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Le Gabon, une démocratie meurtrière

De
290 pages
« Le Gabon, une démocratie meurtrière, ouvrage dont le titre annonce déjà son objet politique, semble soutenir cette thèse, que son auteur mène courageusement par la liberté de ton qu'il prend. Pour en faire la démonstration, il revendique un droit d'inventaire, sans concession, de la transition démocratique au Gabon, surtout dans son état actuel. La légitimité et le statut du chef de l'Etat, des acteurs politiques, le rôle des intellectuels et des auxiliaires du pouvoir (…) passent au crible d'une critique acerbe qui laisse peu de place à l'approximation. » Christ Olivier MPAGA, Enseignant de philosophie, UOB
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Noël BertrandBOUNDZANGA
Le Gabon, une démocratie meurtrière
Le Gabon, une démocratie meurtrière
Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen Dernières parutions Donatien ROBÉ et Serge BLAFOND,Le forfait sanitaire au secours de la couverture maladie universelle en Côte D’Ivoire, 2016 Miki KISONGO,Le non-progrès de l’Afrique, Étude d’une responsabilité partagée, 2016 Fugain Dreyfus ENJEGANDEYOYEPOUSSA,Plaidoyer pour la paix en Centrafrique ,2016Almamy Mamadou WANE,La cuisine françafricaine. Quand le poétique rejoint le politique,2016. Jean-Joseph ATANGANA,Nelson Mandela, L’Étoile du Sud, 2015 Blaise NSIMBA,Marre d’être un Afrifaim !, Petit plaidoyer pour un complexe constructif, 2015 A.O.T DIALLO,La Guinée-Conakry de janvier 2007 à décembre 2010. Chronique et réflexions sur une transition militaire ratée, 2015. Joseph WOUAKO TCHALEU,L’évolution actuelle du Cameroun, 2015 Johnny Vianney BISSAKONOU,L’autre version de la crise centrafricaine, 2015. Léonard MESSI,Les sept péchés capitaux du régime de Biya, 2015. Karfa Sira DIALLO,Sénégal-France, Mémoires d'Alternances inquiètes, 2015 Moussa SANON,Blaise Compaoré ou la fin non-glorieuse de « Monsieur Bons offices », 2015 Jacques SOM,Non, l’Afrique Noire n’est pas maudite !, 2015. Mohamed AMARA,Le Mali rêvé, 2015. Jérôme KABLAN BROU,L’autre Côte d’Ivoire ou l’alter-émergence. Élections présidentielles 2015, 2015.
Noël Bertrand BOUNDZANGALe Gabon, une démocratie meurtrière
Du même auteur
Le miroir des toubabs(récit), édilivre, Paris, 2008.
Aventures de la subjectivité. Contribution à l’étude critique du roman gabonais, EUE, 2011.
Dis Schweitzer, qui es-tu ?Nouvelles), Libreville, Odem, (Edit., 2013.
Digressions sur notre temps, Libreville, Odem, 2014
Le Malentendu Schweitzer(co-édit.), Paris, L’Harmattan, 2014
Controverse et signification. Mélanges offerts à Fortunat Obiang Essono(co-édit.), Paris, L’Harmattan, 2015.
RevueGrands auteurs gabonais Les (co-édit.),Bessora » , « Libreville, Edit. Amaya, n°2, janvier 2016.
