//img.uscri.be/pth/a73873cc594e45cb2345c9a169aaf3b0f773d46e
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 21,00 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Le nouvel ordre du puzzle des Balkans

De
290 pages
Les Balkans sont pris dans un étau international asservi par l'Union européenne, la Russie et les Etats-Unis, qui les manipulent en fonction des intérêts qu'ils ont à défendre pour assurer leur puissance économique et stratégique dans l'hémisphère Nord au XXIe siècle. Le livre propose une analyse de l'état des Balkans occidentaux sur la voie d'intégration à l'Union européenne dix-huit ans après l'effondrement de la République Fédérative de Yougoslavie.
Voir plus Voir moins

Le nouvel

ordre

du puzzle des Balkans

« Diplomatie et stratégie» Collection dirigéepar Emmanuel Cau/ier

Ouvrages parus
MALLATRAIT (Clémence), en collaboration avec Thomas Meszaros, La France, puissance inattendue au XX! siècle dans le Pacifique Sud, 2009. DEREUMAUX (René-Maurice), L'Organisation internationale de lafrancophonie. L'institution internationale du XX! siècle, 2008. COJOCARU (Doru), Géopolitique de la mer Noire. Eléments d'approche,2008. LEFEBVRE (Jean-Luc), A la recherche du cinquième élément: du feu à l'espace, une brève histoire de conquêtes, 2008. MIGNOT (Bruno), Regard d'un militaire sur la société française. La République nous appelle, 2007. MEYER (Michel), La nouvelle diplomatie commerciale brésilienne. Lula: danse avec le soleil, 2005.

Jean-François Loddo

Le nouvel du puzzle

ordre

des Balkans
mondial du xx! siècle

Zone pivot de l'échiquier géostratégique

PRÉFACE D'EMMANUEL CAULIER

L'HARMATTAN

(Ç)

L'HARMATTAN,

2009 75005 Paris

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-09088-0 EAN : 9782296090880

Dédicace

'Ji. la mémoire de ma défunte grand-mère Maksa Mihalic, petite fille d'une comtesse croate déchue, exilée en France en 1937 ainsi qu'à l'amour de mon épouse Jasminka, à mes fils Anthony et Marcus et au repos éternel de ma belle-mère Marija Vegar. "

Je tiens à évoquer la patience et le soutien de mon épouse croate Jasminka ainsi que son implication dans les traductions écrites et orales ayant complété mes réflexions concernant ce volume sur les Balkans occidentaux.

Remerciements

Monsieur le professeur docteur Pascal Chaigneau, ex-consul général, est un homme remarquable. Lors de notre première entrevue, il m'a donné toute sa confiance. Mon père m'a appris: "Sa cunjianza de unu omini non si comprada ma si godangiada"l. Le capitaine de frégate (R) Pascal Chaigneau fait partie de cette race d'hommes, élites comme lui ou communs des mortels comme moi, que je définis comme une ligné d'hommes d'honneur. Il est l'un de ces rares "Guide" faisant profiter de son intelligence et apportant la nourriture intellectuelle nécessaire au développement et à la vie d'un être évoluant dans une société moderne. Désormais, j'ai l'honneur de le citer avec respect au même titre que mon père et mon grand-père sardes qui ont su m'armer et me montrer le juste chemin à parcourir à travers un dédale d'événements inconnus, imprévus et à vIvre. Je tiens à remercier de manière honorable et solennelle le commandant Pascal Chaigneau, Administrateur général du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques de Paris, et de manière distinguée son assistant et directeur des études au CEDS, monsieur le Professeur Docteur Fouad Nohra, tout comme Maître Emmanuel Caulier, avocat à la Cour et chargé de mission du CEDS Paris, pour leur avis et leurs remarquables conseils. En outre, je remercie le colonel Philippe Landicheff, officier commando de l'air des forces spéciales françaises, pour sa confiance et son soutien durant mon année au centre d'études diplomatiques et stratégiques. Enfin, je remercie l'ensemble du corps professoral du CEDS (ministres, ambassadeurs, consuls, officiers généraux, officiers supérieurs et professeurs docteurs) qui m'a, du fait de leurs conférences et de leurs interventions, enrichi et orienté dans le choix de mes lectures ainsi que dans l'approche de mon travail de recherche.

1

La confiance d'illl

homme ne s'achète pas, mais se gagne. 7

Les OpInIOnS exprimées dans ce document engagent uniquement responsabilité de son auteur.

la

Ce livre s'appuie sur une documentation d'actualité arrêtée à la date du jeudi 16 avril 2009.

8

Sommaire
Préface
INTRODUCTION PREMIERE PARTIE
Un semblant havre de paix Chapitre I Chapitre II Chapitre III
Chapitre IV

Il
13

27 ... 41

. La fonte de la banquise communiste yougoslave... ... ... ... 31 . La Slovénie, la petite Suisse de l'Adriatique . La Croatie, un modèle d'intégration pour les Balkans occidentaux.. . .. . .. . .. . .. . ... .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. 63 . La Bosnie-Herzégovine, la "petite Yougoslavie" et les accords de Dayton DEUXIEME PARTIE 87

Réalité ou construction de l'inavouable et de l'impensable Chapitre V Chapitre VI

115

. Le Monténégro au lendemain de son indépendance. .. .. ... 121 . La Serbie, une volonté de cesser l'hémorragie. .. ... ... ... .. 133 159 187 203 229 231 259 281 9

Chapitre VII . Le Kosovo, un Etat fantôme enchaîné à un avenir peu certain Chapitre VIII . L'invocable et l'inconcevable avenir du centre des Balkans CONCLUSION GENERALE Table des annexes Annexes Bibliographie Tables des matières

...

