création en contexte, Une pratique
plastique aux croisements des cultures, 2011.
Berthe, LOLO, Schizophrénie, autrement…, 2011.
Léonard MOUAHA












LE CAMEROUN EN DEVENIR
Considérations sur la construction
d’un nouveau projet social












L’Harmattan
































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55849-6
EAN : 9782296558496
AVERTISSEMENT ET REMERCIEMENTS

Ce livre est dédié à tous ceux qu’intéressent le Cameroun et son
évolution politique depuis l’ère postérieure aux indépendances, et plus
particulièrement sous l’impulsion de Paul Biya. Mais, il s’adresse en
substance aux Africains dont la lutte pour l’affranchissement du
continent fait partie de l’histoire universelle tout comme la révolution
française de 1789 et la guerre d’indépendance de l’Amérique d’avril
1775 au 04 juillet 1776.
J’ai l’impression que ceux qui liront ce livre sentiront ce lien, car la
révolution africaine constitue un apport dans l’œuvre de la civilisation
mondiale.
L’auteur remercie tous ceux dont il a lu les œuvres sur le Cameroun
durant ces années passées. Point n’est besoin donc de cette érudition,
parfois fausse, de bibliographies imposantes, de listes de titres.
L’auteur remercie en particulier :
Les éditions SOPECAM qui se penchent régulièrement sur l’histoire
de notre pays.
Abel Eyinga, dont l’œuvre : Introduction à la politique
camerounaise, démontre clairement que la France est le fossoyeur de la
lutte des nationalistes pour l’indépendance et l’émancipation du
Cameroun.
Paul Biya, dont le livre : Pour le libéralisme communautaire lui a
apporté beaucoup d’éclaircissements sur l’idéologie de ce concept.
Paul Biya : Un nouvel élan : entretiens avec Charles Ndongo, dont
les élans et la perspicacité lui ont été d’une grande aide pour la
clarification idéologique.
Charly Gabriel Mbock, dont les assertions sur la politique
camerounaise dans son : Cameroun l’intention démocratique, bâti
autour de la « trame des pâques nationales », l’a rendu sensible à l’appel
insistant pour la recherche d’une voie nouvelle. Hubert Mono Ndjana qui s’est penché sur L’idée sociale chez Paul
Biya et a enrichi sa recherche événementielle.
Louis Paul Motazé dont l’œuvre : L’Afrique et le défi de
l’extension de la sécurité sociale, l’exemple du Cameroun, a constitué
pour lui un précieux outil de réflexion pour l’amélioration de la politique
sociale.
Emmanuel Wonyu (alors rédacteur en chef) de la revue Afrique
2000 dont l’article, Brazzaville, le mythe d’une certaine émancipation
de l’Afrique, publié dans la revue Humanisme de juin 1994 a été d’un
grand apport pour la compréhension de ’’l’esprit’’ de Brazzaville sur la
base du discours du Général de Gaulle qui marquera toutes les étapes de
la décolonisation en Afrique noire francophone jusqu’aux indépendances.
Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa dont
l’ouvrage KAMERUN, une guerre cachée aux origines de la
Françafrique – 1948-1971 , éditions ‘’la découverte’’ (2011) a
constitué des références historiques.
Decraene, auteur de plusieurs ouvrages consacrés à l’Afrique noire
(et journaliste du journal Le Monde) qui a fait, dans la revue Humanisme,
numéro de juin 1994, le point sur la situation et le devenir du continent
africain et bien d’autres Français et Africains encore qui œuvrent pour
l’amitié et la compréhension entre les peuples.

6







« Nous sommes à présent des hommes gouvernés par des
principes, si tant est que nous soyons gouvernés : nous ne
devons plus compter, pour nous conduire, sur des impulsions de
la jeunesse et sur la discipline de l’enfance ».

