Le défi d'un Congo Démocratique uni, libre, prospère

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Cet ouvrage, publié à titre posthume, est un recueil d'articles pensés et écrits par Mwamba Bapuwa entre 1984 et 2006. L'auteur y analyse un certain nombre d'événements marquants de l'Histoire du Congo-Zaïre redevenu République Démocratique du Congo et met en avant son engagement en défense de la souveraineté, de la dignité, de la démocratie et de la postérité nationale. Cette publication se veut aussi un hommage à Mwamba Bapuwa qui fut assassiné chez lui à Kinshasa en juillet 2006.
Publié le : dimanche 1 juillet 2007
Lecture(s) : 445
EAN13 : 9782296165397
Nombre de pages : 413
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Collection

«Mémoire

- Lieux

de savoir/Archive

congolaise»

dirigée par Bogumil JEWSIEWICKI

Peinture de Tshibumba K (collection B. J.) Mêmes causes, mêmes effets...

MWAMBA BAPUWA

Le défi d'un Congo Démocratique Uni, Libre, Prospère
Hommage au journaliste patriote

L'HARMATTAN

5-7rue de l'Ecole-Polytechnique
F -75 005 - PARIS

Copyright L'Harmattan 2007 http://w\vw.editions-harmattan.fr V\i\V\V .librairieharnlattan .com harn1attan I@wanadoo.fr ISBNIO : 2-296-02555-2 ISBN 13 : 978-2-296-02555-4 EAN : 978 2296 02555 4

Remerciements

La famille de Mwamba Bapuwa, ses parents et amis proches, remercient spécialement les associations professionnelles des médias de la R-D Congo de leur soutien et sympathie avant et durant les obsèques. Elles ont organisé deux journées cérémonielles en hommage à leur confrère: le lundi 17 juillet 2006, une marche de protestation silencieuse de la Gare Centrale au siège de la MONDC, puis à l'Hôpital Général de Kinshasa où était exposé le corps, jusqu'à la place YMCA; le mardi 18 juillet 2006, date de l'inhumation, une 'Journée Nationale Sans Média' a été respectée dans le pays. Merci à vous d'avoir rendu ces obsèques grandioses:

- Union

- Journalistes En Danger (JED) - Reporters Sans Frontières (RSF/Paris) - Directions des quotidiens kinois Le Potentiel et Le Phare - Observatoire des Médias Congolais (OMEC)
- Observatoire National des Droits de l'Homme (ONDH)

Nationale de la Presse Congolaise (UNPC)

- Voix

des Sans-Voix (VSV)

- militants politiques (UDPS, Front Patriotique, etc.) - anonymes solidaires, femmes et hommes, jeunes et vieux. Nous remercions également: Les parents, amis et connaissances qui nous ont entourés durant cette dure épreuve; - Les journalistes de la presse écrite et radio-télévisée, les internautes connus et inconnus qui ont permis que ce crime sorte de l'ombre; - Le maire de Cergy et ses adjoints qui nous ont appuyés; - Les associations de Cergy telles l'Association des Femmes Africaines du Val-d'Oise, l'Amicale des Locataires de La Lutèce, Les Musulmans de France, Solidarité Afrique-France; - Tous ceux et celles qui, dans le monde, ont protesté contre cet acte criminel. Enfin, nous remercions tout particulièrement Shambuyi Kankwenda Mbaya, Philippe B. Kabongo-Mbaya, Monique Chajmowiez, et Denis Pryen, le directeur des Editions L'Harmattan, ainsi que tous ceux et celles qui ont participé à l'élaboration de ce livre et sans lesquels cet hommage n'aurait pu exister ou être publié.

-

Avertissement

technique

La diversité des hommages rendus à feu l'auteur, qui figurent en Première Partie de ce livre, est partiellement due au fait que certains témoignages ont été rédigés sous le coup du deuil récent alors que d'autres ont été élaborés par la suite. Leur ordre de classement ici est fonction de la densité des textes et parfois aussi de leur résonance réciproque. Même si les textes semblent se relayer, une lecture linéaire ne s'impose pas. Cette première
séquence s'ouvre et se ferme avec une chanson de geste traditionnelle

- kasala

en langue luba -, l'éloge du disparu par ses proches. Les écrits politiques et journalistiques de Mwamba Bapuwa, reproduits en Deuxième Partie, peuvent légèrement différer dans leur forme d'une publication antérieure, car plusieurs versions - dont la version originale étaient disponibles. Si nécessaire, une explication figure entre crochets [...] ; certains passages supprimés sont indiqués entre parenthèses (. ..); certains titres ou sous-titres ont été changés ou ajoutés par l'éditrice. Ces textes et articles ne constituent pas tout le corpus de la production de l'auteur. Ont été privilégiés les plus marquants - ceux qui analysent les grandes étapes politiques du Congo/Zaïre - et d'autres moins connus qui expriment la variété thématique de ses enquêtes. Leur ordre d'apparition est, cette fois, chronologique.

Pour le comité d'édition: M.C. Paris,juin 2007

« Je ne verrai plus mon sang sur leurs mains Le monde me revaudra ma clémence Nous étions gens de nuit La nuit l'étrange viatique! »

Tchicaya U Tam'si

INTRODUCTION
Un auteur est publié à titre posthume pour différentes raisons. De son vivant, le journaliste Mwamba Bapuwa a publié ses articles signés dans des livres, des revues et dans la presse, en France et ailleurs. Il préparait un ouvrage de récapitulation sur son pays, le Congo-Kinshasa, de 1960 à nos jours; son titre provisoire: Congo Libre et Prospère. On ne lui a pas laissé le temps ni la satisfaction de mener à bien cette tâche car Mwamba Bapuwa a été assassiné chez lui, à Kinshasa-Matete, dans la nuit du 8 juillet 2006, «par des hommes armés en uniforme »... Ceci est donc son premier livre. Cette publication a un double objectif. C'est d'abord une sorte de 'Mélanges' en l'honneur de Mwamba Bapuwa, par lesquels sa famille et ses amis lui rendent hommage, lui témoignent leur amour mais aussi leur estime, leur admiration pour ses qualités humaines, professionnelles, pour son patriotisme. C'est ensuite et surtout un discours pensé et écrit par Bapuwa luimême entre 1984 et 2006, destiné à tout public et notamment à ses compatriotes congolais, analysant un certain nombre d'événements marquant le cours de l'histoire du Congo-Zaïre redevenu 'République Démocratique du Congo'. Les articles réunis ici - qui constituent une grande partie de sa production donnent la mesure de ses qualités intellectuelles aussi bien que de son engagement en défense de la souveraineté, de la dignité, de la démocratie et de la prospérité nationales. Sociologue et historien de formation, journaliste de profession, Mwamba Bapuwa a fondu ces trois métiers en un pour mieux témoigner devant I'Histoire. Il a rapporté à ses lecteurs des faits de société, des événements exceptionnels, qu'il a interprétés, appréciés dans leur historicité. Journaliste loyal, respectueux avant tout de la déontologie d'une profession fortement galvaudée par ailleurs, il n'a jamais cherché à asséner sa vérité ou ses convictions, mais il a marqué clairement son engagement politique sans ambiguïté aux côtés de son peuple en lutte contre la dictature et la misère. Observateur avisé des réalités du Congo, de l'Afrique et même du monde, Mwamba Bapuwa recherchait tous les contacts susceptibles de lui «fournir des informations », comme il aimait à dire. Ses «informateurs », impromptus ou ciblés, issus de tous les pays du monde, devenaient ses amis. Car il était passionné de connaissance mais également de débat, lui qui croyait plus que tout autre aux vertus de la discussion. Il considérait ses écrits comme une simple introduction à un échange ultérieur fructueux avec son lecteur. Le débat, pour lui, constituait une valeur en soi, hors de tout calcul de rentabilité personnelle. Les textes sélectionnés ici, dont le compte rendu du colloque houleux sur les Rébellions-Révolution au Congo et en Afrique Centrale (1984), les analyses du Massacre du campus de Lubumbashi (1990), de la Marche des Chrétiens à Kinshasa (1992), de la Conférence Nationale Souveraine et des failles de la Première Transition (1994), etc. témoignent de la culture politique 9

de l'auteur. Mais ces articles révèlent aussi son sens du parler franc et du respect de la vérité comme moyen de reconstruire un Congo à la dérive. Quand il relate l'histoire événementielle congolaise, Bapuwa ne manque pas de greffer son interprétation d'acteur partisan mais - attention! c'est seulement après avoir cité, voire détaillé, les interprétations des autres protagonistes situés la plupart du temps dans le camp adverse. Rapporter clairement l'explication, par leurs auteurs, de tel ou tel acte et, seulement ensuite, donner au lecteur sa propre version voire sa position. Cet attachement à l'honnêteté lui colle à la peau; c'est une partie de sa personnalité, elle-même forgée par son vécu. Ce qui ne signifie pas être neutre: la vie ne l'est pas. Mais la vie est complexe et les articles de Mwamba Bapuwa tentent, souvent avec succès, de cerner et même vaincre cette difficulté. «Etre scientifique» (une formule de lui), être un scalpel pour s'efforcer de découvrir et déchiffrer la réalité afin d'en faire quelque chose de plus qu'une information: un outil de transformation du monde présent, un instrument de combat. « Chercher l'information» (son expression favorite), la replacer dans son contexte historique présent, mais aussi passé, pour lui donner toute l'épaisseur nécessaire, son poids spécifique, la faire enfin partager à son public en lui apposant au final le sceau de celui qui lutte pour l'avènement de l'humanité et de la justice: sa signature. Telle a été le parcours professionnel de Mwamba Bapuwa. LA DÉMOCRATIE, il ne l'a pas prêchée seulement comme un principe à établir dans la vie politique au Congo et partout ailleurs. Il professait et vivait cette valeur sociale suprême autant avec ses connaissances qu'avec ses amis et, chose très rare, dans sa famille même, avec son épouse, ses enfants et petits-enfants! Sa seule arme pour faire avancer ses idées, c'était l'argumentation, écrite ou orale! Par-dessus tout, il prisait la négociation, mais hors de toute complaisance. Le compromis mais pas la compromission. La force de l'argument, il y croyait. L'argument de la force, la réalité mondiale s'est amplement chargée de lui en démontrer l'inefficacité. Son argumentaire n'était pas que fondé sur la logique, son expérience personnelle y intervenait tout autant que sa culture enracinée dans les valeurs africaines. Qui ne l'a entendu citer, toujours fort à propos, les proverbes luba porteurs de la sagesse traditionnelle? La tribune démocratique de Mwamba Bapuwa, c'était sa famille, ses amis, ses auditeurs, ses lecteurs. L'ENGAGEMENT était la seconde nature de notre journaliste. Bapuwa n'a jamais cessé, à travers son attitude et sa profession, d'espérer semer autour de lui, en cercles concentriques de plus en plus larges, la graine du changement nécessaire. Il s'adressait certes aux anonymes mais il visait surtout la frange des intellectuels congolais supposés être à l'avant-garde de leur Nation. C'est ainsi que, sans relâche, il a interpellé ses compatriotes, en comité restreint, dans ses articles comme dans les forums qui les réunissaient. Leur prise de conscience indispensable de l'état calamiteux du Congo, suivie de l'urgence d'une action en conséquence, mobilisaient les énergies de notre ami. Cette double démarche théorie-pratique s'expliquait par son aspiration raisonnée à forger une « masse critique» d'acteurs déterminés à transformer 10

