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Le Kivu pour la paix!

De
496 pages
Le 20 décembre 2007, le président Joseph Kabila convoque une "Conférence sur la paix, la réconciliation et le développement dans les provinces du Nord-Kibvu et du Sud-Kivu". A l'issue des travaux de cette rencontre qui s'est déroulée en janvier 2008, il dit: "Après des années de guerre, la paix ne peut naître sans dialogue ni pardon. La Conférence y a pourvu, et la Commission Vérité et Réconciliation viendra parfaire ce qui a été amorcé. Il nous faut maintenant penser à sécuriser cette paix naissante".
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N° d'Imprimeur:

50986

par Corlet Numérique - Dépôt légal: juin

- 14110
2008

- Imprimé

Condé-sur-Noireau en France

Le Kivu pour la paix!
Les actes de la conférence de Goma

« Dossiers, études et documents» (D.E.D.) Collection fondée et dirigée par Jean MPISI
Sous ce titre de collection, nous voulons proposer une manière plus ou moins objective, pédagogique et concise, de connaître ou faire connaître certains faits ou certains thèmes. La langue utilisée serait accessible à toutes les catégories sociales: aux lycéens, aux universitaires et aux autres. Concrètement, la collection entend poursuivre un quadruple objectif. Premièrement, elle produira des monographies sur un sujet précis d'histoire, de science, de philosophie, de religion..., sur un pays ou une région du monde (guide), sur une personne (biographie), etc. Deuxièmement, elle publiera des documents (des témoignages, des textes inédits provenant d'institutions plus ou moins officielles...), en les précédant d'une introduction utile ou en les habillant avec des commentaires appropriés. Troisièmement, elle s'attellera à éditer les travaux d'enquête des étudiants (à partir des résultats condensés de leurs mémoires ou de leurs thèses de doctorat), ainsi que les travaux des chercheurs universitaires ou indépendants (à partir de leurs investigations professionnelles ou de leurs réflexions). Quatrièmement, elle tentera d'expliquer l'actualité, chaque fois que celle-ci sera focalisée sur un pays ou sur un thème, en allant à la source et en dégageant les enjeux, afm que l'événement garde toujours son actualité même si on la lit dans dix ans... Premières publications Guin 2008) :

- Esdras

KAMBALE BAHEKWA, Du Shaba au Katanga. A propos du
de Lubumbashi et de la période pré-

« massacre» de l'Université insurrectionnelle (1990-1993).

- Jean MPISI, Kivu, RDC : La paix à tout prix! La conférence 23 janvier 2008).

de Goma (6de Goma

- Jean MPISI, Le Kivu pour la paix. Les Actes de la Conférence ûanvier 2008).

- Jean MPISI, Traite et esclavage des Noirs au nom du christianisme. - Jean MPISI, Les papes et l'esclavage des Noirs. Le pardon de Jean-Paul II. - Jean MPISI, Les évêques africains et la traite négrière: «Pardon de l'Afrique à l'Afrique ». - Jean MPISI, Les prêtres africains en Occident. Leur mission et restrictions vaticanes sur leur séjour.

Couverture réalisée par Patience DIA OCOOLCOMMUNICATION 49 rue de la République, 93230 Romainville, France. Tel/Fax 01 484068 15 - contact@ocoo1.fr

Présentation de

Jean Mpisi

Le Kivu pour la paix!
Les actes de la conférence de Goma

L'Harmattan

@

L'HARMATTAN,

2008 j 75005 Paris

5-7, rue de l'École-Polytechnique

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-06057-9 EAN:9782296060579

A vous tous,
personnages publics ou simples citoyens, qui vous vouez, jour et nuit,

pour la paix dans le Kivu.

La paix soit avec vous!

Debout Congolais, unis par le sort pour l'indépendance. Dressons nos fronts, longtemps courbés, et pour de bon

prenons

le plus bel elan dans la paix!
HYMNE NATIONAL

un pays plus beau qu'avant dans la paix.
CONGOLAIS.

o peuple ardent! Par le labeur, nous bâtirons

Ensemble mes frères, mes sœurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va

mener notre pays à la paix,
à la prospérité et à la grandeur

[...].

non pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des cœurs et des bonnes volontés.
Je vous demande à tous

Nous allons faire régner,

d'oublier les querelles tribales qui nous épuisent
et risquent de nous faire mépriser à l'étranger.
PATRICE-EMERY LUMUMBA,

30 juin 1960.

Il est inacceptable que les populations du Kivu déploient leur génie et leurs efforts pour s'anéantir les unes les autres.
En ma qualité de garant de la Nation, je ne pouvais laisser fleurir davantage une telle culture. Il était temps d'organiser cette Conférence et d'appeler chacun devant le tribunal de sa conscience...

La construction de la paix est un processus généralement long et souvent semé d'embûches.
Mais elle est une œuvre exaltante, car au bout d'éprouvants efforts se trouvent d'incommensurables dividendes: sécurité, investissements, emplois, revenus, scolarisation des enfants, santé des mères, bien-être de tous, bref: le développement. [no].

Après des nombreuses années de guerre, la paix ne peut naître sans dialogue ni pardon.
La Conférence de Goma y a pourvu, et la Commission Vérité et Réconciliation viendra parfaire ce qui a été amorcé.

Il nous faut maintenant penser à sécuriser cette paix naissante.
JOSEPH KABILA KABANGE, Goma, 23 janvier

2008.

La Conférence de Goma, ou la paix à tout prix!
Mettre fin aux« guerres du Kivu» Superbe ville située à l'extrême est de la République démocratique du Congo (RDC), au bord du majestueux lac Kivu et non loin du merveilleux stratovolcan du Nyiragongo, Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, accueille, du 6 au 23 janvier 2008, la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ces deux entités administratives du pays, réunies jadis en une seule, le Kivu (l'on dit alors aujourd'hui « les deux provinces du Kivu », ou « les (deux) Kivu », ou encore le «Grand Kivu »), sont constamment troublées. Le Premier ministre Antoine Gizenga ne s'y trompe pas, qui parle, le 24 décembre 2007, d'une «région tourmentée de la République », d'une « grosse épine» dans le pied du peuple congolais qui ne sait pas avancer convenablement ». En effet, depuis plusieurs décennies, le Kivu est le théâtre des guerres opposant des communautés ethniques locales (autochtones et allochtones) et avivées par l'implication insidieuse ou nettement affichée de deux ou trois pays voisins: le Burundi, l'Ouganda et surtout le Rwanda. La première vraie guerre du Kivu commence en octobre 1996, lorsque l'Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), sous la direction de Laurent-Désiré Kabila, décide de défier la dictature trentenaire et obsolète du maréchal Joseph-Désiré Mobutu Sese Seko. Appuyée militairement par les trois pays précités, cette « première guerre du Kivu », dite « guerre de libération », parvient, le 17 mai 1997, à débarrasser le pays du pouvoir dictatorial. Elle est surtout marquée par le massacre à grande échelle, perpétré par les troupes tutsi rwandaises accompagnant l'AFDL, des milliers des Hutu rwandais comptant parmi les deux millions environ qui s'étaient réfugiés au Kivu en juin-juillet 1994, à la suite de l'effondrement du régime du président Juvénal Habyarimana. La « deuxième guerre du Kivu» est déclenchée le 2 août 1998 par les soldats tutsi qui avaient aidé l' AFDL dans la conquête du pouvoir suprême à Kinshasa et que le président Laurent-Désiré vient de renvoyer au Rwanda. Les rebelles vont se constituer en un Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), un mouvement politico-militaire dominé par des Tutsi congolais (connus sous le nom des Banyamulenge) et des Tutsi rwandais et ouvertement appuyé par le régime de Kigali. Pendant quatre ans, le RCD et le Rwanda vont occuper le Kivu et imposer leur loi, une loi inique qui brimera les Congolais autochtones. Plusieurs de ceux-ci seront assassinés de la manière horrible. L'on évalue aujourd'hui à trois à cinq millions de victimes, tuées par balles ou mortes par le fait de l'occupation. Le gouvernement de la RDC et plusieurs organisations humanitaires internationales n'hésitent pas de parler de « génocide », c'est-à-dire d'une planification quasi délibérée des massacres. 7

Ce sont deux officiers zélés du RCD, Jules Mutebusi et surtout Laurent Nkundabatware (brièvement Nkunda), ayant fait leur formation militaire au Rwanda, qui inaugurent, le 2 juin 2004, la « troisième guerre du Kivu ». Elle commence de manière atroce: plusieurs Congolais de souche, militaires et civils, sont sacrifiés à Bukavu, chef-lieu de la province du SudKivu. A la tête de quelque 4000 à 5000 soldats bien aguerris et lourdement soutenus par le Rwanda, réunis en un Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), le général Laurent Nkunda, retranché désormais au NordKivu, va narguer la République en occupant deux territoires - Masisi et Rutshuru - de cette province et semer la désolation parmi la population. En septembre 2005, un mandat d'arrêt international pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité est lancé contre cet officier renégat. Les Forces armées congolaises (FARDC), Armée nationale congolaise, et les forces de la Mission de l'Organisation des Nations unies au Congo (MONDe) ne parviendront jamais à le capturer. Plusieurs groupes armés locaux, les uns nés bien avant mais rendormis, et les autres surgis pour affronter le chef du CNDP, ne parviendront pas non plus à le désillusionner. De même, les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR, anciennement Armée nationale rwandaise) et les Interhamwe (milices du temps d'Habyarimana) qui se sont réorganisées au Kivu depuis leur refuge en 1994, elles non plus, n'arrivent pas au bout du CNDP, leur adversaire tutsi. Le CNDP de Laurent Nkunda, qui se considère comme un mouvement congolais, fera d'ailleurs du renvoi au Rwanda des FDLR et des Interhamwe l'une de ses deux principales revendications (l'autre étant la reconnaissance, par l'Etat congolais, du « territoire de Minembwe » pour les Tutsi) ! En novembre 2007, les FARDC, fortes de 20.000 hommes et munies d'un important et lourd équipement militaire, lancent une ultime offensive contre le CNDP. Après quelques menues victoires, elles perdent rapidement le terrain devant le CNDP, qui, le 5 décembre 2007, reprend la localité stratégique de Mushake qu'il détenait et que les soldats gouvernementaux venaient de reconquérir. C'est dans la foulée de cette « défaite» humiliante et incompréhensible - due certainement à la trahison de certains officiers (dont plusieurs se battaient aux seins du RCD et du CNDP) - que le chef de l'Etat convoque la conférence de Goma. Sans doute frustrés par l'incapacité de leur armée de neutraliser un mouvement rebelle aussi déterminé soit-il, plusieurs Congolais, en première ligne les Kivutiens eux-mêmes, vont refuser la conférence de Goma. Ses détracteurs les plus acharnés, qui n'hésitent pas de parler d'une capitulation, vont prétendre que le Gouvernement de la République se plie aux exigences de Nkunda: lors de ses assises, il va honorer ses caprices, notamment l'érection d'un territoire pour les Banyamulenge ! Les autorités auront beau expliquer qu'aucun « cadeau» ne sera fait au chef rebelle, personne ne les croira. Tenace et voulant se montrer sincère, le pouvoir de Kinshasa va tout de même organiser la conférence de Goma.

