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Le grand mufti et le nationalisme palestinien

De
217 pages
En avril 1936 éclate la première grande révolte des Arabes de Palestine, qui revendiquent la constitution d'un Etat et l'arrêt de l'immigration sioniste. A la tête de ce mouvement s'impose Hajj Amin al-Hussayni, grand mufti de Jérusalem. Banni par les Britanniques, il trouve refuge au Liban où les Français le laissent faire entendre la voix du peuple palestinien. La Palestine s'enfonce dans des années tragiques et ensanglantées. Cet ouvrage met en lumière cette période cruciale en questionnant les archives diplomatiques françaises et britanniques.
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Le Grand et le nationalisme

Mufti palestinien

Comprendre le Moyen-Orient Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud

Mohamed ABDEL AZIM, Israël et la bombe atomique, 2006. Richem KAROUI, Où va l'Arabie Saoudite ?, 2006. J.-J. LUTHI, M. A. MOGHIRA, L'Égypte en république. La vie quotidienne. 1952 - 2005, 2006. Anne-Lucie CHAIGNE-OUDIN, La France et les rivalités occidentales au Levant, Syrie-Liban 1918-1939, 2006. Bassem KAMAR, Politiques de change et globalisation, le cas de l'Egypte, 2005. Liesl GRAZ, Mon dîner chez Saddam, 2005. Ephraïm DOWEK, Vingt ans de relations égypto-israéliennes, 2005. Elise GANEM, L'axe Israël-Turquie, vers une nouvelle dynamique proche-orientale? 2005. Michel GUELDRY, Les États-Unis et l'Europeface à la guerre d'Irak,2005. Khalil AL-JAMMAL, Les liens de la bureaucratie libanaise avec le monde communautaire, 2005. Véronique BESNARD, Mise en images du conflit afghan, Rôles et utilisations de la photographie dans la presse internationale, 2005. Moafaq Mohamed YOUSSEF et Marie Joseph CHAL VIN, Un Irakien raconte 1994-2005. De l'exil aux élections, 2005. François LANTZ, Chemins de fer et perception de l'espace dans les provinces arabes de l'Empire ottoman, 1890- 1914, 2005. Richem KAROUI, L'après-Saddam en Irak, 2005. Alireza MANAFZADEH, Ahmad Kasravi. La preière victime de l'islamisme radical, 2004. Assia MORTAR KAÏS, Les Palestiniens au Koweiï: histoire d'une réussite inachevée (1948-1990), 2004. Mustapha CHELBI, L'Islam en procès, 2004. Noureddine SÉOUDI, La formation de l'Orient arabe contemporain 1916-1939 au miroir de la Revue des Deux Modes, 2004. Kamal BA YRAMZADEH, Les enjeux principaux des relations

Louis Denisty

Le Grand
et le nationalisme

Mufti
palestinien

Hajj Amin al-Hussayni, la France et la Grande-Bretagne face à la révolte arabe de 1936-1939

Préface de Daniel Rivet

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace Fac..des L'Harmattan Kinshasa Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa

KOnyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

- RDC

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo. fr harmattan 1@wanadoo.fr
({;)L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01837-8 EAN : 9782296018372

PREFACE INTRODUCTION

Il 17

PREMIERE PARTIE HAJJ AMIN AL-HUSSA YNI : UN CHEF POLITIQUE POUR LA REVOLTE PALESTINIENNE 31 1- LES EVENEMENTS DE 1936 ET LE PREMIER PLAN DE PARTAGE DE LA PALESTINE 35 L'émergence d'un chef 35 - La grande grève vue par les Français 35 - La perception des événements dans le monde arabe 38 La crise du mandat et la disgrâce d'Hajj Amin (novembre 1936octobre 1937) 40 11-UN LEADER EN EXIL Le Grand Mufti et le monde arabe La diabolisation d'Hajj Amin La préparation de la conférence de Londres 111-LE GRAND MUFTI ET LE CONFLIT EUROPEEN La propagande des puissances de l'Axe La marche vers la guerre 51 52 57 63 69 69 76

DEUXIEME PARTIE FRANÇAIS, BRITANNIQUES ET SIONISTES: HAJJ AMIN AL-HUSSAYNI FACE AUX GRANDS ACTEURS DE LA QUESTION DE PALESTINE... 85 IV- LA FRANCE, « PUISSANCE MUSULMANE» Les répercussions en Afrique du Nord Le Grand Mufti, la France et ses territoires sous mandat 89 90 95

