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Le Soudan entre pétrole et guerre civile

De
119 pages
Le Soudan détient de tristes records : le conflit dans ce pays, relégué au rang des guerres oubliées, a déjà fait plus de 2 millions de victimes. Combien le savent ? Qui sait aussi que le pétrole fait le malheur du peuple soudanais ? De nombreuses compagnies occidentales interviennent dans ce secteur stratégique et les gouvernements auxquels elles sont liées portent une part de responsabilité. Ce conflit peut être l'occasion de faire évoluer le droit ainsi que les conditions d'interventions des entreprises multinationales.
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LE SOUDAN ENTRE PÉTROLE ET GUERRE CIVILE

Collection « Inter-National » Série Première Synthèse
Collection dirigée par Françoise Dekowski, Marc Le Dorh et Denis Rolland.
Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les institutions, les politiques publiques et les forces politiques à l'œuvre aujourd'hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiques, des relations internationales et de l'histoire, elle se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d'éclairer les enjeux de la scène mondiale et européenne. Elle comprend différentes séries, parmi lesquelles: - Sciences-Po Strasbourg, qui accueille les meilleurs mémoires de l'Institut d'Etudes Politiques de Strasbourg (<< Prix de mémoire »),

-Première

Synthèse,

qui présente les travaux de jeunes chercheurs.

Pour tout contact: Françoise Dekowski, fdeko\vski@freesurffr Marc Ledohr, marcledorhrâ),vahoo.fr Denis Rolland, denisrolland@freesurffr

Jennifer HERY

LE SOUDAN ENTRE PÉTROLE ET GUERRE CIVILE

Préface de Denis ROLLAND

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@

L'Harmattan, 2003

ISBN: 2-7475-5276-4

L'an dernier il n'y avait pas de guerre dans le monde Cette année la guerre fait rage Ils ont des avions, des fusils Le gouvernement a des avions pour prendre de l'altitude Ils ont aussi des fusils pour les abattre A l'aube lajeunesse part à la guerre La femme est à la maison Les bombes venues de loin tuent lafemme Les gens tombent comme des mouches Les oiseaux viennent manger les gens
chant Nouba}

1 www.survival-intemational.org.

Préface

Le Soudan est le plus grand pays d'Afrique (8,3% du continent) et l'un des plus éloignés de nos connaissances. Il connaît depuis 1983 au moins une sanglante guerre civile. Vingt années de conflit opposant l'Armée Populaire de Libération du Soudan (APLS/SPLA en anglais) et le mouvement politique correspondant (MPLS) au pouvoir de Khartoum. Vingt années qui, pour trop simplifier, opposent, dans un pays où l'islam est la religion officielle, le Nord musulman sunnite (70 % de la population) à la minorité animiste (20 %) et chrétienne (10 %) du Sud. Mais il n'est pas besoin d'être savant pour comprendre que le conflit a des origines à la fois politiques, économiques, culturelles et pas seulement religieuses; les colonisateurs anglais n'avaient-ils pas déjà souhaité séparer le nord arabe du sud africain? Vingt années de conflit avec un bilan effrayant qui ne cesse d'être provisoire: quelque 2 millions de morts, 4,5 millions de dép lacés. Qui en parle encore? Quelque intellectuel, politique égaré dans ces confins africains ou scientifique interpellé par l'expérience d'un vécu atroce ou par le silence des médias ? De cette occultation d'un massacre plus ou moins rapide mais toujours lointain, au cœur de l'Afrique, on peut donner de nombreux exemples. L'un des plus évocateurs est celui donné par certains panoramas annuels de l'état de la planète. Sans vouloir nullement lui jeter la pierre, en 2003, l'un d'entre eux, publié pourtant par deux institutions médiatiques fortement tournées vers l' étranger1, exclut aussi implicitement que
1.

