Le modèle de développement ivoirien : mirage ou utopie partagée ?

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Cet ouvrage analyse la trajectoire économique de la Côte d'Ivoire de 1960 à nos jours. Depuis le début des années 1980, le pays traverse une longue période de transition ponctuée par deux crises majeures qui ont approfondi la fracture du pays. L'imposition du modèle néolibéral sans aucune préparation a induit un dysfonctionnement qui a bouleversé les fragiles équilibres de la société. Les résistances à l'application des réformes ont abouti à une économie de prédation.
Publié le : lundi 1 décembre 2008
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EAN13 : 9782296212886
Nombre de pages : 217
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LE MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT IVOIRIEN: MIRAGE OU UTOPIE PARTAGÉE ?

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus
Mohamed Salem MERZOUG, quais de l'espérance, 2008. Habib DEMBELE L'Africanisme solidaire. Sur les

GUIMBA, Être... ou ne pas naître, 2008. reconstruction du Congo-

Edgard M'FOUMOU-NE, La Brazzaville: la synthèse, 2008.

Adjo SAABIE, Epouses et concubines de chefs d'Etat africains. Quand Cendrillon épouse Barbe-Bleue, 2008. Francine 2008. BITEE, La transition démocratique au Cameroun,

Gérard Bossolasco, L 'Ethiopie des voyageurs, 2008. Roland Ahouelete Yaovi HOLOU, intellectuels africains, 2008. La Faillite des cadres et vingt-cinq ans

Pierre Mithra TANG LIKUND, Cameroun: d'échec; les promesses manquées, 2008. Jean-Claude pas I, 2008. SHANDA TONME, Avancez,

ne nous attendez

Jean-Claude SHANDA TONME, Droits de l 'homme et droits des peuples dans les relations internationales, 2008. Jean-Claude l'universalisme. Jean-Claude 2008. SHANDA 2005, 2008. TONME, Réflexions

sur
2004, qui

SHANDA TONME, Repenser la diplomatie.

Jean-Claude SHANDA TONME, Ces dinosaures politiques bouchent l 'horizon de l'Afrique. 2003, 2008.

Jean-Claude SHANDA TONME, Pensée unique et diplomatie de guerre. 2002,2008. Jean-Claude 2001,2008. SHANDA TONME, L'Orée d'un nouveau siècle. sombre de la

Jean-Claude SHANDA TONME, Le Crépuscule fin d'un siècle tourmenté. 1999-2000,2008.

Georges TOUAL y

LE MODÈLE DE DÉVELOPPEMENT IVOIRIEN: MIRAGE OU UTOPIE PARTAGÉE?
Préface de Marcel Amondji

Postface de Mamadou Koulibaly

L'Harmattan

L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

@

75005

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fi

ISBN: 978-2-296-06962-6 EAN:9782296069626

Remerciements

Mes remerciements vont à mes amis Liadé Gnazégbo, Raphaël Dagbo, Paul Ozigré pour leur délicat travail de lecture critique. Je tiens à distinguer particulièrement Monsieur Marcel Anoma [alias Amondji] pour ses précieux conseils.

A GBALOAN Séri

A Christine pour sa présence active à mes côtés; A mes enfants Boris, Marine et Bryan auxquels je souhaite une forte conscience de la solidarité entre les hommes. A tous les miens.

AVANT-PROPOS
Ce livre est la suite de « Réflexion sur la crise ivoirienneVivre en paix dans un Etat-nation souverain. » paru en février 2005.aux Editions L'Harmattan. Nous nous sommes souvent interrogés sur la particularité de la crise ivoirienne: crise à la fois économique et sociétale. La complexité des mutations en Côte d'Ivoire doit être également perçue dans le contexte d'une mondialisation effrayante. Les contraintes extérieures imposées en guise de solution sont loin d'être efficaces car elles induisent une économie de prédation. La pauvreté est visible: la Côte d'Ivoire pointe désormais au 163ème rang sur 177 de l'indice de développement humain (IDH.) Il faut réagir et agir très vite pour et par un nouveau contrat économique et social. Nombre de travaux sont consacrés au modèle économique de la Côte d'Ivoire. Leurs auteurs retrouveront certaines de leurs idées, dans une interprétation et une actualisation que nous assumons en toute indépendance. Les propositions exposées n'ont pas la prétention d'être « scientifiques », car l'économie politique n'est pas une science exacte. Ces propositions sont surtout des pistes de réflexion qui relèvent de nos observations empiriques.

