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Un livre des éditions Uppr

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Le sarkozysme

Le sarkozysme ? Il peut paraître périlleux de faire l’étude d’un « phénomène » dont le présent et surtout le futur politique de l’intéressé paraissent ouverts à bien des possibilités. Nous tenterons cependant d’en faire un portrait et un bilan provisoires. Le sarkozysme est-il une idéologie, une politique, une pratique du pouvoir ou de sa conquête, un mélange de valeurs et d’attitudes imprimé par sa personne ? Nous n’écarterons ici aucune dimension tout en privilégiant la période 2002-2012, c’est-à-dire celle qui vit Nicolas Sarkozy devenir ministre de l’Intérieur du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin sous la présidence de Jacques Chirac (mai 2002-mars 2004), ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie (mars 2004-novembre 2004), président de l’UMP (novembre 2004-mai 2007), ministre de l’Intérieur du gouvernement et de l’Aménagement du territoire de Dominique de Villepin (mai 2005-mars 2007), président de la République (mai 2007-mai 2012). L’homme souleva autant d’espérance et d’enthousiasme qu’il suscita de rejet voire de haine. Sa politique et ses prises de position provoquèrent des commentaires, des critiques, des soutiens paradoxaux, contradictoires, mouvants. A l’image de ce sarkozysme quelquefois insaisissable, clivant, inattendu, fascinant ou caricatural.

Un style, une personnalité

C’est d’abord par son style, sa personne, son énergie, que Nicolas Sarkozy a forgé sa stature et sa popularité. Si le jeune maire de Neuilly, député des Hauts-de-Seine puis ministre du Budget et également porte-parole du gouvernement d’Edouard Balladur avait déjà acquis une surface politique et médiatique (notamment en mai 1993, lors de la prise en otage d’une classe de maternelle à Neuilly par « Human Bomb », qui vit l’homme politique entrer dans la classe afin de négocier avec le forcené avant de ramener des enfants devant les caméras), sa nomination en tant que ministre de l’Intérieur en mai 2002 lui permit d’accéder à une nouvelle dimension après une relative traversée du désert (1995-2002) due au soutien apporté à Edouard Balladur lors de la présidentielle de 1995 face à Jacques Chirac ainsi qu’au calamiteux score obtenu aux élections européennes de 1999 (12,82 %) où il conduisait – en tant que président par intérim du RPR – la liste RPR/DL avec Alain Madelin.

Rappel des faits : le 21 avril 2002, à la surprise générale, Jean-Marie Le Pen obtient 16,86 % des voix au premier tour de la présidentielle, évince le Premier ministre sortant Lionel Jospin et affronte Jacques Chirac. Ce dernier, qui n’avait recueilli que 19,88 % au premier tour, est réélu triomphalement avec 82,21 %, notamment grâce à l’apport de nombreux électeurs de gauche décidés à faire barrage à l’extrême droite. L’opinion et les médias attendent alors un geste d’ouverture et de rassemblement du président réélu montrant qu’il était conscient des circonstances exceptionnelles ayant favorisé sa victoire, mais c’est le falot Jean-Pierre Raffarin qui est nommé à la tête d’un gouvernement dont les ministres ne provenaient que des partis de droite. Parmi eux, celui qui est ministre de l’Intérieur, de la Sécurité intérieure et des Libertés locales, et par la-même numéro deux du gouvernement, va vite se faire remarquer.

Il impose place Beauvau un discours de fermeté et une image de « premier flic de France » qui font souvent le succès des locataires de la fonction. Médiatisation et popularité vont alors de pair, en témoigne notamment l’émission politique « Cent minutes pour convaincre » sur France 2 qui bat ses records d’audience en 2003 en recevant le ministre de l’Intérieur. Celui-ci dame le pion devant sept millions de téléspectateurs à deux contradicteurs réputés coriaces : le leader du Front national, Jean-Marie Le Pen, et le théoricien islamiste Tariq Ramadan. Face à l’énergie de Nicolas Sarkozy, le vieux tribun d’extrême droite paraît fatigué et usé. Quant à Ramadan qui prétend incarner un islam modéré et ouvert, il est poussé dans ses retranchements et ses contradictions au point de défendre la proposition d’un « moratoire » sur la lapidation aux effets désastreux. L’habileté stratégique de Nicolas Sarkozy est résumée par cette émission dans laquelle il donne des coups à l’extrême droite, mais aussi à un islam revendicatif présenté comme incompatible avec les valeurs de la République, la laïcité, l’égalité entre les hommes et les femmes. Ce qui n’empêche pas le ministre de l’Intérieur d’accompagner la création du Conseil français du culte musulman, perçu par certains comme la part trop belle à un islam sous influence étrangère et pas très laïque.

