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Le Liban : de l'Etat inachevé à l'invention d'une nation

De
130 pages
L'histoire du Liban est forgée par les tensions et les guerres. L'Etat libanais, qui a bientôt cent ans, peine à trouver la bonne expression politique pour gérer sa société multireligieuse. Depuis sa création, deux Liban vivent et s'affrontent : le Liban politique et le Liban social. La problématique libanaise est celle d'un divorce entre l'Etat et la société. Une fracture capitale à saisir pour déchiffrer l'évolution tortueuse et parfois douloureuse de ce pays.
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En mars 2005, des mouvements populaires secouent LE LIBAN la société libanaise. Une contestation de grande
ampleur baptisée « printemps libanais ». Ainsi, près DE L’ETAT INACHEVÉ
de cinq ans avant le début de ce qu’on a appelé le «
printemps arabe », l’opinion internationale assiste À L’INVENTION D’UNE NATION
au bouillonnement d’un pays avide de changement.
Ce mouvement de masse traduit en réalité un
problème plus profond : l’Etat libanais, qui a bientôt
cent ans, peine à trouver la bonne expression LE LIBAN politique pour gérer sa société multireligieuse.
L’histoire du Pays des cèdres reste forgée par les
tensions et les guerres. Engager un récit optimiste,
relèverait de la gageure. L’analyse menée dans cet DE L’ETAT INACHEVÉ ouvrage s’attaque à la nature même de la relation
établie entre l’Etat et la société. En effet, depuis sa
création, deux Liban vivent et s’affrontent dans le
même pays : le Liban politique et le Liban social. À L’INVENTION D’UNE NATION
Autrement dit, le Liban et les Libanais ne font pas
toujours un. La problématique libanaise est ainsi
celle d’un divorce entre l’Etat et la société. Une
fracture capitale à saisir pour déchiffrer l’évolution May Maalouf Monneau
tortueuse et parfois douloureuse de ce pays.
May Maalouf Monneau est Professeur assistant à l’Institut
Supérieur des Sciences Politiques et Administratives de l’Université
Saint-Esprit de Kaslik (USEK), au Liban. Elle est aussi chercheur
associé au laboratoire CESSMA, de l’Université Paris Diderot-Paris 7.
Elle a publié un ouvrage sur Les Palestiniens de Jérusalem, a
codirigé un ouvrage collectif intitulé Confits et Territoires au
MoyenOrient et au Maghreb et a écrit plusieurs articles de recherche sur
le confit israélo-palestinien.
ISBN : 978-2-343-05857-3
12,00 €
Collection dirigée par Pierre Blanc
et Bruno Péquignot
Retrouvez les articles et l’actualité
de l’iReMMO sur : www.iremmo.org
LE LIBAN : DE L’ETAT INACHEVÉ À L’INVENTION D’UNE NATION - May Maalouf Monneau
Nº 18Dans la même collection :
2012
eMounir Corm, Pour une III république libanaise. Étude critique
pour une sortie de Taëf
Marc Lavergne (Dir.), Égypte une société en quête d’avenir, an 2 de la révolution,
Marc(Dir.), Égypte, l’émergence d’une nouvelle scène politique,
an 2 de la révolution
Sébastien Abis, Pour le futur de la Méditerranée, l’agriculture
Sylvia Chiffoleau, Sociétés arabes en mouvement, trois décennies de changements
Faouzia Zouari, Pour un féminisme méditerranéen
Abdelatif Idrissi, Pour une autre lecture du Coran
2013
Gilbert Meynier, Pour repenser l’Algérie dans l’histoire
Olivier Marty et Loïc Kervran, Pour comprendre la crise syrienne, éclairages
sur un printemps qui dure
Nicolas Dot Pouillard, Tunisie : la Révolution et ses passés
Catherine Wihtol de Wenden, Pour accompagner les migrations en Méditerranée
Haoues Seniguer, Petit précis d’islamisme : des hommes, des textes et des idées
2014
Jordi Tejel Gorgas, La question Kurde : passé et présent
Sébastien Abis, Mobilisations rurales en Méditerranée
Julien Salingue, La Palestine d’Oslo
Jean-François Coustillière et Pierre Vallaud, Géopolitique et Méditerranée,
volume 1e et Pierre Vallaud,
volume 2
© L'Harmattan, 2015
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
ISBN : 978-2-343-05857-3
EAN : 9782343058573
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GL[XVLRQKDUPDWWDQ#ZDQDGRRIULe Liban
De l’Etat inachevé à l’invention d’une nation
0D\0DDORXI0RQQHDXLa bibliothèque de l'iReMMO
Collection dirigée par Pierre Blanc et Bruno Péquignot
Cette collection se propose de publier des textes sur tous les
aspects de la vie sociale de la Méditerranée et du Moyen-Orient.