L’Archevêque Frederick Temple
AVANT-PROPOS

Le lecteur se posera sans doute la question de savoir pourquoi cet
ouvrage porte comme titre : « Le Cameroun en devenir : considérations
sur la construction d’un nouveau projet social ». Mais convenons que
cet essai aurait pu porter un autre titre, comme : « L’édification du
Cameroun de demain : pour le meilleur et sans le pire », en gardant le
même contenu, bien entendu.
« Vision d’avenir », « Théorie », « Doctrine », « Utopie » (dans son
acception réaliste moderne), « Planification », « Pronostic » ; peut-être le
lecteur reconnaîtra-t-il quelques traits caractéristiques de chacune de
ces méthodes et de ces façons de présenter une réalisation politique, dans
le contenu de ce livre. Celui-ci vise en tout cas à dégager une prospective
génératrice d’espoir, à être suggestif, dans la mesure du possible logique,
à rassembler un faisceau de perspectives, pour susciter des choix et des
engagements qui vont bien au-delà de nos clivages politiques.
Ce livre - il est rassurant de le préciser d’emblée - n’a pas la
prétention de donner des leçons d’économie ou de développement, de
stratégie. Son but n’est pas de livrer des recettes magiques, mais de
susciter une prise de conscience aiguë des problèmes camerounais et
africains de société.
L’objectif poursuivi est triple : présenter d’une part la réalité ; faire
apparaître par ailleurs une nécessité qui est autant la cause que la
conséquence de cette réalité ; c’est aussi le témoignage d’un « vouloir
vivre ensemble ».
La réalité, c’est la sensibilisation aux besoins concrets, élémentaires,
urgents des populations et à leurs aspirations immenses au bonheur, au
progrès et à la prospérité. Leur satisfaction est une exigence parce qu’elle
permet aux structures gouvernementales et à tous ceux qui assurent la
lourde responsabilité de la gestion socio-économique de notre pays, voire
de nos États africains, de sortir des chemins sclérosants, paralysants et
improductifs.
La nécessité c’est la conquête patiente du bonheur. Dans les
convulsions qui agitent actuellement notre planète, il est difficile de comprendre le présent et de prévoir l’avenir. Particulièrement au
Cameroun où l’invective tient lieu de dialogue, où l’on se retranche dans
son camp et dans ses idées toutes faites sans daigner prêter attention à
l’autre. Les Camerounais sont assourdis par un débat d’une futilité
affligeante : les esprits les plus estimables de ce pays gaspillent leur
talent dans un match meurtrier, portant sur des sujets subalternes et
irréels. A présent, la mauvaise foi est un de nos beaux-arts, la haine, une
de nos distractions. Sommes-nous tombés dans le piège de l’intolérance ?
Enfin, c’est le témoignage d’un « vouloir vivre ensemble » que nous
aimerions tant voir partager par tous les Camerounais, sollicités par la
dureté des temps présents de chercher ce qui les rassemble et, au-delà, de
trouver dans leurs différences, matière à un débat d’un nouveau style, qui
serve le combat commun pour notre pays, qui enrichisse la démocratie.
Aussi, il nous paraît que le Cameroun ne saurait progresser sur le
chemin du développement sans se critiquer.
Cette critique de soi est une exigence des temps parce que, imposée
par la connaissance objective, réelle, des problèmes socio-économiques.
Cette critique de soi est une exigence parce qu’approche de plus en
plus l’heure de la comparaison, non pas entre l’ère postérieure aux
indépendances et l’ère coloniale, mais plutôt entre la manière d’organiser
le développement et la productivité et finalement de réaliser la
satisfaction des besoins minimaux des masses par deux formes de
société, celle d’avant et celle d’après cinquante ans d’indépendance.
On perçoit assez l’impact de cette comparaison ou de cette tendance
à la comparaison sur l’adhésion aux mots d’ordre politique ! Voilà
pourquoi nous avons cru devoir intituler cet essai : Le Cameroun en
devenir : considérations sur la construction d’un nouveau projet social.
« Le Cameroun en devenir», parce que le Cameroun à l’horizon
2015… 2020… c’est un enjeu capital pour notre pays et nos concitoyens.
Les changements qui vont intervenir d’ici là verront certains grands
projets en phase de réalisation, de nouvelles potentialités économiques
qui se structurent dès à présent. Or, pour accompagner ceux-ci, certains