Préface

"La tâche est d'élargir notre mison pour la rendre capable de comprendre ce qui en nous et dans les autres précède et excède la mison. " Merleau-Ponty

Comprendre les Balkans n'est pas à la portée de tout un chacun. Cela implique la compréhension de la complexité des peuples nombreux qui en sont les acteurs, leurs pensées et ce qui relève pour eux du sacré ou de l'honneur, bref, de réalités culturelles qui sont trop souvent différentes d'un peuple à l'autre. Cela implique surtout la compréhension des conditions où se façonnent les mentalités et où s'exercent les actions. Comprendre les Balkans c'est surtout comprendre un contexte, c'est se souvenir que des situations historiques ont été déterminantes, comme la fracture indélébile laissée par la frontière béante entre l'empire austro-hongrois et l'empire ottoman, entre l'orthodoxie et l'islam. Forces colossales et vampiriques accoucheuses de virtualités trop souvent odieuses ou criminelles. Ce que fait ici l'auteur de cet ouvrage c'est simplement relever une mission de plus, digne des forces spéciales françaises auxquelles il appartient: descendre en rappel dans le magma en fusion pour comprendre les sources de l'incompréhension, se hisser à l'escalade sur un point de vue sommital et englobant pour s'arracher aux déterminismes culturels et à l'aveuglement. Expliquer tour à tour l'influence de l'Union européenne et de la Russie, les ambitions américaines et le jeu pétrolier. Dessiner la progressive dislocation d'une fédération yougoslave laissant apparaître les raisons de l'émergence pacifiée de la Slovénie, des tumultes persistants autour de la Croatie. Comprendre n'est jamais dans cette analyse ni excuser ni accuser, là réside l'excellence de son approche. Elle est respectueuse quand elle rejette le rejet et exclut l'exclusion. Officier commandos de Marine, d'origine croate et sarde, il comprend la réalité du terrain, il prend la plume parce qu'il est concerné par des motivations intérieures. Il cherche comment la Serbie privée du Monténégro puis du Kosovo porte en elle des potentialités de fraternisation. 11

Il se penche sur la Bosnie et nous explique la réalité Bochniaque puis l'aventure albanaise. Il fait apparaître le puzzle et le rend simple. Il contribue par là dans ce texte fouillé et complet à introduire la compréhension en profondeur dans les esprits du lecteur. Il civilise sans le savoir comme d'autres font de la prose, pas moins. Le livre de Jean François LODDO doit être lu pour comprendre l'Europe d'hier et celle de demain. Plus encore, avec lui, la zone devient un pivot géostratégique de classe mondiale. Personne ne peut oublier l'archiduc François Ferdinand, tous peuvent croire que la paix progressive dans les Balkans serait porteuse d'une amplification universelle. Il nous le laisse penser. Emmanuel CAULIER Chargé de mission du Centre d'Etudes Diplomatiques et stratégiques Avocat à la Cour

12

INTRODUCTION
Pendant plus de quarante ans, le monde bipolaire, établi par les Etats-Unis et l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) gouvernée par la Russie, a figé la situation géostratégique en Europe centrale, de l'Est et du Sud-Est. La chute du mur de Berlin en 1989 et le démantèlement de l'URSS en 1991 ainsi que la dissolution du Pacte de Varsovie ont induit la rupture de cet équilibre bipolaire dans l'Europe communiste et l'implosion de la Fédération des Républiques de Jugoslavija, territoire des Slaves du Sud indépendant du pouvoir soviétique. Avec l'adoption du traité de Maastricht en novembre 1991 et sa signature en février 1992, les Douze ont franchi une étape décisive dans le processus d'intégration. La Communauté économique devient l'Union européenne (UE). Elle est symbolisée par un cadre institutionnel complexe et par l'objectif d'une monnaie européenne unique2. Pourtant, c'est un paysage plus confus que l'Europe compose en cette xxème siècle où la naissance du multilatéralisme attise les tensions fin de déjà existantes ou en favorise d'autres entre les pays telles que les revendications des nations et les aspirations des peuples. En outre, elle génère une grande instabilité dans le monde occidental en l'occurrence dans une zone de fracture existante depuis l'an 315 après Jésus-Christ, divisant les empires d'Orient et d'Occident, et dont la frontière entre l'Est et l'Ouest part de l'insertion entre l'Albanie et le Monténégro actuels pour remonter par la rivière Drina qui sépare actuellement la Bosnie-Herzégovine (BiH3) et la Serbie4. Le défi du projet de l'approfondissement de la construction européenne est résumé dans la phrase de Jean Monet, auteur visionnaire du projet européen: "Faire l'Europe, c'est faire la paix"s. C'est sans doute le sens que les Douze ont voulu donner en se lançant dans une politique étrangère de sécurité commune. Mais alors, comment expliquer le désarroi et l'impuissance des Européens face à la crise yougoslave? La guerre qui éclate en Bosnie-Herzégovine, au moment où les Douze reconnaissent l'indépendance de cette République yougoslave, souligne à la fois l'obsolescence et la timidité des réponses de l'Union européenne naissante.
2 Encyclopédie Universalis 2008. Recherche "L'Union européenne". 3 Bosnia i Herzegovina. 4 Troude Alexis, Géopolitique de la Serbie, éditions ellipses, Paris, août 2002, p.25. S Encyclopédie Universalis 2008. Recherche "Jean Monet". 13

La crise et le morcellement inévitable de la Yougoslavie La Yougoslavie a cristallisé sur son sol plusieurs fractures historiques. La première fracture fut la rivalité entre l'empire austro-hongrois et l'empire ottoman et cela pendant plus de deux cents ans, de la fin du XVIIèmesiècle jusqu'au début du XXèmesiècle, leurs armées sont face à face sur une ligne de contact dont la frontière nord-ouest de la Bosnie actuelle en est le vestige6. La deuxième fracture est la diversité des appartenances religieuses. Pendant la colonisation ottomane dont l'apogée de l'empire se situe au XVIèmesiècle, la plupart des habitants de la Bosnie deviennent musulmans. Les Slovènes et les Croates sont majoritairement catholiques et les Serbes de religion orthodoxe7. Il faut souligner que sur le plan strictement anthropologique, il n'existe pas la moindre différence entre un Serbe, un Slovène, un Bosniaque et un Croate. Ils parlent presque tous la même langue et sont tous des Slaves du Sud dont les origines datent du VIèmesiècle après Jésus-Christs. C'est l'époque où les vertus qui avaient fait la puissance de l'empire romain et de ses patriciens - le respect de la loi, le courage militaire et le sens de la grandeur - sont déjà évanouies et où les barbares passent le limes non plus comme immigrés mais comme conquérants donnant, en outre, aux nations d'Europe du Sud-Est l'un de leurs noms, les Slaves9 qui occupent, bien entendu, d'autres régions de l'Europe. D'ailleurs après le démantèlement des empires austro-hongrois et ottoman, c'est le nom fédérateur, Yougoslavie, que prennent les pays unis pour constituer l'Etat des Slaves du Sud (Jugoslavija)lO. Le pays sera d'abord une monarchie, puis une République fédérale car en 1946 le Maréchal Josip Broz, dit Tito, instaure une Fédération de six Républiques pour freiner les nationalismes que la Seconde Guerre mondiale a exacerbés. Cette Yougoslavie fédérale va vivre jusqu'en 1991, date à laquelle elle éclate dans le contexte de fin du communisme. En 1992, la Yougoslavie cesse d'exister sous sa forme traditionnelle, composée de six Républiques dont les noms sont la Serbie, la Croatie, la
6 Nouschi Marc, Petit atlas historique du X¥"mesiècle, 4èmeédition, Almand Colin, Belgique, 2007, p.22-23. 7 Troude Alexis, Géopolitique de la Serbie, éditions ellipses, Paris, août 2002, pp.27-29. 8 Kazanski Michel (Chargé de recherche au CNRS au Centre d'histoire et civilisation de Byzance), "Les Slaves, des origines aux premières principautés", septembre 2002 : http://www.clio.ft/BIBLIOTHEQUElles_slaves_des_origines_aux-premieres-principautes.as

