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Le monde arabe et l'Europe

De
404 pages
Quelle perception le Monde arabe et l'Europe ont-ils respectivement de leurs voisins ? Face à l'autre, chaque monde oppose une image qui détermine non seulement la perception qu'il a de son voisin, de l'Union pour la Méditerranée et du Processus de Barcelone, mais qui définit aussi les limites du partenariat arabo-européen, pourtant nécessaire pour contrôler les déséquilibres démographiques et environnementaux et promouvoir l'intégration régionale de la Méditerranée, qui faciliterait celle de l'islam en Europe et du christianisme dans le monde arabo-islamique.
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Le Monde arabe
et l’Europe

Entre conflits et paix


































Le Monde arabe et l’Europe

Entre conflits et paix












































































































Sous la direction de
Dominique BENDO-SOUPOU





























LEMONDE ARABE ET L’EUROPE

Entre conflits et paix












































































Ouvrage publié avec le concours du Conseil National des Recherches –
Institut d’Etudes des Sociétés Méditerranéennes (CNRS-ISSM) de Naples
































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00128-9
EAN : 9782343001289

AVANT – PROPOS
Dominique Bendo-Soupou

Le présent ouvrage, qui porte le titre « Le Monde arabe et l’Europe entre les
conflits et la paix »,a été élaboré pendant que le « Printemps arabe » battait
son plein, mais aussi dans l’esprit du Programme de l’Unité de Recherches n°
18 du Conseil National des Recherches (CNR) italien (1996-1999) qui a été
dirigée par Dominique Bendo - Soupou à l’Université de Salerne, où avait été
établi le siège de cette unité opérative. En effet, à la fin de son programme
stratégique intitulé« Le Système Méditerranée : racines historiques et
culturelles, spécificités nationales », le CNR a recommandé aux responsables
scientifiques des unités opératives d’assurer la continuité des programmes sur
les études méditerranéennes nées dans le cadre de son initiative presque
révolutionnaire.

Malgréses moyens financiers limités et la concurrence qui caractérisait la
cinquantaine des unités opératives du CNR, l’unique programme quisurvit
après 1999 et persiste encore sur la voie des études méditerranéennes et des
relations Nord-Sud, est le nôtre. Ce programme a en effet organisé 6 sessions
de colloques sur les deux rives dont 5 au Nord : à l’Université de Naples
l’Orientale (2000), à l’Université de Salerne et à la Mairie de Mercato S.
Severino (2001et 2004), à l’Université Mohammed V- Agdal de Rabat
(2006), à la Faculté Pontificale S. Bonaventure de Rome (2010) et au siège de
l’Union des Cultivateurs Italiens de Rome (2013). Ces 6 premières sessions
ont été honorées parla présence de la majorité des collègues que ce
programme connaît depuis 2000. Elles ont donné lieu à des publications de 3
ouvrages couvrant des thèmes spécialisés sur la Méditerranée après la fin des
rivalités Est-Ouest.

LaVe Session, qui s’est tenue en Mai 2010 à la Faculté Pontificale San
Bonaventura de Rome, sous le thème « Le Monde arabe et l’Europe entre les
conflits et la paix après la crise du Système bipolaire », a été parrainée par
l’Association Peripli, la Mairie de Rome et la Mairie de Bellone. Elle aréuni
ses participants habituels et 8 nouveaux collègues des deux rives dont les
travaux sont regroupés dans cet ouvrage. On ne peut pas ne pas reconnaître
cependant quela Ve Session de Rome a enrichi le débat scientifique de notre
programme, touten révélantles difficultés éprouvées par certains
universitaires en vue de débattre les questions nationales dont l’importance
politique et stratégique déborde les frontières nationales.

Cesdifficultés accuseraient le fait que des questions tabou et
intouchables/indiscutables existent encore dans certains pays méditerranéens
et que les spécialistes qui les traitentsont obligés de déployer de grands efforts

7

pour les présenter dans les manifestations publiques libres. Ces grands efforts
sont-ils justifiés par les profondes aspirations des peuples ou des Etats du Sud
qui voudraient cultiver le patriotisme qui s’avère nécessaire dans ces pays afin,
non seulementde combattre les dysfonctions créées par le pouvoir colonial
dans l’organisation des territoires à récupérer et à intégrer impérativement et
douloureusement dans l’ordre national en construction, mais aussi d’effacer
l’image négative qui est à l’origine des maux psychologiques sérieuxqui sont
renforcés par l’influence incontestable du néocolonialisme et de
l’impérialisme apparemment sempiternels ?

Quoiqu’il en soit, les débats de cette rencontre, dont on ne peut sous-estimer
la hauteur, n’ont pas été reproduits dans ce volume. Ils se sont par contre
caractérisés par une confrontation véhémente qui a opposé : d’une part, des
Africains du Nord qui, non sans polémiques justifiables, se sont prononcés sur
la question de la construction nationale dans leur région ; de l’autre, les
participants européens qui se sont penchés sur la manière de concevoir la
problématique de l’intégration dans la Méditerranée à partir de l’analyse
comparative sur les expériences de l’ALBA en Amérique Latine et de
l’Europe en élargissement qui, objectivement dit, reste le modèle que le
Monde arabe semble suivre, non sans perversion / égarement comme le font
remarquer de nombreux spécialistes arabes et européens. Le recours aux
théories élaborées par les grands économistes classiques dont Adam Smith,
n’a pas cependant apporté des solutions appropriéesaux problèmes
engendrés aussi bien par les rapports des forces insidieux et générateurs de
relations partenariales inégalitaires que par la crise économique et financière
qui ravageactuellement les économies et les sociétés des deux mondes
considérés dans ce volume.
Cesdébats ont quand même permis d’avoir une idée claire sur les difficultés
éprouvées par l’Europe et le Monde arabe pour combattre ce fléau tout aussi
insidieux et apparemmentindomptable.Sur ce point, l’idée qui n’a pas
émergé dans cette rencontre regarderait la part des devoirs et obligations du
Monde arabe face à cette crise pour laquelle il a même déclaré son extranéité
/ son innocence en sourdine. Alors que l’Europe croit le contraire et n’a pas
hésité de souligner la nécessité de partager ce fardeau avec le reste du monde,
y compris les pays qui ne disposent pas de disponibilités financières
importantes et peinent afin de promouvoir un développement durable.
Nonobstantle temps limité imparti aux sessions, les débats surla question
des rapports des forces entre les deux mondes, l’image de l’Europe dans le
Monde arabe, l’intégration de l’Islam en Europe, le Monde arabe et l’Union
pour la Méditerranée, la question migratoire, les rapports entre
l’environnement et le développement dans la Méditerranée,l’Europe et la

8

guerre israélienne à Gaza, les efforts budgétaires du Maroc dans la région du
Sahara, la situation de la Syrie et du Liban dans le cadre régional, l’évolution
démographique, la question de l’intégration del’Islam, le développement et
leurs conséquences dans l’avenir des deux rives, n’ont pas été aussi moins
houleux, riches d’objections et d’une ampleur analogue au premier. La lecture
de ce volume permettra d’apprécier le niveau sûrement élevé des travaux qui
ont été élaborés sur ces thèmes concernant les grands problèmes
contemporains qui affligent et divisent lesdeux mondes baignés par la
Méditerranée à laquelle ses trois continents attribuent leur conflictualité
1
endémique .

Onne peut pas ne pas signaler en plus que du débat global de cette rencontre
dont on trouve les éléments de base dans ce volume, il ressort que les idées et
/ ou la culture de chaque monde et de chaque Etat considérés ont une forte
emprise sur les participants dont les déductions, conclusions formulées et
finalités visées pendant le colloque sont appréciables. Ces idées et cultures
dominantes qui les font circuler dans la zone méditerranéenne en particulier,
expliqueraient l’existence d’un état d’esprit conflictuel qui détermine la
démarcation d’un monde face à l’autre, que nous constatons souvent surtout
au moment des grands événements comme les révoltes arabes des indignés en
Europe qui sont des manifestations plus ou moins analogues, les
confrontations et conflits religieux entre les deux mondes, l’agitation et la
colère des foules menées par des intégristes rusés et déterminés, les
altercations sur la famine et la pauvreté absolues qui traumatisent des millions
de citoyens des deux rives, les flux migratoires agressifs, violents, forcés et
gérés même par les Etats, les guerres atroces qui engendrent la méfiance à
l’égard de l’autre et sont à l’origine de l’implosion globale progressive dont
ledit « Printemps arabe » et la crise économique, financière et sociale
européenne sont des signes patents.

Ilest sans doute nécessaire de souligner qu’il ressort de cet ouvrage que le
thème de la Méditerranée, qui a été le sujet des précédentes rencontres, a été
largement dépassé par notre programme stratégique, puisque les colloques
qu’il a organisés à Rome se sont penchés particulièrement sur le Monde arabe
et l’Europe qui représentent partiellement cette réalité plurielle palpable,
inconsistante et fuyante.Cette Méditerranée marque quotidiennement le
monde du Sud auquel l’Europe l’assimile souvent, comme du reste, le
processus de Barcelone le fait comprendre à travers l’allusion persistante au
concept anachronique d’«Euro –Méditerranée » qui détermine la perception


1
D. Bendo-Soupou (sous la direction),La Méditerranée après la crise du Système bipolaire,
L’Harmattan Italie, 2007, pp. 19-64.Voir l’articleLa dimension stratégique Nord-Sud dans la
Méditerranée après la crise du Système bipolaire, quifait allusion au rôle attribué à la
Méditerranée dans l’exacerbation du conflit Nord-Sud.

9

européenne des frontières « identitaires » des mondes riverainsconstruits
et/ou inventés sous la colonisation.effet, est-il étonnant que les Etats En
arabes du Golfe puissent arguer du fait qu’ils n’appartiennent pas à la
Méditerranée dont les frontières imprécises, voire inexistantes sont
aujourd’hui abusivementimaginées et repoussées jusqu’en Afrique Noire par
les groupes économiques, financiers et industriels qui veulent exploiter
2
l’énergie solaire africaine?

Endépassant le cadre hypothétique méditerranéen, ce livre propose donc de
réfléchir sur la réalité que constituent les rapports des forces qui caractérisent
les grands scénarios concernant cette Méditerranéeet les Etats qui l’entourent.
Ces scénarios permettent de déterminer la dimension de l’enjeu représenté par
le Monde méditerranéenqui n’est pas spécialement l’objet des analyses
contenues dans cet ouvrage, mais qui estintensément rêvé par ceux qui -
comme Edgar Morin - prônent avec insistance la promotion d’une pensée
méditerranéenne. En d’autres termes, on dirait mieux qu’en confrontant les
deux mondes à travers cet ouvrage, on a voulu suivre deux démarches : d’une
part, celle qui consiste à renverser la logique qui fait prévaloir l’importance
de la Méditerranée afin d’esquiver les questions des rapports des forces, des
conflits et guerres qu’ils engendrent au détriment des deux mondes ; de l’autre,
celle de faire valoir le bon sens et le réalisme puisque ce sont le Monde arabe
et l’Europe, leurs Etats et populations qui se confrontentet s’affrontent
souvent même à travers la «Mer» Méditerranée qui est aussi bien l’organe
« autonome » existant réellement, quela victime de la désinvolture des
mondes violents qui la détruisent et en font le cimetière des faibles et pauvres
appartenant à la même humanité mal représentée par les soi-disant mondes
puissants, riches, civilisés et avancés.