Energie, dynamisme et occupation de l’espace médiatique sont déjà les armes d’un homme qui déclarait à la télévision, dès 2003, penser à l’élection présidentielle « pas seulement qu’en me rasant ». Cette franchise et ce rapport décomplexé vis-à-vis de ses propres ambitions politiques tranchent avec la traditionnelle langue de bois et contribuent à la construction d’une image d’« homme nouveau ». Même ses échecs semblent alors glisser sur lui à l’instar de la victoire du non au référendum en Corse du 6 juillet 2003 sur la réorganisation administrative (initiative impulsée et appuyée par le ministre de l’Intérieur) éclipsée deux jours plus tard par l’arrestation d’Yvan Colonna, suspecté d’avoir participé à l’assassinat du préfet Erignac, après une traque de plusieurs années. Autre référendum, autre échec : celui sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe le 29 mai 2005. Certes, Nicolas Sarkozy, devenu en mars 2004 ministre de l’Economie, poste dont il dut démissionner en novembre sous l’injonction de Jacques Chirac après avoir été élu président de l’UMP avec 85,09 % des suffrages, n’était pas en première ligne, mais s’était engagé spectaculairement en faveur du oui. Jusqu’à poser en Une de Paris Match en compagnie de François Hollande, alors leader du PS… La victoire du non vaut même à Sarkozy un retour au gouvernement, à l’Intérieur. Jacques Chirac doit se déjuger en acceptant qu’il cumule fonctions ministérielles et direction de l’UMP tandis que Dominique de Villepin remplace à Matignon un Jean-Pierre Raffarin emblématique d’une certaine inertie reprochée à l’exécutif.

Dès lors, la conquête de l’Elysée sera dans la ligne de mire d’un ministre de l’Intérieur très réactif face aux faits divers qui attirent l’attention des médias et d’une opinion publique toujours très sensible au thème de l’insécurité et des violences aux personnes. En juin 2005, lors d’une visite à La Courneuve, il annonce vouloir débarrasser la Cité des 4000 des voyous et de la « nettoyer au Kärcher », expression qui restera célèbre. Quelques mois plus tard, à l’occasion d’un déplacement à Argenteuil, le ministre est pris à partie par des jeunes, avec jets de pierre à la clé, et rétorque à une habitante qu’il chassera ces « racailles », terme lui aussi appelé à marquer les esprits. Si ces déclarations martiales provoquent des polémiques accusant Nicolas Sarkozy de stigmatiser des parties de la population, elles confortent son image de fermeté face à la délinquance et aussi sa popularité. Même intransigeance affichée quand éclatent les émeutes à l’automne 2005 des violentes émeutes dans les banlieues, mais c’est à Jacques Chirac et Dominique de Villepin que l’on attribue principalement la décision, contestée, d’instaurer « l’état d’urgence », ce qui implique entre autres l’établissement d’un couvre-feu, situation qui n’avait pas été décrétée dans l’hexagone depuis la guerre d’Algérie… Violemment contesté par la gauche, Nicolas Sarkozy sort de cet épisode conforté dans les sondages. On retrouve cette habileté stratégique durant les grandes manifestations de lycéens et d’étudiants provoquées lors de l’annonce par Dominique de Villepin de la mise en place du Contrat première embauche (CPE). Le ministre de l’Intérieur reste en retrait, laissant le tandem Chirac / Villepin défendre cette mesure impopulaire, et demande même sa suspension avant que le président de la République ne se résigne à abandonner la réforme. Nicolas Sarkozy s’offre paradoxalement une image de « modéré » quand le président et son Premier ministre récoltent les effets négatifs d’une double posture : obstination et renoncement. La longue et tortueuse « affaire Clearstream », fichiers impliquant des personnalités politiques censées posséder des comptes bancaires non-déclarés alimentés par des pots-de-vin liés à l’affaire des frégates de Taïwan, permet à Nicolas Sarkozy (mis en cause par des faux grossiers) de poser en victime d’une tentative de déstabilisation dans laquelle certains mettent en cause Dominique de Villepin. Ce dernier est affaibli par les soubresauts de l’affaire et un peu plus décrédibilisé dans l’hypothèse d’une candidature à la présidentielle de 2007 dont son ministre de l’Intérieur a fait depuis longtemps son objectif. Perçu comme un candidat non-conformiste faisant bouger les lignes et les frontières, Nicolas Sarkozy séduisit des intellectuels de gauche, parfois venus de l’extrême gauche, comme André Glucksmann, Pascal Bruckner ou Marc Weitzmann ainsi qu’un Max Gallo, passé du mitterrandisme au chevènementisme.