8

Une conférence initiée de longue date Nous venons de voir que c'est immédiatement à la suite de la «défaite» des FARDC devant le CNDP qu'est convoquée apparemment «d'urgence» la conférence de Goma. A vrai dire, l'idée d'une «conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les Kivu» ne résulte pas d'une attitude spontanée, ou d'un quelconque fait du hasard ou encore d'une décision prise avec précipitation pour parer à une situation catastrophique. En vérité, elle naît dans l'esprit du président Joseph Kabila plusieurs mois avant cet événement. Nous pouvons situer l'émergence de cette idée en 2006. Le Il février de cette année-là, Joseph Kabila reçoit à Kinshasa les délégués des communautés ethniques du Nord-Kivu. Les deux parties évoquent les problèmes relatifs à la sécurité et à la cohabitation interethnique dans les localités de cette province. A cette occasion, les hôtes du président de la République lui remettent un mémorandum, dans lequel ils «s'engagent », dès leur retour dans leur province, à restaurer la paix et la cohabitation pacifique entre les ethnies, à sensibiliser la population à la cohabitation pacifique et à combattre l'exclusion, la haine, la diabolisation globalisante et les discours y afférents. Ils devront ensuite se retrouver en un forum, pour débattre des problèmes interethniques. Cette rencontre permettrait ainsi aux différents groupes ethniques de se mettre ensemble afin que la paix revienne définitivement au Nord-Kivu. Joseph Kabila n'envisagera la résolution du problème du général déchu, Nkundabatware, qu'après la tenue de cette conférence qui prônera la cohabitation interethnique au Nord-Kivu. Depuis lors, le chef de l'Etat s'en tiendra à ce discours, même si de temps en temps, il initiera des opérations militaires en vue de neutraliser Nkunda, sans doute exaspéré par ses exactions et pressé par des Congolais ne comprenant pas que cet homme prenne toute la Nation en otage. C'est donc logiquement qu'il aboutira à la convocation de la conférence de Goma, avec le même objectif principal que celui qu'il assigne aux délégués du Nord-Kivu reçus le Il février 2006: (r)établir la paix et la sécurité dans les Kivu, entreprendre un dialogue et envisager une réconciliation entre les différentes communautés. Mais entre-temps, avant d'en arriver là, plusieurs autres initiatives ont lieu. Mentionnons celle que prend le gouvernement en mai 2007. A cette époque, le ministre de l'Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation territoriale, Denis Kalume Numbi, prévoit d'organiser, le 27 mai 2007, au Centre catholique Nganda de Kinshasa, une « Table ronde intercommunautaire sur la sécurité au Nord et au Sud-Kivu ». Il prend alors contact avec élus, notables et membres de la Société civile, afm de les convaincre à venir dans la capitale pour discuter du conflit au Kivu. Chaque communauté devra présenter les problèmes qui, selon elle, bloquent la paix dans cette région. Elle devra, en outre, faire des propositions de solution à l'insécurité dans les deux Kivu. Kalume explique que, sous la facilitation du gouvernement, les participants à la réunion prévue" seront enfermés quelque 9

part pendant quatre jours." Ils déballeront les préoccupations, les frustrations et les rancœurs de leurs communautés respectives. Après quoi, ils adopteront des résolutions. "Ces résolutions seront ensuite vulgarisées auprès de chacune des communautés" . Mais la rencontre envisagée n'aura pas lieu. Une quarantaine des députés du Nord et du Sud-Kivu se disent hostiles à l'initiative gouvernementale exprimée par le ministre. Pour la simple raison qu'ils ne comprennent pas pourquoi le gouvernement s'obstine à privilégier une approche de paix, de cohabitation pacifique, au lieu d'extirper la racine du mal qui est Laurent Nkunda, l'homme qui trouble la quiétude des Kivutiens. Ils ne veulent pas alors approuver la thèse gouvernementale, qui consiste à affirmer que la crise du Kivu a des causes plus profondes; en les recherchant, l'on parviendrait à endiguer le mal et à permettre une vie tranquille des habitants. C'est donc cette mésentente entre les élus originaires du Kivu et les dirigeants nationaux qui va faire capoter la tenue de la« «Table ronde intercommunautaire sur la sécurité au Nord-Kivu et au Sud-Kivu ». Cet échec ne découragera pas le président Joseph Kabila Kabange. Ce n'est que partie remise, se dit-il. C'est ainsi que la troisième tentative d'une conférence sur la paix et la sécurité dans les deux provinces du Kivu aboutira: ce sera la conférence de Goma, dont nous suivrons pas à pas les étapes dans le prochain chapitre. C'est entre novembre et début décembre 2007 que le chef de l'Etat prendra cette importante décision. Une décision difficile, qui a été motivée par plusieurs recommandations, non gouvernementales nationales et internationales, qui lui ont été faites avant et au moment de la débâcle des FARDC à Mushaki. Des recommandations exigeant de désamorcer la crise et de renforcer la sécurité en traitant des causes profondes à l'origine du conflit Nous venons de dire que la thèse du Président et de son Gouvernement, insufflée ou partagée par le Premier ministre Antoine Gizenga, un vieux militant de l'unité du pays et de la cause pacifique, est de trouver les causes profondes du conflit afm de le résoudre. Joseph Kabila n'est pas le seul à partager cette option. Pour mettre un terme au cycle de la violence et retrouver la paix, plusieurs recommandations, les unes plus ou moins sensées que les autres, avaient été faites par certains pays, de nombreuses organisations non gouvernementales congolaises (en premier lieu kivutiennes) et non congolaises, de nombreuses personnalités africaines et extra-africaines. Pratiquement toutes arrivaient aux mêmes conclusions. Elles demandaient au président et au gouvernement de la République démocratique du Congo de désamorcer la crise et renforcer la sécurité dans les Kivu, par le traitement à la source des maux qui sont à l'origine de la crise. Ainsi, International Crisis Group (lCG), une organisation non 10

gouvernementale spécialisée dans l'analyse des conflits dans le monde, et qui propose des pistes de solutions qu'elle soumet à qui de droit, suggère que la « troisième guerre du Kivu» trouve son issue par le traitement à la source du conflit. Aux différents acteurs impliqués de loin ou de près dans le conflit, notamment aux autorités congolaises, ICG avance, afin de désamorcer la crise, plusieurs recommandations, dont nous retenons deux: - Premièrement: "Suspendre les offensives militaires contre les troupes de Nkunda, adopter une stratégie d'endiguement et nommer un officier militaire de haut rang à la tête d'une taskforce (un groupe de travail spécial comprenant des officiers de la Structure Militaire d'Intégration - SM! - du Programme National de Désarmement - PNDDR - et des observateurs militaires de la Monuc) afin de discuter avec des représentants de Nkunda au Masisi et au Rutshuru, sous la supervision de la MONDC." - Deuxièmement: "Organiser une table ronde avec les communautés locales, les autorités provinciales et les députés nationaux afin d'établir des règles concernant la distribution des postes au sein de l'administration provinciale, de prévoir un processus consensuel de désarmement pour toutes les communautés et d'adopter un code de conduite pour les activités politiques dans la province. " Ainsi donc, il faut renoncer à la guerre et privilégier le dialogue. La guerre ne résout rien. Les FARDC ont fait la guerre, l'on a rien obtenu. Sûr de son soutien rwandais et de la « faiblesse» supposée ou réelle des FARDC, Nkunda ne jure que par la guerre. Il ne faudra plus que la RDC, un Etat responsable, continue à jouer son jeu, un jeu pervers et dangereux. Les FARDC ont combattu le CNDP. Elles ont sérieusement fait trembler Nkunda. Mais, il est vrai, en dernière minute, elles ont perdu une bataille. Elles pouvaient continuer la guerre, et elles parviendraient, tôt ou tard, à vaincre la rébellion. Mais le président Kabila a décidé de mettre un terme à la poursuite des affrontements. Est-ce parce que les FARDC avaient échoué dans leur mission? Peut-être. Mais ce n'est pas cela, comme nous le voyons dans ces pages, qui va inciter Kabila à convoquer la conférence sur la paix. C'est depuis longtemps qu'il militait pour une résolution pacifique du conflit. Ainsi, défaite ou pas des FARDC, la décision d'appeler les Kivutiens au règlement pacifique du conflit s'avérait utile. Elle devenait nécessaire et urgente: Kabila devait la prendre. Il la prendra. Au risque de heurter beaucoup de Congolais. On peut résumer que la paix ne peut être obtenue qu'en faisant asseoir tous les Kivutiens, hommes en armes et les autres, autour d'une table. Ils parleront et trouveront les moyens de ne plus se chamailler. Ils ne pourront plus désormais que s'adonner au développement économique de leurs deux provinces. Car, le conflit n'est pas seulement d'ordre politique, mais il est aussi et surtout d'ordre économique: les Banyamulenge ont besoin de terres pour s'installer et vivre comme toutes les autres communautés du Kivu. Ceux qui ont fui la région à cause de la guerre 11

doivent y revenir. La (re)distribution des terres constitue un «droit» et doit se faire équitablement. Ainsi, les recommandations des organisations et des personnalités non gouvernementales congolaises convergeaient au même point: le rétablissement de la paix était lié au renforcement de la sécurité et au développement économique des provinces concernées par la crise. Les autorités gouvernementales congolaises, dont le président de la République et le Premier ministre, ont dû lire avec attention ces recommandations, et ont dû y être sensibles. Voilà, sans doute, pourquoi Joseph Kabila va convoquer une « Conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu ». C'est donc en tenant compte de toutes les recommandations, venues de la Nation et de l'étranger, que le président Joseph Kabila, en âme et conscience, prend, en ce 20 décembre 2007, la grave décision de convoquer à Goma une « conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ». Une décision mûrement réfléchie, venant d'un homme qui, après avoir écouté ou non les conseils de son entourage et des personnes extérieures, prend habituellement tout son temps, avant d'engager la Nation dans une quelconque entreprise.
Denis Kalume, Apollinaire Malumalu et animer la Conférence de Goma et Vital Kamerhe pour organiser

Pour organiser et animer « sa » conférence, Joseph Kabila songe à trois personnes qui ont fait leurs preuves dans les négociations, trois hommes en qui il a toute confiance et qui sont tous trois originaires du Kivu: Denis Kalume Numbi, Vital Kamerhe et Apollinaire Malumalu, ressortissants respectivement du Maniema, du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, les trois provinces constituant le« Grand Kivu ». Pourquoi trois personnalités du « Grand Kivu» ? Parce que, de toute évidence, la conférence de Goma concerne d'abord cette région orientale du pays; elle traitera des problèmes qui concernent et tiraillent ses habitants. Et qui mieux que les ressortissants de ces provinces peuvent mieux aborder et résoudre les problèmes de leurs congénères? Les trois hommes connaissent mieux que quiconque les us et coutumes, les mentalités et les comportements des Kivutiens, parce que ce sont aussi leurs us et coutumes, leurs mentalités et leurs comportements. La faisabilité ou non du projet présidentiel, sa réalisation ou non, son aboutissement, dépendront des personnalités de ces trois « mousquetaires », de leurs tempéraments, de leurs déterminations. Denis Kalume, natif du Maniema Le général Denis Kalume Numbi est certainement l'un des hommes les plus proches du président Joseph Kabila, comme il le fut aussi sans doute du président Laurent-Désiré Kabila. 12

Avant de devenir un homme politique, Kalume est d'abord un officier accompli. Formé à l'Institut royal de défense en Belgique, il est nommé général de division des Forces armées zaïroises (FAZ). Au début de la «guerre de libération» de l' AFDL en octobre 1996, il commande la garnison de Kisangani. Comme beaucoup d'autres, il rallie rapidement le nouveau mouvement de libération. A la prise du pouvoir suprême par Laurent-Désiré Kabila, Kalume compte naturellement parmi ses hommes de confiance. Il est alors désigné commandant du Service national. Créée par le décret du 15 octobre 1997, cette nouvelle institution est un organe «para-militaire d'éducation, d'encadrement et de mobilisation des actions ». Autrement dit, selon Kalume lui-même, l'expérience du « Service national », un organe qui ne durera que le temps d'une rose, devrait permettre l'apprentissage des jeunes pour l'amour de travail notamment agricole. L'expérience du Service national ayant échoué, Kalume se retrouve sur la touche. Pas pour longtemps: en août 1998, quand les anciens compagnons de Laurent-Désiré Kabila se révoltent contre lui et veulent s'emparer de Kinshasa, le président la République le nomme avec Joseph Kabila chef d'état-major général de l'armée. A ce titre, les deux hommes sont chargés de défendre la capitale. Celle-ci étant sauvée, Kalume se voit confier une nouvelle responsabilité, cette fois au gouvernement. En effet, le 15 mars 1999, L.D. Kabila le désigne ministre du Plan et de la Reconstruction nationale. Le président Joseph Kabila, le 14 avril 2001, le garde à ce dernier poste ministériel, jusqu'au 17 novembre 2002. Lors du sixième et dernier remaniement, le 10 octobre 2006, du gouvernement de la transition (20032006), le Président de la République le nomme ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique, en remplacement de Théophile Mbemba Fundu. Poste qu'il va conserver dans le premier gouvernement de la me République, nommé le 5 février 2007 et dirigé par Antoine Gizenga. Kalume sera encore retenu au« Gouvernement Gizenga II », intervenu le 27 novembre 2007. Entrant dans le «premier carré» des fidèles de Joseph Kabila, le général Denis Kalume Numbi le sert avec loyauté et détermination. Notamment, il essaie de matérialiser les idées et d'exécuter les ordres de son chef, les idées et les ordres qui ont souvent trait à la résolution définitive de toutes les crises qui ébranlent le Congo, dont en premier lieu celle du Kivu. C'est lui qui, sur injonction du chef de l'Etat ou avec son accord, initiera les différents forums sur la paix dans le Kivu, dont la conférence de Goma. Vital Kamerhe, président de l'Assemblée nationale, natif du Sud-Kivu Vital Kamerhe est un autre proche collaborateur et fidèle de Joseph Kabila. Il voit le jour le 4 mars 1959 à Ngweshe, dans le territoire de Walungu, non loin de Bukavu, d'un père issu de la lignée royale des Shi. Bien que relativement jeune, Kamerhe a une certaine expérience en politique. Il a presque touché à tout. En 1980, quand il s'inscrit en Sciences 13