sans plus attendre la donne congolaise, pour le bien du peuple congolais et non plus pour des intérêts spécieux et mafieux. Plus de connaissance du terrain pour plus de motivation et d'organisation, pour pouvoir ensemble redresser le cours du Congo-Kinshasa. Nous n'oublierons pas que Mwamba Bapuwa est tombé dans son combat - toujours actuel - pour dire la Vérité, la vérité des faits, et dénoncer les forces destructrices en action au Congo. Nous pleurons le héros martyr de la liberté de parole et d'action. Car son autre qualité a été l'INDÉPENDANCE D'ESPRIT. Mwamba Bapuwa n'a jamais été inféodé à un maître à penser et encore moins à un Président ou un patron de presse quelconques! Certes, il avait des modèles d'hommes et de femmes exemplaires en certains domaines, mais nul ne pouvait être dispensé de l'épreuve du concret: si les idées sont bonnes, les actes suivent-ils? De même, l'argent ou sa sécurité personnelle n'ont jamais influencé ses paroles ou le contenu de ses articles. Sa renommée de «journaliste indépendant» en fait foi. Son assassinat est intervenu après la publication à Kinshasa par le journal Le Phare, la veille et sur internet, de son dernier article: « Pourquoi la Transition est-elle bloquée en R-D Congo? », reprenant largement son autre article paru dans un autre quotidien local (Le Potentiel) moins d'un mois auparavant: « La force européenne peut-elle sécuriser les élections au Congo? » Les témoignages qui suivent, de sa famille et de ses nombreux amis, traduisent le sens d'une vie partagée avec les autres, les chanceux qui ont pu bénéficier de moments significatifs à ses côtés. On y re-découvre le Mwamba Bapuwa de toujours, en interaction constante avec son interlocuteur fût-il proche de ses idées ou éloigné voire opposé. Car la tolérance dans le dialogue c'est-à-dire la reconnaissance du point de vue de son contradicteur

-, notre

homme y était sensible, convaincu que la bonne foi existe aussi dans l'autre camp. Mwamba Bapuwa était ce qu'on appelle un homme de dialogue. C'est une valeur fort rare de nos jours. La famille de Mwamba Bapuwa ainsi que ses amis, tiennent à saluer l'initiative des Editions L 'Harmattan qui, en publiant les écrits du journaliste et les témoignages de son passage remarqué sur cette terre, contribuent à restituer une bonne partie de la mémoire congolaise. Dans ce sens, nous invitons les Congolais et les amis du Congo Libre et Prospère à méditer sur ces pages. Quel est donc ce sentiment irrépressible pouvant animer toute la vie d'un homme, depuis son enfance jusqu'à sa disparition, sans jamais se ternir? Pour Bapuwa, c'est sans nul doute le désir conjugué de Liberté, Justice, Equité, Fraternité à concrétiser dans son pays le Congo mais aussi sur la terre entière. Ainsi que Mwamba Bapuwa, nous sommes persuadés que ce qui est semé aujourd'hui dans le sang et les larmes portera demain ses fruits.

Justin KANKWENDA MBAYA Philippe B. KABONGO-MBA YA Monique CHAJMOWIEZ Avril 2007

Il

MW AMBA BAPUW A (1942-2006) Identité
nom complet: Mwamba (ou Muamba) Bapuwa prénom chrétien abandonné: Louis date et lieu de naissance: 8 septembre 1942 à Kilembe (actuelle province du Bandundu en R-D Congo) où son père était fonctionnaire. état civil: marié et père de quatre enfants.

-

Etudes et Formation - 1948-1957: études primaires à Tshikapa dans l'actuelle province du Kasaï Occidental; - 1957-1965: études secondaires aux petits-séminaires de Kabwe (Kananga, Kasaï Occidental), Mbuji Mayi (Kasaï Oriental), Kinzambi (Kikwit, Bandundu) et à l'athénée de Kalina à Kinshasa; - 1965-1969: diplôme de sociologie de l'Université Officielle du Congo (DOC), campus de Lubumbashi (Katanga) ;

-

1986 : Stage de recyclage

au Centre de Formation

& Perfectionnement

des

Journalistes (CFPJ), rue du Louvre à Paris; - 1995 : DEA d'Histoire, Université Paris I/Sorbonne ; - 1996 : DEA de Sociologie, Université Paris VII/Jussieu. Expérience professionnelle au Collège de Kenya (Lubumbashi) ; à l'Institut Marna Mobutu de Bongolo (Kinshasa) ; - 1970-72: professeur à l'Ecole Supérieure de Développement (Kinshasa) ; cadre à l'Office National des Postes et Télécommunications du Zaïre; - 1972-80: journaliste à l'Agence Zaïre Presse (AZAP) où il couvre les rubriques Santé, Culture, Diplomatie, et devient Grand Reporter; renvoyé pour ses convictions et activités politiques;

- 1966-67enseignant : - 1969-70enseignant :

- 1980-82:

chercheur

au Centre Interdisciplinaire

pour le Développement

et

l'Education Permanente (CIDEP) et au Centre de Recherche en Sciences Humaines de l'Institut de Recherche Scientifique (CRESH/IRS) ;

- 1983-84 : professeur

à l'Ecole

Nationale

d'Administration

et de Magistrature

de Brazzaville (RP Congo) ;

- 1985-94: exerce

différents petits 'boulots'

à Paris pour la survie familiale, et

publie des articles dans divers livres, revues, journaux, etc. - 1994-97: enseigne au Lycée Camille-Claudel de Vauréal (Val d'Oise, France) ; - 1997-2002 comme journaliste à plein temps au magazine bimensuel : entre afro-parisien Jeune Afrique-Economie. JAE fait faillite fin 2002 et disparaît.

- 2002-05 : continue

- février 2005-7 juillet

ses activités

de journaliste

indépendant

à Paris;

2006 : revient à Kinshasa comme journaliste indépendant et écrit dans des journaux locaux d'opposition (Le Phare, Le Potentiel).

12

Militant syndical et politique - 1968-69: préside l'Union Générale des Etudiants Congolais (UGEC)/ section de l'UOC à Lubumbashi; - 1980: préside la Communauté des Chercheurs de l'Institut de Recherche Scientifique (IRS/Kinshasa) ; - 1980-82co-préside le parti Front Patriotique du Congo-Kinshasa (FPC) ; : - 1983-84: secrétaire de la Communauté des Réfugiés Politiques (CRP) du Congo-Kinshasa à Brazzaville; - septembre 1991-mars 1992: délégué par la Coordination des Opposants Zaïrois en France à la Conférence Nationale Souveraine (CNS) de Kinshasa; - 1992-93président de la section UDPSNal-d'Oise (France) ; : - novembre 1996 : participe à la rencontre de Blankenberge (Belgique) ; - début 1997 : rencontre à Goma (Nord-Kivu) l'ancien rebelle Laurent-Désiré Kabila devenu porte-parole de l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) ; - après le 2 Août 1998 : co-fonde le Comité d'Initiatives pour la Paix & le Développement au Congo (CIPAD) qui participe à de nombreuses rencontres entre Congolais (Morat, novembre 1998 ; Anvers, janvier 1999 ; Paris, etc.). - Août 2001 : projet écrit de radio privée en ROC ('Radio Mikomba'). - fin 2004 : entame la rédaction d'un livre-bilan sur le Congo-K. Exil forcé de 22 ans puis retour à Kinshasa - Il juin 1982: échappe à la Sécurité mobutiste venue l'arrêter de nuit;

- Juillet

1982 : s'enfuit en exil au Congo-Brazzaville

où il obtient la protection

du Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), et où sa famille le rejoint; - 1984 : échappe à un enlèvement programmé par les Sécurités congolaise et zaïroise, en s'envolant in extremis pour l'Europe; - Septembre 1984: arrive à Paris où il est hébergé par un ami français, et entame les démarches pour obtenir le statut de 'réfugié politique' de l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides (OFPRA), sa famille ne pourra le rejoindre que trois ans plus tard; - 9 novembre 2004 : renonce officiellement au statut de 'réfugié politique', ce qu'entérine l'OFPRA un mois plus tard; - février-juillet 2005 : effectue un séjour prolongé à Kinshasa après le décès de sa mère; - juillet-septembre 2005 : revient à Paris/Cergy puis repart à Kinshasa; -mercredi 8 mars 2006 : agressé et dévalisé de nuit chez lui à Matete ; - samedi 8 juillet 2006 : victime d'une seconde agression nocturne chez lui, mais cette fois les agresseurs tirent et le blessent mortellement; - lundi 17 juillet: ses confrères journalistes lui rendent hommage; - mardi 18 juillet 2006 : inhumé au cimetière de la Gombe (Kinshasa) devant une foule recueillie, ses confrères journalistes ont observé une 'Journée Nationale Sans Média' .

13

Publications

& textes déposés

Mis à part les articles parus dans les journaux et magazines nationaux et internationaux, il a publié ou produit d'autres écrits:

Rapport du colloque 'La culture zaïroise à l'école', CRPA/Institut Pédagogique National, Kinshasa 1980. Rapport du colloque 'Culture et Développement', CRP A/IRS, Kinshasa 1981. 'Pour une approche humaine de l'environnement zaïrois', communication au colloque de l'IRS/ministère de l'Environnement, Lwiro (Zaïre), 1981. , La culture zaïroise à l'école' in Observations critiques, CRPAlIRS, Kinshasa , 1981. Approche théorique de la culture et des traditions de la société zaïroise', , in Afrique et Développement, 4è trimestre, Codesria, Dakar 1982. Conférence sur les révolutions et rébellions en Afrique Centrale', in Peuples Noirs- Peuples Africains, n° 49, Rouen 1986. 'Compte-rendu des débats: dynamique et atmosphère de la conférence', in Rébellions-Révolution au Congo-Zaïre, Paris, L'Harmattan 1987. , Zaïre: Pourquoi ce bain de sang sur les campus ?', communication au colloque Codesria à Kampala, publiée dans la revue du Codesria, Dakar 1990 ; ibidem in Bulletin de l'Association Canadienne des Etudes Africaines (ACEA), 2è trimestre 1991, Montréal. 'Liminaire', in Marche d'Espoir - Kinshasa 16 Février 1992, L' Harmattan, Paris 1994. 'Pourquoi la démocratisation est-elle bloquée?' in Bulletin de l'ACEA, Automne 1994, Montréal. 'L'ethnicité et la question nationale au Zaïre', mémoire de DEA en sociologie, Paris VII/Jussieu 1995. 'Histoire des cultures politiques au Zaïre 1955-1995', mémoire de DEA en histoire, Paris I/Panthéon-Sorbonne 1996. Congo libre et prospère, ouvrage inachevé, Paris 2004.

