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LE LIVRE FRANÇAIS AUX ETATS-UNIS 1900-1970

De
160 pages
Le livre français justement considéré comme un véhicule idéologique et un vecteur du progrès technique est aussi la pointe de diamant de l'influence de la France à l'étranger. La diplomatie culturelle lui a toujours accordé une attention particulière tant du point de vue de son utilisation que de sa diffusion commerciale. La diplomatie attribue au livre bien des fonctions dont cet ouvrage tente de rendre compte à travers la politique du livre du Quai d'Orsay aux Etats-Unis de 1900 à 1970.
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LE LIVRE FRANÇAIS AUX ÉTATS-UNIS
1900-1970

Culture et diplomatie françaises
(Collection dirigée par Norbert Dodille)

La présence culturelle de la France à l'étranger s'appuie sur un dispositif impressionnant composé d'établissements et de services souvent ignorés du grand public, et qui cependant fait partie de notre Histoire, au même titre que nos batailles et nos traités. Cette collection se propose de raconter la vie souvent prestigieuse, toujours passionnante et difficile, de nos Instituts et Services culturels, de nos Alliances, qui ont joué et jouent encore un rôle capital dans la défense et l'illusttation de nos valeurs dans le monde.

Déjà parus: Londres sur Seine, une histoire de l'Institut français du Royaume-Uni (/910-1980). Textes réunis par Virginie Dupray, René Lacombe et Olivier Poivre d'Arvor, 1996. L'action artistique de la France dans le monde. Histoire de L'Association Française d'Action Artistique (A.F.A.A.) de 1922 à nos jours, par Bernard Piniau, 1998. Une passion roumaine. L'Institut français des Hautes Etudes de Bucarest (1924-1948), par André Godin, 1998.
Histoire de la Fédération des Alliances Françaises aux Etats-Unis. L'Alliance au cœur, par Alain Dubosclard, 1998. La crise des institutions nationales d'échanges par François Roche, 1998. culturels en Europe.

Alain DUBOSCLARD

LE LIVRE FRANÇAIS AUX ÉTATS-UNIS 1900-1970

Préface

de

Jean-Yves MOLLIER

L'Harmattan 5-7. rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inr. 55. rue Sainl-Jacqucs Monlréal (Qc) . CANADA II2Y I K')

@

L' Harmattan.

2000

ISBN:

2-7384-8949-4

Sigles
A.A.F.P : Archives de l'Alliance Française de Paris A.A.F.W : Archives de l'Ambassade de France à Washington A.A.T.F : American Association of Teachers of French A.D.G.A.F.W : Archives de la Délégation Générale de l'Alliance Française à Washington A.D.P.F : Association pour la Diffusion de la Pensée Française A.F : Alliance Française A.F.A.A: Association Française d'Action Artistique A.F.I.A.F: Archives du French Institute-Alliance Française A.M.A.E : Archives du Ministère des Affaires Etrangères (Paris) A.M.A.E.N : idem à Nantes A.N.L.F.E : Association Nationale du Livre Français à l'Etranger c.a.D.a.F.I.L : COuncil for Development Of French In Louisiana C.P.L.F : Comité Permanent du Livre Français D.G.A.C.T: Direction Générale de l'Action Culturelle et Technique D.G.R.C : Direction Générale des Relations Culturelles D.G.R.C.S.T: Direction Générale des Relations Culturelle Scientifique et Technique F.A.F.-E.U : Fédération des Alliances Françaises aux Etats-Unis F.I.A.F : French Institute-Alliance Française M.A.E : Ministère des Affaires Etrangères S.E.A : Service des Echanges Artistiques S.a.F.E: Service des Œuvres Françaises à l'Etranger

Sommaire Préface Introduction Première partie: d'influence Le livre: objet symbolique, 7 .11 outil 17 19 24 29 35

Chapitre 1 De l'utilisation du livre dans l'action culturelle Chapitre 2 Le livre au service de la contre-propagande Chapitre 3 Le livre et l'exposition de San Francisco (1915) Deuxième partie: Livre et enseignement..

