Le Crépuscule sombre de la fin d'un siècle tourmenté

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Une analyse objective des avancées les plus marquantes dans la coopération entre les Etats et la cœxistence pacifique entre les peuples montre que les événements, les faits et les actes déterminants font rarement l'objet de grands tapages médiatiques et passent parfois presque inaperçus. Tout le système de pondération de l'influence des Etats se trouve ici remis en cause ou réorganisé et c'est, à terme, une redistribution des cartes au sein des principales organisations internationales qui se dessine.
Publié le : mardi 1 juillet 2008
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EAN13 : 9782296203563
Nombre de pages : 342
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Le Crépuscule sOlTIbre de la fin d'un siècle tourlTIenté
1999-2000

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus

Jean-Pierre MARA, Oser les changements en Afrique. Cas de la Centrafrique, 2008. René NGANOU KOUTOUZI (sous la direction), Problématiques énergétiques et protection de l'environnement en Afrique, 2008. Calixte BANIAFOUNA, La Bataille de Brazzaville. 5 juin-15 octobre 1997. Le coup d'Etat le plus long et le plus meurtrier du monde: 10 000 morts, 2008. Ange Edouard POUNGUI, A cœur ouvert pour le Congo Brazzaville, mon beau pays. Entretien avec Calixte Baniafouna, 2008. André CHAMY, Saddam Hussein: le crime et la potence, 2008.
Jean-Claude MA YIMA-MBEMBA, La Violence politique au Congo-Brazzaville. Devoir de mémoire contre l'impunité, 2008. Banianga MUNONGO, démocratie, 2008. Congo-Kinshasa: le chemin de la

Jean BRUNA TI, De l'esclavage nazis, 2008. Jean-Roger ZIKA, Réflexions Gaston Kelman, 2008.

des Noirs à celui des camps

sur la question noire. Réponse à Libres propos sur les

Jean-Pierre AKUMBU M'OLuNA, réformes juridiques au Gabon, 2008.

Gaspard MUSABYIMANA, Rwanda: le mythe des mots. Recherche sur le concept « akazu » et ses corollaires, 2008. Pierre MANTOT, Le projet de société des Matsouanistes, Juste Joris TINDY-POATY, Claver Akendengué, 2008. À propos de l'œuvre 2008. de Pierre

Jean-Alexis MFOUTOU, La langue française au Congo-Brazzaville, 2008.

et le fait divers

Jean-Claude

SHANDA TONME

Le Crépuscule sombre de la fin d'un siècle tourmenté
1999-2000

L'Harmattan

<9 L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique,

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06127-9 EAN : 9782296061279

NOVEMBRE 1999-DÉCEMBRE 1999JANVIER 2000

1. L'HYPOTHEQUE CONGOLAISE 2. CREDIBILITE INTERNATIONALE: LE REGARD DES AUTRES 3. PRESSE ET POLITIQUE EN AFRIQUE 4. A PROPOS DE LA MONDIALISATION 5. PIPELINE ET PETROSTRATEGIE 6. L'EXCEPTION ANGOLAISE 7. LA FOLIE DES POUVOIRS EN AFRIQUE 8. LE DEVOIR D'INSURRECTION 9. LE DEVOIR DE RESISTANCE 10. FONDEMENTS DES ALTERNATIVES: SECESSIONNISTES EN AFRIQUE Il. LES PAYS VOLONTAIREMENT PAUVRES 12. LA MISE EN ACCUSATION DES ANCIENS CHEFS D'ETAT

1.

L'HYPOTHÈQUE CONGOLAISE

Derrière de fausses apparences de guerre civile cultivées et entretenues à longueur de publications financées par des mains extérieures obscures, il se joue en ce moment en république du Congo démocratique, le sort de toutes les velléités d'indépendance et de dignité en Afrique. En effet, il est devenu difficile pour un esprit lucide et tant soit peu objectif, de ne pas s'interroger sur le but poursuivi par les manœuvres en cours concernant ce pays dans les centres de décision diplomatique les plus importants, que ce soit à l'échelle sous-régionale, ou que ce soit à l'union européenne ou à l'ONU. Les Africains particulièrement, ceux habités par une flamme de patriotisme, auraient terriblement tort, s'ils ne prenaient pas dès à présent toute la mesure de la situation congolaise, et des implications potentielles sur l'évolution de la plupart des pays environnants où des forces démocratiques en relative hibernation, mijotent des stratégies d'indépendance et de démocratisation. Dans ce contexte, ce qui apparaît dorénavant comme une nouvelle crise entre l'ONU et le Congo démocratique, est suffisamment révélateur des contours, des causes, et des objectifs des plans élaborés de l'extérieur pour brouiller les cartes, dérailler tous les plans de réémergence d'un Etat sain et fort, et ultimement, renverser le régime de Laurent Désiré Kabila. La chronologie des faits est inaltérable et s'impose à tout analyste de bonne foi. Au départ, c'est une grave dénonciation d'épuration ethnique et de violation des droits de l'homme comme la presse occidentale sait bien le claironner. Le nouveau régime à peine installé est accusé de ces tares dont on se sert pour orchestrer l'isolement de ceux que l'on déteste. La suite c'est la décision d'envoyer une commission d'enquête de L'ONU, sous la pression des États-Unis, bien-sûr. On s'arrange à assigner à cette 7

mission, des objectifs et des méthodes de travail qui provocation, et on choisit pour la conduire, un type du genre Irak pour insulter Saddam Hussein. Résultat, on aboutit à un on crie à la crise. On dénonce Kabila ; on saisit le FMI pour crédits; on menace... etc.

frisent la envoyé en blocage et refuser les

Dans un deuxième temps, on prend la décision d'aller plus loin. On trouve des pantins de Rwandais, de Burundais et d'Ougandais que l'on arme et finance pour aller prendre le Pouvoir à Kinshasa. On n'y arrivera pas car les Angolais et les Zimbabwéens étant intervenus à temps. Alors on décide de prendre le pays en otage en organisant son occupation par des troupes régulières des pays voisins sus-cités. Le monde entier a assisté au Congo Démocratique, à une des plus tristes scènes d'hypocrisie diplomatique. En effet, les pays occupants des portions importantes du territoire Congolais ont pendant plusieurs mois nié l'évidence, s'abritant derrière une rébellion fantôme, ou tout au plus fantoche dont eux seuls avaient le secret. Dans les milieux diplomatiques complices de ces colons d'un autre genre, on a trouvé là une excuse pour empêcher toute résolution demandant le départ du trio des potentats tutsis conduits par le frêle et insolent Kagame. Dès lors qu'il n'y a plus eu de contestation, il ne restait logiquement aux instances appropriées, OUA et ONU surtout, qu'à exiger la fin de l'occupation étrangère du Congo. Si l'OUA a satisfait à cette exigence, l'ONU ne s'y est pas donné aussi facilement, contrôlée qu'elle est par les Etats Unis qui ne supportent pas que Kabila soit si indépendant d'esprit et si prompt à trouver des qualités en Kadhafi. Alors même que le régime de Kinshasa a depuis rectifié le tir et corrigé certaines erreurs des premiers jours, notamment son discours trop panafricaniste et sa dénonciation de ce machin néocolonial de francophonie, une campagne impitoyable est entretenue dans les médias internationaux pour montrer, on ne comprend sur quelles bases, qu'il n'y aurait aucune différence avec le régime de Mobutu. L'embêtant c'est que