enjeux sont majeurs et concernent les valeurs reconnues comme
fondamentales – énoncées sans ordre hiérarchique – la paix, l’unité, le
10 travail, la liberté, la patrie, la solidarité, la prospérité, le progrès et la
sécurité. Elles représentent les critères « sociopolitiques » de l’intégration
nationale.
Plus que jamais, il convient de faire appel à l’intelligence de nos
compatriotes et à leur bon sens, il est vital de mobiliser leurs capacités et
leurs énergies. Ce changement passe par un renouveau de la vie politique,
par une relance du dialogue social, par un foisonnement d’initiatives
venues de la société elle- même.
Regardons autour de nous. L’État agit, les hommes politiques aussi,
mais sans qu’ils s’en rendent compte, la société bouge. Et plus
particulièrement dans les domaines économique et social. Elle est forcée
de s’adapter.
« Considérations sur la construction d’un nouveau projet social »
ensuite parce que nous devons rester nous-mêmes tout en nous adaptant à
une situation nouvelle. Sortir du tunnel, du désespoir et de la résignation,
c’est se débarrasser de tous les maux qui paralysent le pays.
Sans doute, avons-nous changé d’époque. Après l’indépendance,
l’espoir était grand de bâtir un Cameroun nouveau. Nous le partageons
toujours cinquante ans après. Aujourd’hui, c’est un autre décor. Qui parle
d’un monde radicalement neuf ? Qui prétend fournir la trame de notre
destin ? Est-ce là une raison suffisante pour se réfugier dans un
individualisme forcené et pour limiter à quelques actions ponctuelles son
rôle dans la société ?
Un exemple parmi tant d’autres : il est heureux que les artistes, les
jeunes, les femmes, les hommes - seuls ou en groupes - trouvent de
nombreux terrains pour s’exercer : la solidarité avec ceux qui ont faim,
l’aide aux malades et handicapés, l’animation de nos villes, de nos
campagnes et de nos quartiers… c’est encourageant, mais cela ne saurait
suffire.
La politique est une affaire très sérieuse pour être laissée aux seuls
hommes et femmes qui en ont le goût et parfois le talent.
En d’autres termes, même si le spectacle de la politique vous irrite,
même si les partis ne vous paraissent guère accueillants, ne passez pas à
côté. Il faut en être. Moi-même, suis-je parfois découragé après telle
réunion du parti ou d’une association, où mes propositions n’ont pas
progressé, après telle réunion internationale, où des décisions sont
11 contraires à l’éthique humaniste, contraires à l’organisation politique du
monde dans l’intérêt de la paix et de la justice. « …Vingt fois sur le
1métier … ». Mais je ne peux pas, mais vous ne pouvez pas ignorer
2pourquoi, dès les indépendances, l’Afrique est « mal partie » . Les causes
proprement africaines : la géographie, le climat, mais aussi les séquelles
de la colonisation, les erreurs commises dans la politique du
développement, les raisons internationales : l’endettement insupportable,
la détérioration des termes de l’échange …
Mais comment délaisser le terrain ingrat de l’action économique et
politique qui permet de trouver, puis de mettre en œuvre des solutions
plus globales, fussent-elles imparfaites. On a le droit d’être sceptique sur
ce sujet comme sur d’autres.
Telle est la grandeur du politique que de se risquer à proposer des
analyses, des réponses, une action.
Tel est le terrain du politique, tel est le sens de notre interrogation
sur ce qui pourrait moderniser notre pays, lui faire épouser son temps : la
liberté, les expériences sociales, la politique des revenus, la planification,
l’entreprise, et surtout la négociation collective, la vie associative,
l’Afrique, c’est-à-dire un type de rapports sociaux où s’exprime
l’acceptation de l’autre et où s’élabore le compromis dynamique qui
permet le progrès de tous.
Dans cet effort de renouveler le style de la vie politique et y faire
participer les citoyens, au-delà du spectacle télévisé, des motions de
soutien et de l’usage du bulletin de vote, il y a place pour l’expression
des différents courants et des diverses traditions qui devraient faire la
richesse de notre pays.
3Le ‘’Libéralisme Communautaire’’ est de ceux-là ; c’est-à-dire une
forme de social-démocratie. Pour être plus précis, ne serait-il pas
préférable de dire : les socialismes ? Pour le renouveau du président Paul
Biya, le choc de l’exercice du pouvoir aura été salutaire, même si la

