Le multilatéralisme franco-africain à l'épreuve des puissances

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Conçu comme une stratégie française pour demeurer en Afrique, le multilatéralisme informel franco-africain est à la croisée des chemins : plusieurs indices montrent que la France est en train de marginaliser le continent, et l'Afrique est de plus en plus convoitée par d'autres puissances. Plusieurs états africains se sont engagés dans un processus de diversification de leurs partenaires sur la scène internationale. La France veut toujours arrimer son destin à celui de l'Afrique. Elle doit réexaminer sa politique africaine et la coopération France-Afrique doit être revue et corrigée.
Publié le : lundi 1 avril 2013
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EAN13 : 9782296533752
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LE MULTILATÉRALISME FRANCO-AFRICAIN Hilaire de Prince Pokam
À L’EPREUVE DES PUISSANCES
Cet ouvrage vise à explorer les enjeux du multilatéralisme informel
franco-africain mis en place depuis 1973. Si cette structure perdure
jusqu’à nos jours, elle ne semble plus assumer son rôle initial, à savoir LE MULTILATÉRALISME FRANCO-AFRICAIN
maintenir les relations privilégiées entre la France et les pays africains.
Conçu comme une stratégie française pour demeurer en Afrique, À L’EPREUVE DES PUISSANCES
le multilatéralisme informel franco-africain semble à la croisée des
chemins : plusieurs indices montrent que la France est en train de
marginaliser le continent, l’Afrique est de plus en plus convoitée par
d’autres puissances, surtout depuis la n de la bipolarité. lusieurs
tats africains se sont engagés dans un processus de diversi cation
de leurs partenaires sur la scène internationale.
Malgré tout, la France veut toujours arrimer son destin à celui de
l’Afrique. our y parvenir, elle doit réexaminer sa politique africaine
dans un sens qui n’aille pas à contre-courant de l’évolution du
continent. La coopération France-Afrique doit être revue, corrigée, et
assainie. La concurrence actuelle entre les puissances sur le continent
africain semble salutaire si l’Afrique peut tirer parti de ce jeu pour se
développer et trouver sa place dans la géopolitique mondiale actuelle.
Hilaire de Prince Pokam est docteur en science
politique de l’université de Paris-X Nanterre
(France). Il est enseignant à l’université de Dschang
(Cameroun). Il est membre de l’Association
Internationale de Science Politique (AISP), de
l’Association Suisse de Science Politique (ASSP),
du Groupe de Recherche sur l’Asie (GREASIE),
du Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences
Sociales en Afrique (CODESRIA) et du Réseau Africain des Jeunes
Chercheurs (RAJEC).
ISBN : 978-2-336-00949-0
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LE MULTILATÉRALISME FRANCO-AFRICAIN
Hilaire de Prince Pokam
À L’EPREUVE DES PUISSANCES
Défense Stratégie & Relations Internationales
?










Le multilatéralisme franco-africain
à l’épreuve des puissances





















Collection Défense, Stratégie & Relations Internationales (D.S.R.I)
(Dirigée par François Manga-Akoa)

Depuis la chute du Mur de Berlin le 09 novembre 1989 qui a entraîné celle du
Bloc socialiste est-européen dirigé et dominé par l’Union soviétique, puis celle
de l’URSS le 08 décembre 1991, signant ainsi la fin de l’affrontement entre les
pays du pacte de Varsovie et ceux de l’OTAN, la guerre a pris plusieurs formes
inédites jusqu’alors. Le terrorisme international, les guerres asymétriques, la
guerre économique se sont exacerbés grâce au développement exponentiel des
nouvelles technologies de l’information et de la communication. Par ailleurs, la
privatisation de l’usage de la force, jusqu’alors réservé à l’Etat, a rendu possible
l’externalisation de plusieurs services de l’Etat. En effet, plus que jamais, se
vérifie l’adage de Héraclite qui affirme que la guerre est la mère de toute chose.
Tel un veilleur qui attend l’aurore, la collection D.S.R.I scrute l’horizon de ce
nouveau siècle, décrypte et prospecte l’actualité internationale en ses aspects
politiques, diplomatiques, stratégiques et militaires.

Déjà parus

Jean-Baptiste NGUINI EFFA, Les hydrocarbures dans le monde, en Afrique et
au Cameroun depuis 1850, 2013.
Félicité OWONA MFEGUE, Les ressources naturelles dans les conflits armés
en République démocratique du Congo, 2012.
Thierno Mouctar BAH, Architecture militaire traditionnelle en Afrique de
l’Ouest, 2012.
PRAO Yao Séraphin, Le franc CFA, instrument de sous-développement, 2012.
Salim Oussène Sanka DANKORO, La scène internationale à l’heure des
menaces terroristes, 2012.
Kaïdar AYOUB et Mohi Eldine EL SHEIKH YAHIA, Comment venir à bout
du conflit au Darfour ?, 2012.
Mohamed Saleck OULD MOHAMED LEMINE, Mauritanie : l’espérance
déçue. 2006-2008 : une démocratie sans lendemain, 2012.
Victor HAMENI BIELEU, Politique de défense et sécurité nationale du
Cameroun, 2012.
Bernard FONTAINE, Les armes à énergie dirigée. Mythe ou réalité ?, 2011.
Gabrielle FOY, L’influence de la communauté sur la géopolitique argentine, de
1850 à nos jours, 2011.
Alphonse TONYE, Barack Obama : un homme, un peuple, un destin, 2011.
Seddik LARKECHE, Épistémologie du risque, 2011.
Sidi Mohamed SIDATY, Mémento des relations diplomatiques, 2010.
Alain DE NEVE, L'Agence européenne de défense et la coopération dans le
domaine capacitaire, 2010.

Hilaire de Prince Pokam








Le multilatéralisme franco-africain
à l’épreuve des puissances








































































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00949-0
EAN : 9782336009490
SOMMAIRE


Dédicace..........................................................................................................9

Remerciements..............................................................................................11

Liste des sigles……………………………………………………………...13
Introduction……………………………………………...15

Première partie : La construction et structuration
du multilatéralisme informel franco-africain……………………………….19

Chapitre1 : La structuration du multilatéralisme
informel franco-africain…………………………………………………….21
Chapitre 2 : La construction du multilatéralisme informel
franco-africain par la participation des acteurs hétérogènes……………….45

Deuxième partie : Les enjeux manifestes des Etats participants...................75

Chapitre 3 : Les enjeux économiques des Etats africains…………………..77

Chapitre 4 : Les enjeux sécuritaires et humanitaires
des Etats africains……………………………………………………..…..109

Chapitre 5 : L’enjeu manifeste de la France :
la construction/reconstruction de la coopération……………….…………149

Troisième partie : Les enjeux latents des Etats représentés……………….183

Chapitre 6 : La construction des identités et des intérêts de la
France……………………………………………………………………..185

Chapitre 7 : La construction des identités et des intérêts des Etats africains
francophones………………………………………………………………231

Quatrième partie : Les enjeux des représentants des Etats………………..261

Chapitre 8 : La construction des identités et des intérêts de certains
représentants………………………………………………………………287

Chapitre 9 : La création des réseaux d’interconnaissance
et d’interreconnaissance entre représentants…...……………....................283

7

Cinquième partie : Rivalités des puissances en Afrique : convoitises et choc
des puissances……………………………………………………………..333

Chapitre 10 : Les stratégies d’autres puissances en Afrique……………...335

Chapitre 11 : Le choc des puissances……………………………………..375

Conclusion………………………………………………………………...399

Bibliographie………………………………………………………….…..405

Table des matières………………………………………………………...427































8


A l’Afrique, berceau de l’Humanité.








































REMERCIEMENTS


Qu’il me soit permis, en tout premier lieu, de remercier ma famille.
D’abord mes enfants, qui méritent ma reconnaissance pour leur
compréhension. Car, ils savent, mieux que quiconque que la réalisation d’un
travail de recherche n’est pas facile, ni pour son auteur, ni pour ses proches.
Ensuite, ma très chère épouse Koagne Félicité qui, par ses encouragements
incessants, sa tendresse et son affection constantes, m’a permis de demeurer
confiant et serein.
Que le Pr Jacques Chatué, le Dr Joseph Gangop, M. Joseph Sukem et M.
Romaric Tiogo, qui m’ont aidé de leurs critiques et observations, veuillent
bien accepter toute ma reconnaissance. Je remercie également M. Hermann
Tsokeng, qui a contribué à la mise en forme de cet ouvrage.
J’exprime enfin toute ma gratitude à M. Michel Guenguere, Premier
Secrétaire Chef du Protocole et M. Yacouba Traoré, Attaché de Presse à
l’Ambassade du Burkina Faso à Paris ; M. Jean Max Anezot, ancien
diplomate et journaliste centrafricain, Président de la Commission Presse et
Télécommunications lors du sommet franco-africain de Bangui (1975) ; M.
Fode Cissé, Conseiller à l’Ambassade de Guinée à Paris ; M. Messomo,
Premier Conseiller à l’Ambassade du Cameroun à Paris ; M. Hugo Sada,
Rédacteur en chef de Médias France Intercontinents ; Mme Marie Pierre
Subtil, journaliste au journal Le Monde ; M. Antoine Glaser, Directeur de La
Lettre du Continent. Tous m’ont accordé des entretiens qui ont éclairé
plusieurs lanternes au cours de cette recherche.















11

LISTE DES SIGLES

A.E.F Afrique Equatoriale Française.
A.F.D.L Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du
Congo-Zaïre.
A.F.P Agence France-Presse.
A.N.C African National Congress.
A.O.F Afrique Occidentale Française.
C.C.C.E Caisse Centrale de Coopération Economique.
C.E.E Communauté Economique Européenne.
C.F.A Communauté Française Africaine.
C.G.T.B Confédération Générale du Travail du Burkina.
C.N.R Conseil National de la Révolution.
C.N.U.C.E.D Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le
Développement.
C.O.D Coordination de l’Opposition Démocratique.
D.E.A Diplôme d’Etudes Approfondies.
D.G.S.E Direction Générale de la Sécurité Extérieure.
F.A.C Fonds d’Aide et de Coopération.
F.A.R Forces Armées Rwandaises.
F.A.T Forces Armées Togolaises.
F.A.Z Forces Armées Zaïroises.
FESPACO Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou.
F.F Franc Français.
F.M.I Fonds Monétaire International.
F.N.L.G Front National de Libération de la Guinée.
F.P.R Front Patriotique Rwandais.
FROLINAT Front de Libération Nationale du Tchad.
G.A.T.T Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce.
G.U.N.T Gouvernement d’Union Nationale de Transition.
I.E.P Institut d’Etudes Politiques.
I.R.I.C Institut des Relations Internationales du Cameroun.
MINUAR Mission des Nations Unies au Rwanda.
N.O.E.I Nouvel Ordre Economique International.
N.O.E.M Nouvel Ordre Ecique Mondial.
N.P.N National Party of Nigeria.
O.A.M.C.E Organisation Africaine et Malgache de Coopération
Economique.
O.A.S Organisation de l’Armée Secrète.
O.C.A.M Organisation Commune Africaine et Malgache.
O.N.U Organisation des Nations Unies.
O.U.A Organisation de l’Unité Africaine.