économiques à l'Université de Kinshasa, il mène une intense contestation étudiante. Il est de toutes les grèves et de toutes les manifestations contre l'adhésion obligatoire à la JMPR, Jeunesse du Mouvement populaire de la révolution, le parti unique du président Mobutu. Al' époque, en 1982, vient de naître l'UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), une formation politique qui essaie d'affronter de manière plus ou moins clandestine et décisive le tout-puissant MPR. Kamerhe y adhère rapidement, fasciné par le charisme d'Etienne Tshisekedi, le cofondateur le plus en vue du nouveau parti. Son activité politique lui vaut quelques difficultés avec le pouvOIr.. . En 1987, Kamerhe termine avec brio ses études à la faculté des sciences économiques. Ce qui lui vaut d'y être nommé assistant. Puis, en même temps qu'il assume ses cours à l'université, l'homme est embauché par une société française de la place pour un pactole de 1500 dollars mensuels. Mais c'est la politique qui l'attire. Il se retrouve alors conseiller dans un cabinet ministériel, puis milite au sein de la jeunesse de l'USORAL (Union sacrée de l'opposition radicale), dont il prend rapidement la présidence. C'est à ce titre qu'il participe à la Conférence nationale souveraine (CNS, 1991-1992). Pendant et après la tenue de ce forum, Kamerhe va s'afficher comme un «baroudeur », un homme qui manquerait un langage diplomatique adéquat, mais qui va réussir souvent à imposer ses idées sur le dénouement de la sempiternelle crise congolaise. Après la «libération» du 17 mai 1997, Kamerhe rejoint le général Denis Kalume, comme directeur fmancier, d'abord au tout nouveau Service national, puis au vice-ministère de la Défense et enfin au ministère de la Reconstruction. C'est dans le sillage de Kalume que Kabila remarque Kamerhe. Il fait alors de lui l'un des principaux négociateurs de l'Accord de cessez-lefeu de Lusaka Guillet 1999). Kamerhe s'y prend bien. Le chef de l'Etat le sait, qui le nomme Commissaire général adjoint chargé des relations avec
la MONDC.

Quand Joseph Kabila succède à son père, il permet à Vital Kamerhe de prendre les commandes de cet organe. L'homme se retrouve partout où sont négociés les accords de paix: à Gaborone, Luanda, Addis-Abeba, Sun City, Pretoria... C'est lui qui est chargé de gérer le très délicat Dialogue intercongolais qui se clôturera dans la capitale de l'Afrique du Sud. Le 31 mars 2002, est créé le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), une formation politique qui se place "dans la lignée des idées de Patrice Emery Lumumba et de Laurent-Désiré Kabila" ; elle est "fondée sur une idéologie social-démocrate, avec pour doctrine de base l'attachement des Congolais à leur pays et aux valeurs républicaines". Pas moins de 253 signent l'acte fondateur du nouveau mouvement, qui soutient la politique du président Joseph Kabila. Parmi elles, Vital Kamerhe.

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Le 30 juin 2003, dans le gouvernement de transition issu de l'Accord global inclusif de Sun City, il est nommé ministre de l'Information et de la Presse, au compte du PPRD. En 2004, il préfère se faire élire Secrétaire général du PPRD, en remplacement de l'avocat Ghislain Chikez Diemu. C'est avec ce parti qu'il va réaliser la campagne victorieuse qui permettra à Joseph Kabila de se confirmer à la présidence de la République en 2006. Le PPRD s'affirme comme le premier parti du pays, et Kamerhe est logiquement élu, le 28 décembre 2006, président de l'Assemblée de la Troisième République. «Homme de terrain », «Tarzan du paysage politique congolais », ne reculant devant aucun obstacle, ayant prouvé ses capacités de diplomate dans diverses négociations difficiles, Kamerhe, homme de confiance du chef de l'Etat, ne pouvait qu'être logiquement désigné pour épauler l'abbé Apollinaire Malumalu à conduire une conférence sur la paix de «dernière chance» ! Abbé Apollinaire Muholongu Malumalu, président électorale indépendante, originaire du Nord-Kivu de la Commission

Personne ne peut contester la nomination de Malumalu à la tête d'une Conférence sur la paix qui va se dérouler à Goma, au Nord-Kivu. Car, le Nord-Kivu, l'ecclésiastique le connaît très bien. D'abord, il en est le ressortissant. Il y est né : le 22 juillet 1961, à Muhangi, dans le territoire de Lubero, sur le versant ouest du majestueux massif de Ruwenzori. N'est pas loin de là Vutuma, le village de ses parents. Ses parents qui sont des Nande. Cette appartenance à une ethnie majoritaire du NordKivu donnera à Malumalu une certaine marge de manœuvre dans sa tâche parmi les communautés: un homme provenant d'une ethnie minoritaire aurait du mal à imposer ses vues sur les autres peuples. C'est au lieu de sa naissance, Muhangi, que le jeune Apollinaire, baptisé dans l'Eglise catholique, entreprend ses études primaires. Mais ses humanités, il les fait à l'institut Kambali et au petit séminaire de Musyenene, toujours au Nord-Kivu. Brillant élève, Malumalu le prouve par le nombre impressionnant de diplômes qu'il récolte: philosophât au grand séminaire de Murhesa à Beni en 1982; théologat dans le même établissement en 1986; graduat unique en philosophie; licence en philosophie aux Facultés catholiques de Kinshasa en 1989; trois maîtrises (Théologie, Droits de l'homme, Philosophie) en 1991 à l'université catholique de Lyon; et un doctorat en sciences politiques en 1998 à l'université d'Etat de Grenoble II. Tête bien faite, Malumalu entame une carrière tout aussi spectaculaire. Ordonné prêtre en 1986, il est nommé vicaire à la cathédrale de Butembo, où il traville pendant une année. Pendant ses études en France, il fait office d'aumônier des étudiants étrangers de l'université catholique de 15

Lyon de 1990 à 1992, de curé de la paroisse de Monestier-de-Clennont dans le diocèse de Grenoble de 1993 à 1996. De retour au pays, Malumalu reprend le chemin de son diocèse de Beni-Butembo d'origine, alors dirigé par le futur regretté évêque de Bukavu, Mgr Emmanuel Kataliko. En 1997, il est nommé vice-recteur de l'université catholique du Graben, à Butembo. Quatre ans plus tard, en 2001, il devient recteur de la même université et le reste jusqu'en 2003. En même temps, depuis 2000, il préside le Conseil d'administration du Centre d'études juridiques appliquées (CEJA). Sa carrière scientifique, ilIa mène de front avec son engagement au sein de la puissante Société civile du Nord-Kivu; notamment, il préside aux destinées de quelques institutions plus ou moins associatives, dont le Centre de fonnation et d'animation pour un développement solidaire (CEFADES) et le Consortium agriculture urbaine de Butembo (CAUB). La consécration arrive en 2003, lorsqu'il est porté à la tête de la Commission électorale indépendante (CEI), l'une des institutions d'appui à la démocratie issues de l'Accord de Sun City signé fin 2002 par toutes les parties congolaises en conflit (gouvernement, groupes annés, partis politiques, Société civile: lui-même représente la Société civile de sa province à ces assises de paix). Concrètement, il est chargé de départager tous les protagonistes, en les conduisant aux élections. Autrement dit: il dirige une institution centrale de la période transitoire, ayant pour mission de superviser l'objectif principal de cette transition: l'organisation des élections. C'est une position stratégique, enviée et enviable, qui lui fera des amis, mais surtout des ennemis. Avec sang-froid, maîtrise, dynamisme et autorité, il mènera sa tâche, ne s'arrêtant pas sur les jérémiades d'une classe politique en mal de pouvoir. Il y arrive en 2006, avec l'organisation effective des élections présidentielle et législatives. C'était un travail difficile, que seul un homme aux nerfs solides pouvait effectuer. A l'issue de ces scrutins, Malumalu reçoit les fleurs de la communauté internationale, de plusieurs dirigeants du monde, de plusieurs gouvernements. Sur la base des rapports envoyés par les observateurs qu'elles ont dépêchés au Congo, des organisations intergouvernementales et non gouvernementales publient des comptes rendus, dans lesquels elles donnent un satisfecit à l'ecclésiastique: celui-ci, selon elles, a bien organisé les élections; un savoir-faire de la science politique, affirment-elles, était nécessaire pour réussir ce tour de force. C'est donc à un homme intelligent et compétent, qui a fait ses preuves dans des conditions quasi périlleuses, que Joseph Kabila confie la lourde mission de conduire le Nord et le Sud-Kivu à la paix. Tâche exaltante qui s'annonce difficile, tant l'initiative présidentielle ne fait pas l'unanimité au sein d'une majorité des gens dans ces deux provinces. C'est le moment de parler de cette fameuse conférence de Goma. 16

La Conférence de Goma, pour "jeter les bases d'une paix durable et d'un développement intégral dans les deux provinces du Kivu" Dans son ordonnance appelant à la tenue, à Goma, d'une « Conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu », Joseph Kabila, approuvé par le Premier ministre Antoine Gizenga, invite les communautés et les groupes armés à "réfléchir et faire des propositions au gouvernement de la République sur les voies et moyens de jeter les bases d'une paix durable et d'un développement intégral dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu". L'ordonnance présidentielle prévoit que les assises de Goma se déroulent du 27 décembre 2007 au 5 janvier 2008. Mais, pour diverses raisons, notamment d'ordre d'organisation matérielle et de l'harmonisation des points de vue, cette échéance sera repoussée du 6 janvier au 14 janvier, puis au 21 janvier, et enfin au 23 janvier. Le chef de l'Etat ne dit pas combien participeront à cette conférence. Ce point de détail et quelques autres seront précisés par les deux hommes qui matérialiseront et piloteront l'entreprise créée: Vital Kamerhe et Apollinaire Malumalu. Pour le président de l'Assemblée nationale, entre 300 et 600 personnes seront présentes à Goma (ce chiffre sera en réalité plus élevé, atteignant même 1500 !). Ces gens viendront, affmne-t-il, pour "mettre fin à la guerre" et, citant le président de la République, pour "jeter les bases d'une paix durable et d'un développement intégral" dans les deux provinces troublées et martyrisées. Plus explicite, Malumalu explique: "Nous voulons mobiliser toutes les forces vives du Nord-Kivu et du Sud-Kivu pour évaluer le préjudice subi sous ses différents aspects par nos deux provinces depuis 1994, proposer des mécanismes appropriés en vue du désarmement des groupes armés nationaux et étrangers" . L'homme à qui a été confiée l'organisation des travaux préparatoires de la conférence de Goma ajoute que tous les aspects de la vie de ces deux provinces seront abordés, afin "d'amener tous les acteurs de la vie politique, économique, militaire et sociale à faire acte d'engagement pour la paix, la sécurité et le développement". Il précise que la conférence abordera notamment les problèmes posés par la présence de groupes armés locaux et étrangers, la surveillance des frontières, le trafic illicite des minerais et la prolifération des armes dans la région. Résumons-nous. Placée sous le haut patronage du président de la République, qui l'a convoquée le 20 décembre 2007, la conférence de Goma se donne l'ambition d'atteindre essentiellement deux objectifs globaux: "mettre fin à la guerre et à l'insécurité" qui régnait depuis des décennies au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, et "jeter les bases d'une paix durable et d'un développement intégral" dans ces deux provinces. Les objectifs spécifiques sont nombreux: mobiliser toutes les forces vives du Nord-Kivu et du Sud-Kivu autour des objectifs de la conférence; 17

