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Le sentiment national

222 pages
A la suite, sans doute, des affrontements sanglants qui ont suivi la décolonisation puis l'effondrement du bloc communiste, les réflexions touchant au phénomène national ont pris une nouvelle orientation. Celle-ci donne toute sa place à la question des imaginaires et des affects politiques. Parmi les thèmes abordés : Pour une analyse du sentiment national, Réalité de la nation, Le sentiment national au Québec, La nation défaite, la patrie perdue et l'acte émancipateur chez Edgar Quinet, Charles de Gaulle : le sentiment national et la guerre, le football africain entre passion nationale et sentiments ethniques : le cas du Congo…
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TUMUL TES
Numéro 9, 1997

Le sentiment national

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan

Inc.

55, rue Saint-Jacques . Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

TUMUL TES
Cahiers du Centre de sociologie des pratiques et des représentations politiques Université Paris VII - Denis Diderot

COMITÉ DE RÉDACTION Directrice de publication Sonia DAYAN-HERZBRUN Secrétaire de rédaction: Valérie LOWIT
Comité de rédaction: Miguel ABENSOUR, Patrick CINGOLANI Annie DEQUEKER, Françoise FICHET-POITREY Nicole GABRIEL, Jacqueline HEINEN Olivier LE COUR GRANDMAISON Philippe MESNARD Louis MOREAU DE BELLAING Annick NENQUIN, Marie-Laure SOURP Marie-Oaude VETTRAINO-SOULARD Micheline de SÈVE (Canada) Maria JAROSZ (Pologne) Hans NICKLAS (Allemagne) Robert LEGROS (Belgique)

Coordination technique: Jeannine LESAGE
Périodicité semestrielle

Rédaction: CSPRP Tour centrale,6e ét., bureau606 2, placeJussieu 75251Paris Cedex 05 Tél:OI44274682 Fax: -7857

Diffusion: TUMULTES L'HARMATTAN 5-7,rue de l'Ecole Polytechnique 75005Paris Tél:0140467911

LE SENTIMENT NATIONAL
SOMMAIRE
Présentation

Pourquoi le sentiment national et comment l'étudier?
Pierre Ansart et Sonia Dayan-Herzbrun

7

I - NATION ET SENTIMENT NATIONAL

Pour une analyse du sentiment national
Eugène Enriquez

25 39

Réalité de la nation
Pierre Fougeyrollas

II

-LE SENTIMENT

NATIONAL DANS SON HISTOIRE

Le sentiment national au Québec, les avatars d'une survivance
Lucille Beaudry

59

Réflexions sur la fonnation du sentiment national à Madagascar
François Rajaoason

73

L'émergence du sentiment national dans le Japon du XVIIIe siècle. Le complexe chinois et le cas de Motoori Norinaga
Olivier Ansart

83

ill

-DIRE LE SENTIMENT

NATIONAL

Langue maternelle et sentiment patriotique chez J.G. Herder DeniseModigliani 99 La nation défaite, la patrie perdue et l'acte émancipateur chez Edgar Quinet
Georges Navet

117

Intérêts, besoins, sentiments: les marxistes de la lIe Internationale
Claudie Weill

139 151

Charles de Gaulle: le sentiment national et la guerre
Pierre Ansart

IV SYMBOLES ET SENTIMENT NATIONAL

-

Jeux et enjeux littéraires. Sentiment national et engagement littéraire
Philippe Mesnard

171 187

Leni Riefenstahl et la Volksgemeinschaft
Sonia Dayan-Herzbrun

Le football africain entre passion nationale et sentiments ethniques: le cas du Congo
Patrice Yengo

205

TUMULTES, numéro 9,1997

PRESENTATION

POURQUOI LE SENTIMENT NATIONAL ET COMMENT L'ETUDIER?
Pierre Ansart et Sonia Dayan-Herzbrun

Depuis une quinzaine d'années et à la suite, sans doute, des affrontements sanglants qui ont suivi d'abord la décolonisation puis l'effondrement du bloc communiste, les réflexions touchantau phénomènenational ont pris une nouvelle orientation qui donne toute sa place à la question des imaginaires et des affects politiques. Le mouvement est parti d'auteurs de langue anglaise, anthropologues, politologues ou historiens qui tous voient dans la nation un produit du nationalisme.Nationet nationalisme sont pour eux des artefacts culturels, apparus dans l'histoire à une époque relativement récente, et bénéficiant d'une légitimité émotionnelle marquée. Cette analyse rompt ainsi aussi bien avec les thèses revivalistes qui voient dans le nationalisme un prétendu « retour» à des appartenances ou à des ambitions ethniques surgissant d'un vaguepassé,qu'avecl'interprétation« politique» de la nation comme communautéde citoyens (DominiqueSchnapper, 1994), qui applique au phénomène national dans sa généralité les caractères propres à la nation française. Depuis, un certain nombre de sociologues, de politologues, d'anthropologues et d'historiens français1, en particulier ceux qui s'intéressent prioritairementaux pays dits du « Sud» ou aux régions situées
1. TIn'est possible ici que de citer quelques noms; donc au hasard, Bertrand Badie, Jean-François Bayard, André-Marcel d'Ans, Olivier Roy, Lucette Valensi, etc.