13
P.D.G Parti Démocratique Gabonais.
P.G.P Parti Gabonais du Progrès.
P.F.N.S.P Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques.
P.N.U.D Programme des Nations Unies pour le Développement.
R.D.A Rassemblement Démocratique Africain.
R.N.B Rassemblement National des Bûcherons.
R.P.F Rassemblement du Peuple Français.
R.P.R Rassemblement Pour la République.
S.A.C Service d’Action Civique.
S.C.T.I.P Service de Coopération Technique Internationale de la
Police.
S.D.C.E Service de Documentation et de Contre-espionnage.
S.D.F Social Democratic Front.
S.D.N Société des Nations.
SWAPO South West Africa People’s Organization.
U.A.M Union Africaine et Malgache.
U.D.F Union pour la Démocratie Française.
U.N.C Union Nationale Camerounaise.
U.N.I.T.A Union Nationale pour l’Indépendance Totale de l’Angola.
U.P.C Union des Populations du Cameroun.
U.P.D.S Union Pour la Démocratie et le Progrès Social.
U.R.S.S Union des Républiques Socialistes Soviétiques.





14

INTRODUCTION


1 e 2Le multilatéralisme, grande invention du XIX siècle, domine
3incontestablement la vie internationale depuis 1945 . Il a inspiré la création
du Fonds Monétaire International (FMI) et du système des Nations Unies.
Les organisations internationales ont proliféré, les modes de concertation
internationale se sont multipliés. De Sommets en Grandes conférences, en
passant par les « Groupes restreints à composition non limitée » (open
ended) et autres innovations, les rencontres multilatérales épousent toutes les
4formes imaginables . Elles ont pénétré les relations franco-africaines lorsque
la France et ses anciennes colonies ont voulu, à partir de 1973, donner un
caractère authentiquement « multilatéral » à leurs relations. Jusqu’alors, les
relations entre la France et ces entités devenues indépendantes au cours des
années 1960, s’organisaient pays par pays.
En 1973, une certaine crise de confiance traverse les relations franco-
africaines à la suite de la dénonciation des accords par certains dirigeants
africains. Au moment de leur accession à l’indépendance, les autorités
françaises avaient signé des accords de coopération avec les responsables de
toutes leurs anciennes colonies (à l’exception de la Guinée). Mais, à partir de
1972, plusieurs chefs d’Etat africains ont annoncé leur désir de procéder à
une révision de ces accords qui liaient leur pays à la France. Les premières
demandes provenaient du Niger, de la République Populaire du Congo et de
la Mauritanie. Mais, elles devaient être suivies, quelques mois après,
d’initiatives semblables émanant de la quasi-totalité des dirigeants africains
francophones, hormis le président sénégalais qui avait procédé de façon plus
5discrète .

1 « Le multilatéralisme consiste pour les Etats à élaborer collectivement les règles régissant
leurs relations et à conduire des politiques concertées. Il s’oppose au bilatéralisme dans lequel
chaque Etat négocie des arrangements particuliers avec chacun de ses partenaires pris un à un,
ainsi qu’à l’unilatéralisme dans lequel un Etat conduit sa politique hors des instances de
concertation sans tenir compte de l’avis des autres », Smouts Marie-Claude, Battistella Dario,
Vennesson Pascal, Dictionnaire des relations internationales, Paris, Dalloz, 2006, p. 357.
2 Selon Marie-Claude Smouts, le mot multilatéralisme apparaît dans le vocabulaire américain
pour définir le nouveau système économique et financier construit à Bretton Woods, et dans
le cadre des accords du GATT. Smouts (M-C), Les organisations internationales, Paris, A.
Colin, 1995, p. 29.
3 Badie Bertrand et Devin Guillaume (dir.), Le multilatéralisme. Nouvelles formes de l’action
internationale, Paris, La Découverte, 2007, p. 7.
4 Smouts (M-C) et al, op. cit., p. 357.
5 Il avait déclaré en effet que : « Le Sénégal se refuse à suivre la mode en matière de révision
d’accords avec la France… Nous avons révisé nos accords sans tam-tam ni trompette mais
personne ne s’en est aperçu parce que nous n’en avons pas fait une affaire de propagande ».
Cité par Philippe Decreane, « La coopération en question », Le Monde du 22/07/1972.

15
Cette remise en cause de la coopération des années soixante
correspondait à l’évolution historique des rapports entre jeunes pays et
6puissances industrielles . C’est l’une des raisons de la tenue du premier
sommet franco-africain à Paris (1973). Car, au cours de cette rencontre, la
question du rajustement des accords de coopération avait été évoquée. Le
Président Pompidou avait indiqué qu’il était prêt à aller aussi loin que le
7souhaitait chacun de ses partenaires . Ceux-ci ont bien voulu que leurs pays
évoluent, mais sans rupture avec la France. A partir de cette première
8rencontre, les sommets franco-africains allaient intéresser l’ensemble des
pays francophones, ensuite la quasi-totalité des Etats africains. Ils perdurent
jusqu’à nos jours mais ne semblent plus assumer intégralement leur rôle
initial, à savoir, maintenir les relations privilégiées entre la France et les pays
africains. Car, conçu comme une stratégie française pour demeurer en
Afrique, le multilatéralisme informel franco-africain semble à la croisée des
chemins. Non seulement plusieurs indices montrent que la France est en
train de marginaliser le continent noir à tel point que certains analystes des
9relations franco-africaines admettent même qu’elle a déjà perdu l’Afrique ,
mais aussi, cette région est de plus en plus convoitée par d’autres puissances,
surtout depuis la fin de la bipolarité. En même temps, plusieurs Etats
africains se sont engagés dans un processus de diversification de leurs
partenaires sur la scène internationale où « le fait dominant de ce début du
eXXI siècle est le déplacement vers l’Asie du centre de gravité du monde
10(…) » .
L’objectif de ce livre est donc d’appréhender ce multilatéralisme informel
franco-africain, à l’instar de tout multilatéralisme, « comme une forme
majeure de l’action internationale, sans réduire sa genèse, son
fonctionnement et ses transformations à un simple avatar du jeu
11interétatique » . Il consistera également à explorer ses enjeux manifestes et
latents dans la mesure où le multilatéralisme informel franco-africain répond
à des fonctions, à des objectifs et des intérêts bien spécifiques, dont certains

6 Selon un responsable mauritanien de l’époque, « il s’agit de donner la priorité à nos intérêts
nationaux et de mettre fin à toute situation d’exploitation, de domination dont nous serions
victimes ». Propos cités par Patrice Cadenat, La France et le tiers monde, vingt ans de
coopération bilatérale, Paris, La documentation française, 1983, p. 81.
7 Allocution du Président Pompidou lors du sommet de Paris (1973), dans La Politique
eétrangère de la France, 2 semestre 1973, p. 199.
8 Nous définissons les sommets franco-africains comme un cadre de rencontres multilatérales
intermittentes entre la France et la plupart des pays africains. Ils se concrétisent par la tenue
depuis 1973, des conférences regroupant le chef de l’Etat français (ou son représentant cas du
sommet de 1992) et les dirigeants africains (ou leurs représentants), alternativement en France
et en Afrique.
9 C’est par exemple le cas de Glaser Antoine, Smith Stephen, Comment la France a perdu
l’Afrique, Paris, Hachette, 2005.
10 e Buhler Pierre, La puissance au XXI siècle, Paris, CNRS Editions, 2011, p. 335.
11 Badie (B) et Devin (G), op. cit., p. 9.

16
sont manifestes et d’autres latents. Il nous conduira enfin à le mettre à
l’épreuve d’autres puissances qui sont actuellement en concurrence avec la
France sur le continent africain, afin de déterminer si ce pays dispose encore
de ressources susceptibles de lui permettre de continuer à jouer un rôle de
premier plan en Afrique.


17

PREMIERE PARTIE

LA CONSTRUCTION ET STRUCTURATION DU
MULTILATERALISME INFORMEL FRANCO-AFRICAIN


L’analyse de la construction du multilatéralisme informel franco-africain
nous situe au centre du problème agent-structure et de sa relation avec la
politique internationale introduit en relations internationales par Alexander
12Wendt en 1987 . Elle nous permettra de comprendre comment les agents et
les structures se constituent ou se construisent réciproquement. Dans cette
partie, la détermination du processus de construction des sommets franco-
africains nous conduira tout d’abord à appréhender sa structuration par les
acteurs qui les animent à travers leurs pratiques et interactions. Ces
comportements s’inscrivent dans la perspective constructiviste qui, selon
l’un de ses précurseurs A. Wendt, « est désireux de démontrer que des
changements dans la politique internationale sont susceptibles de se produire
lorsque des acteurs, par leurs pratiques, changent les règles et les normes
13constitutives de l’interaction internationale » . Le constructivisme reconnaît
ainsi que les acteurs ont une certaine autonomie et que leurs pratiques et
interactions contribuent à construire, à reproduire et à transformer les
14structures . Car, « les agents sont au cœur de la construction, de l’entretien
15et de l’évolution des institutions » . Ensuite, nous procéderons à la
détermination du processus à travers lequel la France et les Etats africains
ainsi que leurs représentants, participent à la structuration du
multilatéralisme franco-africain en devenant membres de l’organisation et en
occupant des positions en son sein. Ce qui leur permet de le construire, de le
reproduire et de le transformer.




12
Barnett Michael, « Social constructivism », dans Baylis John & Smith Steve (dir.), The
globalization of world politics. An introduction to international relations, Oxford, Oxford
University Press, 2005, p. 254.
13 Cité par Battistella Dario, Théories des relations internationales, Paris, PFNSP, 2009, p.
344.
14 Barnett (M), op. cit., p. 259.
15 Klotz Audie et Lynch Cecilia, « Le constructivisme dans les relations internationales »,
dans Critique Internationale, (2), Hiver 1999, p. 51.

19

CHAPITRE 1

LA STRUCTURATION DU MULTILATERALISME INFORMEL
FRANCO-AFRICAIN


Les principaux acteurs du multilatéralisme franco-africain qui sont les
représentants des Etats, contribuent à sa structuration en participant à sa
création, à sa reproduction et à sa transformation. Tout d’abord par la
construction d’une marque collective et de ses attributs, et ensuite à travers
le processus de préparation et d’organisation de son déroulement qui
consolident sa spécificité de multilatéralisme informel.