évaluer le préjudice subi sous ses différents aspects par les deux provinces depuis 1994; dissiper les peurs, les méfiances réciproques, les suspicions, les frustrations et les colères qui rendent la cohabitation difficile; amener tous les acteurs de la vie politique, économique, militaire et sociale du NordKivu et du Sud-Kivu à faire acte d'engagement à la paix, à la sécurité et au développement de deux provinces; créer un cadre permanent de concertation et de règlement pacifique des conflits; mettre en place un comité de suivi de la mise en œuvre des résolutions et recommandations de la Conférence; proposer des mécanismes d'accroissement et de renforcement des capacités de gestion des provinces et des entités territoriales décentralisées; faire l'inventaire des potentialités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu en vue d'élaborer un plan d'urgence de développement; inviter toutes les communautés à la cohabitation pacifique, à la reconstruction et au développement durable; proposer la création d'un fonds spécial de reconstruction des provinces sinistrées; mobiliser l'ensemble de la communauté nationale, sous-régionale, régionale et internationale à accompagner le processus de pacification, de sécurisation et de développement du Nord et du Sud-Kivu; proposer des mécanismes de renforcement de l'autorité de l'Etat dans les deux provinces, etc. Plusieurs résultats sont attendus de cette conférence: obtenir l'adhésion populaire aux objectifs de la rencontre; évaluer les préjudices subis sous différents aspects par les provinces; proposer des mécanismes appropriés en vue du désarmement des groupes armés; établir le diagnostic de la situation qui prévaut au Nord-Kivu et au Sud-Kivu en cherchant à obtenir une compréhension commune des causes et conséquences de l'insécurité. Les peurs, les méfiances et les suspicions réciproques seront ainsi dissipées après la conférence. Les thèmes essentiels à développer sont au nombre de quatre. Le premier portera sur la paix, en abordant les aspects identitaires et intercommunautaires, la justice, le rôle et la responsabilité de l'Etat, le rôle et la responsabilité des leaders, la gestion et la résolution des conflits, la dimension sous-régionale, régionale et internationale et la réconciliation. Le second thème concernera la sécurité sous plusieurs aspects: questions de l'armée, de la police, des services de sécurité, de la présence des forces négatives étrangères. Les activités des groupes armés locaux incontrôlés figurent à l'ordre du jour ainsi que la question de la justice militaire et la frn de l'impunité. Seront en même temps prévues la démobilisation et la réinsertion sociale des ex-combattants, la gestion et la surveillance des frontières, la mobilisation et la participation citoyenne à la sécurité collective ainsi que la question du trafic illicite et la prolifération des armes et des stupéfiants. Le troisième thème de la conférence, qui porte sur les questions humanitaires et sociales, concerne les sinistrés, les déplacés, le retour des réfugiés, l'éducation, la pandémie du sida, les violences faites aux femmes, l'accès aux soins de santé primaires et la problématique des interventions humanitaires. Enfin, le dernier thème à aborder à la conférence concerne le développement: seront examinées les questions du désenclavement, de la 18

réhabilitation des infrastructures et de l'aménagement du territoire, de la gestion des ressources naturelles, de la gestion de l'environnement et de la gouvernance ainsi que de l'éducation au développement. Boulimique, et donc ambitieuse, telle sera donc la conférence de Goma. Elle devra, infine, concourir à ramener la paix dans la partie orientale de la RDC. La paix à tout prix! Des Kivutiens à l'origine hostiles à la tenue de la conférence, Malumalu et Kamerhe les y adhèrent mais

Dès leur désignation pour piloter la conférence de Goma, le ministre Denis Kalume, le président Vital Kamerhe et l'abbé Malumalu vont affronter l'hostilité des Kivutiens. Ceux-ci, dans leur majorité, vont rejeter l'idée de la tenue d'une conférence sur la paix. C'est d'abord la puissante Société civile du Nord-Kivu qui se manifeste contre cette «énième» conférence sur la paix. Dans un mémorandum remis le 17 décembre au chef de l'Etat, elle considère que la paix au Kivu est troublée par" les groupes de Nkunda, FDLR et autres", qui "interfèrent sur le destin de toute la nation". C'est ainsi qu'elle rejette la thèse que tend à accréditer "cette conférence sous son format actuel", selon laquelle le Kivu est "le théâtre d'une guerre intercommunautaire de sorte que la conférence en serait la solution" . La Société civile refuse également que la conférence de Goma puisse apparaître "comme un autre dialogue intercongolais réduit au format de deux anciens fiefs du RCD/Goma qui semblent n'avoir pas apuré leurs agendas". Les revendications contenues dans ces «agendas» (notamment érection d'un territoire pour les Banyamulenge) seront-ils satisfaites par le gouvernement? semble se demander la Société civile. De même, sous son format actuel, la conférence de Goma "souffre d'un large consensus" et "risque d'aboutir à des résultats peu efficaces et susceptibles de légitimer et de consolider l'action militaire de Nkunda, des FDLR ainsi que d'autres revendications sectorielles suicidaires pour la République. La Société civile critique également les critères retenus - qu'elle ne mentionne pas - pour choisir les participants; ces critères sont "arbitraires". La conséquence en serait que "les décisions issues de cette conférence souffriront d'un déficit de légitimité et de crédibilité auprès de la population". De toutes les façons, "la conférence est organisée de manière ponctuelle et précipitée avec les seuls fonds du gouvernement" . La Société civile ne refuse pas a priori de participer à toute initiative de paix. Mais pour qu'elle n'échoue pas comme les précédentes, la conférence prévue à Goma doit tenir compte des critiques que lui adresse la Société civile. Aussi, celle-ci en appelle au chef de l'Etat de veiller à ce qu' "aucune action initiée n'entame la légitimité et la légalité des institutions issues des élections démocratiques" (allusion aux « rumeurs» qui courent que le gouvernement pourrait «revoir» la Constitution pour satisfaire les exigences de Nkunda). 19

L'on peut donc résumer les craintes de la majorité des Kivutiens hostiles à la conférence de Goma en affirmant que celle-ci a été convoquée et/ou se tiendra sous la pression de Laurent Nkunda victorieux des FARDC. Les conférenciers, le bout de fusil de l'insurgé à la tempe, satisferont forcément toutes ses exigences, dont la première d'entre elles, l'érection d'un tutsi/and en plein Kivu (<< territoire de Minembwe ») ou dans toute la province, un tutsi/and qui serait par la suite annexé par le Rwanda! De manière générale, les opposants - tels les Nande dans leur mémorandum - accusent ainsi le gouvernement de vouloir brader le pays et considèrent la conférence de Goma comme une voie détournée de négocier avec l'ennemi! Ils entendent cette rencontre comme, ni plus ni moins: une capitulation humiliante du peuple congolais devant son meurtrier et une légitimation de la rébellion et des crimes de Nkunda. La conférence de Goma serait donc un cadeau fait sur un plateau d'or à Laurent Nkundabatware. Lors de sa tenue, cet homme, en grand général victorieux, va abattre ses cartes et imposer ses vues, ce pour quoi il s'est toujours battu: que les Tutsi, qu'ils soient du Congo (Banyamulenge ou Banyarwanda) ou d'ailleurs (surtout du Rwanda) acquièrent massivement la nationalité congolaise, qu'un territoire soit créé pour eux dans le Sud-Kivu ou ailleurs, qu'ils accèdent aux plus hautes responsabilités de l'Etat, ou, pire, qu'ils imposent leur imperium sur le grand Congo, etc. Le gouvernement congolais, négociant en position de faiblesse, n'aurait pratiquement rien à dire ni à contester. Le grand gagnant de cette affaire serait finalement le général Paul Kagame. Nkunda, avancent depuis toujours ceux qui vont refuser la conférence de Goma, est en réalité une marionnette du président rwandais. C'est celui-ci qui l'arme et lui dicte son discours. Aussi, les revendications du chef rebelle seraient, en totalité ou en partie, celles de son maître à Kigali. Puisque les revendications de Nkundabatware seraient avant tout d'ordre territorial, Paul Kagame, par la bouche de son homme à tout faire, va exiger une portion de terre à l'est du Congo, en l'occurrence le Kivu, pour ses frères rwandais « persécutés» par le gouvernement congolais! Les adversaires de l'initiative congolaise de voir se tenir la conférence de Goma se montrent tellement sûrs d'eux qu'ils sont certains que Nkunda, auréolé de sa « brillante victoire» sur les FARDC, ne ménagera aucun effort pour obtenir tout ce qu'il voudra! Sans le savoir peut-être, ceux qui organisent la rencontre de Goma seraient en train de « vendre» le Congo à l'étranger, aux « envahisseurs ou occupants rwandais ». Cela, aucun Congolais« sérieux» ne peut l'accepter. Bref, la conférence de Goma est inopportune. Inopportune parce que le gouvernement qui l'organise devrait au préalable tenir compte des réticences des Kivutiens, lesquelles cachent mal un double malaise. Le premier malaise résulte de la frustration face à l'échec de l'option militaire. Le second malaise, lui, concerne la tutelle que «ceux de Kinshasa» se croient autorisés à exercer sur les provinciaux. En effet, les signataires 20

laissent voir que les communautés locales et même les élus locaux n'ont pas été véritablement - ou suffisamment - associés à cette initiative; ils parlent alors d'un ou des agendas cachés. Les craintes exprimées, aussi légitimes soient-elles, sont vaines: la conférence de Goma ne satisfera pas les caprices, supposés ou réels, étalés de Nkunda. Il faut tout d'abord retenir qu'elle n'est pas initiée à la suite de la « défaite» des FARDC ni pour répondre aux exigences superflues et gonflées de Nkunda. En vérité, comme nous l'avons vu, elle a été conçue de longue date, à un moment donné où les FARDC étaient en position de force, où personne ne pensait à une petite victoire sur l'Armée nationale. Ce sont les énergies conjuguées de Kamerhe et de Malumalu qui vont débloquer la situation. Les deux principaux animateurs désignés de la conférence de Goma vont assurer la Société civile que Joseph Kabila a bien reçu leur message et qu'il tiendra compte de leurs critiques. Kamerhe et Malumalu: "La conférence n'a pas un agenda préétabli" elle "ne vise que le développement du Kivu, après sa pacification" ;

Ainsi, la convocation d'une énième «conférence sur la paix et la sécurité dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu» ne fédère pas la majorité des ressortissants de ces deux provinces. Il faudra tout le talent et toute la diplomatie de deux hommes d'expérience, l'abbé Apollinaire Malumalu et Vital Kamerhe, pour convaincre les deux Kivu, dont ils sont originaires, à s'impliquer dans le dynamisme de paix engagé. Ils vont ainsi entreprendre une vaste campagne de sensibilisation dans les deux provinces du Kivu. Lors de cette tournée, Kamerhe et Malumalu expliquent, avec force arguments et force conviction, que la convocation, par le chef de l'Etat, de la conférence de Goma, est la matérialisation de la volonté des ressortissants du Nord et du Sud-Kivu. Et ils lèvent toute équivoque: ils expliquent doctement que cette conférence n'a nullement un agenda préétabli et qu'elle exige la plus large participation de la base. C'est pour cela qu'ils sont au Kivu: pour enregistrer les doléances et les recommandations de la base par un jeu de questions-réponses. La conférence de Goma sera donc l'occasion pour les communautés de s'exprimer librement, et de penser au développement de leur région, après qu'on aura obtenu la paix. C'est ainsi que, pour l'ecclésiastique, les assises de Goma viseront plutôt l'établissement d'une paix véritable et durable, qui appelle au développement: "Le temps propice pour échanger sur les défis et les enjeux de nos provinces a sonné. Nous vous assurons qu'il ne s'agit nullement de négocier avec l'insurgé Nkunda mais de trouver des solutions aux problèmes qui rongent ces deux provinces, le Nord et le Sud-Kivu." Ainsi, la conférence de Goma n'est pas convoquée pour satisfaire les caprices meurtriers de Laurent Nkunda. Elle a un autre but, plus noble: chercher des voies et moyens pour résoudre le conflit du Kivu. 21

Mais les auditeurs de Malumalu persistent dans le doute. Ces assises, prétendent-ils, constituent de la pure manipulation et de la distraction. Car, selon eux, rien de neuf ne pourra filtrer de ce énième forum sur la paix. Le coordonnateur de la conférence ne se laisse pas démonter. A de telles manifestations de scepticisme, il répond qu'il faut participer à la Conférence pour voir qu'elle sera tout le contraire de la grande manipulation. Cette conférence résoudra le conflit du Kivu, un point un trait. Pour comprendre ce conflit, il faut aller à sa genèse. C'est Vital Kamerhe, chef de la délégation, qui l'affirme. Le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, qui accompagne les deux émissaires de Joseph Kabila, rassure ses administrés: "C'est une chance aujourd'hui qui nous est accordée, et ce, pour nous permettre de nous rencontrer, d'échanger et de définir les pistes de solution face à différents problèmes qui secouent le Nord et le Sud-Kivu pour qu'enfin ces provinces respirent comme d'autres province l'air de la paix, de la sécurité et jeter les jalons d'un développement durable. Je sais qu'il y a beaucoup d'hésitations, beaucoup d'intoxication, beaucoup de manipulations des gens qui croiront à un jeu de malin, mais je crois par la bouche autorisée vous serez tenus informer des tenants et des aboutissants de cette conférence sur la paix, la sécurité et le développement; je ne vois pas le chef d'Etat, après avoir été élu par vous, se donner à un exercice de la vente d'un seul morceau du pays, comme peuvent penser certaines âmes, je ne vois pas des personnalités que je vais vous présenter tout à l'heure s'adonner à des tels exercices, car vous les avez vus à l'œuvre. Je voudrais donc vous rassurer que c'est une occasion pour les enfants de cette province de se dévoiler et trouver des solutions concrètes aux problèmes de l'heure; la solution ne nous viendra pas du ciel." Rassurés, les Kivutiens peuvent ainsi participer à la conférence de Goma; ils savent que les autorités sont sincères, qu'elles n'ont aucun agenda caché, en particulier qu'elles ne feront pas de cadeau gratuit à Nkunda (qui réclame notamment la création du territoire de Minembwe pour les Tutsi) ou au Rwanda (qui rêverait de l'annexion du Kivu). La conférence de Goma est convoquée simplement pour résoudre la crise qui grippe les deux provinces du Kivu. La crise résolue, les Kivutiens pourront vivre en paix et vaquer tranquillement à leurs occupations. Ainsi démarrera librement le développement de leurs deux provinces. Des actes divers produits avant et pendant la conférence, présentés selon l'ordre chronologique de leur rédaction Pendant la conférence de Goma, plusieurs dizaines de discours vont être produits, venus des instances gouvernementales, des Kivutiens (élus, dirigeants politiques, Société civile, communautés, groupes armés...), de quelques délégués des autres provinces congolaises et des délégués étrangers (représentants de l'Union africaine, de l'Union européenne, des Nations unies, des Etats-Unis, etc.). 22

