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Le Hezbollah

De
194 pages
La guerre du Liban qui s'est déroulée en juillet 2006 a permis au Hezbollah de réaffirmer et de consolider son statut d'acteur politique incontournable au Moyen-Orient. Le Parti de Dieu a réussi à transférer l'idée de résistance, passant d'une ligne de front militaire à une ligne de front politique, transformant ainsi la contestation sur la scène internationale en ressource rentable. Mais le Hezbollah ne recherche-t-il pas surtout à obtenir une visibilité sans commune mesure avec la réalité de sa puissance ?
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Le Hezbollah
Un acteur incontournable de la scène internationale?

Hervé Pierre

Le Hezbollah
Un acteur incontournable de la scène internationale?

Préface

de Bertrand

Badie

L'Harmattan

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l @wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-07475-0 EAN : 9782296074750

Collection Chaos international contact@chaos-international.org Dirigée par Josepha Laroche Comité de lecture Guillaume Devin, Thomas Lindemann, François Manga-Akoa, Frédéric Ramel

Désordre, violences, chaos... ainsi est-on tenté de qualifier ce qui se joue aujourd'hui sur la scène mondiale. Ce Chaos international laisse l'observateur souvent démuni, sinon désemparé, devant ce qui semble se dérober à l'entendement. La collection Chaos international offre à ses lecteurs des grilles de lecture qui permettent de dépasser une simple approche événementielle et descriptive des relations internationales. Dans un style clair et accessible, ses ouvrages analysent les nouveaux enjeux transnationaux et restituent le processus de mondialisation dans sa complexité. Avec Chaos international, les éditions L'Harmattan s'engagent à publier sur les grands enjeux internationaux, des grilles de lecture claires et accessibles aux non-spécialistes, sans pour autant céder sur l'essentiel, à savoir la qualité épistémologique des ouvrages.

Turmoil, violence, chaos-these are the words we are inclined to use when characterizing the current state of world affairs. Paced with today's International Chaos, we often react with bewilderment - indeed with hopelessness - before a perplexing reality seemingly impossible to grasp. In response, the International Chaos Series offers readers an indispensable framework of analysis that goes beyond the simple descriptive approach to international events. Clearly written and accessible to the non-specialist, this series critically investigates the opportunities and risks of the new transnational order and reappraises the complex process of globalization. With the focal point of International Chaos on today's most pressing international dangers, the publishers at L'Harmattan promise a series that is both accessible to general readers and grounded in the most recent and empirical research.

Déjà paros
Auriane Guilbaud, Le Paludisme. La lutte mondiale contre un parasite résistant, 2008. Josepha Larache, Alexandre Bohas, Canal+ et les mqjors américaines, 2èmeéd., 2008. Cyril Blet, Une Voix mondiale pour un Etat. France 24,2008. Guillaume Devin (Éd), Faire la paix, 2005. Léa Durupt, Notation et environnement, 2005.

Sommaire
Préface. Introduction Partie I Consacrer la victoire... Chapitre I La bataille de la qualification Chapitre II Tirer profit de la résolution 1701 Chapitre III Reconstituer la capacité d'action militaire 9 11

15 17 35 53

Partie II Défier la Puissance Chapitre I Bloquer la Puissance sur la scène libanaise Chapitre Dénoncer Chapitre S'affirmer II le multilatéralisme au service du Puissant III comme acteur du front du rifus

75 77 97 117

Conclusion At1nexes .. Bibliographie Liste des entretiens Index des noms de personnes citées Index des noms d'auteurs Index analytique Table des matières

137 141 165 175 177 179 181 191

Préface
C'est un vrai plaisir de présenter le livre clair, pertinent et remarquablement informé, qu'Hervé Pierre consacre à la diplomatie du Hezbollah. Il était un temps, pas si lointain, où la formule aurait choqué: la diplomatie n'était alors qu'affaire d'Etat; tout groupe qui ne pouvait revendiquer l'exercice de la souveraineté, n'était pas autorisé à se prévaloir d'une diplomatie. Celle-ci était même communément définie comme l'art de gérer les relations entre entités souveraines (Sharp, 1999( Cette séparation absolue entre les Etats conduisait des plus logiquement à une intransigeance légitime que le diplomate avait pour fonction de tempérer et d'adoucir de manière à ce qu'elle ne dégénère pas en guerre permanente. Les choses ont bien changé: les Etats ont perdu le monopole de l'action internationale et, les conflits qui pèsent ainsi le plus gravement sur l'espace mondial ne sont plus seulement, ni principalement, de nature interétatique. Aussi, la diplomatie tend-elle aujourd'hui à se dilater. Son efficacité devient fonction de son extension: si elle se limite aux Etats, elle devient formelle et inefficace; si elle inclut tous les acteurs potentiels de la vie internationale, elle perd en revanche sa spécificité. Une firme multinationale, une Eglise ou une ONG peuvent être porteuses d'une diplomatie,mais celle-ci se trouve alors privée de toute menace de recours à la force et de toute référence précise à une population. En revanche, sans être un Etat, le Hezbollah se cale en partie dans certains des attributs de la souveraineté: contrôle - au moins partiel - d'une population, voire d'un territoire, usage instrumental de la force. Nous sommes bel et bien dans un contexte qui se rapproche de celui d'un Etat, nous sommes face à une forme intermédiaire qui nous met à mi-chemin entre un Etat classique et un acteur transnationaL On ne s'étonnera pas, dans ces conditions, que l'analyse d'Hervé Pierre dégage des orientations qui s'insèrent parfaitement dans les typologies classiques des politiques étrangères. Ayant atteint une identité paraétatique,l'organisation devient une