Section 1 : La construction d’une marque collective et de ses attributs

La création du multilatéralisme franco-africain résulte de la création
d’une marque collective ainsi que de la définition de ses principaux attributs
résultant de multiples transactions entre les représentants des Etats au cours
de multiples rencontres.

Paragraphe 1 : La construction d’une marque collective

Les sommets franco-africains ont fait l’objet de la construction de
plusieurs marques : « Réunion des chefs d’Etat d’Afrique francophone »,
« Conférence franco-africaine », « Conférence des chefs d’Etat de France et
d’Afrique » et plus récemment, « Sommet Afrique-France ».

De la « Réunion des chefs d’Etat d’Afrique francophone » à la
« Conférence franco-africaine »

La première rencontre regroupant des chefs d’Etat africains francophones
aux côtés du Président français Georges Pompidou à Paris (1973), n’avait
pas d’appellation préalablement définie. La dénomination « Réunion des
Chefs d’Etat d’Afrique francophone » n’est apparue qu’au cours du sommet,
dans l’allocution du président français. Cette appellation restrictive semble
bien pensée tout au moins du côté français. Elle ignore totalement la
représentation de la France à cette rencontre. La France apparaît ici plus
comme acté qu’actant du sommet. C’est sans doute une stratégie consistant à
considérer les représentants des Etats africains représentés comme les seuls
initiateurs de la conférence, coupant ainsi l’herbe sous les pieds de ceux qui
interpréteraient son action en termes de « néocolonialisme » et autres.

21
Cette attitude française s’apparente plus à une sorte de manœuvre de
16diversion, au sens de Jean-Daniel Clavel . En tout cas, la réunion n’a pas
encore de nom précis. C’est d’ailleurs dans cet esprit que Jean-François
Deniau, Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères chargé
17de la Coopération, a commenté cette première conférence franco-africaine .
Pourtant, lors du second sommet à Bangui (1975), le Président Valéry
Giscard D’Estaing a repris dans son allocution d’ouverture, l’expression de
son prédécesseur, en ignorant une fois de plus, l’entité française. Même le
communiqué sur sa visite en République Centrafricaine, laisse planer
l’incertitude autour de la dénomination de la rencontre. Car, il a considéré
que les journées des 6 et 7 ont été consacrées « aux travaux de la conférence
des chefs d’Etat des pays d’expression française associés à la C.E.E dans le
18cadre de la convention de Yaoundé » . Ce n’est qu’à partir du sommet de
Paris (1976) que la marque des rencontres franco-africaines, prend en
compte la composante française. Car, les sommets sont appelés
« Conférence franco-africaine » et ceci jusqu’à la fin du mandat du Président
V.G D’Estaing en 1981.

De la « Conférence franco-africaine » à la « Conférence des chefs d’Etat
de France et d’Afrique »

Dès le sommet de 1976, l’expression « Conférence franco-africaine »
devient le titre officiel des rencontres informelles entre la France et les pays
africains. Ce libellé qui prend en considération la représentation française,
fait disparaître l’épithète francophone qui qualifiait les pays africains dans le
précédent titre. Sans doute le président français avait-il déjà l’idée d’associer
à la rencontre, des pays non francophones. Cette appellation est réajustée par
le Président François Mitterrand dès son arrivée à l’Elysée. Ce dernier a en
effet rebaptisé les sommets franco-africains en les appelant « Conférence des
Chefs d’Etat de France et d’Afrique », lors du premier sommet qu’il a
organisé en 1981. Il a néanmoins indiqué les raisons d’un tel changement
d’appellation des sommets en évoquant l’idée de donner à leur rencontre
annuelle un titre correspondant à l’esprit nouveau qui l’anime ainsi que les
19membres des délégations africaines .

16 « L’une des premières manœuvres de diversion consiste à se cacher derrière d’autres
délégations plus disposées à prendre les devants pour combattre ou, au contraire, défendre une
proposition adverse », Clavel Jean-Daniel, De la négociation diplomatique multilatérale,
Bruxelles-Paris, Bruylant-L.G.D.J., 1991, p. 81.
17 « Nous n’avons pas retenu de nom pour désigner ces réunions, mais le terme qui
conviendrait le mieux serait « Conférence annuelle d’amitié et de coopération ». Ces
conférences se tiendraient alternativement dans les pays concernés, la prochaine aura lieu en
Afrique », cité par Le Monde du 17 novembre 1973.
18 er La politique étrangère de la France, 1 semestre 1975, p. 108.
19 La politique étrangère de la France, novembre 1981, p. 5.

22
De la « Conférence des chefs d’Etat de France et d’Afrique » au
« Sommet Afrique-France »

Le Président français Nicolas Sarkozy a hésité à annuler les sommets
franco-africains, et a donné l’appellation « Sommet Afrique-France » au
multilatéralisme franco-africain. C’était à l’occasion de son premier et
dernier sommet organisé à Nice en mai-juin 2010. Il a bien voulu imprimer
sa marque et afficher cette rencontre comme le sommet du « renouveau ».
Car, il a plusieurs fois affirmé sa volonté de sortir des vieux réseaux
« françafricains ».
Il ressort de ce qui précède que la construction de la marque collective
des sommets franco-africains est surtout l’œuvre des dirigeants français.
Ceci laisse déjà percevoir le rôle dominant que veut jouer la France au sein
de cette structure et que la suite de nos développements ne démentira pas. A
la construction d’une marque se combine celle de ses attributs.
Paragraphe 2 : La construction de ses divers attributs
Concomitamment à la construction de sa marque collective, se
construisent également les divers attributs du multilatéralisme franco-
africain. Une fois admise l’idée de l’institutionnalisation d’un cadre de
rencontres entre dirigeants africains et français au sommet de Paris (1973),
les représentants des Etats participants ont, au fil des rencontres, nonobstant
quelques résistances, opté pour une structure permanente, informelle et
élargie.
Lors de la seconde conférence franco-africaine organisée à Bangui
(1975), le caractère permanent est donné au sommet à la suite d’une
20discussion entre participants . Le Président sénégalais Léopold Sédar
Senghor, qui a suggéré que la conférence ne se réunisse que tous les deux
21ans, a été battu . Son idée sera néanmoins reprise et mise en application à
partir du sommet de Casablanca (1988).
Les sommets franco-africains ont porté, dès les fonts baptismaux, les
stigmates de leur élargissement. Car, J-F Deniau a annoncé après la première
conférence de 1973, que ces rencontres réuniront en principe les pays
africains francophones appartenant à la zone franc. Cependant a-t-il ajouté,
22dans ces conférences « tout est ouvert » . Le Président Senghor est allé plus
loin en signalant au sommet de Bangui (1975) que : « cette conférence n’est
pas uniquement réservée aux pays francophones d’Afrique, et nous avons
l’intention d’y inviter en 1976 les anciennes possessions portugaises

20 Réunion de presse de V. Giscard D’Estaing en République Centrafricaine à Bangui, dans
erLa politique étrangère de la France, 1 semestre 1975, p. 97.
21 France-Eurafrique, n°254 mars-avril 1975, p. 28.
22 Le Monde du 17/11/1973.

23
23africaines » . Le Président Giscard D’Estaing n’a pas, quant à lui, dissimulé
que l’une des ambitions des participants à la conférence de Bangui, était de
voir leur cercle s’élargir à l’occasion de la rencontre suivante à Paris en
1976. On a songé d’abord à d’autres entités francophones, ensuite on a pensé
24aux colonies portugaises promises à l’indépendance . Dans ce second cas, le
président français n’a pas manqué d’arguments. Car, selon lui, « il existe
avec ces nouveaux Etats dont nous saluons la présence sur la scène
internationale, des affinités précisément qui peuvent permettre d’envisager
25l’extension de notre coopération francophone en direction de ces Etats » .
Le communiqué final publié à l’issue de la conférence de Paris (1976) va
dans ce sens, en mettant en évidence la volonté d’élargissement des sommets
par les participants. Il a indiqué que : « la conférence a tenu à affirmer le
caractère informel, ouvert et amical de ces débats et à formuler l’espoir que
26d’autres pays s’associent à l’avenir à ces échanges de vues » . Dans le
même esprit, le Président Giscard a parlé des absents comme de « ceux qui
27ne sont pas encore là » .
Cet élargissement des participants aux rencontres franco-africaines est
pourtant contesté par les « anciens ». Ainsi, le Président gabonais Omar
Bongo observait avec une certaine amertume que « ces rencontres ne sont
28plus ce que nous voulions en faire au départ » . En fait, sur le point de
l’élargissement des sommets, deux clans se sont formés : certains se
félicitent de l’élargissement du club ; d’autres, au contraire, veulent revenir à
la seule « famille francophone » comme l’a indiqué le Président F.
29Mitterrand lors du sommet de Bujumbura (1984) .
Pendant que certains dirigeants des Etats africains francophones
s’opposaient à l’élargissement à outrance des sommets, le chef de l’Etat
français quant à lui, n’était pas favorable à tout élargissement européen de
ceux-ci. Répondant à une question d’un journaliste, il n’a pas laissé subsister
le moindre doute : « Nous n’allons pas faire une O.N.U bis, des Nations
Unies supplémentaires, on ne va pas non plus se substituer à l’O.U.A, dans
30ce cas-là, la France n’aurait rien à y faire » .

23 Cité par Le Moniteur africain n°743, avril 1976.
24 er Réunion de presse de V. Giscard D’Estaing, dans La politique étrangère de la France, 1
semestre 1975, p. 104.
25 Ibid., p. 104.
26 Communiqué à l’issue de la conférence franco-africaine de Paris 11 mai 1976, dans La
erpolitique étrangère de la France, 1 semestre 1976, p. 127.
27
Perspectives, n°1431, 13 mai 1976, p. 20.
28 Cité par Jean François Bayart, La politique africaine de François Mitterrand, Paris,
Karthala, 1984, p. 65.
29 e Conférence de presse de F. Mitterrand à l’issue de la XI me conférence des Chefs d’Etat de
France et d’Afrique, dans La politique étrangère de la France, décembre 1984, p. 109.
30 e Conférence de presse de F. Mitterrand à l’occasion de la XV conférence des Chefs d’Etat
de France et d’Afrique de Casablanca, dans La politique étrangère de la France, décembre
1988, p. 149.

24
Le débat sur l’élargissement des sommets a abouti à un compromis :
l’organisation à partir de 1985, des rencontres à deux vitesses comportant
d’une part, la réunion francophone réservée aux représentants des Etats
francophones à la veille de la séance d’ouverture solennelle des assises,
d’autre part, le sommet proprement dit, ouvert à tous les représentants des
Etats participants. Ce débat est semblable par son intensité, à celui sur le
maintien du caractère informel des sommets, sur lequel nous reviendrons. La
préparation de ces rencontres obéit à un processus particulier.