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la majorité des Congolais à l'intérieur du pays, ne reconnaissent pas subir les travers dépeints par la presse parisienne ou américaine. Tout se passe donc comme si les enjeux étaient bien plus importants au Congo Démocratique que le commun des africains a tendance à le considérer. C'est ici que la substance de la situation se révèle, car en réalité, comment comprendre la démarche de l'ONU? Dans la pratique, nous ne sommes pas ou plus dans une situation de guerre civile au Congo Démocratique, mais bien dans celle de l'occupation de régions entières du pays par des forces armées de pays voisins avec le concours des grandes puissances. Dès lors que trois pays voisins ont reconnu entretenir des troupes sur le territoire d'autrui, ce que l'organisation des Nations Unies avait à faire c'était d'exiger la fin de l'occupation. La situation que connaît le Congo n'est pas, au regard du droit international, différente de la situation du Koweït en 1991 qui a nécessité la décision du Conseil de sécurité d'envoyer une force internationale sur place pour libérer ce pays de l'occupation irakienne. Il est donc incompréhensible qu'à New York, on ait décidé plutôt de l'envoie d'une force d'interposition, accréditant implicitement la thèse volontairement erronée d'une guerre civile, alors que les forces d'occupation ne se cachent plus, et qu'une résolution antérieure par l'Assemblée Générale les a par ailleurs identifié et condamné. L'ONU se comporte aujourd'hui comme si elle voulait partager le territoire Congolais entre les occupants étrangers et le régime de Kabila. Il y a là un véritable complot, et pire, un autre crime prémédité que l'on tente de mettre en exécution. A Kinshasa, ce ne sont pas des enfants de cœur qui sont aux commandes, et il leur a été très facile de comprendre le sens et la finalité des plans élaborés à New- York crier dans ce cas à une deuxième trahison historique de l'ONU n'est que normal et justifié pour des gens dont le pays aurait pu être autre chose aujourd'hui qu'un champ de misères si Patrice Lumumba n'avait pas été assassiné.

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Si à l'analyse, il s'agit d'empêcher Kabila et ses amis de restituer au Congo Démocratique l'auréole d'un centre de commande géostratégique sur le continent, il faut convenir que nous sommes entrés dans une hypothèque qui ne sera pas levée sans une série de nouveaux foyers de guerres civiles dans la sous région. Dans tous les cas, il paraît improbable et même inconcevable que les plans en cours réussissent, dans la mesure où il sera difficile d'assurer son succès sans provoquer la désintégration des petits Etats déjà très mal en point qui sont voisins du Congo Démocratique. Enfin, le régime de Kinshasa ne pourra que se renforcer et se stabiliser avec le temps, et le droit international, même interprété et utilisé de travers contre lui, n'en constituera que plus d'embarras pour les mauvais stratèges qui ont un peu trop vite planifié sa chute. Le Congo Démocratique n'est ni le Liberia, ni la Sierra Leone, ni la Somalie. Une bavure de plus de l'ONU dans ce pays pourrait conduire une partie importante des membres africains de l'organisation, à prendre ses distances, au moment où la domination impériale américaine du monde est en passe de faire regretter la belle époque de la neutralisation mutuelle EST - OUEST et de l'équilibre de la terreur. C'est une autre hypothèque et non des moindres.

NOVEMBRE 1999

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2.

CRÉDIBILITÉ INTERNATIONALE: LE REGARD DES AUTRES

Ce qui fonde la puissance ou la faiblesse de l'image d'un Etat, c'est le respect ou le rejet qu'il inspire sur la scène internationale, lesquels se mesurent au degré d'adhésion à un certain nombre de principes fondamentaux et de valeurs universelles. Au siècle dernier, les monarques étaient relativement libres de régner sur leurs peuples avec des méthodes les plus barbares et les plus répréhensibles. Chaque Dieu isolé dans son coin avait sa culture politique absolument originale. Le monde d'alors était tellement parcellisé et compartimenté, qu'une théorie générale du bien être de l'individu et de la juste administration des peuples, relevait beaucoup plus d'une vision de l'esprit européocentriste. En dépit d'une intense activité intellectuelle philosophique soucieuse d'une pensée sociale et politique générale, homogène et non discriminatoire, chacun gardait sa morale et en assurait la maîtrise. Personne ne pouvait se déclarer plus crédible que l'autre. Le siècle finissant qui s'inaugure en 1917 avec la révolution communiste d'octobre en Union Soviétique, n'aura pas fait mieux. Dominé par les rivalités idéologiques entre les blocs antagonistes, il a été l'occasion jusqu'à la destruction du mur de Berlin, d'une démonstration d'hypocrisie de la part des grandes puissances. Parce que le monde était divisé en Camps retranchés, le postulat admis relativisait toutes les valeurs et éliminait toute recherche d'objectivité dans l'appréciation de la crédibilité des Etats. Aujourd'hui, c'est terminé. La guerre des idéologies a vécu, de même que les Camps. Un jugement partagé par tout le monde peut enfin apparaître, et une certaine universalité peut enfin se dégager en ce qui concerne certains principes de base servant à évaluer la crédibilité internationale des Etats.

Il

L'irruption du discours sur la crédibilité internationale développé aujourd'hui par les dirigeants de quelques Etats africains traduit le doute et l'embarras dans lesquels ils sont plongés. Empêtrés dans la mauvaise gestion, la corruption, la faillite et la perpétuation de l' autoritarisme et l'arbitraire, ces régimes, pressés de trouver des comparses à l'extérieur à défaut de vrais amis; et friands des louanges de quelques poignées de courtisans à l'intérieur à défaut de l'adhésion de leurs peuples, mobilisent à longueur de journées et d'années des moyens colossaux de communication à leur solde pour chanter leur crédibilité. La réalité s'impose pourtant au quotidien, et nous contraint, presque toujours, à réviser ces jugements fantaisistes que nous nous faisons de nous mêmes pour embrouiller la santé mentale de nos concitoyens considérés pour la circonstance en esclaves et non en sujets de droits. Cette réalité, parfois cruelle, trop souvent crue, et à juste titre moqueuse, est constituée de gestes, de déclarations, d'actes, en provenance aussi bien de personnes physiques que de personnes morales, d'institutions privées que d'institutions publiques. C'est le regard des autres. Ce sont en effet ces autres qui nous jugent, nous classent, et disent ce que nous valons à leurs yeux. Ainsi, de ces regards des uns des autres, les Etats sont aujourd'hui classés pratiquement en Etats fréquentables, et en Etats non fréquentables. Il revient alors aux citoyens des Etats africains, de faire l'inventaire de tout ce qui est dit sur leurs pays, pour mesurer leur crédibilité internationale. En fait, l'exercice peut se limiter, dans certains cas, à une brève observation de proximité. Pour quelle raison, devrait-on admettre qu'en l'espace de trois années, des missions diplomatiques ferment leurs portes - et traversent la frontière pour S'installer chez le voisin? Comment comprendre qu'on nous juge aussi mal au point de dire que nous sommes, de tous les deux cent Etats du monde, celui qui est le plus corrompu? Comment accepter que du classement des Nations Unies concernant les

