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Le sport pour l'enfant

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240 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296280151
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LE SPORT POUR L'ENFANT NI RECORDS NI MEDAILLES Conseils aux parents

Du même auteur: - Aucune médaille ne vaut la santé d'un enfant, Denoël, 1987.

La photographie de couverture est de Francette Levieux : "Le plaisir avant le résultat".

1993 ISBN: 2-7384-2043-5

@ L'Harmattan,

Jacques PERSONNE

Le sport pour l'enfant Ni records ni médailles
Conseils aux parents
Préface du Professeur Jacques Villiaumey

Editions l'Harmattan

5-7 rue

de l'Ecole-Polytechnique

75005 Paris

A la jeunesse pour que le sport lui offre les joies qu'il m'a données, et plus encore, non des béquilles. A l'enfant pour que son sport ne connaisse d'autres intérêts que les siens. J.P.

REMERCIEMENTS
J'avais tenu, dès la première page d' "Aucune médaille ne vaut la santé d'un enfant ",à adresser mes remerciements à deux médecins auxquels je devais une gratitude particulière. Qu'il me soit permis d'exprimer celle-ci à nouveau à l'intention: Du professeur Hugues Gounelle de Pontanel, président 1983 de l'Académie Nationale de Médecine, souhaitant qu'il estime possible d'accorder une nouvelle fois son intérêt à mes travaux, en prolongement de la collaboration dont il a bien voulu m'honorer, voici déjà une décennie. Du professeur Jacques Villiaumey, rhumatologue de grand renom, ancien médecin du sport de haut niveau et pratiquant de qualité (ceinture noire 1er dan) qui a bien voulu prolonger un regard bienveillant sur le présent ouvrage, accepter de le relire et l'enrichir, lui aussi, d'une précieuse préface. Je souhaite également exprimer ma reconnaissance à tous les médecins, les éducateurs, les entraîneurs, les journalistes dont les observations, travaux, déclarations, articles, indications m'ont procuré l'indispensable matière. A tous les champions qui ont tenu à être présents à l'Académie de Médecine en 1983 comme au «Débat d'actualité» des «Entretiens de Bichat en 1991», pour manifester publiquement leur soutien à la défense de la jeunesse dans le domaine du sport. Parmi eux, Alain Mimoun, champion olympique, dénonçait déjà à mes côtés le massacre des innocents dès 1975 et Roger Antoine, capitaine de l'Equipe de France et d'Europe de Basketball, que j'ai eu - trop peu de temps à mon gré - le plaisir d'entraîner. A tous mes copains, sportifs, entraîneurs, dirigeants, éducateurs, journalistes dont le soutien m'a été aussi précieux que nombre des informations dont ils ont bien voulu me faire bénéticier. A la Bibliothèque de l'Institut National du Sport et de l'Education physique, dont la richesse a grandement facilité mes recherches. 6

SOMMAIRE

PREFACE

......................................................

09 21

INTRODUCTION . ..............................................
PREMIER PARTIE CONSTAT SUR LES RISQUES ET MEFAITS DES PRATIQUES SPORTIVES INTENSIVES PRECOCES

- Baby-Sport 2 000 : du marathon à ... l'Everest.......... - Athlètes, gare à vos os ........................................ - Pitié pour les jeunes squelettes.............................. - Cris d'alarme et cris étouffés................................ - Tais-toi et gagnes.............................................. - Brillant cadet, junior moyen, senior médiocre Le gâchis des espoirs - Dopage. Des assassins dans les vestiaires d'enfants - Sois mince et tais-toi - Des croissances perturbées - Classe d'élite et pipi au lit Coup d'oeil sur la pathologie. Et les études? .. Spécialisation? quelle spécialisation? Des Sections sport-études aux Centres d'Entrainement et de Formation - Déontologie: des médecins inquiets... et d'autres

- Coup d'oeil critique sur le sport de haut niveau

27 36 39 48 60
64

73 84 90 94 101 105 107 109 112 123

SECONDE

PARTIE

DES REFUS AUX CHOIX

- Compte tenu de l'état

des choses - Inanité de la détection précoce - Risques et dessous de la spécialisation précoce - Le choix gagnant des vocations «dites tardives» - Le sport POUR l'enfant - L'école enjeu, l'enfant enjeu TROISIEME PARTIE POUR UNE THERAPIE DE L'OPINION