Tous les domaines sont concernés, de la politique à la culture et
aux arts, de l’analyse des mœurs et des comportements quotidiens
à l’économie, de la vie intellectuelle à l’étude des institutions et
organisations sociales, sans oublier la dimension historique ou
géographique de ces phénomènes.
L’objectif est de créer une sorte d’encyclopédie, au sens historique
de ce terme, présentant, de façon claire et rigoureuse, toutes les
Chaque ouvrage vise à faire le point sur un sujet traité dans un souci
de le rendre accessible au-delà des cercles des spécialistes.
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De l’Etat inachevé à l’invention d’une nation
L’HARMATTANA mes parents,
Salwa et Nadim R
Je souhaite remercier toutes les personnes qui m’ont aidée,
de près ou de loin, à mener à bien cet ouvrage. Ma pensée va
d’abord à mon collègue et ami, Gaby Chahine, qui a accepté de
lire ce travail malgré son emploi du temps chargé. Je le remercie
vivement pour son regard perspicace, ses critiques précieuses et
sa franchise. Je suis reconnaissante à l’Agence Universitaire de la
Francophonie au Moyen-Orient, de m’avoir attribué l’« Allocation
de Perfectionnement Formation-Recherche 2014-2015 ». Je remercie
aussi le Père Hady Mahfouz, Recteur de l’Université Saint-Esprit
de Kaslik (USEK) pour ses encouragements constants. Je pense
également à mes étudiants de l’Institut Supérieur des Sciences
Politiques et Administratives de l’USEK où j’enseigne, qui, par leur
regard mais aussi leurs angoisses relatives à l’avenir de leur pays,
Jean-Paul Chagnollaud et Pierre Blanc, de m’avoir
donné cette belle opportunité de publier ce livre.
J’ai une pensée particulière pour ma famille : mon mari Régis,
pour ses remarques pertinentes et son soutien, mes enfants Daniel,
Alexandre et Rémi, pour leur amour et leur patience.
La bibliothèque de l’iReMMO
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=En mars 2005, des mouvements populaires secouent
la société libanaise. Une contestation de grande ampleur
baptisée « printemps libanais ». Ainsi, près de cinq ans avant
le début de ce qu’on a appelé le « printemps arabe », l’opinion
internationale assiste au bouillonnement d’un pays avide de
changement. Galvanisés, les Libanais descendent dans la rue,
toutes communautés religieuses confondues, pour réclamer
plus d’Etat. Plusieurs questionnements agitent aussitôt les
esprits : s’agit-il d’un éveil national visant à la réalisation d’un
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se réconcilier avec son Etat ? Ce dynamisme collectif qui a
réussi pourtant à déstabiliser le gouvernement et à le mener à
démissionner n’a pas pu forger une nouvelle identité politique.
Est-ce alors une occasion manquée pour refonder la charpente
sociopolitique libanaise, et effectuer une transformation
tellement désirée par les citoyens ? Sans doute. L’Etat libanais,
qui a bientôt cent ans (il a été créé en 1920), peine à trouver la
bonne expression politique pour gérer sa société multireligieuse.
L’histoire du Pays des cèdres reste forgée par les tensions et
les guerres. De la crise de 1958 à l’agression de juillet 2006,
en passant par la guerre de quinze ans (1975-1990), autant de
tragédies gravées dans la mémoire collective libanaise. Engager
un récit optimiste relèverait de la gageure. Le Liban
seraitil alors un pays condamné à la violence cyclique depuis sa
naissance ? La marche de l’histoire révèle une réponse positive.