Serait-il déraisonnable de noter en passant que la Méditerranée avec sa
« Mer commune » qui cache / dissimule les morts que les mondes des hommes
dits civilisés ne veulent niregarder, nivoir (et ne voient pas ?), n’a aucune
solution pour se défendre, pour changer et évoluer décemment? En effet, il
faut dire que cette Méditerranée commune n’est pas représentée par une
communauté humaine réellement identifiable et ne semble avoir aucun autre
3
destin que la mortqui pourrait se révéler sous la forme d’un tsunami singulier
susceptible peut-être ( !!) de faire couler les larmes des cyniques qui distillent
le « virus de l’obscurité »par la culture de l’incurie organisée. Ces hommes
cyniques sont les mêmes « grands démagogues » qui l’oublient
immédiatement après avoir fait des discours sur son importance pour la paix,
la coexistence pacifique, la coopération, le partenariat et les échanges entre les

2
LaMéditerranée est un subterfuge permettant d’amadouer, de distraire et d’empêcher les
Arabes de s’occuper des vrais problèmes de rapports des forces avec l’Europe.
3
Certains spécialistes la considèrent déjà comme une mer pauvre et morte!

10

deux rives composées d’Etats incapables de reconnaître même les plus graves
crimes commis tous les jours à travers elle contre les ressources humaines
précieuses de ses trois continents!

Soulignonsbien cependant que ce livrene traite guère particulièrementle
problème de la forte implosion qui se caractérise par des révoltes que nous
observons depuis 2011 dans le Monde arabe. Mais notons aussi qu’il fait
remarquer quecette implosion n’est qu’un simple signe d’accélération de
l’Histoire politique,économique et sociale interne des pays concernés dont
les révoltesne sont pas assimilablesaux révolutions qui sont avant tout des
processus detransformations politiques, sociales et économiques de longue
durée. Il pose plutôt la question de savoir si l’Europe s’attend à des révolutions
dans le Monde arabe dont les populations menacées par les régimes politiques
sanguinaires lui demandent l’aide précieuse afin de se défendre, de se libérer
de leurs dictateurs et de forcer peut-être des changements politiques et
4
sociaux nationaux. Acette question, nous répondonssans ambages, qu’en
ce qui concerne particulièrement le Monde arabe, les choses se passent comme
dans le cas d’un condamné à mortsollicitant la clémence d’un roi qui lui
envoie un bourreau pour le décapiter !

Touten répondant à cette question des convulsions qui marquent l’actualité
des deux mondes, cet ouvrage a la prétention de se prononcer sur les
problématiques traditionnelles permettant de démontrer queles révoltes
arabes ne modifient en rien la réalité des rapports des forces et le type de
relations arabo-européennes qu’ils déterminent de la crise du Système
bipolaire audit Printemps arabe. Par contre, il met en évidence que cette
implosion arabe engendrera plutôtl’incertitude dansles pays concernés où
de nombreux citoyens commencent à douter sur l’issue positif de ces révoltes
qui constituent aussiun véritableparamètre de vérificationde l’état d’esprit
anachronique quialimente / stimule la dynamique du conflit Nord-Sud dont
les effets sont l’inquiétude etla hantise manifestées parl’Europe surtout au
moment où lesdites forces islamiques combattantes mènent des actions
5
remarquables de l’Afghanistan à l’Afrique sahélienne. En d’autres termes,
nous dirions mieux qu’il y a lieu de s’interroger sur les conséquences les plus


4
Il est difficile de croire que l’Europe s’attend à l’éclosion de véritables révolutionsdans le
Monde arabe. D’ailleurs, elle les combat parce qu’elle ne supporterait pas des processus de
changements incompatibles avec son modèle de société qu’elle impose aux monde des Arabes
même à travers la soi-disant démocratie. Du reste, elle est convaincue que le Monde arabe n’est
pas encore prêt pour affronter la voie de la révolution authentique. Elle s’interroge sur l’impasse
actuelle connue par les révoltes.
5
La Repubblica, 16 aprile 2012 Afghanistan,I talebani attaccano Kabul: vendetta per gli abusi
américani. Una sconfitta per l’Occidente,pp.1 et 15. Corriere della Sera,Prova di forza dei
talebani, Messaggio di guerra per Obama. Un messaggio cruente per Obama e l’Occidente.
pp.3 et 5.

11

évidentes de ces révoltes que nous traitons dans notre livre, en considérant
aussi le fait que celles-ci pourraient s’essouffler à cause, non seulement des
péripéties interprétées comme un élan d’islamophobie occidentale, mais aussi
à cause des actions non moins importantes, durables et contradictoires de
l’Islam radical combattant dans le grand désert africain, en particulier.

Lapremière conséquence à signaler seraitl’épuisement dela patience que
les populations arabes entretenaient envers l’Europe, alliée d’Israël et des
Etats-Unis qui alimenteraient les conflits et les guerres et soutiendraient les
dictateurs dans leur monde. La deuxième conséquence importante à souligner
se caractériserait par le fait que les populations arabesrévoltées se sont
repliées sur elles-mêmes afin de chercher et trouver des solutions à leurs
problèmes politiques, économiques et sociauximmédiats qui, dans la longue
durée, deviendraient des facteurs permettant de vérifier la persistance de la
précarité de la vie menée par les populations arabes depuis des décennies ! La
persistance de ces problèmes susceptibles d’engendrer l’incertitude et
l’impasse politiques faciliterait-elle ou entraverait-elle le déroulement du
processus révolutionnaire dans le Monde arabe? Celle-ci pourrait-elle avoir
une incidence sur la manière de concevoir la vie en Europe qui éprouve des
difficultés pour croire en elle-même?

Les travaux contenus dans ce livre considèrent et valorisent les thèmes
traditionnels et importants qui ont aussi des rapports avec la forte convulsion
qui affecte les deux rives: entre autres, ils abordent les questions de la
perception des deux mondes et des conflits en tant que facteur de
conditionnement du partenariat qui devrait déterminer la nature du libre
échange entre les deux mondes au moment où l’Europe, les Etats-Unis etleur
6
système d’échanges libresfont face aux pays émergents et en développement
dont ceux du Monde arabe qui se tournent aussi envers l’Asie. La signature de
l’accord de partenariataméricano-européen s’insère sûrement dans le cadre
de la stratégie du renforcement de l’Occident quise rend biencompte de la
nécessité de faire face au Groupe dit Brésil – Russie - Inde – Chine – Afrique
du Sud (BRIC) et au Monde arabe appartenant partiellement à une Afrique
qui, à travers la rencontre de Lisbonne, a déjà repoussé les exigences
formulées par l’Europe dans le domaine des accords de libre-échange dits


6
LeMonde, 15-16 avril 2012,Vers un accord de libre-échange euro-américain , p.13.Le
Monde, 14 Mai 2013,Accord libre-échange UE-Etats-Unis : 14 pays défendent l’exception
culturelle.Le Monde 05 Juin 2013,Accord de libre-échange Etats-Unis-UE : une menace pour
le modèle européen.Le Monde, 13 juin 2013,Quels sont les enjeux des négociations de libre
échange entre les Etats-Unis et l’UE ? France24, 08 Juillet 2013,Accord de libre-échange
avec les Etats-Unis : la ligne rouge des Européens.A travers ces articles, on comprend
facilement que l’Europe ne veut pas hypothéquer son autonomie et son leadership dans certains
domaines qui favorisent et déterminent le type de relations entretenues avec le reste du monde
et le Monde arabe, en particulier.

12

APE. La question du libre-échange et des partenariats stratégiques que cet
accord américano-européen institut constitue un nœud important de la
stratégie des rapports des forces que les deux pôles de l’Occident doivent
appliquer pour assurer lemaintien et / ou l’imposition de leur leadership sur
le monde des Arabes qui l’accepte d’ailleurs pour d’innombrables raisons
qu’on laisseà la fantaisie de la réflexion des spécialistes.

Desremerciements sont adressés à l’Association « Peripli » qui a assuré
aussi bien le parrainagede la manifestation dont onque l’organisation
regroupe les travaux dans cet ouvrage. Ils sont adressés également à la Faculté
Pontificale S. Bonaventure de Rome pour avoir abrité cette manifestation et
délégué le Vice-doyen afin d’accomplir les formalités substantielles de
l’inauguration de cette rencontre internationale et inter méditerranéen. Nous
n’oublions pas, non plus, de formuler de chaleureux remerciementsà la
7
Mairie de Bellonepour la contribution financière qui a favorisé la réalisation
du colloque de Rome qui s’est tenu dans le parfait esprit de valorisation de
l’importance du dialogue culturel entre les spécialistes des deux rives qui
aspireraient à la coexistence pacifique insuffisamment et incorrectement
promue par les Etats des deux mondes. Les collègues universitaires des deux
rives, lecollègue et Vice-doyen de la FacultéS. Bonaventure, le Maire de
Bellone, l’Imam de la Mosquée de Rome, les collaborateurs Maurice Bendo-
Soupou, Raffaele Rainone et Sameh Mohamed el Tantawi, sont aussi
chaleureusement remerciés pour leur rôle déterminant dans la réalisation de
cette manifestation. Les collègues du CNR-ISSM de Naples, et
particulièrement Maria Rosaria Carli, qui ontcontribué à la réalisation de la
publication de ces actes, sont priés de croire en l’expression de nos sincères
remerciements.



7
Il s’agit d’une mairie qui se trouve dans la province de Caserte.

13

INTRODUCTION

Dominique Bendo-Soupou
Université de Salerne

Le monde dans lequel évoluent presque deux centaines d’Etats est un
macrocosme composé de quelques mondes qui s’identifient sur la base de
leurs civilisations et / ou de leurs cultures. L’analyse de la théorie plutôt
simplifiée sur le « Choc des civilisations »de Samuel Huntingtonnous
ramène à la réalité des rapports des forces qui tourmentent surtout les Etats
influents et pôles des puissances qui déterminent nettement, non seulement la
dimension géostratégique Nord-Sud de la planète et de la Méditerranée en
particulier, mais aussi l’existence et le nombre des mondes de notre univers
dite «planète Terre» qui rassemble presque 7 milliards de personnes
conditionnées par des cultures laïques et religieuses. Ces cultures ne
dégénèrent pas moins progressivement en idéologies qui accélèrent le rythme
de l’implosion sévissant dans le Monde arabe et en Europe sous la forme de
révoltes qu’on assimile simplement aux révolutions arabes etaux
manifestations ou révoltes des indignés.

