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Le devenir nucléaire au Moyen-Orient

167 pages
Le Moyen-Orient risque-t-il de devenir une zone de nucléarisation, menaçant de plonger la région dans un abîme irrémédiable ? Un règlement du conflit arabo-israëlien éviterait-il la course à l'option atomique de cette zone ultrasensible de la planète ? Ou une simple dénucléarisation de l'ensemble de la région serait-elle le meilleur règlement du dilemme qui alimente une polémique continuelle ? Ce livre tente d'apporter sa contribution au débat.
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Le devenir

nucléaire

au Moyen-Orient

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-07671-6 EAN:9782296076716

Le devenir nucléaire au Moyen-Orient
Quel arbitrage?

~~

L' Hemattan

Le devenir nucléaire au Moyen-Orient:
Quel arbitrage?

Sommaire
Avant-propos. ... 1

Bernard Ravenel Prolifération nucléaire: Le casdu Mqyen-Orient

3

Nader Barzin Légalité du plus fort: Evolutionsdu régimenucléaire international travers à du casde l'Iran .31 David Rigoulet-Roze Le spectre d'une « course au nucléaire» au Proche et au Moyen-Orient, favorisé par les velléités iraniennes de se doter de l'arme ultime 55 Mohamed Abdel Azim Les armes nucléaires israéliennes: Sourcesd'instabilitérégionale

95

Djamshid Assadi Nuclear crisis in Iran: From presumptuous credosto Post-sanctions scenarios...123

Hors thèmes
Sadri Bensman et Salwa Boughaba La ville comme corps, la ville comme hôpital: rationalisation des espaces et des corps au service coloniale.

Contrôle et d'une Algérie .135

Avant-propos

'accès au nucléaire demeure un thème de controverse. En effet, tout candidat à l'adhésion de ce club se doit de posséder un certificat de « bonne conduite », délivré non seulement par l'AlEA (Agence internationale de l'énergie atomique), mais aussi par les Grands de ce monde. Quelle est donc la ligne de démarcation distinguant l'énergie civile, en principe légale, de l'énergie militaire, licite pour les uns, illicite pour d'autres. Concernant l'Orient dans son ensemble, il est peu raisonnable de parler de discrimination à l'encontre du monde islamique. Le Pakistan, un Etat essentiellement fondé sur des piliers religieux, n'a-t-il pas eu accès à cette arme ultime1 ? Mais si le Moyen-Orient, une poudrière pour beaucoup, subit un contrôle paraissant à certains arbitraires, n'est-ce pas en raison de l'interminable conflit arabo-israélien, qui en serait la cause majeure voire déterminante? Il est certes concevable qu'une petite entité géographique telle qu'Israël, entourée de voisins arabes hostiles et fondée dans des conditions historiques ambiguës, sujettes à contestations, soit soucieuse, jusqu'à l'obsession, de sa sécurité. C'est d'ailleurs pour répondre à ce souci sécuritaire que l'Etat hébreu est devenu très tôt une puissance nucléaire inavouée, sans jamais avoir voulu adhérer à l'AlEA. Mais à quoi lui sert cette option? Militairement, cet Etat est depuis longtemps suffisamment puissant pour gagner les guerres successives contre l'Orient arabe, depuis 1948, par la voie conventionnelle et cela, malgré un déséquilibre flagrant tant géographique, que démographique. Et quelle protection réelle cette arme lui a-t-elle apportée pour garantir sa sûreté, quand on se rappelle les missiles irakiens qui ont

L

] Il s'agit là probablement d'une équation Le Pakistan face à l'Inde et cette dernière stratégique liée au rapport face à la Chine. de forces régional :