Ce sont des documents d'une importance historique variable, que je ne peux malheureusement pas tous reproduire dans cet ouvrage. J'ai choisi en priorité les textes officiels de la conférence de Goma. Ils m'ont généreusement été remis par le bureau de la Commission électorale indépendante (CEI) de Kinshasa (merci à Lisette KAVIRA, secrétaire particulière du président Apollinaire Malumalu, sur instruction de celui-ci). Ils peuvent être également consultés sur Amani leo, le site officiel de la conférence de Goma (mais ici les documents sont en version pd/: merci à Julien DENIEUIL de l'Harmattan-Paris qui nous les a traduits en langage ward). J'ai moi-même rassemblé, en parcourant certains sites internet, quelques autres documents que je n'ai pu obtenir au siège de la CEI. De même, j'ai essayé de rassembler, toujours grâce à la toile électronique, quelques interventions des participants à la conférence de Goma ou des personnes qui n'y étaient pas mais qui s'y intéressaient de loin. Pour être complet et tant soit peu objectif, j'ai aussi retenu quelques textes, également repris dans certains sites congolais, qui s'opposaient, plus ou moins avec virulence et de manière plus ou moins justifiée, à la tenue de la conférence de Goma. J'ai cependant exclu des rédactions plus incisives incitant clairement à la haine et qui, de ce fait, ne pouvaient rien ajouter à la construction de la paix dans les provinces troublées du Kivu. Ce sont tous ces actes, officiels ou non, que je me fais le plaisir de publier ici, en espérant qu'ils puissent servir à quelque chose. Je les ai rangés non selon un quelconque ordre thématique (d'ailleurs, pratiquement tous, qu'ils soient favorables ou non à la conférence, abordent les trois thèmes retenus: paix, sécurité et développement), mais selon leurs dates progressives de signature rédactionnelle. Ces actes seront mieux abordés si le lecteur se donne la peine de lire l'ouvrage que je venais de publier quelques jours avant celui-ci, intitulé: Kivu, RDC: la paix à tout prix. La Conférence de Gama (6-23 janvier 2008). Il décrit le Kivu où se déroule la conférence sur la paix, la sécurité et le développement: la géographie qui fait de lui la région féerique et touristique de la RDC, les peuples qui l'habitent, les guerres qui le déchirent depuis des lustres et, surtout, la convocation et le déroulement de la conférence. Pour terminer, je voudrais remercier Denis PRYEN, qui - lors d'un séjour de la délégation Harmattan (composée du directeur général lui-même, d'Armelle RICHE, directrice commerciale, de moi-même et de François YAMVWA qui s'était joint à nous) en janvier 2008 à Kinshasa (où nous étions invités à présenter mon livre Antoine Gizenga, le combat de I 'héritier de P. Lumumba) - m'avait prié de publier les actes de la conférence de Goma qui se déroulait en ce moment. M. PRYEN est un homme qui se passionne beaucoup pour l'Afrique et qui se montre attentif à tout ce qui s'y déroule et qui peut requinquer son développement. C'est d'ailleurs dans ce sens que nous nous sommes rendus dans la capitale de la République démocratique du Congo: pour y installer une structure Harmattan de droit de 23

local, qui s'occuperait de la vente, et même de l'édition du livre, espérant ainsi que cette action contribuera au rayonnement culturel et intellectuel des Congolais. Je voudrais également remercier l'abbé Apollinaire Malumalu qui, après m'avoir longuement reçu en compagnie de l'ami François Yamvwa le samedi 9 février 2008 au Grand Hôtel de Kinshasa, m'encouragea dans la publication des actes de la conférence de Goma qu'il présida.
Jean MPISI,

Paris, mai 2008.

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Actes de la Conférence
- 5 janvier

de Goma

1. Textes en faveur de la Conférence
( 15 décembre 2007 2008)

2. Mémorandums de rejet (IS décembre 2007 - 5 janvier 2008)
3. Textes produits pendant
(6

- 23janvier

la Conférence

2008)

1 Textes en faveur de la Conférence
15 décembre 2007 - 5 janvier 2008
Les textes retenus ici militent pour la tenue de la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les deux provinces du Kivu. 1/s émanent des pouvoirs officiels (Présidence de la République, Gouvernements national et provinciaux, et autres institutions publiques) et du Bureau de l'organisation de la Conférence. Ils sont naturellement très favorables au forum convoqué à Goma. Les textes se prononçant pour cette Conférence émanent également de certaines organisations non gouvernementales, notamment de la Société civile et de quelques groupements ou individualités. Ils adoptent le plus souvent un ton plus ou moins objectif ou libre, voire nettement plus critique envers l'Etat organisateur de la Conférence. Les rédacteurs de ces documents rejoignent parfois les signataires des mémorandums hostiles à la Conférence, ne pouvant parfois s'empêcher de se demander si le Gouvernement national n'a pas quelque idée derrière la tête en organisant les assises de Gama (notamment: pourquoi n'arrête-t-il pas le général rebelle Laurent Nkunda qui hante tous les esprits? va-t-illui offrir des « cadeaux» ?). Contrairement aux opposants, ces rédacteurs, qui sont de bonne foi, ne peuvent imaginer que l'Etat puisse initier une assemblée qui viendrait entériner les exigences d'un impie impénitent.

MEMORANDUM DES PARLEMENTAIRES NATIONAUX ET PROVINCIAUX, MINISTRES PROVINCIAUX ET DELEGUES DES SOCIETES CIVILES DU NORD-KIVU ET DU SUD-KIVU
A SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE (avec l'expression de nos hommages les plus déférents) Concerne: Situation de guerre au Nord-Kivu et au Sud-Kivu Excellence Monsieur le Président de la République, Les Parlementaires Nationaux et Provinciaux, Ministres Provinciaux et Délégués des Sociétés Civiles du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, réunis à Kinshasa du 14 au 15 décembre 2007au Centre Lassalien, dans la Commune de Kintambo ont, en date du 09 décembre 2007, constatés avec amertume la perte des positions stratégiques, dans la province du Nord-Kivu, notamment celle de MUSHAKI. Et pourtant, quelques jours auparavant, les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), venaient de prouver qu'elles 27

étaient capables de reconquérir les mêmes positions et de vaincre l'ennemi. Pour nous, il sied de faire un diagnostic aux fins de déterminer les causes de cette guerre et de proposer des pistes des solutions pour la reconquête des espaces perdus et ramener ainsi une paix durable dans la région.
J. CAUSES DE L'ECHEC

Elles sont à la fois lointaines et immédiates: 1.1. Causes lointaines: 1.1.1. Le brassage n'a pas atteint ses objectifs dans sa phase d'intégration de l'armée. En effet, la mauvaise mise en condition de nos forces combattantes a entraîné la mise en œuvre désastreuse lors des opérations militaires. 1.1.2. La décapitation des brigades et des bataillons des patriotes par l'éloignement de leurs officiers. Le maintien prolongé et délibéré de certains d'entre eux dans les centres de brassage. 1.1.3. Le phénomène de mixage qui a permis aux troupes fidèles à Laurent NKUNDA d'accroître, sans combat ses effectifs et son champ opérationnel. 1.1.4. Le maintien de la mise en place politique et militaire ainsi que des services des Renseignements et de migration issus du schéma 1 + 4. 1.1.5. Le refus obstiné et avéré du Gouvernement d'appliquer les recommandations pertinentes des Parlements National et Provinciaux relatives à la question de l'insécurité à l'Est de la RDC. 1.1.6. Le dysfonctionnement des services de Renseignements et des migrations entraînant ainsi l'infiltration progressive de l'ennemi. 1.1.7. Les insuffisances du Gouvernement dans la gestion de la guerre. 1.1.8. La tergiversation de ce même Gouvernement à aller vers la normalisation des relations diplomatiques avec le Rwanda, le Burundi et l'Ouganda. 1.2. Causes immédiates: 1.2.1. La cacophonie dans la chaîne de commandement militaire lors des opérations de conquête.

1.2.2.La complicité avec l'ennemi, et ce, à certains niveaux.
1.2.3. L'indiscipline et la légèreté caractérisées des certains officiers et Militaires sur le champ de bataille. 1.2.4. L'esprit mercantiliste, d'affairisme et d'opportunisme persistants dans la gestion de la logistique militaire (détournement de la solde et de la ration des militaires, opérations - retour, trafic d'armes, exploitation des ressources minières etc.). La guerre au Nord-Kivu et au Sud-Kivu est source d'enrichissement.

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1.2.5. L'absence totale de l'organisation médiatique de la guerre et de la mobilisation populaire. 1.2.6. La complaisance et la grande corruptibilité dont fait montre certains hauts officiers militaires aux fronts ainsi que certains cadres et agents de la DGM à différents points frontaliers au Nord Kivu et au SudKivu. 1.2.7. L'éthnisation et la sédentarisation prolongées de certaines unités de FARDC et de la police frisent une certaine stratégie d'occupation et de conquête du terrain. 1.2.8. La consécration de l'impunité comme mode de gestion.
2. EVALUATION

La perte de la position de MUSHAKI et d'autres positions actuellement récupérées par les insurgés doit être considérée comme la perte d'une bataille et non d'une guerre. Eu égard à tout ce qui précède, il se dégage que la situation sur terrain est grave, mais non irrécupérable. On peut y remédier dès lors en usant concomitamment du FIGHT and TALK, notamment en exploitant les pistes à la fois militaires, politiques et diplomatiques. Recommandations et actions à mener 2.1. Sur le plan militaire 2.1.1. Assainissement de toute la chaîne de commandement militaire en général et spécialement celle oeuvrant dans les provinces du Nord Kivu et du Sud-Kivu. 2.1.2. Relever de leurs fonctions, les traduire en justice selon le cas, tous les responsables politiques, militaires (hauts officiers, officiers et militaires) impliqués dans le scandale de la corruption, d'affairisme, et soupçonnés de trahison aux fronts (démobilisation des militaires). 2.1.3. Réhabiliter (récompenser) et responsabiliser certains officiers et militaires des FARDC qui ont fait preuve de bravoure et de hauts faits d'armes. 2.1.4. Cesser de payer et de ravitailler les militaires insurgés. 2.1.5. Réorganiser et stabiliser les troupes en général, celles aux fronts particulièrement. 2.1.6. Mettre définitivement hors d'état de nuire « le groupe» de 47 qui sème la terreur et la désolation dans les hauts plateau de FIZI et d'UVIRA, ainsi que d'autres groupes armés opérant ailleurs. 2.1.7. Doter les troupes à organiser d'une logistique appropriée et en et en éviter le détournement.

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2.1.8. Mettre sur pied une commission de contrôle parlementaire (National et Provincial) pour la maîtrise des effectifs militaires aux fins d'assurer une paix conséquente et régulière de la solde et en éviter le détournement. 2.1.9. Procéder à la vérification de l'identité des candidats militaires au brassage pour éviter que cette opération ne devienne une occasion de blachement de délinquance ou de nationalité congolaise. 2.1.10. Redéploiement urgent de nouvelles unités dans les zones opérationnelles. 2.1.11. Renforcement de la surveillance des frontières pour éviter les infiltrations. 2.1.12. La mise sur pied d'une commission d'enquête pour dénicher la chaîne des détourneurs de la solde et de la ration alimentaire des militaires. 2.1.13. Sanctionner les hommes d'affaires impliqués dans l'infiltration de l'ennemi et dans le financement de la guerre. 2.1.14. Reconstituer la capacité offensive de l'armée, notamment par la création effective d'un quartier général militaire avancé à Goma ou à Bukavu pour mener à bon port les opérations militaires. 2.1.15. La délocalisation de la base militaire aérienne vers BENI. 2.1.16. Doter la DGM d'une nouvelle mise en place conséquente, permuter tous les responsables des services de renseignement et de migrations, y compris ceux de l'ANR oeuvrant au Sud-Kivu et au Nord Kivu au profit des compatriotes capables d'assurer la protection effective de nos frontières. 2.1.17. Rendre opérationnel le Département 5 de l'armée, et ce à tous les niveaux de la hiérarchie militaire. 2.1.18. Réorganiser la justice, la distribuer équitablement. 3.2. Sur le plan politique 3.2.1. Relancer et accélérer la tenue de la conférence sur la paix, la Sécurité et le développement dans les provinces du Nord Kivu et du SudKivu tel qu'initié par les députés nationaux de ces deux provinces. 3.2.2. Déployer sur terrain tous les parlementaires nationaux du SudKivu et Nord-Kivu y compris certains de leurs collègues d'autres provinces aux fins d'y rencontrer leurs collègues provinciaux et autres personnalités et notabilités pour la sensibilisation de la population sur la nouvelle option
FIGHT and TALK.