V- LA GRANDE-BRETAGNE FACE A LA CRISE PALES TrnIENNE Les relations de la Grande-Bretagne avec le monde arabe - La propagande arabe - La médiation des pays arabes L'administration britannique déroutée - Le « Comité sur la Palestine» - L'opposition « modérée» - La France, un spectateur privilégié de la politique britannique VI- L'ACTION SIONISTE Le sionisme et les territoires sous mandat français La France, le Grand Mufti et l'Organisation Sioniste Sionistes et Britanniques unis contre Hajj Amin

103 104 104 108 113 113 116 118 123 124 127 132

TROISIEME PARTIE: HAJJ AMIN AL-HUSSA YNI, UN OBJET DE «MESENTENTE CORDIALE» DANS LA RELATION FRANCO-BRITANNIQUE 137 VII- LA DIPLOMATIE FRANCO-BRITANNIQUE ET LA SURVEILLANCE DU MUFTI 139 La montée des tensions 139 L'insistance britannique à l'approche de la conférence de Londres 146 VIII- LES ELEMENTS DE DISCORDE EXTERIEURS Le rôle de la presse - Un instrument de propagande - La presse britannique au cœur du désaccord - La presse française - La presse sioniste Le jeu diplomatique du Mufti - Mettre les deux puissances face à face - Se placer du côté des Français - Le Grand Mufti face à la guerre 8 155 155 156 158 160 163 165 166 169 171

IX- LA FRANCE ET LA GRANDE-BRETAGNE: DEUX PUISSANCES AU LEVANT La France et la question palestinienne Une lutte d'influence sur le Proche-Orient Le voisinage mandataire et la nécessité de coordination

175 176 181 186

CONCLUSION NOTE S BIBLIOGRAPHIE REMERCIEMENTS

...

195 203 217 219

9

PREFACE
Par Daniel Rivett

La trajectoire en politique de Hajj Amin alHussayni a été retracée dans ses grandes lignes par des historiens arabes, israéliens et anglo-saxons opérant, évidemment, sur des fréquences contrastées. Ce personnage central dans la dramaturgie du mandat britannique dans l' entredeux-guerres ressort avec force tout au long du tome 2 de la magistrale enquête sur La question de Palestine à laquelle œuvre Henry Laurens. L'intérêt de l'étude que nous livre Louis Denisty dans les pages qui suivent, c'est d'opérer une saisie micro-analytique de ce que les observateurs avertis appellent à l'époque 1'« affaire du grand mufti» en passant à la loupe grossissante les liasses d'archives consacrées à Londres, à Paris et à Nantes, à la« grande révolte arabe» en Palestine de 1936 à 1939 et de se livrer à une lecture croisée de celles-ci extrêmement attentive et scrupuleuse. Ce jeune historien, qui publie ici son mémoire de maîtrise (à garder? à supprimer? à vous d'en juger) soutenu à l'université de Paris 1, appartient à la cohorte des artisans de l'opération historique selon lesquels il y a lieu d'établir la vérité tout en sachant qu'elle est fuyante, ennuyeuse à dire quand on s'en rapproche et toujours à
Daniel Rivet est Professeur d'histoire contemporaine à l'Université Paris 1 Panthéon - La Sorbonne et ancien directeur de l'IISMM (Institut d'études de l'Islam et des Sociétés du Monde Musulman) à l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales)
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conquérir par un combat à livrer contre ses présupposés et sa famille d'esprit politique. Hajj Amin al-Hussayni appartenait à l'une des trois plus grandes familles régentant la société palestinienne: les Hussayni, les Khalidi, les Nashashibi. Très jeune, au lendemain de la première guerre mondiale, il est nommé grand mufti de Jérusalem, puis élu par ses pairs président du Conseil Suprême Islamique, un organisme fabriqué de toute pièce par l'autorité mandataire britannique qui amplifie la communautarisation de la société locale amorcée par les Ottomans dans le courant de la seconde moitié du XIXO siècle. Mais c'est en tant que président du Haut Comité Arabe coordonnant la grève insurrectionnelle des Arabes à partir d'avril 1936 qu'il fait irruption sur la scène de tout le Moyen Orient et au-delà jusqu'à l'Inde musulmane en tant que leader charismatique (za 'Îm) des Palestiniens, comme l'enregistre sur le champ le service de renseignement français au Levant. Louis Denisty exhume les archives de surveillance impériale françaises et britanniques qui permettent de suivre pas à pas, presque de traquer le grand mufti dans sa pérégrination forcée qui le conduit à se réfugier d'abord sur le haram sharif à Jérusalem, puis à être assigné à résidence surveillée, après son évasion de la ville sainte, à proximité de Beyrouth par le mandat français, enfin, à s'enfuir en 1939 à Bagdad. Il s'emploie avec une grande clarté dans l'exposé à faire ressortir la complexité de Hajj Amin moins monolithique qu'on ne l'a souvent portraituré quand on a la faiblesse de raconter sa vie antérieure à partir de son ralliement ultérieur aux puissances de l'Axe. Certes ces archives n'autorisent pas à comprendre de l'intérieur le grand mufti. Du moins sont-elles irremplaçables pour entrer dans l'intelligibilité de la partie triangulaire qui se joue entre nationalisme arabe, sionisme et impérialisme franco-britannique. Louis Denisty excelle à nous montrer le dessous des cartes: la « mésentente cordiale» entre 12