Ilfaut soulignercependant que cette implosion, dont il est difficile de
maîtriser toutes les manifestations et conséquences insidieuses, affecte toute
la planète. En effet, les révoltes ontlieu des Etats-Unis à la Chine, de l’Asie
à l’Afrique ! A travers les fléaux dont la famine et la pauvreté absolues, les
migrations violentes, les crises politiques, culturelles, sociales, économiques
etc., qu’elles engendrent, cette implosion contribue aussi au renforcement de
la dynamique de la conflictualité globale qui est à l’origine de la plupart des
conflits régionaux qui pourraient aboutir à la Troisième guerre mondiale dont
on parle déjà suffisamment. La pluralité des conflits régionaux dont les causes
sont plus ou moins communes et peuvent être établies sans difficultés à travers
une réflexion normale, porterait à cette guerre mondiale qui entraîneraitle
Monde arabe et l’Europe dont les alliances stratégiques ne sontpas faciles à
construire. Comme, du reste, on le constate sur la base de nombreux scenarios
actuels qui se déroulent dans le Monde arabe sous les parfaites logiques de la
rivalité Est-Ouest qui persiste encore dans le cas de la Syrie en crise, de la
confrontation entre les pays émergents et l’Occident et de celle de
l’affrontement entre l’Occident et le Monde islamique malencontreusement
représenté par l’Islam combattant intégriste qui a toutes les caractéristiques
d’une force capable de renverser les rapports des forces comme l’Afrique,
l’Europe et l’ONU le redoutent et comme les interventions militaires en Libye,
au Mali, au Nigeria et en Somalie l’attestent d’ailleurs en 2013. En effet, à
travers ses révoltes actuelles – qui, dans leur nature réelle, ne sont rien d’autres
que de véritables conflits internes déterminés aussi par les rapports des forces

15

liés à la volonté des puissances du Nord, - on constate des scénarios qui
révèlent les divisions profondes et endémiques du Monde arabe et les
difficultés de construire éventuellement des alliances qui favoriseraientson
alignement stratégique sur l’Europe plongée dans une éventuelle guerre
mondiale préparée / planifiée par les Etats-Unis et qui n’est pas moins
actuellement l’objet de nombreuses allusions des sites pullulant sur le web.

Quoiqu’il en soit, il est inutile d’indiquer ici tous les mondes qui évoluent
sur cette planète parce que nous croyons qu’ils ne sont pas des réalités et
entités autonomes et homogènes. Car, pour défendre leur honneur et/ou leur
prestige, les différents mondes qui évoluent sur cette planète se considèrent
comme des réalités homogènes, solides et affirmées parce qu’ils se réfèrent à
leurs civilisations et/ou à la culture dominante et de sujétion qui déterminent
la perception qu’ils ont d’eux-mêmes -même si l’image qu’ils projettent est
plus ou moins fausse et discutable. Le Monde arabe et l’Europe se présentent
d’ailleurs comme tels puisqu’ils sont encore à la recherche de leur identité à
travers des processus de coopération, d’élargissement ou d’unification
régionales en affrontant encore des résistances de plusieurs Etats : celles-ci
sont dues largementaux antagonismes et idéologies anachroniques qui n’ont
pas été supplantées même par celles dont le règne s’est vérifié dans le cadre
de la rivalité Est-Ouest qui a déterminé l’alignement politique du Monde arabe
sur l’Europe et son incontournable Amérique.

Eneffet, de quel côté était le Monde arabe pendant le règne du Système
bipolaire? Peut-on oublier ses grandes contradictions politiques et
idéologiques de cette époque qui permettait au monde de réfléchir sur les
choix politiques et stratégiques qui auraient permis de forger une gouvernance
mondiale unifiée et solide, plus juste et plus humain? Car, le Système bipolaire
était l’occasion propice pour les deux pôles dominants qui avaient déjà des
armes terribles de destruction massive et de dissuasion de se rapprocher, de
chercher et de trouverla voie de la coexistence pacifique et de la construction
d’un monde plus uni, plus harmonieux, plus conséquent, plus sûr, plus sérieux
et plus ou moins juste. Aujourd’hui, la situation du monde est plus précaire
que sous le Système des deux pôles : à travers quelques uns des ses pays, le
Monde arabe est même parvenu à créer des liens ambigus avec Israël,
trahissant ainsi ouvertement la cause de la Palestine qui se révèle maintenant
8
comme un sujet sans rapport avec sa vie . En d’autres termes, il conviendrait
de dire, qu’aujourd’hui, le Monde arabe et l’Europe qui s’affrontent souvent
d’une manière insidieuse, ont dépassé le terrain des contradictions
compréhensibles pour aboutir à celui de la trahison ostensible au détriment


8
Le Monde, 13 Novembre 2013,Nucléaire : le chef du Hezbollah accuse des pays arabes de
faire bloc avec Israël.

16

des Etats alliés ou de leurs mondes. Mais sur ce plan, chaque monde et / ou
chaque Etat des deux univers ont des modalités spécifiques d’action
permettant de faire face aux nouveaux scénarios privilégiés par les rapports
des forces nés après 1989 en fonction du triomphe des Etats-Unis et de
l’Europe contre le pôle de l’Est.

Dansla première partie de cet ouvrage qui regarde la perception des deux
mondes considérés etles conflits quiles affectent, Raoul Dominique Bendo-
Soupou se penche sur la réalité complexe qui détermine les rapports des forces
entre le Monde arabe et l’Europe : iltente de mettre la lumière sur la situation
convulsive qui concerne les deux rives de la mer baignant les trois continents.
Cette situation convulsive est qui est l’effetdes conflits internes et des
rapports des forces issus de la longue histoire des conflits qui commence avant
la colonisation au profit du Nord et au détriment du Sud,est examinée en
fonction des forces et faiblesses de ces deux mondes qui sont dominés par des
pouvoirs forts dont il est difficile non seulement de soupçonner l’existence et
la dangerosité, mais aussi d’identifier leur origine nationale ou institutionnelle
et leur univers politique.

DominiqueBendo-Soupou ne néglige pas non plus de signaler que cette
convulsion actuelle, qui touche en réalité le monde global et découle d’une
implosion progressive issue des crises et guerresayant commencé dans les
années du Système bipolaire, persistera sur les deux rives et pourrait devenir
un facteur de déstabilisationdes deux mondes qui s’affrontent déjà à travers
la nouvelle guerre permanente et sans frontières déclarée par les Etats-Unis en
2001 et à travers celle menée par les forces combattantes de l’Islam radical et
intégriste à laquelle les autorités européennes, américaines, de l’Union
Africaine et de l’ONU font clairement allusion lorsqu’ils se prononcent sur la
9
lutte contre le terrorisme qui sévit de l’Asie à l’Afrique .

Un tel affrontement a d’ailleurs la vocation de perdurer à cause et en
fonction de la conflictualité globale qui est due principalement aux grands
problèmes suivants : l’influence du leadership dans le monde tel qu’il est
construit, maintenu et renforcé par les Etats émergents et puissances
dominantes actuelles ; la conquête des espaces économiques et la
maximisation du profit qu’elle comporte ; l’exploitation anarchique et sauvage
des matières stratégiques dans les divers régions du monde (Afrique, Asie et
Moyen-Orient, Mer de Chine, Mer Caspienne), la Palestine, Israël, l’Iran et la
Syrie etc., où couvent des conflits que presque toutes les grandes et petites
puissances concernées enveniment en se préparant à la guerre dont ils


9
Surla guerre permanente et sans frontières menée par l’Occident et les forces islamiques
combattantes, le web fournit une documentation abondante.

17

10
soulignent l’inéluctabilité. Quoi qu’il en soit, cette approche adoptée par
Dominique Bendo-Soupou permet de réfléchir sur la question de la perception
des deux mondes qui privilégient non moins consciencieusement (?) le choix
de laguerre comme moyen de résolution des conflits en sacrifiant la voie du
dialogue et en renvoyant la paix et la coexistence pacifique aux Calendes des
Grecs.

FrancescaCorrao intervientsur les medias qui ont un rôle important dans
la manière de présenter l’image des mondes considérés et les conflits qui les
lacèrent et déterminent justement les conditions de la perception que les
populations et les pays peuvent avoir et développer sur eux-mêmes, leurs
mondes, leurs Etats et sur l’autre rive dont ils se démarquent progressivement.
Elle se prononce particulièrement sur l’Europe vue par les Arabes dont on peut
imaginer les frustrations et les aspirations aprèsla colonisation et les
nombreuses guerres dont l’Europe n’endosse pas moins la grande
responsabilité même si, aujourd’hui, les Etats-Unisacceptent et reconnaissent
ostensiblement une bonne partie de celle-ci notamment sur la question du
conflit interminable opposant les Arabes et les Israéliens sur le problème
palestinien.

C’estdans la même direction relativeà la perception des Monde arabe et de
l’Europe quePierre Berthier aborde un aspect stratégique des relations arabo-
européennes compliquées par l’état d’espritconflictuel anachronique. Son
thème s’articule précisément sur le titre : « L’Union pour la Méditerranée et
le Monde arabe ». Ce titre suscite quand même une question sensée qui peut
être résumée dans les termes qui suivent :« pourquoi Pierre Berthier n’a pas
renversé les mêmes concepts et traiter tranquillement le thème « le Monde
arabe et l’Union pour la Méditerranée »? Dans cette optique, il aurait pu nous
donner une idée sur ce que pensent et veulent les Arabes de cette union qui
réunirait apparemment les caractéristiques d’un énième subterfuge dans les
relations arabo-européennes et les rapports des forces stratégiques compliqués
qui les sous-tendent !

Quelquessoient ses aspirations profondes, il faut reconnaître le courage de
Pierre Berthier qui privilégie le rôle que devrait jouer cette entité pour
rassembler ceux quirevendiqueraient leur appartenance à la Méditerranée.
Car, en effet, celle-ci devrait être le canal par lequel les Etats intéressés
devraient démontrer leur volonté politique et leur détermination pour la


10
Les Afriques, n° 262, 14-20 Novembre 2011,Lybie : pétrole et gaz, butin de guerre ;Les
Echos, n°17.584, 12 Février 1998,Enquête Zone d’influence – Mer Caspienne ;Le Figaro, 06
Décembre 2012,Pékin pousse ses pions dans la guerre du pétrole ;Slate.fr, 17 Février 2013,
La Mer de Chine en 2013 est-elle les Balkans de 1913 ? ;Voltaire net.org, 8 Mai 2012, La
Syrie, centre de la guerre du gaz au Proche-Orient.

18

réalisation de ce projet qui contribuerait, non seulement à l’élimination des
préjugés qui circulent dans la Méditerranée contre les riverains, mais
également à la démystification et à l’élimination des slogans et noms qui
caractérisent la mer qui lui prêtent son nom, dont ceuxde « Mare nostrum »
ou « Notre mer », de « Mer des Romains », de « Mer des autres », de « Mer
de nos ennemis », de « Mer européenne », de « Mer blanche », de « Mer de la
mort », de « Cimetière bleu », etc.