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PREFACE
De Marcel Amondji La crise compliquée dans laquelle la Côte d'Ivoire est plongée depuis 1990 serait-elle une conséquence de sa spécialisation dans la quasi-monoculture du cacao? On a parlé de malédiction du cacao... Le fait est que la grande dépendance de la Côte d'Ivoire vis-à-vis de cette production où elle tient la première place dans le monde a généré certains choix en matière de politique économique qui, à leur tour, ont lourdement pesé sur les évolutions de la société ivoirienne. Pour autant, cette situation ne découle pas de je ne sais quelle fatalité, mais de volontés et de décisions humaines. C'était un choix que les colonisateurs ont fait en toute conscience et conformément aux buts de la politique d'expansion coloniale de la France. Devenue indépendante, la Côte d'Ivoire aurait pu faire un autre choix. D'ailleurs, si le choix fait par ses dirigeants au moment de l'indépendance s'inscrivit dans la continuité de celui que les colonisateurs avaient fait entre 1893 et 1960, les motivations et les objectifs déclarés des uns et des autres étaient différents. Les colonisateurs ne visaient qu'à exploiter le pays, ses ressources et ses habitants à leur seul profit. Au contraire, les autorités ivoiriennes projetaient de développer le pays au profit de ses habitants naturels. Le 3 janvier 1961, présentant le programme politique de son gouvernement à la toute nouvelle Assemblée nationale, Houphouët, qui venait lui-même d'être élu président de la République pour la première fois, déclara que son intention était d'accorder la priorité au développement agricole, puisque 93% de la population

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[vivaient] de l'agriculture. Une année plus tard presque jour pour jour, le 15 janvier 1962, il revint devant la même assemblée présenter un ambitieux programme de développement économique et social qui devait se dérouler sur dix ans. Théoriquement, ce plan visait à créer dans ce laps de temps les conditions du décollage de l'économie ivoirienne, c'est-à-dire de la relève de l'argent des étrangers par celui des Ivoiriens. Dans l'esprit de ses concepteurs, le succès de ce programme ne faisait point de doute: le décollage était prévu, et même annoncé, pour l'horizon 1970. On ignorait seulement le prix que la nation aurait à payer pour mériter ce bonheur. . . Certains de nos dirigeants d'alors eurent-ils des scrupules lorsqu'ils prirent conscience de la contradiction qu'il y aurait entre les objectifs théoriques poursuivis et une politique de développement axée sur un financement étranger et une main-d'œuvre non autochtone à tous les

niveaux, excepté - et encore, pas toujours - la fonction
publique? Tentèrent-ils de desserrer les liens trop étroits que l'un d'eux voulait maintenir entre les anciens colonisateurs et nous? Ont-ils exigé que, contrairement aux colonisateurs, les dirigeants de l'Etat indépendant ne fissent rien sans l'accord et la participation de leurs concitoyens? Ce n'est pas impossible; il faut bien qu'il y ait une explication rationnelle à la tragédie qui frappa soudainement la Côte d'Ivoire en 1963... Le 15 janvier 1963, soit un an jour pour jour après le coup d'envoi du plan de dix ans, Houphouët fit jeter en prison la presque totalité de ses ministres, l'ensemble ou presque des cadres supérieurs du pays, des centaines de ses cadres moyens. D'autres rafles suivirent en août de la même

