Le siècle du Règlement 17

En 1912, l’Ontario devenait la troisième province de la confédération canadienne à interdire l’enseignement en français dans ses écoles. Dès sa promulgation, «l’infâme Règlement 17», comme on est venu à l’appeler, sera vivement contesté par la collectivité franco-ontarienne, alors réunie autour de l’Association canadienne-française d’éducation d’Ontario. Plusieurs groupes et individus – dont le fondateur du Devoir, Henri Bourassa, l’historien Lionel Groulx et la Société Saint-Jean-Baptiste – viendront lui prêter main-forte.
Après 15 ans de lutte, le Règlement sera finalement abrogé.
Il existe aujourd’hui plusieurs études sur cette crise, considérée par certains comme le mythe fondateur de l’Ontario français. Peu d’auteurs, cependant, se sont intéressés à son impact sur l’avenir même du Canada français. Au cœur, donc, des nouveaux enjeux que creuse ce collectif se trouve un examen des conséquences de la crise scolaire sur le projet national canadien-français.
Rédigé dans un langage clair et accessible, «Le siècle du Règlement 17» s’adresse à toute personne –  amateur ou spécialiste – s’intéressant aux luttes des minorités linguistiques, à la francophonie canadienne et, plus largement, à l’histoire du Canada. Il propose dix-sept articles répartis en cinq thèmes : • L’école franco-ontarienne et l’opinion anglo-canadienne • Les multiples voies de la résistance • Échos politiques et constitutionnels • Les représentations du Règlement 17 dans la sphère littéraire et artistique • La crise scolaire et la reconfiguration du champ intellectuel canadien-français.
Publié le : dimanche 7 juin 2015
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EAN13 : 9782897440312
Nombre de pages : 464
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Ancrées dans le Nouvel-Ontario, les Éditions Prise de parole appuient les auteurs et les créateurs d’expression et de culture françaises au Canada, en privilégiant des œuvres de facture contemporaine. La collection « Agora » publie des études en scienc es humaines sur la francophonie, en privilégiant une perspective canadienne.
Éditions Prise de parole C.P. 550, Sudbury (Ontario) Canada P3E 4R2 www.prisedeparole.ca Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC), du programme Développement des communautés de langu e officielle de Patrimoine canadien, et du Conseil des Arts du Canada pour nos activités d’édition. La maison d ’édition remercie également le Conseil des Arts de l’Ontario et la Ville du Grand Sudbury de leur appui financier.
DESMÊMESAUTEURS
MICHELBOCK Entre lieux et mémoire. L’inscription de la francophonie canadienne dans la durée, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2009. Avec Anne Gilbert et Joseph Yvon Thériault. La jeunesse au Canada français : formation, mouvements et identité, Ottawa, Presses de l’Université d’Ottawa, 2007. Quand la nation débordait les frontières. Les minorités françaises dans la pensée de Lionel Groulx, Montréal, Hurtubise HMH, 2004, prix du Gouverneur général. L’Ontario français. Des Pays-d’en-haut à nos jours, Ottawa, Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques, 2004. Avec Gaétan Gervais Comment un peuple oublie son nom. La crise identitaire franco-ontarienne et la presse française de Sudbury (1960-1975), Sudbury, Institut franco-ontarien / Éditions Prise de parole, 2001.
FRANÇOISCHARBONNEAU Figures de pensée. Vingt-cinq portraits de lucidité et de courage, Montréal, Liber, 2014. Une part égale de liberté. Le patriotisme anglais et la révolution américaine, Montréal, Liber, 2013. et Martin Nadeau (dir.),L’histoire à l’épreuve de la diversité culturelle, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2008.