MartiGrau i Segu accompagne Pierre Berthier dans cette démarche plutôt
difficile, puisqu’elle revêt l’apparence d’être la ligne politique portant à la
défense d’une entité inventée par la France pour ses raisons stratégiques, avant
qu’elle ne devienne un apanage de l’Europe qui voudrait rassembler des Etats
néocoloniaux riches en matière stratégiques et situés dans une région tout
aussi stratégique dont la centralité est favorisée par le fait de rassembler les
trois plus grands continents de cette planète. Hormis la question des
convoitises « impérialistes(?) » et « néo-colonialistes ( ?) » européennes sur
ce monde du Sud, qui contrastent avec celles - non moins irritantes - des Etats-
Unis danscette région, Marti Grau se prononce sur une question délicate et
difficile concernantl’acquis du processus de Barceloneà la lumière de la
création postérieure de l’Union pour la Méditerranée.
Eneffet, sur ce problème intéressant cet auteur, toute personne intéressée à
la logique du partenariat arabo-européen devrait ou pourrait avoir raison de
formuler une série de questions sensées que nous posons. Y a-t-ilun acquis
du processus de Barcelone qui devrait être l’héritage de l’UPM ? L’UPM peut-
il se passer de cet héritage? Après l’échec du Processus Barcelonequi a été
un simple subterfuge ou l’objet d’une manœuvre dilatoire et / ou de la
diversion, doit-on ou peut-on maintenant se fier à l’UPM ? Doit-on parier
positivement sur l’utilité de cette UPM ? Doit-on oublier le Processus de
Barcelone?
Fredj Maatoug ne s’écarte pas de la voie frayée par les premiers sur la
perception des deux mondes, mais se penche sur un aspect spécifique tout
aussi intéressant qui suscite de fortes interrogations sur l’attitude de l’Europe
envers le Monde arabe, auquel elle a imposé un problème inextricable en
e
fonction de la IIguerre mondiale qu’elle a provoquée et pendant laquelle elle
a commis des atrocités au détriment des Juifs. Au point que - comme non peu
d’Européens le soutiennent d’ailleurs -, ces derniers ne se comporteraient pas
moins de la même manière envers les Palestiniens en leur imposant une guerre
permanente et douloureuse, surtout à partir de celle 1967 qui a sérieusement
marqué les Arabes et les Israéliens : celle-cipermettrait à Israël d’occuper
progressivement des territoires qu’il ne veut pas restituer au Monde arabe. A
travers ce travail, F. Maatoug tente de démontrer que l’Etat israélien jouit

19

d’une impunité absolue qui lui permet de ne pas respecter les résolutions de la
société internationale qu’il utilise par contre pour tenter de faire condamner
les Palestiniens sans Etat afin de les affaiblir d’avantage. Il fait bien
comprendre que cette impunité dont bénéficie Israël dérive du fait que les
Etats-Unis s’opposent à toute condamnation de ce pays dans les instances
internationales pendant que l’Europe observe souvent le silence en profitant
du fait que l’Amérique endosse directement et clairement la responsabilité de
la défense du pays des Juifs. Il va même plus loin en soulignant, qu’à l’instar
des Etats- Unis, l’Europe finance largement l’Etat juif qui est en réalité «son
enfant gâté»!! Hormis ces arguments, il est loisible de s’interroger le fait que
l’Arabie saoudite a financé cette horrible opération, comme le fait remarquer
11
Thierry Meyssan?

Quoiqu’il en soit, tous ces arguments sont utilisés par l’auteur pour
expliquer les raisons pour lesquelles Israël a fait une guerre atroce contre Gaza
entre 2008 et 2009. Cette guerre a eu sans doute pour but de diviser les
Palestiniens et donc d’affaiblir Gaza où les élections locales ont été gagnées
par le Hamas que Israël et l’Europe considèrent comme l’ennemi le plus
dangereux qui a prouvé que les Arabes sont aussi capables d’organiser des
élections libres et démocratiques. Après ces élections, les spécialistes des
questions israéliennes et palestiniennes ont sûrement bien entendu les
autorités d’Israël déclarer immédiatement qu’il ne suffit pas d’organiser des
élections pour prouver qu’on est un Etat démocratique. Cette déclaration
recélait-elle l’intention de la préparation de l’opération « Plomb durci » ?
Inaugurée par Israël, ce langage approprié pour faire reculer la démocratie au
Moyen-Orient a été utilisé également dans le cas de la contestation de la
12
légitimité du Président égyptien Mohammed Morsi en Juin et Juillet 2013.


Rosettadi Peri se penche aussi sur un aspect plutôt insolite par sa spécificité,
puisqu’il regarde un monde composé de deux Etats (le Liban et la Syrie) dont
les liens font souvent l’objet de grands débats, et qui auraient la tendance à
faire croire qu’ils ont un destin commun. En effet, si on examine attentivement
leurs diversités / différences sur les plans politique, religieux et culturels, on
constatera que les péripéties « événementielles » regardant ces deux pays dont
on ne peut nier les liens politiques étranges, permettent d’avoir une idée de la


11
ThierryMeyssan,L’opération « Plomb durci » : La guerre israélienne est financée par
l’Arabie saoudite,Géostratégie. Com, 06 janvier 2009.
12
Global Net, 05 Juillet 2013,Tunisie : Ennadha dénonce « un putsch contre la légitimité » en
Egypte. Le Monde, 03 Juillet 2013,réaffirme sa légitimité face à l’ArméeEgypte : le Président.
Le Figaro, 03 Juillet 2013,Guaino : c’est au peuple égyptien de décider de son destin;En
Egypte, le dilemme de Mohammed Morsi.News of Tunisie, 06 Juillet 2013,Coup d’Etat anti-
Morsi : projet saoudo-américain.

20

perception qu’on peut élaborer sur le Monde arabe et son évolution.
Réfléchissant sur les péripéties concernant la Syrie et le Liban pendant les
deux périodes marquées par l’existence et la crise du Système bipolaire, R. Di
Peri s’applique à démontrer l’importance stratégique de la Syrie et de ses
potentialités diplomatiques qui ont fait d’elle une petite puissance ayant
conditionné la politique de la région en intervenant même au Liban où il a joué
intensément le rôle de médiateur. Sa puissance - même discutable - et ses liens
quasi indéfectibles avec le Liban expliqueraient-ils le fait que sa criseactuelle
puisse s’étendre au pays des cèdres dont la Syrie auraitlargement et
patiemment construit la perméabilité avant et après la crise du Système
bipolaire ? C’est la question pertinente que l’auteur pose dans sa conclusion.
OscarGaravello nous reporte à l’un des aspects les plus emblématiques des
relations Nord-Sud et arabo-européennes en particulier, de la période qui
commence par la crise du Système des deux pôles dominants. Il s’agit du
partenariat euro-méditerranéen qui s’est substitué au système de coopération
hérité de la période de la décolonisation et de la naissance du néo-
colonialisme. Ce partenariat se distinguerait par le fait perceptible d’être le
nouveau cadre de regroupement des Etats appartenant, d’un côté à l’Europe
qui est le pôledominant, de l’autre à la Méditerranée refoulée au monde du
Sud auquel le Nord impose des alliances stratégiques pour le contraindre à
participer à une coopération construite sur la base du partenariat qui oriente
les Etats du Sud à l’alignement idéologique et politico-stratégique. En d’autres
termes, disons mieux qu’il s’agit du nouveau cadre politico-stratégique de
collaboration qui n’estpas neutre puisqu’il engendre des contraintes souvent
mal appréciées et mal acceptées par les pays du Sud qui finissent par jouir de
la réputation infamante d’Etats collaborateurs et/ou soumis à l’impérialisme
néocolonialiste. Ce n’estdonc pas sans raison, qu’à travers le titre de son
travail, O. Garavello souligne sans détours l’existence d’une conflictualité
indéniable qui affecte ce partenariat qui ramène les deux mondes à un état
d’esprit persistant et hérité du passé des affrontements qui se perpétue.
Ladeuxième partie de l’ouvrage porte sur l’intégration et la sécurité qui sont
des questions importantes et incontournables des messages, discours et débats
politiques et culturels des deux mondes que nous considérons, même s’il est
vrai que l’Europe est le pôle qui, - non sans anxiété, hantise et peurs etc. - se
pose plus de questions sur ces deux points qui détermineront la qualité de sa
vie et la sauvegarde de ses intérêts essentiels : c’est-à-dire, ses exigences
politiques et économiques, sa convoitise des matières premières et ses visées
stratégiques néocoloniales et impérialistes face aux pays du Sud qui se
défendent d’une manière plutôt étrange et incompréhensible pour les
Européens. En d’autres termes, il conviendrait de préciser que si ces deux
facteurs qui expliqueraient la vigilance des Européens déterminent les

21

conditions de la fermeture des frontières méditerranéennes et de l’érection des
barricades de l’Europe contre les migrations, les frontières et les pays arabes
tendent à se fermer en fonction de l’activité de l’Islam combattant qui étend
son espace d’action à l’ensemble du monde islamique sous le prétexte de
défendre des territoires et traditions sacrés. Il est vrai cependant qu’à travers
son langage politico-idéologique et religieux l’Islam intégriste et armé
souligne qu’il affronte et attaque l’impérialisme constitué d’infidèleset des
mécréants.

Orces territoires sacrés, où sont perpétrésdes attaques contre les étrangers
en général, les Occidentaux et même les autochtones non musulmans en
particulier, se situent dans une planète (monde) qui se rétrécit irréversiblement
en développant et subissant une conflictualité globale exacerbée et exploitée
politiquement / idéologiquement plus ouvertement par des religions qui
prolifèrent d’une manière exponentielle sur les principaux continents où
l’Islam agit en apparaissant comme la force religieuse universaliste
13
d’intégration - la plus dynamique et plus agressive.

Lacontribution de Fabio Marcelli, dont le titre est « Quelle intégration dans
la nouvelle Méditerranée ? » met la lumière sur la démarche stratégique
européenne qui établit les modalités de l’intégration régionale
méditerranéenne à travers le Processus de Barcelone dont il souligne les
difficultés. Afin de faire planer le doute sur la perfection de cette démarche
européenne, Fabio Marcelli utilise une méthode comparative permettant de
vérifier les conditions des échanges entre les deux pôles intéressés. Cette
comparaison estfaite entre le modèle construit et imposé insidieusement par
l’Europe aux pays arabes à travers le mécanisme des partenariats bilatéraux
coiffés par un système quiest considéré comme le « Processus euro-
méditerranéen » et celuide l’ALBA qui est plutôt élaboré et observé d’une
manière égalitaire par les pays intéressés conscients d’appartenir à la même
région et d’avoir les mêmes droits, même si l’organisation précitée serait
influencée par le Venezuela qui est plus doté de potentialités économico-
financières.