1
Cf. Boileau, L’art poétique.
2 « L’Afrique noire est mal partie », ainsi René Dumont, précurseur de l’écologie et
tiers-mondiste convaincu, intitulait son ouvrage le plus célèbre.
3 Pensée politique du président Paul Biya, Pour le libéralisme communautaire, éd.
Pierre Marcel Fabre, Lausanne 1987.
12 rigueur a été difficile à accepter et à intégrer dans une pensée dominée
par la générosité et la croyance en un progrès humain continu.
Le combat pour la rigueur allait, dans mon esprit, bien au-delà des
difficultés que l’économie et la politique camerounaises devaient
affronter. C’était et cela demeure une règle de la pensée et de l’action.
La social-démocratie – le libéralisme communautaire - c’est le
socialisme du quotidien, c’est le socialisme du possible.
Le socialisme du quotidien tout d’abord. Il a profondément inspiré
les propositions qui vont suivre : la liberté, pour nous, ce n’est pas un
droit exceptionnel, un droit formel, mais une liberté concrète dans les
actes les plus banals de la vie quotidienne, qui se mesure à ce que l’on
pourrait appeler les « degrés de liberté » de chaque homme et chaque
femme. La sécurité, la solidarité, tous ces termes abstraits n’ont, eux
aussi, d’intérêt que ramenés à la vie quotidienne, et nous avons cherché à
montrer ce que cela implique comme projet de société.
Le socialisme du possible, ensuite. Il faut mettre en évidence que
gouverner, c’est choisir. On ne peut pas distribuer plus de pouvoir
d’achat que l’on ne produit, on ne peut pas vouloir à la fois la sécurité
totale et le libre choix individuel, on ne peut pas attendre tout de l’État et
vouloir en même temps une participation réelle du citoyen au niveau
décentralisé ; on ne peut pas promettre de faire en cinq mois ce qu’aucun
pays n’a fait en cinq ans.
Mais alors, où est la part du rêve ? La réponse est simple : le
bonheur, ce n’est pas la promesse de l’au-delà, c’est la réalité d’ici-bas et
c’est en le construisant pierre par pierre qu’il se mérite et se définit.
Il s’agit d’un ouvrage politique, et non historique. Cependant,
comme la politique est un combat entre les hommes, chaque fait est
indissociablement lié au comportement des individus ; aussi l’auteur ne
dissimule-t-il pas sa propre opinion à l’égard des problèmes. Je considère
que la République est au centre du débat. Ses thèmes : la citoyenneté,
l’égalité des droits, la laïcité, la solidarité, le renouveau de la question
constitutionnelle, sont bien présents ici et le seront demain dans les
programmes politiques des partis.
13 Je pense en outre que toute démocratie repose sur un contrat :
l’accord sur le suffrage universel et le respect des institutions. La social-
démocratie repose sur un contrat social ; le contrat négocié et accepté par
les partenaires sociaux et le respect de l’équilibre social entre les
pouvoirs dont aucun ne cherche à asservir l’autre. Il n’y a de vraie
démocratie que dans l’humilité et le respect d’autrui.
Le rassemblement est à la mode. Il faudrait peut-être s’en méfier.
Pour son passage vers le futur, il faut au Cameroun un compromis
dynamique. Il ne doit pas s’agir d’instaurer (ou réinstaurer) dans notre
pays, le parti unique, mais simplement de situer les différences et les
divergences à leur juste place.
C’est pourquoi cet ouvrage vous propose aujourd’hui une
compréhension du « Libéralisme Communautaire » en pensant que c’est
de vos questions et réponses que naîtra, peu à peu, une social-démocratie
camerounaise. S’il est vrai que le Cameroun veut être gouverné au centre,
c’est que la social-démocratie aura un jour prochain sa vraie place dans
notre pays et en Afrique. Nous sommes nombreux à le souhaiter.
Les considérations réunies dans cet ouvrage sont un effort dans ce
sens. L’ensemble constitue un instrument de travail pour tous ceux qui
souhaitent l’étudier, le compléter par leurs propres réflexions et leurs
propres expériences.