La bibliothèque de l’iReMMO
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/H/LEDQGHO?(WDWLQDFKHYpjO?LQYHQWLRQG?XQHQDWLRQ===Alors par où commence l’explication ? Par les origines d’une
société-refuge pour les différentes communautés religieuses qui
le constituent ? Ou par l’hypothèse d’un Etat préfabriqué,
confectionné par l’impérialisme occidental ? Le Liban n’est
ni une société refuge, ni un Etat bricolé. Ces deux jugements
ne semblent pas satisfaisants. D’une part, la pluralité sociale
n’est pas une particularité uniquement libanaise, d’autre part,
toute création étatique, au sens moderne du terme, comporte
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doit d’abord s’attaquer à la nature même de la relation établie
entre l’Etat et la société. En effet, depuis sa création, deux Liban
vivent et s’affrontent dans le même pays : le Liban politique et
le Liban social. Ces deux composantes, qui normalement doivent
coexister dans un même système nationalo-étatique, n’arrivent
pas à fusionner dans un seul dispositif sociopolitique. Autrement
dit, le Liban et les Libanais ne font pas toujours un. D’où
l’omniprésence d’une mémoire angoissée, jalonnée de guerres, de
YLROHQFH HW G?pPLJUDWLRQ VDQV Q '?R DXVVL un présent dominé
par un pessimisme endémique qui se transmet de génération en
génération, traduisant un sentiment d’impuissance qui fragilise
toute perspective d’avenir. L’histoire du Liban est celle d’un
divorce entre l’Etat et la société. Une fracture capitale à saisir
pour déchiffrer l’évolution tortueuse et parfois douloureuse de
ce pays.
Ce manque de symbiose entre pouvoir et société fait que,
près de cent ans après la création de leur Etat, les Libanais se
posent toujours la question de savoir si leur pays existe bien ou
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les institutions sont là, alors il faut y croire. Les pessimistes eux,
sont convaincus que leur Etat n’est qu’une illusion politique et
juridique, et ne correspond à rien. Leurs propos se radicalisent
à la moindre secousse politique, arguant qu’il vaut mieux se
rendre à l’évidence : le Liban a du mal à exister et peut-il même
encore survivre ? Cette remise en cause existentielle a quelque
chose de redoutable. Quoi de plus effrayant pour les héritiers de
la culture nationalo-étatique que nous sommes ? Et quoi de plus
CB
V?GG/S?=
=déroutant, pour une population, que d’assister à l’impotence de
ses dirigeants qui, incapables de s’entendre sur des techniques
de gestion étatique collectives, s’évertuent à ravauder des outils
politiques obsolètes ?
L’impact des diplomaties étrangères n’est évidemment
pas à négliger. L’Etat libanais, comme la plupart des pays du
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Les rapports Europe/Moyen-Orient dévoilent que ce dernier n’a
que rarement constitué une carte maîtresse pour les diplomaties
impériales européennes. Il ne l’est pas plus pour les grandes
puissances aujourd’hui. Depuis les accords secrets de Sykes-Picot
e siècle), les puissances
européennes puis occidentales ont rarement abordé cette région
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intermédiaire, géographiquement et économiquement, servant à
satisfaire leurs intérêts placés ailleurs. En réalité, cet « Orient »
a toujours été « Moyen » dans tous les sens du terme. Le Liban
ne fait pas exception à cette géométrie politique. Maillon faible
de la région, il est contraint de trouver son équilibre au sein de
spéculations politiques régionales et internationales, qui parfois
le dépassent.
« Si vous pensez avoir compris ce qui se passe au Liban »,
peut-on lire dans le bureau d’un ancien porte-parole de la FINUL,
« c’est qu’on vous a mal expliqué ». Le présent ouvrage part du
principe que toute construction nationalo-étatique a sa part de
complexité. Il ambitionne de présenter une vision à la fois claire,
problématisée et concise de l’évolution libanaise. Un pays à la
fois connu et mal connu de l’opinion internationale. Connu, car la
porte de la question libanaise s’est ouverte à l’internationalisation
e siècle et ne s’est jamais refermée depuis. Méconnu,
parce qu’on l’associe trop hâtivement à un pays où vit un
patchwork de communautés religieuses complexes qui n’arrivent
pas à coexister. Devant ce constat, l’intelligence humaine ne
peut que démissionner, laissant la place aux aléas des jugements
simplistes, que cet ouvrage tente de démonter.
CCLa bibliothèque de l’iReMMO
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