Section 2 : Le processus de préparation des rencontres

La préparation des sommets franco-africains est tributaire des pratiques.
Cependant, la première rencontre n’a pas eu de préparation à proprement
parler. Car, « cette première conférence n’a pas été précédée d’une réunion
préparatoire. Le premier sommet était à huis clos, il n’y avait pas de salle de
31conférence. Les chefs d’Etat s’étaient retrouvés et réunis à l’Elysée » . Ceci
32est bien confirmé par Jacques Foccart . Ce n’est qu’à partir du deuxième
sommet organisé à Bangui (1975), que les rencontres franco-africaines font
l’objet de préparation. Elles comportent deux phases : la préparation
politique et la préparation logistique.

Paragraphe 1 : Une préparation politique complexe

La préparation politique des sommets franco-africains implique
l’invitation, la détermination des critères de représentation, la tenue de la
réunion préparatoire et la participation des représentations diplomatiques.

L’invitation : une équation à plusieurs inconnues

L’invitation aux sommets franco-africains est une équation à plusieurs
inconnues pour les autorités du pays hôte de la rencontre, comme le résume
si bien l’ancien ministre de la Coopération, Jean-Pierre Cot : « qui faut-il
convier ? Tout le monde ? Cela n’est pas évident (…). Comment faire un
choix, établir un équilibre ? L’arbitraire paraît nécessaire à la survie de
l’institution. La gestion diplomatique n’en est pas aisée, car tel chef d’Etat,
convié une année, peut se trouver écarté l’année suivante et en prendre
ombrage. La sagesse africaine et l’absence de formalisme permettent
33d’arrondir des angles » . C’est la raison pour laquelle Marie-Pierre Subtil a

31 Entretien avec un ancien journaliste et diplomate centrafricain, le 01-09-1995.
32 Foccart parle, Entretiens avec Philippe Gaillard, t.1, Paris, Fayard/Jeune Afrique, 1995, p.
214.
33 Cot Jean-Pierre, A l’épreuve du pouvoir, le tiers-mondisme pour quoi faire, Paris, Seuil,
1984, p. 113.

25
écrit que « les sommets franco-africains ont ceci de particulier qu’ils sont à
« géométrie variable » (…). Aux pays francophones systématiquement
34invités, s’adjoignent quelques « heureux élus », invités au coup par coup » .
En principe, le chef de l’Etat hôte du sommet invite les participants après
consultation des habitués des précédentes rencontres. Mais, il arrive bien
souvent que cette procédure de consultation soit mise entre parenthèses.
Ainsi, à la conférence de Paris (1981), six pays ont été invités en dernière
minute par le Président Mitterrand. Il s’agit précisément de l’Angola, de
l’Ethiopie, du Kenya, du Soudan, de la Tanzanie et du Zimbabwe. Au
sommet de Lomé (1986) également, la République d’Haïti qui n’est même
pas un pays africain, a participé aux travaux de la conférence en qualité
35d’invitée du président de la République togolaise .
Les invitations sont lancées par le dirigeant du pays hôte six mois avant la
36tenue du sommet . Une liste circule entre celui qui a organisé le précédent
37sommet et celui qui organise le suivant . Mais, il est possible que sans être
formellement invité, un pays soit représenté à une conférence franco-
africaine. Tel fut le cas du sommet de Kigali (1979) qui a vu la venue
inattendue du Maroc. Certains dirigeants peuvent eux-mêmes demander la
représentation de leur pays à un sommet. C’est la démarche suivie par les
autorités égyptiennes lors de la conférence de Paris (1981). Par contre, les
dirigeants d’un pays peuvent bien manifester leur volonté de participer à un
sommet et se voir refuser l’invitation. A Biarritz (1994), le président français
a refusé de convier le dirigeant soudanais malgré la demande formulée par
38Khartoum . Aussi, une invitation formelle n’est-elle pas toujours une
garantie de participation. Ainsi, l’invitation adressée à l’ex-président
gambien Dawda Jawara a été retirée après son renversement le 22 juillet
1994, afin de ne pas en faire bénéficier le lieutenant putschiste Yaya
39Jammed . Certains dirigeants africains conviés, déclinent parfois
l’invitation. Nous considérons leurs pays comme des absents épisodiques ou
permanents. Il est même arrivé que presque tous les pays africains soient
invités à une conférence franco-africaine. Ainsi à Kinshasa (1982), le
Général Mobutu, hôte du sommet, avait convié tous ses pairs africains, à
l’exception du dirigeant de la République d’Afrique du Sud. Au cours de
cette phase de préparation politique des sommets, les représentations
diplomatiques jouent un rôle non négligeable.



34 Le Monde du 9/11/1994, p. 3.
35 La politique étrangère de la France, novembre 1986, p. 51.
36 Entretien avec une journaliste du quotidien Le Monde, le 15-06-1995.
37 Entretien avec un responsable de La Lettre du Continent le 29-06-1995.
38 Jeune Afrique n°1767 du 17 au 23 novembre 1994, p. 9.
39 Ibid.

26
La contribution des représentations diplomatiques

Les représentations diplomatiques exercent une fonction considérable
dans la préparation des sommets franco-africains. Elles ont principalement
un rôle de contact parce que les autorités de chaque pays hôte passent par
l’intermédiaire des représentations diplomatiques des pays invités sur place.
Ainsi, lors du sommet de La Baule (1990), l’ambassade de la République
Centrafricaine à Paris a organisé la rencontre avec le ministre français des
Affaires étrangères, reçu toute la documentation sur ce sommet afin de
présenter les principaux points qui devaient être soulevés par le représentant
40centrafricain au cours du sommet . A l’occasion de la rencontre de Biarritz
(1994), la représentation diplomatique du Burkina Faso s’est occupée de la
délégation Burkinabé, comme en témoignent les déclarations du Premier
Secrétaire, Chef du protocole à l’ambassade du Burkina Faso à Paris au
cours d’un entretien : « c’est-à-dire pouvoir la guider par rapport au
protocole français, avoir le programme, la réservation des chambres, rester
en contact avec la délégation, s’occuper de la délégation non-officielle. Il y a
un agent du protocole qui s’occupe du chef de l’Etat et du ministre des
Affaires étrangères. Il faut louer des voitures pour le reste de la délégation.
Les responsables de l’ambassade sont intermédiaires entre le ministère des
Affaires étrangères français et burkinabé. Ils indiquent les hôtels qui vont
41héberger les membres de la délégation » .
Cette représentation diplomatique burkinabé à Paris a également joué un
rôle lors du sommet de Ouagadougou (1996) : « elle a épaulé le protocole
sur place, s’est occupée de la délégation française, donc a servi
42d’intermédiaire entre les organisateurs et la délégation française » . D’autres
représentations diplomatiques ont, en dehors du rôle d’intermédiaire, des
tâches spécifiques. Ainsi, la représentation diplomatique du Cameroun en
France a entre autres préoccupations, fait l’état des relations entre le
Cameroun et la France à la veille des sommets. D’abord sur la situation
interne de la France, ce qui permet au chef de l’Etat camerounais d’être au
courant de certains problèmes tels que les migrations ou les bourses des
étudiants. Bref, elle fait par l’intermédiaire des experts, des notes sur l’état
de la coopération. Ce qui offre au chef de l’Etat la possibilité de se prémunir
43des sujets de discussion avec ses pairs . Toujours dans le cadre de la
préparation du sommet, se tient une réunion préparatoire.




40 Entretien avec un ancien journaliste et diplomate centrafricain, le 01-09-1995.
41 Entretien avec le chef du protocole de l’ambassade burkinabé à Paris, le 21-01-1997.
42 Ibid.
43 Entretien avec un responsable de l’Ambassade du Cameroun à Paris, le 23-08-1995.

27
La tenue des réunions préparatoires

A partir du sommet de Paris (1978), les ministres des Affaires étrangères
des pays invités aux conférences franco-africaines, sont chargés de préparer
la réunion des chefs d’Etat et l’ordre du jour. Ce dernier reste cependant
44ouvert comme l’a indiqué en 1978, le ministre togolais Edem Kodjo . La
réflexion porte essentiellement sur des questions de principe. Les ministres
des Affaires étrangères examinent en commun les problèmes qui méritent
d’être pris en considération par tous les représentants des Etats à la
conférence projetée et ceux qui le sont moins. Ainsi parviennent-ils à
élaborer une véritable hiérarchie des questions devant figurer à l’ordre du
jour de la conférence. Les discussions font parfois l’objet de désaccords.
Ainsi, les 12 et 13 mai 1978, lors de la réunion préparatoire du cinquième
sommet à Paris, un affrontement s’est produit entre plusieurs délégations
africaines sur l’opportunité d’inscrire ou non à l’ordre du jour, les questions
45de sécurité . Car, certaines délégations, comme celle du Mali, n’y étaient
pas favorables.
Quoi qu’il en soit, l’objet de la réunion préparatoire est de tendre à établir
un point de départ, une base précise et stable pour les discussions de la
conférence. Le recours à cette technique de réunion préparatoire est une des
46caractéristiques dominantes des grandes conférences au sommet . Alors que
la réunion préparatoire se déroulait quelques semaines avant le sommet, une
innovation est apparue à la rencontre de Ouagadougou (1996).
Un jour avant l’ouverture de ce sommet en effet, s’est tenue, pour la
epremière fois, la conférence des ministres des Affaires étrangères du XIX
sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de France et d’Afrique. Les
participants à cette conférence ont, pour la dernière fois, apporté des
retouches aux documents du thème du sommet « Bonne gouvernance et
développement », ainsi qu’aux grandes articulations de la déclaration des
chefs d’Etat. Parallèlement, ces ministres ont mis à profit leur conférence
pour répertorier des sujets d’actualité à soumettre aux chefs d’Etat. Il
s’agissait de la crise dans la région des Grands Lacs, du Libéria, de l’ONU,
de l’intégration économique et monétaire sous-régionale. Le ministre
burkinabé des Affaires étrangères a expliqué qu’il s’agissait d’une réunion
47ministérielle préparatoire du sommet . Cette rencontre était co-présidée par
le chef de la diplomatie burkinabé et Jacques Godfrain, ministre français de
la Coopération. Les critères de représentation ne sont pas aisés à déterminer
pour participer à ces rencontres.

44 Jeune Afrique n°909 du 7 juin 1978, p. 29.
45 Ibid., p. 28.
46 Pambou Tchivounda Guillaume, La conférence au sommet : contribution à l’étude des
institutions des relations internationales, Paris, L.G.D.J, 1980, p. 217.
47 Sidwaya n°3150 du 03-12-1996, p. 7.