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PREMIÈRE PARTIE

Mw AMBA BAPUW A L'HOMME, L'AMI, LE CAMARADE, LE PATRIOTE

« (..) à celui qui ne s'est tu que pour vibrer dans nos cœurs et résonner à nos oreilles (...) »
I-M Tshiamalenga-Ntumba

«(...) Bapuwa continue à vivre avec moi, je continue à rire avec lui. Ainsi le dérisoire ne pourra jamais le vaincre. Et, comme on dit en Afrique: il vit chaque fois qu'on appelle son nom.»
Muepu Mwamba

Kasala (éloge)
Bapuwa Mwamba Kadiayi, Bapuwa wa Tshimanga ne Mutombo, Mulela wa Kamwanya Tshiombo wa Lenga, Kamwanya mukwa Nsumpi Tshibala wa ku Muuya. Akaa! !! Bapuwa wetu, Tshikulumpe tshya mubidi nzaka nyima dyobo, Tshilobu tshyanyi telejaku kanyi kaboobo, Ndi nkubikila, mwena mutumba wanyi, Lwaku tuya kwenu hambelu mu Kazaadi. Wewa udi mwena Mpuka, Mpuka tshitonta muledi wa bakalenga, Kulela tshitokatooka e kulela ni nseki mwabi, Mwena Tshilunda wa ku bintunta, Tshilunda wa Muuya wa Lukusa. Bapuwa wanyi wa ku bintunta, Udi wa kudi dibwe kadyendi, Kwenu nkudi dibwe didi dyambule dibwe naadi, Kadi balumiana, dyendenda dibwe bantu kufwa. Katuya kwenu wa nsamba ibidi, mwena Mulanga, Bapuwa mulela wa Tshibangu, wa Bandubwila, wa Mbuyi, wa Mbombo, Tshilobo wa ku ba mowa maayi, Wa beeleela mwena Mulanga. Wewa ki mpanga wa manangananga, Muluma wa kunangamana ha kwenda, Mukaba wa ngomba ngole, Tshilamba wa kuvwala dya lwendu. Kadiayi tshia malunda mangi malongu makesa, Mwamba mulengele kumona, mwena mpala wa matengu, Mwamba baya' a Kembia Mukwa Tshibuyi, Diina diwunsaamunasamunwina, Wewa ki bayanyi wa mu kabandu. Baya'a Kembia Mukwanga Mukwa Tshimuna, Mukwanga wa Ndeka wa mu Kabyula Wa ku mu Mukaba kwa Mpumbua Kazadi Wa kufwila mutooka ne muntu wa kaaji Wa ku biitshikila biapaanga babooyi Mushaala musoomba ne binsonji kwyisu

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Juka hanshi Mwamba Kadiayi, Wenda mwendenda Ntambwe, Unkwata ku diboko undeja mwa kwenda mazengu, Lwendu lwendenda ba-nkole neebe. Bapuwa wetu, Mwamba wetu, Muvwala nzambala leelu uyaya ku lwendu kayi ? Mwana 'a Tshimanga katshia wanshiya ne kabidi kabomba, Ntunga 'a mulongu wanyi, Udi munshiya ne kanyinganyinga ku moyo. Kadi baana beebe washiyi mwaba kayi, Baana mbalengela ne tatwabo, Mukaji mmulengela ne bayenda. Ku udi muya kakwena mukanda, Wamfundilako bwa meeme kuleeja baana? Bapuwa, diiba dyabwedi, Mikenji udi mupeesha nganyi, Idi kayiyi myanji kufika? Ndi mutangila ku njila bintonda, Kadi wewe ne upingana diiba kayi ? Nkole wanyi wa Mukwa Tshibuyi, Meema weba ntshiena mumanya lufu lweba, Kadi walaala abidi kubweji disaatu, Tangila kudi lufu lweba lufuma, Tshikudiila wamonangana naatshi. Taatu tshiena ne tshia kukupa Tangila kunu nkupa meena Mwadya mvita mwena bantu Wewa wa beena ngenyi ne beena meeji Nyoka kafu diisu Nansha yeeya munkatshi mwa meeba Bapuwa Mwamba Kadiayi, Meema weba ngashaadi ne binsonji, Ntshiyi nansha wa kubinkupula, Kakwena bwalu mwana 'a taatu mwena Mulanga, Waya bilenga, twadya kumonangana munanga wanyi.

Geneviève BAPUW A KEMBIA Mai2007

18

Bapuwa Mwamba Kadiayi Tshikulumpe
par Geneviève Bapuwa Kembia Avec les larmes aux yeux, l'âme ô combien inconsolable, j'écris ces lignes, pour partager avec toi mes pensées quotidiennes, pour te parler. D'abord, j'évoquerai l'une de tes dernières lettres: « (...) J'ai, depuis le 10juin 1982, [date de ton arrestation ratée par la Sécurité mobutiste] contracté à ton égard une dette de reconnaissance infinie. Personne n'a été plus proche de moi que toi [N'est-ce pas plutôt l'inverse: ... plus proche de toi que moi ?]. Personne ne m'a autant assisté que toi. (...) Si je fais de la politique, c'est pour sortir notre pays de la misère. Comment puisje rester insensible à la misère de celui qui m'a donné ma femme? Un peu de réflexion fff (...) Ton amour, tes encouragementsdans mon travail,feront ma réussite. J'aurai toujours besoin de ton soutien. (..) » Tu n'as jamais cessé de me répéter: « Ton mari n'a pas besoin de flatter pour avoir un poste, car ma plume c'est le pouvoir. Je n'irai jamais voler l'argent du peuple congolais pour m'enrichir et laisser ce peuple mourir de faim, de soif, et de maladie dans un pays avec un sous-sol si riche. Je dois faire quelque chose pour ce pays, même s'il faut être arrêté, torturé ou y laisser ma peau. Je suis sûr que je réussirai et, après, tu viendras avec les enfants, car ils ont besoin de voir leur pays. Tu as assez souffert à cause de moi, il me reste maintenant à te rendre heureuse. Mukwa Tshibuyi, regarde la France, le pays où tu vis, comme il est beau. Tu es contente d'y vivre. Sache que tout ce que tu y vois n'est pas tombé du ciel. Il y a des gens qui ont lutté pour ce changement, d'autres ont dû sacrifier leur vie. Les Blancs ne font pas de la magie: ils étudient, réfléchissent et mettent en pratique les théories acquises. Les Noirs, les yeux ouverts, regardent et attendent des aides financières ou des dons. Il y un adage qui dit: 'Si tu me donnes un poisson, je mangerai un jour, mais si tu m'apprends à pêcher, je n'aurai plus faim'. C'est ce qu'il faut faire pour la RD-C : apprendre aux Congolais à pêcher, en créant des entreprises. » En rigolant, souvent je te rétorquais que ton corps et ton esprit étaient dissociés: l'esprit au Congo et le corps en France... Tu avais ta façon de nous parler, tes mots bien à toi. Tu savais recourir aux proverbes justes qui nous encourageaient et nous faisaient réfléchir, souvent rire. Tu savais convaincre en recourant à la sagesse de nos ancêtres. Tes taquineries, ton humour, ta voix profonde, nous manquent tant! Et ces dictons provocateurs que tu affectionnais: ,

-

«Mukwa

Tshibuyi,

mbwa kaseki,

kuseka

kwa mbwa nkubuluka'

(Le

chien ne rit pas, sa manière de rire c'est aboyer). Il aboie, pas forcément parce qu'il est un chien méchant, mais aussi pour saluer, accueillir! Alors, il ne faut pas toujours interpréter tragiquement ce qui t'est dit de façon peu flatteuse, voire abrupte. Tu as la chance d'être tombée sur un bon époux qui restera toujours à tes côtés même quand tu auras vieilli, un mari casanier... » 19

Mwamba Kadiayi, tu me disais souvent qu'il y a deux catégories d'hommes sur cette terre: - les vrais hommes, qui pensent, réfléchissent, utilisent leur cerveau; - les sous-hommes, « Nyama ya bantou », qui pensent avec leurs boyaux, les calculateurs mais aussi les sanguinaires. Dans le livre Entretiens de Confucius, tu as souligné ce passage: « L 'honnête homme considère le bien universel et non l'avantage particulier, tandis que I 'homme vulgaire ne voit que l'avantage particulier et non le bien universel ». Là, je te retrouve tout entier, mon Bapuwa! Je sais que cette maxime tu l'as soulignée, parce que tu t'identifiais à « l'honnête homme» du Sage asiatique. Bapuwa, mon mari, tu m'as toujours motivée: - pour étayer mon point de vue: «Mukwa Tshibuyi, cherche des arguments pour défendre ta position au lieu de t'énerver» ;

- pour

ne pas confondre

discussion

et dispute;