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indicateurs du développement humain, nous soyons logés au rang de 10Sème ? Le crédit international d'un Etat se construit ou se détruit sur de simples regards, le regard de ceux, loin de nous, qui ne partagent pas notre logique, et qui trouvent nos modes de pensée et notre courage dans l'erreur, tout à fait extraordinaires. Quel rapport ferait un étranger qui séjourne dans notre pays depuis seulement trois mois, sur nos mœurs politiques, sur notre forme de gouvernement, sur notre administration, sur notre attachement à notre pays? Un jour, c'est un ministre chargé de l'éducation nationale qui s'approprie le marché du livre scolaire sous le couvert d'aider les parents! Un autre jour c'est l'argent en milliards des retraités qui s'envole dans des circuits ignobles! Tantôt c'est la compagnie aérienne du pays où d'autres milliards ont disparu dans les poches de comparses appelés consultants! Tantôt c'est la capitale qui est privée d'eau pour un mois! Tantôt c'est la campagne d'électricité qui découvre un détournement massif! Et il apprend que tout cela dure depuis longtemps! Que l'accès à des écoles professionnelles, école normale et autres se monnaie en millions! Qu'un ministre apparaît à la télévision pour se vanter de détourner impunément le budget de l'Etat sous le fallacieux prétexte de gagner des marchés, sans démissionner le lendemain ou sans être chassé du gouvernement par qui de droit! Que les concours sont devenus aléatoires! Que les hôpitaux publics sont des mouroirs et les médecins de véritables commerçants! Que tout est payant, de la moindre signature, à la moindre compassion. Et par-dessus tout, l'Assemblée nationale ouvre une session sans ordre du jour. Les lois ne servent plus à rien! De même la justice, les forces de l'ordre et les corps constitués dans l'ensemble, n'obéissent plus à aucune déontologie. Dans ce contexte, le rapport de l'hôte étranger, visiteur d'un moment ou diplomate en poste, est forcément sévère. Et de ; l'extérieur, d'autres témoignages ne nous font pas de bonheur non plus. Si le cycle actuel n'est pas inversé, il est certain que dans dix ans, il y aura plus de médecins, d'ingénieurs, d'architectes et de professeurs à l'extérieur qu'il y en aura sur place au Cameroun. Notre crédibilité internationale en souffrira fortement, s'il ne l'est déjà avec l'empressement des jeunes bacheliers à fuir notre système universitaire.

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Dans la pratique, s'il fallait mettre ces éléments d'analyse en théorie, il faudrait dire que la perception qu'ont les autres de la capacité et surtout de la volonté des dirigeants d'un pays à gérer avec honnêteté, compétence, justice et intégrité leurs ressources humaines et matérielles, détermine la respectabilité, et partant le crédit dudit pays. Pour beaucoup d'organisations internationales humanitaires, de même que pour beaucoup d'institutions philanthropiques, certains Etats sont simplement assimilés à des paradis de truands non recommandables. La canalisation discriminatoire des dons et des investissements au titre de la coopération décentralisée, est une indication très importante dans ce sens. Par ailleurs, l'on peut relever que ces organisations ne se contentent pas seulement de refuser leurs aides, elles influencent fortement les actions diplomatiques des grandes puissances dont chaque geste, chaque déclaration ou chaque visite officielle crédibilise ou décrédibilise les uns et les autres. Ainsi, lorsque Madeleine Albright, le Ministre des Affaires étrangères des Etats unis, entreprend une tournée en Afrique, elle évite soigneusement les pays dont la réputation internationale du moment n'est pas du tout bonne. Inutile de rappeler que partout où elle met les pieds, les investisseurs se sentent rassurés pour suivre ses traces. C'est d'ailleurs cela le message. Il importe à la réalité, d'insister, pour ceux qui l'ignorent, qu'il n'est point besoin d'entretenir des querelles sur la crédibilité internationale d'un Etat dès lors que ce dernier est régi par des institutions démocratiques. Il n'y a en fait que des sauvages pour passer leur temps à trouver toutes sortes d'arguments pour convaincre leurs voisins de leur hypothétique crédibilité. Dès lors, personne ne devrait être surpris d'apprendre que ce sont les régimes africains, connus pour leur gouvernance boiteuses et leurs vertus subjectives, qui en font un hymne national. Le silence serait plus sage, car le regard des autres est d'une méticulosité incorruptible, résultat de toutes nos bêtises.
Novembre 1999

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3.

PRESSE ET POLITIQUE EN AFRIQUE

Ce qui caractérise les régimes monolithiques et dictatoriaux, c'est le contrôle strict de l'information, constitué par le maintien du citoyen dans une relative ignorance, et la répression ouverte ou voilée des manifestations d'indépendance de la presse par rapport à l'idéologie gouvernante. L'observation est particulièrement douloureuse pour les Etats africains, au moment où la quête de liberté d'expression, de démocratie et de justice entraîne la multiplication des titres dans les espaces médiatiques nationaux, et débouche parfois sur des conséquences troublantes pour la conscience humaine. En moins de deux mois d'intervalles, la presse ivoirienne a déjà payé un prix élevé dans le débat de broutilles fabriqué par Bédié pour essayer de se maintenir au pouvoir. En effet, le Directeur de publication du quotidien "Le Jour" a été assassiné, pendant que son confrère "Libération" a vu son siège saccagé et son outil informatique réduit en poussière. Au Burkina Faso, Norbert Zongo repose en paix dans un cimetière après son élimination par une équipe de tueurs officiels, et au Cameroun, Puis Njawe (ses multiples prix internationaux ne disent rien ici) n'en finit pas de panser les blessures de dix mois de détention rude. Existe-t-il un problème entre la Presse et la politique en Afrique? Qu'est-ce qui est réellement en cause, la Presse ou la Politique? Le problème se situe-t-il au niveau de la politique de la presse, ou au niveau de la presse politique? Toutes ces questions agitent en permanence notre esprit et méritent qu'on s'y attarde. Il convient avant tout développement, de situer le contexte général de l'analyse. En dépit de quelques nuances de style résultant plus des différences de caractères des chefs, les pays africains dans leur majorité, demeurant des monarchies atypiques. Dès lors que partout les tenants du 15