28
La détermination des critères de représentation

Les critères de représentation d’un pays aux sommets franco-africains
sont ambigus, souples, voire conjoncturels. Ils ont par conséquent évolué.
Alors que le fondement initial de la représentation résidait dans l’ancienne
appartenance à l’empire colonial français (ce qui s’est illustré au premier
48sommet en 1973) , la francophonie fut mise en exergue, au moment où l’on
se préparait à accueillir les représentants des trois anciennes colonies belges
à Bangui (1975). Il faut d’ailleurs signaler qu’à un mois de cette seconde
rencontre franco-africaine, rien n’était encore très précis. Car, Pierre Abelin,
ministre français de la Coopération, avait confié à Jeune Afrique que « le
critère de participation doit être celui des dix-neuf Etats africains, malgache
et mauricien, associés à l’Europe dans le cadre de l’ex-convention de
49Yaoundé arrivée à expiration le 31 janvier dernier » .
La conférence de Paris (1973) a été dénommée « Réunion des chefs
d’Etat d’Afrique francophone ». Celle de Bangui (1975) fut la dernière à
porter cette marque. Le critère francophone y fut explicitement affirmé. Car,
lorsqu’il est demandé à V. Giscard D’Estaing pourquoi la Somalie, dont le
président était à la tête de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), n’avait
pas été admise comme membre à part entière de la conférence, celui-ci
répond sans ambages : « parce que ça n’est pas un Etat francophone. La
conférence était francophone et le critère était le critère de la francophonie.
Tous les participants, les 14 participants plus le Premier ministre des Iles
Seychelles qui ont un statut différent puisque l’indépendance, comme vous
le savez, est décidée, mais la date d’application n’est pas encore fixée,
50étaient exclusivement des Etats francophones » .
Le critère de la francophonie, pleinement valable jusqu’en 1975, semble
avoir perdu progressivement de sa pertinence dans les modalités de
recrutement des pays représentés aux rencontres franco-africaines. Car, la
plupart des représentants ont admis très tôt le caractère ouvert des sommets
et souhaité voir s’agrandir le cercle de pays représentés. En appelant à
l’élargissement, on écartait donc les critères restrictifs de regroupement, pour
en consacrer de plus souples : ainsi, le Président Giscard D’Estaing
invoquait-il comme nous l’avons déjà signalé, les « affinités particulières »
avec l’Afrique lusophone lorsqu’il souhaitait voir s’étendre la conférence
aux « nouveaux Etats d’expression latine, notamment les anciennes colonies
portugaises ». Le Président Pompidou, en 1973, avait lui aussi parlé
d’« affinités… qui tiennent à la rencontre de nos civilisations et à un même

48 Ont été représentés à ce premier sommet : le Benin, la Haute-Volta, la Centrafrique, le
Congo, la Côte d’Ivoire, la France, le Gabon, le Mali, le Niger, le Sénégal, et le Togo.
49 Jeune Afrique n°738, 28 février 1975, p. 31.
50 Réunion de presse de V. Giscard D’Estaing en République Centrafricaine à Bangui, dans
erLa politique étrangère de la France, 1 semestre 1975, p. 103.

29
51héritage culturel » , mais il s’adressait aux représentants des pays
francophones. Toujours est-il que ce concept, dont la mention était sans
doute un clin d’œil et un usage politique au chantre de l’osmose des
civilisations (Léopold Sédar Senghor), est resté assez vague. Plus concret est
le critère des « problèmes voisins » qu’auraient pays lusophones et
francophones, problèmes surtout de nature économique. Si ce critère devait
devenir dominant, cela pourrait avoir comme conséquence, d’accepter
éventuellement tous les pays africains, tous pratiquement connaissant des
52difficultés économiques . Il apparaît, et malgré les encouragements à
l’élargissement, que la francophonie, si elle ne constitue plus la base
exclusive de ralliement, n’en demeure pas moins un critère déterminant lors
53des sommets . Celle-ci permet de réunir, à la veille de chaque conférence et
ceci depuis 1985, les dirigeants des pays africains francophones et le chef de
l’Etat français, dans un cadre appelé « Réunion francophone » ou « Dîner
francophone », sur lequel nous reviendrons.
L’argument linguistique est définitivement tombé en désuétude dès le
sommet de Paris (1976) qui a accueilli les représentants de la Guinée-Bissau,
du Cap-Vert, de Sao-Tomé et Principe, qui sont tous d’anciennes colonies
portugaises. Les rencontres suivantes ont connu la représentation de deux
pays partiellement anglophones (faisant aussi partie du Commonwealth) :
l’Ile Maurice et les Seychelles. En 1979 et 1980, une nouvelle ouverture est
amorcée, par la représentation de deux pays anglophones, le Liberia et la
Sierra Leone, ainsi que celle de la Guinée Equatoriale d’expression
espagnole et de la Somalie qui a sa propre langue nationale. L’arrivée de F.
Mitterrand à l’Elysée, a rendu presque indiscernables les critères de
représentation des pays africains aux sommets franco-africains. Car, du
premier sommet qu’il a organisé en 1981 au dernier en 1994, le travail de
rassemblement a semblé primer ; le critère de représentation le plus évident
étant la simple appartenance de tout Etat au continent africain. Cette volonté
a également animé le Président Jacques Chirac ainsi que Nicolas Sarkozy.
En effet, ce dernier a invité presque tous les Etats africains à son sommet
organisé à Nice comme le faisait déjà J. Chirac. Car, lors du premier sommet
franco-africain de son septennat, presque tous les pays africains y ont été
représentés. Cette fluctuation des critères de représentation qu’il ne faut pas
seulement décrire politiquement mais sur laquelle nous reviendrons, ne rend
pas aisée la question de l’invitation et de la préparation logistique des
sommets.


51 Cité par Jean Luc Dagut, Les sommets franco-africains, Mémoire de D.E.A d’études
africaines, Bordeaux, C.E.A.N, 1980, p. 19.
52 Ibid.
53 Ibid., p. 20.

30
Paragraphe 2 : Une préparation logistique variable en fonction du lieu
du sommet

La préparation logistique diffère selon que le sommet est organisé en
France ou en Afrique.

Cas de l’organisation des sommets en Afrique

Quand un sommet est organisé dans un pays africain, des missions
préparatoires viennent de la France afin d’évaluer la logistique (accueil,
sécurité, communication, presse, etc.) avec les autorités du pays hôte. C’est à
54partir de là que s’établit un programme de préparation avec financement .
Les sommets de Bangui (1975) et de Ouagadougou (1996), nous permettront
de mieux comprendre les mécanismes de préparation logistique d’une
rencontre franco-africaine dans un pays africain.
Pour l’organisation du sommet de Bangui (1975), les autorités
centrafricaines ont, dans le cadre de la préparation logistique, créé des
commissions : affaires sociales, presse et information, affaires étrangères,
télécommunication, transport, préparation des thèmes et du programme de la
55réunion, sécurité .
En ce qui concerne le sommet de Ouagadougou (1996), dix commissions
ont été créées : protocole, sécurité, transport, hébergement, infrastructures,
presse, culture et embellissement, accueil et restauration… A propos du
fonctionnement des ces commissions, un diplomate burkinabé qui a participé
à l’organisation de ce sommet, nous a confié au cours d’un entretien que :
« chaque commission est dirigée par un président. Elle prépare à son niveau
ce qui la concerne. Tous les matins, les membres de toutes les commissions
se réunissaient pour faire le point. Toutes les commissions étaient coiffées
par un coordonnateur du sommet qui rendait compte au jour le jour au
ministre des Affaires étrangères qui, à son niveau rendait compte au chef de
56l’Etat » .
Selon le même diplomate, le Burkina Faso a commencé les préparatifs du
sommet de Ouagadougou dès qu’il a été désigné comme pays hôte. Il nous
semble intéressant de préciser le rôle de quelques commissions dans la
préparation de cette rencontre : la commission Animation culturelle et
embellissement, la commission Hébergement, la commission Santé, la
commission Presse et la commission Sécurité.
La commission « Animation culturelle et embellissement » a fait appel à
près d’une centaine de chameliers. Ces derniers sont venus de trois provinces

54 Entretien avec un ancien journaliste et diplomate centrafricain le 01-09-1995.
55 Ibid.
56 Entretien avec le Premier Secrétaire, Chef du protocole à l’Ambassade du Burkina Faso à
Paris, le 21-01-1997.

31
du Sahel : la province du Séno avec dix-huit dromadaires, la province de
l’Oudalan avec trente-deux dromadaires, la province du Soum avec trente
dromadaires. Pour le responsable de la sous-commission « Animation
culturelle », Théodore Lamoussa Kafando, les chameliers devaient former
des haies d’honneur surtout sur l’itinéraire n°1 qui partait du salon d’honneur
de l’aéroport à Ouaga 2000. Les chameliers devaient répondre également au
rendez-vous de la pose de la première pierre de l’hôpital pédiatrique à
Dassasgo qui allait être effectuée par les présidents Jacques Chirac et Blaise
Compaoré. L’objectif visé par les organisateurs était de réserver un accueil
chaleureux à leurs illustres hôtes et en même temps, montrer les réalisations
culturelles de leur pays qui est un pays sahélien. C’est pourquoi selon L.
Kafango, tous les chameliers devaient se mettre dans leurs habits
traditionnels pour bien marquer ces réalités culturelles capitalisables sur le
plan touristique.
La commission « Hébergement » a mis en place un ensemble de
dispositions permettant d’accueillir et héberger convenablement les hôtes du
Burkina Faso. Pour le président de cette commission, Isidore Nabaloum,
deux sites aux qualités indéniables ont été retenus pour loger les mille cinq
cents à deux mille personnalités et invités attendus de ce sommet. Le premier
site basé à Ouaga 2000, devait accueillir uniquement les très hautes
personnalités composées pour l’essentiel des chefs d’Etat et des ministres
des Affaires étrangères. En somme, les délégations officielles étaient
uniquement hébergées sur ce site conçu à cet effet. Ainsi, à Ouaga 2000, on
distinguait deux types de villas : le premier type concernait les villas
présidentielles, et comme son nom l’indique, elles étaient entièrement
réservées aux chefs d’Etat. Elles déclinaient cinq styles architecturaux
censés représenter les grandes régions du continent (les styles sahélien,
côtier, maghrébin, équatorial et austral). Le second type, des villas
ministérielles, étaient affectées aux ministres chargés des Affaires
étrangères. Ces deux types de villas regroupés sur le site de Ouaga 2000, soit
une centaine, offraient quatre cents à cinq cents chambres. Mais au cas où
celles-ci se seraient révélées insuffisantes, la commission avait recensé des
villas privées et équipées pour pallier à toute éventualité. Enfin, le dernier
site pour l’hébergement des autres participants concernait les hôtels de la
ville ; c’est le cas des journalistes, photographes, cameramen et autres
techniciens de Ouagadougou.
La commission « Santé » était structurée en six sous-commissions et
présidée par le Dr Aminou Fadar Fadar Traoré. La sous-commission
« équipe médicale fixe » était basée au niveau des différents sites où étaient
hébergés les participants au sommet. La sous-commission « Equipe médicale
mobile », était subdivisée en deux groupes : le premier était représenté par
un service médical d’urgence et de réanimation, et le second par des
antennes médicalisées simples. La sous-commission « Correspondance