Léonard MOUAHA
14







PREMIERE PARTIE

LA SYNTHESE DES GENERATIONS

OUVERTURE

LE CAMEROUN ET SON CARACTÈRE


Vouloir féconder le futur ne dispense pas de se pencher sur son passé, tout
à la fois pour s’y appuyer, pour l’intégrer mais aussi pour le dépasser. Dans
1l’introduction de L’archipel du Goulag, Soljenitsyne cite un proverbe : « Non,
il ne faut pas remuer le passé, quiconque fera mention des temps révolus, qu’on
lui arrache un œil …et quiconque les oubliera, qu’on lui arrache les deux
yeux ».
Nous nous vaporiserions dans la succession des instants qui passent
si notre mémoire n’assurait pas notre continuité et notre cohésion
psychique. Nous ne serions que reflexe et réaction, si nous ne pouvions
nous souvenir de nos expériences. Nous serions condamnés à l’errance
ou à la soumission si la mémoire n’alimentait pas nos choix. Peut-on
d’ailleurs se vanter d’être perfectible, si l’on ne s’escrime pas à mesurer
les écarts entre un point de départ révolu et un but insaisissable ?
« Dis, papa, le Cameroun, ça a commencé quand ? Quid de cette
interrogation du gamin Hervé Mboui (8 ans), pleine de curiosité, citée
par Charly Gabriel Mbock dans son livre : Cameroun : l’intention
démocratique.
Une belle épopée. Le hasard a joué un rôle dans sa longue et
douloureuse naissance.
« Rio Dos Camaroes » est son ancêtre. Au XVe siècle, les Portugais,
au gré des vagues, abordèrent la côte du Wouri, remarquèrent dans ses
eaux une grande quantité de crevettes et le baptisèrent rivière des
crevettes. Ce mot subira une triple extension et un triple destin. D’abord,
il désigna le fleuve Wouri, puis la ville de Douala et enfin tout le pays.
Les Espagnols transformèrent « Camaroes en Camerones » ; les
Allemands en « Kamerun » et les Français en « Cameroun ». Notre

1
Soljenitsyne Alexandre : dissident russe exilé en Occident (Etats-Unis). 2territoire fut donc désigné par son nom actuel en 1472 . A cette époque,
cette région était constituée d’une mosaïque de peuples indépendants. Et
alors, le Cameroun n’était pas conscient de son existence.
Qui est le Cameroun ?
Le Cameroun aurait pu ne pas exister. Il n’est pas une donnée de la
nature, mais une volonté poursuivie avec persévérance au cours de 126
ans, au service d’une idée, toujours la même : se faire reconnaître,
s’affirmer face aux autres ; quand c’est possible, les subjuguer.
Il n’a pas une existence géographique évidente à l’abri des barrières
infranchissables. La délimitation géographique sera déjà marquée par
l’arbitraire. La formation des frontières de la République du Cameroun
est faite de fluctuations qui vont de 1884 à 1961. Par conséquent, ses
frontières dites naturelles sont une invention politique. Il aurait pu se
limiter au Nord-est, au-delà des fleuves Logone et Chari, dans les
territoires tchadien et centrafricain, déborder en deçà du Sud dans le
bassin du Congo, jusqu’à l’embouchure du fleuve Chari. Avoir un pied
dans le Nord du Gabon après Oyem, à environ 250 km de la frontière
actuelle. S’étendre au Nord-ouest, dans le territoire nigérian. Se tenir
dans ses frontières de l’Ouest maritime du Rio Muni.
Colonisé puis, dramatiquement décolonisé, on lui a imposé des
frontières et des divisions politiques à l’occidental, au mépris des réalités
ethniques.
On relève quatre grands moments correspondant chacun à une phase
3importante de l’histoire du pays :
Années et traités des ébauches des frontières : 1884 - 1910 :
Depuis le XVe siècle, les Européens fréquentent les côtes du
Cameroun sans délimitation territoriale formelle. Le sursaut viendra
de la signature du traité de protectorat germano-douala le 12 juillet 1884
pour voir une première mise en place des frontières : « le territoire