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Pourquoi le sentiment national et comment r étudier?

aux confins de l'Europe, ont étendu ces thèses aux phénomènes ethniques en montrant que tout comme les nations, les ethnies (et plus précisément les macro-ethnies qui s'auto-désignent et sont également désignées comme peuples) sont des phénomènes modernes. La notion d'ethnie, cependant, ne se construisant qu'à partir de celle de nation et en contraste avec elle, on se trouve en face d'une situation paradoxale dans laquelle la nation se justifie par son origine ethnique alors que l'ethnie se définit, elle, par contraste avec la nation voire en opposition avec elle. C'est l'essai de Benedict Anderson, paru à Londres en 1983 sous le titre de Imagined Communities et traduit très récemment en français, qui énonce les tennes dans lesquels va être posée dans différents travaux successifs la question de la nation. Constatant que ce n'est que chez ceux que la modernité, productrice de migrations à travers les terres et les océans, a redistribués dans l'espace, que s'est développé le nationalisme, Benedict Anderson définit la nation comme « une communauté politique imaginaire, et imaginée comme intrinsèquement limitée et souveraine» (B. Anderson, 1996, p.19). Il s'agit d'une communauté imaginaire parce que les membres d'une même nation, aussi petite soit-elle, ne connaîtront jamais de visu la plupart de leurs concitoyens, et qu'ils sont du coup contraints de se les représenter en imagination, c'est-à-dire à travers un stock d'images plus ou moins élaborées. L'imprimerie, la cartographie surtout, qui lui dessine des limites précises, où elle apparaît comme sous le regard de Dieu, rendent possibles la circulation et l'échange de ces images. Ces représentations divergent selon qu'elles se réfèrent à telle ou telle nation. n y en a, explique Benedict Anderson, plusieurs « styles », d'autant plus que le modèle de la communauté « imaginée» s'est en effet propagé à l'ensemble des sociétés contemporaines et que les nations sont désonnais fort nombreuses. Mais tous ces styles renvoient à des limites, à une souveraineté, et surtout à un investissement
tellement fort de la communauté qu'on est prêt à tuer et surtout à

mourir pour elle. L'énigme de la nation, c'est qu'elle inspire aux gens un sentiment tellement fort qu'ils sont prêts à mourir pour elle, alors même qu'elle n'est que le fruit de leur imagination. Comment comprendre que, conçue dans le langage, la nation se répande dans le sang? Cet « amour politique» (B. Anderson, 1996, p. 147), cette passion pour la « mère-patrie» - donc à la fois mère et père - n'a d'analogie qu'avec le sentiment auquel l'assignent les mots utilisés pour le désigner, celui que l'on peut ressentir pour ses parents les plus proches, et il s'éprouve dans le

Pierre Ansar! et Sonia Dayan-flerzbrul1

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sacrifice ultime où l'individu accepte de payer de sa vie le maintien de l'intégrité et de la souveraineté de sa patrie.

Weber, qui avait lui aussi rencontré ce mystère du sentiment national, véritable pathos, écrit-il, passion spécifique qui ne se laisse pas réduire aux affectset aux croyances propres aux autres communautés politiques, le situe non du côté de la mort mais de celui de la puissance. Sans doute parce qu'il écrit avant la première guerre mondiale, alors que les énergies mobilisées par les nations déjà constituées ou désireuses de le faire ne sont pas perçues dans leur rapport privilégié à la mort. Le sentiment national tel que le définit Weber est un « orgueil
passionné de la puissance politique» que veut conserver à tout prix ou à laquelle aspire pathétiquement une communauté (Weber, 1995, tome 2, p. 144). C'est cette intensité même qui le caractérise. En effet, toute communauté politique est unifiée autour de sentiments à la fois de répulsion et d'attraction, d'habitus et de croyances. A la limite, chaque communauté politique s'éprouve orgueilleusement comme un « peuple élu» qui doit défendre l'honneur de son élection contre les autres pour lesquels elle n'éprouve que n1épris (Weber, 1995, tome 2, p. 134). Le sentiment national, dans sa complexité - car remarque Weber avec d'autres il s'alimente à des sources très diverses qui ne peuvent être réduites ni à la langue, ni à la culture - apparaît quand la communauté politique vise à se structurer en Etat. C'est donc dans la relation entre le groupe éprouvé comme communauté et la monopolisation de la violence légitime que s'affinne ce sentiment. L'étude ambitieuse de Eric Hobsbawm publiée en anglais en 1990 et traduite en français, dès 1992, sous le titre de Nations et nationalismes depuis 1780, va marquer en creux, comme le faisaient déjà les intuitions géniales de Weber puis les énoncés de Benedict Anderson, la place où doit s'inscrire une analyse du sentiment national, indispensable certes, et jamais menée à son tenne. Hobsbawm reprend l'étude du phénomène national là où l'avait laissée l'anthropologue Ernest Gellner, auteur, quant à lui, d'un Nations et nationalisme, publié quelques mois à peine après l'étude de Anderson. Hobsbawm comme Gellner partage la thèse de la nation comme « communauté imaginaire », constituée à partir du (des) nationalisme(s), principe politique qui affinne que l'unité politique et l'unité nationale doivent être congruentes (E. Gellner, 1989, p. Il).

