Le management socioproductif

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L'explosion du Système Financier Mondial a révélé la fourberie, les jeux de dupes, l'amnésie, toutes ces pratiques qui ont fini par dévoiler le cercle non vertueux du système capitaliste mondial. La dialectique dynamique, au coeur du concept de management socioproductif, nous permet grâce à la méthode de la boussole socioproductive d'avoir une vision et une manière de comprendre et de résoudre les problèmes nouveaux que la réalité de la mondialisation nous impose.
Publié le : mardi 1 septembre 2009
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EAN13 : 9782296233980
Nombre de pages : 330
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AVANT-PROPOS
Dans tout système, il existe une normativité qui s'oppose à une réalité vécue par ce système dans un contexte donné. Cette relation dichotomique est le propre même de sa vie. La normativité englobe les règles : ce que l'on doit faire ; alors que la réalité révèle les faits : ce qui existe, ce qui est fait. La hiérarchie organisationnelle représente le mécanisme qui est chargé de veiller à ce que ce qui est dit soit conforme à ce qui se fait. La pratique du “ management ” moderne est déterminée par l'objet que constitue la gestion de cet écart. Cette différence entre normativité et réalité configure le champ d'investigation de l'art de la gestion des systèmes d'organisation socioproductifs. La socioproductivité est un concept que nous entendons argumenter afin de souligner l’importance de la prise en compte de cette dichotomie essentielle qui, comme un battement de coeur, régente la vie de toute organisation. En effet, il existe deux faces dans tout système : la face réelle qui nous est directement accessible par les différents sens de perception humains et la face virtuelle, que nous concevons par nos capacités cognitives (déductives et inductives). En 2000, nous avions publié en éditorial, dans la revue Afric’Essor*, le texte suivant : Vers un monde sans pauvreté, où Small is beautiful Vers un monde sans pauvreté, une utopie rendue au giron de la réalité par l’œuvre d’un homme, Muhammad Yunus** qui depuis son Bangladesh natal a initié le système " Grameen Bank " de microcrédits accordés aux pauvres privés de moyens d’investissement. Ce système basé sur l’organisation
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solidaire de petits groupes d’acteurs sur des projets économiques a aujourd'hui fait école dans le monde. “ Small is beautiful ” ! Sans vouloir oblitérer la fameuse pensée de Blaise Pascal : “ On ne peut concevoir le tout sans concevoir les parties, ni concevoir les parties sans concevoir le tout ”. En effet, le monde est complexe et compliqué..., oui les deux à la fois. Pourquoi l’économie virtuelle a-t-il pris le dessus sur l’économie réelle ? Pour qui roule aujourd’hui le capital ? Certainement pas pour le bien-être de l’humanité. De plus en plus nos ressources naturelles, notre agriculture, nos aliments, nos médicaments sont devenus la proie des “ winners take all ” qui, plus que des pollueurs non payeurs, deviennent des empoisonneurs grassement payés. Les entreprises certes doivent se rationaliser par rapport aux marchés et non systématiquement par rapport aux changements d’humeur des “ casinos ” que sont devenues les fameuses places boursières frénétiquement engagées dans une danse de yoyo enivrante et aveuglante. Un new deal doit être trouvé au rapport producteursconsommateurs en vigueur, qui tend à imposer au consommateur de faire lui-même la preuve de la non qualité d’un produit, alors que cette responsabilité doit rester dévolue aux producteurs qui sont de fait maîtres d’œuvre. Ces entrepreneurs qui construisent sans fondation adéquate sur des terres réputées sismiques ; ces industriels qui trafiquent notre nourriture en bafouant les règles de la nature sans en mesurer les conséquences néfastes ; ces spéculateurs qui poussent au sacrifice du “ caractère social du travail ” au profit d'un prestige virtuel des titres boursiers; ces affréteurs de pétroliers battant pavillon de complaisance qui polluent océans et rivages ; tous ces acteurs engagent leur complète responsabilité et doivent en assumer les conséquences directes et indirectes...