f Barreau Jean-Claude

et Bigot Guillaume, Toute l'histoire du monde de la préhistoire à nos

jours, éditions Fayard, Paris, édition 02

10 Ressaire Jacques, "Yougoslavie", 1991: http://www.ben-vautier.comlethnisme/analyses/etat/yougoslavie.html 14

- mars

2007, p.lOl.

Slovénie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine et le Monténégro ainsi que deux régions autonomes, le Kosovo et la Vojvodine. Chacune de ces six Républiques s'empresse de devenir un Etat indépendant et de se faire reconnaître internationalement pour faire valoir ses nouvelles frontières]] . L'ex-Yougoslavie fait place à une Fédération Serbo-Monténégrine. La Slovénie et la Croatie, autoproclamées indépendantes en 1991, sont reconnues en janvier 1992 par la Communauté européenne et de nombreux autres pays. Une guerre, ni civile et ni due à une malédiction balkanique La tragédie Yougoslave va battre la pleine mesure d'atrocités inhumaines semblant avoir été enterrées avec la fin de la Seconde Guerre mondiale et la capitulation du régime nazi. Ces atrocités vont resurgir avec le problème des frontières au sein de la Bosnie-Herzégovine et son dépeçage commandité par les hommes au pouvoir en Yougoslavie. Ces hommes veulent avant tout rester à la tête de l'Etat. Pour ce faire, ils substituent à l'idéologie communiste, en perte de vitesse, l'idéologie nationaliste. Cette guerre va être mise en œuvre par des hommes qui s'appuient sur le constat que l'enveloppe de ces Républiques ne correspond pas à la répartition des populations12. Ainsi, la Bosnie-Herzégovine, également reconnue comme indépendante par la Communauté européenne, est désormais déchirée par une guerre. Il y existait cependant de longues traditions de haine entre les Serbes représentant 31 % de la population, les Croates avec 17 %, les Bosno-herzégovins de religion musulmane à 43 % (les Bochniaques) et les

9 % des populations mixtes installées dans de nombreuses régions13. Les
Serbes, plus puissants et mieux armés, occupent en cette année 1992 plus des deux tiers du territoire. Ainsi, le gouvernement musulman de Sarajevo se retrouve face à la République autoproclamée des Serbes de Bosnie et à celle
des Croates
]4.

Les Serbes, puissamment aidés par l'armée fédérale yougoslave, encerclent les agglomérations et les terrains habités par leurs adversaires, détruisent les maisons, chassent la population, provoquant l'exil de près d'un million de personnes. Ceux qui restent sont emprisonnés dans des camps d'où ils sont parfois libérés en échange de Serbes, prisonniers des Bochniaques et des Croates. Les choses se compliquent souvent encore à
II

12 Chauprade Aymeric, Géopolitique. Constantes et changements de l'histoire, ellipses, Paris, 2007, p.235. 13http://www.statistiques-mondiales.comlbosnie.htm 14 Troude Alexis, Géopolitique de la Serbie, éditions ellipses, Paris, août 2002, pAl. 15

Cf. annexe 1. Carte générale des Balkans occidentaux.

éditions

cause des luttes entre les "alliés" croates et musulmans. Ce drame des populations perdure encore en 2009 sous d'autres formes persistantes dénommées réfugiés et déplacésI5.16. Les longues tractations de Cyrus Vancel7 et David Owenl8 vont aboutir à une Bosnie-Herzégovine partagée entre trois Etats ethniques au lieu d'un Etat doté d'un pouvoir central et composé de sept à dix provinces autonomes, souveraines en matière de police, d'éducation, de culture et d'impôt. Cependant, l'objectif recherché par les chefs militaires et les dirigeants politiques était d'instaurer une continuité territoriale avec la Croatie d'un côté et la Serbie de l'autre. Le moyen de l'atteindre fut la purification ethnique en établissant la souveraineté croate partout où des Croates vivaient et la souveraineté serbe où des populations serbes demeuraient. Cette politique était appliquée par le déplacement de force de populations non-croates et non-serbes ou leur massacre si elles ne consentaient pas à se plier aux exigences précitées. Cette guerre en Bosnie-Herzégovine n'était pas une guerre civile et elle n'était pas due à une malédiction balkanique. Elle fut une guerre conventionnelle entre la Croatie et la Serbie dans laquelle les civils bochniaques durent prendre les armes car: - ils étaient directement visés par une renaissance du génocide humanitaire en Europe; leur déplacement et leur disparition étaient l'enjeu majeur offtant l'aboutissement de l'objectif des chefs militaires et des dirigeants politiques de l'ex-Yougoslavie aussi bien croates que serbes. La terre des Slaves du Sud, tremblement à l'Est et apaisement à l'Ouest

La situation en Bosnie-Herzégovine n'est cependant pas la seule question importante liée à la décomposition de l'ancienne Yougoslavie. L'ensemble des Etats et des régions ayant composé la Yougoslavie de Tito en font partie intégrante. Le Kosovo, région autonome de la République de Serbie peuplée à 90 % d'Albanais et proclamée indépendante depuis le 17 février 2008, est
15