pièce banale de l'échiquier international. L'autonomie et la fluidité de son jeu se trouvent même renforcées par sa capacité de s'affranchir de certaines des contraintes propres à la vie internationale classique. La diplomatie épouse, de ce fait, de nouveaux contours qui lui donnent une configuration inédite. La science politique des relations internationales la couvrait encore très mal jusqu'alors, mais que nul acteur ou observateur ne saurait ignorer désormais. Plus profondément, ce para-étatisme traduit par sa seule existence des échecs politiques nationaux et internationaux: crise de la représentation au Liban, crise des institutions étatiques et finalement, défaut d'intégration sociale. Double défaut même: défaut d'intégration interne mobilisant une communauté qui se persuade aisément de sa marginalisation nationale; défaut d'intégration internationale qui se nourrit d'une exclusion systématique de ceux qui prétendent la représenter. Il en dérive le jeu habile d'une diplomatie qui se sert de son exclusion. Une diplomatie qui s'alimente des rejets dont elle est victime. Mais dont l'intensité pourrait devenir la seule chance de sa réintégration future: on y retrouve la thèse de la fonction tribunitienne des partis antisystème, bien connue de la science politique. Entre intégration et exclusion, cette nouvelle diplomatie se construit une voie qui compte de plus en plus dans le jeu international. Bertrand Badie

1. Paul Sharp, « For Diplomacy », International Studies Review, 1 (1), 1999, pp. 33-57.

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Introduction
L'adoption le 11 août 2006 de la résolution 1701 par le Conseil de sécurité de l'ONU met un terme au conflit qui avait éclaté un mois auparavant. «Maintenant, nous allons voir si le Hezbollah, qui [...J comptedes ministres dans legouvernementlibanais, est prêt à s'acquitter de ses obligations internationales déclare »1 Condoleezza Rice dans les jours qui suivent la cessation effective des hostilités2. La mise à l'épreuve se double d'une mise en garde: le Parti de Dieu pourrait avoir à rendre des comptes en cas de manque évident de coopération, ajoute-telle. La menace est explicite; la reconnaissance est implicite. Reconnaissance d'un statut: en s'adressant directement au parti chiite libanais et en exigeant de lui qu'il assume ses responsabilités, la puissance américaine en admet tout simplement l'existence sur la scène internationale. Reconnaissance d'une nature spécifique: en soulignant l'hybridité de l'acteur, à la fois sovereigntY bound et sovereigntY frel, l 'hegemonconstate la difficulté d'exercer sur lui une contrainte suffisante en dehors de la socialisation induite par sa participation aux institutions. La Secrétaire d'Etat américaine dresse un portrait-robot du Hezbollah comme intrus dans l'arène interétatique. Si d'aucuns rappellent que l'existence d'acteurs non-étatiques sur la scène internationale n'est pas nouvelle\ Bertrand Badie démontre néanmoins que les tentatives de conquête sociale de la scène internationale se sont longtemps soldées par des échecs et que seules les conditions nouvelles offertes par la mondialisation ont progressivement ramené les peuples au cœur de l'arène5. L'interdépendance croissante entre sociétés, qu'Emile Durkheim qualifiait de densité t/ynamique, accentue le poids relatif et la réactivité des sociétés dans un monde qui semble au contraire avoir tendance à rétrécir. L'interaction mécanique qui en résulte impose à chaque acteur, étatique comme non-étatique, de gérer sur la scène internationale les fonctions de représentation et de communication qui constituent, selon Christer Jonsson, l'essence même de la diplomatie6. Cette dernière ne se limiterait donc plus au seul art de la négociation