Le Monde

en 2003, Courrier

International

et The Economist,

décembre

2002-février

2003.

simplement le Soudan de l'ouvrage. Pas un mot, ni dans la rubrique «L'économie de demain pays par pays », ni dans la partie «Moyen-Orient! Afrique»: une partie de l'ouvrage significativement placée d'ailleurs en dernière place de l'inventaire géographique et regroupant de fait les principales zones de conflit de la planète. Alors, quelle importance, une guerre civile de plus ou de moins? Dans un pays qui n'a, en outre, jamais été sous domination française? Certes, les enjeux économiques importent désormais, des enjeux non transmis au grand public... Mais, enfin, il y a plus de pétrole ailleurs! Dans un autre ouvrage, L'Atlas du Monde diplomatique], sous le titre «Prolifération des conflits dans l'indifférence» de la rubrique «L'Afrique subsaharienne délaissée », le Sud du Soudan saute aux yeux dans deux des cartes proposées, noyé néanmoins dans la longue litanie des zones de famine, de conflits armés, de déplacements de population... Qu'est-ce d'ailleurs qu'un «conflit très meurtrier» dans la conscience européenne quand il est aussi lointain? Indépendant en 1956, le pays dont le produit national brut dépend pour près de la moitié de l'agriculture (sorgho, coton, élevage bovin et ovin...) a rapidement connu une guerre civile entre Nord et Sud, provisoirement close en 1972 par les accords d' Addis-Abeba. En 1983, la Charia a été introduite dans le pays et la guerre civile a repris. Le lieutenant général Omar Hassan Ahmad al Bachir a pris le pouvoir 1989, alors que le Parlement avait accepté un accord signé entre les «sudistes» et le Parti unioniste démocratique. En 1992, la guerre civile a repris. Chef du gouvernement depuis 1993, partisan d'un islamisme « modéré », maintenu par les urnes au pouvoir en 1996, Omar Hassan Ahmad al Bachir dirige, sans faire une large part à la liberté d'expression, un pays très pauvre, avec un indice de développement humain (IDH) qui le place dans les derniers rangs mondiaux; un pays encore très largement rural de 36 millions d'habitants, à l'espérance de vie moyenne réduite à 57 ans, à la population majoritairement analphabète, où un enfant sur deux au moins n'accède pas à l'enseignement primaire...

1. Janvier

2003.

8

Le pays qui a hébergé Oussama Ben Laden jusqu'en 1996 a été, la même année, l'objet de sanctions de l'ONU. Puis il a été soumis à un embargo aérien international après l'attentat de 1995 contre le Président égyptien Moubarak dont des Soudanais ont été jugés responsables. En 1997, les Etats-Unis ont décrété un embargo contre le Soudan jugé depuis, et au moins jusqu'à l'automne 2001, responsable de troubles régionaux ou de servir de base arrière à des groupes terroristes «internationaux»... L'apogée de cette politique interventionniste a été atteint en août 1998, lorsque l'aviation nord-américaine a bombardé une usine pharmaceutique soupçonnée - à tort semble-t-il, mais la valeur symbolique de l'avertissement primait assurément sur l'intérêt de l'objectif - de fabriquer des armes chimiques... Aujourd'hui, alors que les pourparlers de paix n'en finissent pas, l'ambassade de France déconseille en termes logiquement fort diplomatiques tout déplacement dans le Sud du pays: car, dans les Etats du sud, « c'est toujours une situation de guerre qui prévaut. Les voyages sont fortement déconseillés dans les régions situées au sud d'un axe reliant les villes de Nyala-AIObeid et Kassala... Les principales villes du sud (fermées aux touristes) restent sous contrôle gouvernemental mais ne sont accessibles, en raison de la situation (...), que par avion. En dehors des villes, la sécurité est très mal assurée, notamment dans les régions disputées entre les forces gouvernementales (et leurs alliés), la SPLA et divers" chefs de guerre" » 1. L'ouvrage de Jennifer Héry, Le Soudan entre pétrole et guerre civile, a un premier mérite: ramener vers l'actualité la réalité terrible de ce grand pays. D'abord présenté comme mémoire de fin d'études à l'Institut d'Etudes Politiques de Strasbourg en 2002, cette étude ne se veut ni exhaustive ni fermée. Le pétrole est un enjeu relativement récent mais il pèse désormais très lourd: le pétrole est dans le Sud. Or, en juillet 2001, le gouvernement de Khartoum et la SPLA ont signé un accord garantissant au Sud le droit de se prononcer sur son autodétermination à l'issue d'une période de transition de six ans et le soustrayant à la loi islamique... Pas besoin d'en dire
I. http :/www.diplomatie.fr/voyageurs/etrangers/avis/ conseils/fiches/fiche. asp ?onglet= 1

