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Le conflit de Tchétchénie

De
156 pages
De tous les peuples du Caucase, c'est le peuple tchétchène qui a livré depuis la fin du XVIIIe siècle à nos jours l'opposition armée la plus âpre et la plus résolue à l'occupation de son pays par la Russie. Pourtant, l'idée de l'indépendance tchétchène est restée lettre morte et le conflit s'éternise. Tout en dénonçant la brutalité de l'intervention russe, les puissances ont réaffirmé l'intégrité territoriale de la Russie dans le Nord caucasien, ne suggérant pour les Tchétchènes qu'un statut d'autonomie dans le contexte de la fédération de Russie.
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Le conflit de Tchétchénie

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr @L'Harmatlan,2006 ISBN: 2-296-00116-5 EAN : 9782296001169

Romain Yakemtchouk

Le conflit de Tchétchénie

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
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MozdokO

1. L'expansion territoriale de la Russie vers le Caucase

La traditionnelle poussée de la Russie vers le Sud et vers le Caucase s'inscrivait dans sa politique visant à étendre ses possessions côtières de la mer Caspienne et de la mer Noire et réunir ensuite les territoires situés entre ces deux acquisitions maritimes. Cette pression vers les mers et les terres du Sud débuta à la suite de la prise de Kazan en 1552 et la conquête du khanat d'Astrakhan en 1556 : peu à peu, les frontières de la Russie ont été portées jusqu'au fleuve Terek où l'armée russe édifia des fortifications pour se défendre contre les incursions ennemies. L'avance des troupes fut suivie par des colons armés - les Cosaques de Terek - qui constituaient l'arrière-garde soutenant les forces expéditionnaires. A la longue, on s'efforçait de mettre en valeur de vastes étendues de steppes restées pour la plupart inoccupées, ou vaguement peuplées par des tribus tatares, en y installant des agriculteurs venus du nord du pays ou de l'Ukraine voisine. Cette expansion territoriale et cette colonisation du Caucase sont devenues une « constante de l'histoire russe}) : elles connaissaient des périodes d'alternances, s'amplifiant surtout lorsque l'Empire était dirigé par un pouvoir fort 1. Bien entendu, cela n'allait pas sans heurts: déjà en 1594 et en 1604-1605, les Russes ont dû engager deux expéditions militaires afin de mater les insurrections au Daghestan.
Sous Pierre le Grand, la Russie accentua sa poussée vers le Sud: en effet, la pénétration dans ces régions des féodaux de la
1 PocTMcnaB <1>a,neeB, KaBKa3CKWI BOMHa(Rostislav Fadeev, La guerre du Caucase). Moscou, Eksmo-Algoritme, 2005, p. I 13 (La réédition des écrits du général Fadeev, publiés entre 1860-1883).

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Perse et de la Turquie contrecarrait les intérêts de la Russie. Cette dernière pouvait compter sur l'appui de certains dirigeants locaux qui s'insurgeaient contre la domination des Perses et des Turcs, lesquels par ailleurs se combattaient mutuellement. Dès la fin de la guerre du Nord contre les Suédois, Pierre le Grand engagea la campagne contre la Perse (1722-1 723): les forces russes ont occupé tout le littoral occidental de la mer Caspienne, avec la forteresse de Derbent (au Daghestan musulman) et la ville de Bakou (Azerbaïdjan) ; lors de cette guerre contre l'Iran, Pierre le Grand séjourna quelque temps en Tchétchénie. Néanmoins, en vertu des accords rosso-iraniens de 1732 et de 1735, ces territoires retournèrent pour un certain temps à l'Iran, la frontière méridionale de la Russie longeant le fleuve Terek où l'armée russe a mis en place les forteresses de Kizliar (1735) et de Mozdok (1763). Sous le règne de Cathérine II (1762-1796), les troupes russes ont franchi en 1772 le versant méridional du Caucase; après la guerre russo-turque de 1768-1774, la Russie s'est vue confirmer la possession de la Kabardie; en 1784 fut fondée Vladikavkaz (actuelle Ossétie du Nord). Le fleuve Eya et plus tard le fleuve Kouban formèrent la frontière de la Russie au Caucase nord-ouest. Là aussi, l'armée pouvait compter sur l'appui très efficace des Cosaques de cette région. Une ligne de fortifications fut progressivement érigée pour protéger les conquêtes caucasiennes et défendre les populations de Stavropol et de Kouban: reliant la mer d'Azov et la mer Noire à la mer Caspienne, elle s'étendait à près d'un millier de kilomètres. En 1785, une insurrection éclata contre la colonisation russe en Tchétchénie: l'armée du tsar engagea un puissant détachement pour combattre les insurgés dirigés par le cheik Mansour, mais les Russes ont été sévèrement battus par ce dernier. Néanmoins, Mansour n'ayant pas été suffisamment soutenu par d'autres dirigeants daghestanais, en 1791 les Russes ont fini par vaincre les insurgés. Mansour s'est réfugié, et s'est allié aux Turcs pour continuer son combat contre la Russie.