Appel global 2008-2009 de l'UNHCR :

http://www.unhcr.fr/cgi-bin/texis/vtx/publ/opendoc. pdf?tbl= PUBL&id =474ac8e40 16 Appel globa12008-2009 de l'UNHCR : http://www. unhcr .ff/cgi-bin/texis/vtx/publ/opendoc. pdf?tbl= PUBL&id =474ac8e411 17Homme politique américain (27 mars 1917 - 12 janvier 2002). Après une brillante carrière politique, il est retourné à son métier d'avocat et interviendra dans quelques missions diplomatiques en tant que médiateur en l'occurrence en Bosnie-Herzégovine et en Croatie au milieu des années 1990. 18 Homme politique britannique né le 2 juillet 1938. 16

l'une des causes principales de cette altération yougoslave. Cet Etat indépendant, à la tête de laquelle monsieur Fatmir Sejdiu a été élu président et monsieur Hashim Thaci 19en tant que Premier ministre, se trouve soumis à une pression insoutenable des autorités Serbes. Ce territoire est en effet le berceau de l'ancienne Serbie et la terre sainte de la religion orthodoxe serbezo. La majorité des Etats membres européens est favorable à l'indépendance de la province. Mais une certaine division persiste entre des Etats européens dont l'Espagne est le pays le plus fermement opposé à une reconnaissance du Kosovo. Madrid considère que cette approche risque de créer un dangereux précédant qui pourrait être utilisé par d'autres minorités ethniques en Europe, notamment dans les régions espagnoles du Pays basque, de la Catalogne et de la Galicezl . Pour faciliter le processus de reconnaissance, les ministres des Affaires étrangères ont accepté de définir le Kosovo comme un cas sui generis, qui ne remet pas en question les principes de l'intégralité territoriale reconnue par l'Union européenne et ne crée donc pas de précédent. Cette position commune, permise par le fait que le Kosovo est actuellement sous tutelle de l'ONU, a offert au ministre slovène des Affaires étrangères Dimitrij Rupet2z - dont le pays a assuré la présidence de l'Union européenne pendant le premier semestre 2008 - de déclarer que l'Union européenne a de nouveau réussi le test de l'unité. La Vojvodine, autre situation porteuse de menace avec les 400 000 Hongroisz3 vivant dans cette région autonome où les Serbes, y compris ceux qui se sont enfuis de Croatie et de Bosnie, considèrent cette minorité comme un danger pour l'Etae4. Se pose enfin le problème de la Macédoine, habitée en partie par des Albanais, mais où la question du caractère national des Macédoniens sont-ils Slaves du Sud ou sont-ils Bulgares? - se dispute toujours, et dont le nom hellénique attire les critiques de la Grèce. À cause de cela, la Macédoine indépendante n'est toujours pas reconnue par la Communauté
19Solana Javier, Brussels, "Smnmary of remarks", Council of the European Union EU, High Representative for the CFSP, February 20th, 2008: http://www.consilium.europa.eu/ 20http://www.euracti v.ft/priorites-de-Iue/article/ue-echoue-trouver -consensus-situationkosovo-00687. L'DE échoue à trouver un consensus sur la situation au Kosovo du 19 février 2008. 21http://emmanuelmorucci.blogs.letelegramme.com/archi ve/2008/02/22/l-independance-dukosovo-di vise-Ies-europeens.htrn1 22 Ministre des Affaires étrangères jusqu'au 21 novembre 2008. 23Krulic Joseph, "Minorités des Balkans: données empiriques", novembre 2006: http://gdm.eurominority. org/www/gdm/article-minorites-donnees-empiriques. asp 24 HVllvl France, "Quelle est la situation des Hongrois en Voïvodine ?" du 17 janvier 2007 : http://alsace. novopress. infonp=447

17

internationale, en dépit des recommandations de la commission de la Communauté européenne présidée par Robert Badinter en janvier 1992. Par ailleurs et à l'inverse de la Croatie et de l'Albanie, elle n'a pas eu l'occasion d'adhérer au MAP25de l'OTAN lors du sommet de Bucarest en avril 2008 et d'être proclamée membre de l'OTAN au sommet de Strabourg-Kiel d'avril 2009, comme la Croatie et l'Albanie en tant que 27èmeet 28ème Etats membres de l'Alliance. La commission pour le référendum du Monténégro a confirmé la victoire des partisans de l'indépendance à l'issue du référendum du 21 mai 2006. Selon le président de la commission, Frantisek Lipka, le taux de participation s'est élevé à 86,3 %. 55,4 %26 des électeurs ont souhaité que leur pays redevienne indépendant après 90 ans. Le seuil fixé par l'Union européenne pour reconnaître le scrutin était de 55 %27. Le Monténégro a proclamé son indépendance le samedi 3 juin 2006, soit deux semaines après avoir choisi par référendum de se séparer de la Serbie, mettant ainsi un point final au démantèlement de l'ex-Yougoslavie. Le Parlement monténégrin s'était réuni ce même jour pour adopter une "déclaration d'indépendance" créant un nouvel Etat souverain dont la priorité, selon le projet de déclaration, était l'intégration aux institutions euro-atlantiques. Les partis d'opposition, qui avaient fait campagne en faveur du maintien de l'union Serbie-Monténégro, ont boycotté la réunion entre temps28. Quant à la Slovénie, reconnue par Belgrade le 13 août 1992, elle est présidée par Milan Kucan et bénéficie du soutien économique de l'Allemagne et de l'Autriche. Elle a essayé de se tenir à l'écart des luttes sanglantes en cours dans les autres Républiques de l'ex-Yougoslavie. En 1993, la Slovénie, peuplée par 90 % de Slovènes tente de relancer et de moderniser son économie, ainsi que mieux s'intégrer à l'Europe. En mai 1993, elle est admise au Conseil de l'Europe et devient la candidate privilégiée à l'entrée dans la Communauté européenne avec les pays du pacte de Vysehrad29.