Chapitre 4 L'action culturelle et le livre scolaire 37 Chapitre 5 Bibliothèques françaises aux Etats-Unis: vitrines de la "Pensée française" .43 Chapitre 6 Livres de Prix et concours de langue française 50 Chapitre 7 Projet d'un centre de documentation sur la France à New York en 1932 54

Troisième partie: Le programme d'action-livre populaire aux Etats- Unis Chapitre 8 Le livre français guerres commercial

du Front .57

dans l'entre-deux.59 69 85 la guerre et ses 95 97 104

Chapitre 9 Le plan d'action élaboré en 1936 Chapitre 10 Décisions et travaux pratiques Quatrième partie: conséquences Le livre commercial,

Chapitre Il Pénurie et mesures d'urgence Chapitre 12 La situation au lendemain de la guerre

Cinquième partie: Espoir et échec du livre commercial français aux Etats- Unis ..121 Chapitre 13 Un succès tardif et en demi-teinte Chapitre 14 Naissance et évolution du fonds culturel.. Chapitre 15 Des statistiques qui cachent une réalité amère Conclusion Sources et bibliographie. 123 131 141 ..147 .153

6

Préface

Auteur d'une Histoire de la Fédération des Alliances Françaises aux Etats-Unis (L'Harmattan, 1998), Alain Dubosclard fait partie de ces jeunes chercheurs qui ont eu le courage de s'expatrier pour étudier sur place l'objet de leur investigation. C'est d'ailleurs le premier mérite du livre qu'il nous propose aujourd'hui que de bénéficier du double
éclairage des sources traditionnelles

- les

archives

du Quai

d'Orsay - et des enquêtes de terrain effectuées en Amérique du Nord. Dans le cadre d'un doctorat en histoire consacré à l'action culturelle de la France aux Etats-Unis au XXe siècle, la tentation était grande de se concentrer sur les politiques culturelles du pays de référence, la France, d'analyser de près les orientations de chaque régime, de ses gouvernements successifs et de privilégier quelques grandes figures de décideurs sur qui eût été portée l'attention principale. Ainsi aurait pu être écrite, de Paris, une histoire sans doute utile mais à laquelle eût manqué un élément d'appréciation majeur, l'inscription de ces orientations étatiques dans la réalité nordaméricaine. Du discours, souvent édifiant et volontariste, aux faits, on le sait, le fossé est souvent grand. Alain Dubosclard a donc choisi la voie la moins aisée, la plus longue et la plus austère pour parvenir à ses fins, mais aussi la plus prometteuse car les politiques culturelles définies sur les rives de la Seine seront jugées aux actes par les témoins de l'Hudson River, des Grands Lacs, du Texas ou de la Californie.

Le livre dont il est question aujourd'hui ne reproduit pas la thèse, en cours d'achèvement, d'Alain Dubosclard. Il en est plutôt la première illustration du bien-fondé de la démarche scientifique et il rejoint, par ce trait, la précédente publication, toutes deux s'inscrivant comme autant de jalons dans le cadre du travail de grande ampleur dont nous avons parlé. Le Livre, outil de diplomatie culturelle se propose en effet d'interroger et de mesurer la place du livre français aux Etats-Unis de 1900 à 1970. Si les rapports des consuls, ambassadeurs, hauts fonctionnaires du Quai et des divers bureaux du Ministère des Affaires Etrangères ont fait l'objet d'une lecture minutieuse, ils ne sont pas les seuls éléments sur lesquels s'appuie l'auteur. Les archives américaines ont été largement mises à contribution, les ressources de la Bibliothèque du Congrès, admirable au demeurant, amplement utilisées, de même que l'interview des témoins ou survivants chaque fois que l'occasion s'en présentait. A la différence de bon nombre de ses collègues que le chiffre rebute, et la statistique encore davantage, Alain Dubosclard a compris que
le tonnage des livres - ici des quintaux métriques