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Pourquoi le sentiment national et comment t étudier?

La fonnation d'une nation, montre Gellner, fait suite à une désintégration, à ce qu'il appelle un mouvement d'« entropie sociale », qui caractérise le passage de la société agraire à la société industrielle. Avec l'industrialisation en effet, les liens de la communauté domestique (famille, clan, village, quartier...) ont tendance à s'affaiblir, sinon à disparaître. Un nouvel ordre apparaît, à la fois économique et politique. En s'inscrivant dans le champ de l'interprétation wébérienne de l'esprit du capitalisme, Gellner pose que le nationalisme s'inscrit dans un mouvement de rationalisation et donc d'homogénéisation de l'espace réel et symbolique, qui est celui de la modernité. Dans cet espace devenu homogène et qui au niveau politique pourra désormais être celui de citoyens, il devient possible de se mouvoir et de progresser. Mais ne s'y meuvent que des individus isolés de leur communauté d'origine, ceux que Gellner, spécialiste des sociétés musulmanes, compare à des eunuques séparés de leur famille d'origine et privés de postérité; ils

appartiennent désonnais à une société « où tout individu est
castré par l'identification à son poste professionnel et à sa fonnation, et où presque personne ne trouve beaucoup de soutien et de sécurité dans les liens de parenté» (E. Gellner, 1989, p.59). La nation est ce qui réunit politiquement et culturellement ces individus séparés de leur communauté première d'appartenance, et qui rend possible la communication et l'échange. La construction de la nation est liée à la codification et à l'unification de la langue et de la culture savantes que possédaient les clercs. Ceux-ci ne détiennent plus le monopole de leur savoir, ni même celui de l'accès au mot écrit.

« L'exsocialisation,l'éducationen tant que telle, est, aujourd'hui,

la norme quasi universelle» (E. Gellner, 1989, ibid.). Cependant ce sont les détenteurs de cette culture savante qui vont être les porteurs du nationalisme, et non pas les représentants des fonnes diversifiées et hétérogènes de la culture populaire. La culture et l'éducation, unifiées dans la nation, sont rattachées à l'Etat. Elles doivent être considérées comme des phénomènes politiques, et réciproquement l'Etat moderne ne peut fonctionner que si sa population est mobile, lettrée, normalisée et interchangeable. Il n'y a donc pas lieu de prendre en compte l'opposition entre nation culturelle et nation politique~ Le nationalisme se définit dansunetension« pour établir une congruence entre la culture et la société politique, dans l'effort pour que la culture soit dotée d'un .et d'un seul toit politique» (E. Gellner, 1989, p. 69).

Pierre Ansart et Sonia Dayan...Herzbrun

Il

L'analyse de Gellner pennet de comprendre pourquoi nationalisn1es et nations apparaissent avec l'industrialisation, en liaison avec un processus de rationalisation qui touche progressivement l'ensemble des sociétés, même si certaines présentent des phénomènes de « résistance à l'entropie », de refus (ou d'impossibilité pour d'autres) de certains groupes à éclater en individus pour se fondre ensuite dans le continuum homogène de la nation. Mais elle n'explique pas pourquoi ce projet politico-culturel réussit, pourquoi l'on passe d'une rationalisation confonne au projet d'un groupe de clercs et de bureaucrates, à un enthousiasme dans lequel on met en jeu sa vie et sa mort. Gellner, dans la mesure où il ne s'intéresse qu'à la modernisation par le haut, ne montre pas comment au niveau des groupes et des masses (donc en bas, chez ceux qui subissent) se produisent des identifications nationales, dont on voit bien qu'elles ne sont pas seulement la conséquence d'une décision politique et encore moins du projet d'une classe, et qu'elles ne découlent pas non plus, Renan l'avait déjà montré, de données externes. Comment les illettrés qui formaient l'écrasante majorité de la population mondiale avant le dix-neuvième siècle en viennent-ils à former un peuple, mais surtout une nation, «une âme, un principe spirituel» ainsi que l'écrivait Renan (E. Renan, 1992, p. 54) et qui se réalise ou cherche à se réaliser en un Etat? Après beaucoup d'autres Hobsbawm, qui reprerld la question là où Gellner l'avait laissée, rappelle que les critères communément admis pour dire ce qui fait une nation ne sont opératoires que si l'on considère qu'ils ne jouent qu'une fois que s'est faite la mobilisation nationale. Cela est vrai aussi bien pour la langue que pour la teITe,l'ethnie ou la religion. La conscience d'appartenir à une entité politique durable c'est-à-dire à une nation historique n'est ni la conséquence d'un contrat, ni celle d'une décision politico-culturelle. Elle répond à une mobilisation affective qui produit la réunification de ceux qui se trouvaient dispersés, l'adhésion à des valeurs communes et l'identification à un groupe. Les communautés imaginaires naissent ainsi du « besoin de combler le vide affectif laissé par la disparition, la désintégration ou encore l'indisponibilité des communautés humaines et des réseaux humains réels» (Hobsbawm, 1992, p. 63), c'est-à-dire des communautés domestiques ou de proximité. Ce qui fait la réalité de ces communautés ctest qu'elles s'éprouvent dans l'expérience quotidienne et immédiate. Elles n'en sont .pas moins socialement construites et fruits d'un