Le siècle du Règlement 17
SOUSLADIRECTIONDEMICHELBOCK ETFRANÇOISCHARBONNEAU
COLLECTIONAGORA Éditions Prise de parole Sudbury 2015
Photographie en page de couverture : Manifestation contre la persécution des Canadiens français par Mgr Fallon. Damien St-Pierre harangue la foule, Belle Rivière (Ontario), 12 novembre 1917. Université d’Ottawa, CRCCF, Fonds Association canadienne-française de l’Ontario (C2), Ph2-110. Conception de la première de couverture :Olivier Lasser Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays. Copyright © Ottawa, 2015 Diffusion au Canada : Dimedia Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Le siècle du Règlement 17 / Michel Bock et François Charbonneau, directeurs de la publication. (Agora) Comprend des références bibliographiques. Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). ISBN 978-2-89423-937-7. – ISBN 978-2-89423-775-5 (pdf). – ISBN 978-2-89744-031-2 (epub) 1. Canadiens français – Éducation – Ontario – Histoire. 2. Canadiens français – Ontario – Identité ethnique. 3. Canada francophone – Politique et gouvernement. I. Bock, Michel, 1971-, éditeur intellectuel II. Charbonneau, François, 1974-, éditeur intellectuel III. Titre : Siècle du Règlement 17. IV. Collection : Collection Agora (Sudbury, Ont.) LC3734.2.O6S54 2015 371.829’1140713 C2015-900508-6 C2015-900509-4 ISBN 978-2-89423-937-7 (Papier) ISBN 978-2-89423-775-5 (PDF) ISBN 978-2-89744-031-2 (ePub)
REMERCIEMENTS
es responsables de cet ouvrage tiennent à remercier l’ensemble des auteurs qui ont Laccepté de contribuer à son succès en y signant un chapitre. Ils tiennent également à remercier les partenaires qui ont contribué financièrement au succès du colloque qui a eu lieu les 16 et 17 novembre 2012 à l’Université d’Ottawa, lequel est à l’origine de cet ouvrage. • Le Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités de l’Université d’Ottawa (CIRCEM) et son directeur, E.-Martin Meunier; • La Chaire de recherche sur l’histoire de la francophonie canadienne de l’Université d’Ottawa et son titulaire, Michel Bock; • La Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa et son doyen, Marcel Mérette; • Le Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l’Université d’Ottawa (CRCCF) et sa directrice, Anne Gilbert; • La Chaire de recherche « Québec, francophonie canadienne et mutations culturelles » de l’Université d’Ottawa et son titulaire E.-Martin Meunier; • La maison d’édition Prise de parole et sa directrice, Denise Truax; • Le journalLe Droit; • Vincent Jolette, responsable logistique du colloque, et Kema Joseph, bénévole; et • Le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH) qui appuie financièrement la publication de ce livre par l’intermédiaire de son programme Connexion.
INTRODUCTION. LE SIÈCLE DU RÈGLEMENT 17
MICHELBOCKETFRANÇOISCHARBONNEAU ans la mémoire collective de l’Ontario français, la crise du Règlement 17 (1912-1927) D occupe une place privilégiée. Souvent considérée comme le moment fondateur de l’identité franco-ontarienne, la lutte scolaire aurait permis à la collectivité de prendre conscience de sa spécificité et de se donner une conscience politique autonome. À l’autre bout e du XX siècle, en 1997, les défenseurs de l’hôpital Montfort d’Ottawa, que menaçait de fermeture le gouvernement ontarien, n’hésitèrent pas à mobiliser le souvenir du Règlement 17 pour galvaniser les troupes et inscrire leur cause dans la conscience historique de l’Ontario 1 français, ainsi que l’a montré Marcel Martel . Il est d’ailleurs révélateur que la crise scolaire ait été le seul événement antérieur à l’adoption de laLoi sur les langues officielles, en 1969, à 2 figurer dans le précis historique des dirigeants de S.O.S. Montfort , comme si elle avait constitué l’acte de naissance de la collectivité franco-ontarienne, désormais incapable de se concevoir dans le temps long du Canada français. La « franco-ontarianisation » de la lutte scolaire, si le lecteur