136 137 144 151 162 172

- Halte à <<l'intox>> l'intensif précoce de

183 Ohé, les adultes, donnez confiance 183 Ohé, les parents, pensez aux gosses et non à vous 187 Ohé, dirigeants, entraîneurs, de la lucidité et unpeu de courage 191 Ohé, les médias de l'aide! 193 Attention :fanatiques ! ... 197 Médailles ou droits de l'enfant? 200 - ADDENDA I - ADDENDA II - BIBLIOGRAPHIE 216 225 228

PREFACE

Avoir conscience de lutter pour une juste cause ne peut que stimuler pugnacité et ténacité. Le combat que depuis vingt ans mène inlassablement Jacques Personne contre les excès de l'entraînement sportif des enfants l'illustre parfaitement. Celuici, qui est l'auteur du présent ouvrage, est aussi un ancien professeur d'éducation physique et entraîneur de haut niveau de basket-ball. Il a donc régulièrement participé à la sélection et à la formation de l'élite nationale de ce sport. Mais, passionné par les recherches pédagogiques, il s'est également adonné avec beaucoup d'attention et de perspicacité à l'étude des conséquences des activités sportives sur l'épanouissement physique et psychologique de l'enfant et de l'adolescent. Convaincu des effets bénéfiques d'une pratique sportive menée dans des conditions judicieuses, il s'est toujours efforcé d'en tirer parti pour conduire ses jeunes élèves sur la voie d'un développement aussi harmonieux que possible. Il ne pouvait donc manquer d'être scandalisé par l'éclosion et le rapide essor dans le monde sportif d'une véritable aberration intellectuelle et morale, conduisant de plus en plus fréquemment des responsables, pourtant sans mauvaises intentions, à entreprendre, dans des populations d'enfants de plus en plus jeunes, la détection systématique des sujets apparemment les plus doués, sans craindre de faire peser, dans ce but, des contraintes de plus en plus lourdes sur la personnalité physique 9

et psychoaffective de l'ensemble des pratiquants juvéniles sur lesquels ils peuvent avoir barre. Ainsi prend-on le risque, dans la recherche des performances à tout prix et dans la sélection quasi-coercitive de futurs champions, de ruiner la santé d' innombrables enfants et adolescents; ceci pour débusquer et tenter de parfaire à l'extrême quelques sujets d'élite dont l'organisme s'avérera lui aussi à plus ou moins brève échéance, souvent profondément et définitivement délabré. Ce n'est donc pas de la pratique sportive que proviennent les dangers mais de ses excès, c'est-à-dire, de façon globale, de l'entraînement sportif intensif précoce. Dans le souci de la protection de l'enfance qui a toujours gouverné sa conscience d'enseignant, Jacques Personne a donc entrepris de dénoncer et de combattre la menace planant sur la fraction la plus jeune de la population sportive de notre pays, lorsqu'elle lui a paru atteindre des limites intolérables. Grâce à une indéniable facilité de plume, il s'est impliqué dans une véritable croisade, menée avec ardeur et persévérance à l'aide de publications successives, qui d'abord accueillies avec quelque scepticisme, ont fini par recueillir une audience de plus en plus large et commencent à porter leurs fruits. En 1975, il Yaura bientôt vingt ans, Jacques Personne ajeté son premier cri d'alarme sous forme d'un article intitulé de façon d'emblée très saisissante "Ilfaut arrêter le massacre des innocents". Cet avertissement a eu un retentissement tel qu'il a valu à son auteur d'être invité à prendre parole à la tribune de l'Académie Nationale de Médecine et à prendre part aux travaux de cette Compagnie; travaux ayant abouti à plusieurs mises en garde des Pouvoirs Publics contre les risques de l'entraînement intensif précoce. Jaques Personne a su ensuite tirer parti de son expérience personnelle et des nombreuses études venues étayer la prise de position de l'Académie pour rédiger un livre intitulé "Aucune médaille ne vaut la santé d'un enfant", constituant un premiersommet de sa campagne. Les mérites de cet ouvrage, son originalité et sa valeur démonstrative et probante, lui ont valu d'être couronné par l'Académie de Médecine et par l'Association des Ecrivains Sportifs. Dans ce livre, destiné à alerter l'opinion 10