pouvoir suprême font tout pour éliminer les chances d'une alternance véritablement démocratiques, et aspirent sans l'avouer à la présidence à vie, on peut estimer que les relations avec la presse suivent une logique homogène de répression. De la politique, l'explication la plus simple c'est qu'elle est "art de conquête, de gestion et de protection du pourvoir". Elle comporte par conséquent des méthodes, des démarches, et des formes de mise en œuvre pas toujours honnêtes, et plus souvent contestables. La presse quant à elle est forcement expression publique du vécu, instrument de renseignement, outil de la connaissance, et cadre de débat. C'est en définitive, le lieu de témoignage, d'inscription et de conservation de l'évolution de la société. Qu'elle vous plaise ou qu'elle vous déplaise, vous n'y pouvez rien! Elle fait l'histoire et retrace l'histoire. Dans ce décor, l'Afrique coloniale était le monde des maîtres et des esclaves. Le colonisé n'avait de vérité que la volonté de la métropole, d'instruction que le minimum requis. Pour bien servir dans la langue de ses patrons, et de responsabilité que les fonctions secondaires de subalterne indigène. Nous savons que les Urn Nyobe, Ernest. Ouandié, Lumumba et autres, ont été liquidés pour avoir osé aller au-delà. Les indépendances nous furent servies sur un plateau pour la plupart des Etats, et nous pensions que l'Afrique s'élèverait enfin au firmament de la liberté l'expression et de la libre communication. Il n'en fut rien. Tout ne fut que dictature, répression, déni de justice et violations des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les princes soutenus et protégés par l'ancienne métropole avaient peur de leur propre pouvoir, et on n'entendit jamais parler de presse ni de politique de la presse, et surtout pas de presse politique. En effet, comment pouvait-on admettre que quelqu'un prit sa plume pour s'intéresser à la manière dont la cité était gérée?

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Le début de la décennie qui s'achève en clôturant tout un siècle de millénaire finissant, marque la rupture, mais quelle rupture! Partout en Afrique, la généralisation du discours sur l'ouverture démocratique a suscité la naissance d'une presse à peu près indépendante. Le problème c'est que le degré d'ancrage de cette presse dans les réalités quotidiennes de la vie politique, a démontré à suffisance, que les régimes en place ne supportaient pas la cohabitation avec des organes d'information décidés à jouer effectivement le rôle de quatrième pouvoir. Tout se passe comme si la liberté de la presse n'est admise ou tolérée, que si son usage se limite à célébrer la gloire des princes autocratiques, n'entraîne aucune remise en cause de la gestion du pays, et ne renseigne point les citoyens sur leur destin. La confrontation entre la Presse et la politique est donc une confrontation entre la vérité et le mensonge, entre le bien et le mal, entre l'éthique humaniste de justice et le dogme totalitaire de commandement. Certes, il ne peut être question d'absoudre la presse de ses bavures. L'éclosion de la presse privée en Afrique ne fut pas toujours la promesse d'une information rassurante et de professionnalisme hors de toute reproche ou lavés de tout soupçons. Les exemples abondent, ici et ailleurs, où de petits voyous nantis de parchemins universitaires encombrants et improductifs, se sont réfugiés sous le noble manteau de journalistes pour abuser des citoyens, faire chanter les politiciens pourris avec des dossiers compromettants, et connaître de petits bonheurs avec des titres aussi irréguliers que les pluies du désert. Dans nombre de pays, ces avatars de circonstance ont servi les desseins des pouvoirs établis qui n'ont plus voulu voir dans l'intérêt de la presse pour la politique, que la preuve des desseins sombres des directeurs des publications et de toutes les publications. Sud communication au Sénégal, la Gazette du Golfe au Bénin, et le Messager au Cameroun, ont ainsi fait les frais par le passé de cette assimilation volontaire dont il était facile de comprendre autant le caractère de procès d'intention que les objectifs malsains.

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On a ainsi profité de la présence de quelques cancres dans la profession pour bloquer, freiner, ou compromettre le développement des entreprises de presse dont la crédibilité, la popularité et le dynamisme étaient perçus comme une menace pour la survie des autocraties régnantes. Le dilemme des Etats africains, qu'ils soient francophones ou anglophones, réside ainsi dans l'acceptation forcée de la presse comme élément de démonstration d'ouverture démocratique, sans l'acceptation de la nature du rôle et des aspirations d'indépendance de cette presse. Il reste néanmoins que les différences des contextes nationaux, créent des vitesses différentes et des pesanteurs différentes. Pendant qu'en Côte d'Ivoire on dénombre près d'une centaine de radios privées, au Cameroun on n'en compte officiellement aucune, le décret d'application de la loi de 1990 sur la communication n'ayant jamais été mis à jour. Les citoyens agents de l'Etat sont obligés de voir leurs salaires amputés par une taxe dite "Redevance CRTV", sans que leur consentement ait jamais été requis, et alors que beaucoup ne suivent ni la télévision ni la radio d'Etat. Dans certains Etats africains, les radios privées n'ont été admises que pour se voir interdire de donner des "informations politiques", sans qu'on sache exactement ce qui est politique dans l'information et ce qui ne l'est pas. En tout état de cause, les régimes n'ont jamais triomphé de la presse, et l'Afrique ne fera pas exception. S'il est donc un combat qui est toujours perdu d'avance, c'est bien le combat contre la presse. Puisse les vingt bougies du Messager aider tout le monde à retenir cette leçon, une fois pour toute!

Novembre 1999

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4.

A PROPOS DE LA MONDIALISATION

Dans un discours programme prononcé au national press club à Washington en 1973 et dont de larges extraits furent publiés dans la revue "Dialogue", Henry Kissinger, le tout puissant Ministre des affaires étrangères des Etats Unis de l'époque et conseiller du Président pour les questions de sécurité, déclarait, je cite: "Le plus grand problème auquel fera face la politique étrangère américaine dans les années à venir sera de nature philosophique. En effet des peuples qui pendant longtemps sont restés en sommeil, ont subi l'oppression et ont considéré la domination presque comme un fait divin, se lèveront et marcheront droit vers la liberté. Il s'agira alors pour nous de changer la façon de traiter avec ces peuples et de repenser toute notre vision du monde, devant un phénomène qui pourra être d'une grande importance, et d'une grande ampleur". Tous les événements marquants des vingt dernières années dans le monde, à l'instar de la révolution islamique en Iran, la désintégration de l'ex URSS, et l'accession de la majorité noire au pouvoir en Afrique du Sud, ont donné raison à l'homme d'Etat américain, et bouleversé complètement les vieux enjeux des relations internationales, amenant Madeleine Albright, actuel secrétaire d'Etat, à reformuler les missions militaro stratégiques de son pays: "Les Etats Unis auront dorénavant le devoir d'intervenir dans les conflits internes de type purement ethnique, et dans les conflits de frontières fl. En somme, la fin de la guerre froide et la stabilité garantie d'une Europe démocratique et libérale, laissent les mains libres à la plus grande puissance du monde, pour jouer à nouveau et pleinement, le rôle de guide prépondérant que lui assignèrent implicitement ses pères fondateurs. Ce rôle s'appuie sur de nouvelles priorités découlant de l'évolution des différents rapports des forces. C'est donc un pays qui a tout prévu, et qui en face de ce qui n'a pas été prévu, dispose d'assez de ressources pour gérer, rattraper, récupérer ou réorienter les choses au mieux de ses intérêts. Cette situation de leader sans second s'inscrit dans un contexte commercial et technologique caractérisé par des avancées et des innovations révolutionnaires. Pendant que le phénomène Internet rend la 19

