Le monde en Espagne, l'Espagne dans le monde

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L'immigration est, dans le monde entier, un vrai sujet de questionnement : régularisations massives des flux migratoires, intégration, lois, contrôles, quotas, expulsions... L'Espagne, pays d'émigration jusqu'à une époque récente, connaît un afflux incessant de migrants européens, africains, latino-américains. La rencontre de ces populations contribue à modeler de nouvelles identités (Articles en français et en espagnol).
Publié le : mardi 1 novembre 2011
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EAN13 : 9782296473010
Nombre de pages : 177
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LE MONDE EN ESPAGNE, L’ESPAGNE DANS LE MONDE      
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56661-3 EAN : 9782296566613
Sous la direction de Victor BERGASA LE MONDE EN ESPAGNE, L’ESPAGNE DANS LE MONDE      
Rédaction / Edition de l’ouvrageVictor BERGASA/ Monique HERITIER Comité de Lecture: Victor BERGASA, Monique HERITIER Josette CHANEL-TISSEAU des ESCOTAIS
Centre de recherche Civilisations et Identités Culturelles Comparées des sociétés européennes et occidentales (CICC -Equipe d’accueil 2529-) Université de Cergy-Pontoise
L’Harmattan
Image de couverture de la revue: D'après les photographies originales de Muriel EOT (Paris) et le tableau du peintre Miguel Elías (Salamanca)
PRÉSENTATION
Les changements successifs, qu’ils soient politiques, sociaux ou « immatériels », subis par l’Espagne des Communautés Autonomes, tout au e e long du XX et en ces débuts du XXI siècle, ont eu pour origine, dans certains cas tout au moins, des facteurs extérieurs à la société elle-même. Pour reprendre un exemple bien connu de tous, l’intégration en Europe a comporté, et comporte encore de nos jours, des obligations en politique extérieure, inimaginables avant l’admission à cette Communauté européenne en 1985-1986. En même temps que l’Espagne change ses comportements, son fonctionnement et sa manière d’être dans les corps politiques de l’Etat chargés de mener sa politique extérieure - nous y incluons les forces armées -, se transforment aussi les représentations que l’on avait de ceux-ci ; et cela aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. En effet, les forces armées, par exemple, sont aujourd’hui tout « autres », et fort différentes de ce qu’elles furent, non seulement du point de vue de leur professionnalisme, armement et 1 missions, mais aussi du point de vue de l’approche de la question militaire . Ici, la rencontre avec « l’autre » -dans ce cas concret des organismes, des états et des Institutions- a fait émerger de nouvelles réalités conceptuelles, plus complexes, riches, efficaces, polyvalentes, en somme, différentes ; même l’imaginaire social espagnol s’est enrichi ainsi de nouvelles images, concepts et stéréotypes. e L’Espagne, traditionnellement pays d’émigration durant le XIX siècle et les e trois premiers tiers du XX , est devenue, en l’espace de quelques décennies, pays récepteur de migrants. L’immigration contemporaine - massive et parfois dramatique du Sud vers le Nord - qui a suscité et suscite encore de nombreuses études politiques et économiques des organismes internationaux (OCDE-UNESCO), n’a pas encore reçu, à notre avis, une étude globale et diachronique dans ses aspects moins « pratiques » que nous avons qualifiés ici « d’immatériels ». Sans vouloir entrer dans la définition des concepts, la rencontre, voulue ou forcée, subie ou cherchée, avec « l’autre » être humain, crée de nouvelles 1 MARTIN Vianney,La professionnalisation de l’armée espagnole (19752002), septembre 2004, DEA de développement et mutations culturelles sous la direction de Monsieur le Professeur Guy-Alain DUGAST, Lille III.
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réalités sociales et individuelles qui peuvent être source soit d’enrichissement, de complémentarité, de changement, soit motif d’oppositions, de refus, d’affrontements.
Etudier l’évolution d’une telle rencontre, génératrice de sens, dans notre société contemporaine espagnole et européenne, nous a semblé un champ d’investigation fondamental. Son importance est telle que, selon certains chercheurs, elle mettrait en jeu soit la permanence de la conception que l’on a 2 de l’Etat, de la Nation ou du Pays, soit la conception même du « Je » .