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La conquête du Caucase fut poursuivie par les successeurs de la tsarine: passée sous le protectorat de la Russie par le traité de 1783, la Géorgie fut annexée par son grand voisin en 1801, et l'Azerbaïdjan entre 1803 et 1813. La fin des guerres napoléoniennes en Europe et la guerre victorieuse contre la Turquie et l'Iran en 1813 ont permis à la Russie de reprendre son expansion dans le Caucase: franchissant les fleuves Kouban et Terek, l'armée russe, activement soutenue et suivie par les cosaques établis dans cette région, se lança en automne 1817 à la conquête des terres nord-caucasiennes. Fortes de 56 000 hommes, les forces russes ont été placées sous le commandement du général Alexeï Ermolov, héros de la guerre contre Napoléon, ancien chef
d'état major de Koutouzov et protégé du tsar Alexandre 1er.

Or la résistance tenace des montagnards caucasiens allait freiner considérablement l'expansionnisme de l'Empire tsariste: pour les soumettre, les Russes devront mener une longue et pénible «guerre du Caucase» (1817-1864) - la plus longue guerre dans l'histoire de la Russie - qui leur causa de lourdes pertes en hommes et en matériel. Bénéficiant d'un relief géographique favorable, difficilement accessible aux envahisseurs, des soulèvements des montagnards musulmans contre l'implantation des «infidèles» russes dans le Caucase septentrional ont éclaté dans le Daghestan septentrional (1823), en Abkhazie (1824), en Tchétchénie et en Kabardinie (1825), ainsi qu'en Ossétie du Nord (1830). Evitant d'engager directement les grandes batailles avec les combattants caucasiens, le général Ermolov opta pour une progression lente mais méthodique de ses troupes, visant à conquérir des aouls (villages montagnards) un par un, afin de réduire ainsi l'espace vital des habitants. En luttant ainsi contre les «brigands tchétchènes », les hommes d'Ermolov brûlaient leurs habitations, détruisaient les vivres et les récoltes, abattaient le bétail, tuaient les résistants, ainsi que tous ceux qui ne parvenaient pas à s'enfuir. Dans un de ses rapports à l'empereur relatif à la prise de la localité Dadan- Yourt sur Terek, le général signalait que