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Pourquoi le sentiment national et comment l'étudier?

héritage historique. Jean-François Bayart le montre à travers différents exemples qui vont du Kurdistan à la Grèce antique. Dans celle-ci, rappelle-t-il,« le genos, la fratrie, la tribu n'étaient pas des «identités primordiales» propres à la société précivique ; ils se sont épanouis comme institutions de la cité, procurant à ses membres la cohésion, la philia qui les unissait»
(Jean-François B.ayart, 1996, pp. 97-98).

Les formations affectives qui rendent possibles ces communautés dites « imaginaires» que sont les nations, opèrent à deux niveaux. Celui d'aoord du sentiment d'appartenance à une collectivité supralocale, générateur de liens forts et d'inimitiés tout aussi fortes. Celui ensuite du « patriotisme» qui fait que l'on est prêt à mourir pour la patrie. Du patriotisme, Hobsbawm montre qu'il est fondé sur l'Etat et que c'est de là qu'il tire sa force. A travers le patriotisme, le peuple éprouve orgueilleusement sa souveraineté puisque l'Etat est supposé exercer le pouvoir en son nom. Lorsque les sujets deviennent citoyens, leur pays devient pleinement le leur. Paradoxalement, la démocratisation de la politique ne libère pas du nationalisme mais le renforce; elle tend même à produire le chauvinisme:
«

car si lepays esten quelque sortemienalorsil est facilement

considéré comme préférable à ceux des étrangers, surtout si ceux-ci n'ont pas les droits et les libertés des véritables citoyens » (Hobsbawm, 1992, p. 115). C'est parce qu'ils avaient appris à exiger et à exercer leurs droits de citoyens que les ouvriers des différents pays belligérants d'Europe plongèrent « de leur plein gré dans le massacre mutuel de la Première guerre mondiale» (Hobsbawm, 1992, p. 116). A travers le sentiment national survit aussi un sentiment d'appartenance que Hobsbawm qualifie de «protonational » dans la mesure où il n'est pas nécessairement lié à la fonnation d'un Etat, mais la précède souvent. De multiples éléments s'y entremêlent: les récits du passé, qui construisent à la fois des mythes2, de la mémoire et de l'histoire, et qui sont menés, alternativement ou en même temps, sur le mode de la gloire et

de la victimisation; c'est d'eux que provient « la conscience
d'appartenir ou d'avoir appartenu à une entité politique durable»
2. Hobsbawn rappelle ainsi que les plus vaillants des montagnards qui, au temps de Byron et de Delacroix, se révoltèrent contre les Turcs, et qui furent ensuite cités comme représentants du nationalisme grec, étaient non pas hellènes, mais pour beaucoup d'entre eux albanais (Hobsbawn, 1992, p. 86).

Pierre Ansart et Sonia Dayan-Herzbrun

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(Hobsbawm, 1992, p. 96). La désignation de «héros », les

symboles (drapeaux, effigies) qui comme les « saintes icônes»
forment un ensemble d'images partagées, les rituels, les pratiques collectives, les compétitions sportives sont autant d'occasions d'éprouver et de manifester des charges émotionnelles qui prennent la communauté imaginaire pour objet. On peut considérer que ces phénomènes relèvent de la culture politique propre à chaque ensemble. Cependant une analyse précise révèle dans chacun des cas qu'aucun des

