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Les Aborigènes et l'Apartheid politique australien

De
267 pages
Jusqu'en 1967 les Aborigènes étaient exclus de la vie politique australienne. Depuis le référendum de 1967 l'Etat peut légiférer en matière d'affaires autochtones. Les Aborigènes, qui représentent environ 2% de la population, sont presque absents des institutions politiques australiennes, ils sont relégués à une place déterminée par le gouvernement à l'intérieur du système politique australien. A travers l'étude de la marginalisation des Aborigènes, on observe que les revendications pour une reconnaissance politique participent à un processus de définition identitaire, un besoin de reconnaissance de l'identité aborigène.
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LES ABORIGÈNES ET L'APARTHEID POLITIQUE AUSTRALIEN

@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-7848-8 E~:9782747578486

Vanessa CASTEJON

LES ABORIGÈNES ET L'APARTHEID POLITIQUE AUSTRALIEN

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 1510214 Torino ITALŒ

En hommage à ma famille qui a voulu croire à un 'autre futur'

REMERCIEMENTS

Je souhaiterais, en premier lieu, évoquer M. Roland Marx, malheureusement disparu, qui a été à l'origine de mon intérêt pour l'Australie. Je remercie Mme Monica Charlot qui a accepté de prendre la suite de M. Marx et qui m'a dirigé pendant deux années. Je lui exprime toute ma reconnaissance pour m'avoir laissé une totale liberté concernant le choix de mon sujet de recherche et la manière de le traiter ainsi que pour m'avoir encouragée durant mes recherches. J'ai pu, grâce à Mme Charlot, donner des cours aux étudiants d'agrégation sur la question de la Réconciliation en Australie, au programme en 2001/2002 et je l'en remercie. Quoi de plus agréable que de pouvoir transmettre ce qui nous passionne?! Je souhaite témoigner également ma gratitude à Mme Liz Reed, professeur au Centre d'Etudes sur les Indigènes Australiens (CAlS) de Monash University à Melbourne et à M. Bain Attwood, professeur au département d'Histoire de la même université, qui ont encadré mes recherches en Australie et qui m'ont aidé à défmir précisément le domaine que j'ai choisi d'explorer, la politique aborigène. Je les remercie également de m'avoir fait découvrir la littérature concernant le sujet, inaccessible en France, et de m'avoir mise en contact avec certains militants autochtones. Leur aide m'a été indispensable. TIme paraît également important de mentionner dans ces remerciements le gouvernement australien et le ministère des affaires étrangères français pour m'avoir donner les moyens fmanciers pour séjourner en Australie sans lesquels l'essentiel de mes recherches aurait été impossible; l'école doctorale Espace Européen Contemporain, politiques, économies, sociétés et cultures, qui a contribué à mes recherches en fmançant ma participation à un congrès d'australianistes en Italie en septembre 2001 et qui a fmancé la venue du militant aborigène Les Malezer à Paris ill en janvier 2002, dans le cadre du cours d'agrégation sur la Réconciliation en Australie. Le Bureau des
Relations Internationales de l'université Paris ill

- Sorbonne

Nouvelle

a

également fmancé ma participation à un congrès en Grande-Bretagne en août 2002 et je lui en sais gré. Mes remerciements vont également au service culturel de l'ambassade d'Australie où j'ai pu travailler quelques mois en 1999; à Nicolas Baker d'Austrade; au Centre de Documentation, de Recherche et d'Information des Peuples Autochtones (DOCIP), qui m'a acceptée comme employée bénévole

en juillet 2002, à Genève, et m'a ainsi pennis de participer au groupe de travail sur les populations autochtones à l'ONU; au personnel de la bibliothèque de l'Institut australien d'études aborigènes et insulaires (AIATSIS) à Canberra et à Marie Barry de la bibliothèque Elizabeth Eggleston du centre d'études sur les indigènes australiens de Monash University; à Mme Pomel, de l'Institut du Monde Anglophone de Paris ill, qui été une aide exceptionnelle en de très nombreuses occasions. J'exprime toute ma gratitude à Les Malezer pour les précieux détails sur la vie politique aborigène donnés au fil des conversations ainsi qu'aux autres militants aborigènes qui ont bien voulu me consacrer quelques heures ou même quelques jours: Gary Foley, Michael Mansell, Marcia Langton, Geoff Clark et Bob Weatherall. Merci également à Lindi Guédy et Katia Thiévin qui m'ont aidée à persévérer dans les moments de doute. Mes remerciements les plus chaleureux à mes parents, Aurore et Antoine Castejon, à ma sœur, Maya Castejon et à mon compagnon, Gaël Monvoisin, qui m'ont apporté le soutien qui m'était nécessaire tout au long de ce travail. Je les remercie très sincèrement.