publique, Jacques Personne affirme la nocivité de l'entraînement sportif intensif précoce, en multipliant les exemples des dégâts physiques et psychologiques qu'il peut entraîner chez les sujets immatures auxquels il est infligé. Il dénonce avec objectivité et sans parti pris les divers responsables de cet état de fait. Il prend en considération les meilleures façons d'intégrer la pratique du sport et ses effets bénéfiques dans la formation et le développement équilibré des enfants et des jeunes gens, demandant que l'accent soit mis sur la santé physique et mentale de l'élève plutôt que sur le degré des performances qu'il peut accomplir. Mais il dégage aussi la nécessité d'une protection législative de l'enfance dans le domaine particulier des sports. C'est ce souci de prévention que Jacques Personne développe dans son deuxième livre, dans le présent ouvrage, "Le sport POUR l'enfant". Entre la rédaction de son premier volume et celui-ci, plus de cinq ans se sont écoulés, apportant beaucoup d'informations nouvelles et de témoignages convaincants. L'auteur a donc jugé nécessaire de reprendre sa démarche vis à vis de l'opinion, en essayant de sensibiliser aux dangers d'une pratique excessive des enfants, leurs parents au premier chef, mais aussi les entraîneurs, les dirigeants, les médecins du sport et même aussi les médecins généralistes (auxquels a été destiné entretemps un "débat d' actualité" sur ce sujet, lors des Entretiens de Bichat 1991, avec la participation de plusieurs anciens champions). Jacques Personne nous avait demandé d'écrire la préface d' "Aucune médaille ne vaut la santé d'un enfant". Nous l'avons fait très volontiers parce que nous partageons ses vues et parce que nous souhaitons épauler ses efforts. Il nous a invité à présenter aussi son second livre. Nous considérons ce souhait comme une marque de confiance qui nous touche beaucoup et dont nous le remercions très sincèrement. Nous espérons que cet ouvrage aura le même succès que le précédent. Nous avons trouvé sa lecture très instructive et très agréable; d'une part à cause de la richesse et de la nature très concluante de la nouvelle documentation qu'il a rassemblée; en raison également de la perspicacité des réflexions pénétrantes que propose l'auteur; d'autre part parce que celui-ci est un véritable écrivain, usant d'un style vif et alerte, ayant le sens des images et des formules percutantes, sachant 11

aussi manier l 'humour, même à propos d'un sujet aussi critique, quand cela lui paraît utiliment mettre en valeur son argumentation. Nous souhaitons donc que ce nouvel écrit de Jacques Personne retienne à son tour l'attention de tous ceux que son premier livre avait intéressés et qui considèrent avec cet auteur la sauvegarde de l'enfance comme un véritable devoir, s' imposant à tout enseignant. Dans ce présent ouvrage, Jacques Personne enrichit donc sa documentation, affermit sa démonstration et approfondit sa réflexion. Jacques Personne a enrichi sa documentation de façon très profitable et instructive grâce à un effort bibliographique majeur et à l'analyse fouillée d'un nombre surprenant de publications et d'études récentes dont beaucoup paraissent avoir été directement suscitées par ses propres travaux. A l'appui de ses arguments, il a pu faire état également de multiples constats, déclarations et témoignages. Nous n'avons pas la possibilité de rendre compte de façon détaillée de ces apports nouveaux. Nous préférons laisser le lecteur en prendre connaissance à loisir. Il en tirera d'autant plus de profit que Jacques Personne ne limite pas ses citations à quelques phrases mais n 'hésite pas à leur consacrer d'abondants développements chaque fois qu'ils lui semblent utiles. Ses sources d'informations, puisées auprès de médecinsspécialistes, d'entraîneurs, d'anciens pratiquants et champions, ne se situent pas seulement dans la littérature française, mais émanent aussi de très nombreux pays. Nous citerons au hasard la Suisse, l'Allemagne, les Etats-Vnis, l'Argentine, l'ex V.R.S.S., la Bulgarie parmi beaucoup d'autres. Les acitvités sportives intéressées sont chez l'enfant de pratique individuelle comme l'athlétisme, le marathon, le ski, le patinage, la natation, le tennis ou la danse, ou des sports d'équipe comme le football ou le rugby. De toutes ces références et de leur examen minutieux, Jacques Personne a su tirer et mettre en lumière des enseignements originaux dont la teneur frappante ou alarmante vient enrichir son argumentation, justifier et étayer ses positions. Jacques Personne affermit également sa démonstration en reprenant et complétant par rapport à son premier ouvrage la 12