éléments n'en est authentique ou originaire,et que « les cultures
politiques, aussi singulières soient-elles, remploient toujours des représentations, des théories, ou des pratiques étrangères» (Bayart, 1996, p. 77). Il n'est qu'à se référer aux manières de table ou aux pratiques culinaires qui sont l'objet de si fortes identifications, parce qu'elles sont associées à la socialisation primaire et au rapport à la mère nourricière, figure qui sert souvent de symbole à la nation. Le thé à la menthe qui passe pour un rituel immuable de la sociabilité du Maghreb et en particulier du Maroc, y a été introduit par les Anglais au XVIIIe siècle, et ne s'est transfonné en boisson nationale qu'après avoir joué le rôle d'aliment de substitution au moment de la crise économique de 1874-1884. On voit bien à partir de ces différents travaux que l'imagination et l'affectivité jouent un rôle central dans la production du politique, et qu'elles ne peuvent jamais être entièrement instrumentalisées. Bayart ajoute que ces productions imaginaires à l'œuvre dans le politique ne sont pas nécessairement isomorphes, mais qu'en tant qu'elles sont des productions symboliques elles sont polysémiques et ambivalentes, relevant d'une interprétation plurielle. Le sentiment national doit être, lui aussi, siège de ces tensions entre ce qui va vers la mort et que l'on peut renvoyer au nationalisme, et ce qui est jubilation de vivre avec d'autres auxquels on est lié par une série de codes, de goûts, d'habitus communs. Les occasions de réactivation de ce sentiment dont on voit déjà qu'il est pluriel, les lieux et les temps dans lesquels il se manifeste, ont bien été pointés. Mais ce champ désonnais circonscrit n'a jusqu'à présent guère été exploré. On sait seulement que comme pour toute passion son objet est le fruit imaginaire d'une « cristallisation », d'un surinvestissement sans proportion, aux yeux des observateurs extérieurs, avec ce qui la provoque, que s'y croisent amour et haine et qu'elle ne surgit pas spontanément

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Pourquoi le sentiment national et comment r étudier?

mais à la suite d'un long apprentissage fait à l'intérieur de la collectivité.

Le présent volume a pour ambition de poser la question de savoirs'il est possible, et à quellesconditions,de contribuer à une science sociale ou à une sociologie du sentiment national. Les difficultés de telles études sont considérables. Elles sont celles de toute recherche portant sur les affectivités, domaine incertain que des tendances dominantes de la sociologie ont longtempstenu pour inaccessible.La sociologiepositiviste dans ses diverses tendances s'est efforcée d'éviter ce problème en préjugeant que l'affectivité n'était pas objectivable et que seule l'étude des comportements ou des structures pouvait offrir un terrain sûr à la recherche. Et de même les sociologies d'inspirationindividualisteont opposéune suspicion de principe à l'égard de toute hypothèse concernant des configurations subjectives,des sentimentsqui seraientpropres à la majorité des individus dans une culture, une classe ou une nation. Ces scepticismes venus d'horizons opposés ne peuvent que se
renforcer à l'égard du sentiment national qui paraît cumuler deux concepts flous, celui de sentiment et celui de nation que bien des sociologies tendent à exclure de leur vocabulaire. A suivre ces condamnations croisées, il faudrait laisser toute réflexion sur les sentiments nationaux à l'approximation des essayistes ou aux préjugés des propagandistes. Ce volume a aussi pour vocation de relever ce défi et de montrer le caractère contestable de ces scepticismes. Notons tout d'abord que la réflexion sur les sentiments d'identification à la communauté d'appartenance n'est aucunement neuve: elle s'inscrit tout au contraire parmi les questions principielles de la philosophie dont naîtra la sociologie. Pour désigner une origine de cette réflexion critique il conviendrait, non de s'arrêter aux fondateurs du XIXe siècle, mais de revenir aux sources, à la philosophie grecque dans laquelle se déploie toute une investigation sur ce sujet. Lorsque Platon s'interroge, dans La République, sur les attachements comparés des citoyens d'Athènes et de Lacédémone, lorsqu'il analyse les réflexions de' Socrate, à la veille du supplice, sur le refus de désobéir aux lois de sa cité, il esquisse des questions qui seront celles d'une sociologie ou d'une psycho-sociologie du sentiment d'appartenance à sa communauté institutionnelle. Comment étudier et comprendre les identifications des citoyens à leur Constitution? Est-ce que les attachements à la nation ont