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-10722-6 EAN : 9782343107226
Introduction Il n’y a pas que la démocratie qui a enterré des vies humaines pour assurer sa survie ; avant elle, le parti unique en fit autant. Mandza Ngokouta, Ndouna Depenaud, Germain Mba figurent parmi les martyrs de la dictature qui, d’une manière ouverte ou déguisée, se permettait le droit de tuer. La peine de mort, notamment, autorisa le crime et sa banalisation du fait d’une justification légale s’appuyant sur d’hypothétiques coups d’Etat qui, dans un régime autoritaire, donnaient au criminel institutionnel la liberté d’assassiner. La torture et les prisons arbitraires furent le lot quotidien des Gabonais qui aspiraient au moins au retour du multipartisme sinon à la démocratie. Oyono Aba’a ou Agondjo Okawe peuvent suffire à dire la torture, cependant que l’histoire doit s’écrire pour faire l’évaluation et la mémoire d’un temps barbare que des générations entières ont accompagné jusque sous le sceau de la démocratie. En 1990, le peuple pouvait espérer un dégel. Il en fut autrement une continuité des crimes orchestrés depuis 1968. La première victime qui ouvrit cette page macabre fut Joseph Rendjambé (1990) suivi de Martine Oulabou (1992). Deux types de crimes qui allaient se poursuivre en s’amplifiant dans un temps où, pourtant, le pouvoir devait appartenir au peuple et pour le peuple. Le crime succéda au crime. D’abord des hommes politiques, puis des organisations de la société civile (OSC) et enfin des citoyens sans visage. Le cycle électoral annonçait son lot de victimes, et il n’y a pas jusqu’à l’élection présidentielle de 2016 qui n’ait rempli son panier de morts. La dictature est meurtrière, la démocratie l’est tout autant. Bruno Mboulou Beka (2014) et Berenger Ntountoume (2015) sont des noms figurant dans la lignée des
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victimes qui résonnent dans la mémoire collective comme des martyrs. Alors, qu’avons-nous gagné avec la démocratie ? Le droit de rendre publiques des histoires de disparition, le droit de gueuler et de chialer en public ? Cependant que deux régimes en un demi-siècle se sont succédé pour partager en commun la famille Bongo, le crime et la corruption. La même logique a prévalu selon un dicton formulé et reformulé de père en fils : « le chien aboie, la caravane écrase ». Tout est parti d’un gros mensonge. Nous pensions que nous étions des hommes, en réalité nous sommes considérés comme des chiens, pas qui aboient seulement, mais qu’on écrase aussi. C’en était fini avec le rêve d’une République au sens latin du terme, « chose publique » (res publica). Nous pensions qu’il y avait une chose publique, en réalité il y avait une monarchie, une patrimonialisation de ce qui était promis appartenir à tout le monde. Et l’arbitraire fut le mode sous lequel le monarque régentait ses affaires, selon des lois dont lui seul avait le fin mot. Ce maquillage institutionnel qui tient sur l’idée d’une présomption d’Etat a ruiné des vies – gaspillé de l’argent et dilapidé du temps – qui revendiquaient, selon l’ordre du droit, ce qui était de l’ordre de l’arbitraire. On s’est foutu de nous, on s’est moqué de nous… Nous avons été envoyés dans la gueule du loup. Mais ce chemin qui mène à la gueule du loup, il fallait bien l’emprunter, tôt ou tard. Car l’âge de la rationalité survient avec la formation des élites, avec l’accès des populations à la civilisation du droit et aux droits de l’homme. Cette phase de notre humanité qui nous « occidentalise », nous conduit à croire au droit, aux conditions transparentes de son édification et aux conditions équitables de son usage. Ainsi, sur les cendres de l’Etat monarchique, il nous faut construire
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un Etat républicain, mettre les choses dans le bon ordre. L’élection présidentielle du 27 août 2016 a ainsi montré que les Gabonais adhèrent au projet d’alternance, et qu’au lieu de refonder l’Etat, ils 1 voudraient absolument fonder l’Etat . Et oublier totalement, si l’on pouvait, le régime Bongo comme l’Espagne a enterré Franco. Les présents fragments participent de cette envie, de ce romantisme révolutionnaire, qui voudrait que la loi du plus fort cède sa place à la force de la loi, dans la lettre et dans l’esprit. Afin que nous sortions de ce gouvernement perpétuel dont les mutations (parti unique/multipartisme ; démocratie/dictature ; dynastie/alternance ne changent rien ni dans l’imaginaire ni dans la vie quotidienne des Gabonais, j’ai cru bon d’emboîter le pas à tant de personnes courageuses qui se sont englouties dans la gueule du loup, convaincu que le loup n’aura pas assez de place pour nous tous dans sa gueule et qu’il exploserait ses mâchoires à force de nous broyer. Dans ce pays d’Afrique où une importante jeunesse rêve de bien-être, de protection, de paix et d’avenir, les crimes de droit commun sont commis dans le silence de la communauté internationale, tandis que les acteurs des Organisations de la société civile manquent de capacités et de moyens d’actions 1 Définissant l’Etat comme un espace public, c’est avec une tendre naïveté que Dominique Etoughe et Benjamin Ngadi ont dirigé une réflexion générale :Refonder l’Etat au Gabon. Contributions au débat (L’Harmattan, 2003). Cette naïveté nous habite tous quand nous croyons en une chose publique. N’est-ce pas cela qui nous a conduits à recourir aux instances judiciaires, sachant que le juge était sous la coupole de l’incriminé, le chef de la Magistrature suprême, lui-même apaisé dans la gestion patrimoniale de l’Etat hérité d’Omar Bongo ? C’est sur ce paradoxe qu’il convient de mener une réflexion pour évaluer notre attachement à la liberté. Comment opérons-nous pour sortir de ce paradoxe ou pour que ce paradoxe soit fécondant ?
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