- pourrait

lui

apporter de précieuses informations. Le lecteur trouvera donc dans les pages qui suivent tous les repères indispensables pour juger en toute sérénité de l'exportation de livres français vers le Nouveau Monde américain. Comme il l'écrit dans sa conclusion, qui résume son entreprise, "le livre français est lui-même un condensé de l'action culturelle". Véritable miroir non déformant projeté sur un pays devenu, au XXe siècle, l'un des deux géants du monde puis le seul après 1989, le livre permet de juger les politiques aux actes. Avant son remplacement éventuel par d'autres médias culturels, le cinéma, la télévision, les cédéroms, Internet et le multimédia, l'invention de Gutenberg a modelé les esprits pendant plus de cinq siècles. Outil privilégié, à côté de la presse, des idéologies, du savoir, de l'éducation et des rêves de l'homme, il a été le véhicule primordial des rencontres entre civilisations et cultures. En Amérique du Nord où le français demeura la langue préférée des élites jusqu'aux années soixante, il fut d'abord recherché 8

par les grandes bibliothèques, les universités et les personnages les plus influents du pays. L'essentiel des politiques culturelles passa d'ailleurs par l'approvisionnement régulier de ces institutions qui étaient en mesure d'assurer ensuite son rayonnement. Si le Service des œuvres françaises à l'étranger, après 1920, accorda davantage d'importance à la présence du livre français outre-Atlantique, il se garda cependant d'amorcer une authentique réflexion sur le petit nombre des francophones dans cet espace où l'anglais régnait encore en maître. Il faudra attendre le rapport préparé par Claude LéviStrauss, après la Libération, pour que les autorités diplomatiques commencent à imaginer d'autres modalités d'action. Toutefois la constante des politiques en ce domaine témoigne de leur cécité ou de leur aveuglement: accepter de consacrer l'essentiel de ses moyens, humains et financiers, à la traduction, c'était regarder en face une vérité cruelle, le recul inexorable de notre langue dans le monde. Faute de s'y être résolu à temps, les politiques ont perdu un temps précieux difficile à rattraper à l'aube du troisième millénaire. Certes le Front Populaire avait voulu remédier au mal - la sousreprésentation du livre français dans cet immense espace - et il avait consenti un gros effort budgétaire à ce titre, mais la guerre stoppa net cette contre-offensive et l'après-Seconde Guerre mondiale devait se révéler tragique à bien des égards. Le centre névralgique de l'édition mondiale s'était déplacé sur la côte Est des Etats-Unis, comme celui du cinéma en Californie en 1914, et l'Europe était désormais tributaire des productions américaines. Le renom des écrivains français était encore assuré grâce aux existentialistes - Sartre et Camus - et à quelques épigones mais le triomphe du livre de Poche devait sonner le glas des espoirs placés dans nos hommes de lettres pour redonner à la France le rang qu'elle estimait lui être dû. A l'heure des bilans, la place du livre français en Amérique est donc faible, comme celle du cinéma d'auteur, mais la responsabilité n'est pas univoque et il serait trop facile d'accuser ici l'absence de curiosité des Américains envers les 9

productions du reste du monde. La carence des éditeurs en la matière est aussi une donnée à prendre en compte: si les plus importants d'entre eux ouvrirent dès le milieu du XIXe siècle des succursales dans la plupart des capitales européennes, ils ne firent pas le voyage vers un pays où les possibilités étaient pourtant immenses. La création d'un Bureau du livre français à New- York est très récente et, là encore, on discerne bien, grâce à Alain Dubosclard, les raisons du recul de la littérature française et des travaux des savants dans les librairies des Etats-Unis. Si tous les diplomates ne furent pas inconscients en matière de saine propagande nationale, si le géant du livre, Hachette, comprit à certains moments l'importance d'une action spécifique auprès des distributeurs d'outre-Atlantique, les politiques culturelles péchèrent dans leur ensemble par leur manque d'envergure et de constance dans la volonté de modifier le cours des événements. Au-delà de son objet principal, ce livre peut ainsi se lire comme un essai de réflexion sur les ambitions politiques de la France dans le monde à notre époque. Du dire au faire et de la coupe aux lèvres, la distance fut toujours grande, ce qui est peut-être le signe le plus évident d'un déclin auquel pourtant les politiques n'envisagèrent jamais de se résigner. Jean- Yves MOLLIER Directeur du Centre d'histoire culturelle des sociétés contemporaines Université de Versailles Saint-Quentin-en- Yvelines

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à Gaston Bordet François Marcot Janine Pontv amitié, reconnaissance