10

TABLE DES MATIERES

REMER ClEMENTS TABLE DES .MA.TIERES A VANT PROPOS INTR 0 DU CTI 0 N BREVE PRESENTATION DES ABORIGENES AUSTRALIENS HISTOIRE ET CULTURE ... DONNÉES SOCIO-ECONOMIQUES .. ...

9 11 15 17 25 25 .28

PREMIERE PARTIE: MARGINALIS A TI ON CHAPITRE 1: Situation des Aborigènes dans les structures politiques

australiennes LES IN'STITUTI 0 NS POLITIQUES LES POUVOIRS EXECUTIF ET JUDICIAIRE La monarchie Le gouvernement et la Haute Cour LE POUVOIR LEGISLATIF Les parlements australiens Les députés aborigènes Le débat sur les sièges parlementaires aborigènes LE SYSTÈME ÉLECTORAL Le vote Les modes de scrutin

...

37 37 37 37 40 40 40 42 47 50 50 53 54 54 54 56 57 57

LES PARTIS POLITIQUES LES PARTIS POLITIQUES AUSTRALIENS Les grands partis Les partis "secondaires" LES PARTIS POLITIQUES ET LES ABORIGENES Des années 1950 à nos jours

Les partis politiques et les Aborigènes en 2001/2002 Les partis aborigènes
CHAPITRE 2: Les institutions aborigènes gouvernementales, une

60 66

marginalisation politique? EXCLUSION, ASSIMILATION, MARGINALISA TI ON POLITIQUES? DE L'EXCLUSION A L'INTEGRATION: 1901-1967 La Constitution australienne Vers le référendum de 1967 Un référendum pour l'assimilation? LES INSTITUTIONS ABORIGENES: MARGINALISATION POLITIQUE? Les premières institutions, 1973-1990, et la construction d'ATSIC ATSIC: un nouveau type d'institution aborigène gouvernementale? ATSIC: UNE ORGANISATION ABORIGENE? UN INTERLOCUTEUR POUR LE GOUVERNEMENT? La création d'une entité représentative Le manque de soutien aborigène L'indépendance relative d' ATSIC LA "BUREAUCRATIE NOIRE", UN MOYEN DE CANALISER LES ASPIRATIONS ABORIGENES? L'autodétermination par le biais des institutions aborigènes gouvernementales? Le cloisonnement des militants aborigènes. Une nouvelle forme de politique assimilationniste?
CHAPITRE
,

71 71 71 71 73 75 76 76 78 80 80 80 82 85 89 89 91 93

3: Les Aborigènes face aux politiques

gouvernementales

imposées. Etude de cas: la Réconciliation

97

LA RECONCILIATION: DU SILENCE AU MONOLOGUE BLANC? ...98 LA RECONCILIATION: UNE CONSTRUCTION NON -INDIGENE 98 Le Conseil pour la Réconciliation Aborigène et le gouvernement australien 99 L'opinion publique australienne 103 UNE NOUVELLE INTERPRETATION BLANCHE DE L'AUSTRALIE 107 Reconnaître les responsabilités dans l'histoire commune 107 Atteindre l'harmonie en créant une nouvelle identité? 111 12

LE SCEPTICISME ABORIGENE LA RECONCILIATION: UN OUTIL STRATEGIQUE? La Réconciliation: pour une meilleure image de l'Australie? Un moyen de détourner l'attention des revendications politiques
aborigènes

115 115 115

.