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année, puis d'autres encore, en avril de l'année suivante. Une chape de terreur tomba sur la Côte d'Ivoire... Comme s'il était absolument nécessaire de priver la nation de ses élites pour que s'accomplisse le prodige annoncé! S'en suivit une période de grande prospérité, le fameux miracle ivoirien. Mais l'économie ivoirienne ne tarda pas à se ressentir des inconvénients de la prépondérance des facteurs étrangers: loin de générer l'accumulation de capital national escomptée, ce type de croissance aggravait plutôt la dépendance de la Côte d'Ivoire vis-à-vis des capitaux étrangers. Vers 1970, l'échec était consommé. Mais Houphouët refusa d'en tirer les conséquences jusqu'à ce que, dix ans plus tard, il se mue en désastre. Conçue sans tenir aucun compte des véritables aspirations des Ivoiriens; exécutée sans leur participation, pour ne pas dire qu'elle leur fut imposée dans l'opacité la plus totale quant à ses buts véritables, et même quant à ses moyens, ce qui avait été présenté comme un programme de développement n'était, au fond, qu'une utopie. En tout cas, il en avait toutes les caractéristiques: dogmatisme, autoritarisme, volontarisme, toutes choses que Houphouët devait revendiquer orgueilleusement dans un discours qu'il prononça à Montréal (Canada), le 25 août 1967: « Dans les nations où les institutions résultent de l 'histoire, l 'homme d'Etat doit, certes, en contrôler attentivement l'évolution, parallèlement à celle de la société. Il aura même, parfois, à orienter les transformations. Mais, dans sa tâche, les préoccupations novatrices cèdent souvent le pas à la question de la conservation de l'acquis. Au contraire, dans nos pays, la tâche la plus importante des gouvernements est

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d'introduire des structures, de promulguer des textes, de créer des organismes, qui devancent le degré d'évolution de la société. (...) L'adoption officielle des structures juridiques modernes, de cadres institutionnels nouveaux, fournit à tous l'image de la vie sociale de demain. Elle est une projection tangible des buts à atteindre. L'écart entre la réalité d'aujourd'hui et les actes du législateur indique la direction dans laquelle doit s'engager l'effort de tous. »1 C'est la seule et unique fois que ce pragmatique se risqua à jouer les idéologues. Et ce fut pour enfiler des phrases qui durent paraître terriblement banales à la plupart de ses auditeurs africains... Lesquels avaient tous dû faire un jour le même rêve de voir leur pays attardé se transformer brusquement en des Suèdes, des Suisses... « Notre ambition est, et demeure de faire du citoyen ivoirien l'égal des citoyens des pays les plus évolués. >/ C'est, dans la même veine, une autre profession de foi d' Houphouët, tirée de son discours du 15 janvier 1962. Noble ambition! Mais s'agissait-il pour autant de nous peindre en blanc, comme on pourrait l'entendre d'après le discours de Montréal? Non! Corrigera-t-il le 31 décembre de la même année, à l'occasion de ses vœux à la nation: « Nous voulons une Côte d'Ivoire moderne, nous nous voulons du ume siècle. Nous nous voulons techniquement. économiquement, socialement toujours

plus proches des nations les plus prospères. Mais nous
voulons également qu'au-delà des apparences d'un pays moderne, notre Côte d'Ivoire connaisse, en profondeur, une sorte de développement adapté à la nature de ses
I

- Le président

Houphouët

et la nation ivoirienne, 1962.

p. 153-154.