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C’est dans le bon sens d'une meilleure efficience dans l’accomplissement de nos responsabilités commune, collective et transactionnelle, dans une dialectique dynamique garante d'une évolution socioéconomique humainement mondialisée. La mondialisation actuelle ne peut ignorer cette règle du producteur responsable sans plonger l’humanité dans un immobilisme générateur de crises socioéconomiques graves et récurrentes. Il est encore temps de dire stop à ces petites révolutions technologiques du genre “ enfoncer des portes ouvertes ”. Pourquoi l’OMC (organisation mondiale du commerce) semble t-elle oublier son autre rôle de gardienne de l’éthique du commerce mondial qu’elle est censée être. Les autorisations de commercialiser des viandes aux hormones ou autre produit d’organisme génétiquement modifié (OGM) non encore certifié, semblent se décréter du sommet de nos institutions sans grande précaution face aux nombreuses incertitudes qui planent encore et peuvent devenir des risques majeurs pour la bonne santé de l’humanité tout entière. La vraie problématique, n’est pas de trouver coûte que coûte une autre façon de nourrir les animaux d’élevage ou d’exploiter la nature ; mais plutôt de mettre en œuvre une autre forme de répartition des activités productives dans le monde. Un retour à l’essence de la pensée libérale d’Adam Smith, nous impose deux frontières non contradictoires, mais au contraire bien complémentaires. Un bon système d’échanges économiques ne se trouve plus substantiel que dans les rapports de type gain mutuel, recherchant la croissance là où elle est encore la plus efficiente ; et, refusant la décroissance quand les limites sont atteintes, pour passer le relais à d’autres, en organisant les échanges nécessaires à la richesse mutuelle des nations. Cependant, nos stratégies, face à ce défi, restent limitées et souvent dysfonctionnelles dans un environnement où la complexité s’est irrémédiablement inscrite
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dans la culture du changement fulgurant. Pouvons-nous encore faire autrement et atteindre, chacun à notre niveau, l’utopie d’un monde sans pauvreté ? Ainsi de plus en plus, quelque part dans le monde, un petit crédit de 200 dollars, arrivera à changer, pour une personne, une famille, une société, ce que des millions de dollars injectés durant plusieurs décennies n’ont pu faire : redonner à chacun le droit fondamental de travailler pour une existence digne de soi et de sa communauté. Cet éditorial qui date de plus de huit ans montre combien les effets annonciateurs étaient déjà dans tous les esprits sans que rien ne puisse être fait pour maîtriser les dérives du système économique et financier mondial, créant ainsi les conditions de son explosion soudaine et brutale depuis le 15 septembre 2008, avec comme élément-déclencheur le pourrissement du phénomène des “ subprimes ” (crédits hypothécaires non garantis) depuis les Etats-Unis d’Amérique. La succession de débâcles des institutions financières, avec comme “ ouvreur ” la banque américaine Lehman Brothers (qui a annoncé, le lundi 15 septembre 2008, son dépôt de bilan auprès de la Cour des faillites des Etats-Unis, faute de repreneur), était donc plus que prévisible. Cependant les nantis et tenants des rênes du système capitaliste ne l’entendaient pas de cette oreille ; et chacun a tiré la couverture à soi en espérant que seuls les autres allaient se retrouver à découvert, en cas de grandes intempéries. De la normativité à la réalité, de la réalité à la normativité, deux voies de recours pour appréhender l’efficience de nos systèmes socioproductifs. Pourquoi l’économie virtuelle a-t-elle pris le dessus sur l’économie réelle ? L’explosion du Système Financier Mondial (SFM) en septembre 2008 a révélé la fourberie, les jeux de dupes, l’amnésie, les collisions, les collusions et les mélanges de genres...
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Toutes ces pratiques qui ont fini par dévoiler le cercle non vertueux du système capitaliste mondial qui multiplie les angoisses et les incertitudes de la mondialisation politicoéconomique. Depuis le monde cherche une voie qu’il connaît déjà, mais qu’il craint d’emprunter... Pourquoi ? Une question à laquelle les réponses semblent bien insuffisantes, face à la grande suspicion qui s’est installée depuis cette crise du SFM et ses conséquences, dont les causes doivent en priorité être recherchées dans le déséquilibre effarant que des comportements déloyaux, injustes, irrationnels, ont fini par provoquer. L’overdose spéculative a probablement été atteinte avec l’entrée en matières des “ Hedge funds ”, ces fameux fonds de pension qui depuis les années 1990 ont investi les marchés et semé le trouble, par une pression toujours plus forte de rentabilité, sur les investissements financiers. La fameuse main invisible, cette capacité d’autorégulation du marché, ne peut être fonctionnelle que si les règles du système sont logiques et respectées. La dialectique dynamique, que nous plaçons au cœur du concept de management socioproductif développé dans ce livre, constitue une nouvelle vision et une manière de comprendre et de résoudre les problèmes nouveaux que la réalité de la mondialisation nous impose. La dichotomie harmonieuse entre les deux parties de notre système de vie a été déstabilisée au point où nul ne sait plus où se situent les points de départ et les points d’arrivée des actions entreprises pour sauver le système en dérive. Le mouvement de balancier entre réalité et virtualité a été rompu par la démesure des rêves en or (paradis fiscaux, golden boys, parachutes dorés, spéculation à découvert...).

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Aujourd’hui, une unité monétaire réellement investie correspond à plus de trente unités virtuelles engagées dans la spirale du cercle vicieux de la spéculation financière sur les places boursières du SFM. Certaines institutions et autres groupes d’intérêts économico-financiers ont cru pouvoir profiter de leurs privilèges sans aucune limite, mais les récents bouleversements de l’économie mondiale de cette fin d’année 2008 ont vite fait de rappeler à la rescousse une politique publique pour une meilleure administration du fonctionnement de nos marchés et de la politique économique dans son ensemble. Cependant les causes profondes de l’explosion actuelle du système financier mondial ont été semées depuis les années 1980, sous les gouvernements Ronald Reagan aux Etats-unis d’Amérique et Margaret Thatcher en Grande-Bretagne ; et, elles ont finalement germé après le 11 septembre 2001, à la suite des attentats terroristes à new York et des répercussions multiples que cela a eu dans l’économie mondiale. Les mauvaises réponses, réactions militaires surtout en Irak, ont contribué à rompre l’équilibre de certains marchés comme celui du pétrole (du fait plus de la psychose du marché mondial que du conflit directement) qui a joué un rôle d’accélérateur de la spéculation qui a entraîné aussi la dégradation du pouvoir d’achat, de par la flambée du cours des matières premières de base. Ce cocktail détonant a fini par exploser sous la pression de la surspéculation sur des produits financiers de plus en plus “ patchworkés ” qui finiront par être reconnus comme toxiques, pollués etc. Aujourd’hui que la crise a vraiment éclaté, des responsables politiques se lèvent pour solliciter l’union sacrée et tentent avec fatalisme de faire table rase des pratiques qu’ils ont contribuées à faire éclore, en ouvrant la boîte de Pandore des déréglementations des années 1980.