.....120
124 124 127 134

REORIENTER LA RECONCILIATION? Perspectives modérées Perspectives radicales: la paix avant la Réconciliation Manifestations face aux ''j eux de la Réconciliation"
DEUXIEME PARTIE: REVENDICATIONS

CHAPITRE 4: la dissidence politique aborigène: pour une reconnaissance?..145 LES REVENDICATIONS AUTON 0 MIS TES AUTODETERMIN"ATION Déflnitions australiennes
Comparaisons.

148 .149 .149 .155 .15 8 ..161 ..165

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 152

Limites de la définition internationale
SO UVERAIN'ETE ABO RI G ENE.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 157

Combats pour la souveraineté Souveraineté et aboriginalité Pour une reconnaissance politique?

LE GOUVERNEMENT ABORIGENE PROVISOIRE 170 LA CREATION DU GOUVERNEMENT ABORIGENE PROVISOIRE ..171 La constitution de l'APG 171 L'APG, une alternative au statu quo politique 174 LES REVENDICATIONS ...177 Autodétermination et souveraineté: l' APG utopique 177 Les stratégies pour radicaliser le débat: l' APG provocateur 182 LES REACTIONS .185 Le soutien aborigène .185 Les pems blanches 187

13

CHAPITRE 5: le traité, vers un compromis? 191 LE TRAITE: UN DIALOGUE ENTRE AUSTRALIENS? 191 Propositions des institutions aborigènes gouvernementales et réactions du gouvernement... .192 Propositions pour un traité entre deux peuples 196 LE TRAITE: UNE CONVERSATION INTERNATIONALE? 202 Propositions de traité entre le peuple aborigène souverain et la nation australienne 202 Les négociations du traité dans le cadre des institutions internationales. 207 CON CL USI 0 N BIBLI OGRA.PHIE BffiLIOGRAPHIE METHODOLOGIE BffiLIOGRAPHIE GENERALITES BffiLIOGRAPHIE mSTOIRE DE L'AUSTRALIE BffiLIOGRAPHIE AUTOCHTONES AUSTRALIENS BffiLIOGRAPHIE ABORIGENES ET POLITIQUE BREVE ClIRONOLOGIE .. ... ANNEXES ... 215 ...221 223 223 224 225 229 247 251

14

AVANT PROPOS

En accord avec les avertissements présents dans les documents respectant la culture aborigène, je souhaite préciser que certaines illustrations de cet ouvrage représentent des hommes et femmes aborigènes décédés. Le nom "Aborigène" est intentionnellement écrit avec une majuscule. Le terme "aborigène" signifie indigène, natif, "naturel" et s'oppose à "allogène" tandis qu'''Aborigène'' s'applique uniquement aux aborigènes australiens. En Australie, les adjectifs aborigène, insulaire et indigène s'écrivent également parfois avec une majuscule. Ils sont écrits dans cet ouvrage avec une minuscule afm de respecter l'usage français. "Koori" est parfois employé pour "Aborigène" au sens général. II désigne en réalité une partie des Aborigènes, situés dans le sud-est de l'Australie (il existe d'autres noms pour d'autres régions, qui apparaissent moins fréquemment, tel que "Murri" dans la région de Brisbane) mais son usage est parfois généralisé à tous les Aborigènes. D'après l'Encyclopédie de l'Australie aborigène: '''Koori' signifie"notre peuple". Ce mot est utilisé ici pour remplacer 'Aborigène' au sens national. Il ne remplace pas les noms utilisés par les gens pour se défmir. Un des premiers éléments du processus de colonisation et de l'esclavage est la 'dés-identification' de la population concernée et le remplacementdes noms des personnes et des groupes par des noms descriptifs comme 'indiens', 'aborigènes', 'indigènes' ou 'noirs'''. "Réconciliation" est écrit avec une majuscule car il s'agit du concept créé par le gouvernement australien. Néanmoins, lorsque les auteurs ont utilisé une minuscule celle-ci a été conservée. "Leader" est un anglicisme, auquel le journal officiel préfère chef, dirigeant, guide ou meneur. Ce mot est néanmoins présent dans le Petit Robert et signifie "personne qui prend la tête d'un mouvement, d'un groupe". J'ai choisi de l'utiliser dans le cas où il est utilisé par les commentateurs politiques, autochtones ou non, et dans le cas où il défmit les représentants