Introduction

En octobre 1998 s'est ouvert en plein cœur de Manhattan dans les locaux du French Institute-Alliance Française, 95 Est 60e rue, un centre de ressources et de documentation sur la France contemporaine, dernier né des projets du ministère des Affaires étrangères. Des aménagements intérieurs importants ont été réalisés, tout comme le renouvellement et la mise à jour du fonds documentaire. Le multimédia n'est pas oublié: CD-Rom et videodisques côtoient les traditionnels encyclopédies et dictionnaires

pour, s'il en était besoin, dépoussiérer l'image de la France. Nec plus ultra, l'établissement est en liaison par satellite avec la
Bibliothèque Nationale de Francel. Ajoutez à cela les 40000 ouvrages de la bibliothèque du F.I.A.F. et vous obtiendrez l'un des établissements culturels français les plus importants du monde et le premier fonds de livres français d'Amérique du nord, hors Québec. Le projet qui vient d'aboutir n'est pourtant pas nouveau. En 1920 déjà, le Service des Œuvres qui vient de remplacer le Service
I

France-Amérique, 3-9.10.1998, p 24 et France-Amérique. 17-

23.10.1998, P 17. Le ministre français de la Culture et de la Communication, Catherine Trautmann, est venue à New York inaugurer le nouveau centre de ressources le 15 octobre 1998.

des Ecoles et des Œuvres fondé en 19092 s'intéresse déjà aux bibliothèques américaines et le projet d'un centre de documentation sur la France à New York est évoqué en détail dès 19323. En effet, la Première Guerre mondiale a joué le rôle de révélateur du géant américain aux yeux du gouvernement français et celui-ci a ainsi mesuré tout l'intérêt qu'il y aurait à influencer ce puissant voisin d'outre-Atlantique dont l'aide s'est récemment avérée si précieuse. Avec la naissance d'échanges universitaires réguliers entre la France et les Etats-Unis dès 1898, la naissance à New York d'un théâtre français sous l'impulsion et la direction de Jacques Copeau, celui du Vieux Colombier en 19174, et la création du Service des Œuvres en 1920, le ministère français des Affaires étrangères décide, au lendemain du conflit, qu'il est temps de faire un effort vers les élites américaines pour, en quelque sorte, capitaliser le potentiel de sympathies nées de la fraternité des armes. Le resserrement des liens entre les deux pays est antérieur à la guerre comme l'indiquent la création de la chambre de commerce franco-américaine (1896), celle de la Fédération des Alliances Françaises des Etats-Unis (1902), du French Institute (1911)5. Toutefois, la guerre, à travers le Haut Commissariat dirigé par André Tardieu, a joué un rôle déterminant dans cette évolution. Cette politique à long terme s'inscrit dans une conjoncture obscurcie par les difficultés surgies lors des négociations de Versailles et par la question des dettes qui empoisonne déjà les relations franco-américaines. Qu'importe, ce dont il s'agit dépasse de loin les préoccupations quotidiennes de notre diplomatie: s'assurer du soutien des élites américaines en jouant sur leur admiration pour la culture française, réelle ou teintée de snobisme
2 Sur la naissance du Service des Œuvres, cf. Roche, François, Histoires de diplomatie culturelle, Paris, M.A.E, 1995, pp. 36 à 39.

.1A.A.F.W,

carton nOl5, Lettre du Président du conseil à Paul Claudel

(ambassadeur de France aux Etats-Unis de mars 1927 à août 1933), 28.10.1932. 4 Cf. Jomaron, Jacqueline de, Le théâtre en France. vol. 2 : "De la révolution à nos jours", pp 217-218 et surtout Copeau, Jacques, Les registres du Vieux Colombier, vol. 2 : "America", Paris, Gallimard, N.R.F, 1984, 623 p. 5 Pour plus de détails, cf. notre ouvrage, Histoire de la Fédération des Alliances Françaises aux Etats-Unis, Paris, L'Harmattan, 1998, 192 p. 12