Pierre Ansart et Sonia Dayan-Herzbrun

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quelque rapport avec la fidélité à la cité? Quels débats et conflits, manifestes et latents, s'instituent autour de ces sentiments pour les renforcer ou les affaiblir? Est-ce que les différents groupes et classes manifestent les mêmes attitudes à ce sujet? Les théologiens pré-renaissants, puis les philosophes des Lumières ont proposé sur ces interrogations une riche réflexion qui n'est pas réductible aux conjonctures historiques. Quant aux fondateurs de la sociologie, ils n'ont pas manqué de reprendre cette tradition et, en quelque sorte, d'inscrire le projet d'une sociologie du sentiment national à l'horizon de leurs préoccupations. Tocqueville, en développant sa théorie des contradictions entre les passions « générales et dominantes », conduit à une réflexion sur le sentiment national en démocratie dont il montre à la fois la persistance et la faiblesse relative. Durkheim, malgré sa réticence à introduire toute approche suspecte de psychologisme, s'efforce de construire une méthodologie permettant de constituer, selon son expression, une science «des idées et des sentiments ». Max Weber corrige les réticences durkheimiennes en ouvrant systématiquement la voie à la compréhension des affectivités. L'un et l'autre, de 1914 à 1918, de part et d'autre du front, seront contraints par la pression des faits de mesurer le caractère dramatique de ces questions. La sociologie du sentiment national doit affronter un champ indéfini en extension et en intensité, tant en ce qui concerne les faits et les conjonctures historiques qu'en ce qui concerne les modes d'approche. Et le recours à la pluridisciplinarité constitue, à n'en pas douter, un moment nécessaire. L'interrogation sur les émotions, les sentiments et les passions des citoyens à l'égard de leur nation ne surgit pas du questionnement sociologique, mais des faits mêmes de l'histoire qui ne cessent de faire apparaJ1redes conjonctures émotionnelles différentes, des évolutions subtiles, des retournements inattendus qui participent à la production des événements. L'histoire contemporaine n'a pas manqué de créer de nouvelles configurations du sentiment national. Les totalitarismes, soviétique et nazi, ont démontré l'importance cruciale, dans l'exercice de la domination, de l'instrumentalisation du sentiment national pour le maintien de l'emprise politique et la mobilisation des énergies dans les violences de la guerre. La chute du mur de Berlin en 1989 et la renaissance des revendications nationales antérieurement étouffées ont montré la force et l'importance de passions que les observateurs tenaient

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Pourquoi le sentiment national et conlment l'étudier?

pour dépassées et oubliées. Les conflits et les collusions entre les sentiments religieux et les adhésions nationales, les compositions durables ou provisoires entre ces deux systèmes de référence, font réapparaître les liens entre le religieux et le national, liens qui renouvellent des problèmes que notre scientisme semblait rejeter dans un passé révolu. Et de même encore, les appartenances ethniques à l'intérieur d'une nation génèrent des attitudes affectives complexes, des adhésions et des haines riches de nuances et de débats quotidiens. La mondialisation des échanges économiques et culturels, jetant le trouble dans les nations dominées, ne manque pas de provoquer de nouvelles configurations, de nouveaux imaginaires sociaux et des résistances incompréhensibles pour les dominants. Trois ressources essentielles s'offrent à une sociologie du sentiment national l'histoire, l'anthropologie, la psychologie sociale. Les travaux des historiens contemporains constituent pour le sociologue une mine inépuisable. Si l'histoire longue des structures économiques lui est ici d'un faible recours, l'histoire des mentalités et l'histoire politique, et aussi l'histoire événementielle ainsi que les récits de vie, lui offrent des exemples indéfinis et autant d'objections aux hypothèses aventurées. Rappelons les apports dérangeants de l'anthropologie. Ses versions actuelles qui mettent en relief la réalité des systèmes politiques propres aux sociétés sans écriture, font redécouvrir la diversité et la complexité des configurations affectives et des imaginaires sociaux. En ce domaine comme en d'autres le « détour» par l'anthropologie, prôné par Georges Balandier, s'avère fructueux. L'une des illusions que permet de dissiper ce détour concerne les limites du religieux. Il est en effet difficile pour un esprit qui se veut logique et rationnel, d'éviter la dichotomie rassurante du sacré et du profane. On aime à penser que les religions ont le monopole des biens de salut et que les sentiments nationaux, qui ne semblent pas se tourner vers. le surnaturel, sont sans rapport avec le sacré. Les sociétés sans écriture nous obligent à repenser les frontières floues entre le sacré et le profane, et nous montrent combien ce que l'on appelle traditionnellement l'amour de la patrie peut se charger d'une émotivité qui confine, selon des nuances inépuisables, à l'émotion religieuse. On le voit bien dans l'étude des rituels sacrés et profanes où les distinctions et typologies ne cessent d'être battues en brèche par les recouvrements et les liens