interétatique mais, pour reprendre la défmition extensive proposée par James Der Derian, s'appliquerait à « toute médiation entre individus} entités ou groupes étrangers Le terme doit être »7. compris dans son sens le plus large incluant actions classiques, telles que discours, rencontres ou visites, et actions de contestation légales comme illégales. Sa définition demeure cependant autant objet de débats entre spécialistes que son usage reste controversé. En témoignent les réactions fortement polarisées lors des entretiens réalisés à l'occasion de ce travail de recherche. Frédéric Charillon conclut à juste titre qu'une « dijinition consensuellede la diplomatie est probablement vaine»8. L'étude du comportement et l'analyse des méthodes employées par les intrus dans l'arène peut en revanche permettre d'ouvrir quelques pistes de recherche pour penser plus largement la transformation de la diplomatie. S'il paraît difficile de parler en l'espèce de diplomatiedu Hezbollah, le terme faisant d'emblée référence à une forme d'appareillage classique fortement institutionnalisé, l'expression actiondiplomatiqueoffre l'avantage d'envisager la question sous un angle dynamique et de s'interroger sur le degré de fonctionnalité de cette para-diplomatie9. En se concentrant sur les conséquences de la guerre de juillet, ce travail s'intéresse moins à décrire les rouages en charge de la politique extérieure du Parti qu'à observer le produit de leur sollicitation dans une situation particulière. A défaut d'être institutionnelle, l'action diplomatique du Hezbollah est-elle une fonction fonctionnelle pour l'acteur et pour le système? Se poser cette question implique de déterminer en quoi cette action s'avère rentable pour le Hezbollah, sous quelles conditions et dans quelles limites, et suppose de s'interroger également sur le sens de cette présence sur une scène internationale encore très largement régulée par des logiques interétatiques. La guerre de 2006 permet au Hezbollah de retrouver conjoncturellement diront certains - un statut d'acteur politique au Moyen-Orient. L'hypothèse de travail retenue consiste à considérer qu'alors même que cette intrusion dans le champ international, implicitement reconnue par les accords d'avril

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1996, semblait inéluctablement remise en question depuis l'évacuation israélienne du Sud-Liban et la mise en place du processus de dialogue national, l'offensive de Tsahal a - non sans ironie - donné un second souffle à la Résistance et a permis au Parti de Dieu de recouvrer une dimension internationale. Dans un contexte régional marqué par l'échec des projets américains en Irak et l'influence grandissante de la diplomatie iranienne, la guerre a renouvelé la visibilité et la capacité d'action d'un Hezbollah se présentant désormais comme participant de la contestation de l'ordre mondial. La fin du conflit constitue en ce sens moins une rupture qu'une continuité: fort de sa « victoiredivine», « historiqueet stratégique »10,le Hezbollah tente de convertir la dynamique militaire (muqâwama) en combat politique (mumâna'a) avec pour but déclaré de continuer à résister par tous les moyens. La résistance - militaire comme politique - n'a pas pour ambition d'abattre l'hegemon: la confrontation demeure sa raison d'être puisqu'elle lui procure une visibilité internationale sans commune mesure avec la réalité de ses moyens.
« Conserver la victoire est patjois plus difficile que de la conquérir»

reconnaissait Hassan N asrallah dans un entretien accordé au journal As-Sqfir le 29 septembre 200611. Conserver, c'est à la fois préserver le gain obtenu et perpétuer la dynamique de résistance. En consacrant la réussite militaire avant même la fin des hostilités, le Hezbollah cherche à inscrire immédiatement le bilan du conflit dans les cœurs, dans les esprits, sur le terrain. En défiant la Puissance, il s'offre un ennemi au contact duquel la dynamique de résistance, relancée par la guerre, peut durablement s'alimenter. Consacrer la victoire et défier la puissance américaine: l'action diplomatique du Hezbollah prend

deux formes complémentaires qui

-

sans exclure le recours

ponctuel à la mise en perspective historique - ne sont ici envisagées qu'à la lumière de la guerre de juillet 2006, point de départ de cette étude.