3.2.3. Mise sur pied d'une commission tripartite HCR-RWANDA-RDC plus les autres pays voisins (Uganda - Tanzanie - Kenya) pour identifier les véritables réfugiés congolais disséminés dans la région des Grands Lacs. 3.2.4. Renforcer de manière exceptionnelle l'autorité de d'Etat par la stabilisation des institutions issues des élections.

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3.2.5. Fermer le poste frontalier de Bunagana au profit de celui d'Ishasha car ce premier sert pour ravitailler le CNDP en matériel, en munition et en argent. 3.2.6. Exiger les tribunaux militaires d'exception aux fronts pour que les sentences soient rendues et exécutées sur place en cas de trahison et d'espionnage. 3.2.7. Mettre à contribution une structure de la communication de masse (stations radio communautaires, chaînes nationales et privées) en vue d'organiser des campagnes de réveil patriotique. 3.3. Sur le plan diplomatique 3.3 .1. Parer urgemment au déficit diplomatique de la RDC 3.3.2. Implication personnelle du chef de l'Etat et du 1erMinistre dans la mise en œuvre du Communiqué Conjoint de Nairobi (09.11.07) ainsi que dans des autres accords similaires. 3.3.3. Normalisation des rapports diplomatiques avec les pays voisins. 3.3.4. Renforcement du front diplomatique avec objectifs précis à l'effet d'obtenir de la communauté internationale le retour pacifique des réfugiés rwandais disséminés à travers le monde et principalement en RDC par l'organisation d'un dialogue inter-rwandais. 3.3.5. Constituer des groupes de travail de diplomatie parlementaire dans les pays intéressés notamment: le Rwanda, le Burundi, l'Uganda, la Tanzanie, le Kenya, l'Afrique du Sud, les 5 pays membres permanents du conseil de sécurité, les pays de l'Union Européenne et autres pays amis. 3.3.6. Solliciter officiellement l'implication de la SADC dans la résolution des conflits dans la région des Grands Lacs. 3.3.7. Renforcer le coopération militaire avec d'autres pays notamment la SADC aux fins de constituer ou de former une armée républicaine et nationale capable de défendre l'intégrité territoriale de la RDC. 3.3.8. Réactiver les mécanismes de gestion de crise prévus dans les différents accords y relatifs. 3.3.9. Activer et accélérer le processus d'exfiltration de Laurent NKUNDA conformément aux engagements pris par le Gouvernement américain tel qu'accepté par le pays d'accueil, l'Afrique du Sud. 3.3.10. Demander à la MONDC de jouer pleinement son rôle autoTadjustrightararsid7569251 d'imposition à la paix, à l'instar de ce qui a été fait en Ituri, au lieu de se limier aux seules déclarations de tous les mercredis. 3.3 .11. La mise sur pied d'un plan particulier d'urgence pour la reconstruction des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu car la pauvreté est aussi source de conflit et d'insécurité. 31

3.3.12. La suspension du déploiement des diplomates à Goma et à Bukavu; et soumettre le déplacement des envoyés spéciaux et autres diplomates désireux de se rendre dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud Kivu à l'autorisation préalable du Président de la République et du Ministre des affaires étrangères. 3.3.13. La création d'une coordination des opérations humanitaires impliquant les gouvernements provinciaux du Nord et du Sud-Kivu ainsi que des ONGs locales d'une part pour un meilleur impact auprès des populations vulnérables et violentées et d'autre part pour éviter l'instrumentalisation et le détournement de l'aide humanitaire. 3.3.14. La création d'un Tribunal pénal international pour la RDC. Fait à Kinshasa le 15 décembre 2007.

COMPTE-RENDU DES TRAVAUX DU SECRÉTARIAT TECHNIQUE DES ACTIVITÉS PRÉPARATOIRES de la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu Kinshasa, 16 décembre 2007.
I. INTRODUCTION

Il s'est tenu ce dimanche 16 décembre 2007, dans la Salle de réunion de la Commission Electorale Indépendante, CEI, une réunion préparatoire à la séance plénière des notables, parlementaires et autres personnalités ressortissants des Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu autour du Président du Secrétariat Technique de la Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement du Nord-Kivu et Sud-Kivu, l'Abbé Apollinaire MUHOLONGU MALUMALU, en présence du Président de l'Assemblée nationale, l'Honorable Vital KAMERHE, et du Ministre d'Etat en charge de l'Intérieur, Décentralisation et Sécurité, Son Excellence Denis KALUME NUMBI. Le Secrétariat Technique avait pour mission de préparer les termes de références de la Session Plénière convoquée pour ce lundi 17 décembre 2007 et relative à la Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, dans l'objectif de parvenir à la cessation des hostilités dans la Région et la mise en place d'un plan global de pacification, de sécurisation et de développement des deux provinces. II. APPROCHE METHODOLOGIQUE Après avoir présenté les objectifs de l'atelier, le Président de séance a proposé aux différents membres de procéder à une brève présentation de leurs approches et perspectives pour la mise en œuvre et la réalisation rapide de ladite conférence. 32

n.l.

Contributions

des intervenants

Le Ministre d'Etat, en charge de l'Intérieur, Décentralisation et Sécurité. Premier à prendre la parole, le Ministre d'Etat, en charge de l'Intérieur, Décentralisation et Sécurité, a présenté le projet, selon la vision du Gouvernement, de la tenue de la conférence pour la paix, la sécurité et le développement dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Ce texte qui présentait trois objectifs poursuivis par la Conférence, a retenu 4 résultats attendus et prévu une méthodologie de travail adaptée à la matérialisation de la Conférence. Présentant quelques propositions des thèmes à exposer, les différentes catégories des problèmes, la qualité des événements et le calendrier des activités, le Ministre a proposé un projet de Logo imagé représentant les deux provinces visées par une colombe de Paix. Son projet a également présenté un budget global chiffré. n.2. Le Caucus Parlementaire du Nord-Kivu Un document de 26 pages, présenté par l'Honorable SEKIMONYO wa MAGANGO et reprenant des objectifs plus ou moins similaires à ceux évoqués par le premier intervenant, a retracé les causes lointaines, proches et immédiates de l'insécurité du Nord-Kivu, les thèmes à développer, les stratégies d'action et les résultats attendus par ladite conférence. Le Groupe a défini la nature des participants, leur nombre, le modérateur, le lieu et la durée de la Conférence ainsi qu'un projet de chronogramme de ces activités pour un budget global de 1 million deux cent trois mille, cent dix-neuf dollars américains (1.203.119,5 USD). n.3. Le Caucus Parlementaire du Sud-Kivu A son tour, l'Honorable Louis-Léonce CHIRIMWAMIMUDERHWA a introduit sa présentation par une citation biblique (Ecclésiaste 3 :8), qui dit: «Il y a un temps pour tout, un temps pour la guerre, un temps pour la paix ». Partant de la présentation de la Province du Sud-Kivu, la contribution des Parlementaires du Sud-Kivu, a procédé par la présentation de la problématique de l'insécurité et de la guerre pour définir l'objectif global de la conférence, les stratégies et approches méthodologiques ainsi que les résultats attendus. Le Caucus a proposé un projet de chronogramme établi en fonction d'un budget estimé à 3 millions cent treize mille neuf cent cinquante dollars américains (3.113.950 USD). nA. La Sous-commission thématique Au nom de la Sous-commission thématique, Monsieur Léon MUHETO a fait sa brève présentation sur la thématique de la Conférence avec un contenu à chaque thème et sous-thème, des propositions de mise en œuvre d'un plan global, des conditions d'organisation et de modération ainsi que le nombre des participants.

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Monsieur Norbert BASENGEZ/ KAT/NT/MA En sa qualité de membre de la Sous-commission «Organisation et Calendrier des travaux de la Conférence », Monsieur KATINTIMA a partagé avec les participants le calcul sur le taux de participation et de la représentativité des deux provinces à cette conférence ainsi que le calendrier de retour des délégations ainsi que des activités préparatoires et de restitution des travaux de Kinshasa, à Goma et à Bukavu, avant l'ouverture solennelle de la conférence qui aura lieu à Goma le vendredi 21 décembre 2007. La Conférence sur la paix selon Vital KAMERHE Dans son mot d'orientation, l'Honorable Vital KAMERHE a rappelé l'urgence de mettre en place un plan conséquent pour l'organisation rapide de la Conférence sur la Paix, la Sécurité et le Développement dans les Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Il a indiqué que les attentes de la population sont grandes et demeurent focalisées sur les résultats de ces travaux. Par ailleurs, l'Honorable Vital KAMERHE, a suggéré de mettre en place une équipe de communication pour chaque province afin de filtrer et de rendre de façon fidèle l'information sur la Conférence. Il a en outre, indiqué que si les travaux préparatoires de la Conférence peuvent commencer à Goma dès le début de la semaine qui commence, la Conférence proprement dite pourra être inauguré le 21 du mois courant. Tenant compte des différentes présentations, le Président de Séance a, dans son résumé de matières, proposé un plan de travail de la journée. Ill. PLAN DE LA CONFERENCE 1.Thème 2.0bjectifs 3.Résultats attendus 4.Agenda 5.0rganisation. La compétence de la conférence (convocation et limites) Phase préparatoire: invitations, lieu et programme de la conférence, les documents de travail, la documentation, la durée de la conférence, le logo de la conférence. Déroulement Suivi Invités et participants Conduite des travaux (modération) Participants nationaux et internationaux. 6. Budget 7. Sensibilisation Mise en place d'une cellule de sensibilisation et de communication (désignation de deux portes paroles à raison d'un par province), dépliants, banderoles et campagnes. 34

Couverture médiatique. 8. L'après-Conférence
N. DEROULEMENT 1. Du thème Thème retenu: PAIX, SECURITE ET DEVELOPPEMENT DANS LES PROVINCES DU NORD-KIVU ET DU SUD-KIVU. DES TRAVAUX

2. Des objectifs A. Objectifs globaux Mettre fm à la guerre et à l'insécurité dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud Kivu. Jeter les bases d'une paix durable et d'un développement intégral au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. B. Des objectifs spécifiques 1. Mobiliser toutes les forces vives des Provinces du Nord-Kivu et SudKivu autour des objectifs globaux de la Conférence; 2. Evaluer le préjudice subi sous ses différents aspects par les Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu depuis 1994 ; 3. Proposer des mécanismes appropriés en vue du désarmement des groupes armés nationaux et étrangers; 4. Faire le diagnostic de la situation qui prévaut au Nord-Kivu et au SudKivu en vue d'aboutir à une compréhension commune des causes et conséquences de l'insécurité; 5. Dissiper les peurs, les méfiances réciproques, les suspicions, les frustrations et colères qui rendent la cohabitation difficile; 6. Amener tous les acteurs de la vie politique, économique, militaire et sociale du Nord-Kivu et Sud-Kivu à faire acte d'engagement pour la Paix, la sécurité et le développement des deux provinces; 7. Créer un cadre permanent de concertation et de règlement pacifique des conflits; 8. Mettre en place un comité de suivi de la mise en œuvre des résolutions et recommandations de la conférence; 9. Proposer des mécanismes d'accroissement et de renforcement de capacité de gestion des Provinces et des entités territoriales décentralisées; 10. Inventorier les potentialités du Nord-Kivu et Sud-Kivu en vue d'élaborer un plan d'urgence de développement; Il. Mobiliser toutes les forces vives des Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu pour mieux les impliquer à la cohabitation pacifique, à la reconstruction et au développement durable; 12. Jeter les bases d'une véritable réconciliation entre les fils et filles des Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ; 13. Proposer la création d'un fonds spécial de reconstruction des Provinces du Nord-Kivu et du Sud Kivu ; 35

14. Mobiliser l'ensemble de la Communauté nationale, sous-régionale, régionale et internationale à accompagner le processus de pacification, de sécurisation et de développement des Provinces du Nord-Kivu et du SudKivu; 15. Proposer les mécanismes de renforcement de l'autorité de l'Etat dans les Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. 3. Résultats attendus 1. L'adhésion populaire aux objectifs de la Conférence est acquise; 2. Les préjudices subis sous différents aspects par les Provinces du Nord-Kivu et du Sud Kivu sont évalués; 3. Des mécanismes appropriés en vue du désarmement des groupes armés sont proposés; 4. Le diagnostic de la situation qui prévaut au Nord et Sud Kivu est établi et une compréhension commune des causes et conséquences de l'insécurité est obtenu; 5. Les peurs, les méfiances et les suspicions réciproques sont dissipées; 6. Un acte d'engagement pour la paix, la sécurité et le développement des Provinces du Nord et d Sud Kivu est pris; 7. Un cadre permanent de concertation et de règlement pacifique des conflits est mis en place pour consolider la paix ; 8. Un comité de suivi de la mise en œuvre des résolutions et recommandations de la conférence est institué; 9. Des mécanismes d'accroissement et de renforcement des capacités de gestion des Provinces et des entités territoriales décentralisés sont proposés; 10. Une campagne de vulgarisation des actes de la conférence est organisée; Il. Les forces vives des Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont mobilisées et impliquées dans les actions de cohabitation pacifique, de reconstruction, et du développement durable; 12. Les bases d'une véritable réconciliation entre les filles et les fils des Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont jetées; 13. Un plan d'action de développement du Nord-Kivu et du Sud Kivu est élaboré sur base des potentialités dans les deux Provinces; 14. Un fonds spécial de reconstruction du Nord-Kivu et du Sud-Kivu est mis en place; 15. Des mécanismes de renforcement de l'autorité de l'Etat dans les Provinces du Nord et du Sud Kivu sont proposés. 4. Agenda Ordre du jour: 1. Enjeux et défis de la Paix. 2. Enjeux et Défis Sécuritaires 3. Questions humanitaires et sociales 4. Enjeux et défis du Développement.