Pierre Ansart et Sonia Dayan...Herzbrun

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ambigus. Le détour anthropologique pennet de remettre en question les questions permanentes qui ne manquent pas d'apparaître dans une recherche sur le sentiment national: ya-til quelques traits pennanents à ce sentiment? Sur quels objets porte-t-il ? Qu'apporte-t-il aux citoyens ou de quoi les prive...t-il, et en quelles conjonctures? L'anthropologie nous oblige à faire l'économie des réponses sirnples et nous aide à comprendre les inépuisables ambiguïtés de l'imaginaire qui font advenir le réel en prolongeant certaines expériences vécues et en en dissipant d'autres, rendant la «réalité» inintelligible au regard du positiviste. Enfin, comptons panni les ressources majeures les psycholog~es sociales. Les études d'hier et d'aujourd'hui sur les systèmes d'attitudes, sur les préjugés et les stéréotypes, sur l'exercice des emprises, sur les dialectiques entre l'image de soi et l'image de l'autre, constituent autant d'enseignements précieux pour une sociologie des sentiments. Aux sources de la psychologie des groupes, les indications de Gustave Le Bon constituaient une réponse troublante: si la foule peut, pour de faibles raisons, se faire violente et irrationnelle, faudrait-il y voir une dynamique exemplaire d'un sentiment collectif, ou tout au contraire sa perversion? Ne faut-il pas compter, panni ces préalables féconds, l'œuvre de Freud et ses prolongements? Le sociologue peut...ilse priver des leçons de la psychanalyse sur la place du sujet dans ce contexte émotionnel, sur la reproduction des identifications infantiles, sur l'irruption des fantasmes, sur l'investissement des conflits? Il est, semble-t-il, malaisé de se priver de telles investigations. Seule, en effet, l'approche psychanalytique apporte des réponses à l'étrangeté des liens qui unissent le sujet au collectif par l'affectivité. Le sentiment national a cette spécificité d'être ressenti par la personne individuelle comme il est ressenti par le collectif. Il est tel que le sujet peut en faire sa propre affinnation et le mode de son accomplissement. Quelle est donc la nature de ce lien qui peut être perçu comme une aliénation par celui qui ne le partage pas et comme une forme d'épanouissement personnel et d'affinnation pour celui qui le ressent? Devrions-nous allonger la liste de ces détours féconds? D'autres ressources pourraient certainement être explorées, selon les connaissances particulières du chercheur. fi y a de fécondes hypothèses à chercher dans l'histoire de l'économie, peut-être dans l'éthologie, certainement dans la démographie et la

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Pourquoi le sentintent national et comment l'étudier?

géographie humaine; la liste des détours possibles n'est pas limitative. Tout sociologue ne doit-il pas être un voyageur avant de s'arrêter sur un tel terrain? On peut assez facilement annoncer ce que serait la tâche d'une sociologie du sentiment national et quelles seraient quelques-unes de ses méthodes de travail. Les premiers repérages peuvent s'exprimer dans un vocabulaire très empirique: y a-t-il, en ces liens sociaux que je considère, des signes convergents d'un sentiment national? Les traces en sont le plus souvent des signes verbaux et écrits, discours, déclarations, proclamations; elles ne sont pas les seules: dans une situation de domination culturelle, les silences et les nondits ne sont pas à négliger et posent un incessant problème. Ces systèmes de signification ont-ils une cohérence et de quelle nature? Une analyse de contenu visant à répondre à cette question sera nécessairement originale et menée selon ces objectifs particuliers. La cohérence logique importe peu ici et il est possible que le système émotionnel paraisse intensément chargé de contradictions; mais ce sont bien des motivations émotionnelles qu'il s'agit de restituer et non, certes, des argumentations de la raison. Ce repérage initial se heurte aux difficultés générales de l'investigation sociologique et à quelques difficultés particulières qui en attisent l'intérêt. Le caractère essentiellement flou de l'affectivité et son obscurité appellent à une vigilance spéciale. C'est peut-être l'accumulation des questions qui peut aider à échapper aux interprétations simples et aux projections. Les interrogations sont multiples portant à la fois sur les émetteurs des messages (qui est chargé de reproduire les appels confonnes, et qui s'y oppose ?), sur les reproductions et les ruptures (quelles réitérations et quels changements ?), sur les modes d'expression et de transmission, sur les aires de diffusion (qui les reçoit ou les subit ?), sur les acceptabilités (comment s'y expose-t-on et dans quelles conditions ?). Quelles diffusions et quelles adhésions sont propres à tel parti, syndicat, religion, ethnie ou classe sociale? Une question que ne peut éviter une sociologie du sentiment national concerne l'inculcation de ces sentiments, et particulièrement à travers l'éducation. C'est, comme l'on sait, un lieu où la conscience commune est particulièrement avertie et attentive (quelle image doit on transmettre aux enfants de la nation et des nations étrangères? Quels mots sont convenables pour une « bonne» éducation des