- pour distinguer les idées de la personne qui les émet: celui qui critique tes idées n'est pas nécessairement ton ennemi; c'est quelqu'un qui peut t'apprécier, et même t'aimer! Il faut accepter les critiques et apprendre à les analyser pour progresser. Il faut réfléchir avant d'agir, c'est même ce qui distingue les êtres humains des animaux. Bapuwa, après 23 ans d'exil, tu as renoncé à ton statut de réfugié politique pour retourner en R-D Congo - ce pays, la terre de nos aïeux, que tu as tant aimé -, avec l'objectif de pouvoir y « faire quelque chose» pour lui venir en aide avant d'être trop usé par l'âge. Le Congo était ta 'seconde épouse'. Nous étions, les enfants et moi, si fiers de ton engagement pour notre pays, décidés à rester à tes côtés dans cette exaltante et noble tâche. Ta mort, le samedi 8 juillet 2006, a eu sur nous l'effet d'une bombe éclatant le toit de notre maison avec nous tous dessous, car tu étais à la fois le toit, les murs et la porte d'entrée de la famille. La soudaineté de ta mort nous a hébétés. Nous ne parvenons pas à nous l'expliquer, encore moins à l'accepter. Tu m'as téléphoné le vendredi 7 juillet 2006. Nous avions convenu que je t'envoie l'argent nécessaire pour ton billet-retour en France, et je t'ai dit que j'allais t'envoyer cet argent. J'ai insisté en te demandant d'acheter ce billet immédiatement: « dès que tu reçois l'argent ». Tu as rigolé en m'apostrophant: « Tu deviens donneuse de leçons? ». Mon cher mari, tu ne cessais de nous dire, aux enfants et à moi, que tu vivrais longtemps et que c'était grâce au régime strict que tu t'imposais: alimentation sobre, sport, méditation, etc. J'y ai cru et je m'imaginais vieille à tes côtés... Aujourd'hui, me voici seule, en larmes, entourée de nos enfants et petits-enfants, assise sur ce canapé où nous avions l'habitude de nous installer. Mes pensées sont continuellement tournées vers toi. Mais je ne peux éviter aussi de penser aux auteurs et commanditaires de ton assassinat. Je me dis: ceux-là te connaissaient, ils savaient tes opinions politiques, ce sont sans doute des individus que tu as côtoyés en France ou ailleurs, que nous avons

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peut-être même reçus à la maison, avec qui nous avons partagé un repas, car notre porte - on le sait - était toujours ouverte à tout le monde. Qui sont-ils donc ceux que le contenu de ton ordinateur, de ton téléphone portable pouvait tant concerner jusqu'à t'en exiger violemment le mot de passe? Que cherchaient-ils, qu'espéraient-ils en te faisant taire à jamais ? Qu'espèrent-ils? Blessé grièvement à l'aine et abandonné par tes meurtriers, resté seul, perdant inexorablement ton sang, face à la mort que tu vois arriver, tu n'as même pas le temps ou la force de prendre ton unique arme - la plume - pour nous laisser un message. Mais je sais bien que tes pensées sont avec nous, avec les enfants et avec moi. Bapuwa mon aimé, Tu étais pour moi un mari, mais aussi un père, un frère, un ami intime. Tu restes pour les enfants et moi: un père et un mari uniques, pragmatique, réaliste mais aussi visionnaire, sincère et loyal, franc, courageux à la fois convaincu de ses idées et ouvert au débat, toujours à la recherche de plus de vérité, un homme libre et de liberté, qui savait inspirer confiance, assister et conseiller, engagé aux côtés de ceux qui endurent l'injustice et l'exploitation, aux côtés de son peuple, et solidaire du combat des autres peuples. Toutes ces qualités ont servi à l'accomplissement de ta tâche de journaliste, d'analyste sans entraves de la réalité, de diffuseur de cette lumière nécessaire qu'est LA VÉRITÉ, d'empêcheur de tourner en rond, quoiqu'il en coûte - jusqu'aux ultimes articles.. . BAPUWA - je t'ai toujours appelé par ce nom et tu m'as toujours appelée MUKWA TSHIBUYI, me rappelant la chanson de geste de chez moi -, tu as été et resteras mon compagnon éternel. En t'écrivant ces lignes, il semble que je rêve: mon mari martyr, mon mari dans un cercueil, mon mari parti pour ne plus revenir, mon époux, « le mari de Mukwa Tshibuyi » parti pour toujours... Mon cher époux, je me dis que tu ne peux pas être mort, car les chevaliers de la plume tués au combat pour la vérité ne meurent pas en fait: leurs écrits demeurent, sont lus et commentés longtemps encore après leur disparition, et leur nom est prononcé avec ferveur. Et puis, comment pourraistu t'effacer alors que nous avons tant de choses encore à échanger, et nos enfants ont encore tant besoin de toi!
BAPUW A, je te demande

- comme

tu l'as toujours fait

- de

me donner

assez de force, de courage, pour supporter de ne pas te voir, te toucher, t'entendre, te sentir, et d'avoir à élever seule nos enfants. Je sais que tu le feras, car tu es toujours là, même si nous ne pouvons plus te voir de nos yeux, tu es là à nos côtés.

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Bapuwa mon aimé, tu as franchi sans le vouloir le seuil qui nous sépare désormais, mais tu nous as quittés par la Grande Porte: famille, amis, collègues journalistes, gens connus et inconnus t'ont accompagné en une foule innombrable jusqu'à ton dernier repos. Mes enfants et moi, remercions du fond du cœur ceux qui t'ont ainsi rendu hommage. Bapuwa, tu as senti que le danger te menaçait dès la première agression subie le 8 mars 2006, et tu l'as signalé par écrit aux forces de police. A l'époque, ta plainte n'a pas abouti à une enquête: elle a été classée 'sans suite '. 'On' t'avait menacé par téléphone, mais cela je ne l'ai su que le Il juillet après ta mort. Ton assassinat le 8 juillet, 4 mois plus tard, est l'aboutissement de cette incurie. Qu'ont donc fait les responsables nationaux? Qu'en est-il de ces «programmes de formation» à la sécurité et à l'ordre public, pris en mains dans la période de transition prolongée par les forces étrangères censées sécuriser la campagne électorale? Comment peut-on parler d'« élections libres» lorsque les journalistes sont forcés de se taire pour survivre? Ce sont, entre autres, les questions que Bapuwa a posées avant qu'on ne le bâillonne à JamaIS.. . Aux commanditaires, aux assassins de mon mari, je dis: « Qui a tué par l'épée, périra par l'épée », A ceux que sa mort soulage: «Malheureux vous qui riez maintenant, vous serez dans le deuil et vous pleurerez» (Luc 6 :27). Au Gouvernement élu de la R-D Congo, mes enfants et moi demandons instamment: - que la Justice soit enfin rétablie dans son pouvoir autonome, - que le procès des assassins présumés du journaliste MUAMBA BAPUWA s'ouvre sans délai. Bapuwa! La douleur de notre séparation si brutale m'étreint. La mort t'a fait disparaître à jamais. Je n'aurais jamais imaginé que cela puisse être possible car nous avions encore tant à nous dire, tant à faire ensemble et à partager... Aujourd'hui, tout est fini. Tu es parti en laissant les choses en suspens. Mais une part de ta vie continue en moi et ta présence ici demeure. Que me reste-t-il encore? Le souvenir des moments passés à tes côtés, qui m'accompagnera tout au long de ma vie. Les larmes coulent de mes yeux chaque jour qui passe. Mon Dieu, aide-moi à faire revivre tout ce qui était important pour lui et à pouvoir endurer cet affreux malheur. Bapuwa! Tu soutenais l'idée que la R-D Congo est un diamant, un paradis en puissance ce que les Blancs ont toujours compris. J'espère de tout mon cœur que le peuple congolais va se relever enfin pour sauver son paradis en l'arrachant des griffes de ceux - quels qu'ils soient - qui le pillent et le détruisent impitoyablement. Que tout ceux qui ont connu Bapuwa, apprécié ses écrits, son sens critique, son talent, ceux à qui sa plume a rendu service à un moment difficile de leur vie, ceux qui ont suivi ses débats à la télévision, à la radio, vous tous

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sachez que l'unique combat quotidien de cet homme aura été de faire de son pays, le Congo-Kinshasa, une terre de justice et de fraternité! N'a-t-il pas intitulé son livre laissé inachevé: Congo Libre et Prospère. Bapuwa nous recommandait d'éviter absolument: - l'attrait du gain: celui qui en est la proie a des désirs insatiables; - l'animalité: celui qui y est réduit est guidé par ses instincts et peut en perdre raison et morale car il craint les forts et domine les faibles. - la colère, la jalousie, l'arrogance, l'égoïsme, et tous les défauts qui affaiblissent, car celui qui en est possédé est le plus malheureux des hommes. Adieu, mon compagnon. Nous continuerons dans la voie que tu nous as tracée.
Mwa Mpoyi / Geneviève Bapuwa Février 2007

*** À mOD père

par Tshimanga Bapuwa
Si la plume tue, la démocratie est en panne. Si tes idées sont justes, elles triompheront. Si être juste c'est mourir, tu l'as été. Si être patriote c'est périr, Bapuwa a péri. Si ta cause fut juste, Merci Bapuwa. Loyal est ta devise. L'honnêteté ton cheval de bataille. Ton franc parler inné. Ta droiture un modèle. Tes derniers instants ont été pénibles. Lourde est notre peine. Peine que nous assumons dans la dignité. Ta dignité nous a été précieuse. Précieuse fut ta présence à nos côtés. A tes côtés nous avons appris. Merci notre père. Merci notre ami. Que ta mort ne soit pas vaine.
8 juillet 2006

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Chevalier de la plume
Tu es mort avec les honneurs tel un guerrier sur le champ de bataille Ta bataille fut ton combat idéologique durant toute ta vie Ton idéal était de faire du Congo un pays prospère Ta devise: faire vivre tes idées Tes idées feront des émules, ces émules reprendront ta lutte De cette lutte, tes compatriotes vont bénéficier. Ainsi, de la pénombre jaillira la Lumière. Cette lumière sera la victoire de tout un peuple Ta victoire.
décembre 2006

Dans 20 ans
Mes chers enfants, neveux et nièces,

...

Au moment où vous lisez ce livre, voilà plus de vingt ans que votre kaku Bapuwa n'est plus parmi nous. Certains des auteurs et témoins ayant collaboré à cet ouvrage auront peut-être déjà disparu, ou ne seront plus en mesure de vous raconter qui a été votre grand-père. Je veux que vous ayez à l'esprit que Bapuwa, dont vous portez le nom aujourd'hui, est parmi les Grands du Congo. Son nom n'est sans doute plus d'actualité à votre époque, et beaucoup de votre génération ne savent pas qui il fut. Il vous faut donc faire vivre sa mémoire en lisant ses écrits qui vous instruiront, et en les faisant lire autour de vous. Il vous faut rappeler que votre grand père a consacré sa vie à la vérité - « Vitam impedenre vero » - et qu'il a participé aux grands tournants de notre cher pays, le Congo. Voici une phrase caractéristique qu'il a écrite en France: « J'ai connu les pires difficultés de la vie au Congo, mais je préfère vivre en enfer avec mes compatriotes, pour les aider à s'en tirer, plutôt qu'au ciel où l'on mène la vie douce. Je laisse ma famille ici [en France] pour m'occuper de cette lourde tâche ».