poste traditionnelle presque inutile, un nouveau cycle ambitieux de négociations commerciales multilatérales est lancé à l'initiative de l'organisation mondiale du Commerce, avec pour objectif, de faire de toute la planète un marché unique débarrassé de tous les obstacles. Du coup, réapparaît des adjectifs, des noms, et des discours qu'on avait déjà entendu il y a dix, vingt ou même trente ans en arrière. Les pays pauvres, gouvernés en majorité par des prédateurs politiques, des dictateurs obscurantistes et des idéologues déphasés, se sont remis à danser au rythme de la lutte contre, "la mondialisation" pour certains, et fIlaglobalisation" pour d'autres. Le paradoxe meurtrier que constitue cette véritable contestation des fainéants du sous développement, suscite bien plus de gêne que de mobilisation. On n'est pas loin de penser que des gens qui n'avaient plus rien pour s'accrocher à la marche du monde, ont découvert de nouveaux slogans. Lorsque quelques pays d'Afrique et d'Asie se réunirent en 1955 à Bandoeng (Indonésie) pour clamer leur colère contre la domination coloniale et les exactions des grandes puissances, il y avait une véritable cause à défendre. On connaît la suite. Les pays pauvres et assimilés se sont masturbés les méninges et ont littéralement pris les relations internationales en otage depuis près de 40 ans, exerçant un chantage permanent prônés dans diverses instances: groupe des 77; pays non alignés; pays les moins avancés; pays ceci et pays cela. Nous sommes parvenus en fin de course et le bilan s'impose. Personne n'arrêtera dorénavant l'évolution du monde, l'avancement de la science et l'exploitation des technologies nouvelles, sous de fallacieux prétextes. Les enjeux que comporte le développement humain à l'échelle planétaire ne peuvent plus souffrir de retards ou d'altérations pour faire plaisir à une bande de pays paralysés par leurs propres dirigeants. Les fantaisies soutenues par quelques esprits simplistes et selon lesquels les fruits de la science et des nouvelles technologies devraient obligatoirement profiter à tous les peuples ne résistent plus devant le procès de la mauvaise gouvernance en cours dans certains pays.

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La dénonciation de l'impérialisme, du néocolonialisme, de la détérioration des termes de l'échange, de la chute des cours des matières premières..., a cessé d'être un alibi acceptable. Il ne faut plus reporter ni sur la France, ni sur les Etats- Unis, ni sur l'Europe, ni sur le FMI, ni sur la Banque Mondiale, les causes du retard et de la destruction de nos pays. Une réflexion approfondie sur quatre décennies de gestion accuse aujourd'hui beaucoup plus des défaillances culturelles, intellectuelles, et politiques locales. Ceux qui ont systématiquement détruit les systèmes éducatifs, pillé les caisses de l'Etat, ruiné les entreprises publiques, compromis les droits de l'homme et les libertés fondamentales, et décrété l'Etat ethnique partout sur le continent, n'ont reçu des ordres ni du ciel, ni de quiconque sur terre. Que les générations futures se préparent à passer aux poteaux d'exécution tous les responsables de ces travers qui nous éliminent des fruits de la mondialisation, mais ce faisant, qu'ils se gardent d'adhérer aux dénonciations futiles du passé. Comment veut-on trouver des boucs émissaires ailleurs à propos de la sale politique de l'enseignement supérieur qui confine les enseignants dans la misère, place les Universités sous la coupe des recteurs ethniques honteusement nommés, contraint les jeunes camerounais à l'exil, et bloque toute véritable libéralisation? Ce n'est là qu'un exemple. L'Afrique sera absente du prochain monde, celui du millénaire de la circulation électronique de l'information et de la mutation résolue des facteurs et des mécanismes du développement humain de la richesse et de l'amélioration des conditions de vie des citoyens. Les exigences nouvelles de rectitude, d'intégrité et de transparence que génère la construction d'un monde ouvert et d'une coopération débarrassée de tous les préjugés entre les Etats et entre les peuples, s'accommodent mal de la mauvaise gouvemance. Nous parviendrons inexorablement à un point où, traités en sauvages, nous serons repoussés par les autres, interdits de sortir de nos pays devenus des cages, et nous constituerons alors une attraction pour le reste du monde. Des touristes viendront en pèlerinage pour constater le gâchis et voir des exemples de pays qui avaient tout pour être heureux, mais qui ont tout détruit. On

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viendra ainsi voir des pays où la tricherie est institutionnalisée, où on nomme des incompétents notoires à des postes stratégiques, où les détournements se comptent en milliards, et où les hommes d'affaires les plus prospères ne sont que des membres du gouvernement. La pauvreté d'esprit des nouveaux idéologues de la libération fondée sur le combat contre la mondialisation et la globalisation est évidente. Ils ont tout détruit, tout foutu en l'air, tout gaspillé, tout ruiné, tout volé pour ne rien faire et maintenant ils pleurent parce que les autres avancent. Ceux qui ont privilégié les combines à la transparence, les paresseux aux travailleurs, les incapables ethniques aux citoyens méritants et valables, doivent assumer la responsabilité de l'isolement technologique de nos pays. Les relations internationales ont vu naître dans les décennies précédentes, une foule de concepts flatteurs destinés à dorloter les pays pauvres, arriérés ou tout simplement paresseux. On parlait alors de systèmes de préférences généralisées, de patrimoine commun de l'humanité, de non réciprocité des concessions, de clause de la nation la plus défavorisée. La conviction est maintenant faite que cette armada d'exceptions n'a rien changé à la réalité des rapports des forces, mieux, elle a enfoncé davantage les pays sensés en profiter, et aggravé les inégalités, parce que les problèmes sont ailleurs, dans les structures mentales des dirigeants et les formes de gouvemance dominées par l'arbitraire et l'absence de tout patriotisme réel. Le concept de mondialisation véhicule un ensemble de conditionnalités modernes et démocratiques. Il incarne une coopération planétaire à laquelle ne peuvent y accéder, s'intégrer, participer et en profiter que des Etats et des peuples ouverts, civilisés, débarrassés des dictateurs et des pilleurs, et nourris de valeurs et de principes d'une universalité incontestable. Nous sommes donc loin, très loin du Complot décrié par les nouveaux idéologues des "pays volontairement pauvres".
Novembre 1999

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5.