description des dommages liés à l'entraînement intensif des enfants. Il jette d'abord un regard sévèrement réprobateur sur le sport de haut niveau et ses aberrations actuelles, sur les facteurs divers, politique, chauvinisme, affairisme, mercantilisme, qui l'ont véritablement souillé et qui devaient inéluctablement avoir pour conséquence l'exploitation des enfants pour la performance sportive. Il donne des exemples véritablement scandaleux d' enfants, voire de bambins, soumis à des épreuves telles que le marathon ou l'alpinisme en haute altitude. Puis il revient sur les altérations squelettiques diverses, notamment sur les troubles de croissance et les anomalies de maturation ostéoarticulaire dues chez les sujets encore très jeunes à une pratique sportive dont l'excès est parfois monstrueux. Le retentissement cardiaque pour sa part, le "coeur forcé", est parfois tel chez les plus jeunes pratiquants qu'il peut compromettre de façon définitive leur avenir sportif, les conduisant irrémédiablement à la médiocrité ultérieure de leurs performances, et de façon plus grave à des anomalies irréparables. C'est ce qu'on peut appeler sans exagération "le gâchis des espoirs",
,

conséquence directe d'un manque d'adaptation fonctionnelle,
progressive et raisonnable, et des contraintes physiques trop lourdes, infligées à de jeunes organismes en plein développement. L'indignation est à son comble lorsque l'on apprend que des enfants ont pu être soumis au dopage. Ceci a été démontré par des témoignages formels provenant de certains pays de l'Est. Rien n'empêche malheureusement de craindre que des initiatives individuelles de même ordre aient pu être prises dans d'autres nations. On ne peut qu'en être bouleversé quand on connaît les ravages entraînés chez l'adulte par de tels agissements. Chez l'enfant, selon l'expression de Jacques Personne, ils constitueraient un véritable assassinat. Des fillettes, s'adonnant à la gymnastique ou à la danse, sont soumises àune sous alimentation systématique destinée à les faire maigrir. Ceci ne peut se faire, sous la pression de certains entraîneurs inconscients, qu'avec la complicité active des parents, également fautifs. Il est primordial que ceux-ci soient mieux informés des risques qu'ils font courir à leurs enfants pour 13

un bénéfice sportif souvent très discutable. Des troubles de croissance, de maturation générale et plus particulièrement sexuelle, représentent les dangers principaux d'une diététique restrictive abusive. Des troubles psychologiques graves allant de la simple énurésie nocturne jusqu'aux syndromes dépressifs les plus accentués, peuvent être les conséquences des contraintes excessives infligées aux "surdoués". La quête obsessionnelle de la performance et de la réussite peut être cause d'une perte, pas toujours transitoire, de l'équilibre psycho-affectif, entraînant des phobies ou des crises d'angoisse, sans compter le véritable effondrement psychologique que peuvent apporter déception et frustration, lorsque vient le jour où le jeune pratiquant comprend que ses efforts ont été inutiles et ne lui permettront jamais d'atteindre le haut niveau et la carrière de champion dont il rêvait. Ceci est malheureusement le lot évident du plus grand nombre. Dans les sections Sport-Etudes et dans certains Centres de Formation, des nuisances supplémentaires peuvent être apportées par la séparation et la privation du milieu familial, l'isolement social et une sensation de déracinement. La scolarité est souvent négligée, les études sont compromises. Les cris d'alarmes se multiplient. Une réforme s'impose formellement. La nécessité semble en être progressivement comprise. Jacques Personne approfondit sa réflexion qu'il a orientée principalement vers la prophylaxie. Après avoir abondamment dénoncé les dangers du système qui se fonde sur l'entraînement sportif intensif précoce, il en critique les deux processus qu'il qualifie de «nourriciers», à savoir la détection et la spécialisation précoces. Définir la détection précoce n'est sans doute pas vraiment nécessaire. Comme son nom le laisse entendre, c'est une méthode prétendant prédire les performances futures et l'avenir sportif d'un enfant ou d'un adolescent. Pour cela elle s'appuie sur la mise en évidence de caractéristiques physiques et mentales aptes à révéler les possibilités qu'aura le sujet étudié d'accéder au plus haut niveau lorsqu'il sera adulte. A cet effet ont été imaginés en grand nombre des tests prédictifs qui doivent être mis en oeuvre de façon aussi rigoureuse que possible. Mais même dans ces 14