Un fils à son père
Nos rapports furent parfois conflictuels, mais je garde un profond respect de ta personne. Je suis aujourd'hui comme un arbre privé d'une partie de ses racines. Au moment où je pose ma plume pour t'écrire, mes pensées vont vers toi. Je me remémore ton élocution et tes conseils si touchants et justes. Le timbre de ta voix, ton rire, et certains de tes gestes sont gravés en moi. Je te revois encore descendre les marches des escaliers, t'asseoir à ta place préférée et demander: « Tshimangafais-moi un thé ». Les moments de joie et de tragédie nous ont souvent accompagnés. Aujourd'hui, je regrette de ne pas avoir su profiter de ta connaissance de l'histoire du Congo, et aussi de ta maîtrise de la langue ciluba.

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Le mariage est, comme tu n'as cessé de nous le dire, un moment-clé dans la vie d'un homme, et le mien encore davantage, car vous vous êtes impliqués financièrement et ton allocution, lors du mariage coutumier, nous a véritablement marqués. A cette occasion, j'ai pu me rendre compte de ta connaissance de la culture luba et de la beauté de nos traditions. Chaque jour désormais, je m'attache à comprendre mieux le fonctionnement de notre pays, le Congo, et chaque jour il me faut en apprendre plus. Chaque jour, tu me manques, mais je m'efforce de garder la tête haute, en me disant que tu ferais ainsi. Ton attitude stoïque est devenue la mienne. Je ne peux que te remercier pour l'éducation, l'ouverture d'esprit et tout ce que tu nous as inculqué naturellement. Ainsi, avoir toujours sa porte ouverte aux autres. Je vais faire que tes petits-enfants, Kembia, Mpoyi et ceux qui naîtront, soient fiers de leur patronyme africain, de leurs origines, de leur langue et, évidemment, d'être tes descendants. Je leur répèterai ce que tu nous as enseigné: «Dina dianyi Bapuwa, ndi muntu, muntu munene » (C'est moi Bapuwa, je suis quelqu'un, quelqu'un de grand). Je veux associer mes filles, tes petites-filles, à mon hommage. L'une a dit: «Papa kaku est au ciel et veille sur nous ». Et aussi Tante Astrid, Kembia, pour qui « Tutu était le rassembleur familial, le baobab de la famille élargie ». Et, bien sûr, mon épouse Matumba, ton fidèle avocat. Car tu as été, sans le savoir, non pas un beau-père mais un père pour elle qui m'a souvent dit: «Tu as de la chance d'avoir un père que, certes, tu as du mal à convaincre mais c'est faute d'arguments valables de ta part, car ton père est ouvert au dialogue et il est juste ». J'associe également tes deux derniers enfants encore mineurs, Mukundi et Mukendi - ma sœur et mon frère -, qui n'ont pas pu prendre la plume car ils sont inconsolables. Bapuwa, mon père! Je te demande de veiller sur ta chère épouse, notre mère, sur tes enfants et petits-enfants, sur ta famille, sur tes amis. Au moment de conclure, mes pensées vont aux intellectuels intègres, pourfendeurs de ceux qui assassinent les peuples jour après jour. Sans ses traqueurs de la vérité, les « nyama ya bantu », les bêtes humaines dormiront sur leurs deux oreilles! Mais j'en suis convaincu: «A ceux qui croient que le corps mort d'un ennemi sent bon, l'abîme entraîne l'abîme ». En dernier lieu, ma pensée va à ma chère mère: Toi qui doit désormais assumer le double rôle dans la famille, nous connaissons ton courage et ta résolution à surmonter encore et toujours l'adversité! Mais dans les moments trop lourds, quand tu te sentiras vaciller, pense à ce qu'il - ton époux, notre père - te dirait: «Dibwe kadyendi, dyendenda lelu tufwafwa, wa Mukwa Cibuyi Mamaléa Ndomba Ndomba mwana wa Ya' Mukundi » [ Je suis immobile tel un rocher mais, le jour où je bouge, c'est la guerre totale, Mukwa Cibuyi .. .(suite des noms 'de force' traditionnels) ].
Tshimanga Bapuwa Février 2007

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Un court trajet à tes côtés par Mwamba Kadiayi Bapuwa
J'ai commencé mon chemin avec BAPUW A au mois de mars 1980, à midi tapant; l'heure est importante car elle explique - d'après lui - mon caractère grincheux: je suis né affamé. En juin 1982, recherché et pourchassé par la Sécurité de Mobutu, notre père a dû fuir Kinshasa, nous quitter ma mère, mon frère, ma soeur et moi, d'abord pour Brazzaville et ensuite plus loin jusqu'à Paris. De quatre ans à sept ans, nous avons été séparés: lui en Europe, nous en Afrique. Dès mon plus jeune âge, il m'a inscrit au karaté pour que je puisse connaître et ressentir les plaisirs de l'effort et surtout forger mon mental. « Avoir un mental de battant pour franchir les difficultés inhérentes à la vie. Toute ma vie, je n'ai pu compter sur la chance, mes victoires je les dois à mon travail. » Il me répétait cela presque tous les jours. Je me souviens de nos conversations et de certains conseils que je voudrais partager avec vous: La lecture - Il faut lire! Il faut lire! Il me l'a martelé. Adepte de la philosophie indienne et de ses paroles vertueuses, il me récitait ce précepte de Gandhi: « Vis comme si tu allais mourir demain et Apprends comme si tu allais vivre toujours. » - L'éducation - Il faisait tout pour que nous réussissions: aide aux devoirs et encouragements. En 1993, il m'a offert un ordinateur, outil encore rare dans la plupart des foyers. Son but était que nous disposions de tous les moyens matériels nécessaires pour réussir. Shakeena (mon homonyme), tel qu'il aimait m'appeler: « Tu as une chambre, un bureau, de la lumière... Tu ne peux pas échouer. De mon temps, nous n'avions pas ce confort, je te laisse imaginer nos conditions de travaiL.. » - Le courage - «Mon fils, as-tu une devise? » J'ai répondu: non. Il m'a rétorqué qu'on ne peut pas avancer sans devise. La sienne, il l'a depuis le petit séminaire: «Ce que l'autre arrive à faire, pourquoi pas moi? Et comment? » - L'argent - « On ne sait jamais de quoi demain sera fait, il faut vivre avec 80 % de ton salaire et épargner le reste. Dis-toi que l'on ne gagne jamais trop peu pour épargner. » - Les femmes - « Ne regarde pas les femmes des autres. Occupe-toi de la tienne. Choisis une bonne épouse, une femme aimante et généreuse.» - Le mariage, la fidélité - «Economise et prépare ton mariage, les

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temps qui courent ne sont pas bons

- sida et autres

MST. Vos amours en France

sont bizarres, vous vous embrassez dehors, en public, à tout va! Vous 'consommez' vos copines comme si vous étiez mariés! C'est cela que l'Europe vous enseigne ?! »

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« Le mariage n'a jamais rendu un homme fidèle, mon fils. Il faut se discipliner tôt. Lorsque je suis venu en Europe, j'ai pratiqué l'abstinence pendant trois ans. Certains hommes auraient pris des maîtresses. » Ce que j'aimais, ce que j'aime le plus en lui, c'est qu'il ne se contentait pas de prodiguer des conseils, il se les appliquait à lui-même. Jamais il n'a été adepte du « Fais ce que je dis et non ce que je fais ». Le 7 juillet 2006, veille de sa mort, j'étais en train de rédiger les remerciements pour mon mémoire de fin d'études que je voulais lui dédier. «Merci à mon père qui a su me redonner confiance lorsque l'Education Nationale ne croyait plus en moi. »: cette phrase devait figurer en première page de mon rapport. J'ai dû la remplacer par: «A la mémoire de mon père, Muamba BAPUWA, et à tous les journalistes qui ont perdu la vie pour que la vérité se sache ». Corollaire de la dérive politicienne, la violence du pouvoir exclusif et l'ignorance m'ont ravi un ami, une idole, un père. A I'heure où j'écris ce témoignage, l'une des paroles de BAPUW A me revient, et je ne peux que la citer: « L'homme, c'est la lumière (l'ampoule) et la femme, c'est l'électricité. » Si BAPUW A a pu briller par et dans son combat, c'est parce qu'une femme a su lui fournir l'énergie nécessaire. J'ai aussi une grande admiration pour cette dame qui n'est autre que ma mère, pour avoir secondé BAPUW A tout au long de sa 'légende personnelle '. «Nous avons chacun une chose à faire ici-bas. Pas deux ni trois...Une seule! C'est cela, la légende personnelle» écrit Paulo Coelho [romancierbrésilien]. Oh, j'allais oublier - tous ceux qui ont pu croiser BAPUWA lors d'un mariage ou d'une fête pourront vous le confirmer - un détail sans importance, mais le sourire me vient quand j'y repense: BAPUWA était un piètre danseur. A ma connaissance, c'est le seul domaine où il n'a pas pris le temps de s'améliorer. Mais peut-être l'économisait-il, parce qu'il pressentait que le temps qui nous est imparti sur cette terre est trop court lorsqu'on se fixe comme lui des objectifs grandioses: «Faire du Congo un pays prospère, balayer la misère, redonner sa dignité à notre peuple. » Merci Papa, merci BAPUW A, un bout de chemin à tes côtés m'a appris pour la vie ce que c'est d'être un homme.
Muamba Kadiayi BAPUW A Février 2007

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Le borborygme du dérisoire par Muepu Mwamba
Des nuages affûtés à l'horizon lagunaire comme des éphémères sourient lactescents de moquerie je ne sais pas pourquoi que reste-t-il de nous peut-être quelques mots fugitifs jetés au hasard du sable comme des semences incertaines poussière infâme de vanité les couvrant d'une couche torride de soumission ainsi mon esprit fringant bourdonne d'ancrées impertinences non préhensibles insolence que mon compagnon de sentiers ardus a semé aux terreaux du vent vagabond et infidèle et pourtant il n'était ni bourru comme la danse errante de nuage ni bohème comme l'imprévu de la brise il ne sillonnait pas lointain à l'horizon insomniaque quelques traînées fugaces de lumière diaphane sans consistance il s'accrochait aux êtres de sa pesanteur d'ironie généreuse qui ausculte l'âme à l'aune de la tendresse j'invoquerai souvent ton nom Bapuwa et Muamba à l'orée du futur en tremblée reliance aux fiers princes de vieilles légendes si vermoulues de chez nous idoine outrecuidance

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ils ne rampaient pas pour rendre hommage appuyé à la canine servitude mon co-pain intransigeant luron de nos côtes escarpées s'illuminait toujours d'une âme d'homme en bandoulière des racines flottantes en partance vers d'infinis doutes et le rire impatient aux bouts des doigts personne ne peut tuer ce rire caustique qui se grave sur la peau indélébile germes d'irrévérence il émigre clandestin décapant de génération en génération malgré l'éternité débile de salauds barbeaux de droit divin carapacés de leur puissance de ferrailles velue obscénité de leur mensonge régalien miasmes fétides de dérisoire importance qui veulent sans cesse l'étêter la mort ne sera jamais le terme de ton interminable mystique voyage de pistil en pistil salut Bapuwa voici nos enfants ont tôt déjà enfourché le vieux cheval de sédition et la dignité qui les appelle loin des borborygmes assourdissants de la vile valetaille que l'on achète.