Français et Britanniques, les connivences entre le mouvement sioniste et les autorités mandataires anglaises qui s'abreuvent en information auprès du quasi service de renseignement monté par l'Organisation Sioniste Mondiale, les rivalités entre les hommes forts arabes qui soutiennent avec plus ou moins d'enthousiasme un héros leur damant le pion en devenant une « icône» populaire de Damas à Tunis. Deux qualités maîtresses construisent son récit: la concision et la perspicacité. Cet ouvrage est écrit avec le sens du raccourci, la recherche du mot juste et ce trait mérite d'être relevé, alors que plus que jamais sévit un langage préfabriqué dans les sciences de l'homme. Ainsi, par exemple, évoque-t-il une Terre sainte « convoitée par les sionistes, revendiquée par les Arabes, observée par la France et administrée par la Grande Bretagne ». Ce travail pour extraire la vérité de l'embrouillamini dans lequel pataugent les protagonistes de cette presque fin de partie pour un mandat britannique quasi désastreux pour l'avenir impliquait d'exercer le devoir de lucidité: ne jamais s'en laisser compter par les archives, comprendre et non pas juger. Louis Denisty y parvient en observant, impassible et non insensible, comment ce mandat commence à se défaire malgré sa réussite en tant que gestionnaire du quotidien parce que victime de ses promesses et prétentions par trop contradictoires. Son analyse porte le lecteur à l'exercice de concordance des temps auquel se livre Jean Noël Jeanneney dans une émission hebdomadaire sur France Culture fort prisée. Sans appuyer trop le trait, relevons quelques simultanéités troublantes entre cette fin des années trente au Proche Orient et notre début de XXIO siècle. Elles s'imposent à la lecture de cette étude si consistante. Hajj Hussayni est à bien des égards un brouillon d'Arafat, le verbe religieux en plus et l'éloquence sacrée en partage, de même que la grande révolte de 1936/1939 semble anticiper l'intifada al Aqsa. La rivalité francobritannique s'est transposée en incompréhension francoaméricaine proche de l'inimitié quant à l'approche de la 13

«question palestinienne» et à la recherche d'une politique posant les bases d'un règlement de ce drame sans dénouement prévisible. Les tergiversations des «grandes puissances» étrangères à la scène moyen-orientale se répètent comme un phénomène qui se reproduit en boucle indéfiniment. Londres diabolise le mufti, mais en sous-main le tient par le contrôle des biens waqf dont il est J'administrateur pour Jérusalem et traite avec lui après l'avoir anathématisé. Hajj Amin est le seul dirigeant palestinien à ne pas être rayé de la « black list» lors de la conférence de Londres en 1938 en quête d'un arrangement de fond. Mais c'est lui qui, de concert avec l'Irakien Nuri Sa'id et le Saoudien Fouad Hamzé, compose la liste des délégués palestiniens, y compris des deux « modérés» de service. Cette pratique de proclamer «terroriste» le partenaire/adversaire légitime de demain a de beaux restes dans la diplomatie euroaméricaine contemporaine. Permanence donc d'un lexique et de données psychologiques dont atteste de même la tendance toujours de mise à distinguer des adversaires plus ou moins intransigeants selon une échelle de mesure des plus subjective. Le soi-disant conciliant Raghib Bey al-Nashashibi se gausse dans le Times du 14-11-1938 de ce mode classificatoire pour le moins sommaire: « .. .c'est une chimère de diviser les Arabes palestiniens entre extrémistes et modérés ». Enfin, notons cette prétention (ou revendication selon le point de vue d'où on se place) du mouvement sioniste à souder étroitement le foyer national juif en construction au réduit chrétien libanais qui fut la tentation du mandat à l'époque de Gouraud: n'est-ce pas Chaim Weizman qui soutient auprès d'Y van Delbos, ministre des affaires étrangères en 1937, qu'il « est essentiel, de l'avis de tous mes compatriotes palestiniens, que l'Etat juif et le Liban aient une frontière commune leur permettant de s'étayer mutuellement. Un coin arabe musulman s'enfonçant entre les deux eût pu avoir des conséquences funestes tant pour l'un que pour l'autre» ? Au moins peut-on targuer certains décideurs de ne pas se voiler la face et de n'entretenir aucune illusion quant à la quadrature du cercle qui s'est refermé sur la Palestine depuis 14