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En moins d’un mois, plus de cinq mille milliards de dollars ont été trouvés pour sauver le SFM en octobre 2008, alors qu’il faudrait quelques dizaines de milliards de dollars par an pour éradiquer l’extrême pauvreté de plus de la moitié des habitants de la planète. Les réponses de renflouement en liquidités et garanties des Etats et des institutions financières restent pour l’instant peu efficaces et la règle du yoyo reprend de plus belle, à chaque fois qu’un nouvel élément du système s’active vers un sens ou un autre. Il a suffi que Porsche convoite Wolkswagen pour que la Bourse flambe en Allemagne ; et, après les réorientations du plan Paulson aux Etats-Unis d’Amérique, en novembre 2008, la Bourse de Wall Street a plongé en entraînant dans sa chute plusieurs autres places boursières. Le système nous aurait-il échappé ? Les machines, l’image et le numérique, qu’ont-ils fait aux trois fondamentaux de notre vie : l’espace, le temps et le lieu ? Ces trois bases de la réalité ont été touchées de façon radicale, et c’est dans l’ordre de la dialectique dynamique qui détermine chaque processus qui nous conduit à une décision de résolution d’une problématique. Il ne sert à rien de s’acharner à combattre des conséquences inextricables, si on peut remonter à leur cause pour rompre le dysfonctionnement ou l’inefficacité de nos stratégies d’actions qui les provoquent. Les débats sociéconomiques actuels gagneraient en clarté en rompant avec les démarches trop rigides qui n’intégrent pas ce battement du cœur du social, cette dialectique dynamique qui le rythme entre sa normativité et sa réalité. Il nous faut toujours comprendre de quoi et pourquoi nous débattons. Voulonsnous un monde où l’essentiel se résume à des performances factuelles et virtuelles, ou désirons-nous un monde plus équilibré entre le virtuel et le réel ? Le virtuel est comme un mal nécessaire, il multiplie les incertitudes et touche au
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centre névralgique du fonctionnement de nos sociétés. Notre problématique doit être de ne pas en abuser et de connaître nos limites d’optimalité. La facilité avec laquelle les tenants du libéralisme économique n’ont cessé de briser une à une les contraintes fondamentales de l’optimalité de la Concurrence Pure et Parfaite (CPP) sur les marchés est déroutante. Et, l’on parle de libéralisme sauvage comme d’un bouc émissaire tout désigné, alors que l’amnésie semble totale quant au fait de savoir si les systèmes qui nous régissent sont ou non adéquats pour atteindre l’optimum. C’est une franche trahison envers l’esprit du père-fondateur de la théorie du libéralisme, Adam Smith (1776) qui rêvait d’un objectif principal : l’atteinte des conditions de la CPP pour l’existence des marchés. La castration d’une bonne partie des règles de notre système socioéconomique de façon dysfonctionnante a plongé nos marchés dans une compétition non réglée qui les éloigne de fait d’une économie libérale et efficiente (en matière technologique, éthique, socioculturelle, humaine...). Une course sans fin au regroupement des grandes entreprises est lancée sur le sillage de la mondialisation, sous prétexte de recherche d’économie d’échelle ; cependant cette tendance lourde cache de fait des situations oligopolistiques qui ne manquent pas de provoquer des cas de collision et de collusion néfastes à la bonne santé de l’économie réelle, en établissant des barrières à l’entrée et en imposant des prix entendus, illégitimes et illégaux. Les opérateurs de téléphonie mobile ont été condamnés en Europe à plusieurs reprises. La Commission européenne a, en novembre 2008, infligé une amende de 1,38 milliard d'euros à quatre producteurs de verre pour l'industrie automobile.