Muepu Muamba Frankfurt/Main, 10 septembre 2006 ***

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Dire la vérité
par Xavier Cazeneuve J'ai connu BAPUWA à Kinshasa en 1978. Ses qualités de journaliste m'avaient frappé: sachant trouver les informations exactes au milieu d'un monde de faux-bruits, et ne parlant que de ce qu'il connaissait. A Paris, quand il est venu se réfugier chez moi, fuyant la police de Mobutu, j'ai découvert son énergie, sa détermination à s'en sortir, alors que sa condition de réfugié le marginalisait; n'hésitant pas à faire des kilomètres à pieds dans Paris pour trouver le restaurant le moins cher; faisant le siège des bureaux français pour faire reconnaître sa situation de réfugié - ce qu'il a obtenu très vite. Je craignais - nous en avions parlé - que, comme beaucoup d'exilés, il parle de l'extérieur d'un pays qui évoluait sans lui. Ille savait, et pour éviter cela, il a toujours tenu à revenir au pays pour couvrir les moments nationaux importants: hier la Conférence Nationale, aujourd'hui les élections. Son honnêteté, sa franchise, ont dû beaucoup gêner. Il ne s'est peutêtre pas assez méfié, ou bien il a pensé que dire la vérité était plus important que sa vie?
Xavier Cazeneuve Le Boule, juillet 2006

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À la fois guerrier et ange par Guillemette Metouri
La dernière fois que j'ai vu Bapuwa, c'était l'année dernière, avant qu'il ne reparte pour son deuxième séjour au pays - il avait déjà passé plusieurs mois là-bas. Je le revois assis nus pieds sur l'herbe de notre jardin, fidèle à luimême, une tasse de thé à la main, décontracté, plein d'énergie et d'entrain, tel un jeune guerrier. Il voulait tant faire pour son pays, le délivrer de ses nombreux problèmes pour apporter à chacun la part qui lui revient. JUSTICE, TRANSPARENCE, VÉRITÉ, étaient ses mots-clés. Et dans cette recherche de la vérité, c'est ainsi qu'on s'est rencontré, dans le yoga. Le yoga utilise des armes lui aussi; il s'agit d'un combat avec des armes subtiles, ce qui demande de la patience. Mais notre Bapuwa était pressé, il n'avait plus le temps d'attendre, et certes les armes de la vocation politique sont parfois cruelles - surtout en Afrique de nos jours où la course au pouvoir est impitoyable.

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Ils ont assassiné un Ange, un Ange de la Vérité! Ils croient l'avoir tué, mais ils se trompent. Grâce au yoga, j'ai compris qu'on ne meurt pas réellement - Bapuwa aussi le savait. La vie est un grand champ au milieu duquel il y a un rideau, et nous sommes d'un côté ou de l'autre: le côté des vivants et celui des pseudo 'morts'. Mais tout cela fait partie du grand cycle de la Vie, avec ses mystères. Bapuwa n'était pas un homme ordinaire, je l'ai su dès que je l'ai connu. Il avait la trempe d'un Ghandi, d'un Martin-Luther King, d'un Sadate, et de bien d'autres encore. Aujourd'hui, il trône à leur table, dans un coin du paradis et, ensemble, tous ces grands hommes discutent de l'avenir du monde. Bapuwa avait la flamme d'un guerrier; plus qu'un corps, il était avant tout une flamme de vérité ambulante; il aurait tout sacrifié pour cela, faisant don de son corps à la Vérité, c'était sa mission sur terre. La seule consolation, bien maigre évidemment, c'est de savoir que Bapuwa est parti en toute dignité, en héros" et que son souvenir sera toujours auréolé de fierté, de charisme, de chaleur, et de profonde bonté. Mais il n'empêche, son talent d'orateur qui nous en apprenait tellement sur l'Afrique sans oublier ses histoires de crocodiles et toutes les anecdotes -, son rire si particulier, le timbre de sa voix résonnante, tout cela va nous manquer cruellement. ..
Guillemette METOURI Vernon, juillet 2006

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Mwamba, sa famille, ses amis par Anne Kraft
En 1985, l'apartheid est toujours virulent en Afrique du Sud. Tous les vendredis à partir de 18 heures se tient une manifestation devant l'ambassade d'Afrique du Sud au quai d'Orsay. Ce soir-là, je m'y rends comme souvent. Je rencontre Monique une amie, qui me présente Mwamba un journaliste zaïrois. Il est réfugié et a dû quitter son pays à cause des idées politiques qu'il exprimait dans ses articles. C'est encore l'ère Mobutu. Nous parlons brièvement, car je ne peux m'attarder: mes petites jumelles m'attendent. Je retrouverai régulièrement Mwamba. J'apprends peu après que sa famille vient d'arriver: sa femme Geneviève et ses trois enfants, une fille et deux garçons. Mais il est bien difficile de survivre en France en tant que journaliste africain, les piges sont mal rémunérées. Je sais que Mwamba galère et doit enchaîner de nombreux 'petits boulots'. Ainsi, je me souviens qu'à un moment, courageusement, il a constitué une équipe de livraison et distribution

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de prospectus publicitaires. Mais peu à peu, sa ténacité aboutira puisqu'il intégrera à la fin l'équipe du magazine Jeune Afrique-Economie. Entre-temps, entre un petit groupe d'amis, nous avons constitué l'ong 'Nouveaux Horizons' axée sur l'Afrique centrale et australe. Nous nous réunissons chaque semaine chez moi. Le président en est Bokwe, un journaliste sud-africain réfugié politique qui, malgré son expérience professionnelle, ne trouve que de rares piges à écrire sur son pays. Et on est encore en plein apartheid! En font partie également Michel un jeune journaliste camerounais, Xavier l'ami qui a accueilli Mwamba à son arrivée en France, Monique qui édite des livres « africains ». L'idée de cette ONG est d'être active sur 2 plans que nous voulons complémentaires: information et développement. Nos amis journalistes Mwamba, Bokwe, Michel draineront l'information concernant le Continent africain et ses petites et moyennes entreprises, qu'ils proposeront à de grandes sociétés européennes désireuses de s'implanter sur un marché méconnu d'elles et prometteur malgré toutes les apparences. Monique, Xavier et moi, démarcherons en connaisseurs le petit monde du développement et de « l'Aide »... Nous sommes des idéalistes et connaissons mal le monde des grandes entreprises. Le démarrage s'avère malaisé. Et puis, soudain en 1989, les années sanglantes de l'apartheid prennent fin ! Mandela est libéré de sa prison et notre ami Bokwe rentre en Afrique du Sud où doivent s'ouvrir de nouvelles perspectives. Sans lui, notre association perd sa raison d'être... Si j'ai connu Mwamba dans son activité politique, c'est toutefois dans sa vie familiale que je l'ai le plus approché. En effet, mes petites jumelles et moi, nous sommes régulièrement invitées dans la famille qui habite à l'époque près de Cergy-Pontoise. Lors des vacances scolaires, comme je ne peux prendre un congé, je suis heureuse que mes filles partent quelques jours dans la famille Bapuwa dont les enfants, quoique plus âgés, sont comme des cousins pour elles! Au retour, elles me racontent les blagues ou les tours que les garçons leur jouent. Puis, nous avons la douleur de vivre avec la famille un drame terrible: le décès de la grande fille restée présente dans notre souvenir. Viennent alors d'autres naissances, et d'autres drames. Enfin, deux nouveaux enfants Bapuwa ramènent l'espoir. Plus tard, mon compagnon, un réfugié politique resté longtemps à l'étranger, rencontre Mwamba et ils se voient souvent pour parler de leur Continent et de leur cher pays respectif... Je me souviendrai toujours des nuits de Nouvel An passées avec la famille Bapuwa qui nous invitait systématiquement. Nous dansions toute la nuit dans la musique congolaise. Mwamba, lui, ne semblait pas goûter outremesure la danse. Il préférait discuter...La fête ne s'arrêtait qu'au petit matin. Plus tard, mes filles adolescentes, les jeunes gens faisaient la fête à part: autres musiques et autres danses. Ils « s'éclataient »... Je me souviens d'une autre fête joyeuse chez les Bapuwa pour fêter la naissance de leur petite-fille... La vie va, la vie jaillit. Mwamba et Geneviève sont maintenant des grands-parents! Les

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plus jeunes dansent et font une démonstration. Et Mwamba, rayonnant, remarque: « Ce sont eux qui nous égayent maintenant! » Pour moi, Mwamba est avant tout un homme d'un courage et d'une ténacité sans faille. Son épouse Geneviève a manifesté également ces qualités en assumant toutes les responsabilités du foyer lors des absences prolongées de Mwamba, toujours pour cause politico-professionnelle. Ainsi, je me rappelle qu'il a participé à la Conférence Nationale Souveraine en 1991-1992. Son courage, j'ai pu l'observer tout au long de ces années. Courage dans sa lutte pour que son pays retrouve enfin la dignité et la justice dans une Afrique à reconstruire. Courage dans le combat quotidien pour faire vivre sa famille. La dernière fois que je lui ai parlé, c'est au lendemain du Nouvel An 2006. Je n'avais pu partager la fête avec eux mais je tenais à leur rendre visite le lendemain. Mwamba m'a dit alors que, désormais, il avait décidé de se vouer entièrement à la politique. Il repartait bientôt au Congo pour y suivre les élections prévues. « C'est dangereux! », lui ai-je dit. « Beaucoup de mes amis qui ont fait de la politique sont toujours en vie et beaucoup de ceux qui ne voulaient pas en faire sont morts », m' a-t-il répondu. Bien sûr, ma remarque était inspirée par la crainte et la raison, mais elle ne comptait pas pour un lutteur dont les idéaux et les convictions mobilisaient toute l'énergie. Oui, c'était un lutteur. Mwamba était un homme de petite taille qui tenait à mener une vie saine. «Un esprit sain dans un corps sain! » Il n'a jamais renoncé. Il n'a jamais délaissé la plume.
Anne Kraft Septembre 2006

