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Le désordre établi

De
148 pages
Les Français espéraient un véritable changement avec le nouveau mandat de Jacques Chirac mais le démantèlement obstiné de l'Etat providence et l'absence de politique industrielle hardie ont mené le pays au déclin de notre économie et à l'exclusion de couches sociales de plus en plus nombreuses. Parallèlement, les institutions de la Vème République devaient subir une contestation permanente. Cet essai tente de montrer qu'une évolution institutionnelle n'est qu'un leurre et que notre pays souffre de l'absence de participation citoyenne dans les procédures administratives et les choix politiques.
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Le désordre

établi

http://www.librairieharmattan.com diffusi on. harmattan@wanadoo. harmattan 1@wanadoo.fr

fr

@

L'Harmattan,

2006

ISBN: 2-296-00807-0 BAN: 9782296008076

Vidal DAHAN

Le désordre établi
ou
la vie politique française de 2002 à 2006

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Harmattan Hongrie Espace Fac..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm. ;

Këmyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino IT ALlE

KIN XI

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260
Ouagadougou 12

1053 Budapest

de Kinshasa - RDC

Quiconque voudra réformer un régime ancien dans un État libre Fera bien de conserver, à tout le moins, l'ombre des institutions anciennes Nicolas Machiavel (Discours sur la première décade de Tite-Live)

La malédiction

L'année 2005 restera, dans les annales des Sciences politiques, une année noire pour le Président de la République et son gouvernement. Le rejet du Traité constitutionnel européen par plus de 56 % des électeurs, alors que Jacques Chirac s'était fortement impliqué pour le «oui »; l'échec du Conseil européen à Bruxelles les 16 et 17 juin et les difficultés prévisibles sur la PAC; 1'humiliation par le CIO à Singapour qui consacre Londres comme capitale olympique, et pour finir, « last but not least» l'embrasement des banlieues en cette fin d'année 2005. Voilà de quoi créer un violent sursaut avec, pour les uns, l'exigence d'une démission immédiate du chef de l'État, pour les autres, la nécessité de dissoudre le Parlement. Une minorité trans-courants réclame de façon pathétique une « révolution de palais» avec, comme apothéose, la naissance de la VIe République. Le village gaulois, dénomination chère à Alain Minc, se meurt, victime du repli sur soi et de l'autosuffisance. On peut y rajouter un soupçon d'agressivité quand on critique le comportement national et de mauvaise foi lorsque l'on se compare aux autres puissances occidentales. Nicolas Sarkozy n'a pas tort de parler de notre mauvaise manière d'aborder le monde, façon polie de stigmatiser notre exécrable sens du dialogue et de la présentation. Nous avons des vérités hexagonales, que l'on confond avec la Vérité de l'Ordre universel, et qui sont issues de pratiques administratives immuables ou de convenances politiques figées. La pyramide, modèle global qui symbolisait la vie de l'Egypte ancienne, fut sa merveilleuse création, et cet édifice entraîna de grands sacrifices pour l'ériger. La pyramide fut la grandeur de l'Egypte ancienne et en même temps l'annonce de son déclin. Ses étages étaient à l'image de la vie sociale rythmée par la Cour. Le pharaon se trouvait au sommet de I'État. Juste en dessous, se trouvaient les vizirs surintendants des œuvres royales et les juges suprêmes. Venait après la hiérarchie des hauts fonctionnaires, des administrateurs, des contremaîtres et des grands prêtres, symboles de la force du 7

pays. La base de l'édifice, qui supportait l'ensemble, symbolisait la servilité, représentée par les forces vives: artisans, ouvriers et agriculteurs. Que trouver à redire sinon q ue nous copions la pyramide égyptienne dans une nation dirigée par une classe politique autocrate, une fonction publique pléthorique et une population active en majorité rémunérée par l'État ou les collectivités territoriales. Les castes sont cloisonnées et dévitalisées. Le citoyen n'est plus le primum movens des corps constitués, mais l'alibi d'une lutte pour le pouvoir. Enfermé dans la pyramide, il est condamné à mort; de l'extérieur, il réalise que cette architecture ingénieuse présente toujours le même aspect quel que soit le point d'observation. Monstre froid sans aspérités pour vous retenir et sans courbures pour adoucir vos peines, la pyramide est le modèle parfait de nos rigidités sociales. Le pays se gorge de nouvelles convictions qui remplacent les réalités. Prenons quelques exemples simples et concrets: le Français est travailleur. C'est vrai en ce qui concerne la productivité du secteur privé et faux globalement. Elie Cohen a raison de rappeler que notre PIB est un leurre et que nous ne sommes, en réalité, qu'une puissance moyenne au huitième ou neuvième rang dans le tableau de l'OCDE*. Autre rengaine bien connue: les salariés adhèrent à l'organisation collective. C'est malheureusement faux quand on a en mémoire le faible pourcentage de travailleurs français syndicalisés. Rappelonsnous des slogans de campagne, lors du dernier référendum sur l'Europe: « la protection de nos frontières ne gênerait pas nos exportations », ou mieux encore « nous devons convaincre nos partenaires de l'Union de la justesse du refus français ». À défaut de résultats, la mentalité française plonge dans l'irrationnel. La tentation du protectionnisme reste forte et l'effroi causé par les menaces d'importation massive du textile chinois donne des ailes à ceux qui croient que la France ne peut résister à la globalisation. Ainsi on a vu les nostalgiques de l'économie gaullienne, comme Jean-Noël Jeanneney ou Jacques Calvet, défendre les quotas aux frontières, avec, soyons généreux, une petite tolérance pour les produits européens.
* Revue Capital, n0167, août 2005