L’auteurdéduit que selon les méthodes appliquées, il ressort que les pays de
l’ALBA seraient plus avancés dans l’élaboration des procédures permettant
d’atteindre les principaux objectifs nécessaires afin de forcer l’intégration
entre les pays concernés dans les délais prescris / prévus par les textes


13
Aulieu de l’Islam, disons que, au nom de l’Islam, des milliers de musulmans attaquent
presque toutes les religions sur tous les continents. Après les églises en Afrique, des centaines
de temples hindous ont été attaqués au Bangladesh juste après les attaques contre l’Amérique,
la France et l’Allemagne pour les films et les caricatures sur le vénérable prophète des
musulmans. En Afrique, on dénombre un peu plus de 8000 religions autonomes.

22

officiels. Il s’interroge donc sur la question de la lourdeur des procédures qui
engendrent la lenteur dans l’exécution des programmes du financement des
projets telle que nous l’avons vérifié dans le premier quinquennat du processus
de Barcelone qui a d’ailleurs étalé ostensiblement son lamentable échec. En
effet, il s’est révélé que le programme euro-méditerranéen de financement des
projets prévu pour les 5 premières annéesdevait être exécuté en presque 9
ans alors que celui concernant strictement les pays européensconnaît
habituellement une exécution ponctuelle. En tout cas, il faut souligner que le
Sommet de Nice de 2005 a reconnu que cette lenteur était due au mécanisme
14
européen et donc à la volonté politique du pôle du Nord.

Ilest nécessaire de souligner par ailleurs que dans les deux mondes que nous
considérons dans ce livre, le problème de l’intégration traité par F. Marcelli
est particulièrement résolu par la guerre et la diplomatie qui sont des
manœuvres dilatoires nécessaires ayant pour but de compliquer et d’entraver
la coexistence pacifique qui favoriserait l’intégration : aux Balkans et en
Palestine, l’intégration a lieu à travers l’emploi de la guerre et l’exploitation
des conflits endémiques anciens qui ne sont pas aplanis par l’élargissement
européen à l’Est ; au Moyen-Orient, elle est opérée par l’occupation et la
désintégration forcée des territoires palestiniens qui passent à l’Etatisraélien.
Depuis les années 1970, au Maroc, le problème de l’intégrationse pose dans
le cadre du projet deconstruction nationale qui devrait passer par la
reconquête des espaces territoriauxlibérés par le pouvoir colonial européen.
Or, et même de nos jours, ces espaces sont encore soumis au principe de
l’intangibilité des frontières issues de la colonisation qui a été imaginé et
imposé par les mêmes puissances qui ont octroyé les indépendances aux pays
du Monde arabe. Dans le cas du Maroc, il s’agit encore de conquérir l’espace
composé du Sahara Occidental libéré par l’Espagne dans les années 1970. Ce
territoire fait l’objet des contestations qui sont d’ailleurs le signe patent d’un
conflit qui oppose encore le Maroc à l’Algérie etintéresse aussi bien
l’Espagne et l’Union Européenne que l’ONU et l’Union Africaine à laquelle
le Royaume marocain ne veut pas faire partie !! Commettant ainsi une erreur
stratégique favorisant l’envenimement et la perpétuation du conflit que les
puissances du Nord exploitent de toute manière. Mais en se retournant
aujourd’hui vers l’Union Africaine et donc l’Afrique qui estle continentdu
futur dont la croissance déterminera plus sûrement son dynamisme afin

14
Le18 Août 2013, le Vice-président du Parlement européen Gianni Pitela, parlant de la
situation de l’Egypte à Rai News 24, a clairement dénoncé la responsabilité de l’Europe dans
l’échec du partenariat euro-méditerranéen. Par contre, au Sommet (dit Cumbre) anti-
impérialiste qui s’est tenu en Juillet-Août 2013 en Bolivie, les participants ont soutenu qu’entre
autres, l’ALBA serait un des fer de lance du progrès en Amérique qui est en train de s’affirmer
pendant que l’Occident connaît inexorablement son déclin. Sur ce sommet anti-impérialiste de
Cochabamba, voir, Il Manifesto, 2 Agosto 2013,Termina oggi la Cumbre anti-imperialista.
23

d’accéder au niveau des pays émergents, le Maroc vient de corriger cette
15
erreur stratégique!

KhalidMoukite intervient justement sur ce point en considérant
particulièrement l’aspect budgétaire qui permettraitde vérifier les efforts
déployés par le Maroc pour forcer et / ou favoriser le développement et,
conséquemment, l’intégrationde cette partie du Sahara dans son territoire. De
tels efforts budgétaires ne sont pas à négliger dans le cadre de ce différend qui
oppose : d’une part, l’Algérie et le Maroc ; d’autre part, ces deux pays
maghrébins et les Sahraouis, auxquels le Royaume marocain devrait octroyer
une autonomie après que l’Afrique, l’Europe, les Nations Unies et le même
Etat marocain auraient décidé d’offrir à ce peuple la possibilité de se
prononcer sur son destin à travers un referendum ! Quoi qu’il en soit, les
efforts budgétaires marocains examinés par K. Moukite ne signifient pas que
la question de l’intégration des populations dans le Monde arabe dépend
strictement des ressources financières qu’un Etat engagerait en vue de
contrôler un territoire qui naît dans le cadre des rapports des forces compliqués
ayant un lien avec l’Histoire coloniale qui est l’une des grandes causes de la
dépendance politique et culturelle des Etats arabes envers l’Europe qui
demeure leur principal modèle de référence ! Ce modèle européen ne
déterminerait-il pas encore aujourd’hui la formation de leur « hypothétique »
nouvelle identité ?

EugeniaFerragina aborde l’aspect de l’intégration dans une optique
caractérisant le rapport entre l’« environnement »qui constitue le milieu dans
lequel les hommes et les populations qu’ils forment pratiquent des modalités
de gestion des territoires situés sur les deux rives de la Méditerranée, et le
« développement » qui est le processus intervenant comme paramètre de
vérification de l’impact de cette action humaine qui se révèle à travers des
changements considérables et perceptibles sous la forme de progrès à court,
moyen et long termes. Elle constate et fait remarquer que l’action des
populations dans cette zone en implosion n’est pas sans conséquences graves
sur les plans politique, social, économique et démographique. Ces
conséquences doivent être interprétées sous leur nature de conflits et crises qui
pourraient connaître un envenimement dans l’avenir sur lequel elle attire
l’attention en soulignant la persistance des fléaux comme la famine et la
pauvreté qui sont d’ailleurs à l’origine des révoltes qui sévissent et
compromettent les divers processus d’intégration sur les deux rives depuis les
révoltes et manifestations égyptienne, marocaine et tunisienne de 2008.


15
Afrik.Com, 30 Janvier 2014,Sommet de l’Union Africaine : le Maroc exige l’exclusion du
Polisario.Jeune Afrique, 11 Décembre 2013,Union Africaine : vers une offensive anti-RASD ?
Maroc Hebdo, 01Février 2014,le Maroc peut-il réintégrer l’Union Africaine ?

24

Atravers leur méticuleuse contribution, Luigi di Comite et Stefania Girone
s’appliquent à démontrer que les populations de l’Union européenne et du
Monde arabe sont en stagnation dans un univers qui s’interroge sur la
problématique du développement en tant que facteur déterminantde
l’intégration régionale. Ils tentent de faire comprendre réellement les
méandres d’une crise démographique qui ne touche pas exceptionnellement
quelques pays comme la France pratiquant une politique nataliste et ceux du
Monde arabe qui connaît une évolution plutôt heureuse, puisqu’il rassemble
une population composée majoritairementde jeunesqui pourraient et / ou
devraient être les éléments les plus actifs de la production dont ce monde a
besoin en vue de renforcer son dynamisme. En ce qui concernele
développement, ils signalent que l’une ou l’autre rive de cette région présente
respectivement des situations plutôt stables et en involution, ce qui caractérise
leurs différences et leur ressemblance qui pourraient d’ailleurs s’accentuer en
fonction de l’implosion progressive régionale et de la crise économico-
financière et industrielle.

Lepôle européen,qui se targue d’appartenir au groupe des pays avancés,
ne donne plus de signes patents et convaincants de relance de la croissance
économique. Il présente plutôt des signes de régression attestée par les
organismes internationaux et européens parce que leur taux de croissance est
égal à moins zéro, ce qui explique la progression de la récession dans certains
pays comme la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Espagne. Depuis 2011 et
l’éclatement des révoltes assimilées aux révolutions qui se sont plus ou moins
transformées en guerres civiles, ceux qui jouissaient de la réputation
de «Petits tigres émergents » entrés dans une phase d’incertitude et sont
d’impasse politiques qui marque le début de la stagnation économique
pouvant aboutir à la récession– surtout si l’économie du tourisme persiste
16
dans la chute qu’elle connaît actuellement. Pour l’heure, il semble donc un
peu osé de soutenir l’hypothèse du succès de la promotion du développement
durable sur les deux rives sur lequel le débat reste ouvert entre les deux rives.

EnEurope, ces deux facteurs (intégration et sécurité) sont souvent
exagérément interprétés en fonction des déséquilibres provoqués par les flux
migratoires qui sillonnent la Méditerranée surtout depuis 2011. Les Européens
pensent que l’intégration de ceux qui sont issus des flux migratoires anormaux
( ?) provoquerait des déséquilibres économiques, sociaux et démographiques
qui auraient une forte incidence sur « la sécurité » des pays européens et de
leurs populations qui sont hantés, terrorisés et traumatisés par les fortes
manifestations de la crise économique, financières et industrielle actuelle dont

16
LeMonde, 05 Juillet 2013,La crise égyptienne et ses enjeux. LesEchos, 03 Juillet 2013,
Egypte : la crise économique a précipité la perte de la légitimité du président.
25

le Nord n’ imagine pas le partage des conséquences avec les pays et
populations du Sud de la Méditerranée.