2
Henri Bala, J’aime mon pays : le Cameroun, manuel d’instruction civique et
d’éducation sociale.
3
Cf les cartes de l’Institut national de cartographie (Yaoundé).
18
nommé le Cameroun est situé le long du fleuve Cameroun (le Wouri),
entre les fleuves Bimbia au Nord et kwakwa au Sud ».
La conférence de Berlin qui se tient du 15 novembre 1884 au 26
février 1885 (pour régler les rivalités européennes en Afrique), a
demandé qu’une fois les accords passés avec les chefs locaux,
l’hinterland de ces territoires soit mis en valeur. Désormais, c’est le
branle-bas. Les puissances colonisatrices vont donc s’engager dans des
marchandages pour l’établissement des frontières entre elles. C’est ainsi
que la conquête allemande, la première après les victoires remportées sur
les tribus locales de l’arrière-pays (malgré leurs résistances farouches) et
les négociations avec la France aboutirent à des délimitations des
frontières nouvelles : au Sud par le fleuve Congo. La frontière orientale
eallait jusqu’au Chari suivant dans sa majeure partie le 15 méridien, où la
efrontière s’aligne sur le 10 parallèle nord.
Mais les incidents persistent sur la frontière orientale entre les agents
concessionnaires des pays respectifs en présence. Du côté allemand, ces
heurts traduisent la volonté des milieux impérialistes de créer une
‘’Mittel Afrika’’ reliant le Cameroun aux possessions allemandes de
l’Afrique de l’Est. Afin d’établir des limites acceptables par les
protagonistes, la convention signée le 18 avril 1908 à Berlin pour
préciser les frontières du Cameroun et du Congo, délimite cette frontière
partant du tripoint Cameroun/R.C.A. /Tchad jusqu’à l’embouchure du
fleuve Chari dans le Lac Tchad. On notera que l’alignement se fera sur
les cours d’eau chaque fois que c’est possible.
Les possessions britanniques ne sont pas en reste. Elles aussi
bougent. Par la convention du 06 mai 1886, les Anglais abandonnent
leurs prétentions sur l’embouchure de la ‘‘Cross River’’. Alors que la
frontière est prolongée jusqu’à Yola sur la Bénoué, les Anglais refusent
de céder Yola, dernier grand port stratégique pour eux, mais aussi pour
les Allemands et les Français. Par l’accord du 15 novembre 1893 signé
par les trois pays, la frontière contournera Yola, qui restera en territoire
anglais, et elle sera prolongée jusqu’au Lac Tchad.
Ces marchandages et tractations agrandirent le territoire occupé par
l’Allemagne. En 1910, le triangle camerounais est presque mis en place
2et couvre 478 000 Km environ. Ce qui marque pour un temps une sorte
19 de paroxysme de la domination allemande sur la grande partie du Golfe
de Guinée.
Le Neu Kamerun : 1911 - 1916
Malgré les accords de Berlin, les divergences demeurent. A l’origine
des problèmes, le Maroc qui attise les convoitises. La France voulant
impérativement garder ce territoire sous son influence, les heurts
surgissent. Après l’incident d’Agadir (‘’le coup’’ d’Agadir) pour éviter le
conflit qui menaçait d’éclater, la France accepte de négocier. La
convention signée le 18 avril 1908 à Berlin a été modifiée et complétée
par l’accord du 04 novembre 1911, conclu entre la France et
l’Allemagne.
2En conséquence, la France accepte de céder 275 000 Km en Afrique
équatoriale française (A.E.F) : le Nord du Gabon est annexé, la frontière
s’étend jusqu’au Congo, à la confluence de la Sangha à Bouga. Le Congo
devient fleuve international. Le Neu Kamerun qui dès lors couvre