nous passe ce néologisme un peu barbare, serait-elle le résultat de l’autonomisation de la conscience historique de l’Ontario français, laquelle ne s’inscrirait plus dans celle, plus large, de la « nation française d’Amérique », pour emprunter à Fernand 3 Dumont ? Le Règlement 17 jouerait-il auprès des Franco-Ontariens un rôle semblable à celui que joue la Déportation auprès des Acadiens, qui choisirent, dès la « Renaissance e acadienne » de la seconde moitié du XIX siècle, de se donner une conscience historique et 4 nationale distincte de celle du Canada français ? Prenons garde de ne pas tirer trop hâtivement nos conclusions. En réalité, on a peu étudié la représentation de la crise du Règlement 17 dans la conscience historique de l’Ontario français, de sorte qu’on en saisit encore mal les enjeux mémoriels, d’autant plus que les quelques chercheurs s’étant penchés, de près ou de loin, sur la question ne partagent pas tous le même avis. Yolande Grisé, par exemple, laisse entendre que la crise scolaire a provoqué 5 une « rupture psychologique » entre Canadiens français du Québec et de l’Ontario, sentiment que partage son collègue littéraire René Dionne, selon qui les événements ayant mené au déclenchement de la crise scolaire auraient favorisé l’émergence d’une « conscience franco-6 ontarienne » autonome ou, à tout le moins, en voie de le devenir. Aux yeux de Fernand Dumont, la lutte scolaire aurait, à l’inverse, permis l’avènement d’une « référence » canadienne-française parmi les Franco-Ontariens, bien que celle-ci se serait surtout 7 démarquée par sa très grande fragilité . L’avis de l’historien Pierre Savard est toutefois plus ferme : la crise scolaire fait clairement partie de la grande histoire du Canada français et serait allée jusqu’à provoquer ce qu’il considère comme un « spectaculaire mouvement de solidarité » entre le Québec et l’Ontario français, qui se voyaient unis dans un même projet 8 national, religieux et politique . Les travaux de Marcel Martel montrent, de leur côté, que les efforts de rapprochement national entrepris par l’élite canadienne-française réussirent à endiguer le développement, parmi les minorités de langue française, d’une conscience identitaire autonome, laquelle semblait déjà exister à l’état embryonnaire au tournant du e XX siècle. La crise scolaire a-t-elle contribué à l’unité ou à la désagrégation du projet national canadien-français? La réponse à cette question variera selon le point de vue adopté. Ces quelques exemples tirés de l’historiographie suffisent toutefois à montrer que, même s’il est possible que le Règlement 17 tienne lieu, aujourd’hui, de mythe fondateur de l’identité franco-ontarienne, du moins dans certains milieux, il est impossible de le considérer, d’un point de vue historique, en marge du cadre intellectuel et institutionnel canadien-français dans lequel il s’insérait. La crise du Règlement 17, la dernière des grandes crises scolaires postconfédérales, s’inscrivait en effet dans un long débat sur la reconnaissance à accorder à la population franco-catholique à l’extérieur du Québec. Les crises scolaires du Nouveau-
Brunswick (1871), du Manitoba (1890), de la Saskatchewan et de l’Alberta (1905), sans oublier les rébellions métisses de la rivière Rouge (1869-1870) et du Nord-Ouest (1885), conduisirent le mouvement nationaliste canadien-français alors en pleine ascension à voir dans l’Acte de l’Amérique du nord britannique le résultat d’un « pacte » solennel entre deux « peuples fondateurs », égaux en droits et en privilèges d’un bout à l’autre du pays. Si, au moment du déclenchement de la crise du Règlement 17, peu de gens, au Canada français, auraient contesté cette interprétation de l’entente confédérale, dans les milieux canadiens-anglais, où l’idéologie impérialiste britannique avait fait de profondes incursions, il en allait tout autrement. La présence franco-catholique devait, dans ce cas, se limiter strictement