25Membership Action Plan. 26 "Le Monténégro choisit l'indépendance" du 23 mai 2006 : http://www.saphimews.comlLeMontenegro-choisit -l-independance _a3289 .html 27"L'indépendance du Monténégro" confinnée du 22 mai 2006: http://www.euractiv.coml fr/elargissement/ independance-montenegro-confinnee/article-155 508 28 AFP, "Le Monténégro a officiellement proclamé son indépendance", Le A/onde du 03 juin 2006. 29Pacte de Varsovie. 18

La nouvelle Union européenne impuissante dans son propre espace Aux portes de l'Union européenne, cette nouvelle guerre exprime les divisions de l'Europe et le poids de son histoire. Jamais les frontières, tracées par les grandes puissances à Vienne, à Versailles et à Yalta, n'auront été aussi contestées dans les Balkans, tout comme dans le Caucase, en Moldavie, en Tchécoslovaquie et même en Belgique. L'éclatement de la République Fédérative Socialiste de Yougoslavie (RFSY), en 1992, démontre l'impuissance de l'Europe des Douze. L'ordre européen né de la Première et de la Seconde Guerre mondiale s'effondre sans que la nouvelle Union européenne soit capable de s'accorder sur les contours de la nouvelle Europe et sa sécurité. Les réactions en Europe sont hés itantes 30. En fait, personne n'éprouve l'envie de rentrer en guerre, ni les dirigeants, ni les opinions publiques. D'ailleurs, il n'y a rien à défendre en Bosnie-Herzégovine et sûrement pas 9 % des réserves mondiales du pétrole comme au Koweït. Rien n'est à défendre hormis peut-être des valeurs? Mais nous battons-nous réellement pour des valeurs? Pour les dirigeants européens, la purification ethnique n'est pas un casus belli. La réponse de l'Union européenne reste imprécise car elle n'a ni les institutions, ni les moyens logistiques et ni les commandements militaires pour conduire une intervention d'envergure d'où son indépendance vis-à-vis des Etats-Unis. Ainsi cette mise en œuvre d'une sécurité européenne ne commence apparemment pas en Bosnie-Herzégovine, où les Européens refusent d'envoyer des soldats "mourir pour Sarajevo". Empêtrés dans leur désaccord et leur indécision, les Européens ne peuvent pas d'avantage se tourner vers l'OTAN, organisation toujours placée sous commandement américain depuis 1949. Or, l'Europe orientale, tout comme aujourd'hui, ne paraît pas entrer dans les intérêts de sécurité des Américains. En 1992, les Européens, en particulier la France, ne souhaitent pas voir une intervention américaine au cœur même de l'Europe car elle soulignerait la faiblesse de la politique de sécurité et de défense commune ainsi que le désordre européen31. La guerre en Bosnie-Herzégovine a pris de vitesse la nouvelle Union européenne de quelques années. La politique étrangère de sécurité commune (PESe) et la guerre de Bosnie n'étaient pas inscrites sur la même échelle de temps. Ainsi, pour pallier leur immobilisme et leur indécision, les
30 "Années 1990 ex-Yougoslavie, les dix faux-pas de l'Europe?" du 31 août 2008: http://bI1Lxelles2.over-blog. com/categorie-l 049972 9.htl1Ù 31Saint-George Gérard, Histoire des relations internationales depuis 1914, éditions CNED, Paris, janvier 2006, p.lIO. 19

gouvernements de l'Europe occidentale se sont concentrés sur l'aide humanitaire qu'ils ont intégrée à l'excès dans leur politique étrangère sans se rendre compte ou faire en sorte qu'ils ne s'aperçoivent pas que leur solution, permettant de sauver leur face politique aux yeux du monde, était en train d'engendrer un génocide égalable en horreur à celui de la Shoah. À la fin de l'année 1992, Tadeusz Mazawiecki, ancien Premier ministre polonais, rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme de l'Organisation des Nations unies (ONU), avait déclaré que la purification ethnique apparaît non pas comme la conséquence de la guerre en Bosnie-Herzégovine, mais plutôt comme son objectif. Ainsi, en BosnieHerzégovine, ce but a été atteint dans sa large mesure par voie de meurtres, passages à tabac, viols, destructions de maisons et de menaces32. Selon maints observateurs étrangers, le principal coupable de cette tragédie est le gouvernement serbe dirigé par le Premier ministre ex-communiste Slobodan Milosevic - et avec le soutien considérable de la majorité des populations serbes, tant en Croatie qu'en Bosnie-Herzégovine. Comme il est impensable de prôner l'immobilisme, la France, l'Italie, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne envoient des soldats sous l'égide de l'ONU. Ils ne sont pas envoyés pour ce qu'ils savent faire, c'est-à-dire la guerre ou l'interposition, mais plutôt pour ce qu'ils ne savent pas conduire, c'est-à-dire l'humanitaire avec un mandant flou et sous la conduite d'une chaîne de commandement lourde et trop longue en décision. En outre, leur présence à contre-emploi ne répond pas aux problèmes politiques, militaires ni encore moins humains rencontrés sur le terrain. Ainsi, en BosnieHerzégovine tout comme au Kosovo, l'aide humanitaire aura été un "acteur" de premier plan. Là où elle n'avait été qu'une intervention d'urgence pour parer le vide logistique, médical, sanitaire, voire juridique, elle est devenue un objectif, un critère et un enjeu. Les Européens comme les Nations unies interviennent parce que l'aide ne parvient pas aux populations civiles. La médiatisation de ce nouvel acteur incite les belligérants à utiliser l'humanitaire comme un instrument de pression, de chantage, voire un moyen de pousser la Communauté internationale à intervenir. Aujourd'hui, ce sont les organisations humanitaires, relayées par la presse, qui conduisent les Nations unies à reconnaître le droit à l'ingérence humanitaire. L'exemple du Tchad en 2007 et l'instabilité au Darfour démontrent des acteurs qu'il faut prendre en considération sur les théâtres d'opérations extérieures.