32
hospitalière » était située à l’hôpital national Yalgado-Ouédraogo pour y
recevoir les cas les plus graves. Cette sous-commission, constituée de tous
les services de médecine de chirurgie générale et spécialisée, a fait
également appel à toutes les structures techniques de l’hôpital Yalgado. La
sous-commission « Hygiène », outre les visites d’aptitude qu’elle a eues à
effectuer pour les hôtesses et les chauffeurs, s’est occupée de l’hygiène
alimentaire. La sous-commission « Secourisme » a fait appel à la Croix-
Rouge et est intervenue surtout pour les premiers secours. Enfin, la sous-
commission « Gestion du matériel et des médicaments commandés » pour le
sommet. Parallèlement à tout ce dispositif, la commission « Santé » a
élaboré un guide médical faisant le point sur toutes les cliniques privées et
spécialisées afin que les participants qui le voulaient, puissent aller en
consultation. Mais, selon le docteur Traoré, « la commission « Santé »
s’occupait surtout de la prise en charge des participants au sommet. Donc
57l’accent a été mis sur les sites concernés par le sommet » . Les antennes
fixes étaient implantées au lieu de la cérémonie d’ouverture et de clôture
(siège de l’UEMOA), la salle Dimaako de l’hôtel Indépendance (où se
trouvait le centre de presse), l’ex-palais de la présidence (pour le dîner de
gala), l’aéroport (pour les arrivées et départs), la station des chauffeurs, les
écoles des artistes chameliers et masques sans oublier la salle de conférence
de Ouaga 2000. Le dispositif d’évacuation mis en place avec la partie
française était de deux types, tous aériens : le premier était un Mystère 50
pour les longues évacuations, le second un Transvaal 650 capable de
transporter six personnes vers l’hôpital principal de Dakar.
La commission « Presse » que présidait Xavier Sylvestre Some, a pris
toutes les dispositions utiles pour faciliter le travail des journalistes
nationaux et étrangers accrédités pour la couverture médiatique de ce
sommet. Les dispositifs pratiques se présentaient ainsi qu’il suit :
- Pour la presse nationale : il s’agissait d’une simple demande
d’accréditation au profit des journalistes qui étaient commis à la
ercouverture du sommet ; le délai de rigueur était fixé au 1 décembre
1996 ;
- Pour la presse étrangère, il y avait des formulaires de demande
d’accréditation que le rédacteur en chef de l’organe de presse sollicitait
en y enjoignant la liste des journalistes qu’il souhaitait pour le sommet.
La commission retournait à la rédaction les formulaires pour que les
intéressés les remplissent et les renvoient pour la confection des badges.
Le centre de presse était situé dans la salle Dimaako de l’hôtel
Indépendance. La commission a édité un livret de presse contenant
l’ensemble des sites et manifestations programmés, leurs horaires et des
dispositions à prendre. Heure par heure, des navettes étaient organisées

57 Sidwaya Spécial n°002, pp. 34-35.

33
pour amener les journalistes sur les différents lieux de manifestations.
Autre disposition, la commission « Presse », en accord avec la
commission « Hébergement », a réservé les hôtels du centre-ville et non
loin du centre de presse, pour tous les journalistes étrangers. Au centre de
presse, des dispositions ont été prises pour la reproduction rapide des
documents disponibles. Ce centre était équipé de douze cabines
téléphoniques, douze cabines radio et de fax pour les besoins de la presse
écrite.
La commission chargée de la sécurité a eu des tâches diverses parmi
lesquelles, celle d’assurer la sécurité des installations devant servir au
sommet et celle de garantir la sécurité des invités. Dans cette optique, tous
ceux qui devaient être chargés de la sécurité ont suivi jusqu’à la veille du
sommet, des séances de formation et de recyclage. Cette commission avait
également pour mission d’assurer l’ordre pendant le déroulement du
sommet, d’organiser les cortèges officiels, de procéder à la confection des
badges, de prévenir la population contre les risques d’incendies et
d’accidents sur les voies de communication, de veiller à l’ordre public. Elle a
bénéficié de l’expérience d’autres Etats qui ont déjà organisé des sommets
de cette taille. Car, selon le commandant Gilbert Diendere, président de la
dite commission, « il y a des conseillers étrangers expérimentés, des experts
de la sécurité qui sont là et qui partagent leur expérience avec nos forces de
58sécurité » .
Toutes ces activités relatives à la préparation de ce sommet de
59Ouagadougou ont nécessité des moyens matériels et financiers énormes .
Comment les autorités burkinabé ont-elles procédé pour entrer en leur
possession ? Outre la contribution de la France sur laquelle nous reviendrons
plus loin, certains pays africains (c’est une grande première) ainsi que le
pays hôte lui-même, ont participé à la préparation logistique du sommet.
Les autorités marocaines ont fait don de quarante Peugeot 405 et quatre-
vingts Fiat UNO pour la sécurité et le transport des invités. Elles ont accepté
également de prendre en charge une grande partie des réalisations du
nouveau salon d’honneur de l’aéroport. Les autorités égyptiennes ont fourni
des tapis tandis que celles du Niger ont envoyé du bitume pour les routes. En
ce qui concerne le pays hôte, outre le financement de la puissance publique,
les autorités ont impliqué les investisseurs du secteur privé pour appuyer la
réalisation des hébergements, les collectivités décentralisées (la mairie de
Ouagadougou) pour participer à l’embellissement de la ville, à la réfection
de certaines rues. Elles se sont également appuyées sur la population pour
assainir la ville et organiser son nettoyage. Le président hôte du sommet a
expliqué comment les organisateurs ont pu persuader les opérateurs du

58 Sidwaya Spécial n°002, p. 33.
59 En tout, près de cent milliards de francs C.F.A ont été dépensés pour ce sommet selon
Racines n°011 du 25 janvier au 25 février 1997, p. 2.

34
secteur privé de participer à la préparation de cette rencontre : « Nous avons
attribué des parcelles de terrain au secteur privé. Au lieu de leur faire acheter
des terrains au prix du marché, nous leur avons dit : voilà des terrains sur
lesquels vous pouvez bâtir une résidence que nous occuperons deux ans,
pour le Sommet France-Afrique, pour la Coupe d’Afrique des Nations
(CAN) et pour le Sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine en 1998.
Ces bâtiments ont été réalisés hors taxes. Il y avait aussi des motivations qui
touchent au fait d’héberger un chef d’Etat dans sa maison. Cette zone de
Ouaga 2000 représente également une zone d’avenir pour eux (…). Après
ces trois manifestations, les propriétaires des villas pourront en disposer à
60leur guise, pour les occuper, les louer, les vendre… » .
Par cette stratégie, dix-sept investisseurs privés ont financé la
construction de vingt-sept villas présidentielles. Nous pouvons citer parmi
ceux-ci : Mme Alizéta Ouédraogo, M. Barro Djanuinaba, M. Oumarou
61Kanazoe (le plus grand entrepreneur du Burkina Faso) . Ce dernier, que les
Burkinabé appellent respectueusement « le Président », a même préfinancé
les travaux de la voirie de Ouaga 2000 pour le compte de l’Etat.

Cas de l’organisation du sommet en France

Il existe, lorsque le sommet est organisé en France, des missions
composées de tous les services gouvernementaux français : l’Elysée y joue
un rôle pilote. Car, c’est d’abord une réunion de chefs d’Etat. Le ministère
des Affaires étrangères intervient également en prenant contact avec les
ambassadeurs des pays invités en vue de faire circuler les informations
nécessaires. Le ministre de la Défense et de l’Intérieur s’occupent de la
sécurité tandis que le ministère de la Coopération se charge des opérations
62de financement . En plus, la France prend en charge les chefs de délégations
et certains membres, pour le reste, les autorités du pays invité s’en
63occupent . Le déroulement d’un sommet obéit à une organisation
spécifique.

Section 3 : L’organisation de son déroulement

Les conférences franco-africaines se déroulent en plusieurs phases : les
phases antérieures à la séance d’ouverture, la séance solennelle d’ouverture
et les phases postérieures à celle-ci. Nous nous référerons principalement au
sommet de La Baule qui s’est déroulé du 19 au 21 juin 1990, pour mieux

60 Interview du Président Blaise Compaoré à Jeune Afrique Economie du 16/2/1996, pp. 19-
20.
61 Entretien avec l’Attaché de presse à l’Ambassade du Burkina Faso à Paris le 05/02/1997.
62 Entretien avec le Rédacteur en chef de Médias France Inter continents, le 30-06-1995.
63 Entretien avec le chef du protocole de l’ambassade du Burkina Faso à Paris le 21/01/1997.

35
étayer ces différentes phases. Car, ces phases ont été plus perceptibles au
cours de cette rencontre.

Paragraphe 1 : Les phases antérieures à la séance solennelle d’ouverture

Elles comprennent successivement l’arrivée des représentants des Etats
invités, l’accueil des chefs d’Etat et de délégation des pays francophones, les
réunions et les dîners. Les représentants des Etats invités arrivent en principe
à la veille du sommet. Lors du sommet de La Baule (1990), les chefs d’Etat
et de délégation sont arrivés le lundi 18 et le mardi 19. Le président français
a accueilli ceux des pays francophones le mardi 19 à 18 heures. Il a eu
ensuite une réunion avec eux. C’est à partir du sommet de Paris (1985), qu’à
la veille de chaque conférence, une réunion de travail, suivie d’un banquet,
rassemble les dirigeants des pays francophones représentés. Nous
reviendrons plus loin sur la genèse et la signification de cette réunion
francophone. Parallèlement, les ministres des Affaires étrangères et de la
Coopération de France et d’Afrique, se sont réunis. Ce premier jour du
sommet a été également consacré aux dîners. Car, le Président Mitterrand a
offert à 20H30, un dîner en l’honneur des chefs d’Etat des pays
francophones à l’hôtel Royal. Parallèlement, un dîner était offert en
l’honneur des chefs d’Etat des pays non francophones et un autre par le
ministre français des Affaires étrangères, en l’honneur des ministres des
Affaires étrangères et de la Coopération. Ces dîners se sont déroulés à huis
64clos . La séance d’ouverture s’est tenue le lendemain.