touché le pays en 1991 et plus récemment, les skuds lancés depuis le Liban en 2006 ? C'est précisément le phénomène israélien qui incita quelques Etats de cette zone ultra-stratégique de la planète à tenter d'obtenir ce type d'énergie à double tranchant civil et militaire. Ce fut le cas de l'Egypte nassérienne, avant la défaite de 1967, de l'Irak des années 19702 et enfIn de l'Iran, avant et après la révolution de 1979. Mais si l'Iran, comme d'ailleurs Israël, tente de dissimuler son objectif de nucléarisation, il présente des caractéristiques très différentes, car il est une réelle puissance régionale par l'étendue de son territoire, par sa démographie et par ses ressources agricoles et énergétiques. Dans ce cas, il est permis de se demander quel intérêt a-t-il à se nucléariser, si ce n'est celui de devenir un acteur régional majeur, inattaquable, s'étendant du Golfe à la Méditerranée. Concernant le débat sur cette prolifération nucléaire au MoyenOrient, ne s'agirait-il pas plutôt de relativiser la portée de l'AlEA? En effet, Israël, non-signataire, est nucléarisé et l'Iran, signataire ou peut-être d'autres à l'avenir, sont, eux, candidats à ce même objectif de nucléarisation.

2 On se souvient

de l'attaque

israélienne

du réacteur

Osirak en 1981.

2

Prolifération

nucléaire:

Le cas du Mqyen-Orient

Bernard Ravenel
Professeur agrégé d'histoire

vec le programme nucléaire iranien - suivi à quelque distance par le programme nucléaire nord-coréen -, la question de la prolifération nucléaire est revenue au centre de l'actualité. En réalité, elle ne l'a jamais quittée depuis la naissance de l'arme nucléaire et le bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki. Si elle n'a pu occuper le devant de la scène pendant d'assez longues périodes, cela tient au fait que le pouvoir nucléaire - de celui qui construit et détient «l'arme» - est un pouvoir caché, opaque sous terre ou sous la mer. . . -, un pouvoir secret par excellence. Que ce soit le « projet Manhattan» - qui a réalisé la première bombe atomique -, ou le nucléaire israélien, ou le nucléaire français et les rapports entre eux tout est caractérisé par le secret, la dissimulation. Ce n'est qu'en 2007 que le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a avoué officiellement l'existence de la bombe israélienne dont le projet a été lancé dès. .. 1948 et réalisé à partir de 1966. Lorsqu'en 1998, un chercheur israélien, en poste à l'université américaine de Columbia, Avner Cohen, réussit à sortir, non sans mal, un livre très documenté sur la bombe israélienne, Israel and the Bomb1, le célèbre historien israélien Tom Segev, écrivit dans Ha'aretz: «Le livre de Cohen nécessiterala réécriturede toute l'histoire d'Israël. » La réflexion de Tom Segev sur le rôle central de l'armement nucléaire dans l'histoire d'Israël me semble avoir une portée générale. Paul-Marie de la Garce, dans L'Aventure de l'atome2, s'interrogeant sur la

A

IAvner Cohen, Israeland the Bomb, Columbia University Press, New York, 1'" édition en 1998; édition de poche en 1999. Le Monde Diplomatique d'août 2005, sous la plume de Joseph Algazy, a consacré une longue note de lecture à eet ouvrage, disponible sur leur site: www.monde-diplomatique.frj. 20uvrage collectif sous la direction de Paul-Marie de la Garee, 2 volumes, Flammarion, 1992.

B. Ravanel

bombe atomique, notait que dès après Hiroshima, « elle s'inscrivait désormais,plus que dans la panoplie des armes, dans l'équilibre desforces et dans les relations stratégiques internationales ». En résumé, la prolifération nucléaire est une clé de lecture indispensable de l'histoire des rapports internationaux de toute l'ère nucléaire. Pour le XXIe siècle, sous nos yeux, la prolifération nucléaire va constituer un axe déterminant de développement des relations internationales qui seront fondées sur des interventions militaires préventives. D'abord au Moyen-Orient, devenu une poudrière. La prolifération nucléaire l'urgence d'une solution
Ces derniers mois

au Moyen-Orient:

-

année

2007

-

la chronique

des « qffaires

atomiques3 », pour reprendre le titre du livre de Dominique Lorentz, a été riche. Bien sûr, il y a eu le feuilleton iranien et le feuilleton nord-coréen, mais, malgré tout le secret et la manipulation qui caractérisent l'information dans ce domaine, on voit aisément, par la façon dont ils relancent la course aux armements conventionnels et nucléaires, comment les États-Unis procèdent. Ils utilisent le prétexte du programme nucléaire iranien (au lancement duquel ils ont beaucoup contribué) pour « couvrir» la reprise de la prolifération nucléaire dans différents pays arabes et pour justifier un emploi éventuel d'armes nucléaires précisément contre l'Iran!. . .. Venant après la décision de fournir de la technologie nucléaire « civile» à l'Arabie saoudite et à l'Égypte, l'accord de coopération nucléaire entre les États-Unis et l'Inde rendu public le 3 août 2007, vient d'en apporter une éclatante démonstration. Cet accord - en contradiction avec le programme commun de 1'« Alliance progressiste» aujourd'hui au pouvoir et qui s'était prononcé pour le désarmement nucléaire globaldoit mettre seulement 14 réacteurs nucléaires sur 22 sous le contrôle de l'AlEA. Les autres pourront fournir assez de plutonium pour 50
nouvelles bombes par an

-

pour

un arsenal

actuel

d'une

centaine

de

bombes présenté jusque-là comme le « minimum dissuasif» nécessaire et suffisant. .. Par ailleurs, l'Inde pourra aussi stocker du matériel nucléaire militaire dans des installations hors contrôle de l'AlEA et importer l'uranium pour les réacteurs sous contrôle.
3Dominique 604 pages. Lorentz, Affaires atomiques, préface d'Alexandre Adler, Les Arènes, 2001,

4

Prolifération

nucléaire:

Le casdu Moyen-Orient

Cet accord - qui torpille la conférence de révision du TNP de 2010 - vise à construire un nouveau rapport politico-stratégique avec l'Inde dans un schéma plus large, conçu par Washington pour « contenir» la Chine, isoler l'Iran pour mieux maîtriser le Moyen-Orient, et créer un axe nucléaire asiatique dominé par les États-Unis avec l'Inde, le Japon - poussé à se doter d'armes nucléaires - et Israël. En même temps, le développement du programme nucléaire militaire israélien a induit mécaniquement une inquiétude et une émulation parmi les États qui pouvaient se sentir menacés et a alimenté la prolifération nucléaire à commencer par l'Irak et l'Iran 0'Égypte y a aussi beaucoup pensé...) qui entendaient réaliser une parité stratégique avec « l'ennemi sioniste ». Cette responsabilité d'Israël dans la prolifération régionale, souvent oubliée, masquée ou niée - pour les amis d'Israël, c'est l'Iran le vrai et seul responsable -, est pourtant aujourd'hui reconnue par de nombreuses personnalités. Par exemple, Robert Gates, secrétaire d'État à la Défense des États-Unis, le 7 décembre 2006, devant une commission du Sénat, a catégoriquement déclaré qu'Israël a un arsenal nucléaire et que c'est la présence de cet arsenal qui a poussé l'Iran à développer son propre arsenal nucléaire en précisant que « les Iraniens sont entouréspar des puissances qyant des armes nucléaires - Pakistan à l'est, les Russes au nord, les Israéliens à l'ouest et les États-Unis (bateaux deguerre) dans legolfe Persique ». De même, Georges Le Guelte, ancien secrétaire général du Conseil des gouverneurs de l'AlEA (Agence internationale de l'énergie atomique) et directeur de recherches à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) souligne: « Pour tenter dejustifier sa volonté d'acquérir un arsenal nucléaire, I1ran peut invoquer le voisinage de deux pqys disposant d'un arsenal nucléaire- la Russie et le Pakistan - et surtout la menace que constitue l'arsenal nucléaire israélien 4 .» Ou encore, Jean-François Daguzan, maître de recherche à la FRS (Fondation pour la recherche stratégique), note que « la gestion du nucléaire israélien, bien qu'assurance-vie de cepqys, conduit ainsi à une situation non stable sur l'espacemqyen-oriental mais aux iffets néanmoins contrôlés5». En effet, la présence de loin la plus déstabilisatrice de toute la région est le puissant arsenal israélien qui a permis à Israël de prétendre jouer le rôle de gendarme nucléaire pour tout le Moyen-Orient, à
4 ln Le terrorisme nucléaire, Iris/PuE,

coll. Enjeux

stratégiques,

2003, p. 129. », revue M.aghreb-Machrek, éd.