32Encyclopaedia Britannica, "The Fonner Yugoslavia", edition 2008. 20

L'après-Yalta33, l'ordre américain aux commandes de l'OTAN face au désordre européen En l'absence de l'Europe, le nouvel ordre mondial annoncé par Georges Herbert Walker Bush à l'issue de la guerre du Golfe s'est apparenté, en 1992, à un ordre américain. La paralysie de l'Union européenne est due, d'une part, à l'immobilisme des Européens et leur non-engagement dans cette guerre, et, d'autre part, à la volonté d'entreprise des Etats-Unis d'être les seuls capables de stabiliser une situation délicate en dehors de leur territoire et en l'occurrence encore une fois en Europe. La paix en Europe est soumise à la puissance des Etats-Unis sans quoi le désordre européen serait souverain. La région des Slaves du Sud devient le terrain de manœuvre de l'OTAN et de la puissante Amérique anglo-saxonne. L'intervention de l'OTAN en Bosnie-Herzégovine au cours de l'été 1995 a constitué un tournant pour l'Alliance. Initialement, l'OTAN s'est impliquée dans la guerre en Bosnie-Herzégovine (BiH) pour soutenir les Nations unies dans l'application de sanctions économiques, d'un embargo sur les ventes d'armes et d'une zone d'interdiction aérienne, tout en fournissant des plans de circonstance militaires34. Ces mesures ont contribué à modérer le conflit et à épargner des vies, mais elles se sont révélées inadéquates pour mettre un terme à la guerre. La campagne aérienne de douze jours menée par l'OTAN a, par contre, ouvert la voie aux accords de Dayton marquant la fin de la guerre en Bosnie. Aux termes de ces accords, qui sont entrés en vigueur le 20 décembre 1995, l'OTAN a pour la première fois déployée des soldats de la paix, en dirigeant une Force multinationale de mise en œuvre (IFOR), forte de 60 000 hommes35. Le déploiement de l'IFOR, incluant des soldats de pays alliés et n'appartenant pas à l'OTAN, a constitué le premier engagement militaire terrestre majeur de l'Alliance au niveau opérationnel et a considérablement contribué au remodelage de son identité de l'après-guerre froide. Le processus d'adaptation et d'apprentissage s'est révélé évident dans la manière dont le maintien de la paix a évolué en Bosnie-Herzégovine, d'abord assuré par l'IFOR, puis par la Force de stabilisation (SFOR) de l'OTAN, tout en fournissant des enseignements essentiels pour le déploiement au Kosovo de la Force internationale dirigée par l'OTAN (KFOR), en juin 199936.
33Chauprade Aymeric, Géopolitique. Constantes et changements de l'histoire, éditions ellipses, Paris, 2007, p.235. 34"GueITe de Bosnie" du 5 février 2008 : http://www.dzana.net/125-gueITe-bosnie.html 35Saint-George Gérard, Histoire des relations internationales depuis 1914, éditions CNED, Pantin, janvier 2006, p.lll. 36What is KFOR ? : http://www.nato.int/kfor/ 21

Après une campagne aérienne de 78 jours, l'OTAN a déployé une force de 50 000 hommes afin de fournir un environnement sûr et sécurisé à l'administration des Nations unies au Kosovo37. La décision d'intervention sans mandat des Nations unies est à l'origine de l'un des débats le plus controversé dans l'histoire de l'Alliance. Elle a été prise après plus d'un an de combats au Kosovo et l'échec des efforts diplomatiques pour résoudre le conflit, à l'origine d'une crise humanitaire menaçant de dégénérer en une sorte de campagne de nettoyage ethnique comparable à celles auxquelles l'UE avait précédemment assisté en Bosnie-Herzégovine et en Croatie. La victoire militaire n'a constitué que la première étape sur la longue voie de l'édification d'une société multiethnique durable, libérée de la menace d'un retour au conflit. En plus d'aider à préserver un environnement sécurisé, les forces dirigées par l'OTAN en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo ont été activement impliquées dans l'aide au retour des réfugiés et des personnes déplacées dans leurs foyers. Ces mêmes forces ont contribué à la recherche et à l'arrestation des personnes accusées de crimes de guerre ainsi qu'à aider à la réforme des structures militaires intérieures pour prévenir un retour des violences - autant de tâches exigeant un engagement à long terme. Il aura fallu près de trois ans et demi d'effusions de sang en BosnieHerzégovine et une année de combats au Kosovo avant une intervention de l'OTAN pour mettre un terme à ces conflits. Cependant, l'Alliance s'est impliquée au printemps 2001 et la demande des autorités de Skopje dans un effort visant à désamorcer un conflit en voie d'intensification dans l'exRépublique yougoslave de Macédoine. À cette occasion, l'OTAN a, pour la première fois, nommé un diplomate de haut rang dans une zone de conflit pour la représenter sur le terrain et agir en qualité d'envoyé personnel du Secrétaire général. La création ad hoc d'une représentation civile de l'OTAN à un tel échelon n'avait jamais été envisagée à l'époque de la guerre froide. Qui plus est, le rôle du Haut Représentant civil allait bien au-delà de celui des conseillers politiques intégrés aux commandements militaires lors d'opérations précédentes. Dans l'ex-République yougoslave de Macédoine, le Haut Représentant civil a dirigé une équipe de gestion de crise, dépêché sur place pour négocier un cessez-le-feu avec l'Armée de libération nationale (ALN), un groupe armé de rebelles de souche albanaise38. Collaborant étroitement avec les représentants de l'Union européenne, de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et des Etats-Unis, l'équipe est parvenue
37 http://www.nato-otan. org/docu/briefmg/balkans/htmUr/balkans07.html 38 "L'OTAN après la guerre IToide" : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/otanlchronologie. shtml 22