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Thème 1: LA PAIX 1.1. Aspects identitaires et intercommunautaires ; 1.2. Justice; 1.3. Rôle et responsabilités de l'Etat; 1.4. Rôle et responsabilités des Leaders; 1.5. Gestion et résolution des conflits; 1.6. Dimension sous-régionale, régionale et internationale; 1.7. Réconciliation. Thème 2: LA SECURITE 2.1. La question de l'Armée; 2.2. La question de la Police; 2.3. La question des Services de Sécurités; 2.4. La question de la Présence des Forces négatives étrangères; 2.5. La question des activités des groupes armés locaux incontrôlés; 2.6. La question de la Justice Militaire et la fin de l'impunité; 2.7. La question de la démobilisation et de la réinsertion sociale des excombattants; 2.8. La gestion et surveillance des frontières; 2.9. La mobilisation et la participation citoyenne à la sécurité collective; 2.10. La question du trafic illicite et prolifération des armes et des stupéfiants; 2.11. La gestion des populations. Thème 3 : QUESTIONS HUMANITAIRES ET SOCIALES 3.1. 3.2. 3.3. 3.4. 3.5. 3.6. 3.7. 3.8. Les Sinistrés; Les déplacés; Le retour des Réfugiés; L'éducation; La pandémie du SIDA. Les violences faites à la femme; L'accès aux soins de santé primaire; La problématique des interventions humanitaires

Thème 4 : DEVELOPPEMENT 4.1. Désenclavement, réhabilitation des infrastructures et aménagement du Territoire; 4.2. Gestion des ressources naturelles; 4.3. Gestion de l'environnement; 4.4. Gouvernance et éducation au développement; 4.5. Plan de développement économique et social; 4.6. Développement du capital humain; 4.7. La dimension culturelle du Développement V. DES PARTICIPANTS 01. Représentants des Communautés à la base 02. Représentants du pouvoir coutumier 37

03. Députés Provinciaux 04. Parlementaires Nationaux 05. Exécutif Provincial 06. Gouvernement Central (Présidence+Primature) 07. Les Institutions (Sénat et Assemblée Nationale) 08. Les Institutions d'Appui à la démocratie 09. Représentation de la femme 10. Représentant Pouvoir Judiciaire Il. Représentant du Pouvoir Judiciaire Provincial (PG Cour d'Appel + I erPrésident TGI) 12. Présidents des autres Assemblées Provinciales 13. Représentants (Armée, Police, DGM, ANR) 14. Représentants Société Civile (7 confessions religieuses, 2 FEC, 2 Représentants des étudiants, 2 associations des mamans, 2 Représentants des syndicats, coordination Société Civile) 15. Autres personnalités 16. Personnalités impliquées dans la dynamique de paix et/ou de guerre 17. Experts 18. Représentants des pays voisins: Rwanda, Burundi, Ouganda, Tanzanie. 19. Organisations Internationales (MONUC, PNUD, HCR, UE, UA, CIRGL, SADC et autres) 20. Puissances Amies de la R.D.C. (Ambassadeurs: USA, Russie, Japon, France, Belgique, Pays-Bas, Canada, RSA, Corée du Sud, Suède, Grande Bretagne, Italie, Chine, ...) 21. Secrétariat Technique 22. Interprètes 23. Institutions d'appui à la Démocratie. 24. Presse (Kinshasa et Goma) 25. Protocole+Sécurité. TOTALGENERAL:L'équipe estime que les participants peuvent être évalués entre 400 et 600 personnes.
VI. LIEU Ville de Goma.

VII. CALENDRIER Travaux préparatoires: Du 17 au 24 décembre 2007 : Préparation de la Conférence (Invitation, vulgarisation, disposition logistique, ); Le 25 décembre 2007: Noël (Messe œcuménique); Travaux proprement dits: Le 27 décembre 2007: ouverture solennelle (Cérémonie) ; Du 30 au 31 décembre 2007: Travaux; Du 31 décembre 2007 au 1erjanvier 2008 : Pause Nouvel An ; 38

Du 02 au 04 janvier 2008 : poursuite des travaux; Le 05 janvier 2008 : Clôture des travaux. VIII. DE LA CONDUITE DES TRAVAUX 1. Composition du Bureau Trois hypothèses ont été émises, à savoir: a) Un Facilitateur neutre qui viendrait de l'extérieur; b) Une Co-modération par des Congolais eux-mêmes; c) Un Bureau constitué des Congolais appuyés par un Comité des Sages. 2. Mise sur pied d'un Comité des Sages Le Comité de Sages est un corps consultatif ou de facilitation. Il a été adopté le Principe de la Représentation dans ledit Comité en fonction d'un Sage par communauté. 3. Mode de désignation - Par province: Chaque province dresse une liste de 5 personnalités. - Les communautés de base choisiront elles-mêmes les membres du Comité des Sages. - Les Chefs des Confessions Religieuses invitées à la Conférence sont d'office membres du Comité de Sages. 4. Modérateur ou facilitateur : Il proviendra d'une consultation extérieure.
IX. DU BUDGET Il a été convenu de mettre sur pied une équipe de 3 personnes pour l'harmonisation du Budget global de la Conférence. X. DU LOGO

Il a été recommandé d'adapter les images représentées sur le logo de la Conférence en fonction des objectifs poursuivis; notamment en plaçant la Colombe en dehors de la carte de la République Démocratique du Congo. XI. DES INVITATIONS Les invitations seront lancées à l'issue de la session plénière du lundi 17 décembre 2007, après harmonisation avec l'Organisateur. Fait à Kinshasa, le 16 décembre 2007.

DISCOURS DE VITAL KAMERHE, aux élus et délégués des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, Grand Hôtel, Kinshasa, 17 décembre 2007 Honorables Députés Nationaux et Provinciaux, Honorables Sénateurs, Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement, Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, 39

Messieurs les Gouverneurs des Provinces, Distingués Membres des délégations venues de nos Provinces du SudKivu et du Nord-Kivu, Mesdames et Messieurs, Distingués Invités, C'est pour moi un immense plaisir et une grande fierté de vous accueillir aujourd'hui dans ce magnifique cadre, en cet instant historique où les fils et les filles du Nord-Kivu et du Sud-Kivu décident de se concerter pour la Paix, pour la Sécurité et pour le Développement de leurs Provinces, pour une ère nouvelle de « Prospérité Partagée », résolument tournés vers l'avenir au sein d'un Grand Congo, unifié, prospère et où il fait bon vivre. Tout en saluant le courage et la détermination des élites du Kivu qui ont pris la résolution de rendre possible cette assemblée et la future conférence pour la Paix, la Sécurité et le Développement du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, laissez-moi rendre un hommage mérité à celui qui a pris l'initiative heureuse de ces assises: j'ai cité le Président de la République, Chef de l'Etat, Joseph KABILA KABANGE dont la détermination pour la Paix n'a jamais connu de faille depuis qu'il préside aux destinées de notre pays. Faut-il le rappeler encore? Notre pays, la République Démocratique du Congo, est entrain de sortir d'une période trouble et tumultueuse pour s'inscrire résolument dans le schéma d'une Nation démocratique, unie et gouvernée de façon responsable. Mais, quel chemin sinueux pour en arriver là aujourd'hui! Nous avons connu cinq ans d'une guerre atroce et meurtrière, où notre Peuple, agressé, a perdu plus de 4 millions d'âmes et qui a détruit complètement le tissus socio-économique déjà fortement endommagé par trente-deux ans de dictature et de mauvaise gouvernance. On oublie souvent que des armées hétéroclites de neuf pays africains et des milices de tous genre se livraient bataille sur le sol congolais, au point que l'on a parlé de la « première guerre mondiale africaine », mais sur notre terre ancestrale. Il a fallu la détermination et la force d'âme du président Joseph KABILA KABANGEpour opter en faveur de la Paix dans un contexte difficile. En effet, l'option pour une résolution pacifique du conflit en République Démocratique du Congo, fut une des caractéristiques majeures de l'action du Chef de l'Etat dès son arrivée à la Magistrature Suprême. Alors que son illustre prédécesseur et Père, le regretté MZee Laurent-Désiré KABILA, avait hésité à faire revenir le Facilitateur du Dialogue Intercongolais, Son Excellence MASIRE, le Président Joseph KABILA décide alors d'appliquer l'Accord de Lusaka, fait rouvrir les bureaux du Facilitateur et entame une série d'actions diplomatiques et d'ouverture qui ont rendu possible la tenue des négociations de Paix de SUN-CITY. Je peux aujourd'hui l'affirmer sans ambages, pour en avoir été un témoin privilégié, à toutes les étapes tout au long de la guerre qui nous a été

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imposée, la diplomatie et le Dialogue constructif pour une solution pacifique ont été les lignes maîtresses de l'agir du Président Joseph KABILA. Pour mettre fin à la guerre par des moyens pacifiques, il n'a pas hésité à aller vers les belligérants en vue de garantir la réunification d'un pays découpé en fractions selon les intérêts des uns et des autres. De l'Accord de Luanda avec l'Ouganda en passant par l'Accord de Pretoria avec le Rwanda, nous avons négocié efficacement jusqu'à l'étape de Sun City avec la conclusion de l'Accord Global et Inclusif qui a ouvert le chemin d'une Transition difficile, mais qui vient d'aboutir aux premières élections libres, démocratiques et transparentes tenues dans notre pays, et à la mise en place des Institutions Démocratiques stables aujourd'hui. Pourquoi ce rappel historique? Je voulais tout simplement montrer à tous, que l'option militaire et belliciste n'a jamais été un choix de la part du Chef de l'Etat et que la solution la meilleure à la crise demeure pour lui la voie pacifique. Faut-il donc s'étonner aujourd'hui qu'un appel vibrant nous soit lancé, nous, Fils et Filles du Nord-Kivu et du Sud-Kivu pour que nous puissions réfléchir à l'avenir de nos deux Provinces? Faut-il croire qu'il y a une fatalité de la violence chez nous? Je n'y crois pas! Car, des solutions aux problèmes similaires aux nôtres furent trouvées par le Chef de l'Etat dans d'autres parties de la République. Qui se souvient encore qu'une guerre féroce des milices en lturi a fait plus de 50.000 morts, laissant des cicatrices béantes au sein d'un peuple pris en otage par des chefs de guerre manipulés et inconscients? Aujourd'hui, l'Ituri retrouve petit à petit la sérénité et les affrontements d'antan ne seront bientôt qu'un mauvais souvenir. Mais, il a fallu pour cela que les enfants de l'Ituri se mettent ensemble en créant la « Commission de Pacification de l'Ituri ». Au Nord Katanga, des milices incontrôlées et des chefs de guerre sanguinaires aux noms évocateurs comme «CHINJA-CHINJA» ont mis pendant un temps la population sous coupe réglée! Là aussi, le Chef de l'Etat a agi avec fermeté et a proposé comme étape fmale la Paix, à travers la Commission de Pacification du Nord-Katanga. Et la Paix est revenue. Honorables Députés Nationaux et Provinciaux, Honorables Sénateurs, Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement, Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Messieurs les Gouverneurs des Provinces, Distingués Membres des délégations venues de nos Provinces du SudKivu et Nord-Kivu, Mesdames et Messieurs, Distingués Invités,