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Ces derniers sont accusés d'avoir constitué un cartel. SaintGobain, le numéro un mondial du secteur du verre pour l’automobile, devra payer 896 millions d'euros. Les trois autres sociétés condamnées dans cette affaire de collusion sont : Pilkington (370 millions d'euros), la japonaise Asahi (113,5 millions d'euros) et la belge Soliver (4,4 millions d'euros). Plusieurs autres secteurs économiques sont dans le collimateur des décideurs politiques pour des faits similaires. C’est le cas pour le champion mondial des microprocesseurs Intel, accusé d’avoir accorder des remises “ occultes ” à des fabricants d’ordinateurs, et d’abus de position dominante. La Commission européenne a condamné Intel à payer une amende de 1,06 milliard d’euros en Mai 2009, un record (deux fois plus que l'amende infligée à Microsoft en première instance en 2006 et 2008 ; ce dernier continue d’être l’objet de nouvelles sanctions très importantes pour refus d’obtempérer). Des constructeurs de PC sont cités dans le communiqué de la Commission européenne. Il s'agit d'Acer, Dell, HP, Lenovo et NEC. Il est en outre reproché à Intel d'avoir versé de l'argent à un distributeur (Media Saturn Holding) afin que celui-ci commercialise uniquement des ordinateurs équipés de processeurs Intel x86. Mais là encore comme pour la téléphonie mobile, les consommateurs finaux restent lésés et, en général, aucun dédommagement rétroactif ne leurs est accordé. Cette injustice du système socioéconomique qui se mondialise est très pénalisante pour le pouvoir d’achat des consommateurs, alors que tout le monde se pose la question de l’augmentation des salaires, sans chercher à comprendre qu’il revient au même de faire en sorte que le système des prix soit juste. C’est-à-dire que la concurrence commerciale dans le monde
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soit plus libre, moins contrainte par des pratiques de corruption et de dumping, basées sur le leitmotiv de la recherche de la plus grande taille et du plus grand profit. De plus, l’expansion des technologies nouvelles permet à certaines entreprises de profiter des vides juridiques pour développer des stratégies de positions monopolaires en cascades. Elles arrivent à se démettre de la concurrence en jouant sur ces nouveaux espaces sans réglementation pour s'imposer à leur guise. Le cas du secteur des téléphonies mobiles en constitue une parfaite illustration : pendant plusieurs années, en France, les opérateurs ont pu impunément surfacturer leurs produits, par un décompte irrégulier des temps de consommation réelle des forfaits imposés. C’est aussi le cas récemment des producteurs et distributeurs de parfums de luxe en France ; comme c’est aussi le cas de grands groupes comme Microsoft qui souvent doivent trouver des arrangements avec les gouvernements ou les institutions communautaires afin de dépasser les crises de confiance déclenchées, notamment à propos des suspicions de situations frauduleuses (monopole, entente illégale sur les prix, ou simplement publicité mensongère etc.). Dans le cas de l’oligopole du secteur de la téléphonie mobile en France, la justice l’a condamné à verser plus d’un demi milliard d'Euros à l’Etat français ; mais jusqu’ici les seuls “ dindons ” de cette farce, les clients, n’ont rien reçu. La vraie défense du pouvoir d’achat des citoyens mondiaux passe par une plus grande vigilance pour annihiler les conséquences de ces “ escroqueries ” défendues stratégiquement par ceux-là qui cherchent toujours à se faire plus de profit, sous prétexte qu’ils ont à prendre d’énormes risques d’investissement sur le futur et dans la course à qui sera le plus grand, le plus rentable.

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Cette course folle vers le gigantisme des entreprises s’inscrit dans un cercle vicieux et non vertueux (comme certains semblent vouloir s’en convaincre) de recherche effrénée des coûts les plus faibles, pour arriver à des prix les plus concurrentiels. Cet objectif passe par l’élargissement des marchés de vente qui est réalisé à coups de publicité et de marketing intempestifs au niveau mondial. Le prétexte de la recherche des économies d’échelle pousse les entreprises à réaliser des investissements de plus en plus faramineux pour arriver à restreindre les coûts de production en dépit des règles les plus basiques de droit du travail, comme le respect des clauses sociales sur l’âge, le temps et les conditions de sécurité sanitaire et physique. D’ailleurs sur ce plan du non respect des conditions de travail, les gouvernements sont loin d’être en reste. C’est seulement en fin 2008 qu’un Etat comme la France vient d'annoncer une prochaine loi sur l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français dans le Sahara et en Polynésie, entre 1960 et 1996. Jusqu'ici, l'Etat français refusait de reconnaître officiellement le problème. Environ 150 000 personnes ont participé en tant que personnel civil et militaire aux 210 essais nucléaires français (dont une cinquantaine en atmosphère) réalisés au Sahara algérien entre 1960 et 1962, puis en Polynésie française, sur les atolls de Mururoa et Fangataufa, entre 1966 et 1996. Le projet de loi ne prévoit cependant pas de se pencher sur le cas de tous les travailleurs ayant été exposés, le champ de reconnaissance étant bien limité, cela après que plusieurs d’entre-eux soient aujourd’hui disparus. C’est le cas aussi de l’Etat américain, par exemple, qui a bien du mal à reconnaître les maladies de ses militaires exposés aux effets secondaires des armes de guerre utilisant
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des produits dangereux comme l’uranium appauvri. Plusieurs autres cas de maladies liées aux conditions de travail sont aujourd’hui découverts et surtout reconnus comme tels ; le cas de l’amiante ou de l’usage de certains pesticides en constitue des illustrations évidentes. La plupart des entreprises innovatrices, à croissance très rapide et dites start up, use du créneau qu’offrent les vides juridiques qui caractérisent la mondialisation pour s’installer en position de monopole de fait. Quand le secteur de l’acier se regroupe à toute vitesse, comme en 2007, il ne faut pas s’attendre à ce que les prix de l’acier soient plus favorables aux consommateurs dans les années à venir ce qui parait bien paradoxal. Bien d’autres secteurs comme l’agro-industrie, le pétrole, la santé sont dans le même cas de figure. Les vraies causes de baisse du pouvoir d’achat en général sont à chercher à ce niveau de mauvaise gouvernance capitalistique et technologique de l’agriculture, de l’industrie et du commerce dans le monde. Le rapport entre les facteurs de la consommation et ceux de la production est si fort qu’il n’est pas concevable de configurer un marché viable, avec la pratique du serpent qui se mord la queue. C’est la consommation qui soutient la production, tout comme la production suscite la consommation ; en fait c’est un exercice d’équilibrisme qu’il est utile d’entretenir et de maintenir avec rationalité. Car de plus en plus de sociétés, sous prétexte de e-commerce (commerce électronique), établissent sur leur marché une ségrégation notoire entre les différents consommateurs. Ceux qui sont connectés à Internet et qui ont les moyens bancaires très sélectifs pour payer en ligne auront droit à des tarifs réduits, jusqu’à 50, voire 70% ; alors que la majeure partie des autres consommateurs, pourtant moins nantis, doit se contenter de payer le tarif plein.