2 - Fraternité,

numéro spécial du 15 janvier

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hommes et de ses choses, qui transforme son visage sans aliéner son âme... »3 On peut constater que dans cette seconde mouture, la problématique du décalage entre la réalité sociale et la construction légale est envisagée de manière plus conforme aux conditions de la vie réelle. Hélas! Ce n'étaient que paroles en l'air; dans la pratique, c'est l'utopie qui prévalut, jusqu'à la catastrophe de 1990. La marginalisation de l'Afrique noire dont on parle tant dans certains livres, c'est d'abord par rapport à elle-même que cela devrait s'entendre, car elle découle avant tout de ce que les peuples africains, après avoir été privés de leurs organisations sociales par les colonisateurs, ont été forcés dans une voie d'évolution imposée par ces étrangers au mépris de leurs intérêts, de leurs traditions et de leurs besoins. C'est ce travail de dépersonnalisation, véritable génocide culturel, que, à Montréal, Houphouët se flattait de poursuivre, avant d'en rabattre piteusement quelques semaines plus tard, sous la pression d'une opinion publique rétive qu'il n'eut jamais le courage d'affronter en toute clarté. La leçon de cette mésaventure, c'est qu'il n'y a aucun sens à parler de développement, si ce n'est pas le développement d'un pays concret, c'est-à-dire du territoire, des ressources et des capacités d'un peuple particulier. L'âme d'un peuple, c'est son système de valeurs, fruit de son histoire. On ne peut pas brutalement détruire ou rejeter le système de valeurs d'un peuple sans le mettre dans les plus grands dangers de désintégration. Même la Banque mondiale en convient: « Les pays, lit-on dans une de ses
3 - Le président Houphouët et la nation ivoirienne, p. 198 et 200.

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publications de la fin des années quatre-vingts, sont comme les arbres. On ne peut pas les faire grandir en les tirant de l'extérieur. Leur croissance doit répondre à leur logique propre et être alimentée par leurs racines. »4 En Côte d'Ivoire, le simple bon sens commandait de donner pour principe et pour point d'appui au procès d'édification nationale ne pas confondre avec construction de la nation, une expression absurde qu'affectionnait Houphouët - commencé à partir du 7 août 1960, le projet de restaurer le plus complètement et le plus

exactement possible les systèmes juridiques -

rien

n'interdit de nommer ainsi ce que d'habitude on appelle droits coutumiers - de tous les peuples de la Côte d'Ivoire; puis, à partir de ces modèles, définir à l'intention et pour l'usage de l'Etat unitaire fondé ce jour-là, l'Etat dont la fonction primordiale est d'être l'instrument du développement et de l'intégration nationale - en un mot, du progrès -, le véritable esprit des lois ivoiriennes. Pour cela il eût suffi, par exemple, que les communautés villageoises, qui, en 1960, étaient encore le cadre de vie de la grande majorité des Ivoiriens, fussent associées en tant que telles à la prise des décisions concernant l'avenir du pays. Cela eût été nonnal parce qu'il s'agissait de la restauration de l'indépendance et de la souveraineté de peuples établis sur ces terres depuis des temps immémoriaux, et non pas de l'installation d'un nouveau Liberia sur un territoire acheté par des migrants venus ou revenus de l'autre côté de l'océan.
4 - « L'Afrique subsaharienne de la crise à une croissance durable ii, p. 230.

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Nos législateurs décolonisés firent tout le contraire: ils reconduisirent purement et simplement les lois et les règlements coloniaux existants, sans se soucier de rien, de ce que les Ivoiriens avaient su préserver de leurs institutions traditionnelles. Ainsi, lorsqu'il s'est agi de fonder l'Etat de Côte d'Ivoire
- l'Etat des Ivoiriens -, Houphouët a commencé par en

exclure symboliquement, à travers cette préférence donnée à des lois étrangères, ceux qu'un droit naturel sacré destinait par excellence à en être les citoyens. Marcel Amondji
Montataire (60), le 22 février 2008

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« .. J'ai pensé à... un petit pays riche en pétrole, par exemple qui vivrait totalement dans la dépendance de l'étranger. Et j'ai imaginé le cas d'un homme qui arriverait au pouvoir avec des intentions révolutionnaires ...En choisissant un personnage parfaitement honnête et sincère, qui croit vraiment au socialisme, j'ai voulu montrer que ce n'est pas là une question d'homme ou de caractère: c'est le pouvoir luimême qui est corrompu, dans un pays où l'étranger règne par personne interposée, et ceux qui le détiennent se font, comme Jean, criminels malgré eux. » *

*J.-P Sartre (novembre 1968) . « 4 è de couverture du scénario» de L'engrenage, écrit en 1946.

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