indigènes désignés par le gouvernement. Ce terme me paraît être un anathème, une manière de marginaliser. TIest utilisé pour laisser penser que les personnes désignées représentent tous les autochtones (on ne parle pas du "leader" non-aborigène lorsqu'on fait référence à un homme politique nonaborigène). Les diminutifs des prénoms des leaders et militants aborigènes sont souvent utilisés dans la presse. J'ai parfois utilisé ces diminutifs dans les cas où ils sont plus connus en Australie que les noms des personnes citées. Par exemple Geoff Clark, n'est jamais appelé Geoffrey. Le terme "Commonwealth", en particulier dans les citations en anglais, fait référence, la plupart du temps, au "Commonwealth of Australia" (l'Etat fédéral australien) et non au "Commonwealth olNations" (plus connu sous le nom de "Commonwealth", regroupant les anciennes colonies britanniques, dont l'Australie fait partie). Le terme "tribu" est applicable aux sociétés dites "primitives" selon la défInition du Petit Robert. TIsemble refléter un point de vue colonialiste. Le terme "communauté" sera utilisé dans cet ouvrage car il est couramment utilisé en Australie. Certains utilisent également le mot "nation" mais les autochtones n'ont pas officiellement ce statut. ATSIC est traduit par "commission" des Aborigènes et insulaires du détroit de Torres alors que "conseil" aurait été plus approprié car le rôle d'ATSIC est plus important qu'un rôle de commission (comme on le verra dans le chapitre 2). Néanmoins, pour éviter une confusion avec le Conseil pour la Réconciliation Aborigène, le tenne "commission" a été choisi.

Après ces mises au point il me semble nécessaire également de préciser que ce sujet est en constante évolution. Chaque jour des faits, des évènements pourraient être ajoutés. Les recherches, pour une thèse au départ, ont été arrêtées en 2002. Rien de ce qui s'est déroulé depuis en Australie cette époque ne contredit le propos de ce travail.

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INTRODUCTION

Depuis la colonisation de l'Australie en 1788, les Aborigènes ont été relégués à une place déterminée par le gouvernement hors du système politique australien puis à l'intérieur même de celui-ci. Le capitaine Cook déclara l'Australie "terra nullius" et, au nom de la Couronne britannique, en 1770, s'appropria les terres aborigènes en dépit des recommandations du Colonial Office. Les Aborigènes furent exploités par les colons puis exclus de la vie politique par la Couronne britannique, officiellement ignorés. Le gouvernement australien confmna ce statut lors de la fédération en 1901 (la formation de l'Australie par le rassemblement de plusieurs colonies britanniques): ils furent tenu à l'écart de la construction politique de la nation en dépit de leur contribution, largement reconnue, à la croissance économique du paysl. Jusqu'au milieu du vingtième siècle, les Aborigènes restèrent considérés comme "une race condamnée", et n'avaient pas leur place dans la vie politique de la nation (bien qu'ils aient été autorisés à s'enrôler dans l'année australienne pendant la première et la seconde guerre mondiale2). Depuis 1967, date à laquelle le parlement fédéral a obtenu le droit de légiférer sur les questions indigènes, les Aborigènes sont confmés dans les institutions politiques créées spécialement pour eux par le gouvernement fédéral. TIs sont marginalisés car présents uniquement dans la partie du système choisie par le gouvernement. De même, la politique gouvernementale de "Réconciliation" permet d'étouffer les revendications politiques aborigènes. Les réactions Aborigènes à cette marginalisation sont diverses. Certains tentent d'améliorer la place des Aborigènes dans la société australienne depuis le système politique australien. Ceux-là ont revendiqué le droit pour les Aborigènes de défmir
I May Dawn. Aboriginal Labour and the Cattle Industry: Oueensland from White Settlement to the Present" Cambridge, UK: Cambridge University Press, 1994, 242p et aussi Henry Reynolds. With the White PooDle, Ringwood, Vie: Penguin books, 1990, 288p. 2 "Neither necessary nor desirable, the struggle for the right to enlist" dans Robert A. Hall. The Black Die:e:ers:Abori£!Ïnes and Torres Strait Islanders in the Second World War, North Sydney: Allen & Unwin, 1989, p8-31.