9

beaucoup plus. Ajoutons cependant que, depuis l'automne 2001, impressionné sans doute par la détermination nord-américaine, le gouvernement de Khartoum a accepté de collaborer à la lutte contre le terrorisme, tandis que Washington, soucieux de diversifier ses approvisionnements, s'est montré intéressé par le pétrole soudanais et a délégué un émissaire auprès du chef du MPLS, John Garang. Et que ce dernier, jusque-là largement soutenu par les Etats-Unis, a été invité aux Etats-Unis par le Département d'Etat, où on lui aurait fait comprendre que pourrait venir l'heure de déposer les armes1... Alors, dans la pénurie d'information «papier» et dans le magma volatile proposé par Internet, ce livre est, au moins pour le non-spécialiste de la région que je suis, un guide utile au cœur des enjeux économiques et politiques d'une des plus longues guerres civiles du continent africain; une contribution modeste mais essentielle à la connaissance d'un pays dont on espère, sans trop y croire, qu'il pourrait être (septembre 2003) à la veille d'un accord de paix2. Toute vision optimiste doit néanmoins compter avec les effets déstabilisateurs du contexte régional ou mondial: au-delà du pétrole, la position géographique du Soudan, la profondeur et l'ancienneté des luttes internes en font un enjeu simple et potentiellement privilégié par des puissances allogènes (Etat ou groupe) cherchant à élargir leur champ d'activités extérieures, à modifier ou structurer un ordre régional, ou à diversifier leurs zones de conflits extérieurs.

Denis Rolland
Institut Universitaire de France Institut d'Etudes Politiques - Université Robert Schuman Directeur d'études, lEP-Paris, CHEVS

1. Jeune Afrique l'Intelligent, n02219, 20-26 juillet 2003. 2. Les négociations de paix qui durent depuis plus d'un an se déroulent sous la médiation de l'Autorité Intergouvernementale pour le Développement (IGAD, rassemblant Soudan, Kenya, Ouganda, Somalie, Djibouti, Erythrée, Ethiopie), avec comme observateurs les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Norvège, l'Italie, l'Union africaine, l'Union européenne et les Nations Unies.

10

Avant-propos

C'est au hasard d'une connexion internet que je fais la connaissance du peuple Nouba, du Soudan et de la guerre qui y fait rage depuis une vingtaine d'années. Une de ces guerres oubliées auxquelles les médias ne s'intéressent guère. Une guerre aux causes et enjeux aussi complexes que variés. Une guerre qu'heureusement tout le monde n'ignore pas; les Nations Unies ont créé il y a plus de 10ans l'Opération « Ligne de Vie» pour le Soudan, sorte d'organisme parapluie regroupant de nombreuses ONG venant tant bien que mal en aide à la population civile. L'importance du pétrole dans ce conflit est rapidement apparue au fil des lectures d'articles et de rapports. Je me suis alors intéressée au lien (pré)supposé entre cette extraordinaire ressource naturelle, la poursuite d'une guerre extrêmement coûteuse et les violations des droits de I'homme qui l'accompagnent. Dans quelle mesure les revenus du pétrole contribuent-ils à soutenir l'effort de guerre? Quelle est la responsabilité des compagnies occidentales parties développer au Soudan un secteur pétrolier à l'état embryonnaire à la fin des années 1980 ? Si de nombreuses études sont aujourd'hui consacrées au pétrole et notamment aux diverses stratégies économiques et politiques dont il fait l'objet, rares sont les personnes qui se sont intéressées à la question du lien pouvant exister entre cette ressource naturelle et le degré de respect (ou de violation) des droits humains. Pour cette raison, je me suis essentiellement appuyée sur le travail - remarquable compte-tenu des conditions dans lesquelles il a été effectué- d'ONG, d'instituts de recherche ou de simples citoyens. Les conclusions tirées par ces organisations ou personnes diffèrent parfois radicalement de celles présentées par les compagnies pétrolières. J'ai donc essayé de présenter, dans la mesure du possible les deux facettes d'un

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