conditions, les conclusions que certains ont voulu en tirer, sans soumettre la valeur de ces expérimentations et leur fiabilité à une ananlyse objective, s'aventurent dans le domaine de la fausse science. En effet, si l'on n' y prend garde, de nombreuses causes d'erreurs d'ordre organique ou psychologique peuvent venir entacher d'incertitudes les résultats de telles épreuves et de ce fait relativiser leur signification qui est souvent interprétée de façon trop simpliste. Jacques Personne fait état de nombreux travaux plaidant dans ce sens et conclut logiquement à l'inanité de la détection précoce. Encore que ceWe détection précoce ne concerne qu'un nombre restreint de jeunes, il en découle à présent une spécialisation précoce ou prématurée qui, elle, intéresse des centaines et des centaines de milliers d'enfants, au moins. Après y avoir fait une brève allusion dans son premier livre, Jacques Personne lui destine maintenant de longs développements et n'a pas de mots assez durs pour en stigmatiser les aspects néfastes. Cette spécial isation précoce est à l'évidence la conséquence de la politique de rajeunissement du recrutement menée par certaines Fédérations et beaucoup de clubs. L'espoir de bénéfices d'ordre sportif que les dirigeants veulent théoriquement en attendre, tels que l'amélioration d'ensemble du niveau technique de la pratique et l'éclosion généreuse de nouveaux talents, se heurte d'emblée au caractère plus qu'aléatoire de la détection précoce que souligne Jacques Personne. En outre cette spécialisation précoce favorise à l'extrême l'installation de dégâts ostéoarticulaires, notamment rachidiens. Elle enferme les plus jeunes pratiquants dans le cadre nocif de contraintes mécaniques stéréotypées qui par là même majorent le risque d'altérations pathologiques, alors que le jeune organisme a besoin, pour la régularité harmonieuse de son développement, d'activités physiques diverses et d'orientation variée. Qui plus est, une spécialisation trop précoce ne garantit nullement la valeur des performances ultérieures. Elle ne peut prétendre à être une pépinière de futurs champions; et les recherches tendant à démontrer que c'est dès le plus jeune âge que l'enfant acquiert sa maîtrise psychomotrice et son habileté sportive, sont de conclusions ambiguës, si ce n'est douteuses. L'expérience tend à montrer que de telles spéculations 15

ne trouvent pas d'application valable chez la très grande majorité des sujets soumis à une spécialisation prématurée. Au contraire, de très nombreux anciens champions ont démontré par leur exemple personnel qu'une carrière sportive fructueuse et prolongée ne pouvait être assurée que par un entraînement spécialisé n'ayant été entrepris, à titre de vocation tardive, que lorsque la maturation de l'organisme était accomplie. Pour eux la spécialisation ne peut être engagée de façon légitime et profitable qu'après une période de plusieurs années au cours desquelles le développement psychomoteur a été protégé et favorisé par des activités sportives variées et complémentaires. La pratique sportive précoce sans spécialisation a donc une influence tout à fait bénéfique, contrairement à la spécialisation précoce dont tous ces champions affirment les inconvénients. De ces multiples témoignages, Jacques Personne a fait une revue détaillée, très impressionnante et très probante. Ayant démontré l'inanité de la détection précoce, les risques et le peu d'utilité de la spécialisation précoce, ainsi que la démotivation à laquelle elle peut aboutir quand elle est appliquée à des sujets trop jeunes, il s'appuie ensuite sur sa grande expérience personnelle et sur sa vaste érudition, pour aborder les problèmes de prévention qui constituent l'objet primordial de son ouvrage. A cet effet, il fait d'abord une synthèse des besoins de dépenses physiques de l'enfant depuis son plus jeune âge, des conditions favorables de leur satisfaction, de la progressivité nécessaire du passage des activités ludiques à la pratique sportive proprement dite. Il souligne le rôle que devraient jouer dans ce domaine les parents tout d'abord, puis le milieu scolaire, les clubs sportifs et enfin les appareils fédéraux. Dans un souci d'éducation, le sport doit être mis au service de l'enfant et non pas le contraire. Tout racolage et tout «dressage» devraient donc être proscrits comme véritablement condamnables. Pour faire triompher ses vues et contribuer à la protection de l'enfance, Jacques Personne est conscient que l'opinion publique sera sa meilleure alliée auprès des Pouvoirs Publics qui détiennent l'apanage des décisions. C'est pourquoi il préconise une véritable «thérapie» de l'opinion qu'il faut informer, alerter et mobiliser. Il lui paraît nécessaire de lutter contre la véritable 16

intoxication mentale par l'entraînement intensif précoce, ce qui devrait être possible tant sont maintenant mis en évidence les méfaits de la course aux performances sportives chez le très jeune.