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les populations résistaient à l'assaut de l'armée, « avec la plus grande témérité, et luttaient jusqu'au dernier. Nous devions prendre chaque maison à la baïonnette. Armées de couteaux, les femmes se jetaient sur les soldats. La bataille se prolongeant toute une journée, nous avons fini par massacrer tous les combattants mâles, mais aussi un bon nombre de femmes et d'enfants». Le calcul du despote russe consistait à faire quitter les populations de la plaine agricole et à les renflouer dans les montagnes où elles allaient périr de faim et de froid. Il arrivait qu'avant de lancer l'assaut sur un aoul, les Russes prenaient des otages devant servir de garantie qu'il n'y aura pas de résistance armée: en cas de sa réapparition, les otages étaient déportés en Sibérie. L'armée allait également recruter des auxiliaires locaux, une « milice tchétchène » destinée à assurer l'ordre dans les régions conquises, mais son comportement était aussi cruel que celui de la soldatesque russe. En même temps, Ermolov engagea une action para-politique visant à diviser les notables montagnards, en proposant aux khans et aux sultans de la région des dotations financières, voire des postes honorifiques dans l'administration de l'Empire. Si initialement, l'opinion russe a salué la progression des troupes dans le Nord caucasien, peu à peu les procédés de la « terre brûlée» du commandant en chef commencèrent à soulever des critiques, voire des protestations. Le conseiller diplomatique du général, Alexandre Griboïedov, désapprouva la conduite de son supérieur \ et les critiques à l'encontre d'Ermolov se sont accrues après la mort en décembre 1825 de son protecteur, le tsar Tbilissi un mollah islamiste, fut relevé en 1827 de son poste.

Alexandre 1ef. Aussi, le général ayant fait pendre publiquementà

1

Auteur d'une satire célèbre Le malheur d'avoir trop d'esprit (1824), Griboïedov
ambassadeur à Téhéran où il fut assassiné en 1829.

fut nommé ultérieurement

2. La résistance des montagnards. La personnalité de l'imam Chamil
Le rappel du pro-consul Ermolov fut suivi d'une certaine accalmie mais aussi d'une intensification de la colonisation russe: rien qu'en 1829, quelques 16 000 paysans et cosaques venant des régions de Tchernigov et de Poltava ont pris possession des terres tchétchènes. Cela n'a nullement mis fin à la résistance des montagnards: ces expropriations et déportations ainsi que les brutalités de la soldatesque, ne faisaient que rallumer leur volonté de résister et contribuèrent à unir la plupart des dirigeants locaux jusqu'alors divisés. Proclamé l'imam en décembre 1824, GaziMahomed (Gazi-Mulla) a lancé l'idée d'une unification des peuples de la Tchétchénie et du Daghestan et a engagé des combats contre les Russes, mais a fini par être vaincu en octobre 1832. Gamzat-bek lui succéda en qualité d'imam, mais fut lui aussi abattu par les troupes russes en septembre 1834. Il ne s'agissait là que de succès ponctuels: on était loin d'une soumission de l'ensemble des populations tchétchènes et daghestanaises, laquelle n'aura lieu qu'après la fin de la lutte armée engagée par l'imam Chamil (1834-1859). Cela appelle quelques explications. Les régions du Caucase du Nord étaient habitées par des Tchétchènes, Ingouches, Ossètes, Kabardes, Balkars, Karatchaïs et Adyghéens - petits peuples, jadis christianisés, mais convertis à l'islam sunnite au XVIe siècle, à l'exception d'une partie des Ossètes restés chrétiens. Inconditionnellement attachés depuis lors à l'islam, tout en restant culturellement arriérés, leur langue n'étant que parlée. Ces habitants des montagnes vivaient isolés les uns des autres, et