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Ces derniers consommateurs qui n’ont pas les moyens numériques de suivre le e-mouvement sont considérés comme des sous-consommateurs qui n’ont que ce qu’ils méritent, faute de ne pas être à la page du numérique. Ils constituent une caste de retardataires qu’il faut durement punir pour les faire entrer dans les rangs de l’ère du numérique. La tendance à la création de ces marchés virtuels et conditionnés, de plus en plus en vigueur, pose un sérieux problème d’égalité des consommateurs face aux nouvelles tendances du e-marché. En effet, la transparence et la fluidité de ces marchés, deux des cinq conditions de base de la CPP (concurrence pure et parfaite) sont largement bafouées ; et, cela de façon bien officielle, du fait des phénomènes de coup d’avance que les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) offrent si gracieusement aux tenants du système capitaliste mondial. Le monde juridique, avec sa prudence et sa lenteur naturelle, ne peut en effet qu’exercer un contrôle a posteriori, ce qui laisse une marge largement favorable aux détenteurs des innovations technologiques qui en usent et en abusent au delà du raisonnable. Car, en l’absence de lois, il n’y a pas de responsables ; et, les acteurs dominants dictent leur loi et soumettent les autres à leur bonne volonté. C’est ainsi que la facturation des téléphones mobiles à la seconde consommée a longtemps été refusée et continue de l’être aux consommateurs, ce qui les pénalise au niveau du pouvoir d’achat. Les durées de contrat imposées sont aussi une réelle reculade de la liberté économique. Actuellement plusieurs autres stratagèmes sont posés par les détenteurs de droits et de licences sur les nouvelles technologies de l’information et du vivant. Une certaine industrie agro-alimentaire, avec des sociétés comme Monsanto en tête, tente de faire main-basse sur le droit à la
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reproduction des semences ; situation qui est vécue comme une vraie catastrophe par les agriculteurs et les défenseurs d’une écologie viable et durable, dans le sens de la préservation naturelle et libre des espèces du vivant. Les vagues de déréglementations se sont souvent opérées dans le mauvais sens en confondant liberté économique et inégalité exacerbée ; en moins de vingt ans les salaires les plus élevés se sont envolés de façon exponentielle, alors que les salaires de base peinent à se relever de la prégnance de la crise sur le facteur emploi. En effet, quand les banquiers deviennent en même temps assureurs et agences de voyage, et que les grandes surfaces se mettent à faire de la banque, ou quand les gouvernements ont leurs propres ONG (organisations non gouvernementales), alors, on touche à des frontières et à des sommets du paradoxe qui rendent le système socioéconomique mondial plus complexe et plus insaisissable que jamais. De même quand les gérants sont aussi les comptables, on arrive facilement à des situations de juge et partie qui ne sont pas favorables à une bonne dynamique de fonctionnement de nos systèmes d’organisation socioproductifs. La crise économique et particulièrement financière actuelle trouve ses causes premières dans la multiplication des modes de management basés sur le principe de la collusion et du mélange des genres. C’est comme si on acceptait de monter dans un train sans freins. Car les modes de contrôle et d’alerte d’un système ne peuvent souffrir d’aucune forme de complaisance. Un système de contrôle dévoyé à la base perd toute capacité à être efficace et conduit le système en question à évoluer au gré du hasard. Nous ne pouvons certainement pas nous payer le luxe de vivre avec une telle fatalité. Le système socioéconomique mondial est d’une
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complexité incommensurable, nous avons de ce fait tout intérêt à identifier, comprendre et résoudre les problèmes qui se posent à nous. La fragilité des équilibres de nos systèmes d’organisation socioproductifs, face à des contraintes structurelles et conjoncturelles de plus en plus complexes et fortes, augure d’une sortie de crise très difficile du SFM, comme du système socioéconomique et politique mondial. La question du sens de nos actions est primordiale, certains dirigeants politiques vont même jusqu’à invoquer le “ pacte moral ” que devraient respecter les banquiers et financiers qui ont bénéficié du secours des fonds publics. C’est à ne rien y comprendre. C’est la cacophonie générale... Il est grand temps de changer. Un yes we can qui ne fera pas l’économie d’une bonne harmonisation des pensées et des actions vers un monde meilleur. L’harmonisation des mots et des concepts reste fondamentale. Beaucoup de gens se parlent mais n’arrivent pas à se comprendre (ou ne cherchent pas à le faire). Il nous faut plus de sens dans nos propos, de perspicacité et de pertinence dans nos analyses et nos propositions de solutions et d’actions ; c’est dans cet objectif que nous présentons ce travail. Nous proposons de commencer cet essai de sociologie et de théorie du management des organisations par une recherche d'harmonisation du vocabulaire, c'est-à-dire une vérification mutuelle de nos différentes perceptions des propos et des objets dont nous allons discuter. Qu'est-ce que la sociologie ? À cette question, il est souvent difficile de répondre ; et même en leur sein, les sociologues divergent en définitive. Certains diront : c'est l'étude scientifique du social, ou des faits sociaux pour parler comme Durkheim, qui préconise une traque des prénotions. Simmel (1908) propose d’étudier la société en allant là où il y a action réciproque de plusieurs individus.