C I est aux adultes et tout d'abord aux parents de savoir
comprendre toutes les précautions qu'exige le développement équilibré et bien adapté de l'organisme de leurs enfants. Ils doivent savoir se dépouiller de toute vanité un peu débile, de toute frustration ancienne ou encore vivace, de toute cupidité parfois, hélas! et admettre la nécessité pour leur postérité d'une patiente formation menée à long terme, en excluant toute recherche de performances prématurée, tout en entretenant le goût de la compétition, bien naturel chez l'enfant. Il leur incombe aussi de faire saisir par les jeunes intellects, dont la maturation et le sens critique sont encore insuffisants, que les progrès comptent plus que les résultats. Pour conforter la prise de conscience des parents, il leur faut aussi être bien informés des dangers qu'ils peuvent faire courir par une attitude trop stimulante. Ils doivent aussi admettre le bien-fondé de quelques règles simples telles que le respect des rythmes de vie de leur enfant, faisant alterner avec l'entraînement sportif les activités scolaires, les loisirs et les périodes de repos. Les dirigeants et surtout les entraîneurs doivent être mis en face de leurs responsabilités. Certes elles sont délicates. Nous comprenons parfaitement combien il peut être difficile de concilier la formation d'une élite destinée à défendre le prestige du sport national, dont nous savons l'importance qu Iil a prise aux yeux de l'opinion publique mondiale, et le respect de l'enfance et de ses exigences propres. Les dirigeants doivent savoir qu'ils sont comptables de la santé présente et future, non seulement des meilleurs et des plus doués vers lesquels ils tournent tout naturellement leur attention, mais également de la masse considérable des jeunes pratiquants qui se confient à eux; et qui ne doivent en aucun cas être considérés comme un vivier au sein duquel sélectionner sans les ménagements voulus les sujets les plus prometteurs. Certes dans leur large majorité, les entraîneurs s'efforcent de permettre à chaque enfant de tirer pour son
équilibre psychomoteur un plein profit de l' excercice sportif vers

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lequel le portent ses goûts et ses besoins. Malheureusement, ceci n Iest pas une règle absolue. Comme le démontrent les témoignages de certains enfants eux-mêmes et de leurs parents, il existe des entraîneurs qui ne sont pas conscients de la totalité de leurs devoirs: ils le manifestent par un autoritarisme déplacé, des pressions et contraintes, des exigences abusives, le mépris des risques physiques et psychologiques encourus par les plus jeunes, des brutalités de langage, parfois même de véritables sévices, si l'on en croît une très récente note du Ministère de la Jeunesse et des Sports. De telles brebis galeuses ne sont pas exceptionnelles et devraient être rappellées à l'ordre et soumises à une véritable rééducation psychologique. Mais ne s 'agira-t-il pas là d'un voeu pieux, tant que les dirigeants eux-mêmes ne seront pas convaincus de l'intégralité de leurs obligations et de la nécessité de leur part d'une indispensable vigilance. Une action préventive passe aussi par l'attitude des médecins, médecins du sport spécialisés, habituellement bien informés mais n'ayant pas toujours la disponibilité nécessaire, médecins généralistes qui demandent à être bien renseignés parce qu'ils savent que leur rôle de conseillers auprès des parents est capital. A l'actif du corps médical peuvent être portés d'indéniables progrès. De plus en plus nombreux sont les investigateurs qui ont effectué des recherches cliniques sur les méfaits de l'entraînement sportif intensif précoce et fait connaître leurs résultats. Des colloques et des réunions médico-sportives et pédagogiques consacrés à ce même thème se sont multipliés. Plusieurs de ces rencontres ont été suivies de la publication de sévères avertissements. Parmi les documents les plus importants nous citerons la Charte Genevoise des Droits de l'Enfant dans le Sport ou la prise de position de la Fédération Internationale de Médecine du Sport sur l'entraînement excessif chez les enfants et les adolescents. Encore faudrait-il que les conclusions de tels travaux trouvent en France une large audience pour finir par émouvoir l'opinion et les milieux officiels. Pour cela l'aide des média de toute nature est indispensable. Malheureusement leur attitude n'est pas encore ce qu'elle devrait

être parce qu I ils sont à l'évidence trop obnubilés par un regrettable chauvinisme. 18