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menaient un mode de vie clanique et tribal fondé sur un code d'honneur: il y avait en Tchétchénie plus de 130 clans, situation qui s'est maintenue jusqu'à présent. Leurs mœurs étaient rudes: les fréquentes rivalités familiales avaient pour corollaire de sanglantes vendettas et assassinats; le meurtre, le pillage ou le vol à main armée ne pouvaient se racheter que par la mort du coupable, la justice devait être réglée par la loi du sang. « Quoique très redoutés par les habitants de la plaine, comme pillards et brigands, les montagnards du Daghestan, surtout les Tchétchènes, étaient de tous les peuples de guerre ceux qui, du moins pendant leur lutte suprême contre les Russes, montrèrent les plus brillantes qualités d'hommes libres: «Nous sommes tous égaux! », aimaient-ils répéter »1. Toute soumission à une autorité autre que clanique leur était étrangère. La guerre « sainte» contre la Russie allait être menée dès 1834 sous l'autorité de l'imam Chamil (1797-1871), remarquable personnalité politico-religieuse du Daghestan et de la Tchétchénie, prophète du muridisme, une forme de soufisme qui préconisait la lutte implacable contre les infidèles sous l'égide d'un islam pur et dur, unissant les musulmans dans un Etat théocratique. C'est donc l'islam wahabite venu du Moyen-Orient et non le sentiment d'appartenance nationale qui allait constituer un élément unificateur de cette lutte sans merci des populations très divisées sur le plan ethnique et linguistique: rien qu'au Daghestan, peuplé d'une trentaine des principaux groupes ethniques, dont une communauté de Tchétchènes-Akines, il y avait (il y a toujours) une multitude de langues distinctes parlées par des Avars, des Darghins, des Koumyks, des Lezghins ou des Lakhs. Excellent orateur capable de galvaniser les foules, ChamiI a déclenché cette guerre sainte au Daghestan dont il était originaire, et ensuite en Tchétchénie; si les Kabardes, dans la région du centre, ont refusé le muridisme, celui-ci s'est étendu à l'Ouest en atteignant les
1 Elisée Reclus, Nouvelle Géographie universelle. VI. Hachette, 1881, p. 149 L'Asie russe. Paris,

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populations du littoral de la mer d'Azov et de la mer Noire, où les Tcherkesses ont pris les armes contre les Russes. Cette lutte armée bénéficiait d'un soutien intéressé de l'Empire ottoman qui fournissait aux insurgés des armes, mais ces derniers n'étaient pas prêts à accepter en échange un quelconque protectorat turc: Marx écrivait que les montagnards caucasiens étaient « kaum begeistert» - pas du tout enchantés - quant à la perspective d'une éventuelle annexion de leur pays par la Turquie» I. Quoi qu'il en soit, cette résistance acharnée des montagnards causait beaucoup de pertes à l'armée russe: le chef des insurgés rejeta la proposition du Haut Commandement russe de se rendre à Tiflis pour y débattre d'un arrangement du conflit avec
le tsar N isolas 1er. Le général P. Grabbé a cru pouvoir s'emparer de

Chamillors de la bataille d'Akhoulgo en juin-août 1839 : dans son rapport au gouverneur Golovine, il signala la mort d'une dizaine de milliers de défenseurs muridistes, assura que la capture de Chamil est imminente et que « l'affaire est terminée », mais il n'en fut rien. Bien que grièvement blessé, le leader montagnard s'échappa, tandis que la plupart des membres de sa famille ont péri et sa sœur s'est suicidée pour ne pas tomber prisonnière des Russes. Après cette déconvenue, Chamil s'est réfugié en Tchétchénie où il a établi son siège à Dargo, et à partir de ce moment il commença à s'appuyer essentiellement sur les populations tchétchènes au détriment des féodaux daghestanais considérés comme moins sûrs. Il réorganisa rapidement ses forces, de telle sorte que les combats dans les montagnes du Caucase septentrional recommencèrent: ils allaient se poursuivre avec une extrême férocité pendant encore 22 années, l'armée russe - quelques 50 000 hommes - n'avançant que pas à pas. Remarquable organisateur, Chamil leur opposa des forces montagnardes de près de 20 000 combattants, lesquels infligèrent aux Russes, au cours des années 1840-1843, une série
1

K. MapKc H <1>.EHreJIbC,

COI/,UHeHUfl (K. Marx

et F. Engels,

Oeuvres).

Moscou,

Gospolitizdat,

2e éd., 1958, V oi. XI, p. 522.