Paragraphe 2 : La séance solennelle d’ouverture

Le mercredi 20 juin à 10H45, le Président Mitterrand a accueilli à
Atlantia, centre culturel et des congrès de La Baule, les chefs d’Etat et de
délégation des pays représentés à la seizième conférence des chefs d’Etat de
France et d’Afrique. La séance solennelle d’ouverture a eu lieu dans
l’auditorium d’Atlantia. Elle était publique et ponctuée du discours du
président du pays hôte du sommet en cours (F. Mitterrand) et de celui du
président du pays hôte du précédent sommet. Ceux-ci, en vertu du protocole,
étaient entourés des chefs d’Etat au pouvoir depuis une longue durée. Les
chefs d’Etat nouvellement arrivés au pouvoir, sont plus éloignés de ce
65
groupe comme l’ont illustré également le sommet de Biarritz (1994) et de
Ouagadougou (1996).
En général, si le président ayant organisé le précédent sommet est un
dirigeant africain comme à La Baule, son allocution porte surtout sur les
relations franco-africaines et la présentation des doléances des chefs d’Etat

64 Entretien avec une journaliste du quotidien Le Monde le 15-06-1995.
65 Ibid.

36
africains. Le dirigeant africain dans de telles circonstances, évoque très
rarement les positions qui intéressent exclusivement son pays et l’essentiel
de son intervention porte sur les problèmes que connaît le continent. Il se
présente surtout comme le porte-parole des délégations africaines. Lorsque
c’est un dirigeant français qui a été l’hôte du précédent sommet, son
intervention insiste également sur les relations franco-africaines, mais reste
très souvent marquée par la présentation des positions de son pays sur les
problèmes d’actualité. Avant le sommet de Ouagadougou (1996), il y a eu
une seule fois, au cours de la séance solennelle d’ouverture, plus de deux
intervenants. C’était à Dakar (1986) lorsque le Président Mobutu du Zaïre,
parlant au nom de son pays, mais aussi pour la cause de toute l’Afrique, a
66prononcé un violent réquisitoire contre les pays occidentaux . Au sommet
de Ouagadougou par contre, la séance solennelle d’ouverture a été ponctuée
de trois allocutions : celle de B. Compaoré hôte du sommet, celle de
Gnassingbé Eyadema, représentant des chefs d’Etat africains, et celle de J.
Chirac.
Cette séance dure environ une ou deux heures. Ainsi, celle du sommet de
La Baule a duré une heure trente. Il n’y a pas de débats après les discours au
cours de cette séance. Immédiatement après la séance solennelle d’ouverture
du sommet de La Baule, le Président Mitterrand a offert un déjeuner aux
chefs d’Etat et de délégation des pays représentés suivi de la photo de
famille. Ce qui signifie que d’autres séances suivent la séance d’ouverture.

Paragraphe 3 : Les séances postérieures à la séance solennelle
d’ouverture

Ce sont les séances à huis clos, la séance de clôture publique, la
conférence de presse, les réunions informelles et la conférence de suivi.

Les séances à huis clos

Les séances à huis clos ne suivent pas immédiatement la séance
solennelle d’ouverture. Ainsi à La Baule (1990), la première séance à huis
clos s’est tenue à 16H30, c’est-à-dire cinq heures trente après la séance
solennelle d’ouverture dans la salle polyvalente d’Atlantia. Ce temps
intermédiaire entre les deux séances, était agrémenté par le déjeuner offert
par F. Mitterrand aux chefs d’Etat et de délégation et la photo de famille. La
seconde séance à huis clos n’a eu lieu que le lendemain dans l’après-midi. A
Biarritz (1994), la séance solennelle d’ouverture s’est tenue en fin de
matinée et la séance à huis clos dans l’après-midi. C’est suivant la
disponibilité et l’actualité qu’il peut y avoir plusieurs séances à huis clos.

66 Jeune Afrique n°1407-1408 du 23 au 30 décembre 1987, p. 39.

37
Les représentants des Etats invités y assistent, ainsi que leurs ministres et
conseillers. Le choix des intervenants et des thèmes est aléatoire et il semble
67que ceux qui doivent intervenir sont désignés d’avance . Ainsi, le président
malien Alpha Omar Konaré a déclaré lors du sommet de Biarritz (1994),
qu’il ne lui était pas indiqué de prendre la parole au cours de la séance à huis
68clos qui a duré environ deux heures .
Au cours de ces séances, les participants suivent les déclarations de leurs
homologues. Contrairement à la séance solennelle d’ouverture, il y a débat et
chacun peut donner son point de vue. Ainsi, à la conférence de Biarritz
69(1994), vingt-cinq des trente-cinq participants ont pris la parole . Le nombre
de déclarations au cours d’une séance à huis clos, dépend surtout de
l’ampleur des problèmes à aborder. Ainsi, au sommet de Libreville (1992),
le président sénégalais Abdou Diouf, a fait un exposé sur l’intégration
régionale ; F. Houphouët-Boigny de Côte d’Ivoire, sur les matières
premières ; B. Compaoré du Burkina Faso, sur le fardeau de la dette ; Pascal
Lissouba du Congo, sur la démocratisation ; Nicéphore Soglo du Bénin, sur
70l’ajustement structurel . Etant donnée la présence croissante des délégations
venues des territoires n’ayant jamais été administrés par la France et n’étant
pas d’expression française, les débats font l’objet d’une traduction
simultanée en anglais. L’expérience a été inaugurée au sommet d’Antibes
71(1987) .

La séance de clôture publique

Elle est très brève et n’est pas publique dans tous les sommets franco-
72africains . Au cours de cette séance, le président hôte du sommet prononce
un discours. L’allocution de clôture est en général brève. Elle marque la fin
de la conférence au cours de laquelle chefs d’Etat et de gouvernement ont
exprimé leurs idées sur l’objet de celle-ci. La séance de clôture du sommet
de La Baule s’est tenue le jeudi 21 à 15H, après la seconde séance à huis
clos.

La conférence de presse

Elle existe depuis le sommet de Dakar (1977). Elle est donnée par le chef
de l’Etat hôte du sommet (si le sommet se déroule dans un pays africain), le

67 Entretien avec une journaliste du quotidien Le Monde, le 15-06-1995.
68 Ibid.
69 Jeune Afrique Economie n°186, décembre 1994, p. 25.
70 Pour l’intégration de ces exposés, voir Jeune Afrique Economie n°161, novembre 1992, pp.
92-97.
71 Afrique Industrie n°383 du 5 janvier 1988, p. 6.
72 Entretien avec le Rédacteur en chef de Médias France Inter continents, le 30-06-1995.

38
président français et le chef de l’Etat hôte du sommet suivant (si le sommet
se déroule en France). Ceux-ci sont parfois assistés du doyen. Le chef de
l’Etat français participe toujours aux conférences de presse. Car, s’il n’est
pas représentant du pays hôte, il est organisateur du sommet suivant. Ainsi,
au sommet de Biarritz (1994), la conférence de presse a eu lieu le troisième
jour de la rencontre, avec la participation du Président Mitterrand (hôte du
sommet), des présidents Omar Bongo (hôte du précédent sommet) et B.
Compaoré (hôte du sommet suivant qui s’est déroulé en décembre 1996 au
Burkina Faso).
Cette pratique permet aux intervenants de résumer le déroulement de la
conférence et d’indiquer les mesures prises par les représentants des Etats
participants. C’est aussi l’occasion de répondre à certaines questions
relatives à telle ou telle déclaration faite pendant le sommet ou à un
problème d’actualité. Après la conférence de presse, le communiqué final est
sans doute un moyen devenu commode, de matérialiser officiellement la fin
de la rencontre.

Le communiqué final

L’étude des conférences franco-africaines, envisagée du point de vue de
leur déroulement, serait incomplète si elle n’incluait pas celle de la forme par
laquelle s’exprime la volonté commune des participants à la réunion,
pratique admise depuis le sommet de Paris (1976).
Le communiqué final est bref et apparaît comme un condensé des
principales lignes de la conférence. Il donne très souvent la liste des pays
représentés mais ne reproduit pas, dans leur intégralité, les résultats de la
conférence. Il s’efforce néanmoins de faire apparaître les points d’accord
officiels des parties en présence. Sans en contester l’intérêt, ce document ne
rend jamais compte, dans les moindres détails, de la manière dont s’est
déroulée la conférence. Certes, celui-ci reflète les conversations et le climat
de cordialité qui l’a entourée, mais il ne renseigne qu’insuffisamment sur le
fond et la forme de ce qui s’est dit. Il est surtout l’œuvre d’un groupe
restreint de diplomates. Ainsi au sommet de Paris (1978), il a été rédigé par
les diplomates sénégalais, ivoiriens et français, avec la principale
collaboration de Journiac, Conseiller de l’Elysée pour les Affaires
73Africaines . Mais, il peut également être élaboré par le service de presse de
la présidence de la République française, comme lors du sommet de Biarritz
(1994).




73 Jeune Afrique n°909, 7 juin 1978, p. 29.

39
Les rencontres informelles

Les sommets franco-africains, comme Janus, ont un double visage : celui,
solennel, d’une assemblée prestigieuse, régie selon un code protocolaire et
prenant à témoin la communauté internationale ; dans l’ombre de celui-ci se
déroulent des rencontres plus discrètes, où affleure le non-dit des discours
74officiels, et qui en forment la face cachée .
En effet, chaque conférence a deux dimensions, l’une officielle, l’autre
plus officieuse et d’une configuration plus éclatée, constituée d’une
75succession de mini-rencontres à caractère bi- ou multilatéral . Ces
rencontres ont lieu entre le chef de l’Etat français et les dirigeants africains
ou leurs représentants d’une part, entre dirigeants africains d’autre part. Les
exemples sont multiples, mais nous ne nous limiterons qu’à quelques cas.
A Dakar (1977), tous les dirigeants africains ont tour à tour dialogué avec
V. Giscard D’Estaing : le « mini-sommet » s’est déroulé sous la forme de
petits déjeuners pris à deux ou trois, ainsi que des rencontres de chefs d’Etat
dans les appartements du président français. Au cours de ces nombreux tête-
à-tête, les sujets « sérieux » ont pu être discutés dans la discrétion quasi
76totale . Cette déclaration d’Edem Kodjo, ministre togolais des Affaires
étrangères, permet d’avoir une idée de ce qui peut s’y passer : « les
problèmes de sécurité et les questions politiques ne sont pas inscrits à l’ordre
du jour, mais on ne saurait empêcher les chefs d’Etat de parler de ce qu’ils
77veulent quand ils se rencontrent en privé » . Ce qu’a confirmé le président
voltaïque Sangoulé Lamizana qui a confié à propos des problèmes de
78sécurité que : « en marge de la conférence, nous en avons parlé… » .
Ces rencontres en tête-à-tête portent également sur des questions
bilatérales. Ainsi, à Paris (1978), Moktar Ould Daddah, président
mauritanien, a déclaré avant sa rencontre avec son homologue français :
« Ces conversations porteront sur l’aspect traditionnel de la coopération
entre nos deux pays, à savoir la coopération technique, culturelle,
économique, mais nous aborderons très certainement un aspect nouveau, à
79savoir la coopération dans le domaine militaire » .
En cas d’absence d’un chef d’Etat comme celui de Guinée au cours de
certaines rencontres franco-africaines, son représentant « rencontre le chef
de l’Etat hôte du sommet, peut être porteur d’un message écrit ou verbal
80pour affirmer son rôle d’intermédiaire » . Les rencontres informelles se

74 Dagut (J-L), Mémoire, op. cit., p. 93.
75 Ibid.
76 Ibid.
77 Cité par Dagut (J-L), Mémoire, op. cit., pp. 94-95.
78 Dagut (J-L), Mémoire, op. cit., p. 95.
79 Cité par Afrique industrie du 15 juin 1978, p. 66.
80 Entretien avec un Conseiller à l’Ambassade de Guinée à Paris, le 21-06-1995.