Cependant, responsables politiques et sportifs ont pu avec le soutien des moyens d 'informaton promouvoir, voici quelques années, une grande campagne d'information et de sensibilisation sur le dopage qui a connu un véritable succès. Ne peut-on espérer qu'une telle action soit entreprise, dans des conditions analogues, pour dénoncer les méfaits de l'entraînement excessif précoce et pour obtenir, malgré l'opposition de certains fanatiques inconscients, se recrutant aussi bien parmi les parents que parmi les cadres sportifs, l'intervention des Pouvoirs Publics pour définir et faire respecter les Droits de l'Enfant? Quelques progrès encore trop limités, dus à des initiatives privées ou officielles, ont été enregistrés au cours de ces dernières années. Ils font naître l'espoir d'avancées plus décisives, sous la pression de l'opinion, qui pourrait être reflétée et surtout orientée par ses moyens habituels d'information. Certes la radio et la télévision ont diffusé quelques mises en garde. Mais il faut faire mieux. De telles émissions devraient être plus nombreuses et plus pertinentes. * ** Quand on sait que dans notre pays, des millions d'enfants sont attirés par le sport et le pratiquent avec joie, ce qui est en soi une bonne chose, quand on sait que des milliers, voire des dizaines de milliers de jeunes pratiquants talentueux, sont soumis à un entraînement précoce excessif et à une spécialisation tout à fait prématurée, et quand on a enfin pris conscience de la nocivité de ces façons de faire, dénoncées par Jacques Personne avec d'irréfutables arguments, on ne peut que reconnaître l'ampleur et la gravité du problème national de santé publique ainsi posé. Il exige l'intervention du législateur qui seul peut le résoudre. Pour cela il serait certainement opportun qu'il s'inspire du Code du Travail et de ses dispositions qui limitent strictement les charges que l'on peut faire subir aux organismes juvéniles, ou encore de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant, adoptée par les Nations Unies. Grâce à la loi, le sport pourrait retrouver chez l'enfant et l'adolescent son rôle éminemment éducatif, aidant à faire passer le plaisir de sa pratique avant les résultats. Sans négliger la recherche et la formation d'une indispensable élite, 19

assurées dans des conditions saines, le sport doit garder son caractère essentiellement humaniste, respectueux des athlètes en général et des enfants en particulier. Souhaitons que de nombreuses voix se fassent entendre pour appuyer à nouveau les méritoires effots de Jacques Personne et obtenir avec lui que le sport soit adapté à l'enfant et non pas l'inverse, et que les plus jeunes ne fassent plus l'objet d'une exploitation orientée vers la réussite de prouesses accomplies dans des conditions nuisibles et de ce fait très souvent dépourvues de lendemain. Professeur Jacques VILLIAUMEY Ancien président de la Ligue Internationale contre le Rhumatisme Ancien Médecin Fédéral National de la Fédération Française de Judo et Disciplines associées.

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INTRODUCTION

L'exploitation de l'enfant pour la performance sportive est un phénomène historiquement nouveau. Son étude critique et, en opposition, un exposé en faveur d'un «Sport POUR l'enfant» constituent le propos de ce travail. L 'histoire de sa genèse nous a semblé pouvoir être présentée en «introduction». En 1975 nous étions professeur d'EPS, co-responsable du Service audio-visuel de l'Institut National des Sports, après avoir été Entraîneur National de basket-baIl. Vis-à-vis de la médecine du sport, nous n'avions eu, jusqu'alors que le statut d'usager reconnaissant mais après avoir été informé des travaux de trois médecins du même établissement et recueilli divers témoignages, dont celui d'Alain Mimoun, nous plublions alors un premier article intitulé "Ilfaut arrêter le massacre des innocents ". Dans la seconde moitié des années 70, nous ferons paraître d'autres études à partir de divers documents, dont les travaux de James Riordan sur le sport soviétique et ses classes d'élite. Enjanvier 1981, l'Académie Nationale de Médecine adoptait à l'unanimité le Rapport présenté, au nom d'un Groupe de travail, par le professeur Delmas "sur l'entraînement physique intense chez les enfants et les adolescents ". Dans cet ouvrage nous ferons mention de ce Rapport qui affirmait Aucune médaille ne vaut la santé d'un enfant. Ce fût un événement, une admonestation de 1t Académie aux pouvoirs sportifs et politiques au nom de la santé de la jeunesse. Lors de sa discussion, dans le cadre de l'Académie, le professeur Gounelle de Pontanel avait approuvé ce Rapport tout en estimant qu'il se voulait malgré tout nuancé. C'était également notre avis et nous nous sommes réjouis de cette invite implicite 21