eux-mêmes leur place dans la société australienne, et dans le système politique en particulier, plutôt que de se voir imposer une place donnée. D'autres évoquent une place autre pour les Aborigènes, en dehors du système imposé par l'Etat australien. Les questions soulevées dans cet ouvrage sont les suivantes: De quelle manière les Aborigènes sont-ils marginalisés dans le système politique australien? Leurs revendications autonomistes n'ont-elles pour but que d'obtenir une reconnaissance de leur identité aborigène contre une intégration de force dans le système australien? Je souhaiterais préciser dans cette introduction que je suis non-aborigène et que ma perspective est donc certainement aussi non-aborigène3. Je n'ai pas l'intention de suggérer ici ce qu'il serait préférable d'envisager pour améliorer la place des Aborigènes dans la société australienne. Je suis consciente que cette étude est une étude non-aborigène sur les Aborigènes, une interprétation non-indigène. Je m'efforcerai, dans cet ouvrage et pour être en accord avec le sujet traité, de donner au lecteur un aperçu des relations entre les Aborigènes et l'Etat australien en tentant de mettre en valeur, à chaque fois que cela sera possible, les points de vue aborigènes. Cette mise au point me paraît nécessaire dans la mesure où l'on m'a reproché, en Australie, de vouloir traiter ce sujet. Les réactions des nonaborigènes à l'annonce de mon sujet de recherche ont en effet été proches de "l'hyperréalisme", théorie qui interdit d'étudier un peuple si on en fait pas partie. Certains étaient choqués que mon étude porte sur les mouvements "dissidents" aborigènes: "Comment une non-aborigène, de surcroît nonaustralienne, peut-elle juger de la situation dans ce pays? ". Certains y ont vu une provocation. On m'a demandé si je suggérais que les blancs continuent de maltraiter les Aborigènes et surtout si je comptais donner une mauvaise image de l'Australie. Les réactions des Aborigènes ont été moins extrêmes. Les militants et leaders aborigènes que j'ai interviewés étaient surpris par le sujet, original d'après eux.

Le militant Michael Mansell m'a fait remarquer que je parlais d'une "séparation" possible de l'État australien et que l'utilisation de ce terme traduisait un point de vue blanc puisque d'après certains Aborigènes, dont Michael Mansell fait partie, la souveraineté n'a jamais été cédée et la nation aborigène a toujours été une nation à part entière. Entretien de l'auteur avec Michael Mansell, 25 janvier 2001, Launceston, Tasmanie. 18

3

Les Aborigènes sont "le" peuple le plus étudié du monde, mais les études sont souvent anthropologiques ou ethnologiques (en France également, les thèses concernant les Aborigènes australiens sont pour la plupart des thèses d'ethnologie ou d'art). TIs'agit rarement de "sociologie politique", si ce terme peut être employé ici. Les Aborigènes étudiés sont habituellement les Aborigènes vivant dans les communautés rurales, de manière "traditionnelle". La majorité de la population aborigène (72.6% en 19964)vit pourtant en zone urbaine. TI existe des thèses australiennes traitant des questions aborigènes urbaines mais celles-ci sont rares et sont pour la plupart des thèses de droit5. C'est en ce sens que mon sujet paraissait étonner les activistes aborigènes. Leurs réactions étaient plus positives que celles des non-aborigènes, et bien éloignées de l'''hyperréalisme''. L'activiste Gary Foley, m'a également fait remarquer que mon sujet serait traité plus objectivement, du fait que je suis non-australienne et surtout du fait que je ne suis pas impliquée dans le "conflit". Mon fmancement par le gouvernement australien6 a inquiété les activistes que j'ai rencontrés. Certains m'ont demandé si je devais donner un rapport détaillé au gouvernement sur mes recherches. TIsse sont inquiétés aussi de savoir quelle était mon approche, si j'allais mettre en avant la manière dont le gouvernement marginalise les Aborigènes ou plutôt les réactions aborigènes à cette marginalisation. De quel point de vue allais-je aborder le problème? Cette inquiétude vient certainement du fait que les historiens australiens, pendant presque deux cents ans, se sont concentrés sur le point de vue des colons. Depuis le début des années 1980 les historiens australiens ont une nouvelle approche de l'histoire australienne et aborigène en particulier. Henry Reynolds, qui est l'un des plus célèbres, sinon le plus célèbre historien des questions aborigènes, a initié ce nouveau courant. TIa démontré, entre autres, que les Aborigènes n'ont pas fait preuve de résistance passive lors de la
4