PIPELINE ET PETROSTRATEGIE

La récente décision des compagnies ELF et SHELL de se retirer du Projet de construction du Pipeline destiné à acheminer le pétrole brut des puits du Sud du Tchad jusqu'au Port de Kribi au Cameroun, a jeté un trouble dans de nombreux esprits, et surpris de nombreux observateurs. Pourtant, d'un point de vue tout à fait objectif et serein, certains indicateurs, connus de longues dates, ne permettent pas d'envisager la réalisation de ce projet dans le contexte actuel, et même pas à brève échéance si des évolutions politiques majeures n'interviennent pas dans les deux principaux pays bénéficiaires, le Tchad et le Cameroun. En effet, depuis que ce projet a été versé dans l'actualité, les officiels en parlent des deux côtés avec une assurance déconcertante, et cultivent dans leurs opinions publiques, une fébrilité chargée de promesses de solutions à toutes les difficultés économiques, aux problèmes de chômages et d'insertions sociales. Les régimes en place ont volontairement voulu faire du pipeline, un bouclier et une bouée de sauvetage politique, à tel point que chaque citoyen, a presque été implicitement invité à évaluer sa part de bonheur dans le pactole de plus de trois milliards de dollars d'investissements programmés. Cette hystérie collective n'a été possible, qu'à cause d'une habitude chronique de mensonge, et du règne d'un système de gouvemance bâtis sur l'utilisation abusive et partisane des médias d'Etat. Deux logiques permettent d'amorcer une explication à cette tendance: La première se fonde sur la psychologie des recettes pétrolières dans l'analyse de la place, du rôle et de l'influence des Etats dans les relations internationales depuis la troisième guerre israélo-arabe en 1973. Pour mémoire, il convient de rappeler que suite à un embargo décrété par les pays arabes producteurs de pétrole contre les pays occidentaux accusés de soutenir Israël, les cours du baril passèrent de 3 dollars à près de 38 dollars en moins de trois mois. Le pétrole devint brutalement une 23

arme redoutable, et une source d'enrichissement à la limite de l'insolence qui projeta en peu de temps tous les pays producteurs regroupés au sein de l'OPEP, au rang de pions diplomatiques et économiques incontournables. Des gens affluèrent de partout pour leur faire la cour ou s'installer chez eux, pendant que leurs dirigeants n'hésitèrent pas à investir massivement le trop plein de leurs pétrodollars pour prendre littéralement le contrôle (on découvrira le caractère éphémère plus tard) de quelques grosses multinationales financières et industrielles dans le monde. C'est l'époque où les Camerounais par exemple émigrèrent en nombre élevé au Gabon, à la chasse des retombées du pétrole. La deuxième logique est un peu la conséquence de la première. On imagine mal et on amène tous les citoyens à y adhérer, qu'un projet pétrolier de l'importance du pipeline tchado-camerounais ne puisse pas rassembler tous les soutiens politiques et économiques requis. En dépit des hésitations et des prudences nécessaires dans les négociations, la psychologie d'ensemble tourne autour de l'avidité des grandes puissances pour l'or noir, et des multinationales pétrolières pour la recherche effrénée des profits faciles et garantis. Alors que toutes les analyses incitent à la prudence, et que le contexte est par ailleurs radicalement très différent de celui des années des folies des pétrodollars amassés et dépensés comme de véritables malles de «feymen» par quelques heureux nouveaux riches, tout ou presque a été mis en œuvre, implicitement ou explicitement, par les pouvoirs publics au Cameroun et au Tchad pour entretenir des espoirs démesurés autour du projet du Pipeline. Pris au piège, certains opérateurs économiques ont procédé par anticipation, à des investissements préalables aujourd'hui perdus. En fait, très peu de considération semble avoir été donnée aux conditions et pré conditions classiques que l'on retrouve à la base des études de faisabilité d'un projet international de cette envergure. Toutes les stratégies d'investissement comportent de nos jours une exigence beaucoup plus importante de maîtrise des risques politiques, lesquels parfois arrivent en tête avant même les paramètres spécifiques de rentabilité.

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Jusqu'à l'annonce officielle du retrait des deux compagnies, ELF et SHELL, les cercles diplomatiques et financiers avançaient deux raisons majeures pour justifier le report du démarrage effectif des travaux: les tours très instables du baril maintenus par le marché entre 8 et 14 dollars, niveaux jugés trop faibles et non incitatifs pour engager le projet; L'aval de la banque mondiale, enfermée dans des études et des conditionnalités sans fin. Accessoirement, on a aussi beaucoup parlé du rôle voire du veto des organisations écologiques. La réalité est loin de toutes ces petites explications construites et répandues pour cacher les raisons du piétinement. Ce qui est en cause, était en cause, et le sera encore pour longtemps, c'est le risque politique élevé que représentent les deux pays impliqués directement dans ce projet. Toutes les études secrètes réalisées par les investisseurs privés et publics, bilatéraux et multilatéraux, s'avèrent complètement négatives, et ne recommandent pas la réalisation de ce projet pour l'instant. Il faut bien comprendre ici que, ni la qualité du gisement, ni la qualité du pétrole de Doba, ni le tracé, et ni le financement ne sont en cause. Les problèmes soulevés autour du projet du pipeline ne sont pas de nature à trouver une solution de sitôt, bien au contraire, les mois à venir vont peut-être, et les probabilités sont grandes, compromettre davantage les chances de ce dossier. Ceux qui dans les cercles officiels aussi bien à N' djamena qu'à Yaoundé parlent de trouver de nouveaux partenaires, et spéculent sur 2001 ou même 2003 n'ignorent rien des difficultés auxquelles ils sont confrontés et sont conscients qu'à moins d'un changement profond des données politiques qui ne manquerait pas de les emporter, ils professent le pur mensonge. Les populations ne devraient donc point se laisser impressionner par des opérations de recensement sans lendemains annoncées à grands renforts de communiqués de presse en vue dit-on d'hypothétiques indemnisations des déguerpis aléatoires du tracé. Pris individuellement, les éléments d'appréhension et les facteurs de blocage sont multiples dans les deux pays pour donner raison aux sceptiques et conforter la position des compagnies qui se retirent.

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S'agissant du Tchad, il convient de mettre en évidence au moins trois réalités majeures: la première c'est que le pays est plongé dans une instabilité chronique depuis plus de vingt ans, entraînant une situation de guerre permanente due à un combat interminable de chefs guerriers qui se succèdent à la tête de l'Etat, et sur des bases tribales et des alliances régionales autant fragiles que relatives. La deuxième réalité tient à l'absence de toute cohésion et de toute entente entre les diverses forces politiques régionales du Pays. Le gisement de pétrole que l'on envisage de mettre en exploitation est situé dans le sud du pays. Cette région est en effet en rébellion ouverte contre le pouvoir central accusé de ne plus être qu'un instrument de la dictature des nordistes. En conséquence, il y sévit une guérilla structurée qui n'entend pas autoriser la mise en valeur des gisements sans de solides arrangements politiques dont le fondement serait l'élaboration et l'adoption d'une constitution fédérale, sinon l'institutionnalisation d'une forte décentralisation débouchant sur une certaine autonomie des régions. La troisième réalité tient à la personnalité de l'aventurier au pouvoir à N'djamena. Il n'offre aucun gage caractériel d'homme d'Etat capable de se transformer en bâtisseur de compromis et en rassembleur. A ce titre il est en lui tout seul un problème supplémentaire et non un pion jouable par les puissances diplomatiques dans le cadre d'une pétro stratégie compensatoire des tares du pays. A l'autre bout de la corde, le Cameroun., l'autre partenaire principal du projet, sans être un champ de rivalités chroniques de chefs de guerre, n'en est pas moins un Etat quasiment déliquescent aux lendemains incontrôlables, et logé à la même enseigne des entités étatiques à risques élevés. En plus de la perte de son influence diplomatique, du recul de son leadership dans la sous région au profit du Gabon, de son éclipse sur la scène mondiale, des ravages de la corruption qui ont mis son économie à plat et d'un système judiciaire des plus répugnants pour les investisseurs, le Cameroun ne présente pas de garanties suffisantes et acceptables en ce qui concerne la sécurité des installations et des infrastructures d'accompagnement du projet sur son territoire.