à la « réserve » du Québec, le Canada étant un pays anglo-protestant, membre à part entière de l’Empire 9 britannique. Là-dessus, les impérialistes canadiens-anglais ne permettraient aucune méprise . Il n’est guère étonnant qu’au cœur de l’affrontement entre ces deux conceptions opposées de la Confédération se trouvait la question de l’école, devenue l’outil par excellence de construction et d’homogénéisation nationales dans les sociétés occidentales depuis le e10 XIX siècle . La crise franco-ontarienne avait toutefois ceci de particulier que, pour la première fois, on s’en prenait directement à la langue d’instruction utilisée dans les écoles de la province plutôt qu’à leur caractère confessionnel (c’est-à-dire catholique), signe, peut-être, que le centre de gravité du grand débat public canadien s’éloignait graduellement des questions religieuses pour faire une place toujours plus grande aux questions linguistiques et 11 culturelles . Il ne nous appartient pas de faire dans ces pages un bilan exhaustif de l’historiographie du Règlement 17, laquelle s’avère étonnamment abondante, comme en témoigne la bibliographie qui figure à la fin de cet ouvrage. Il semble toutefois clair que l’intérêt pour la lutte scolaire, tant chez les historiens francophones que chez leurs collègues anglophones, augmenta en flèche à partir des années 1960 et 1970. Bien entendu, l’expansion générale du système universitaire canadien et la croissance que connut la gent historienne pendant ces années y furent pour beaucoup, mais l’explication du phénomène ne saurait se limiter à ces seuls facteurs. La crise constitutionnelle qui secoua le pays pendant et après la Révolution tranquille eut aussi pour conséquence un regain d’intérêt tout à fait exceptionnel pour l’histoire des conflits linguistiques et culturels du pays, en particulier au Canada anglais, où de nombreux chercheurs firent de la « question » francophone, y compris à l’extérieur du Québec, un thème de recherche important. Le positionnement épistémologique de ces historiens s’inscrivait souvent, par ailleurs, dans le paradigme de l’histoire sociale, alors en pleine ascension, qui s’intéressait de plus en plus à l’expérience historique des minorités « ethniques », parmi lesquelles ils incluaient les Franco-Ontariens. Enfin, en redéfinissant la nature et la qualité des relations qu’entretenait l’Ontario français avec le Québec, la transformation du projet national canadien-français pendant les années 1960 plongea le premier, comme chacun sait, dans un important questionnement sur son identité et son rapport au passé. Dans le champ universitaire, le phénomène se traduisit par la manifestation des premiers balbutiements d’une historiographie véritablement franco-ontarienne qui, très rapidement, fit de la crise du Règlement 17 l’un de 12 ses thèmes de prédilection . Dans ce cas, l’« objet » franco-ontarien n’était pas simplement imputable à un fait « ethnique » et demeurait, fondamentalement, une réalité nationalitaire. En dernière analyse, le Règlement 17 représente bien des choses pour bien des gens, comme le rappelait en 1996 Gaétan Gervais dans un article important qui demeure, avec les travaux de Robert Choquette, l’une des synthèses les plus complètes de l’histoire de la crise scolaire :
Selon le point de vue, le conflit a l’apparence d’un affrontement scolaire, ethnique, politique, idéologique ou religieux. Cette diversité des interprétations traduit bien la complexité de la question. Car justement, la lutte scolaire autour du Règlement [17] s’explique par la convergence de plusieurs antagonismes : l’opposition idéologique entre nationalistes et impérialistes; la crainte des Ontariens anglo-protestants devant
l’immigration franco-catholique; les vieilles rivalités entre les orangistes (Irlandais protestants) et les catholiques; les luttes cléricales entre catholiques français et irlandais; la 13 divergence d’intérêts politiques partisans .