SIn « Le nucléaire israélien et la stabilité Choiseul, n° 180, été 2004, p. 102.

du Proche-Orient

5

B. Ravanel

commencer par le bombardement 1981.

du réacteur Osirak en Irak le 7 juin

Aujourd'hui, avec la logique infernale de la dissuasion nucléaire qui conduit les États-Unis à doter un grand nombre de pays de l'arme nucléaire pour les attirer dans leur propre orbite, la non-solution des problèmes politiques régionaux et d'abord de la question palestinienne, accélérant la course aux armements les plus sophistiqués, crée les conditions d'un affrontement nucléaire aux conséquences incalculables. D'une manière plus globale, si la lutte pour le contrôle militaire des ressources naturelles en voie d'épuisement (pétrole, gaz naturel, etc.) est le mobile matériel des guerres au Moyen-Orient, le nucléaire américain en est toujours plus le moteur stratégique. Face à cette situation la proposition de faire du Moyen-Orient une « zone exempte d'armes nucléaires» (Nuclear free zone) apparaît d'une urgence absolue et vitale. Elle est sur le tapis depuis l'époque des négociations pour le TNP (Traité pour la non-prolifération)6 ; elle est reproposée régulièrement par des résolutions de l'Assemblée générale des Nations unies. En 2003, la troïka européenne (Allemagne, France et Grande-Bretagne) qui négociait avec l'Iran, l'a reprise7. Elle est toujours bloquée par Israël et les États-Unis, alors que d'autres zones exemptes d'armes nucléaires ont été instituées (Amérique latine et Caraibes, Afrique, Sud-Est asiatique, Pacifique Sud). Ce serait un choix qui débloquerait franchement tout le processus actuellement bloqué, du désarmement nucléaire promis et non tenu au moment du lancement du TNP, en 1968, il Y a bientôt quarante ans. .. L'Europe est là encore placée devant sa responsabilité historique

6Le Traité de non-prolifération des armes nucléaires, ouvert à la signature en 1968, engage les États dotés d'armes nucléaires à ne pas les transférer à d'autres (article 1) et les États qui n'en possèdent pas à ne pas en recevoir ou à ne pas en construire (article 2), en se soumettant aux inspections de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AlEA), chargée de vérifier que les installations nucléaires sont utilisées à des fins pacifiques et non pour la construction d'armes nucléaires (article 3). Les États s'engagent également (article 6) à poursuivre «de bonne foi des négociationssur des mesures efficaces» pour un
désarmement nucléaire général et complet! 7Extrait de la «Déclaration conjointe à l'issue de la visite des ministres des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, de France et d'Allemagne en République islamique d'Iran, adoptée à Téhéran le 21 octobre 2003»: «e) Ils cooPéreront avec l'Iran pour promouvoir la sécurité et la stabilité dans la région, notamment par la création d'une zone exempte d'armes de destruction massive au Mqyen-Orient, conformément aux objectifs des Nations unies.» Sources: Ministère des Affaires étrangères (www.diplomatie.gouv.fr).

6

Prolifération

nucléaire:

Le casdu Mqyen-Orient

face à un problème qui met en jeu l'avenir de l'humanité et de la planète.. . Avant d'aborder le sujet proprement dit, quelques précisions sur les armes nucléaires et sur la prolifération me paraissent utiles. Armes nucléaires indique les bombes proprement dites;

.
.

équivalent:

les « têtes ».
Armements nucléaires signifie l'ensemble des systèmes

d'armes qui composent les arsenaux. Chaque tête nucléaire - ou système de têtes fait partie d'une infrastructure complexe qui comprend beaucoup d'éléments - formation du personnel, structure de l'arsenal et des systèmes de lancement (missiles, silos, sous-marins, etc.), systèmes de commandement, contrôle et sécurité -. Le tout a un coût très supérieur à celui des têtes nucléaires. Prolifération. Il faut distinguer:

.