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Les Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu connaissent depuis les années 90 des soubresauts divers et ont été les premières victimes des guerres d'agression que nous avons connues. Ces deux Provinces n'ont-elles pas le droit de respirer un air de Paix et connaître les joies de la reconstruction après avoir montré leur patriotisme en résistant et en participant après, massivement aux élections? Mais que voyons-nous aujourd'hui? Alors que les autres parties du pays s'engagent sur la voie de la mise en route des cinq chantiers du Président de la République, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu défraient la chronique par la persistance de foyers de violences et de négation de l'autorité de l'Etat qui mettent non seulement en danger la cohésion nationale mais compromettent gravement les chances de développement de ces Provinces. La présence de groupes armés locaux incontrôlés, la présence de groupes étrangers, l'interaction des volontés de puissance des Etats voisins et de leurs problèmes internes non résolus, tout cela crée une situation chaotique chez nous, et il faut y mettre fin. Et l'on s'y est attelé sans relâche en passant de la diplomatie au dialogue, du dialogue à la fermeté en vue de trouver une issue. Voyez à cet effet les Accords de Nairobi, de Ngurdoto en Tanzanie, etc. Aussi, le Gouvernement de la République, comprenant qu'on ne peut faire la paix de quelqu'un sans lui, avait en son temps proposé la tenue d'une « TABLE RONDE INTERCOMMUNAUTAIRE» où les enfants du Nord et du Sud Kivu se parleraient pour construire la Paix. Des avis pertinents des élus des deux Provinces et les Forces Vives du Nord-Kivu et du Sud-Kivu considérèrent que nos problèmes ne se réduisaient pas à des questions de relations inter-ethniques ou Intercommunautaires et que leur complexité demandait une réflexion en profondeur qui ramasse toutes les causes, tous les paramètres et tous les acteurs en vue d'aboutir. Pour les Notables et autres élites du Nord et Sud Kivu du rétablissement de la Paix et de la Sécurité, ainsi de l'autorité de l'Etat pour permettre aux Provinces martyres du Kivu de prendre, enfm place dans le train du développement et de la reconstruction du Congo. C'est ainsi qu'est née l'idée d'une Conférence pour la Paix, la Sécurité et le Développement dans les Provinces du Nord et du Sud-Kivu. Des étapes importantes furent franchies: sur instruction du Président de la République et en concertation avec d'autres leaders du Sud et du NordKivu, actifs dans le projet, j'ai entamé des entretiens enrichissants avec les Députés du Nord et du Sud-Kivu. Des rencontres avec plusieurs leaders en vue de les impliquer, et un travail remarquable du Ministère de l'Intérieur, Décentralisation et Sécurité, ainsi que des réunions de sages aboutissent aujourd'hui à cette rencontre.

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Des groupes de travail se sont réunis au niveau de la Société civile, au niveau des Députés du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et ont fait des propositions. C'est ainsi que le Chef de l'Etat m'a autorisé à inviter à Kinshasa, des délégués à Kinshasa, des délégués venus du Nord et du Sud-Kivu, comprenant toutes les catégories du leadership local, en vue de préparer ensemble ces assises. D'où votre présence ici. Je voudrais rappeler à tous qu'il ne s'agit pas pour nous d'un exercice académique, mais de l'appropriation par les Fils et Filles du Nord-Kivu et du Sud-Kivu de leur destin historique. En effet, qui se battent chez nous aux côtés des insurgés et autres milices? N'est-ce pas nos fils et filles? Peut importe l'identité des manipulateurs internes ou externes. Qui sont les premières victimes des violences et viols? N'est-ce pas nos enfants, nos mères, nos filles, nos familles? Qui donc peut nous dénier le droit de nous asseoir ensemble, en nous regardant droit dans les yeux et en réfléchissant à l'avenir de notre terroir? Personne, il me semble! Mais, soyons clairs: nous n'organisons pas une séance de « négociation» avec qui que ce soit, mais nous voulons en tant que responsables de notre destin, baliser ensemble le chemin de la Paix, de la Sécurité et du développement de nos Provinces respectives. Aussi, après la « concertation des sages» du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, une première assemblée des Délégués venus des Provinces avec les Députés, Sénateurs et Personnalités présentes à Kinshasa a eu lieu au Centre Nganda, le samedi 15 décembre 2007. Cette assemblée a décidé de la mise en place d'un «Secrétariat Technique» présidé par l'Abbé Apollinaire Malumalu, Président de la CEL Mais entre-temps, le Président de la République a reçu le même jour les Sénateurs, Députés et Notables venus des Provinces. Au cours d'un entretien cordial et détendu, il a demandé aux leaders du Nord-Kivu et du Sud-Kivu de se montrer responsables, de se garder des rumeurs et de l'intoxication et de prendre la ferme résolution de construire eux-mêmes la Paix chez eux, tout en promettant son aide personnelle. A l'issue d'un travail remarquable, cette équipe sous la conduite de Monsieur l'Abbé Apollinaire MALUMALU, nous présentera aujourd'hui les lignes de la Conférence, et nous allons en discuter au cours de cette plénière. Il ne s'agit pas encore de la conférence proprement dite, mais de la préparation immédiate en vue de clarifier les objectifs, les sujets à discuter, le format, la date, le lieu ainsi que les résultats à atteindre. Les personnalités qui sont venues discuter de la faisabilité de cette conférence vont rentrer sur terrain en vue de restituer à la base les fruits de leur réflexion pour que le peuple du Nord-Kivu et du Sud-Kivu s'approprie initiative. Les délégués à la Conférence seront donc choisis dans nos 43

Provinces selon des critères objectifs respectant l'inclusivité et la représentation réelle. Je voudrais à présent m'adresser à nos populations du Nord et Sud-Kivu en ces termes: « Il y a un temps pour tout, un temps pour la guerre, un temps pour la paix» Ecclésiaste 3 : 8. Ce moment doit être saisi par nous tous pour qu'enfin nous voyions le bout du tunnel. Je sais que des esprits négatifs viendront, certainement, mettre en doute la pertinence de notre approche. D'autres vous feront croire que notre détermination à mettre fin à l'impunité et à l'aventurisme militaire des fauteurs des troubles a été entamée. Il n'en est rien. Cette option pour un dialogue entre nous Fils et Filles du Sud-Kivu et du Nord-Kivu est plutôt une opportunité à saisir pour accompagner nous-mêmes les efforts militaires, diplomatiques et autres déployés par le Gouvernement. Je voudrais d'ailleurs à ce propos vous dire une anecdote. «Un jour, un fou voit des gens entrain de se battre. Il demande à une personne normale: que font-ils? l'autre répond: ils font la guerre! et le fou de demander: c'est quoi la guerre? la personne censée répond: on s'entretue, on se tire dessus, on détruit. .l fou reprend: comment se terminent les guerres? l'homme censé répond: on signe la paix et l'armistice. Alors le fou secoue la tête et dit: ces gens qui font la guerre sont fous. Si toutes les guerres se terminent par la paix, alors pourquoi ne pas commencer par la paix au lieu de faire la guerre? » Honorables Députés Nationaux et Provinciaux, Honorables Sénateurs, Mesdames et Messieurs les Membres du Gouvernement, Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs Messieurs les Gouverneurs des Provinces, Distingués Membres des délégations venues de nos Provinces du SudKivu et Nord-Kivu, Mesdames et Messieurs, Distingués Invités, Avant de donner la parole à Monsieur l'Abbé Apollinaire MALU MALU pour qu'il vous présente le fruit du travail de l'équipe qu'il a dirigé, laissezmoi vous remercier encore pour votre présence et votre engagement. Je ne puis manquer de remercier le Gouvernement qui s'est engagé à assurer la faisabilité matérielle de ces assises ainsi que d'autres partenaires soucieux de voir notre pays retrouver la paix totale en vue de sa reconstruction. Puisse l'Eternel Dieu de Paix accompagner nos travaux. Je vous remercie.

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CONFERENCE SUR LA PAIX, LA SECURITE ET LE DEVELOPPEMENT DES PROVINCES DU NORD-KIVU ET DU SUD-KIVU Sous le haut Patronage de Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l'Etat.

COMMUNIQUE FINAL DE L'ASSEMBLEE PLENIERE DE PREPARATION, TENUE AU SALON CONGO DU GRAND HOTEL DE KINSHASA Kinshasa, le 17 décembre 2007.
Nous, Députés Nationaux et Provinciaux, Sénateurs, Ministres Nationaux et Provinciaux, Représentants du Pouvoir Coutumier, Délégués et leaders des Communautés à la base, Représentants des Forces Vives et des Eglises, Délégués des Enseignants et des Etudiants, des Organisations Féminines et des Jeunes, Opérateurs économiques (FEC), Représentants des Syndicats, Notables et Personnalités, tous Originaires des Provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu, Réunis en Assemblée Plénière de Préparation au Salon Congo du Grand Hôtel de Kinshasa, ce lundi 17 décembre 2007, sous la présidence de l'Honorable Vital KAMERHE,Président de l'Assemblée Nationale, Préoccupés par la persistance chez nous, d'un climat de violence, de guerre et d'insécurité qui engendre une situation humanitaire catastrophique de nature à entraver le démarrage de la reconstruction de nos Provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu ; Conscients de notre responsabilité collective dans la recherche des solutions définitives aux problèmes de Paix, de Sécurité et de Développement de nos Provinces respectives; Convaincus qu' «il y a un temps pour tout; un temps pour la guerre et un temps pour la paix» (Ecc1.3, 8) ! Saisissant l'urgence du moment présent en vue de mettre défmitivement fm à la guerre et à l'insécurité dans les Provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu, et jeter les bases d'une Paix et d'un Développement durables de nos provinces respectives, AVONS, à l'unanimité adhéré au programme de la tenue, dès la semaine prochaine, dans la Ville de Gama, d'une «Conférence pour la Paix, la Sécurité et le Développement des Provinces du Nord Kivu et du Sud Kivu », sous le Haut Patronage du Président de la République, Chef de l'Etat. Ainsi, après avoir entendu le Discours d'orientation du Président de séance, Monsieur Vital Kamerhe, nous avons adopté à l'issue de cette plénière, le Rapport de la Commission Technique ad hoc instituée à cet effet et présidée par l'Abbé Malumalu Apollinaire, Président de la Commission Electorale Indépendante. Ce rapport, débattu, amendé et adopté par la plénière, comprend le Programme Général du déroulement des travaux de la Conférence, 45

notamment en ce qui concerne le thème de la Conférence, les objectifs globaux et spécifiques, les résultats attendus à l'issue de la Conférence, l'agenda, la qualité des participants, le calendrier ainsi que les modalités de conduite des travaux. En outre, l'Assemblée plénière a accordé mandat au bureau provisoire et au secrétariat technique de finaliser les questions relatives à la modération de la conférence et à la facilitation. A la fm de travaux, des agapes fraternelles ont réuni tous les membres de cette assemblée qui comprenait, outre les notabilités du Nord Kivu et Sud Kivu habitant Kinshasa, une forte délégation venue de nos provinces respectives et conduite par les Présidents des Assemblées provinciales du Nord Kivu et du Sud Kivu. Fait à Kinshasa, le 17 décembre 2007. Pour l'Assemblée plénière, Le Bureau Provisoire: 1. Vital Kamerhe : Président l'Assemblée nationale, Président; 2. Abbé A. Malumalu : Président la CEI, Président du Secrétariat technique; 3. Azarias Ruberwa : Vice-Président de la République honoraire, Membre du bureau; 4. Denis Kalume : Ministre d'Etat à l'Intérieur, Décentralisation et Sécurité, Membre du bureau 5. Raymond Tshibanda : Directeur du Cabinet du Chef de l'Etat, Membre du bureau 6. Baleke Kadudu : Président Assemblée Provinciale du Sud-Kivu. 7. Léon Barianga : Président Assemblée Provinciale du Nord-Kivu. ORDONNANCE PRESIDENTIELLE N° 07/075 DU 20 DECEMBRE 2007 PORTANT CONVOCATION de la « Conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu Le Président de la République; Vu la Constitution spécialement en ses articles 79 et 91 ; Vu l'ordonnance n007/ 017 du 3 mai 2007 portant organisation et fonctionnement du gouvernement, modalités pratiques de collaboration entre le Président de la République et le gouvernement ainsi que entre les membres du gouvernement; Vu l'ordonnance n007I 018 du 16 mai 2007 fixant les attributions des ministères; Vu les décisions du Conseil des ministres notamment celles du 7 mai 2007, du 14 et 29 septembre 2007 et du 11 décembre 2007, relatives à l'organisation d'une conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ; 46