Le malaise gabonais

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Le constat du malaise gabonais demeure accablant. L'observation de la réalité fait ressortir une inadéquation entre l'idée que l'on se fait des élites et leurs comportements réels. Le questionnement qui en découle appelle au décryptage des rapports de ces élites à leurs société: rapports de coopération ou d'opposition avec le haut; rapports de solidarité ou affaiblissement du lien social avec le bas.
Publié le : vendredi 1 juillet 2005
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EAN13 : 9782336269887
Nombre de pages : 156
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LE MALAISE GABONAIS
,

Elites et société au Gabon

site: www.1ibrairieharn1attan.com e.mail: harmattanl@wanadoo.fr
@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8970-6 EAN : 9782747589703

Clotaire

Sous la coordination de Messi Me Nang et Aimé Moundziégou

Moussavou

LE, MALAISE GABONAIS
Elites et société au Gabon

Actes du Colloque Paris, 2 avril 2005

Préface

de

Jean COP ANS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Espace L'Harmattan

Kinshasa

L'Harmattan

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L'Harmattan

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Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14- 16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm; BP243, KIN XI Université de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, IS 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

SOMMAIRE

Remerciements
Préface: Le dernier coup de manivelle? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... .11

Jean Copans

Introduction: Vers quelle problématique de l'analyse des questions
portant sur les élites au Gabon? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .15

Première partie:
classification.

Les élites au Gabon: essai de définition et de

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .19

1. Résistance, défaillance et dilatation des élites universitaires au Gabon Grégoire Biyogo 2. La construction de l'élitisme au Gabon: les enjeux de la prépondérance

..21

des" instruits" sur les masses, 1910 - 1990.. . .. .. . .. .. .. .. .. .. . .. .. . .. .. .. .. .. .. .. . .33 Gilchrist Anicet Nzenguet Iguemba

3. La question de l'élite chez les intellectuels aéfiens : lecture à partir du périodique Liaison, organe des cercles culturels de l'AEF (1950 - 1960) Clotaire Messi Me Nang

.43

Deuxième partie: Discours et pratiques des élites gabonaises... ... ... ... . .. .57 4. La compétence professionnelle et le militantisme politique dans la haute administration au Gabon de 1956 à 1967 : le cas des fonctionnaires
numéraires. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .59

Fabrice Nfoule Mba

5. Les enseignants du secteur public face à la crise de l'éducation au Gabon (de 1990 à nos j ours) : des représentations à l'action syndicale. .. ... ....79 Aimé Moundziégou Moussavou
6. Université et démocratie au Gabon. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. .123

Dominique Etoughe

Troisième partie: Production des élites gabonaises... ... ... ... ... .. . ... ... .. .131 7. Système de formation et conditions de production des élites au
Gabon: contradictions, limites et incohérences. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..133

Georges Moussavou

REMERCIEMENTS

L'Association des Etudiants Gabonais d'Ile-de-France (AEGIF) adresse ses sincères remerciements et exprime ses sentiments de reconnaissance aux auteurs et autres personnes qui ont participé à la réalisation de cette réflexion sur la société gabonaise: Axel Eric Augé, Grégoire Biyogo, Dominique Etoughe, Clotaire Messi Me Nang, Emma Prudence Mouléba, Aimé Moundziégou Moussavou, Georges Moussavou, Fabrice Nfoule Mba, Gilchrist Anicet Nzenguet 19uemba, Pierre Romuald Ombigath et Marc Louis Ropivia. Puisse ce genre d'initiative stimuler les échanges intellectuels et les débats scientifiques.

PREFACE
Le dernier coup de manivelle?