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Notes 1. Déclaration de Condoleezza Rice à USA today, 17 août 2006. Disponible en ligne sur http://usinfo.state.gov /xarchives/ display.html?p=washfilefrench&y=2006&m= August&x=20060817160257 ndyblehsO.737 4536. 2. Le 14 août 2006 à 5 h 00 GMT. 3. Stéphane Paquin, Paradiplomatieet relationsinternationales.Théoriesdes stratégies internationalesdes régionsace à la mondialisation,Paris, PIE-Peter Lang, 2004. f SovereigntyBound peut se traduire par lié à la souverainetéétatique et Sovereignty Free par sans référence l'Etat. à 4. Entretien avec Hubert Védrine, Paris, 7 fév. 2008. 5. Bertrand Badie, Le Diplomate et l'intrus, Paris, Fayard, 2008, p. 9. 6. Christer Jonsson, « Diplomacy, Bargaining and Negociation », in : Walter Carlnaës, Thomas Risse, Beth A. Simmons (Éds.), Handbook of International RElations,London, Sage, 2003, p. 213. 7. James Der Derian, On Diplomary, Oxford, Blackwell, 1987, p. 6. 8. Frédéric Charillon, « Les Diplomaties de la politique étrangère », in: Frédéric Charillon (Éd.), Politique étrangère,nouveaux regards,Paris, Sciences Po, 2002, p. 217. 9. Paquin, op. cit. 10. Discours d'Hassan Nasrallah, 22 sept. 2006. 11. Entretien d'Hassan Nasrallah au journal As-Sqftr, 29 sept. 2006.

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Partie I Consacrer la victoire
« On conçoit souvent la victoire comme un moment. Une telle conception présente un défaut mqjeur : elle néglige la t/ynamique de la victoire. Il est bien plus pertinent de raisonner la victoire comme un enchaînement »1.

Le vainqueur est celui qui parvient à imposer sa volonté. S'il ne peut espérer battre militairement la puissance israélienne sur le terrain des opérations, le Hezbollah mène sur la scène internationale un combat pour obtenir la victoire stratégique. Cette consécration, préalable indispensable pour exiger d'éventuelles contreparties politiques au sacrifice consenti, prend la forme d'une combinaison de trois actions que décrivent les acceptions possibles du verbe consacrer. Le premier combat consiste à donner un caractèresacré à la victoire en gagnant la bataille de la qualification: faire que les 34 jours d'affrontements reçoivent le qualificatif de guerre, obtenir que cette guerre soit reconnue comme une victoire militaire du parti chute et donner à l'événement une résonance internationale aussi importante que possible. Le deuxième combat, entrepris dès les premières négociations multilatérales, permet au Hezbollah de tirer au maximum profit d'une résolution qu'il perçoit comme destinée à le neutraliser. Consacrer devient alors synonyme de ratifier: graver dans le marbre des dispositions qui présentent le double avantage d'être assez floues pour être sujettes à interprétations et suffisamment marquées du sceau de la Puissance pour être dénoncées. Enfin, consacrer, 'est faire entrer la victoire dans l'usage, la c matérialiser physiquement sur le terrain. Si le Hezbollah affirme respecter la lettre de la résolution, il profite des incertitudes propres à son interprétation pour prendre quelques libertés avec son esprit. En reconstituant sa capacité militaire, il affiche sa victoire et rappelle que la Résistance ne plie pas.

Chapitre I La bataille de la qualification
Pour consacrer la victoire, encore faut-il qu'il y ait eu victoire; pour qu'il y ait victoire,encore faut-il qu'il y ait eu guerre.La bataille de la signification fait sens sur la scène internationale: d'aucuns n'hésitent pas, non à nuancer l'idée d'une victoire du Hezbollah, mais « à démontrerl'inanité} même d'une telle proposition. Alors que la polémique sur l'issue du conflit fait rage entre experts et qu'Israël tente de ramener l'affrontement à une simple opération, le Hezbollah engage une vaste offensive politique et médiatique pour éviter que la victoire ne lui soit volée3. En effet, explique N asrallah, « en l'an 2000, les Israéliensont
réussi à faire douter de la réalité de notre victoire»4. Ce thème du vol est récurrent dans les déclarations du leader du Hezbollah qui précise également que « le 25 mai 2000 est certainement lejour de l'immense victoire historique contre l'ennemi sioniste} victoire reconnuepar le monde entier, par les dirigeants politiques et militaires de l'ennemi. Mais cette victoire n'a malheureusement pas acquis son dû et cette expérience unique n'a pas acquis son droit »5. Evoquant « une intention délibéréedeporter atteinte à l'image de la victoire », il évoque l'impérieuse nécessité « d'œuvrer àpréserver cette victoire»6.

1. La guerre de juillet 2006 est-elle une guerre? Au moins aussi importante que le choc des armes sur le terrain des opérations, la bataille de la qualification fait rage sur la scène internationale. Engagée dès le début des hostilités, elle consiste d'abord, pour chaque partie au conflit, à tenter d'imposer, aux Nations unies, comme à l'opinion publique, le cadre juridique qui lui semble le plus favorable. De l'usage du mot guerre. Une curieuse et intéressante inversion dans la terminologie employée par les belligérants mérite d'être soulignée, tant elle s'avère révélatrice du poids des mots.