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Ata ndele (tôt ou tard) par Monique Chajmowiez
« Il faut aimer le Congo, disent certains nationalistes congolais, certes, mais il faut surtout aimer les Congolais. Quel prix attache le Gouvernement actuel à la vie humaine et à la liberté? » C'est ce qu'écrivait le journaliste Mwamba Bapuwa en mai 1998 dans un article-bilan de la 1èreannée du règne peu convaincant de L-D Kabila. Il ne croyait évidemment pas écrire pour lui-même. Et voilà que nous parvient la nouvelle incroyable: « J'ai la profonde douleur de vous annoncer l'assassinat de notre frère et ami Mwamba Bapuwa, à Kinshasa, dans la nuit du 7 au 8juillet 2006, par des hommes en uniforme...» «Donne un cheval à celui qui dit la vérité, il en aura besoin» dit un proverbe afghan. Effectivement, Mwamba en a eu besoin mais personne n'était là pour lui fournir le coursier salutaire... Comme sous la Révolution Française,

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Danton le député de Paris et défenseur du peuple, s'adressant aux juges de la Terreur qui viennent de le condamner à la guillotine: «Faut-il me tuer parce que je dis la vérité? » ; et à la salle d'audience: « On tue la liberté sous vos yeux, et vous laissez faire? » Mais qui peut vraiment tuer la Vérité et la Liberté? La gloire de Danton a survécu aux siècles, celle de ses assassins non. Au Congo 'Démocratique', est-il même « interdit de réfléchir»? dirait l'écrivain guinéen William Sassine. Mwamba Bapuwa, le guetteur sur la tour, qui hurle à la cité endormie que l'ennemi est là, déjà dans ses murs... l'éclaireur, le 'faiseur' d'aube, le porteur et passeur du flambeau de l'humanité. Il ressemble comme un frère à cet autre pourfendeur de la misère sociale et politique des années 1920: le journaliste français Albert Londres, l'empêcheur de dormir paisiblement, celui qui plongeait sa plume là où ça fait mal, et qui, lui aussi, est mort brutalement retour d'un reportage... Fin connaisseur de l'évolution de son cher pays, l'ami Mwamba ne pouvait que gêner ceux qui se plient, ceux qui refont l'Histoire au gré des princes qui les gouvernent. « Pauvres types », en disait-il sans s'attarder. Mais à ceux qui malmènent le peuple dont ils s' autoproclament les' libérateurs', à ceux-là le camarade Mwamba livrait la guerre avec toute son énergie. La passion irrépressible de Mwamba pour son peuple, son peuple le lui rendra-t-il un jour? Ata ndele Kimpwanza (tôt ou tard l'Indépendance), c'était le mot d'ordre des colonisés insoumis.
Monique Chajmowiez Juin 2007

*** Bapuwa Mwamba

- Congo/K

par Antoine Glaser Le journaliste Bapuwa Mwamba a été assassiné à trois heures du matin, le 8 juillet 2006, chez lui, dans le quartier populaire de Matete, par trois hommes qui avaient des armes de guerre. Trois mois auparavant, sa maison avait été totalement pillée par des hommes du même acabit. Sa « faute» ? Avoir publié dans le quotidien Le Phare, le 6 juillet, une analyse fine sur le vote de la «Communauté internationale» en faveur de Joseph Kabila, et la difficulté d'aller aux élections sans l'UDPS d'Etienne Tshisekedi. Il n'y avait pas plus doux, posé, agréable, que cet homme-là.
Antoine Glaser La Lettre du Continent n0498 Par~, 13juilkt2006

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Un Congolais rare par Bogumil K. Jewsiewicki
Mwamba Bapuwa a été un intellectuel exceptionnel, un journaliste de talent, un homme fidèle à ses convictions. Le Congo ne compte pas beaucoup de citoyens comme lui.
Bogumil Koss Jewsiewicki Québec, novembre 2006

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Ces hommes que l'on ne doit pas oublier par Rebecca Kayuyi Tshiala Kabongo
Je connais un homme. Un sage, combien peuvent se vanter d'en compter un dans leur entourage. Un homme de principes, intègre et engagé, Un homme politique qui pour son pays s'est dévoué. Un père, un guide dont les paroles éclairées nous tiraient de l'obscurité. Traquant l'obscurantisme, il nous a éduqués, transmis les valeurs qu'il a chéries. Ces mêmes valeurs qui l'ont ramené sur notre terre d'Afrique, le Kongo notre Patrie Ce fut la dernière étape de son voyage terrestre, Même si dans nos cœurs aimants à tous il reste, Et, à travers nous, puisse-t-il projeter encore son regard Critique, en quête de vérité à tous les égards. Parce que nous avons encore besoin de sa présence dans nos vies. Il ne nous a pas abandonnés, il est juste parti. Non, il ne nous a pas abandonnés, On nous l'a pris Car il écrivait en homme sans peur, triste, mais plein d'espoir. En homme juste il est tombé, sa soif de paix inassouvie. Une œuvre inachevée, entre nos mains il a remise. Notre père s'est endormi, pas une seule larme ne nous le ramènera Moi j'écris le cœur déchiré; partagée entre colère et dégoût, Même si je sais bien que jamais il n'aurait fait un autre choix. Je pleure les rires, les moments que nous avons vécus, Je pleure la vie, et tous ces moments que nous n'aurons plus. 35

Je te pleure, et t'admire Papa. Papa Muamba Bapuwa Rebecca Kayuyi Tshiala Kabongo Paris, Août 2006

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MUAMBA (parle) BAPUWA (qu'ils se taisent) par Menda Meta
J'ai connu MUAMBA BAPUWA ici à Paris, il y a plus de 15 ans, quelques années après mon arrivée en France. Notre premier contact puis notre connaissance n'ont été d'abord que simple rencontre entre compatriotes, frères de même dialecte. Avec le temps, nous sommes devenus les meilleurs amis. En cette personne, j'ai découvert un trésor enfoui qui a fait que nous nous sommes rapprochés puis vite devenus des amis fidèles. Sa qualité
principale - c'est ce à quoi je fais allusion

- était

son honnêteté

(son franc-

parler). Son manque d'hypocrisie ainsi que son ouverture d'esprit attiraient la sympathie de nombre de gens. Mais ses fidèles, pour la plupart, étaient les amis qui considéraient sa spontanéité et son honnêteté comme des qualités,
alors que les autres

- ceux

à double langage

- avaient

du mal à conquérir

sa

confiance. Malgré tout, chacun était pour lui un « copain» qu'il cherchait à découvrir pour exploiter ses qualités, car il nous considérait tous comme une source d'informations contribuant à son travail de journaliste. Nous pouvons dire que son instruction, son éducation chrétienne, augmentées de son passage au séminaire ont contribué à forger cet homme pour une mission correspondant à sa nature, à sa vocation de journaliste. BAPUW A MUAMBA va donc informer ses contemporains, mais il va
également les former en énonçant la vérité pour que justice advienne

- ce qui

a

provoqué son départ forcé du pays suivi d'un long exil politique en France. Jusqu'au bout, son franc-parler, sa qualité d'orateur et son éloquence ont confirmé sa compétence. Par ordre chronologique, son existence s'est affirmée à partir de son nom, par son éducation, par son métier. Ainsi MUAMBA (= parle-lui) vient du verbe kuamba = parler, dire. BAPUWA (= qu'ils se taisent) vient du verbe kupuwa = taire ou se taire. La signification étymologique de ses deux mots juxtaposés est donc: parle/dis-le lui/dis leur et qu'ils se taisent. De quoi peuton parler pour qu'on doive alors se taire, sinon de LA VÉRITÉ! MWAMBA BAPUWA : nom inspiré qui définit l'itinéraire de celui que ses parents ont ainsi nommé. Le destin de l'enfant M\vamba Bapuwa est tracé. Son existence a un sens: il semble que le fait de porter ce nom l'ait fait porteur

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d'une mission à accomplir résolument. La fin tragique que nous endurons aujourd'hui, nous ses amis et sa famille, clôt hélas la mission du prédestiné MWAMBA BAPUW A au service de la nation congolaise. Accomplissant son destin et son devoir de patriote, rappelons-nous: - Notre ami est retourné au pays une première fois, lors de l'ouverture démocratique au début des années 1990, avec la tenue de la Conférence Nationale Souveraine (CNS) à laquelle il a participé pleinement non comme « invité» de Mobutu qui, prétendument, en assumait tous les frais, mais comme un citoyen libre, libre de sa pensée comme de ses actes. - Encore et toujours désireux d'apporter sa contribution au changement politique radical dans son pays, il a été rencontrer à Goma, dès février 1997, celui qui était devenu le porte-parole de l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) : Laurent-Désiré Kabila. Contrairement à beaucoup d'opposants d'alors, il n'y allait pas pour décrocher un poste. Son indépendance d'esprit n'a d'ailleurs pas plu au futur Président auto-proclamé. - Notre frère et ami, toujours animé du même souci patriotique, du même amour pour son pays, abandonnant une existence plus commode en Europe, est reparti une seconde fois vivre au pays dans des conditions misérables, afin de contribuer à la diffusion de la vérité au service de son pays. - Il a dû laisser derrière lui son épouse, ses deux grands fils et ses deux autres enfants mineurs qui ont encore tant besoin d'un père et d'un père tel que lui. Notre ami a quitté aussi ses amis fidèles, au sein desquels il s'épanouissait depuis des dizaines d'années, avec cet humour innocent si plaisant, si sien. Je me souviens de sa réaction lorsque je suis allé chez lui à Cergy, fin août 2005, pour lui souhaiter bon voyage, car son départ pour le pays était imminent. Nous discutions après avoir partagé le repas du soir avec un autre couple d'amis. J'ai appuyé cette observation de son épouse: pourquoi ne pas attendre la rentrée scolaire toute proche et partir ensuite? Mwamba a répondu de façon décisive: « J'ai tout programmé, je ne peux pas reporter, toutes mes dispositions sont prises.» Mwamba Bapuwa parlait ainsi la tête baissée, comme s'il avait choisi entre deux devoirs, comme s'il était déjà dans un autre monde... MW AMBA BAPUW A a choisi de prendre son bâton de pèlerin pour la mission qui l'animait, qui lui avait été confiée: « Dire la vérité au service de la justice ». Pour les croyants, on retrouve ce comportement dans les Ecritures Saintes. On pourrait ajouter: « Chercher le Royaume des Cieux et celui de la Justice ». Notre cher frère a travaillé pour ce principe divin: rechercher la Justice en disant la Vérité. Il a connu le parcours du combattant en quête de vérité, d'équité, de justice pour son pays déstabilisé et son peuple martyrisé. BAPUW A MUAMBA restera à jamais gravé dans nos mémoires. Que son âme repose en paix!
E-A. Menda Meta Paris, Septembre 2006