Marie-ClaireCaloz Tschopp a bien imaginé la dimension de l’état
psychologique qui se caractérise par le traumatisme et la hantise, l’inquiétude
et la peur des pays européens qui font face à leur crise économique et
financière, sociale et politique susceptible de compromettre l’avenir de leur
développement, de leur qualité de la vie et de leur homogénéité ethnique et
culturelle. Elle estime que, dans une certaine mesure, cet état psychologique
dérive de l’état d’esprit conflictuel lié aux rapports des forces avec le Monde
arabe et islamique. Se penchant spécialement sur le cas de la Suisse, elle
soutient justement qu’à travers la lutte pratiquée contre les minarets qui
dénatureraient le beau paysage suisse, ce pays – mais c’est le cas aussi de tous
Etats européens -, combat l’Islam et les différentes cultures qu’il véhicule.
Lalutte contre les migrations qui désarticulent les structures sociales
européennes s’opère aux frontières « européennes » et « islamiques » : c’est-
à-dire aux confins des deux mondes dont les relations sont marquées par une
ambigüité plantureuse. M.C. Caloz Tschopp ne manque pas d’expliquer
magistralement lesens de la logique de cette lutte impitoyable et incessante
contre les migrants par la volonté, non seulement de combattre l’éventuelle
hégémonie émergente du Monde islamique, mais aussi de maintenir celle que
l’Europe exerce encore sur le monde des musulmans qu’elle a colonisé par la
politique du bâton. L’auteur ne manque pas non plus de signaler avec force
que cette bataille contre les minarets a un rapport avec le refus de l’intégration
des « Autres » etnotamment des musulmans en Europe.
C’estsurtout sur les rapports entre les migrations et la sécurité de l’Europe
que Giancarlo Della Cioppa s’engage dans la réflexion qui porte à la question
épineuse de l’intégration en Italie en particulier, au moment même où le
Printemps arabe a stimulé les rythmes des flux migratoires qui ont traumatisé
les Italiens entre 2011 et 2012. L’auteur nous donne une idée sur les limites
du système d’accueil des étrangers dans son pays et met surtout en évidence
les difficultés sérieuses éprouvées par l’Italie en vue de contrôler les flux
migratoires anormaux considérés par les Italiens comme une menace à leur
sécurité. Il soutient par ailleurs que la précarité de l’économie italienne ne
permettrait pas d’absorber la main-d’œuvre étrangère, mais qu’elle
favoriserait plutôt des formes de criminalité aussi bien du côté des Italiens que
de celui des étrangers, au point qu’elle engendrerait des conflits sociaux
comme celui de Rosarno qui s’est caractérisé par un affrontement entre
Africains et Italiens. L’auteur s’applique aussi à démontrer l’inexistence, non
seulement de la solidarité entre les pays européens, mais aussi de la
responsabilité de l’Union européenne pour la gestion des flux migratoires tels

26

qu’ils se sont manifestés au moment des révoltes libyenne et tunisienne de
2011. En effet, disons sans détours que l’auteur souligne subtilementque ces
deux crises migratoires en particulier, ont permis de comprendre que l’Italie
et son UE ont un penchant moins ardent pour la Méditerranée qu’on ne le
croit. Et que la question de l’intégration des migrants qui ont besoin d’une
protection humanitaire et politique n’est pas un souci majeur des pays
européens et de l’Italie en particulier. Comme, du reste, les débats sur la visite
du pape François – qui a fustigé la globalisation de l’indifférence - le font
17
comprendre clairement.

MagdiA. Hafez Saley recueille justement la balle lancée par M.C. Caloz
Tschopp et par Giancarlo Della Cioppa. Il se prononce sur la question
spécifique et épineuse de l’intégration de l’Islam qui se pose dans toutes les
démocraties humanistes( ?)de l’Europe. Si les premiers font allusion aux
migrations génératrices de minarets en Europe judéo-chrétienne et en Suisse
en particulier, où 40% des populations et les formations politiques de laDroite
déclarent sans ambages leur opposition à toute sorte d’intégration des
étrangers même au niveau local, M.A. H. Saley avance des arguments utiles
qui font réfléchir sur la question de l’intégration de l’Islam en Europe. Au lieu
de passer par des détours et jeux d’esprit permettant d’éviter la confrontation
directe avec le sujet qui embarrasse souvent non peu d’interlocuteurs même
intellectuels, M. A. H. Saley le désigne ostensiblement par la subtilité de la
question posée à travers le titre de sa contribution. A travers ses allusions
touchant aussi bien à l’Histoire qui divise les deux mondes considérés qu’à
l’évolution de cette religion qui jouit d’une série d’avantages du processus
interculturel, il soulève deux pointsintéressants qui s’insèrent parfaitement
dans la dialectique de l’indispensable confrontation des arguments en faveur
et contre l’intégration de l’Islam en Europe.

Lepremier argument se réfère aux statistiques quirévèlent qu’un nombre
plus ou moins élevé de musulmans interrogés condamnentla violence
pratiquée par les franges islamiques intégristes et radicales contre les
Occidentaux et les Européens en particulier, comme on l’a constaté
récemment en Libye après l’attaque de l’ambassade américaine et la mort de
son ambassadeur : à Benghazi en particulier, la population a contraint les
milices agressives responsables de l’attentat masqué à se dissoudre. Le
deuxième argument regarde la démarche entreprise par les jurisconsultes de
l’Islam pour expliquer la logique du Jihad déterminant le sens du concept de
« Mécréant » que serait l’Occidental qui, selon les circonstances, devrait être


17
Capital.fr, 08 Juillet 2013,Le pape François à Lampedusa, solidaire des migrants.Clicanoo
- Le Journal de l’Ile de la Réunion, 08 Juillet 2013,Le pape à Lampedusa pour « pleurer » la
mort des migrants.

27

respecté par le musulman habitant en Occident ou qui devrait y aller pour
travailler, étudier, vivre et devrait être reçu par l’infidèle mécréant.

Quoiqu’il en soit, il est loisible de s’interroger sur la nécessité de rattacher
les deux arguments à la logique du conflit sempiternel qui complique la
problématique de l’intégration de l’Islam en Europe, en particulier. Mais
hormis le fait caractérisant la reconnaissance officielle de l’Islam en Europe,
quelle réponse doit-on donner à la question pertinente et intéressante que
l’auteur de la contribution pose quand même à travers le titre de sa
contribution à ce volume ? A mon humble avis, je diraisque toute personne
qui aimerait donner une réponse à cette question, devrait d’abord s’inspirer
des leçons du Printemps arabe et des conséquences de sa dégénérescence !
Mais elle devrait surtout réfléchir sur la haute conflictualité qui détermine déjà
de nos jours les conditions politiques et stratégiques de l’affrontement entre
l’Islam armé/ intégriste et l’Europe impliqués dans un scénario concernant les
3 continents baignés par la Méditerranée.

Atravers sa postface, Dominique Bendo –Soupou revient sur les rapports
entre l’implosion du monde du Suddont les frontières méditerranéennes
doivent encore être précisées et les révoltes qui compromettent les possibilités
de la promotion de la paix et de la coexistence pacifique. Cette implosion a
débuté avant la crise du Système bipolaire et a engendré les « révoltes »
considérées comme des « révolutions » en cours sur les deux rives de la
Méditerranée. Cesrévoltes et révolutions détermineront aussi bien l’évolution
des relations entre les deux mondes que celle du processus d’intégration de
l’Islam en Europe, de son action armée menée par des radicaux et de ses
contradictions politico-idéologiques dans la confrontation avec les Européens.
Cette évolution se réalise déjà naturellement en fonction du processus
interculturel auquel l’Europe ne peut échapper malgré sa lutte contre
l’intégrisme islamique armé dont l’action a été l’objet de propos inquiétants
de M. Jean-Yves le Drian, Ministre français de la Défense, au début du mois
18
d’Octobre 2012. Pendant cette interview, ce ministre n’a pas fait allusion à


18
M.Jean-Yves le Drian a déclaré que “Chaque semaine perdue fait le jeu des terroristes”.
Défendre l’intégrité territoriale du Mali, c’est défendre la sécurité de l’Europe. Depuis plusieurs
mois, des groupes du Jihad – Mujao, Ansar dine, Aqmi, Boko Aram – profitentd’une forme
de déshérence de l’Etat malien pour progresser vers le Sud. Et pour établir une zone qui est en
train de devenir un sanctuaire terroriste. Cette situation ne peut plus durer, il faut agir vite ». En
utilisant le terme de « terroristes», le ministre français a ignoré la religion au nom de laquelle
ces musulmans justifient leur action. Il réduit l’identité de ces derniers à la simple expression
de terroristes qu’il faut combattre à tout prix. Mais il attire l’attention sur l’alliance stratégique
existant entre les mouvements de terroristes qui agissent en Afrique du Nord, au Mali et au
Nigeria où ils combattent le christianisme. L’alliance entre ces mouvements n’est donc pas un
fait négligeable. Elle révèle aussi l’importance stratégique du scénario qui regarde le Monde

28

l’incidence de nombreux scénarios régionauxsur les relations arabo-
européennes. Parmi ces scénarios, il y a ceux qui détermineraient le
déroulement des guerres civiles qui sévissent dans le Monde arabe en général
et en Egypte, en Lybie, en Syrie et au Yémen en particulier, sous les
hypothétiques appellations de « révoltes »ou de« révolutions » et en Europe
sous celle de « révoltes des indignés ».

Ausujet de ces révoltes ou révolutions dont on ne peut nier les dynamiques
qui révélant les signes ostensibles des confrontations entre les pouvoirs
politiques et les populations, la question plausible qui s’impose est celle de
savoir si elles mèneront aux révolutions réelles dont l’idée transparaît aussi
dans le langage des conflits du « Movimento dei Forconi » italiens que nous
résumons dans les termes suivants : « Si aucune solution n’est trouvée, les
gens viendront et seront plus nombreux. Ils se présenteront devant les
établissements publics occupés par le pouvoir afin de forcer le changement
radical » ! En passant, soulignons qu’en Italie conservatrice et bourgeoise (par
ses grandes aspirations et l’apparence qu’elle entretient soigneusement),
parler du changement radical dans les termes ci-dessus résumés peut être
19
considéré comme le signe d’une révolution latente. Quoi qu’il en soit,
soulignons que la révolution est difficile à faire ! Et qu’il n’est donc pas
loisible de parier seulement sur les paroles des Italiens, surtout si on réfléchit
sur l’issue des révoltes qui ont eu lieu sur les deux rives en général, et au
Bahreïn, en Espagne, en Egypte, en Grèce, en France, en Libye, au Maroc, en
Suède, en Tunisie et au Yémen, en particulier. Nous attendons aussi l’issue de
celle de l’Ukraine qui a toutes les caractéristiques d’une « Révolution
20
orange ».


islamique et l’Europe, tel qu’il avait été évoqué par Oussama Ben Laden à Khartoum en 1995
et par Mouammar Kadhafi au journal la Stampa en 2005.
19
En Italie, on dit que le « Movimento dei Forconi » qui paralyse l’Italie en décembre 2013,
est un mouvement spontané et sans organisation. En réalité, il s’agit d’un mouvement issu de
longues luttes des organisations agricoles et de production siciliennes, qui veut entrer dans la
vie politique.
20
The Christian Science Monitor,Is Ukraine’s unrest a new Orange Revolution in the making?,
Decembre 3, 2013. Adam Michnik :L’Ukraine, « c’est une révolution d’un nouveau type », in
Le Monde du 26 Février 2014. Le Monde du 30 Janvier 2014,Les malheurs des
révolutionnaires au volant.