la déclaration Balfour. Lord Halifax, secrétaire au Foreign Office fait l'aveu en 1938 qu'« on doit se rappeler que le problème auquel nous faisons face en Palestine est probablement insoluble et qu'il durera éternellement ». L'intérêt du travail d'investigation auquel s'est livré si méticuleusement et rigoureusement Louis Denisty est bien d'inspirer au lecteur ces rapprochements et de l'aider à se frotter les yeux pour y voir plus clair: là où cela fait mal. Car personne ne sort indemne de cet examen fouillé des données constitutives qui attisent les années si lourdes, si tragiques qui ensanglantèrent la Palestine à la veille du second conflit mondial. Nul doute que cette première étude d'un jeune historien ne constitue une pièce à conviction de qualité dans le dossier à rallonges qui nourrit l'instruction du conflit israélopalestinien.

15

INTRODUCTION

« Le problème que nous avions à résoudre était effectivement délicat, puisque nous devions traiter le Grand Mufti en hôte de marque, ses acolytes en réfugiés politiques, en limitant toutefois les conséquences possibles de leurs inévitables conciliabules directs ou indirects. Nous l'avons résolu en assurant aux réfugiés un traitement qui a été apprécié par l'opinion musulmane, tout en entretenant avec les services britanniques de sécurité les contacts personnels et les échanges d'informations dictés par le souci d'éviter la contrebande d'arme et le passage de bandes ».

Télégramme du Haut Commissariat de Beyrouth au Ministère des affaires étrangères, 25 mai 1938

Damien de Martel, Haut Commissaire de la République française en Syrie et au Liban, synthétise ainsi parfaitement la situation à laquelle sont confrontés Hajj Amin al-Hussayni, Grand Mufti de Jérusalem, la France et la GrandeBretagne face à la question palestinienne entre 1936 et 1939. Avec l'Organisation Sioniste Mondiale, les autorités françaises, britanniques et Hajj Amin, leader du mouvement nationaliste palestinien, constituent les trois piliers politiques impliqués durant ces quatre années décisives pour le devenir de la Terre sainte, convoitée par les Sionistes, revendiquée par les Arabes, observée par la France et administrée par la Grande-Bretagne. Les dynamiques populaires, les interventions politiques, les considérations diplomatiques ainsi qu'un contexte local, régional et international pesant vont entraîner la Palestine vers une évolution brusque des phénomènes sociaux et humains qu'elle suscite, et marquer profondément I'histoire du pays durant cette période cruciale.

Le sort de la Palestine au XXe siècle se joue en grande partie durant la première guerre mondiale. En avril 1916, Sir Mark Sykes et Georges Picot procèdent à une répartition, un partage de l'Empire ottoman qui s'écroule avec la guerre. Les accords Sykes-Picot délimitent au Proche-Orient des zones d'influence française et britannique qui dessineront les contours des futurs mandats. En novembre 1917, par le biais de la déclaration Balfour, la Grande-Bretagne s'engage à favoriser l'établissement d'un foyer national pour le peuple juif en Palestine. En avril 1920, Français et Britanniques établissent définitivement leurs positions au Proche-Orient, et s'octroient des mandats sur la région, lors de la conférence de San Rémo. Le principe est d'offrir aux nations arabes une tutelle administrative afin de les guider au mieux vers leur indépendance. En juillet 1922, la S.D.N. ratifie le mandat sur la Palestine de la Grande-Bretagne, qui se voit confier «une mission sacrée de civilisation ». Les troupes britanniques sont présentes en Palestine depuis 1918, et doivent faire face aux premières émeutes judéo-arabes en avril 1920, en marge des 19