ABS. ''Population, Special Article - Aboriginal and Torres Strait Islander Australians: A statistical profile from the 1996 Census", Year Book Australi~ 1999, ABS Catalogue No. 1301.01. 5 Par exemple, et c'est la thèse la plus proche du sujet traité ici: Strelein, Lisa Mary. Indi2enous Self-detennination Claims and the Common Law in Australi~ Canberra: Australian National University, avril 1998. 6 Bourse AEAP, Australian European Award Programme, du gouvernement australien donnée par le biais du ministère des affaires étrangères français, pour un an, de février 2000 à février 2001.

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colonisation mais qu'il y a eu de nombreux affrontements entre Aborigènes et colons contrairement à ce qui était écrit dans les ouvrages historiques australiens classiques 7. Ces nouveaux historiens, qui tentent de réinterpréter l'histoire australienne depuis la colonisation, sont appelés des "Black Armband historians" ("historiens portant un brassard noir", qui peut être interprété comme "en deuil" ou comme "historiens portant un brassard pour montrer leur soutien à la cause des noirs"). Geoffrey Blainey, historien "conservateur", les a qualifiés ainsi en raison de la vision trop négative, d'après lui, qu'ils donneraient de l'histoire des relations entre Aborigènes et non-aborigènes (il sous-entendrait que les nouveaux historiens agissent comme des personnes en deuil, ayant perdu tout sang-froid, incapables d'être rationnels)8. TI aurait également parlé de "l'industrie de la culpabilité,,9 entretenue par les historiens à la suite du rapport sur les générations volées (le gouvernement, de la fm du dixneuvième siècle aux années 1970, appliquant une politique d'assimilation, enlevait les enfants aborigènes métis pour les placer dans des familles blanches, le but étant d'assimiler, de faire disparaître la culture aborigènelo.
John (Winston) Howard, Premier ministre australien depuis 1996, a repris les propos de Geoffrey Blainey et les a rendus célèbres: "L'interprétation du passé des 'historiens en noir' reflète la conviction que la plus grande partie de l'Histoire australienne depuis 1788 n'a été rien d'autre qu'une histoire honteuse d'impérialisme, d'exploitation, de sexisme et autres formes de discrimination"II .
Henry Reynolds. The Other Side of the Frontier: Aboriginal Resistance to the European Invasion of Australia (1981), Ringwood, Victoria: Penguin Books, 1990, 255p. Voir également du même auteur Why Weren't We Told: A Personal Search for the Truth About Our Historv (1999), Ringwood, Victoria: Penguin Books, 2000, 264p. 8 D'après Richard Hall, dans l'introduction de Black Armband Days: Truth From the Dark Side of Australia's Past. op.cit.,. 9 "Guilt industry". Adi Wimmer, "Why We Need Black Armbands", congrès de l'association européenne des études australiennes (European Association of Studies on Australia, EASA), Lecce, Italie, du 22 au 29 septembre 2001. 10 Voir par exemple Human Rights and Equal Opportunity Commission. Brinf!Îng Them Home: Reuort on the National Inauirv into the SC\Jaration of AboriIDnal and Torres Strait Islander Children from their Families, Sydney, 26 mai 1997, 700p. Il Propos extraits de Richard Hall. Black Armband Davs: Truth From the Dark Side of Australia's Past, op.cit.. quatrième de couverture. 20 7