29

Première partie

LEMONDE ARABE ET L’EUROPE:
PERCEPTIONS ET CONFLITS

Le Monde arabe et l’Europe :
conflits et guerres permanents, paix et coexistence pacifique
aux Calendes des Grecs

Introduction

Dominique Bendo-Soupou
Université de Salerne

LeMonde arabe et l’Europe ont-ils choisi la voie de la confrontation qui
serait la démarche normale entre les mondes, les peuples et leurs Etats qui
aspirent à l’amélioration des relations permettant de se découvrir etde se
connaître mieux qu’auparavant ? Ou, ont-ils préféré la voie de l’affrontement
permanent qui se caractériserait par la guerre comme moyen nécessaire et
approprié pour trouver des solutions convenables à leurs inextricables
problèmes engendrés par des Etats et même par des religions dynamiques qui
n’hésitent pas d’utiliser les conflits armés afin de forcer leur affirmation face
à l’autre monde à conquérir ou à soumettre? Ont-ils renoncé aux avantages de
la coexistence pacifique qui, depuis le VIIe siècle, ne trouve aucun espace
dans les tentatives du dialogue qui ont lieu malgré le rapprochement forcé à
travers la colonisation des XIXe et XXe siècles, les alliances stratégiques
construites dans le cadre du Système des pôles dominants Est-Ouest entre
1945 et 1989 et le processus de l’octroi des indépendances par l’Europe à la
plupart des pays arabes entre 1919 et les années 1960 qui ont été marquées par
des révoltes / révolutions et guerres coloniales relatives à l’auto-détermination
21
des peuples ?

Lesrévoltes, qui ont commencé en 1919 en Egypte et se multiplient depuis
2011 dans le Monde arabe, sont assimilées aux révolutions. Ont-elles un lien
direct avec le conflit Nord-Sud qui n’est pas moins à l’origine de la
conflictualité globale ? Comme le conflit qui l’alimente, cette conflictualité
est exacerbé par un état d’esprit anachronique qui détermine aussi bien la
démarcation perceptible de chaque monde par rapport à l’autre que les
nouveaux rapports des forces exploités magistralement par les puissances
dominantes occidentales en général et européennes en particulier. Alliées des
nouveaux maîtres (les multinationales) du monde, ces puissances dominantes
imposent des guerres régionales susceptibles de dégénérer en guerre globale
au détriment d’un Monde arabe dont la division, l’impuissance, l’ambigüité et
la complicité avec l’Europe sont irréfutables! Ces guerres stratégiques
nécessaires et justifiées sur leplan économique détermineront-elles l’issue du

21
1919 est la date de la première révolte sanglante de l’Egypte contre la Grande Bretagne qui
a dû libérer ce pays du joug colonial. Les années 1960 ont été marquées par l’indépendance
arrachée par l’Algérie à travers une révolution tout aussi sanglante et longue.
33

conflit Nord-Sud ou arabo –européen substantiellement marqué par le rôle
agressif d’un Islam combattant intégriste qui se place dans l’optique
stratégique qui prône l’occupation et l’islamisation pacifique ou violente de
l’Europe des soi-disant «infidèles», «mécréants» et «croisés»? Constituent-
elles un facteur majeur qui détermine déjà le renvoi de la paix et de la
coexistence pacifique aux calendes grecques qui, - dans leur dimension
caractérisant la longue durée, - se révèlent apparemment comme le paramètre
de vérification du destin perpétuel commun du Monde arabe et de l’Europe
qui sont plutôt engagés dans un affrontement qui les porterait au déclin ? Les
réponses à ces questions seront données à travers les trois parties de ce texte.
La première porte sur les révoltes arabes et leurs hypothétiques liens avec le
conflit arabo-européen qui se place dans le cadre des rapports des forces Nord-
Sud.

I - Les révoltes arabes ont-elles un lien avec les rapports des forces Nord-
Sud ?

1. Les conflits internes et révoltes arabes sont-ils contrôlés et soutenus par
les puissances du Nord

Depuisleur éclatement en 2011, mais aussi à travers les médias, les ouvrages
publiés, les rencontres avec les collègues universitaires, les séjours d’études,
les colloques et l’analyse de l’atmosphère politique et sociale sur la rive Sud
de la Méditerranée, nous suivons et analysons les révoltes arabes qui sont des
signes réels de la manifestation des conflits internes dans ces pays et de
l’implosion générale qui affecte le Monde arabe et l’Europe. Cette implosion
a commencé au moment des guerres irano- irakienne et soviéto-afghane, et
donc avant la fin de la rivalité Est-Ouest inventée par les grandes puissances
occidentales et soviétique qui contrôlaient le Conseil de Sécurité des Nations
Unies et avaient une influence sur le Tiers-Monde composé aussi du Monde
arabe. Ces révoltes arabes ont même été prises comme exemple par le
mouvement des contestataires américains et sont erronément assimilées aux
révolutions par les Arabes et certains milieux gouvernementaux et
médiatiques européens.Mais, sansles moindres ambages, les écrivains
arabes Adonis et Tariq Ramadan ont respectivement soutenu le contraire :
Adonis a ditque la « Révolution n’a pas eu lieu dans le Monde arabe »; T.
Ramadan a souligné que les révoltes arabes ont été préparées et guidées par
l’Occident et les Etats-Unis en particulier, qui ont considéré l’efficacité du
modèle des « RévolutionsOranges » quidevaient éclater pacifiquement pour

34

forcer l’écroulement des régimes ayant émergé à l’Est après l’effondrement
22
du pôle dominé par l’URSS jusqu’en Novembre 1989.

A travers son livre, dont le titre est « Vérités et mythologies du 11
Septembre »,Richard Labévière se penche aussi sur les révolutions arabes. Il
émet une opinion identique en soulignant « le rôle joué par les armées
tunisienne et égyptienne, et par la CIA dans l’évincementde Ben Ali et
Moubarak…». Il se demande « si ces événements ne vont pas déboucher sur
des contre-révolutions se caractérisant par une purification ethnico-religieuse
23
et un hyper-libéralisme généralisé ». Le Rabin Haim Dynovisz va plus loin
que les premiers en dressant un véritable réquisitoire contre les Etats-Unis et
la CIA en particulier, qu’il considère comme les responsables d’une
manœuvre quipermettrait (nous soulignons ses propres mots) de « se
24
débarrasser de ce petit peuple (Israël) ».Faisant doncallusion aux révoltes
qui ont eu lieu en Tunisie, Egypte, Syrie et au Liban (selon lui) déjà réinventé,
il soutient par ailleurs qu’il s’agit d’une opération anti-israélienne menée
consciencieusement et insidieusement par ce pays et son agence afin de
favoriser le Monde arabe ». Si on devait expliquer le sens de ses propos par
d’autres termes, il conviendrait d’ajouter plutôt que par cette opération
insidieuse, les Etats-Unis et son agence ont voulu modifier les rapports des
forces au Moyen-Orient en faveur des Arabes, en vue de se procurer les
matières stratégiques arabes (auxquelles le Rabbin fait allusion) sans affronter
25
les problèmes inextricables posés par le conflit permanent arabo-israélien.
Et suivant la logique de cette dernière affirmation, il est sensé d’ajouter qu’il
serait aberrant que les alliances et accords stratégiques secrets que les Etats
peuvent conclure dans leurs intérêts actuels puissent porter à des situations


22
Adonis(Ali Ahmed Said Esber),Il n’y a pas eu de révolution arabe,Bibliobus, 28 Septembre
2011 et Books, 29 Septembre 2011. Tariq Ramadan,L’Islam et le réveil arabe,Presses du
Châtelet, Paris, 2011, pp. 300. La thèse de l’analogie des révolutions arabes aveccelles des
pays de l’Est est de T. Ramadan.
23
Richard Labrévière,Vérités et mythologies du 11 Septembre,Editions Nouveau Monde, Paris
2011. Les termes que nous utilisons sont de Gilles Munier qui parle de l’auteur dansle numéro
mensuel d’Afrique Asie de Novembre 2011. L’autre texte à considérer sur les révoltes arabes
est de Kamel Khelifa,La rue arabe sonne l’heure de la liberté. Autopsie d’un complot de la
géopolitique occidentale, Editions Nirvana, Tunis, 2011, pp.168.Le role de la CIA et des Etats-
Unis pour la réalisation du coup d’Etat en Egypte en 2013 et dans l’évincement de M. Morsia
été aussi souligné par Al Qaida et de nombreux médias du monde.
24
Le concept de « Petit peuple » employé par le Rabbin Dynovisz n’est sûrement pas approprié.
Tous les peuples sont grands et égaux.
25
You tube, Dynovisz mp4, 6 Janvier 2012,Algérie : la révolte arabe serait l’œuvre de la CIA,
parole de Rabi .Voir aussi, Le Blog ville de Netanya, 9 Avril 2012, L’Amérique prépare-t-elle
un Moyen-Orient de l’après-Israël ?.Les Etats-Unis utiliseraient-ils une manière plus feutrée
afin de résoudre la question du conflit arabo-israélien sans se compromettre directement,
puisque le problème est trop compliqué et implique trop de protagonistes exigeants et difficiles
à satisfaire?

35

incroyables comme celles de l’abandon d’un Etat ami et allié incontournable
comme Israël. Mais soulignons que pour aboutir à ce stade hautement
stratégique quiva sûrement se vérifier dans l’avenir, les Etats-Unis auraient
besoin de beaucoup de temps de réflexion, même parce qu’ils sont convaincus
que le Monde arabe est déjà très compromis dans les relations avec eux
auxquels il est d’ailleurs très lié, et que Israël et l’Etat américain ont besoin de
privilégier leur alliance pour se défendre contre certains pays comme l’Iran,
la Syrie et leurs alliés, comme du reste un ambassadeur des Emirats l’a fait
26
comprendre clairement dans les termes suivants : « bombardez l’Iran ».Pour
l’heure, il serait plus sensé de considérer la sortie de ce rabbin comme une
pure et simple élucubration dérivant d’un délire dans cette phase des
convulsions arabes qui bouleversent l’état d’esprit habituel valorisant les
préjugés négatifs qui présentent le Monde arabe comme un univers figé
soumis par des rapports des forces inébranlables! Dans d’autres termes, on
dirait que, à l’instar de l’Europe, les Etats Unis qui éprouvent et soulignent la
forte agressivité des forces endogènes arabes, feraient difficilement un tel
choix erroné stratégiquement en faveur d’un Monde arabe qu’ils n’aiment pas
profondément.

Deprime abord, on peutexclure l’hypothèse relative à l’existence d’un lien
direct entre les révoltes arabes actuelles et la conflictualité lancinante qui
caractérise les relations du Monde arabe et de l’Europe en particulier : il serait
en effet insensé de méconnaître l’existence des dynamiques sociales et
politiques internes susceptibles de se manifester même en rapport avec celles
de l’Europe. Cette hypothèse vaut cependant pour deux grandes convulsions
qui sont respectivement liées aux deux dynamiques sociales interdépendantes
qui sont l’impérialisme et le néo-colonialisme qui conditionnent encore le
Monde arabe. La première convulsion est une« révolte authentique » qui s’est
produite en Egypte en 1919 contre la Grande Bretagne, en fonction des
exigences du principe de l’autodétermination : elle a eu de grands échos dans
le monde colonisé et en Afrique en particulier, et a porté cette colonie à
l’indépendance ; mais elle n’a pas eu une issue révolutionnaire. La deuxième
est une « Révolution inachevée en Algérie » : celle-ci a commencé en 1945 en
fonction des péripéties de la guerre mondiale et s’est produite en fonction des
aspirations populaires analogues exprimées à travers la révolte égyptienne,
mais elle a eu un rythme révolutionnaire vérifiable à travers ses manifestations
intermittentes qui se sont produites en deux phases. D’une part, de 1954 à
1962 (en relation avec lesrévolutions du monde, dont celle de l’Indochine
d’où provenaient ses premiers combattants autochtones encadrés par l’armée
coloniale française) ; d’autre part, de 1992 à la fin de ce qu’on appelle

26
Juif.org, 7 Juillet 2012,L’ambassadeur des Emirats à l’Amérique : bombardez l’Iran.Les 23
et 24 Septembre 2012 France 24 a diffusé la nouvelle selon laquelle les autorités iraniennes
diraient que la guerre israélo-iranienne aura bien lieu.