à ne pas laisser les choses en l'état. Souhaitant que l'Académie puisse disposer du maximum d'éléments, nous avons alors adressé au professeur Gounelle de Pontanelles articles que nous avions publiés. En retour, celui-ci nous a invité à une collaboration que nous n'aurions osé espérer, pour préparer, avec un argumentaire renouvelé, une Communication sur le même sujet. Le docteur Commandré se joignit à nous pour ce travail et les deux praticiens nous firent l'honneur de nous charger de le présenter à la tribune de l'Académie. C'est donc aux noms de tous trois que cette Communication «Sur les risques de l'entratnement sportif intensif précoce» fut exposée en Mars 1983. Les réactions qu'elle suscita peuvent s'apprécier à partir du simple fait que l'Académie décida aussitôt de constituer un nouveau «Groupe de travail», où nous fûmes conviés, pour préparer un nouveau Rapport. Celui-ci, où notre Communication figure en référence, fût présenté en octobre 1983 par les professeurs Gounelle de Pontanel et Delmas, sous le titre :«Sur l'entratnement sportif intensif précoce et ses risques». Il fut adopté à l'unanimité. Nous en ferons également mention. Lors de nos premières publications nous avions eu l' impression de prêcher dans le désert. Non auprès de sportifs, d' entraîneurs, d'enseignants d'EPS de nos relations, mais vis-à-vis des autorités et de la plupart des médias. Après les 2 Rapports de l'Académie, des études de plus en plus nombreuses, nourries par le phénomène lui-même, furent publiées sur ses conséquences. Tous ces travaux n'avaient pas fait partie de notre nourriture habituelle lors d'une longue carrière d'entraîneur. Les circonstances nous auront conduit à nous pencher sur le secteur particulier que constituent les dangers des pratiques sportives précocement intensives. Notre intérêt a été entretenu par le maintien de l'état des choses, un officiel silence ayant été opposé aux mises en garde de l'Académie. Il nous a donc semblé souhaitable de reprendre le propos de celle-ci et de porter à la connaissance de l'opinion ce que nous avions pu appréhender du phénomène, les informations recueillies, les témoignages enregistrés. C'est dans cet esprit que nous avons publié, en 1987, chez Denoël, «Aucune médaille ne vaut la santé d'un enfant.»

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Comme celui-ci, ce précédent travail a eu la chance de bénéficier d'une «Préface» du professeur Jacques Villiaumey qui a bien voulu nous accorder son soutien et nous offrir ses conseils. «Aucune médaille...» a reçu durant l'année 88 : - Le Prix de l'Académie Nationale de Médecine. - Le Grand Prix de Technique et de Pédagogie sportives de l'Association des Ecrivains Sportifs. (prix Marie-Thérèse Eyquem). Ces deux distinctions ont bien situé son caractère. La seconde a présenté l'intérêt particulier de réduire au silence ceux qui auraient souhaité lui accoler l' étiquette : anti-sportij. Depuis cette édition, un lustre s'est écoulé durant lequel ont été publiées beaucoup d'études, d'informations nouvelles, sur les conséquences du forcing imposé aux enfants. Simultanément, se sont produits un certain nombre d'événements. Il nous a donc semblé nécessaire de reprendre la même démarche à l'égard de l'opinion, de faire en sorte que soient sensibilisés à ces problèmes les parents, les entraîneurs, les dirigeants. Outre les médecins généralistes, souvent insuffisamment informés sur les aspects extrêmes des pratiques sportives chez les jeunes. Simultanément, il paraissait nécessaire de faire porter l'analyse sur l'influence perverse exercée sur la pratique sportive de tous les enfants, par un système qui à l'origine ne concerne que l'élite. L'intensif précoce touche quelques dizaines de milliers de jeunes dans l'hexagone - La tendance à la spécialisation précoce en intéresse des centaines de milliers, au moins. Notre propos serait donc resté incomplet si, après la démarche critique, n'avaient pas été développés, en opposition, les principes surlesquels doit être basé «le sport POUR l'enfant». Une amorce en ce sens figurait dans «Aucune médaille... .» Nous avons développé ici un certain nombre de notions essentielles sur cette question pour présenter un ensemble de conseils aux dirigeants, aux entraîneurs et d'abord aux parents, à partir d'une incitation à la réflexion. Le présent travail se situe donc dans le prolongement du précédent avec un contenu renouvelé à 95 % au moins. Dans cette filiation, la reprise de quelques éléments fondamentaux a, en effet, paru nécessaire. Le lecteur trouvera également diverses références à «Aucune médaille...» soit sous le titre de l'ouvrage 23

lui-même, soit sous les mentions «précédemment» ou «en 1987» (l' évocation d'un passage du présent travail recourra au classique renvoi à «un chapitre précédent»). 1987-1993 - Plus d'un lustre sépare deux parutions consacrées au même sujet. Durée dérisoire en référence à l'histoire. Durée importante pour un phénomène datant seulement de quelques décennies. La dernière partie de cette publication porte sur la prospective possible. Espérons qu'avec l'extinction du phénomène luimême, les années à venir n'inciteront pas à une nouvelle parution à la fin du siècle.

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