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Le discours d'investiture de Dominique de Villepin à l'Assemblée nationale a pu laisser croire que I'heure de la « préférence européenne» était arrivée, pour la plus grande joie de nos conservateurs; mais rassurez-vous: il ne s'agit que d'une allégorie, inspirée par le chef de l'État, et destinée à apaiser le malaise face à la mondialisation. Comme nous le verrons par la suite, la mise en œuvre d'un certain protectionnisme irait à l'encontre des perspectives de croissance et d'emploi telles que l'OCDE les évalue pour la France. Le repli de la scène internationale en raison des conflits sociaux est absurde, selon Pierre Cyrille Hautecoeur*, mais tellement facile quand les mouvements nationalistes réagissent. Pour le député Arnaud de Montebourg et le «Nouveau parti socialiste », la déliquescence de l'appareil d'État explique la perte de civisme**. Le Président de la République est un monarque qui concentre tous les pouvoirs mais qui n'est pas responsable. Voilà le coupable: «haro sur le baudet» ! La critique est sérieuse, étayée par les épisodes difficiles de la cohabitation, mais les origines de la peste constitutionnelle sont loin d'être prouvées. D'autres facteurs agissent pour leur propre compte, comme la dévitalisation de la vie parlementaire ou l'autonomie de certaines administrations devenues réfractaires aux injonctions ministérielles. Le diagnostic posé, quels sont les remèdes? Le collège des docteurs Diafoirus piétine. Les solutions préconisées par la gauche, calquées sur les démocraties parlementaires européennes sont incompatibles avec l'élection du chef de l'État au suffrage universel direct ainsi qu'aux pouvoirs présidentiels. Malheureusement les Français y semblent attachés. À l'inverse, certains leaders de droite plaident pour une présidentialisation accrue, proche de la Constitution américaine. Cette philosophie sous-entend une vision de la société partagée par tous les mouvements politiques, et permet d'habiles compromis entre l'exécutif et les assemblées législatives.
*Le Monde, 14 juin 2005 * *Manifeste pour une nouvelle république. www.c6r-fr.org

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Elle n'a aucune chance de faire l'unanimité dans les partis politiques français. Pour quelle diabolique raison devrions-nous inventer une nouvelle charte commune, qui ne serait que la somme des imperfections des lois précédentes, au lieu d'adapter plus simplement notre régime politique aux temps actuels et à notre environnement? L'État est-il inexorablement condamné à l'immobilisme dont la première victime est le citoyen? Certaines mesures passées inaperçues peuvent faire espérer le contraire et il nous faut engranger. Citons la LOLF (Loi d'orientation sur la loi de finances) qui oblige les grandes administrations à modifier leur plan comptable pour le rendre à la fois plus lisible et plus communicable. Cette loi, proposée par deux parlementaires, l'un UMP (Alain Lambert), l'autre socialiste (Didier Migaud), est d'autant plus importante que les grandes orientations ou corrections budgétaires nécessitent une information rapide. La mondialisation et la constitution de réseaux à l'intérieur de la Communauté européenne exigent une plus grande efficacité de nos services publics. Une autre mesure, partiellement appliquée, attribue une note d'évaluation à l'action des préfets. Il faudrait la généraliser aux autres corps de l'État, même si l'on devine une réticence devant une pratique qui mettrait le citoyen à égalité avec le décideur. Les magistrats qui ont essuyé les foudres du ministre de l'intérieur sur les récidivistes nous en ont fait la démonstration. De nouveaux moyens permettent le traitement en temps réel et la simplification des procédures administratives. Citons la rédaction de la feuille d'impôt électronique ou le changement de résidence par internet. Mais l'arbre ne doit pas cacher la jungle des règles absurdes et des résistances au changement. Les personnes qui ont eu à maille à partir avec les administrations en savent quelque chose. L'autorité de l'État doit s'imposer à ceux qui réclament plus de démocratie locale et qui s'insurgent quand elle entre en application. Combien de temps faudra-t-il encore pour achever la décentralisation des écoles d'État ou le redéploiement du personnel de l'Éducation nationale?

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Le succès des stratégies ministérielles de réforme est une question de volonté politique. Le nouveau contrat social, que cherchent à privilégier le nouveau Premier ministre ainsi que son ministre des affaires sociales, Jean-Louis Borloo, ne réussira qu'avec l'adhésion du citoyen, et ce quelle que soit l'attitude des corps intermédiaires. On peut finalement croire que « tout change quand rien ne change» ! Et, faute d'avancer, faut-il condamner notre pays à des litanies en hommage à nos grandes glorieuses scandées par des gouvernants conservés par les baumes du carriérisme? La fascination de l'Egypte ancienne fut l'extraordinaire symbiose entre la religion et le pharaon, la première aidant les rois à conserver, malgré la mort et les siècles, l'apparence du vivant. Est-ce à dire que nous devons ignorer nos formidables capacités de création et de production et nous tourner, en guise de fierté, vers le Panthéon ou les figures du Musée Grévin? On peut en rire, il n'empêche qu'une part importante du mal français réside là.

Il