36

clairement « la sale guerre » algérienne qui estl’une des conséquences de la
crise du Système bipolaire et du renforcement de l’impérialisme et /ou du néo-
colonialisme en Algérie. Bien qu’essoufflée à cause de sa confiscation par
l’Armée putschiste (1992), ce mouvement réunit au moinsune condition
importante : la longue durée pendant laquelle des efforts ont été déployés dans
la construction du message révolutionnaire - contrairement à l’Egypte où
même le langage élémentaire de la révolution authentique fait défaut jusqu’à
nos jours. En effet, en Egypte, la population est profondément divisée par des
intérêts politico-idéologiques, ethnico-religieux, socio- économiques
contradictoires et incompatibles : elle n’a vraiment aucune idée claire de la
révolution.

Eneffet, contrairement à l’Algérie, l’Egypte se distingue par le triste schéma
de l’alliance stratégique entre le peuple et l’Armée (qui est le régime
autocratique contre lequel il est obligé de lutter) pour résoudre, non seulement
le problème de la déposition du dictateur soutenu par les militaires, mais aussi
celui des réformes constitutionnelles et des élections législatives qui
dépendraient pourtant de la volonté populaire. Du reste, comme cela peut être
facilement vérifié, la révolte égyptienne actuelle s’inspire du souffle des
révoltés tunisiens et connaît des hauts et des bas, tandis que celle de l’Algérie
n’a pas eu lieu d’une manière concrète et éclatante parce que l’esprit
révolutionnaire n’a pas été et / ou ne s’est pas réveillé! En Algérie et en
Europe, on attribue justement la révolution manquée au seul fait que les
Algériens sont plus prudents la sale guerre »après «qui a débuté par le coup
d’Etat de 1992clairement soutenu même par l’Europe hostile à l’issue
27
démocratique des élections ayant favorisé le Front Islamique du Salut (FIS).

Quoiqu’il en soit, en ce qui concerne les rapports de l’extérieur avec la
panoplie de révoltes arabes actuelles qu’on assimile aux révolutions, il est
sûrement difficile de réfuter le fait que des démarches ont été effectuées par
les Etats-Unis conformément à la logique idéologique des rapports des forces
28
qui prévalaient dans le Système des deux pôles dominants! Après leur

27
Habib Souaidia,La sale guerre,Editions la Découverte, Paris 2001, pp.520. A propos des
polémiques franco-algériennes sur la sale guerre, le web contient des données presque
inépuisables.
28
Ence qui concerne l’Egypte, Fukuyama dit sans ambages que, sans exercer de grandes
pressions, les Etats-Unis exercent une influence sur l’Armée afin qu’elle puisse favoriser
lentement l’instauration de la démocratie en permettant même aux islamistes de régner. Mais
la méthode utilisée devrait servir à la prévention d’une révolution, et donc à maintenir l’Egypte
dans une stabilité apparente qui la porterait au respect de tous ses engagements internationaux,
y compris le Traité avec Israël. A ce propos, voir le journal La Stampa du 25 Juin 2012, p.5.
L’article sur l’interview à Francis Fukuyama est de Paolo Mastrolilli dont le titre est : « Non
potevamo bloccare il processo democratico ». La traduction française de ce titre est : « Nous
(les Américains) ne pouvions pas bloquer le processus démocratique ». Fukuyama ajoute et

37

triomphe en 1989 au détriment de l’URSS et de ses satellites, les Etats-Unis
et l’Europe continuent leur combat idéologique pour effacer les traces de
l’Histoire du pôle de l’Est qu’aussi bienles régimes libyen et syrien que ceux
plus récents de l’Est représenteraient encore : les guerres de la Libye de 2011
et de la Syrie qui persiste, de destruction de la structure étatique de l’ancienne
Yougoslavie déjà disloquée en 1989, d’imposition de la soi-disant démocratie
occidentale (à partir de 1990) afin de contrôler le monde des Arabes et
d’européaniser authentiquement les nouveaux pays de l’Est, constituent des
indices de culpabilité et de responsabilité qu’on mettrait à la charge des États-
Unis et de l’Europe qui croient encore en leurs capacité et droit inaliénable de
forcer des changements politiques partout afin de diriger le monde.

End’autres termes, il conviendrait de souligner que l’action contre la
Yougoslavie et les Etats issus de sa dislocation n’a pas moins été un point de
réflexion et d’expérimentation des modalités de destruction des entités non
occidentales à travers des révoltes internes assimilables aux révolutions afin
de faire accepter l’initiative subversive. Car le choix de la stratégie de
l’imposition de « la guerre permanente » ou de « la pluralité des guerres
opportunes et récurrentes »expérimentée par l’Occident et son Europe dans
le monde musulman serait trop onéreux et pernicieux sur les plans
économique, financier et politico-stratégique - comme c’est d’ailleurs le cas
aujourd’hui si on analyse les conséquences des guerres qui ont lieu dans le
Monde arabo-islamique depuis la fin de la rivalité Est-Ouest. En effet, les
débats sur la crise économique et financière actuelle révèlent ostensiblement
que les moyens financiers et humains permettant de soutenir des guerres
longues font sérieusement défaut en Occident.

L’interventionarmée contre la Yougoslaviea été soutenue unanimement
aussi bien par les forces politiques de la Droite que de la Gauche américaines
et européennes. Elle a sûrementété l’étape préparatoire et de réflexion pour
le déclenchement desdites révolutions oranges qui serviraient encore pour
achever le processus d’élargissement de l’Europe dont on connaît la crise
profonde aujourd’hui - parce que, justement, elle n’est pas un monde
29
révolutionnaire ouvert aux changements. Serait-il donc insensé et injuste de
donner raison à Tariq Ramadan qui soutient que lesdites révolutions arabes

souligne en outre que la politique suivie dans le passé consistant à soutenir les dictatures ne
fonctionne plus, ne garantit pas la stabilité et ne favorise pas les intérêts américains. Afin de
mieux guider ce processus de glissement vers une démocratie sans douleur pour les militaires,
Israël, l’Occident et les Etats-Unis jouent sur le fonds de 1,3 milliards de dollars destinés à
l’Armée égyptienne. Cet argent se trouverait encore dans une banque de New York et ne peut
être transféré sans l’autorisation du gouvernement américain. Sur cet aspect stratégique
concernant l’emploi du fonds annuel à l’Egypte militaire sous le contrôle américain, voir La
Stampa, op.cit., qui rapporte la déclaration de F. Fukuyama.
29
Le Monde.fr, 2 Décembre 2013,L’Europe doit soutenir l’aspiration démocratique à Kiev.

38

sont un type de « Révolutions oranges », même si elles sontplus violentes
parce qu’elles dépendent d’une implosion déterminée par des facteurs
politiques, socio - culturels et religieux plus dynamiques et différents de ceux
qui sont présentés par les processus politiques et sociaux des pays européens
de l’Est ? En tout cas, face à cette forte implosion qui affecte ce monde
stratégique qui est le Monde arabe, la neutralité apparente de l’Europe et de
son incontournable et éternel allié américain, trouve difficilement une
explication plausible sur les plans aussi bien politico-stratégique
30
qu’économique, comme nous l’expliquons ci-dessous à la note 7.A la
rigueur, on attribuerait cette apparente neutralité à l’opacité des politiques
étrangères de ces deux pôles occidentaux qui sontplus prudents après le
Système bipolaire, même s’ils continuent d’inventer et d’ utiliser des prétextes
plus ou moins raffinés pour justifier l’imposition des guerres qui sont de
véritables agressions envers les Etats arabes et du Monde islamique.

Depuis 9 décennies, et considérant le moment de l’obtention de
l’indépendance parl’Egypte (1919), le Monde arabe présente un schéma
singulier révolutions. Dans presque tous les paysdes révoltes assimilées aux
arabes qui ont trouvé des solutions en vue d’éviter la « Révolution », les
réformes politiques et constitutionnelles sont-elles de nature révolutionnaire
parce qu’elles ont favorisé l’accession des islamistes au pouvoir
gouvernemental? Au Maroc, en particulier, il n’y a eu que des manifestations
plus ou moins analogues à celles qui se déroulent souvent à Rabat sur le
Boulevard Mohammed V, dont le but est d’ailleurs de faire appliquer les
instructions du jeune Roi! Au Bahreïn, la Révolution a été occultée et niée par
31
le Roi. En Syrie, en Libye, en Tunisie et au Yémen, les révoltes se prolongent

30
Ilfaut souligner que l’Europe etson allié américain estiment que dans cette période
d’effervescence du Monde arabe, leur intervention est indispensable. Mais de leur côté, et
malgré toutes les démarches faites auprès de l’ONU, par exemple, on relève une sorte de
neutralité à travers leurs prises de positions. En réalité, pour éviter momentanément
l’instrumentalisation de la guerre qu’ils préparent, leur intervention s’opère sous la forme d’une
neutralité active. On peut comprendre et admettre l’hypothèse de T. Ramadan et du Rabbin H.
Dynovisz sion considère que ces deux pôles dominants ont agi d’une manière feutrée afin de
prévenir des événements révolutionnaires qui pouvaient avoir lieu en fonction de l’épuisement
de la crédibilité politique des régimes politiques arabes qu’ils contrôlent toujours. Utilisant la
stratégie de la neutralité active, leur intervention est faite à travers des modalités qui considèrent
l’importance stratégique des pays en révolte, - où subsistent notamment les possibilités
d’éliminer les séquelles de l’histoire du pôle de l’Est (cas de la Libye et de la Syrie) ou
présentant des difficultés, soit d’y mener une guerre qui pourrait (par exemple) porter à
l’enlisement (cas de la Syrie), soit de contrôler un mouvement pouvant aboutir à une révolution
authentique (cas de l’Egypte, de l’Algérie, de la Tunisie, du Maroc, des monarchies saoudite et
du Golfe), soit de forcer l’isolement d’un pays auquel on voudrait et peut faire la guerre ou sur
lequel on peut faire des pressions politiques efficaces dans l’intérêt d’Israël par exemple(cas
de la Syrie pour isoler l’Iran).
23 Georges Malbrunot,A Bahreïn, les Chiites ont raté leur Révolution,Le Figaro Blog, 21 Mars
2011. ParisMatch, 8 Mai 2012,Bahrein, Révolution oubliée.

39