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Assassinat crapuleux d'un Brave: le regretté MW AMBA BAPUW A par Paul Mulemeri Kanambi
Je pleure un ami et un compatriote dont j'avais fait la connaissance en novembre 1998, à Morat en Suisse. A la suite de l'agression dont notre beau pays la R-D Congo venait de faire l'objet deux ans plus tôt de la part des voisins sur son flan oriental - en l'occurrence le Burundi, le Rwanda et l'Ouganda -, une vingtaine de Congolais furent conviés par les gouvernements suisse et suédois à se rencontrer pour réfléchir et proposer des solutions sur ce qui prévalait alors au pays. Nous étions venus d'un peu partout: du Congo même, d'Europe, d'Amérique du Nord. J'avais pu rencontrer et faire la connaissance d'un certain nombre de compatriotes de valeur, tant sur le plan moral qu'intellectuel, feu MWAMBA BAPUW A était de ceux-là. En conséquence de nos interventions respectives, nous avions fini par nous lier d'amitié. A certains égards, nous avions des atomes crochus au-delà de nos divergences idéologiques. Je me souviens encore d'un soir où nous étions sortis ensemble pour discuter en aparte, au bord du lac de Morat. Les idées de Mwamba, quoique nobles et réalistes, n'étaient pas de nature à plaire au prince qui venait de s'installer sur le trône congolais. Ayant eu le privilège de connaître le défunt, je retiens de lui qu'il a beaucoup contribué à l'amélioration de la qualité du journalisme au Congo. L'intensité de sa dévotion à sa profession traduisait son souci constant du bienfondé de l'objectivité dans l'exercice de cette profession. Son engagement faisait foi de son amour pour sa carrière professionnelle et pour son pays, ainsi que sa volonté profonde de dépassement de soi. En lui, le Congo-Kinshasa perd un grand homme, un journaliste talentueux et un bâtisseur qui aimait sa patrie. Je tiens, en conséquence, à présenter à sa famille et à tous ses proches l'expression de mon attristée sympathie ainsi que le témoignage de ma désolée affection.
Que son âme repose en paix parmi nos Ancêtres.

Paul Mulemeri Kanamby Canada, juillet 2006

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Que justice soit faite! par Pâris Baletula Diambanza
Voici bientôt un an que notre Frère, le journaliste Louis BAPUW A MWAMBA a été assassiné à son domicile, commune de Matete, à Kinshasa. Ce meurtre odieux commis par trois individus armés a été présenté comme un crime crapuleux. Un certain nombre d'éléments nous incitent à douter de cette version officielle. Premièrement, le climat d'intolérance qui présidait à cette période pré-électorale. Ensuite, les investigations que menait ce journaliste intègre dérangeaient certainement ceux qui ont choisi de berner le peuple. Il est important que toute la lumière soit faite sur cette affaire pour atténuer la douleur des siens. En ce qui nous concerne, l'assassinat de BAPUW A nous interpelle tous car il soulève deux questions cardinales: - au moment où l'on note un regain de xénophobie banalisée par des lois antiétrangers dans toute l'Europe, la problématique du retour au pays natal nous sera posée à tous, tôt ou tard. Comment pourrions-nous rentrer chez nous si nous n'y sommes plus les bienvenus? - les régimes pseudo-démocratiques en place ne supportent pas les librespenseurs encore moins les militants des droits humains. Louis BAPUW A MWAMBA est mort pour cet idéal: un Congo libre, démocratique, maître de son destin et capable de donner à tous ses enfants un cadre de vie décent et épanouissant. Le jour de son assassinat - le 8 juillet 2006 - nous avons été bouleversés. Malheureusement, quelques jours plus tard, chacun était happé par les soucis et contraintes de la vie quotidienne. Nous avons laissé ainsi à sa seule famille le fardeau de la bataille pour la vérité sur les circonstances exactes de son assassinat et les motivations de ses assassins. Or, ce qui est arrivé à BAPUW A peut advenir à n'importe lequel d'entre nous. BAPUWA assassiné, c'est un peu chacun de nous qui l'a été, car nous partageons avec lui sa double condition d'exilé-immigré et de combattant de la liberté. C'est pourquoi nous nous devons de lui faire justice. Ne pas rendre justice à BAPUW A, ce serait accepter que la barbarie dicte sa loi mortifère dans nos pays. Ce serait signer des deux mains la charte tacite qui veut que le Nègre vive perpétuellement dans l'insécurité ici ou ailleurs, et particulièrement sur la Terre de ses Ancêtres! Louis BAPUW A MW AMBA a pris tout au long de sa vie beaucoup de risques personnels pour rechercher la vérité et informer en toute objectivité l'opinion publique. Il fut l'un des premiers journalistes congolais à se rendre à Goma au moment où Laurent-Désiré KABILA avait initié la campagne de l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) qui aboutira à la chute du régime de Mobutu. BAPUW A en a rapporté des images et un témoignage précieux nous ayant permis de mieux comprendre les enjeux des guerres qui ont embrasé notre pays pendant dix ans.

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BAPUW A n'était ni un journaliste vénal ni un tiède. Dans l'exercice quotidien de son métier, il a toujours privilégié le respect des droits humains. J'ai encore en écho ses paroles: « Comment peut-on tirer sur des étudiants! Ce sont des enfants, on ne tue pas les enfants! »Et quand les Rwandais sont entrés en conquérants à Kinshasa et qu'ils ont commencé à fouetter les gens, Bapuwa fut aussi prompt à dénoncer ce retour à la chicote chère aux Flamands. Démocrate et viscéralement attaché au respect de la dignité humaine, BAPUW A ne faisait preuve d'aucune complaisance, même à l'égard de camarades ou de dirigeants politiques avec lesquels il était censé partager la même idéologie politique! Je me souviens particulièrement d'un échange animé que j'eus avec lui concernant le Chef d'Etat zimbabwéen Robert Mugabe. Il lui reprochait l'arrestation de journalistes et syndicalistes. Pour ma part, je considérais que BAPUW A hurlait avec les loups parce que la campagne médiatique contre le Président Mugabe avait été lancée en représailles de son soutien à la RD Congo agressée par le Rwanda et l'Ouganda. « Je reconnais les mérites de Mugabe, mais ce n'est pas en violant les droits des personnes qu'il va rassembler son peuple ». Et c'était vrai! La question de l'humain - sa condition, sa dignité pour ne pas dire sa sacralité constituait le fil conducteur du combat de BAPUW A. A l'époque où la minorité Tutsi était persécutée au Rwanda, il fut l'un des rares progressistes africains à s'intéresser à cette cause et à s'engager personnellement pour dénoncer les dérives du régime Habyarimana. Par la suite, à deux reprises, en 1996 et en 1998, il réitérera courageusement cette attitude singulière face à la xénophobie anti-rwandophone ou anti-tutsiste de ses propres compatriotes, qu'ils soient mobutistes, kabilistes ou autres. Homme des causes justes et nobles, il ne pouvait rester indifférent à la souffrance des populations congolaises quelle que soit leurs origines. Rentré à Kinshasa avec l'intention de s'y re-établir, il vivait à Matete, sillonnait Kinshasa à moto pour pouvoir documenter ses articles et ses recherches concernant la vie politique congolaise à la veille des élections. Dans son dernier article, paru sur internet le 6 juillet 2006, la veille de son assassinat, avant d'être publié à titre posthume par le quotidien Le Phare, il dénonçait l'intolérance du régime et les intimidations policières, tout en stigmatisant la partialité des puissances occidentales, marraines du processus électoral. Sous le sous-titre « Le CIAT a choisi son camp », il a écrit: « Depuis Sun City, il a manqué au CIAT deux valeurs fondamentales pour la réussite de la transition démocratique: l'engagement pour la démocratie ou la gouvernance ,. la neutralité vis-à-vis des acteurs politiques congolais. De par sa composition, le Comité International d'Accompagnement de la Transition (CIAT) est dominé par les Occidentaux (Etats-Unis et Europe) et, notamment, par les anciennes métropoles coloniales. Il s'agit de pays qui ont d'importants intérêts au Congo et qui ont combattu les patriotes, les démocrates et les nationalistes congolais depuis l'élimination physique de P-E Lumumba, le Premier Ministre élu, le 17janvier 1961. Il s'agit de pays qui sont fort mêlés à l'histoire mobutiste et sanglante de ce pays. Il est difficile de se

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débarrasser de cette longue histoire de prédation, qui a durablement marqué les pratiques et les attitudes des anciennes métropoles coloniales à l'égard du Congo et des Congolais. » Dans le même article, BAPUWA a mis en avant l'exclusion d'une partie importante de l'opposition non-violente, qu'a symbolisé l'absence d'Etienne Tshisekedi dans la joute électorale, et il a également égratigné le Pouvoir « 1+4 = 0 » pour sa gestion opaque. La concomitance entre la parution de cet article et son assassinat nous fait douter qu'il s'agisse d'une simple et malheureuse 'coïncidence'. Déjà, le 8 mars 2006, soit exactement 4 mois avant, dans le même logis, BAPUW A avait subi une première agression nocturne qui s'était soldée, sous une menace armée, par le délestage de 850 dollars, 2 téléphones et un ordinateur portable contenant ses écrits publiés ou inédits. Il n'est pas impossible qu'on est tout simplement cherché à faire taire cet investigateur tenace. La rapide arrestation de ses présumés assassins et leur présentation par l'inspecteur divisionnaireadjoint de la Police de Kinshasa, un dénommé Sabati, nous laissent perplexes. Car au Congo-Zaïre, on a connu tellement de parodies de procès que l'institution Judiciaire, à l'instar des deux autres pouvoirs, l'Exécutif et le Législatif, n'a plus aucune légitimité. Nous croirons le Congo enfin démocratique, si aucune entrave n'est faite au déroulement normal du procès des présumés coupables qui démarre en juin 2007. La mobilisation des amis de BAPUW A et de toute personne éprise du noble idéal de la Justice est plus que nécessaire pour qu'éclate enfin la vérité sur cet assassinat.
Paris, mai 2007 Pâris Baletula DIAMBANZA Cercle des Amis de BAPUW A

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Tuer le messager ne supprime pas la mauvaise nouvelle par Christophe Mwanza Chabunda
«EIre homme est facile, être UN HOMME est difficile» selon un proverbe chinois. « En chacun de nous vit quelque chose - une promesse, une connaissance essentielle, une mission - qui dépasse l 'horizon de l 'homme ordinaire: c'est le maître intérieur» écrit Karlfried Graf Dürkheim. «Maître intérieur» auquel obéissait l'homme de principes Bapuwa Mwamba et qui en a fait l'un des journalistes les plus en vue de la scène africaine, du moins francophone. Concernant le Congo/Kinshasa, bon nombre des écrits de Bapuwa Mwamba, sinon la plupart, restent d'actualité.

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