Si dans le cas de la politique extérieure et des forces armées que nous évoquions plus haut, la rencontre avec « l’autre » a fait jaillir des « altérités » nouvelles, l’immigration, c'est-à-dire la rencontre avec le « tu-personne », et non plus avec le « tu-organisme » créera-t-elle de nouveaux types d’êtres comme le suggèrent certains ?, lesquels ?, comment et avec quelle finalité ? De quelle nature ? S’agira-t-il de réalités transitoires ou permanentes ? Comment se réalise l’approche vers « l’émigrant » et avec quels résultats ? Y a-t-il des différences dans cette approche selon les communautés autonomes ? Selon le sexe ? Y-a-t-il des différences ou des particularités dans la façon d’aborder cette problématique à l’intérieur des différents pays de la Communauté Européenne ? Peut-il y avoir un « cas espagnol » qui s’expliquerait par des stéréotypes espagnols ? Enfin, s’il y a un changement, quel en est le coût et de quelle nature est-il ?
Les considérations qui précédent nous conduisent donc à proposer ici, une amorce à l’étude des questions liées à l’immigration contemporaine sur le sol de la péninsule ibérique. Pour cela, un groupe de chercheurs réfléchit dans ce travail, sur une des réalités porteuse de sens nouveaux. Nous souhaiterions que ce travail soit le début d’une démarche plus longue et complète et qu’elle contribue ainsi à une meilleure connaissance de la problématique abordée. L’approche pluridisciplinaire qui a été choisie, permet le croisement des points de vue, l’enrichissement mutuel, et l’ancrage dans un contexte plus ample, européen d’abord, puis mondial.
L’article de l’Introduction tente de cadrer la problématique dans le débat humaniste de la quête de soi-même par la rencontre du « tu ». Cette recherche psychologique et humaine qui n’est pas propre à l’Espagne, pourrait servir de cadrage aux problèmes suscités par la rencontre de « l’autre » différent et poser des bases éthiques qui dépasseraient le seul cadre national. Ainsi, l’homme rencontrerait l’homme, là où se rejoignent des êtres porteurs et bénéficiaires du même bien commun : la vie.
2 « De l’Immigration à l’intégration. En Europe, à chacun son « modèle » », inLe Monde Diplomatique, archives, juin 2006, par Claudio BOLZMAN et Manuel BOUCHER.
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INTRODUCTION IMMIGRATION ET ALTÉRITÉ DANS QUELQUES TEXTES DE L’ESPAGNE CONTEMPORAINE Victor BERGASA Université de Cergy-Pontoise CICC
« En Europe émerge plutôt une peur du migrant, mais aussi de soi-même et il nous faut habiter nos ambigüités. »,La Croix, 28-10-2008. Dans la revueValeurs actuellesdu 13 juin 2008, Denis Tillinac réfléchissait à propos du « je » et de l’« Autre », dans un contexte de quête « angoissée » d’une réponse sur l’identité nationale. Le journaliste, après avoir insisté sur la globalisation des migrations contemporaines, soulignait que les crispations individuelles et collectives autour de l’identité poussent les connaisseurs à repenser les questions identitaires sous plusieurs angles et perspectives - ici la culture humaniste occidentale gréco-romaine et la spiritualité judéo-chrétienne -afin d’expliquer les causes des problèmes et d’avancer des solutions.
« Avec quoi riment nos patriotismes dans le « village planétaire ? » On se demande partout, non sans angoisse, ce qui explique les crispations identitaires en tout genre : éthiques, confessionnelles, régionalistes, nationalistes, idéologiques. Cela explique aussi la vogue des réseaux et des sectes, ainsi que la prolifération des liens noués par le truchement d’Internet. Car nos contemporains, autant que nos ancêtres et sans doute davantage, ont besoin de discerner le Même et l’Autre pour conjurer leur hantise de la solitude. Cette quête de « l’identité » était le thème d’un débat auquel on m’avait invité à Florence avec Ivan Levaï et Claude Cabanes. Chacun a décliné ses fondamentaux patriotiques. Pour moi, rien de plus simple. En tant que catholique romain, ma patrie, c’est la Création, donc l’humanité, avec Rome comme capitale spirituelle et Jérusalem sur la ligne d’horizon. (…)
Pour accueillir l’Autre - individuel et collectif -, il faut (fallait) savoir qui nous sommes et en tirer de la fierté. C’est l’acculturation qui génère de la xénophobie, pas les sentiments d’appartenance. Mon allergie naturelle au racisme, mon appétence pour l’altérité et ma fascination pour les confins résultent de mon enracinement en cercles concentriques : totalement catho, totalement français, totalement occidental et amoureux comblé de mon humble paradis de verdure. Donc totalement ouvert, car rien ne saurait ébranler ou dissoudre ce qui m’importe »(loc. cit. p. 39 ).