mondain, par un travail en profondeur aussi éloigné que possible de la propagande. Voilà un objectif qui ne déplaît pas à l'ambassadeur Jusserand. En effet, tout au long de sa mission (1902-1925), JeanJules Jusserand a constamment prôné la modération afin de ne pas heurter le sacro-saint sentiment d'indépendance et de liberté qui anime les citoyens américains, leurs leaders politiques et leur presse. La politique culturelle de la France aux Etats~Unis peut donc paraître en apparence détachée des objectifs politiques plus immédiats de la diplomatie; cependant, il est bien question ici des deux faces d'une même médaille, une Légion d'honneur au cou de l'Amérique en quelque sorte6. Dans un pays où les élites cultivées sont restées très attachées à la culture européenne?, où la démocratie encourage l'éducation et facilite l'accès à la connaissance, le livre français est au début du siècle l'outil providentiel d'une telle action~. Qui plus est, l'utilisation du livre à des fins de propagande peut être envisagée de multiples manières: fonds bibliothécaires spécialisés sur la France en général ou dans tel domaine scientifique ou technique, traduction d'ouvrages dont on souhaite vulgariser les connaissances ou faire connaître les auteurs, livres scolaires qui façonneront une image sur mesure de la France chez des générations d'élèves, livres de prix remis à quelques étudiants modèles. Le don de livres rares au Congrès ou à une personnalité
~

La France a usé (et parfois abusé si l'on en croit. les notes

diplomatiques) des remises de décorations pour remercier ses amis. Cf. à ce propos Saint-Quentin, René, Légion d'honneur et diplomatie, Paris, A. Pedone, 1956, 13 P et le catalogue de l'exposition intitulée Les Américains et la Légion d'honneur, Musée de la Coopération FrancoAméricaine, Blérancourt, juin-octobre 1993. 7 Et même admiratives si l'on considère le nombre d'œuvres d'art d'origine européenne et spécialement française dans les collections privées de la Smithonian, des collections Barnes, Frick, Phillips, Mellon, Getty, Armand Hammer ou Norton Simon, et celles des grands musées d'art (Metropolitan à New York, Museum of Fine Arts à Chicago et Boston, National Gallery à Washington), celles des musées de Philadelphie, Baltimore, Los Angeles, San Francisco, Dallas... R Nous entendons par "livre français" tout livre en provenance de France ou, en ce qui concerne les droits de traduction, tous droits cédés par un éditeur français.

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américaine de premier plan avec cérémonie et décorum appropriés, est également utilisé, de préférence lors d'une circonstance particulière qui confère à l'objet et à cet acte une valeur symbolique importante que ne manqueront pas de remarquer et de signaler à leurs lecteurs les centaines de journaux de l'Union. Les abonnements aux revues universitaires, offerts gracieusement, sont aussi un moyen utilisé par le Quai d'Orsay pour fidéliser quelques centaines de citoyens américains triés sur le volet qui serviront ainsi de relais à la diffusion culturelle de la France. Des livres enfin destinés à attirer vers l'hexagone les étudiants des prestigieuses universités de la Ivy League et des non moins renommés colleges de jeunes filles où le français est perçu (à l'égal du latin en France aujourd'hui) comme une langue étrangère qui distingue celui ou celle qui la pratique de ceux qui ne la sauront jamais. Le français n'est-il pas encore dans les années 1960 la première langue étrangère enseignée dans les universités américaines devant l'espagnol9 ? La diplomatie est affaire d'influence. Accroître l'influence intellectuelle de la France aux Etats-Unis, c'est gagner les élites de ce pays, celles qui pensent, formulent et appliquent la politique extérieure des Etats-Unis, banquiers, importateurs, magnats de l'industrie, éducateurs, hommes politiques. Il s'agit moins de les convertir à une croisade hasardeuse que de leur donner une image positive et des informations précises de la France qui leur permettront de répondre efficacement à la propagande d'autres Etats étrangers, de défendre la France mieux peut-être que celle-ci ne saurait le faire elle-même; en tout premier lieu contre l'Allemagne, dont le spectre est, tout au long des cinquante premières années du siècle, omniprésent dans les rapports diplomatiques. Enseigner le français dans les universités américaines est donc primordial et la politique du livre scolaire est par conséquent étroitement liée à l'enseignement du Français Langue Etrangère aux Etats-Unis, comme elle l'est aussi à la politique de traduction et à la protection des droits d'auteur, à
PEYRE, Henri, "Aux Etats-Unis" in Esprit, Nouvelle série, nOli, novembre 1962, p 704. Cf. aussi VELTMAN, Calvin, chap. VIII : "L'enseignement du français", pp. 167 à 199, in L'avenir du français aux Etats-Unis, Montréal, éditeur officiel du Québec, 1987.259 p.
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