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Le prix du sang en République démocratique du Congo

De
124 pages
Ce livre retrace l'enfer quotidien de la population congolaise, obligée de travailler dans des conditions épouvantables. Des ONG affirment dans plusieurs rapports que la guerre civile est en partie financée par le trafic du coltan, matière indispensable à la fabrication des téléphones portables et des ordinateurs. Des hommes, mais surtout, des enfants et des femmes sont ignoblement exploités autour des "mines de l'enfer" dans la province du Sud Kivu d'où sont extraits ces métaux.
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Georges Lazarre
LE PRIX DU SANG EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
A C O R I AÉ D I T I O N S
LE PRIX DU SANG en République Démocratique du Congo
Tous droits de traduction, de reproduction, d’adaptation et de représentation réservés pour tous pays.
© Éditions Acoria, 2014 contact@acoria.fr www.acoria.net ISBN 978-2-35572-124-3
Georges Lazarre
LE PRIX DU SANG en République Démocratique du Congo
ACORIA ÉDITIONS
CHAPITRE I
Un Congolais frustré, au Minnesota
Elle est comme anorexique. Elle est squelettique ! Les splendides lueurs de l’aurore trahissent la laideur des arêtes abominablement saillantes de la terre congolaise qui se laisse dévorer par l’inflexible soleil de février. Le contraste est bouleversant ! Il est inquiétant ! Peut-on d’ailleurs parler de terre quand ce sol, tourmenté et stérile, n’a même plus de peau sur les os. Il se laisse mourir. Il est anéanti à petit feu sous l’emprise dévastatrice descreuseursminiers abusés, blasés qui, pour subsister eux-mêmes s’affairent, effarants, autour de sa carcasse à l’agonie qu’ils sculptent et modèlent, s’éloignant un peu plus de la perfection chaque jour tout en approchant l’imperfection à chaque instant. Ce matin de février 2011, en revanche, il fait horriblement froid dehors, dans le Minnesota. La température, impassible, peine à atteindre le degré de nullité. Elle a plutôt tendance à se stabiliser sur -5 °C. Le temps n’est pas propice à mettre un homme dehors où tout est blanc. Blanc de désolation ; blanc de désespoir ; blanc linceul. Un décor sordide, insipide, un
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environ apparemment uniforme au sein duquel toute forme de vie semble improbable. Et pourtant ! Depuis sa fenêtre, tel un mirage dans le désert de glace du Minnesota, un homme au regard fuyant fixe ce décor glauque. Le front appuyé contre la baie vitrée sur laquelle s’enfilent des perles de buées, du haut de son appartement qu’il occupe au 2e étage d’un immeuble qu’il présente comme son « building » il semble indigné. Il est en pleine réflexion. Il semble coupé de tout. Il semble coupé du reste du monde. Il n’a pas Internet : la faute à des travaux d’aménagement entrepris au niveau de cet immeuble, loin cependant, de ressembler à une tour vertigineuse, et dont la cime est aussi éloignée du ciel que l’Occident est loin de l’Orient. Dans ce ciel tourmenté, la masse nuageuse compacte règne sans partage. L’homme à la fenêtre n’a pas non plus de voiture. Elle a pris froid ; elle gémit ; l’auto est complètement patraque. Pas de chance ! Il ne peut même pas se rendre à la bibliothèque publique la plus proche, située tout de même à quelques kilomètres, pour consulter sa messagerie. Comble de malchance, le réseau de transport en commun n’est pas très développé non plus. Alors, il fait contre fortune bon cœur. Il rumine son émoi. Il tait son indignation. Il semble frustré donc. Toutefois, ce n’est pas tant contre le climat. Ce n’est pas tant contre l’hiver face auquel il est bien rodé désormais. Il habite cet état du Middle West des États-Unis depuis une douzaine d’années. Un des états les plus froids des « States », dit-on. Mais l’État américain le plus au Nord, après l’Alaska, assurément. Ainsi, cet homme a dû en voir de
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ces hivers qui offrent chaque année à la terre du Minnesota soumise au climat canadien, une véritable glaciation drainée par le fleuve Mississippi et son affluent qui érodent les rocs et pondent néanmoins des vies ! Pas étonnant ! Le Minnesota est limitrophe du Canada. Ainsi, l’hiver, systématiquement abyssal entre deux belles saisons éphémères n’est pas à l’exubérance, mais incite à ne sortir de la torpeur et de la maison que par erreur. Ou plutôt par obligation ! On attend le printemps qui n’est pas là, mais qui ne chassera pas forcément le froid blessant quand il le sera. Terrible asymétrie des saisons qui ne meurent jamais ! Ce froid, même le plus extrême soit-il, et la neige esquissant à sa guise le paysage, ne sont pas des adversaires pour l’homme à sa fenêtre momentanément privé de voiture et se retrouvant sans communication Internet. Non ! S’il bougonne en silence, ce n’est pas tant contre les frasques de la nature, même si celle-ci peut paraître parfois intransigeante. Il en a d’ailleurs fait une alliée sure. Une confidente qui en toute saison lui donne l’impression de comprendre ses problèmes, de compatir à ses tracasseries. Et même de soulager ses maux. S’il ronchonne, ce n’est pas non plus contre les petits soucis matériels, loin de l’accabler. En somme, c’est surtout après le mal permanent qui gangrène son pays, la République Démocratique du Congo qu’il en a. — Je manque de mots pour qualifier tout ce qui se passe en RDC. C’est juste l’horreur absolue !peste-t-il, auprès de qui veut bien l’entendre et pointant un doigt accusateur en direction de la «Communauté internationale».
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