Ces considérations, fortement teintées de connotations nationalistes identitaires, nous renvoient à d’autres considérations identitaires individuelles qui, elles, pourraient contribuer à mieux accepter, ou tout du moins à mieux comprendre, la différence, l’Autre. Ce débat fondamental, qui comporte des
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aspects psychologiques mais aussi sociaux, dans un sens large, a lieu en France au moment où se pose la question de la diversité ethnique, linguistique et culturelle. Il incite aussi le chercheur à élargir le débat.
Donc, nous voudrions, dans ces pages, transposer la problématique sur l’identité, de l’autre côté des Pyrénées, et porter notre réflexion sur le « cas espagnol » souvent mis en exergue, au moment où l’Espagne passe de pays 3 « exportateur » de population à pays récepteur .
Il y a quelques décennies, à la fin des années 1970, quand le sujet de l’exil latino-américain en Espagne commençait à peine à être évoqué - il y en avait 4 80.000 installés sur le territoire sur un total de 115.000 immigrés -, et quand le mot immigration circulait à peine, Antonio Garrigues, homme politique éminent de la Transition Démocratique, prononça une phrase prémonitoire que nous voulons rappeler ici. Il employait, à propos de l’immigration, le terme de « générosité ». Autrement, nous rappelait-t-il, « l’image de l’Espagne resterait à jamais ternie ». Laissant de côté pour le moment, la question de la création d’image et considérant les problèmes posés par l’arrivée massive de populations étrangères en Espagne –l’Annuaire de l’Immigration Espagnole de 2007donnait le chiffre de 3.357.218 d’immigrés résidents –, les différentes études consultées abordent le sujet soit en parlant de « problème complexe », de « processus de changement social et politique », d’ « adaptation de mentalités », d’ « état 5 d’esprit qui oscille entre la crainte et la surprise », de naissance d’ « une 6 nouvelle Espagne plus plurielle », de l’émergence d’un climat de refus , soit, comme le firent les députés au Congrès le 11 octobre 2006, en posant comme requis de l’accueil étranger les éléments fondateurs des droits de la personne : la liberté, l’égalité devant la loi et son respect. María Villena Rodríguez, dans son travail publié en 2004 surDémographie, marché du travail et politique d’immigration, insiste bien, sur les facteurs
3 “A pesar de que el fenómeno migratorio es tan antiguo como la existencia de la especie humana, no es hasta mediados de los 80 cuando el estado español, y por ende Euskadi, casi por sorpresa deja de ser un país tradicionalmente de emigración para convertirse en un país de inmigración”, in II Plan Vasco de inmigración: 20072009, Gobierno Vasco, departamento de vivienda y asuntos sociales, diciembre 2007, page de “presentación”.4 Aujourd’hui, la situation a beaucoup changé: “Residentes no comunitarios: Marruecos: 644.688; Ecuador: 420.110; Colombia: 280:705; Bolivia: 239.942; Argentina: 145.315; China: 124. 022; Perú: 120. 273; Brasil: 115. 390; Cuba: 82. 500; República Dominicana: 76. 954; Paraguay: 66. 710; Venezuela: 57. 679”,El País, sábado 12 de Julio de 2008, article d’Anabel DÍEZ.5 LÓPEZ SALA, Ana María, “La política española de inmigración en las dos últimas décadas. Del asombro migratorio a la política de frontera y la integración. ”, Département de Sociologie de l’Université de La Laguna, p. 1 y 2, 2003.6 El País, sábado 12 de julio, año XXXIII, n° 11.351, “Cataluña segregará a los niños africanos fuera de la red escolar”: «La Generalitat de Cataluña presentó ayer cuatro de los centros especiales, al margen de la red educativa, en los que prevé aparcar durante meses a los emigrantes de 8 a 18 años…», page de couverture et page 10.
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