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Pour cet auteur, l'idée de “ socialisation ” (ou de sociation, traduction en français visant à lever l’amalgame avec le mot socialisation au sens politique) implique toujours une influence réciproque, la socialisation n’est jamais figée, elle passe toujours par des phénomènes dynamiques. D'autres parleront plutôt de l'analyse des liens sociaux ou de l'étude des relations entre individus et sociétés ou communautés. Sieyès (1748-1836) fut le premier auteur qui proposa le néologisme “ sociologie ”. Cependant c’est à Auguste Comte (1839) que nous devons son sens actuel. Mais, de Platon (408) à Montesquieu (1689), les études de nature sociologique sont encore plus anciennes, intégrant dans notre champ de réflexion les civilisations antérieures aux civilisations indo-européennes, comme la civilisation égyptienne, qui a conçu et construit des monuments pyramidaux qui nous ébahissent encore et qui a développé des connaissances sur l’humain dont nous n’avons toujours pas bien conscience. Ce n'est qu'au milieu du XIXe siècle que naît un ensemble systématique de travaux qui considèrent le social comme un domaine d'étude sui generis, notamment ceux de Alexis de Tocqueville (1805-1859), Karl Marx (18181883) et Frédéric Le Play (1864). C’est au tournant du XIXe au XXe siècle que la sociologie moderne est née. Les travaux de cette époque constituant la base de cette discipline sont ceux de Max Weber (18641920), Georg Simmel (op. cit.), Émile Durkheim (1895)... Ils sont à l’origine des premiers modèles d'intelligibilité et des méthodes d'enquête systématiques et cohérentes permettant d’étudier les phénomènes dits sociaux. Depuis les études sociologiques se sont diversifiées tant du point de vue de leur objet d’étude, que des méthodes et des paradigmes qui les distinguent. La sociologie a depuis
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révélé un ensemble de connaissances et de faits sociaux caractérisant l’évolution de nos sociétés. La sociologie refuse les explications par l'évidence spontanée, elle se précise plus par sa démarche méthodologique que par son simple objet et résultat d'étude. Elle use de construction et de déconstruction, grâce à des techniques associant l'induction à la déduction et dissociant la logique de l'absurde pour atteindre son but (fournir sa démonstration scientifique). La sociologie, tout comme les autres matières d’étude, n'est reconnue comme étant scientifique que parce qu'elle est capable de se poser des questions (hypothèses) et de leur fournir des réponses justifiées. Faire science, c'est être capable de théoriser, de formaliser, de proposer des lois et d'en apporter la démonstration effective et irréfutable. La sociologie couvre une multitude, voire la totalité des champs de la vie sociale : la famille, l'école, le travail, la guerre, la politique, l'entreprise, l'organisation etc., en plus de leurs intersections. Norbert Elias (1991), sociologue allemand, trouve à la sociologie l'ambition d'établir sur des bases scientifiques, la connaissance des phénomènes sociaux, des rapports entre individus et sociétés, la compréhension des mécanismes de fonctionnement de la société avec sa dynamique, ses contradictions et ses conflits. Pour lui, la sociologie est une science critique, qui commencerait par être une chasse aux mythes. Pour des auteurs comme Herbert Spencer (1874-75), théoricien de l’évolutionnisme, l’évolution de la matière passe d’une homogénéité indéfinie et incohérente à une hétérogénéité définie et cohérente ; il transpose cette logique dans le champ historique des sociétés qui selon lui évolueraient aussi de l’homogène à l’hétérogène, du simple au complexe. Il soutient que les phénomènes naturels ne se déroulent pas au hasard, mais obéissent bien à des lois
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physiques, chimiques et biologiques, qui dépendent des propriétés des éléments qui les composent. Il s'agit de savoir si les phénomènes sociaux se déroulent de façon similaire. Existe t-il, comme dans l'univers, des traits essentiels déterminant les sociétés ? Toute réponse à cette question pose d’autres problèmes préliminaires qui relèvent de sa mesurabilité. En effet, la difficulté des sciences sociales, par rapport aux sciences naturelles, c'est d'abord l'inexistence d’outils de mesure et la nécessité de recourir à chaque fois à une combinaison infinie de détails dispersés dans le temps et dans l'espace. La mesure quantitative, avec la précision des chiffres est certes idéale, mais en sciences sociales les éléments de mesure sont principalement de nature qualitative ; ce qui pose souvent problème. Cependant il faut rompre avec le déterminisme dominant du quantitavisme simplement numérique, pour apprendre à mieux estimer et qualifier certains phénomènes que nous voulons étudier et qui ne se prêtent guère à la mesure quantitative. La détermination des normes dans une société, et surtout leur mise en œuvre pratique sur les différents lieux de transaction et autres types de marché, est un tout qui a vocation à trouver sa légitimité avec ces deux attributs que sont le quantitatif et le qualitatif. Ensuite, c'est le fameux problème de l'objectivité scientifique qui se pose de façon aigue : l'observateur ne peut s'observer lui-même ; en d'autres termes, on ne peut pas être juge et partie simultanément. Car, la faculté émotionnelle de l'homme est un frein, il doit pour devenir observateur scientifique être capable de faire abstraction de ses origines, de ses préjugés et superstitions, de sa culture et de ses intérêts personnels, ce qui paraît totalement impossible. La difficulté et