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Le projet du pipeline introduit donc une problématique à plusieurs variantes, et à plusieurs inconnues sur le territoire camerounais. Les ravages et la généralisation du phénomène des coupeurs des routes dément toute proclamation contraire de la part des pouvoirs publics et fait prendre en considération au contraire, des perspectives de prise d'otages de techniciens expatriés et de sabotages criminels des installations avec des probabilités certaines de catastrophes écologiques. Quel investisseur prendrait la décision de se plonger dans un tel enfer, même au prix d'incitations extravagantes? Les conclusions négatives qu'inspire une réflexion objective sur les mésaventures de ce projet amènent à penser qu'à moins d'un miracle, aucun autre projet d'envergure n'est réalisable dans les deux pays avant des changements politiques substantiels et l'institutionnalisation d'une meilleure gestion des affaires publiques et d'une expression libre des citoyens. Cette observation, bien que sévère, colle aux commentaires désapprobateurs entendus dans les coulisses diplomatiques sur le gaspillage et la gestion familiale des revenus du pétrole camerounais dont le premier baril fut produit en 1975. Rien dans le pays ne témoigne d'un privilège passé ou actuel de producteur de pétrole. Le Cameroun demeure lourdement endetté et les infrastructures socio-éducatives, sociosanitaires et de communication font cruellement défaut. Un tel régime n'a rien fait avec l'argent de son pétrole, ce n'est pas en lui donnant le pipeline qu'il fera quelque chose, entend-t-on murmurer. Pour schématiser, autant admettre que nous sommes dans une situation de mariage. Le principe du mariage est acquis, mais les parrains et les témoins hésitent devant la disqualification des prétendants.

Adieu Pipeline. Décembre 1999

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6.

L'EXCEPTION

ANGOLAISE

Ce qui inquiète dans la présentation et l'analyse des conflits en Afrique, c'est le recours permanent à la manipulation en ce qui concerne leurs natures, leurs causes, leurs implications, et les solutions éventuelles. On comprend bien souvent a posteriori seulement, les objectifs géopolitiques d'une telle démarche, qui permet de brouiller les cartes, et de promouvoir des intérêts et des individus en totale contradiction avec les idéaux d'indépendance et de développement des peuples concernés. Le risque d'un véritable viol de l'histoire s'installe, lorsque, profitant de l'usure du temps et du contrôle totalitaire des intelligences, des idéologues cachés sous des manteaux d'universitaires ou des experts à la solde des causes impopulaires, entreprennent de dénaturer des faits connus de tout le monde, n'hésitant pas pour cela, à convoquer les traditionnels arguments humanitaires. La situation de guerre que subit l'Angola depuis la conquête douloureuse de son indépendance en 1975, est un exemple qui colle plus que jamais à la réalité des manipulations et mérite pour plusieurs raisons, que l'on s'y attarde. S'il est indiscutable que les guerres sont sources de désolation, de destructions, de scènes atroces de carnages et de génocides, il faut aussi reconnaître que ces mêmes guerres constituent des repères indispensables pour l'éclatement et l'élimination de certaines grandes contradictions des sociétés humaines. En ce sens, nous devons sans doute aux guerres les plus cruelles et les plus longues, certaines grandes avancées dans la coexistence des peuples, et le triomphe de certains grands principes. Les guerres, en influençant les tracés des frontières et en exprimant la détermination et le courage des peuples à défendre leurs bons droits, sont directement et automatiquement des voies et des moyens de cristallisation juridique des rapports des forces et ultimement de façonnement des conventions.

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La guerre en Angola est pour l'Afrique, aussi révélatrice que le furent les guerres de 1914-1919 et de 1939-1945 pour l'Europe, qu'un grand quotidien national ait consacré récemment un dossier franchement cousu d'ignorances et d'incompréhensions pour ne pas dire d'imprécisions sur ce sujet, nous paraît constituer une faute grave. En effet, depuis que l'on parle de droit d'ingérence et de devoir d'ingérence, certains croient pouvoir l'invoquer et l'appliquer partout, ce que semblaient faire les auteurs du dossier suscité. Il n'y a, il n'y a jamais eu, et il ne peut y avoir de parallèle entre la situation qui prévaut en Angola, et tout ce qui s'est passé au Libéria, en Sierra Léone, en Guinée Bissau, en Somalie... et j'en passe. Parler de guerre civile pour ce pays est un excellent abus de langage savamment entretenu pour couvrir les opérations d'une bande de mercenaires agités comme des marionnettes par des puissances extérieures. L'UNITA n'est pas et ne peut pas rentrer dans la catégorie des mouvements de dissidence ou de libération avérés, selon les classifications courantes retenues par les nations Unies. Dès avant le départ des portugais, le mouvement de Jonas SAVIMBI était déjà constitué comme soupape de sécurité qui allait bloquer l'avènement d'un régime panafricaniste et révolutionnaire à la tête de l'Angola. Lorsqu'en 1975, l'Angola doit accéder à l'indépendance, c'est le MPLA du Docteur Agostino Neto qui est l'organisation la plus représentative du pays. Pour les puissances de l'OTAN, la stratégie est alors de tout mettre en œuvre pour détruire, ou à défaut, contenir un régime marxisant qui ne manquerait pas de devenir une menace pour l'Afrique du Sud et la Namibie, des appendices alliés à l'Occident encore sous le joug de l'Apartheid. Parce que la Chine verse à cette époque dans un antisoviétisme aveugle au nom de sa lutte contre ce qu'elle appelle "le social impérialisme", on retrouvera une alliance formidable et bizarre réunissant Américains, Chinois et Sud Africains derrière Jonas Savimbi qui occupe le sud du pays, pendant qu'au nord, Roberto Holden et son FNLA, soutenu par la même alliance, contrôle le terrain avec l'appui de l'armée de Mobutu.