2750 000 Km , atteint aussi le confluent de l’Oubangui – Lobaye à Zanga.
L’Allemagne cède en contrepartie à la France, une portion de territoire
appelée « bec de canard » située entre le Logone et le Chari.
Le Cameroun est éclaté : 1915 - 1961 :
La Première Guerre Mondiale a tout changé dans les possessions
« d’outre-mer » de l’Allemagne et dans les appétits des autres nations.
Dans la prééminence politique sur le « Kamerun », la France et
l’Angleterre prirent la relève de l’Allemagne et divisèrent le territoire en
èmedeux zones : la Grande-Bretagne, 1/10 du territoire et la France,
ème9/10 du territoire.
L’accord du 04 novembre 1911 a été modifié par le traité de
Versailles de 1919 en son article 125 qui stipule que : « l’Allemagne
renonce à tous ses droits sur les conventions et arrangements passés avec
la France le 04 novembre 1911 et le 18 septembre 1912, relatifs à
l’Afrique équatoriale ».
A l’Ouest, le Cameroun est éclaté en deux parties : le Northern
2Cameroons intégré à la province du Nord-Nigeria (44 000Km ) et le
2Southern Cameroons rattaché à la région de l’Est-Nigeria (41 000km ).
20
Notre pays passera par le condominium anglo-français, puis le système
de mandat avec la Société des nations (SDN). Après la Deuxième Guerre
mondiale, la transformation de la SDN en Organisation des nations unies
(ONU) entraîna le régime de tutelle sous lequel devait évoluer le
Cameroun divisé, jusqu’à l’accession à l’indépendance en 1960 du
Cameroun français ; en 1961 pour la partie britannique, elle-même
scindée en deux blocs dont un intègre la colonie du Nigeria au moment
de son accession à l’indépendance. Comme l’a si bien relevé Abel
Eyinga dans son livre Introduction à la politique camerounaise :
« l’histoire offre peu d’exemple d’un même pays accédant en deux temps
à la souveraineté internationale ».
- 1961 Les frontières du Cameroun Unifié
A la conférence de Foumban de juillet 1961 sous l’égide d’Ahmadou
Ahidjo, président de la République du Cameroun oriental et de John Ngu
Foncha, Premier ministre du Cameroun occidental, des structures d’un
État fédéral sont mises en place. Lors du référendum du 11 février 1961,
les populations du Southern Cameroons se prononcent pour le
rattachement au Cameroun oriental, alors que celles du Northern
Cameroons font le choix de leur maintien au sein de la fédération
nigériane. La République Fédérale du Cameroun est donc un État d’une
2superficie de 475 442 Km , délimité par la fédération du Nigeria à
l’Ouest, la République centrafricaine à L’Est, le Tchad au Nord, la
Guinée équatoriale, le Gabon et le Congo au Sud.
En effet, le Cameroun, comme les jeunes républiques africaines, a
accepté ses frontières avec une certaine résignation, mais en tout cas avec
beaucoup de réalisme, l’Organisation de l’unité africaine (OUA) ayant
érigé en dogme le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la
colonisation. L’indépendance a donc entériné les divisions
administratives des colonies d’Afrique.
Le Cameroun n’a plus bougé dans ses frontières. Seule l’affaire
Bakassi survenue en 2002 a été portée devant la Cour internationale de
justice de La Haye. A l’occasion de ce procès, le Nigeria et le Cameroun
ont révisé l’ensemble de leurs frontières. Les points sensibles se
trouvaient aux extrémités : l’un, sur le lac Tchad, Darak, a fait retour au
Cameroun ; l’autre, plus délicat sur le littoral pétrolifère à Bakassi.
21

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