À cette liste pourraient s’ajouter les disparités interrégionales qui se manifestèrent à l’intérieur même de l’Ontario français, les diverses communautés francophones de la province n’ayant pu toujours fournir au Règlement 17 le même effort de résistance que le chef-lieu du 14 mouvement de contestation situé à Ottawa et dans son arrière-pays immédiat . Il n’en demeure pas moins que, pour la collectivité franco-ontarienne, la crise scolaire représente sans conteste un moment de mobilisation politique déterminant, comme le souligne encore Gervais : « [L]es événements réussirent à galvaniser les énergies, à asseoir la crédibilité de l’ACFÉO [l’Association canadienne-française d’éducation d’Ontario, fondée en 1910], à favoriser la création d’un journal [Le Droit, 1913], l’ouverture d’une école normale [à Ottawa en 1923] et la création d’un réseau politique franco-ontarien. […] En somme, le Règlement a forcé 15 la communauté à s’organiser pour se défendre . » Les retombées de cet important moment de mobilisation et de contestation se font sentir encore aujourd’hui, un siècle plus tard. Le centenaire de l’adoption du Règlement 17 paraissait donc, aux yeux des nombreux contributeurs de cet ouvrage, un excellent prétexte pour faire le point sur la place qu’occupe la crise scolaire dans l’historiographie franco-ontarienne, canadienne-française et canadienne, et pour proposer de nouvelles pistes de recherche destinées à en éclairer des aspects demeurés jusqu’ici inconnus. Que pensait la population anglophone du Règlement 17? Pourquoi les catholiques irlandais ont-ils été les parmi premiers défenseurs de l’interdiction de l’utilisation de la langue française dans les écoles séparées de l’Ontario? Est-ce que les anglophones ont tous été favorables au Règlement 17 ou, au contraire, trouve-t-on des alliés dans cette population? C’est à répondre à ces questions qu’est consacrée la première partie de l’ouvrage, intitulée « L’école franco-ontarienne et l’opinion anglo-canadienne ». La seconde partie porte quant à elle sur les « multiples voies de la résistance ». On y découvrira les stratégies retenues par l’ACFÉO, les difficultés rencontrées par celle-ci dans certaines régions ainsi que l’appui que le mouvement de résistance obtint dans divers organisations et journaux, de la province et d’ailleurs. La troisième partie couvre à la fois le volet politique de la crise scolaire et les enjeux juridiques et constitutionnels de cet événement phare des rapports de tension entre la majorité et la minorité au pays. La quatrième partie de l’ouvrage présente un portrait d’ensemble de la postérité artistique de cet événement qui viendra s’inscrire de manière marquante dans la mémoire franco-ontarienne, alors que la dernière traite de sa postérité intellectuelle. Le lecteur non initié trouvera enannexe une chronologie complète des événements, qui pourra l’orienter dans sa lecture des articles contenus dans le recueil. De même, les jeunes chercheurs qui voudront poursuivre la réflexion amorcée par les auteurs du présent ouvrage se référeront avec profit à labibliographieexhaustive. Les prochaines pages offrent une vue d’ensemble des textes contenus dans cet ouvrage, mais le lecteur ne mesurera toute la richesse des contributions qu’en les lisant dans leur intégralité. Nous espérons que ces résumés le mettront en appétit.