40
déroulent non seulement entre le chef de l’Etat français et les dirigeants
africains, mais également entre dirigeants africains.
En 1980, la situation au Tchad a fait l’objet de multiples apartés,
notamment à la suite du coup de théâtre d’Abba Siddick, ministre tchadien et
l’un des fondateurs du Front de Libération Nationale du Tchad (Frolinat),
venu à Nice pour contester la représentativité du colonel Kamougue, vice-
président du Gouvernement d’Union Nationale de Transition (G.U.N.T). O.
Bongo, spécialement, a réuni ces deux protagonistes du conflit tchadien
pendant plus de deux heures dans son appartement du « Négresco », ainsi
que le président togolais Eyadema. A Lomé (1986), en marge des travaux de
la treizième conférence des chefs d’Etat de France et d’Afrique, le Président
Eyadema a eu des entretiens en tête-à-tête avec plusieurs de ses pairs : dans
la matinée, il s’est entretenu avec le Président Moussa Traoré du Mali, Seyni
Kountché du Niger, Mathieu Kérékou du Bénin ; dans l’après-midi, il a
81rendu visite à son « frère et ami », le Président Mobutu du Zaïre . En 1987
au sommet d’Antibes, le Président Mobutu s’est entretenu avec le chef de la
délégation angolaise, Manuel Alexandre Rodrigues, ministre de l’Intérieur, à
propos de l’aide qu’auraient accordée les autorités du Zaïre à l’Union
Nationale pour l’Indépendance Totale de l’Angola (U.N.I.T.A). Bien avant
le sommet, les rédacteurs de La Lettre du continent avaient envisagé cette
82rencontre.
Il y a lieu de s’interroger sur l’importance de ces rencontres informelles.
83Selon le journaliste Sennen Andriamirado, elles constituent le vrai sommet .
Pour le Président Mitterrand, ces contacts parallèles qui permettent de traiter
« des mille et une faces des relations bilatérales », sont l’une des grandes
84richesses de ce genre de sommet . Michel Aurillac, ancien ministre français
85de la Coopération, va dans le même sens dans son ouvrage publié en 1987 .
J-L Dagut, dans un article, a également souligné l’importance des mini-
rencontres à caractère bi- ou multilatéral. Elles semblent, à son avis, plus
importantes sur le plan du contenu politique, car pouvant déroger aux
contraintes unitaristes des « grands » sommets. Les sujets délicats, pour
lesquels l’accès à l’enceinte publique a été barré, tout le non-dit des discours
officiels, toutes les exigences refoulées par les interdits du « Surmoi »
diplomatique y sont structurellement renvoyés. Probablement, ce cercle
périphérique joue-t-il comme exutoire : les sommets échappant aux
pesanteurs diplomatiques, les Etats, et spécialement ceux de la zone
d’influence, recouvrent dans cet « underground » franco- africain, leur
liberté d’expression. Il admet que ce travail « de couloir » permet, en

81 Bulletin d’information du service presse du Togo, n°5, décembre 1986, p. 6.
82 La Lettre du Continent du 9-12-1987, pp 1-2.
83 Jeune Afrique n°1350 du 19 novembre 1986, p. 29.
84 Jeune Afrique n°1407-1408, 23-30 décembre 1987, p. 41.
85 Aurillac Michel, L’Afrique à cœur, Paris, Berger-Levrault, 1987, p. 192.

41
l’occurrence à V. Giscard D’Estaing, de « prendre le pouls » des chefs d’Etat
africains, et de parler sans détours avec ceux-ci des thèmes qui leur tiennent
86le plus à cœur .
Les rencontres informelles nous paraissent également assumer au moins
87une double fonction comme le suggère Pambou Tchivounda : celle d’être à
la fois un creuset et un transformateur potentiel. Creuset : les entretiens en
tête-à-tête sont le lieu où sont projetées, sous forme de proposition, des
paroles porteuses d’images, d’idées, de concepts, de jugements. En raison du
rapport de correspondance qui les lie, chaque chef d’Etat ou de
gouvernement dispose de la faculté de prendre ou de reprendre l’initiative.
Ce rapport crée un climat de confiance mutuelle puisqu’il traduit l’existence
d’une certaine égalité entre les hommes, condition psychologique qui
favorise la propension à l’entretien, sa richesse, sa franchise. L’appréciation
personnelle que se font respectivement les interlocuteurs des problèmes
d’intérêt commun et de ceux d’intérêt mondial leur garantit liberté, ensuite
capacité de dire et de contredire. L’entretien en tête-à-tête apparaît donc
comme une technique, une opération que chaque partenaire met à profit pour
découvrir sinon la vérité, du moins la justesse de ses vues en les confrontant
à celles de son homologue sur un ensemble de problèmes d’importance
majeure. L’absence d’autorité capable d’accorder vues et points de vue
divergents explique que l’entretien en tête-à-tête ait vocation de
transformateur en plus de sa fonction de récepteur. Les représentants qui
recourent à cette méthode lors des conférences franco-africaines poursuivent
un objectif précis : parvenir à la formulation d’une position commune sur le
plus grand nombre de thèmes évoqués. Vision des hommes politiques qui
constitue, en fait, la raison d’être du tête-à-tête. Si l’objectif des séances
plénières est surtout de convaincre ou de plaire, la finalité des séances
informelles nous paraît tout autre : on cherche à s’expliquer, se comprendre,
s’accorder. Elles portent la marque de l’intimité et du secret. Intimes parce
qu’elles relèvent de la sympathie ; secrètes parce que le public est rarement,
sinon jamais au courant de ce qui s’y dit. Ces rencontres informelles ont, par
ailleurs, une vocation prospective. Car, la politique nous semble aussi « l’art
de gérer l’imprévisible ». Et de telles rencontres donnent l’opportunité aux
dirigeants entre lesquels existe une forte communauté d’intérêts, de se
concerter sur l’avenir de ceux-ci. L’hermétisme qui caractérise ces séances
restreintes informelles rejaillit sur la conférence elle-même pour lui
imprimer l’image d’une société « ésotérique ». Bénéficiant du privilège du
secret, les séances informelles peuvent être considérées comme la survivance
au niveau des sommets franco-africains, de l’ancienne diplomatie secrète. Ce

86 Dagut (J L), « Les sommets franco-africains un instrument de la présence française en
Afrique », dans Année Africaine, Paris, C.E.A.N, 1980, pp. 312-313.
87 Pambou Tchivounda (G), op. cit.

42
qui a fini par devenir au fil de sa restructuration, une institution. Ce qui ne
peut que renforcer le caractère informel du multilatéralisme franco-africain.

La conférence de suivi

C’est au sommet de Casablanca (1988) que les présidents Bongo, Mobutu
et le Roi Hassan II, ont amené les autres participants et malgré les réticences
du président français, à admettre « qu’une réunion des ministres des Affaires
étrangères se tiendrait à mi-parcours de l’exercice actuel sous la forme d’une
88conférence de suivi » . Cette conférence a pour tâche de juger du « suivi »
du sommet et de préparer le suivant. Elle peut également, non seulement
évaluer l’action entreprise, mais aussi permettre aux autorités françaises de
préciser les règles du jeu entre leur pays et les pays africains représentés.
Celle organisée à Libreville du 29 au 30 juillet 1993, l’illustre parfaitement
puisque le ministre français de la Coopération Michel Roussin, y a annoncé
que c’était l’occasion également de « préciser comment la France, fidèle à sa
89tradition, entend vous aider à relever les défis qui se posent à vous » . La
seconde innovation institutionnelle issue du sommet de Casablanca (1988),
est la présidence en exercice de la conférence sur laquelle nous reviendrons.
Le processus de construction des sommets franco-africains par les
représentants des Etats invités que nous venons d’analyser, laisse percevoir
que ces rencontres s’apparentent à un véritable multilatéralisme informel.
Elles donnent lieu à une diplomatie aux allures de directoire informel des
représentants des Etats africains et français, faite de rencontres régulières
avec des règles volontairement peu visibles. Leur nature informelle
caractérisée par l’absence de structure permanente, de texte fondateur, mais
des conférences régulières, les rapprochent des rencontres « au sommet ».
Elles ne sont pas gouvernées par les lois de la logique formelle, mais par
celles que nous pouvons ranger du côté de ce que F.G Bailey considère
90comme « règles pragmatiques » . Sous cet aspect, les sommets franco-
africains partagent plusieurs traits saillants avec les sommets des pays
91industrialisés . Ces sommets sont en outre un multilatéralisme très
dynamique. La phase la plus intense de leur construction se situe pendant la
présidence de V. Giscard D’Estaing. L’arrivée de F. Mitterrand à l’Elysée
ensuite de J. Chirac et de N. Sarkozy, n’a apporté que quelques innovations.

88
Communiqué final du sommet de Casablanca, dans La politique étrangère de la France,
décembre 1988, p. 150.
89 Roussin Michel, Un défi pour aujourd’hui la coopération française, Libreville 20-30 juillet
1993, p. 1.
90 Pour plus de précisions sur cette notion de règles pragmatiques, voir Bailey F.G, Les règles
du jeu politique, Paris, P.U.F, 1971, p. 17.
91 Pour plus de détails sur ce point, voir Smouts (M-C), « Les sommets des pays
industrialisés », dans Annuaire français de droit international, XXV, 1979, pp. 669-685.

43

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