1)- l'accès de nouveaux pays aux armes nucléaires, c'est la prolifération horizontale; 2)- le développement quantitatif et/ou qualitatif de ces armements (vecteurs, lanceurs, etc.) par les pays déjà nucléaires, c'est la prolifération verticale; 3)le développement des compétences et capacités technologiques pour réaliser des armes nucléaires, c'est la prolifération virtuelle ou stand-~ menée par les États dits « du seuil» ; 4)- le transfert d'armes nucléaires d'un État nucléaire à un État non-nucléaire, c'est le « nuclear-sharing». Les thèses qui sous-tendent cet article peuvent se résumer en cinq points: 1. Les risques de guerre nucléaire sont aujourd'hui beaucoup plus concrets et graves que pendant les années de la guerre froide où s'était maintenu un certain « équilibre de la terreur ». 2. Les pays dotés d'armes nucléaires ont décidé de façon délibérée, en violation des engagements pris en signant le TNP, de ne jamais renoncer à ces armes et même de les perfectionner... Pour les États nucléaires non signataires du TNP, comme Israël, l'Inde et le Pakistan, la question ne s'est même pas posée... 3. Actuellement, dans le secret de laboratoires bien gardés, se développent - surtout aux États-Unis, mais aussi en France - des recherches très actives et pointues visant à réaliser des armes nucléaires de type nouveau. L'objectif est surtout leur miniaturisation -les «mininukes» - pour annuler la distinction essentielle entre armes nucléaires et armes conventionnelles et, par conséquent pour justifier leur utilisation

7

B. Ravanel

sur le champ de bataille y compris de manière préventive. Si bien que la prolifération nucléaire prend des formes complètement nouvelles beaucoup plus incontournables et trompeuses. 4. Le régime de non-prolifération nucléaire institué dans les années 1970, complété par l'interdiction des essais nucléaires en 1996, est aujourd'hui en crise, car inadéquat pour contrôler les nouveaux développements technologiques. Le récent accord nucléaire entre l'Inde et les États-Unis qui vient d'être officiellement conclu (août 2007), en permettant à l'Inde - non signataire du TNP - de développer son arsenal nucléaire porte un coup décisif au système global de nonà prolifération en encourageant tous les États - y compris l'Iran... produire des armes nucléaires. 5. Il existe un lien étroit entre les programmes militaires et les programmes civils, dont on constate une relance simultanée en ce moment (cf le projet EPR). Les programmes civils sont, depuis l'origine, toujours subordonnés et liés aux programmes militaires - officiels ou non - qui en sont le support et la motivation réelle. Cette fonctionnalité des programmes civils pour les programmes militaires est une donnée structurante du phénomène nucléaire8. La prolifération: une dynamique américaine

La Méditerranée, carrefour de trois continents, a conftrmé son importance stratégique au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, alors que l'Europe occidentale voyait son rôle redimensionné. Économiquement affaiblies, contraintes à abandonner leurs empires coloniaux et conditionnées par le pouvoir nucléaire américain et soviétique, les puissances européennes ne disposaient plus de grandes marges de manœuvre à l'échelle du monde. L'expédition de Suez en 1956 a, de ce point de vue, mis ftn à toute illusion... Par contre, les États-Unis, grands vainqueurs et bénéftciant pendant un temps du monopole nucléaire, ont été amenés à organiser leur sécurité dans le cadre d'un ordre global politique et économique dont ils étaient les promoteurs et défenseurs face à l'émergente puissance soviétique, bientôt dotée elle aussi de l'arme suprême.

BCf sur ce sujet, Bruno Barrillot, Le Complexe nucléaire. Des liens entre l'atome civzl et l'atome militaire, co-éditions Observatoire des armements / CDRPC et Réseau « Sortir du nucléaire », 2005, 144 pages, 10 euros (www.obsarm.org).

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Prolifération

nucléaire:

Le casdu Mqyen-Orient

Dans ce cadre, les zones de la Méditerranée et du Moyen-Orient ont reconflrmé leur importance stratégique particulière, non seulement par le considérable flux commercial de matières premières et d'hydrocarbures qui les traverse, mais aussi par les conséquences que leur déstabilisation peut avoir sur les équilibres stratégiques régionaux et mondiaux. Cette région, déjà traversée par les tensions séculaires internes au monde musulman, s'est trouvée, en effet, violemment déstabilisée par la constitution de l'État d'Israël en 1948 qui a créé une logique de confrontation permanente avec le monde arabe environnant. Sur ces tensions anciennes et modernes, s'est superposée la dynamique de la logique des blocs - la guerre froide. Puis, progressivement, la tension Nord/Sud est devenue la contradiction principale: l'énorme décalage de richesse entre les deux rives, le renversement du rapport démographique en faveur du Sud et la pression migratoire vers le Nord qui en est résulté, ont entraîné une nouvelle perception des enjeux et une nouvelle dynamique politico-stratégique. Sur le plan proprement stratégique, la disproportion des forces entre les deux rives rend peu crédible l'existence d'une menace militaire pour le flanc Sud de l'Europe. Cependant, quelques pays arabes, pour compenser la faiblesse de leurs forces conventionnelles, ont eu tendance à se doter d'armes de destruction massive (ADM), comme force de dissuasion crédible dans leurs relations internationales (armes chimiques surtout). La prolifération d'armes de destruction massive dans la région se situe à la fois dans le cadre d'une logique Est/Ouest, puis Nord/Sud, mais doit aussi tenir compte de la politique de puissance de plusieurs États du Sud (Égypte, Irak, Iran, Libye, Algérie, Maroc.. .). Au point que les États du Nord tendent à remplacer le péril soviétique par le « péril islamique »... La prolifération au Moyen-Orient: première étape, Israël Du monopole au duopole, du duopole à l'oligopole La Seconde Guerre mondiale s'est terminée avec le monopole nucléaire absolu des États-Urus. S'ouvre donc une période décisive pour l'avenir du système mondial et des armements nucléaires, étroitement liés entre eux. Les États-Unis pensaient alors bénéflcier pour une période assez longue de cet avantage formidable.

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B. Ravanel

Ils ont d'abord décidé d'utiliser l'atout nucléaire face à Staline. La diplomatie nucléaire américaine se mit à exercer un chantage permanent sur l'URSS. Le résultat, contrairement à toutes les prévisions, ne se fit pas attendre: la première bombe soviétique à fission explosa le 29 août 1949. Les États-Unis en avaient alors 235... Les armes nucléaires devenaient un instrument essentiel de la guerre froide. La bombe H américaine fut expérimentée en 1952, la bombe H soviétique en 1953. Le passage du duopole à l'oligopole nucléaire fut un peu plus lent mais inévitable: six puissances nucléaires se constituèrent. Cinq officielles - États-Unis, URSS, Grande-Bretagne, France et Chine -, plus une qui a toujours été un « secret de polichinelle », Israël, dont les premiers pas correspondent précisément au tout début de la prolifération. Israël fut en effet, après les Etats-Unis, l'URSS et la GrandeBretagne, le premier pays à se lancer dans la construction d'une force nucléaire. Dès 1948, dès les premiers jours de la constitution de l'État d'Israël, se manifeste l'intention de réaliser des armes nucléaires. Lord Rothschild, de la célèbre dynastie des banquiers, fonda avec le président Chaïrn Weizmann, un institut spécial de physique, le Weizmann Institute. Parmi les physiciens qui avaient travaillé au « Projet Manhattan », beaucoup étaient des juifs réfugiés des pays européens occupés par les nazis. Au départ, le tout jeune État d'Israël disposait donc de toutes les connaissances nécessaires pour réaliser des armes nucléaires, mais n'avait pas les structures industrielles adéquates. Mais les États-Unis avaient décidé de permettre à Israël de se doter de « l'arme », quitte à s'appuyer sur la France pour y parvenir. C'est ainsi que s'est constituée la base de lancement de la prolifération nucléaire au Moyen-Orient. La prolifération verticale et horizontale des armes nucléaires n'a donc pas été un « effet collatéral» du développement de la technologie nucléaire: elle en a été le pivot depuis le début de la technologie nucléaire. Le nucléaire est né comme technologie visant à la réalisation d'une super-arme et s'est développé avec comme objectif essentiel de réaliser des arsenaux nucléaires offensifs capables de dissuader toute attaque ennemie (prolifération verticale) et de jouer un rôle déterminant dans les relations internationales. Une fois le monopole initial des États-Unis rompu, démarrait la prolifération horizontale comme instrument de politique internationale, avec le choix de fournir l'arme nucléaire à Israël et à la France (et aussi à l'Allemagne comme dissuasion vis-à-vis du « bloc de l'Est» mais, pour celle-ci il y a eu le veto absolu de l'URSS). En fait, au Moyen-Orient, la

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