Cet ouvrage, lorsqu'il s'agira de sources historiques, se référera à ces historiens "en deuil" ou "en noir". En ce qui concerne la méthodologie, l'ouvrage de référence utilisé dans ce livre est un ouvrage écrit par une femme maorie qui s'intitule "Decolonizing Methodologies"12. Cet ouvrage indique la marche à suivre, en ce qui concerne les recherches indigènes, pour s'éloigner des études "coloniales" traditionnelles. Je souhaiterais préciser qu'il sera fait référence aux autres peuples indigènes uniquement dans la mesure où leur expérience a influencé l'expérience aborigène. Cet ouvrage n'a pas pour but d'établir une étude comparative entre les peuples indigènes des différents pays. Les insulaires du détroit de Torres, autre peuple indigène australien (les îles du détroit de Torres se trouvent entre la pointe du Cap York, au Queensland, et la Papouasie Nouvelle Guinée), seront exclus de cette étude. Bien qu'ils soient souvent associés aux yeux du gouvernement australien13, leur histoire et leur culture diffèrent de celles des Aborigènes14 et sont plus proches des cultures des peuples de Papouasie Nouvelle-Guinée et du Pacifique. Les insulaires du détroit de Torres ne seront mentionnés que pour mettre en valeur l'influence de leur lutte pour les droits territoriaux sur les droits territoriaux aborigènes. n me semble également important de préciser que j'ai choisi de limiter cette recherche aux aspects politiques et la question des droits territoriaux, essentielle pour les Aborigènes, n'est abordée que dans le sens ou elle participe aux revendications politiques. Les seules études concernant les Aborigènes et le système politique australien portent sur l'autodétermination, et l'approche est souvent légale. L'affaire Mabo, en 1992, la loi sur le Titre Autochtone, le "Native Title", en 1993, l'affaire Wik en 1996 et la révision de la loi sur le Titre Autochtone en 1998 ont donné lieu à un certain nombre d'analyses du droit à l'autodétermination aborigène. Eddie Mabo, du peuple Meriam de Murray Island dans le détroit de Torres, a intentéune action en justice en 1982 contre le gouvernement
Linda Tuhiwai Smith. Decolonizine: Methodolo~es: Research and Indigenous Peoples, Dunedin, Nouvelle-Zélande: University of Otago Press, 1999, 208p. 13 Par la Commission des Aborigènes et des insulaires du détroit de Torres (ATSIC), par exemple. 14 Boigu Island Community Council. Boie:u: Our History and Culture, Canberra: Aboriginal Studies Press, 1991, 151p. 21 12

de l'Etat du Queensland pour une confirmation des droits territoriaux traditionnels, faisant valoir que les Meriams avaient habité jusque-là Murray et les îles alentours sans discontinuer, en communautés permanentes, avec leurs propres organisations sociale et politique. Après 10 ans de procès, en 1992, la Haute Cour a finalement reconnu l'occupation des terres par les indigènes avant l'arrivée des colons. En effet, la loi avait fait de l'Australie une "terra nullius", c'est à dire qu'elle était considérée comme inoccupée avant la colonisation européenne. Après l'affaire Mabo, la reconnaissance du droit au "Titre Autochtone" fondée sur les traditions et lois indigènes pouvait se faire dans les cas où les indigènes avaient gardé un lien avec la terre qu'ils revendiquaient, si ce droit n'avait pas été éteint par la Couronne. La décision de la Haute Cour a été confmnée par la loi sur le Titre Autochtone, en 1993, qui elle-même a été amendée par l'affaire Wik en 1996 (les baux pastoraux peuvent annuler les droits au Titre Autochtone) et le plan en 10 points du gouvernement Howard en 1998. Au cours de la dernière décennie (depuis 1990) un grand nombre d'articles ont été publiés sur ces revendications territoriales. Certains mentionnaient l'autodétennination, mais le domaine que je me propose d'explorer, c'est-àdire le cloisonnement politique et ses réponses aborigènes pour une reconnaissance, n'a pas été abordé.