Hassan Nasrallah avoue après la fin des hostilités qu'il ne voulait pas la guerre. Dans les discours prononcés en juillet et en août, il rejette d'ailleurs la responsabilité de la guerre ouvertesur Israël et dénonce une guerred'agression? laquelle le Liban ne fait à que résister. Progressivement cependant, à l'instar de la télévision Al-]azeera qui d'attaque, puis d'agression,qualifie dès la troisième semaine l'affrontement de sixièmeguerreisraélo-arabe, réil cupère opportunément le terme pour désigner ses opérations et fait sienne cette terminologie qui inscrit la résistance dans un continuum historique. La tendance est inverse pour les Israéliens. Si le représentant permanent d'Israël auprès de l'ONU écrit mi-juillet que l'attaque du Hezbollah constitue une « déclaration deguerre sans équivoque»8, le procureur général de la Cour suprême d'Israël juge quinze jours plus tard que l'opération «parole tenue»9 - opportunément rebaptisée changementde direction - ne peut recevoir le qualificatif de guerre. Pendant le conflit, les responsables politiques et militaires israéliens emploient plus couramment le mot opérationqui rappelle à dessein les actions conduites dans les territoires palestiniens. Initialement invoqué pour justifier devant l'ONU le recours à la légitime défense face à une agression extérieure, guerredisparaît du lexique israélien à mesure que les difficultés sur le terrain font planer l'ombre de la défaite. Guerre, conDit ou opération? Toute guerre, «limitée dans l'espace et dans le temps»10,suppose théoriquement en effet, à terme, l'existence d'un vainqueur et d'un vaincu. De ce point de vue, le mot oPération présente l'avantage de réduire considérablement la portée d'un éventuel échec. Action limitée ne constituant pas une fin en soi, une opération ne se conçoit que comme une phase dans un affrontement plus long dont l'issue reste à déterminer. Si tel était le cas et pour mener le raisonnement à terme, à quelle guerre plus vaste se rattacheraient les 34 jours d'opérations au Sud-Liban? A la troisièmeguerre mondiale
11,

répond

dans

un livre éponyme, de façon manichéenne et peu convaincante, Olivier Rafowicz, porte-parole de Tsahal. Plus sérieusement, échappant à la rhétorique des discours partisans, la question de

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la qualification a fait depuis l'objet d'intenses débats qui témoignent de la difficulté de définir aujourd'hui le phénomène12 : s'agit-il d'une guerre, d'un conflit armé ou d'une crise? Certains juristes affirment qu'une «nouvelle guerre israéloarabe a éclaté le 12juillet 2006 »13, tout en reconnaissant que cette « sixième guerre est bien différente de ses devancières», notamment de part la nature asymétrique des adversaires. D'autres, se fondant sur une définition classique de la guerre comme « conflit entre Etats souverains [...J soumis à certaines règles du début à la fin des de « cotiflit armé internatiohostilités »14, qualifient cet affrontement nal» parce que « l'attaque du Hezbollah du 12 juillet 2006 ne représente pas une déclaration formelle de guerre» et parce que «il a été d'une intensité s'!ffisante et a impliqué desforces armées de ces deux parties etparce que les élémentsfigurant dans la résolution 1701['..J sont de
nature à établir le caractère international Une guerre sanglante. du cotiflit armé
»15.

Guerre ou conflit, ces querelles byzantines, qui participent de l'évolution et de l'adaptation du droit international aux réalités du monde contemporain, semblent dérisoires au regard de l'étendue des destructions et des souffrances de la population. Si, selon le polémologue Gaston Bouthoul, pour bénéficier du qualificatif de guerre un conflit doit nécessairement être sanglant, la guerre de juillet 2006 au Liban mérite pleinement son appellation. Dans son rapport du 12 septembre 2006, Kofi Annan dresse un bilan sans appel : « 1 187 morts et 4 092 blessés, dont un grand nombre d'etifants. Le Bureau de coordination des ciffaireshumanitaires estime qu'entre le 12 juillet et le 14 août, 1 million de Libanais ont été déplacés» et ajoute que « le cotiflit a causé des dégâts matériels d'un montant de 3,6 milliards de dollars, dûs notamment à la destruction de 80 ponts, de 600 kilomètres de routes) de 900 usines) marchés) exploitations agricoleset locaux commerciaux) de 31 aéroports)ports) stations d'épuration des eaux usées) barrages et centrales électriques et de 25 stationsservice. Le taux de chômage est actuellement de 75% dans certaines régions du pqys. On estime que 15 000 habitations ont
été détruites» 16.

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