célébrations musulmanes du Nabi Musa. Ces émeutes préfigurent une situation qui va se dégrader et se radicaliser progressivement jusqu'à la Nakba, la création de l'Etat d'Israël le 14 mai 1948. Le rôle d'Hajj Amin al-Hussayni durant les émeutes de 1920 l'a contraint à fuir une première fois la Palestine. Il est finalement amnistié par les Britanniques, et nommé le 8 mai 1921 Mufti de Jérusalem, après la mort de son frère Kamil. La charge de Mufti de Jérusalem reste ainsi le monopole de la famille Hussayni. Le mufti est un interprète du Fiqh, le droit islamique, et doit régler les contentieux religieux. Ce rôle est d'autant plus important qu'il est aussi le chef musulman officiel d'une province, al-mufti al-akbar, le Grand Mufti. Ainsi, c'est Hajj Amin qui, le vendredi, conduit la prière à la mosquée al-Aqsa de Jérusalem. Son intervention hebdomadaire est attendue par la communauté musulmane, et appréhendée par le Haut Commissariat. Le 9 janvier 1922, Hajj Amin est élu président du Conseil Suprême Islamique (alMajlis a/-Islami al A 'alah), institution créée pour la gestion des intérêts matériels de la communauté musulmane. Ces deux postes confèrent à Hajj Amin une position très influente. De 1921 à 1936, il a mené une politique marquée par la recherche d'un équilibre précaire entre intransigeance sur les principes nationaux et coopération avec les autorités mandataires. En avril 1936, un événement d'apparence anodin va engendrer des réactions de colère qui vont ellesmêmes déclencher un engrenage de violence conduisant à un affrontement d'envergure. Le 15 avril 1936, des hommes du groupe Qassam interceptent un bus sur la route entre Naplouse et Jaffa, dévalisent ses occupants et assassinent trois Juifs, dont l'un vient de Salonique. Les autorités britanniques rejettent la demande de ses compatriotes de pouvoir lui offrir des obsèques solennelles à Tel-Aviv, alors que la mort d'Izz al-Dîn alQassam, combattant devenu un véritable héros, en novembre 1935, a fait l'objet de cérémonies grandioses. Les Saloniciens, furieux, passent outre et sont rejoints le 17 avril par toute la 20

population de Tel-Aviv. Une manifestation gigantesque réunit 30 000 Juifs qui s'en prennent à la police et aux travailleurs arabes de Jaffa. Le lendemain, deux Arabes sont assassinés. La rumeur amplifie les événements, et le bruit court que des travailleurs clandestins venus de Syrie auraient subi le même sort. La ville s'insurge brusquement, et la foule s'en prend à des Juifs isolés. Les nouvelles et les violences se propagent à une vitesse fulgurante à travers tout le pays, et le 19 avril, une commission nationale est formée à Naplouse et appelle à une grève générale pour exiger l'arrêt de l'immigration juive et des transferts fonciers. C'est le point de départ d'un mouvement de grève qui durera six mois et de la grande révolte des Arabes de Palestine, qui ne s'achèvera que plus de trois années plus tard, à la fin de l'année 1939.

Des comités de grève s'établissent dans toutes les agglomérations, et le mouvement se radicalise de jour en jour. Les chefs de parti se rallient au soulèvement et obtiennent la création d'une structure nationale, qui s'avérera être principalement un symbole d'unité, l'action étant dirigée par les comités locaux organisés spontanément. Le Haut Comité Arabe (a/-Lajnah a/- 'Arabiyyah a/- 'Uliyâ) est établi le 25 avril. Il est composé des chefs de parti, du mouvement de jeunesse et de membres de l'Istiqlal. Hajj Amin al-Hussayni en est le président, et il appelle, dès le 25, dans son premier manifeste, au renforcement du «jihad national sacré» (a/-jihad a/-watani a/-muqaddas). Le ravitaillement des populations urbaines et le paiement d'allocations aux travailleurs grévistes sont assurés par les comités nationaux, et la Palestine s'installe durablement dans la grève. Les paysans se joignent au mouvement, les autorités mandataires voient le contrôle de la situation leur échapper totalement et mettent en place une répression sévère mais peu efficace. A partir du mois de juillet, la violence s'intensifie et le dialogue entre les dirigeants palestiniens et britanniques devient quasiment nul. Le 9 septembre 1936 est conclu le protocole d'accord pour un traité franco-syrien. Les Palestiniens deviennent les seuls Arabes du Proche-Orient à se 21