L’école franco-ontarienne et l’opinion anglo-canadienne Pour des raisons tout à fait compréhensibles, l’historiographie a jusqu’ici fait grand cas de l’antagonisme entre les catholiques irlandais et canadiens-français pendant ce conflit. Les catholiques irlandais se rangeant farouchement dans le camp des défenseurs du Règlement 17, les Canadiens français de l’époque se sont sentis trahis par leurs coreligionnaires et cela s’est fait sentir lourdement dans leurs écrits. Par un long travail archivistique, Jean-Philippe Croteau a tenté de comprendre les raisons derrière la prise de position des Irlandais catholiques, chauds partisans du Règlement 17. Il démontre de manière convaincante que la principale préoccupation des Irlandais avait peu de chose à voir avec la
question linguistique. Ils souhaitaient avant tout préserver le système des écoles séparées, notamment en lui assurant un financement adéquat. Croteau rappelle que, dans les années qui menèrent à l’adoption du Règlement 17, la population ontarienne jugeait généralement illégitime que de l’ensemble des confessions religieuses, seule la catholique profite du privilège de voir ses écoles financées par les deniers publics. Les Irlandais catholiques voulaient donc avant tout assurer la pérennité du système qui profitait aux catholiques et regardèrent ainsi d’un mauvais œil la cabale canadienne-française qui semblait placer les intérêts « de race » avant les intérêts religieux. En d’autres termes, tant du côté irlandais que du côté canadien-français, l’on assista à un combat mené auprès des autorités provinciales et dont l’objectif était de faire reconnaître la légitimité (et donc implicitement un financement adéquat) soit de l’enseignement catholique, soit de l’enseignement en français à l’intérieur des provinces. L’ampleur de la hargne, d’un côté comme de l’autre de la barrière linguistique, s’explique essentiellement par le fait que chacun interpréta le conflit comme un jeu à somme nulle. Sylvie Lacombe s’est pour sa part intéressée à la manière dont l’opinion publique anglo-canadienne a compris les enjeux du Règlement 17 en 1912, année de sa promulgation. Lacombe rappelle que le Canada de l’époque était bien différent du Canada d’aujourd’hui. Le dominion n’était pas conçu comme un pays indépendant, mais comme un territoire important d’un empire qui s’étendait sur la surface du globe. La langue de cet empire étant l’anglais, il allait de soi pour cette opinion publique que le système scolaire de la plus importante province du pays le soit tout autant. On comprendra, comme le montre avec force détails Sylvie Lacombe, que l’opinion publique anglo-canadienne ne pouvait regarder qu’avec scepticisme, sinon carrément avec mépris, le nationalisme canadien-français. L’opinion publique canadienne-anglaise se convainquit ainsi que la responsabilité du conflit devait être imputée principalement à la mauvaise influence des leaders nationalistes, qui maintenaient volontairement les masses canadiennes-françaises dans l’ignorance. Si le Canada français pouvait être toléré à l’intérieur de la province de Québec, conçue par l’opinion publique anglo-canadienne comme une réserve dont il fallait s’accommoder, les Canadiens français vivant à l’extérieur de cette province devaient être traités de la même manière que les immigrants provenant d’ailleurs dans le monde, c’est-à-dire comme des populations en voie d’assimilation vers la langue de l’Empire. Le Canada anglais n’était certainement pas un bloc monolithique : certains anglophones se sont distingués dans la manière dont ils se sont portés à la défense d’une autre conception du Canada. Hans-Jürgen Lüsebrink montre que c’est très certainement le cas de William Henry Moore, avocat, politicien, mais surtout auteur de véritablessuccès de librairie portant sur le Règlement 17. Moore est en effet l’auteur d’un essai célèbre,The Clash! A Study on Nationalities,et d’un roman,Polly Masson, qui, bien que dans des styles très différents, tentent tous deux de montrer la validité des demandes canadiennes-françaises pour la reconnaissance de leurs droits. Qu’on ne s’y trompe pas : Moore restait un défenseur de l’Empire britannique, mais sa conception de celui-ci n’avait rien à voir avec la défense de la supériorité de la race et de la langue anglaises. Au contraire, pour lui, l’Empire britannique était plutôt un espace de « diversité dans l’harmonie », la multiplicité humaine profitant des bienfaits de la démocratie parlementaire britannique. Pour Hans-Jürgen Lüsebrink, Moore deviendrait ainsi un défenseur du Canada français à une époque où il en comptait très peu. Moore fit beaucoup pour rallier une partie de l’opinion publique anglo-canadienne à la cause des francophones de l’Ontario, et contribua grandement à préparer le terrain pour que la population anglo-canadienne accepte l’abrogation des aspects les plus vexatoires du Règlement, en 1927. Coiffant la première partie de cet ouvrage, Geneviève Richer s’intéresse à la campagne menée par Napoléon-Antoine Belcourt pour convaincre l’opinion publique anglo-canadienne du caractère malavisé du Règlement 17. Belcourt participa à la création de l’ACFÉO en 1910 et
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