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sentiments? Et encore, quelles sont les instances de contrôle de ces expressions et quelles sanctions, diffuses ou explicites, encourent les récalcitrants ? Ces recherches s'inspirent d'une hypothèse selon laquelle ces figures de l'affectivité ont leur place dans les pratiques sociales au même titre que les attitudes et les croyances communes. On suppose que la participation aux mêmes attachements et aux mêmes indignations constitue un facteur de cohésion. On suppose que le fait de ressentir des émotions comparables, positives et négatives, inhibe les risques de violence au sein du groupe d'appartenance, soutient des modèles communs de conduite, facilite les interactions et les tolérances inter-individuelles. Et comment les attachements à la communauté locale, à sa province, à sa région, s'opposent-ils ou se composent-ils avec les attachements nationaux, et en quelles conjonctures? Quels intérêts s'y trouvent en jeu et quelles contradictions s'y révèlent? C'est assurément au comparatisme que l'on fera appel pour obtenir des réponses à ces questions, et c'est le but de cette livraison de Tumultes que de rassembler d'amples comparaisons entre nations éloignées dans le temps et dans l'espace. Une telle sociologie soulève inéluctablement des enjeux théoriques et ne peut se dispenser de faire choix panni les différents paradigmes. «L'empirisme abstrait », tel que le dénonçait Wright Mills, l'accumulation systématique de résultats partiels, est fortement tenté d'éliminer de ses objectifs une interrogation sur les sensibilités politiques. Et de même, une conception individualiste du social, attachée à faire du sujet un acteur rationnel n'obéissant qu'à ses choix réfléchis, tend à écarter l'hypothèse d'une sensibilité nationale (ou anti-nationale) comme objet de recherche. En revanche, une sociologie du sentiment peut recourir, non sans une certaine ouverture épistémologique, à différents paradigmes qu'elle peut rendre complémentaires. Ainsi la tradition phénoménologique et la sociologie compréhensive constituent une incitation à l'étude sociologique du sentiment national. Elles invitent à la restitution des expressions avant toute interprétation réductrice, à l'exercice d'une ouverture à la sensibilité d'autrui sans préjugé rationaliste. La sociologie dynamique et la sociologie de l'action ont abondamment exploité ces possibilités d'investigation Mais le structuralisme génétique, qui se propose de rapporter un système affectif à des fonnes sociales repérables, peut aussi suggérer des

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hypothèses stimulantes. Les deux questions majeures qui sous des fonnes différentes se renouvellent au sujet des sensibilités - comment sont-elles générées et transmises, et, d'autre part, en quoi sont-elles génératrices - ne sont pas sans réponses. Le structuralisme génétique est une tentative pour répondre à la première question dans les limites de la sociologie. La seconde question peut recevoir des réponses au sein des approches constructivistes qui interrogent la pratique sociale, non comme une donnée dont on devrait n'étudier que les conditions de production, mais comme un construit pennanent où l'on tentera de ressaisir les projets, les référents, les compromis, les négociations, les tentatives et les renoncements qui participent à la construction des pratiques. Dans une telle orientation de recherche, la sociologie du sentiment national peut apporter des contributions pertinentes. Qu'il s'agisse des concurrences au sein d'un même parti ou de la construction du débat politique quotidien, les acteurs interviennent en fonction de leur attachement national et de la version particulière qu'ils en donnent; les citoyens peuvent contrôler leurs mandants sur ce plan tandis que les leaders tiennent compte de ces sentiments dans leurs stratégies de promotion. L'affrontement politique met en scène des versions subtilement ou plus clairement distinctes du sentiment national. Les chefs politiques tirent argument de la qualité de leur sentiment national (tenu éventuellement pour pacifique, réfléchi mais néanmoins ardent), laissant à leurs opposants la tâche d'exprimer leurs soupçons sur leur sincérité. Pour autant que le climat des campagnes électorales se colore de vivacité, les soupçons réciproques de tiédeur se renforcent et nourrissent les violences verbales: les partisans adverses soupçonnant les leaders politiques de trahir le sentiment national ou d'y être, à tout le moins, peu ardents.

Certains signes peuvent nous conduire à penser que de telles recherches ne sont pas d'actualité et qu'en des temps que l'on dit individualistes et de mondialisation, le sentiment national serait quelque peu archaïque.C'est une thèse qui était chère aux penseurs libéraux du début du XIXe siècleet qui ne peut que faire partie de l'idéologie des organismes internationaux. Mais on peut aussi faire l'hypothèse que les nouveaux rapports de force, économiques,militaires, culturels, qui opposent les nations dominantes et les nations dominées sont propices à l'apparition de nouvelles configurations de sentiments nationaux, éventuellement sous de nouveaux masques. Si l'on retient cette hypothèse,on peut penser qu'une

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attention particulière apportée à ces nouvelles configurations et à ces sensibilités nationales pourrait contribuer à la compréhension critique des imaginaires qui constitue rune des tâches pennanentes de la sociologie.

Bibliographie

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depuis 1780,

MAUSS Marcel, « La nation», dans Œuvres, tome 3, Editions

SCHNAPPER Dominique, La communauté de citoyens. Sur l'idée moderne de nation. Ed. Gallimard, Paris 1994. WEBER Max, Economie et société, Ed. Agora, 1995, tome 1 et 2 (traduction de l'ouvrage allemand publié en 1956).

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