voir interdire la constitution d'un Etat et l'accès à l'indépendance. Grâce à la médiation des souverains arabes, le Haut Comité Arabe proclame finalement la fin de la grève le 12 octobre 1936. Les pertes humaines et économiques sont énormes, mais un mouvement arabe palestinien d'envergure a pris forme, et la Grande-Bretagne a pris conscience de la gravité de la situation. Le Il novembre 1936, la Royal Commission, présidée par Lord Peel, arrive en Palestine. Elle doit étudier la situation et proposer un règlement de la question palestinienne. Les membres de la Commission auditionnent tous les protagonistes, et, le 7 juillet 1937, publient le rapport tant attendu. Pour la première fois, un plan de partage de la Palestine est proposé. Celui-ci se heurte à I'hostilité des Arabes et des Sionistes. Le Haut Comité Arabe, qui s'est maintenu après la grève, conteste vigoureusement la partition proposée par les Britanniques, alors que les actes de violence continuent. Hajj Amin devient alors l'adversaire politique premier du Haut Commissariat, et il est considéré comme le responsable des troubles. Il doit être arrêté et déporté. Il réussit à fuir la Palestine le 13 octobre 1937, avant d'être intercepté par la police française sur la côte libanaise et d'être placé en résidence surveillée à proximité de Beyrouth. Son départ ne coïncidera pas avec un arrêt de la révolte, qui, à l'inverse, s'intensifie, et prend la forme d'une véritable insurrection armée. Depuis son exil, Hajj Amin reste le véritable leader politique des Arabes palestiniens, en profitant de la relative liberté que lui laissent les autorités françaises. A partir du mois de juillet 1938, la Palestine devient le théâtre de violences quotidiennes et s'enlise dans une situation catastrophique que les autorités britanniques ne savent plus comment aborder. Le plan de partage est irréalisable. La GrandeBretagne envoie une seconde commission d'étude, la Commission Woodhead, alors qu'après le départ d'Hajj Amin, il n'y a pas d'interlocuteur arabe qui ait pu émerger en Palestine. Les Britanniques, dans l'attente d'une solution, 22

suspendent l'immigration juive le temps des investigations, et doivent se résoudre à négocier indirectement avec le Grand Mufti. En octobre 1938, le rapport de la Commission confirme la nouvelle position de Londres, qui a abandonné l'idée de partage. La solution doit provenir d'une entente entre Juifs, Arabes et Britanniques. Après une préparation laborieuse, rendue compliquée par la composition de la délégation palestinienne, la conférence Saint James s'ouvre le 7 février 1939 à Londres, alors que l'insurrection en Palestine est toujours aussi active. Le 17 mai 1939, le gouvernement britannique publie le Livre blanc, qui prévoit la constitution d'un Etat arabe ainsi que l'arrêt progressif de l'immigration juive et des transferts fonciers. Pour David Ben Gourion, c'est « la plus grande trahison perpétrée de nos jours par un peuple civilisé ». La publication du document le plus favorable jamais proposé aux Arabes palestiniens n'entraîne pourtant pas la fin de la lutte armée. La guerre éclate alors en Europe. Hajj Amin fuit le Liban le 16 octobre 1939, et trouve un nouveau refuge en Irak. Le conflit européen mettra un terme, progressivement, à la grande révolte arabe en Palestine, qui est totalement étouffée en janvier 1940.

L'histoire de la Palestine mandataire met en lumière le rôle déterminant tenu par Hajj Amin al-Hussayni, et notamment durant la période décisive de la grande révolte arabe. Néanmoins, Hajj Amin est le grand oublié de l'histoire de la Palestine. Son séjour en Allemagne durant la seconde guerre mondiale a écorché son image, et en a fait le grand absent de l'historiographie palestinienne. La référence à ce chef au rôle obscur entre 1941 et 1945 est minimisée par les historiens arabes. Les historiens israéliens et certains Américains en ont fait un responsable de l'Holocauste. Les quelques biographies qui ont été publiées sur le Grand Mufti de Jérusalem sont le fait d'Israéliens qui dressent le portrait d'un chef terroriste antisémite, ou d'Arabes qui exaltent la grandeur du personnage avec pour seules sources ses propres Mémoires. 23