à persuader l'ALN d'accepter un cessez-le-feu et d'accorder son soutien au processus en cours de négociations politiques. Ces pourparlers de l'OTAN ont complété l'accord-cadre aux termes duquell'OT AN a déployé des forces, initialement pour superviser le désarmement de l'ALN, puis pour aider à renforcer la confiance. L'OTAN a transféré la responsabilité de son opération dans l'exRépublique yougoslave de Macédoine à l'Union européenne en avril 2003, tout en conservant un quartier général militaire dans le pays pour aider les autorités de Skopje à réformer la Défense et à se préparer à une adhésion à l'Alliance. De même, en Bosnie-Herzégovine, l'OTAN a transféré la responsabilité de la sécurité au quotidien à l'Union européenne en décembre 2004, tout en conservant sur place un quartier général militaire se focalisant sur la réforme de la Défense et la préparation du pays à son adhésion au Partenariat pour la paix. Parallèlement, l'OTAN a encore 15 000 hommes affectés à la KFOR, qui demeure la plus importante opération de l'Alliance39. L'engagement de l'OTAN dans les Balkans a marqué une nouvelle étape dans l'histoire de l'Alliance: cette initiative allait au-delà des tâches qui incombaient à l'organisation au temps de la guerre froide, centrées sur la défense du territoire de l'Alliance, pour mettre l'accent sur la gestion de crises se déroulant en dehors des frontières des Etats membres de l'OTAN. Les Etats des Balkans occidentaux D'un point de vue strictement géographique, le terme "Balkans"40 tend à désigner les pays Sud danubiens se situant entre la mer Noire, la mer Adriatique, la mer Ionienne et la mer Egée. Ces pays constituent la péninsule Balkanique, c'est-à-dire les sept pays de l'ancien espace yougoslave (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro, ARYM41 et Kosovo) auxquels s'ajoutent la Bulgarie, l'Albanie, la Grèce et une partie de la Turquie. Des spécialistes occidentaux reconnus incluent également la Roumanie dans ce groupe, invoquant des arguments historiques et culturels ainsi que les traditions et les mœurs politiques communs aux pays balkaniques, notamment leur héritage byzantin et ottoman42. La controverse au sujet de l'appartenance de la Roumanie, de la Slovénie et de la Croatie à
39 Bennett Christopher (rédacteur en chef), la "Revue de l'OTAN" : http://www.nato.int/docu/review/2006/ issue 1/french/art l.htnù 40 Le tenne Balkans signifie montagne couverte de forêts dans le langage traditionnel Turc. Toutefois, en décomposant Balkan au travers deux mots turcs "balk" et "kan", sa signification devient "miel" et "sang" - comme le tempérament des gens de la région tantôt "miel" et tantôt "sang". L'histoire des Balkans en est la démonstration parfaite. 41 Ancienne République Yougoslave de Macédoine. 42 Prevelakis G, Les Balkans. Cultures et géopolitique, éditions Nathan, Paris, 1994, résumé
4ème couverture.

23

l'Europe du Sud-Est est encore vive43.Nous partirons de l'hypothèse que ces trois pays font partie d'un espace balkanique élargi. Les Balkans occidentaux - locution inventée en 1998 par les autorités communautaires de Bruxelles pour désigner la partie trouble de l'Europe du Sud-Est44- sont à l'agenda de l'Europe depuis presque 19 ans45. Dans l'ancien espace yougoslave, moins la Slovénie, mais avec l'Albanie en raison de ses liens avec le Kosovo et de sa situation politique et économique, les Balkans occidentaux ont reçu un sombre héritage. La région crisogène ex-yougoslave, avec ses points prépondérants de tensions et d'instabilités kosovares, bosniaques et macédoniens épars, reste l'épicentre des problèmes de sécurité de l'Europe. L'actuel dessein des Slaves du Sud dans un Nouvel espace morcelé Le Kosovo est devenu indépendant le 17 février 2008. La Serbie, quant à elle, est divisée par cette annonce qui attise de nouveau le nationalisme et rend instables les institutions nationales gouvernementales dont le Premier ministre de cette période, Vojislav Kostunica, avait annoncé sa démissionne et avait convoqué le gouvernement pour qu'il décide de : - dissoudre le Parlement46 ; - convoquer des élections législatives, le Il mai 200847, pouvant mettre fin à la crise politique qui paralyse Belgrade. Quel est l'avenir des Balkans à l'issue de l'indépendance du Kosovo dans une Europe de la Défense qui a du mal à se construire? Les Etats des Balkans occidentaux se sont modelés de gré ou de force soit avec le soutien et l'appui des organisations internationales ou soit avec l'ingérence des grandes puissances, mais aussi du fait d'un nationalisme exacerbé né des cendres du communisme des années 1991. Cette région européenne est à la recherche d'une stabilisation institutionnelle, économique et sécuritaire. Toutefois, elle reste le terrain miné de jeux et de manœuvres de mafias locales dont les intérêts et les actions couvrent les Balkans et ont des ramifications ainsi que des influences grandissantes dans la "Grande Europe", dans des Etats instables et des zones hors du continent européen.
43ZamfIrescu E, "Central Europe: Between History and Taxonomy", Central European Issues, n° 1/1995. 44http://lesrapports.ladocumentationffancaise. fr/BRP/074000750/0000. pdf 45Jaquard Albert, Le temps du monde, Armand Colin, Paris, 1997, résumé 4ème couverture. 46 "Serbie, Kostunica démissionne" du 8 mars 2008 : http://www.rtbf.be/info/international/article _16544 5 47LasseITe Isabelle, "La sécession du Kosovo provoque un scrutin anticipé en Serbie", Le Figaro du Il mars 2008, p.7.

24

L'Europe est consciente de la fragilité politique, économique et sociale de cette zone de pivot de l'échiquier géostratégie mondial du XXIème siècle - melting-pot religieux, culturel et ethnique - que sont les Balkans et en l'occurrence les Balkans occidentaux. Afin de s'assurer que les Balkans deviennent un havre de paix en suivant l'exemple de la Slovénie, les organisations gouvernementales tout comme les Européens s'attachent à faciliter l'intégration de ces nouveaux Etats au sein de leurs gouvernances afin d'éviter l'attisement de nombreux points crisogènes qui n'ont pas abouti à une situation viable. Les Slaves du Sud ont été empêchés de finaliser leur guerre. Est-ce que l'empêchement des organisations gouvernementales de faire la guerre ne va pas engendrer de nouveaux conflits à venir? Quel est le nouvel ordre de ces Etats des Balkans occidentaux en cette première décennie du XXIèmesiècle? Aidée par l'appui des instances gouvernementales allemandes, la Slovénie aurait utilisé l'argument du Kosovo pour se détacher de Belgrade et ainsi devenir indépendante le 7 octobre 199I. C'est au Kosovo que la Yougoslavie a échoué48 et c'est au Kosovo, ou peut-être dans la région bouillonnante de la Serbie, le Sandjak, que les enjeux d'intégration des Balkans occidentaux dans l'empire européen se joueraient. Le morcellement final de la Yougoslavie se termine-il réellement au Kosovo? La naissance de ce dernier Etat est-elle l'annonce d'une paix durable ou l'annonce d'un horizon orageux et conflictuel dans les Balkans occidentaux du fait de l'instabilité des institutions gouvernementales de nombreux Etats, de différends interétatiques non réglés, d'une pègre puissamment enracinée dans la société balkanique et du risque du phénomène de domino que la création de l'Etat kosovar pourrait engendrer dans cette "région de miel et de sang" ? Le conflit en ex-Yougoslavie a enrayé l'évolution normative de l'Union européenne s'appuyant sur une politique européenne de sécurité et de défense qu'aucun Etat européen n'est en mesure de promulguer à l'apogée de l'année 2008. Quel est le nouvel ordre de ces Etats, pièces du puzzle des Balkans occidentaux dont les dirigeants européens et les organisations gouvernementales accélèrent l'intégration à l'Union européenne afin qu'une paix durable existe enfin dans cette zone pivot de l'échiquier stratégique des grandes puissances prédatrices de l'hémisphère Nord? Cet ouvrage n'a pas la prétention de développer les aspects géoéconomiques et géostratégiques de cette région, mais d'étudier des sujets