La volonté des jeunes chercheurs gabonais de prendre la parole et surtout la plume est de plus en plus patente. Elle prend d'abord la forme du mémoire qu'il s'agisse de celui de la maîtrise ou du DEA en sciences sociales, en histoire ou encore en sciences politiques. Mais depuis quelques années, c'est le doctorat lui-même qui arrive à maturation et les soutenances se multiplient avec parfois des travaux tout à fait originaux. Certes, rétorquera-t-on, il n'est guère difficile de dire des choses justes, nouvelles ou tout simplement inédites à propos du Gabon puisqu'il n'y a guère de littérature scientifique ou encore essayiste sur les formes et dynamiques de l'évolution contemporaine de sa société et de son système politique! Ce jugement s'adresse autant au déficit de la production nationale qu'au silence assourdissant des chercheurs étrangers dont l'excellence des recherches ne doit pas masquer le très faible nombre. Un honorable collègue africaniste ne m' a-t-il pas interpellé, à propos de l'évocation de ma coopération universitaire librevilloise (très limitée pourtant car je ne suis en rien spécialiste de ce pays) : "mais que vas-tu faire dans ce pays ?" (sousentendu: dépense ton énergie et ta bonne volonté ailleurs). Mais l'activisme analytique des étudiants gabonais prend également des formes d'engagement plus collectives telles ces journées d'études organisées sur les recherches doctorales en sociologie (Amiens et Aix en Provence) ou encore sur le thème de la refondation de l'Etat. Il existe, j'en suis sûr, d'autres expériences qui ont pu m'échapper. L'ouvrage que préfacent ces quelques lignes confmne cette mobilisation interventionniste et volontariste. Voici en effet le fruit d'un objectif plus savant et ambitieux qui se situe au-delà des prises de position politiques bien naturelles induites par la si célèbre géopolitique gabonaise. Le terme d'élite donne d'ailleurs une touche des plus classiques à cet exercice puisqu'il renvoie à une histoire parfois très ancienne de la sociologie. L'application des concepts occidentaux, dont on ne sait s'ils sont universels ou tout simplement généralisables sous conditions (c'est-à-dire adaptables), a fait couler beaucoup d'encre et je n'ai pas la place ici pour réouvrir la discussion concernant la notion (le concept?) d'élite. Ce qui est certain, c'est l'évidence de son usage récurrent à propos des catégories dominantes en Afrique noire qu'elles soient ou non au pouvoir. L'absence d'accord minimal, encore un demi-siècle après les indépendances, sur la nature et la configuration africaine globale de la société étatique et nationale interdit de fonder a priori des notions catégorielles ou particularistes. A l'image de la construction épistémologique marxiste du concept de classe qui renvoie à la lutte

des classes, aux rapports de production donc aux modes de productions euxmêmes, la réflexion sur la notion d'élite doit s'articuler tout naturellement à des notions sociétales plus larges et plus englobantes. Certes la recherche empirique, documentaire ou de terrain, peut déblayer les données et proposer des comparaisons et des classifications. Le caractère incertain de la notion d'élite n'interdit pas d'examiner sa portée heuristique surtout dans le cas gabonais où l'existence d'une élite politique s'impose par sa monopolisation des pouvoirs depuis très longtemps. Mais ce qui rapproche les textes de ce recueil, c'est moins la problématique théorique que la préoccupation historiciste. Le leitmotiv des sciences sociales gabonaises en gestation est simple: comment en est-on arrivé là? Autrement dit d'où viennent notre état, notre bureaucratie, nos élites politiques? Pourquoi cette absence des sciences sociales? D'où l'importance dans ce recueil des contributions à caractère historique sur les instruits, les cercles culturels coloniaux, les fonctionnaires numéraires de la décolonisation. L'Histoire n'explique pas directement le présent mais il est bon et même nécessaire de la connaître, d'en révéler les originalités et peut-être les pesanteurs actuelles. L 'histoire ici est structure, pattern, au sens presque psychanalytique du terme. Cependant l'histoire est tout aussi conjoncture, action du présent, programme de l'avenir, éventuellement. La conjoncture est la preuve de l'existence d'une dynamique socio-politique et il faut ausculter les grands et les petits évènements pour essayer de l'identifier. Il est certain que la fameuse phase de "décompression autoritaire", dont a parlé J.-F. Bayart à propos de ce que d'autres chercheurs ont qualifié de transition démocratique, n'a duré qu'un instant et que certains s'interrogent toujours pour savoir s'il s'était agi d'une illusion, d'un fantasme ou bien d'une explosion ponctuelle sans suite. Cette sourde inquiétude méthodologique (mais intrinsèquement politique) a conduit tout naturellement un certain nombre d'étudiants gabonais en sociologie à se pencher sur le monde éducatif et tout particulièrement universitaire. Malgré le faible respect pour la chose universitaire, y compris de la part d'un grand nombre de ses usagers étudiants actuels, le pouvoir gabonais y puise à l'évidence sa force... de travail. En fait, ce qui préoccupe surtout ceux qui se penchent sur cette institution c'est la nature, en creux pourrait-on dire, de son pouvoir alors qu'elle n'arrive même pas à fonctionner normalement. L'action syndicale donne corps à une catégorie de fonctionnaires qui reste atomisée par le clientélisme politico-ethnique. Mais si ce mouvement social composite, aléatoire, temporaire et pourtant à répétition produit du sens, il reste encore à saisir ce qu'en pensent élèves, étudiants, parents d'élèves, en un mot les Gabonais de base si l'on peut se permettre d'opposer une notion aussi élémentaire à celle d'élite. Evidemment la décision fmale revient à la bureaucratie politique qui semble réservée, voire même hostile à l'interpellation sociologique. L'élite gabonaise est à la fois immuable et volatile et l'on sent bien des divergences 12