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de lourdes défaites. Fin 1843, pratiquement tout le Daghestan et toute la Tchétchénie se trouvèrent sous le contrôle de Chamil. Le chef montagnard imposa à ses hommes une discipline de fer: toute insoumission aux règles de la Charia - au « Code de Chamil» - entraînait la peine de mort; de très lourdes peines sanctionnaient l'usage de l'alcool ou du tabac, les vols et les petits larcins étant impitoyablement réprimés. Il allait créer une véritable armée régulière en y incorporant toute la population masculine de 16 à 60 ans, et a réussi à doter ses troupes d'indispensables armements: ses combattants fabriquaient eux-mêmes la poudre et disposaient même de quelques canons: les uns étaient pris aux Russes, d'autres étaient fabriqués par les montagnards sous l'égide des artisans locaux et des officiers de l'armée russe passés du côté des insurgés; en tout, ces derniers réussirent à faire couler une cinquantaine de canons, dont quatre se sont avérés utilisables. Les succès de Chamil s'expliquaient également par certains flottements dans l'armée russe, mal préparée à opérer dans une guerre de montagne, et dont le Haut Commandement a connu de fréquentes mutations et changements de stratégie. Ayant reçu l'ordre de Nicolas 1er de s'emparer de la résidence de Chamil à Dargo, l'armée a rempli en mai-juin 1842 cette mission, mais en perdant plus de 3 000 hommes. Dargo n'ayant aucune signification stratégique, le 20 juillet elle s'en retirait, toute l'opération s'avérant être un énorme fiasco. Peu à peu, les Russes changèrent de méthodes en multipliant, avant toute avance, l'édification de postes fortifiés, en s'employant à la construction de routes qui relieraient ces fortifications avec les arrières de l'armée, en procédant à la déforestation des aouls, à la destruction de leurs habitations et de leurs récoltes, en chassant les habitants et en essayant de diviser les chefs de la résistance. La progression des troupes était suivie par les nouveaux colonisateurs, les cosaques de Terek, qui, protégés par les autorités tsaristes, s'emparaient des terres et des biens des montagnards, ces derniers se trouvant devant une alternative: soit

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descendre dans les plaines placées sous l'administration russe où ils espéraient cultiver des terres restées encore inoccupées, soit fuir dans la haute montagne où ils risquaient de mourir de faim. Terrible choix, qui explique combien la population de ces pays détestait et méprisait les cosaques russes. Les procédés de la terre brûlée soulevaient en Russie de vives critiques, et les désertions se multiplièrent: quelques 2 000 soldats de l'armée impériale, parmi lesquels de nombreux officiers polonais, sont passés du côté des rebelles: occupée elle aussi par les Russes, la population polonaise s'insurgeait contre tout pouvoir oppresseur et manifestait son soutien à la cause tchétchène 1. Plusieurs écrivains ont dénoncé les agissements de la soldatesque dépravée. Le poète russe Mikhaïl Lermontov qui fut envoyé dans l'armée du Caucase en 1837 et y servit ensuite en 1840, a consacré certains de ses poèmes à l'engagement des insurgés montagnards contre l'armée. Léon Tolstoï, qui jeune encore, a participé de 1851 à 1856 à cette guerre coloniale, a publié en 1855, dans la revue COBpeMel-lHUKb Contemporain), une (Le étude très critique sur ces événements, alors que son roman, en partie autobiographique, Les Cosaques, jeta la lumière sur le séjour de l'auteur dans le Caucase 2; dans son roman Hadji-Mourad, écrit peu avant sa mort, il a tracé un récit saisissant de ce combattant montagnard - adjoint de Chamil, qui s'est détaché de son chef - et évoqua le fossé profond que la guerre a creusé entre Russes et Tchétchènes. «Nul ne parlait de haine pour les Russes. Ce que ressentaient tous les Tchétchènes, petits et grands, était plus fort que la haine. Ils ne haïssaient pas les Russes, mais simplement ils ne les reconnaissaient pas pour des hommes et sentaient tant de dégoût, de répulsion, de perplexité devant la stupide cruauté de ces êtres que le désir de les exterminer, comme celui d'exterminer les rats, les araignées venimeuses, les loups, était un sentiment aussi
IBMKTOPIUI ABep6yx, HaUMOHMbHasI M,l(eH ,l(JIH qeqHM (Victoria Averbuch, Une

idée nationale pour la Tchétchénie), dans Izvestia, 14 août 1999. 2 Léon Tolstoï, Les Cosaques. Genève, Editions Slatkine, 1994.