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l’importance d’atteindre cette objectivité pour toute science sont ainsi analysées par Gaston Bachelard (1938) dans son livre, La Formation de l’esprit scientifique. “ ... Face au réel, ce qu’on croit savoir clairement offusque ce qu’on devrait savoir. Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés. Accéder à la science, c’est spirituellement rajeunir, c’est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé. La science, dans son besoin d’achèvement comme dans son principe, s’oppose absolument à l’opinion. S’il lui arrive, sur un point particulier, de légitimer l’opinion, c’est pour d’autres raisons que celles qui fondent l’opinion ; de sorte que l’opinion a, en droit, toujours tort. L’opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s’interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l’opinion : il faut d’abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. (...) L’esprit scientifique nous interdit d’avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu’on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d’eux mêmes. C’est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S’il n’y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit.” L’objectivité due à la pratique scientifique reste donc un point central ; et pour Accéder à la vérité, il faut passer par les bonnes questions et être capables de produire et prouver les bonnes réponses. C’est-à-dire être capable d’étudier l’objet dans ses différentes phases : nature, structure, fonctionnement et conjoncture, pour ce qu’il représente et non ce qu’on voudrait ou non qu’il soit. Claude Levi-Strauss (1955) appelle à la rescousse la notion de sociétés chaudes, en
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analogie avec le principe chimique du bouillonnement des liquides (agitation d’apparence désordonnée, multiple, intense et très vive entre les particules). Pour lui, la chaleur sociologique (ou sociale) représente des agitations, des libertés, des affrontements des collisions, des collusions, enfin des interculturalités qui sont à l’origine de résultats positifs ou négatifs dont les moteurs d’inférence de nos systèmes usent pour apprendre et innover. Pour Levi-Strauss, le monde moderne est en perpétuelle mutation et nous serions comme des “ Sliders ”, ces sujets glisseurs qui en continu traversent des mondes différents, avec une implication parfois heureuse, mais souvent désastreuse pour notre environnement et notre sécurité sanitaire et sociale. Il témoigne de l’intérêt à observer et à apprendre aussi de ces “ sociétés vierges ” d’innovations technologiques et qui n’ont donc pas connu certaines répercussions de l’évolution du monde dit moderne. Ces résultats de recherche posent de fait, la question de la régulation et de l’équilibre de nos sociétés inscrites dans la quête de “ figures harmonieuses ”. Edgar Morin (1984) relève quant à lui deux types de contraintes qui se dressent devant notre quête de vérité : l’imprinting et le conservatisme normalisateur qui empêchent de connaître l’objet scientifique. Un autre problème est celui de savoir ce qui est fait de cet objet ; ou ce qu’on devrait en faire. On replonge ainsi dans le champ des opinions et des questions et ainsi se poursuit le processus de la découverte scientifique. Le chemin de la science reste semé d’embûches, car l’objectif de la vérité ne peut être une finalité ; il est surtout question de savoir utiliser les connaissances pour résoudre les difficultés qui nous empêchent d'accéder aux objectifs que nous nous
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fixons. Nous sommes en permanence confrontés à des questions existentielles, liées aux besoins fondamentaux comme la sécurité, la santé publique, la crise énergétique, la lutte contre les dégradations de l’environnement écologique, le développement durable etc. Cependant, les connaissances scientifiques que l’humanité a accumulées, bien que capables de résoudre ces difficultés majeures du monde actuel restent largement sous-utilisées. Ces connaissances n’ont pas encore pu être mises en œuvre de façon efficiente, “ l’essai n’a pas encore été transformé ”. Les raisons de cet immobilisme sont multiples et souvent non maîtrisées. L’une des causes les plus fondamentales reste sans nul doute le défaut d'opérationalisation des réponses que les sciences sociales sont aujourd’hui en mesure de fournir. Raymond Boudon (1979), s'attaquant à ces difficultés de la science sociale, montre comment diverses interprétations peuvent être attribuées au même phénomène social observé. Il définit à cet effet trois types d'homosociologicus (logiques de comportement social) : le déterminisme environnementaliste, le réalisme totalitaire et l'interactionnisme. Dans le premier cas, l'explication sociologique se base sur des facteurs environnementaux ; par exemple, l'explication de la prédisposition de certains à avoir des comportements dits normaux, délinquants ou criminels du fait de leur appartenance culturelle ou de leur environnement social. Dans le deuxième cas, le comportement est perçu comme le produit des structures sociales et des normes imposées par les sociétés (sociétales) ; par exemple on admet que la compétition et la réussite personnelle sont les normes des sociétés modernes.