d'opinion entre les auteurs réunis dans cet ouvrage. Comment faire pour légitimer son regard analytique si l'on refuse de participer, un tant soi peu, à la cooptation fondatrice de toute réussite sociale et surtout intellectuelle dans la mesure où cette dernière faculté n'a droit à quasiment aucune reconnaissance nationale comme nous le confmne G. Moussavou ? J'ai toujours défmi l'avènement des sciences sociales comme la mise en marche entre autres phénomènes d'un processus de reproduction institutionnelle, idéologique et intellectuelle. Dans le cas de la modernité des sciences sociales africaines, l'évidence de certains exemples déjà vieux d'un demi-siècle mérite d'être méditée. Au Gabon, les acteurs semblent en être encore au stade de la mise en marche manuelle du moteur. Puisse ce nouveau témoignage en sciences sociales d'apprentis chercheurs devenir la preuve qu'au prochain tour de manivelle, le ronron sourd et régulier des pistons d'une recherche en marche prendra enfm le dessus.

Jean Copans

*

* Professeur

de sociologie à l'Université de Paris 5 Sorbonne.
13

INTRODUCTION

Vers quelle problématique de l'analyse des questions portant sur les élites au Gabon?
En principe, la pertinence de toute problématique vaut par la cohérence de l'ensemble des questions soulevées dans le cadre d'une recherche scientifique. Se sentant interpellée par les problèmes de leur société, l'Association des Etudiants Gabonais d'Île-de-France (AEGIF) organisait à Paris un colloque sur le thème' 'Elites et Société au Gabon" . A travers cette thématique, l'intention était de décrypter les rapports des élites gabonaises à leur société. L'intérêt d'un tel projet renvoie à l'actualité des Etats africains en général où les discours volontaristes des forces politiques et sociales n'ont eu de cesse d'en appeler au développement. Au Gabon, en particulier, on constate "l'effacement" des élites pourtant censées être les acteurs privilégiés du développement tant souhaité. Ainsi, la problématique qui s'est dégagée découle de ce constat fondamental. Faut-il aller chercher l'explication de cet état de choses dans la spécificité de 1'histoire des élites gabonaises? Comment défmir ces élites? Quelles sont-elles? Sont-elles repérables? Comment s'organisent-elles? Quels sont les mécanismes qui président à leur production, leur circulation et leur renouvellement? Quels rôles jouent-elles ou ont-elles historiquement joué? Finalement, la teneur des débats a suivi trois grands axes de réflexion: l'approche épistémologique de la notion d'élite(s) et ses prolongements dans le contexte du Gabon; - l'analyse des discours et pratiques des élites gabonaises; - l'analyse des mécanismes de production de ces élites. Dans le premier axe, s'inscrivent trois types de réflexion. D'abord celle de Grégoire Biyogo qu'on peut qualifier de relativiste: «Résistance, défaillance et dilatation des élites universitaires au Gabon ». L'auteur met l'accent sur la défmition du concept d'élite(s), depuis ses pères fondateurs jusqu'à ses acceptions actuelles. Cette perspective défmitionnelle est appliquée à l'institution universitaire gabonaise pour saisir et proposer une typologie des élites universitaires en présence. Son propos dévoile l'existence d'un paradoxe: l'université gabonaise est à la fois traversée par des vitalités progressistes et des inerties qui freinent considérablement le progrès scientifique au Gabon. Le pays se trouve ainsi privé d'un moyen efficace de sa construction. Alors qu'ailleurs, bon nombre d'exemples montrent que l'université a toujours joué un rôle d'avant garde dans les processus de changement. Ensuite, vient l'analyse de

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