48Repe Boze (historien),

"Le point de vue d'lm historien", Danas du 4 novembre 2007. 25

géopolitiques qui répondront aux questions précédemment évoquées. Ainsi, pour mieux appréhender le présent sujet évoquant le nouvel ordre du puzzle des Balkans occidentaux, ce livre est élaboré comme suit. La première partie met en lumière un semblant havre de paix de la zone ouest de la région incluant la Croatie et la Bosnie-Herzégovine. Bien qu'elle ne soit pas comprise dans les Balkans occidentaux, la Slovénie est abordée pour mieux comprendre les tensions croato-slovènes existantes. En revanche, il faut souligner le combat diplomatique et stratégique mené par l'Etat croate à la recherche du "Saint Graal européen". La BosnieHerzégovine, quant à elle, fait en sorte que le "volcan des distensions ethniques" ne se ravive pas à un moment où l'onde de la crise kosovare tend à noyer les idéologies pacifistes populaires. La deuxième partie souligne le morcellement et l'étirement d'une Serbie instable et à l'agonie après l'indépendance du Monténégro en 2006, puis du Kosovo en 2008. Elle évoque ainsi l'instabilité latente dans les régions de la Vojvodine, dont la souveraineté pourrait être envisagée par 400 000 Hongrois vivant dans cette région autonome, et du Sandjak où les Bochniaques ne manquent pas une occasion pour crier leur volonté de rattachement à la Fédération de Bosnie-Herzégovine. D'autre part, la caractéristique politique et sociologique albanaise dont une minorité se situe dans l'ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM) est à prendre en considération. Enfin, ce travail littéraire est parachevé en évoquant la position future des Balkans occidentaux face au rouleau compresseur européen et aux engagements des grandes puissances dans cette région fragile. Une région pour laquelle les actions des organisations internationales et non gouvernementales n'a pas encore favorisé une stabilité certaine et désirée par l'Union européenne, la Communauté internationale et les grandes organisations qui ont créé les Etats des Balkans occidentaux à leur mesure et non à celle des populations, aux origines ethniques différentes, occupant le terrain.

26

PREMIERE PARTIE Un semblant havre de paix

L'intérêt de la zone ouest des Balkans occidentaux porte sur l'évolution européenne des pays qui la constituent. La Slovénie, la Croatie et la Bosnie-Herzégovine sont les foyers balkaniques où dès la première moitié de la décennie des années 80 du siècle dernier, la "banquise communiste" commence à craquer. C'est dans cette Europe du Sud-Est, sous le joug de l'empire austro-hongrois jusqu'en 1913, que le monde nouveau marqué par un nationalisme effervescent commence à supplanter l'ancienne logique de l'ordre bipolaire matérialisé par le mur de Berlin et caractérisé par la guerre froide. La route de l'indépendance et son ordonnancement n'ont pas été à l'identique pour ces trois Etats dont la maturité étatique reste encore plus tangible pour la Bosnie-Herzégovine que pour la Croatie qui a démontré, malgré tout, de réelles convictions européennes en 2007 ainsi qu'en 2008. La Slovénie, pour sa part, est l'Etat à citer en exemple pour sa progression fulgurante qui l'a propulsé dans l'Union européenne jusqu'à occuper la présidence de celle-ci au premier semestre 2008. Comme nous l'avons évoqué précédemment, la Slovénie ne fait pas partie des Balkans occidentaux. Néanmoins, il est capital d'évoquer cet Etat ayant gagné légitimement son intégration européenne bien que nous pourrions penser que sa présidence européenne en 2008 ait été une volonté politique des chefs d'Etats européens des pays dits "forts" afin de pouvoir imposer un compromis politique en terre kosovare par le biais d'un ambassadeur slave de choix afin que la "cocotte-minute" balkane déjà sous pression n'explose pas dans un avenir proche. Il est certain que la présidence de l'Union européenne est dans l'ordre établi par les Etats constituants cette Union. Hors la Slovénie: n'aurait dû-t-elle pas attendre encore un peu? Etait-elle vraiment "mature" pour cette présidence? Depuis 2005 et après la fermeture de la porte de l'empire européen étant donné sa non-coopération dans la capture de criminels de guerre en l'occurrence le général Ante Gotovina, la Croatie tout comme l'Albanie est pressentie pour intégrer l'Union européenne en 2009-2010, voire un peu plus tard si le traité de Lisbonne n'est pas signé par l'ensemble des 2749. Quant à la Bosnie-Herzégovine, de nombreux problèmes institutionnels non réglés ne permettent pas d'envisager une appartenance à l'Union européenne avant l'horizon 2013-2014 comme il a été prévu pour l'ensemble des pays balkaniques non intégrés à l'UE50.
49Portes Thierry, "Stjepan Mesic: la Croatie prête à adhérer à lUE en 2009", Le Figaro du 15juillet 2008, p.? 50http://www.touteleurope.fr/filactions/constructioneuropeenne/elargissement/ actualite/ actualites-vuedetaillee/afficher/fiche/2665/t/44208/from/224? /brevella-bosnie-sur -le-cheminde-Iunion-europeenne.html.

29