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Le troisième cas d'explication est le modèle interactionniste, qui interprète les comportements sociaux comme découlant de la résultante d'actions utilitaristes, c'est-à-dire, choisies par des acteurs mettant en œuvre des moyens en vue d'atteindre des buts bien déterminés. Pierre Bourdieu (1984), à la place du déterminisme environnemental de Raymond Boudon, ou de la notion d’imprinting chère à Edgar Morin, préfère utiliser la notion d'habitus ; il incarne aussi une approche critique de la sociologie, basée sur la confrontation sociale de type dominant et dominé, au point d'être souvent considéré comme élaborateur d'une “ science qui dérange ”. Deux facteurs principaux conditionnent selon Bourdieu la production de la vérité qui est l'objet de toute science et aussi de la sociologie : l'intérêt que l'on a à savoir et à faire savoir la vérité (ou, inversement, à la cacher et à se la cacher) et la capacité que l'on a de la produire. La sociologie, selon Bourdieu, détient le triste privilège d'être sans cesse confrontée à sa Science ; car pour ceux qui dénoncent l'impérialisme sociologique, c'est une manière habile de la discréditer. En effet, poursuit-il : “ …Comme la sociologie a la prétention de pouvoir soumettre à examen toutes les autres sciences, elle arrive souvent à des remises en cause d'ordres préétablis comme la politique. C'est le cas, quand la sociologie dévoile des choses cachées et parfois refoulées comme la corrélation entre la réussite scolaire, que l'on identifie à l'intelligence, et l'origine sociale ou, mieux, le capital culturel hérité de la famille. Ce sont des vérités que ceux qui lisent ou financent la sociologie, les technocrates ou les " épistémocrates " n'aiment pas entendre. Montrer que le monde scientifique est le lieu d'une concurrence qui, orientée par la recherche de profits spécifiques (prix Nobel et autres, priorité de la découverte, prestige etc.) et menée au nom d'intérêts spécifiques (c'est-à-dire irréductibles aux intérêts
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économiques en leur forme ordinaire et perçus de ce fait comme désintéressés), c'est mettre en question une hagiographie scientifique dont participent souvent les scientifiques et dont ils ont besoin pour croire à ce qu'ils font. La norme telle qu'elle existe ne serait donc simplement et automatiquement légitimée, qu'avec la force du droit que procurent les positions dominantes sur les positions dominées ”. Les négociations qui ont précédé la crise d'avril 2003 sur l’Irak, à propos de sa possession ou non d’armes de destruction massive (ADM), et l'escalade jusqu’au conflit armé qui s'en est suivi, montrent toute la difficulté à définir les normes. Qui dit la norme ? Dans le cas du conflit en Irak, un flou juridique international s’est installé : qui décide finalement entre l’Organisation des Nations Unies (ONU) et le gouvernement des Etats-Unis d'Amérique ? Les objectifs étaient au départ indéfinis ; ils allaient de l'élimination des ADM, à la répudiation du régime irakien au pouvoir ; puis, de la mise à prix, mort ou vif, pour les chefs et encore… Le processus de négociation qui a abouti au conflit armé en Irak a commencé donc par un premier niveau de désaccord, en forme de controverse sur la question de l'existence ou non de telles armes ; il s'est prolongé par un deuxième niveau de désaccord, en forme de discorde, entre le “ bloc va-t-enguerre ” et le “ bloc inspection renforcée ”, qui a mué en “ bloc de la paix ”. Cette discorde s’est finalement transformée au troisième niveau de désaccord en conflit armé entre le duo Etats-Unis d'Amérique et Grande Bretagne principalement, contre l'Irak... Aujourd’hui, un chaos incontestable s’est installé dans ce pays ; et, la question de son dénouement se pose toujours. Et, depuis cette décision forcée, le monde est devenu, sans nul doute, beaucoup moins stable. Le prix Nobel d’économie 2001, Joseph Eugene Stiglitz dans son nouveau livre (2008) “ Une guerre à 3000 milliards de dollars ”
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