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Au moment où l'indépendance de l'Angola est proclamée à Luanda, le pays est presque étouffé par des mercenaires appuyés par les armées sud-africaines et zaïroises, sous la supervision de la CIA et des apprentis impérialistes chinois. Au lendemain de l'indépendance, la lutte se reporte sur deux fronts: A l'intérieur, il faut libérer le pays et briser l'étau des mercenaires; A l'extérieur, il faut gagner la bataille diplomatique de la reconnaissance du nouvel Etat par l'OUA et les autres instances internationales. Pour la première fois dans son histoire, et au nom de la solidarité anti- impérialiste, Cuba enverra des troupes hors de ses frontières. C'est ainsi que débarque en l'espace de trois semaines en Angola, et grâce à un pont aérien soviétique, vingt mille hommes bien entraînés et dotés d'un armement approprié. En trois mois, les machines de guerre zaïroises et sud-africaines sont défaites. C'est aussi la défaite de la CIA et des EtatsUnis. Les spécialistes des questions géostratégiques affirmeront d'ailleurs que les Etats Unis ignoraient les capacités de l'URSS en matière de transport aéroporté des troupes. Sur le plan diplomatique, ce fut un des moments les plus mémorables de l'histoire de l'OUA et de l'Afrique. La chance à cette époque, c'est la présence à la tête du NIGERIA du Général Mohamed Murtala, un panafricaniste nourri par une vision extraordinaire. Sous son impulsion, l'Organisation reconnaîtra et admettra la république d'Angola comme membre, malgré l'agitation d'une vingtaine d'Etats contrôlés par l'Occident et instruits pour bloquer cette admission. On croit même à ce moment là, que l'OUA va se saborder, tant les dissensions entre "modérés" et "progressistes" sont ouvertes et radicales. Ce qui nous semble important de rappeler aujourd'hui, c'est que la victoire du MPLA, représentant du courant panafricaniste et l'admission du nouvel Etat au sein de l'OUA, marque de façon irrémédiable, le début du processus de libération de la Namibie et de l'Afrique du Sud. C'est le point de départ du renversement incontestable de tous les rapports des forces sur le continent et dans toute la sous- région. C'est donc en réalité à l'Angola que les peuples d'Afrique du Sud et de Namibie doivent

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l'enclenchement de la dernière étape de leur longue marche vers la dignité et l'autodétermination effectives. Si la coalition des forces extérieures emmenées par les Etats-Unis et la Chine avaient réussi à hisser Savimbi au pouvoir en Angola, il est probable que nous aurions attendu plus longtemps avant de voir Mandela libre, et Sam Mujoma au pouvoir en Namibie. La guerre qui a été imposée à l'Angola depuis 1975, ressemble dans ces conditions, à une punition permanente de revanchards décidés à faire payer à ses dirigeants, un prix élevé pour avoir désorganisé la configuration géopolitique planifiée de longue date. Savimbi n'est qu'un instrument vil activé et réactivé en tant que de besoin pour bloquer toute la sous région. Comment dans ce cas, apprécier ou juger les actions de l'ONU qui n'ont abouti qu'à semer la confusion en conférant une légitimité malicieuse à un truand qui n'est pas en mesure de respecter le moindre accord, et dont l'objectif n'est certainement pas le bonheur de l'Angola? Il en va de même de ceux qui reparlent de droit d'ingérence en Angola. Ils auront attendu que Savimbi soit écrasé pour ressortir les pancartes suspectes que l'on ne brandi que lorsqu'on veut sauver un allié en difficulté. Dans ce tableau de doutes et de suspicions justifiés, l'Afrique du Sud n'est pas épargnée. Sa diplomatie est très loin de ce qu'on attendait, et commence même à contrarier certains espoirs. Son rôle et sa position précise sur de nombreux dossiers continentaux demeurent vagues, et sa part de responsabilité dans l'instabilité en Angola, n'est plus à exclure. Décembre 1999

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7.

LA FOLIE DES POUVOIRS EN AFRIQUE

Les retournements de l'histoire sont souvent implacables, et leurs conséquences généralement dévastatrices. Pour tous ceux qui, par une conjonction de ruses, d'accidents, ou d'illégalités plus ou moins flagrantes, gèrent les pouvoirs en Afrique comme de vulgaires bijoux de famille, ces retournements se traduisent par des sanctions sans appel: l'exil ou la mort. Il en va ainsi parce que, au faîte de leurs puissances, rien ne retient les détenteurs des pouvoirs. Aucune expérience ne leur sert de leçon. Aucun exemple ne les incite à la réserve, et aucun conseil de prudence, de modestie et d'humilité ne les soumet à la raison. Il y a un peu plus d'un mois, lors des rencontres organisées par l'Institut français des relations internationales pour débattre sur la mondialisation, un homme de petite taille, sûr de lui et rassurant, affichant un ventre rond d'embonpoint et présenté comme le Président d'une république africaine, prenait la parole devant un auditoire composé de célébrités diplomatiques et politiques de ce monde. Assis à ma gauche, un haut diplomate d'un grand pays occidental, fit une réflexion dans la langue de Shakespeare: «ce qui me choque chez ces présidents africains, c'est qu'ils ne sont pas sérieux, ils sont tous dictateurs. Ils ne respectent rien, et finissent toujours par conduire leurs pays à la ruine et leurs peuples à la guerre civile, pour se maintenir au pouvoir. Celui-là est sur la même lancée ». Il y a quelques jours, en pleine veille de la fête de noël, les radios et télévisions du monde entier ont coupé notre haleine, en annonçant qu'un président africain venait d'être renversé par son armée, et qu'il s'apprêtait à fuir à destination de la France, pour éviter de subir la vindicte populaire. Le héros de cette démonstration dialectique n'est autre que monsieur Henri Kanan Bédié, auteur d'une des plus grosses bêtises politiques de cette fin de siècle, et destructeur d'un des testaments politiques et diplomatiques les plus glorieux du continent, celui de Félix Houphouët-Boigny. 33

L'ancien premier ministre français Alain Jupé, citant Montesquieu dans son récent ouvrage, écrit que « tout détenteur de pouvoir est tenté d'en user et d'en abuser jusqu'à ce qu'il trouve ses limites ». Si la démocratie organise les pouvoirs et consacre leurs limites par le jeu du suffrage universel dans le cadre d'élections libres, les africains quant à eux organisent la démocratie pour en faire un instrument de pouvoirs personnels à l'image de leurs traditions de barbarie, réduisant, les institutions républicaines à de pâles copies de leur volonté autocratique. Il n'y a donc plus de limites à leurs pouvoirs que des surprises à l'image des éruptions volcaniques. En somme, il faut, pour les arrêter, sécréter de l'intérieur de leurs folies dictatoriales, de nouvelles folies qui surgissent comme des étincelles au vent. C'est un appel à l'auto désintégration de systèmes corrompus, avilis et impopulaires. Le peuple s'y résigne malgré lui, et applaudit alors de toutes ses forces, ces successions de parades militaires qui seules semblent constituer les véritables limites des pouvoirs. Il serait vain de vouloir maintenant se pencher sur l'équation militaire dans la succession des régimes en Afrique. Trop d'études y ont été consacrées, et pas des moindres. Ce qui devrait retenir l'attention, c'est le phénomène de fuite qui se manifeste dans l'exil des dirigeants déchus. Monsieur Konan Bédié qui, deux jours seulement avant sa déchéance, prononçait un réquisitoire à l'Assemblée nationale de son pays pour justifier que Alassane Ouattara n'a pas le droit d'être Ivoirien, est contraint de se réfugier à la résidence de l'ambassade de France, et ensuite de s'enfuir. Nous sommes en présence d'un véritable paradoxe africain qu'aucune lecture de la science politique ne peut éclairer complètement. Dans la logique d'ensemble de la succession des régimes, les spécialistes parlent de "spoil system" lorsqu'une administration vient remplacer une autre. C'est une transition pacifique et démocratique consécutive à des élections libres. Dans le contexte 'africain, c'est tout un autre schéma, tant les sources, les formes et les manifestations des pouvoirs sont louches, arbitraires et subjectives.

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