J'ai tenté d'avoir une approche du sujet plus historique que politique. Je tiens à préciser que si ma vision paraît radicale c'est qu'elle est partiellement inspirée des discours des militants aborigènes qui s'intéressent à l'amélioration de la place politique des Aborigènes dans la société australienne (Geoff Clark, Michael et Patrick Dodson, Gary Foley, Les Malezer, Michael Mansell, Lowitja O'Donoghue, Noel Pearson, Gallarwuy Yunupingu, etc.). Ces militants ont souvent un discours provocateur pour pouvoir se faire entendre et paraissent représenter toutes les voix indigènes. Les Aborigènes qui oeuvrent pour une amélioration de la situation politique sont une minorité dans la population aborigène qui elle-même ne représente qu'un peu plus de 2 % de la population australienne. L'histoire politique aborigène sera mentionnée dans les différentes parties (référendum, premières institutions et premiers mouvements de protestation) pour expliquer la situation actuelle mais le propos sera centré sur la dernière décennie, durant laquelle de nombreux changements se sont produits (création de la Commission des Aborigènes et insulaires du détroit de 22

Torres- ATSIC, du Gouvernement Aborigène Provisoire, affaire Mabo, rapport sur les générations volées, marches pour la Réconciliation, etc.) et durant laquelle une nouvelle approche s'est développée. Pour mieux comprendre la situation actuelle des Aborigènes dans le système politique australien, j'ai choisi de présenter en premier lieu les Aborigènes dans les institutions politiques communes puis de présenter les institutions "aborigènes" et la politique gouvernementale actuelle, imposée aux Aborigènes, la Réconciliation. Dans un deuxième temps j'étudierai les aspirations politiques aborigènes. Ces thèmes pennettront de détenniner si la "frontière" (l'expansion coloniale) et la résistance aborigène, les conflits entre les deux groupes, qui sont les thèmes favoris de I'historien Henry Reynolds pour la période coloniale, sont toujours d'actualité concernant la place politique des Aborigènes. L'Australie est-elle dans une situation postcoloniale ou bien au contraire, entretient-elle les restes de son passé colonial par la marginalisation politique des Aborigènes? Quelles sont les opinions des Aborigènes à ce sujet et comment envisagent-ils leur devenir politique?

23

BREVE PRESENTATION

DES ABORIGENES AUSTRALIENS

HISTOIRE ET CULTURE L'histoire aborigène, datée par les non-aborigènes, a environ 60 000 ans. Dans certains rares ouvrages d'histoire on peut trouver des chronologies concernant l'histoire australienne commençant en -120 000 avant JC. Les livres de référence dans le domaine de I'histoire des Aborigènes depuis la colonisation sont, par exemple, ceux d'Henry Reynolds, Frank Brennan, Garth Nettheim, Bain Attwood, Andrew Markus, Eleonor Bourke. La seule Aborigène parmi ces historiens est Eleonor Bourke. il existe peu de manuels d'histoire australienne écrits par des indigènes. La forme la plus courante d'expression indigène est la biographie et l'autobiographiel5 et la plupart de ces ouvrages concernent la perte de famille ou la parenté en général. L'histoire aborigène, en dehors de l'écriture, est transmise par la parole, mais aussi la danse, la musique, les chansons, les peintures, les sculptures, les dessins sur sable et écorce et plus récemment les dessins sur toile et papier (les dessins les plus courants sont ceux utilisant les points mais, comme l'a remarqué une artiste et universitaire aborigène, cette technique est utilisée par beaucoup d'artistes aujourd'hui parce que le marché attend cela d'eux. Elle parle d'un stéréotype artistique, d'une représentation statique de l'art aborigèneI6). En 2002, il existe des CD RomI7 et des films qui permettent de transmettre l'histoire, l'héritage culturel aborigène. Parmi les succès les plus récents, par exemple: "Rabbit ProofFence", sur les générations volées, réalisé par Philip
Par exemple, Jack Davis. A Bov's Life (1991), Broome, WA: Magabala Books, 1993, 145pp, ou Wayne King. Black Hours (1996), Sydney: HarperCollinsPublishers, 1998, 239p ou Yami Lester. Yami, Alice Springs, NT: Institute for Aboriginal Development Publications, 1993, 185p ou encore Oodgeroo (Kath Walker). Mv People (1970), Milton, Qld: The Jacaranda Press, 1990, 3ème edition, 12Op. 16 Shirley Gilbert, "Britain Creating Australian Shards -Indigenous Australian ceramics and the Colonial Voice", BASA, association britannique des études sur l'Australie, 29 août 2002. 17 L'encyclopédie aborigène existe sur CD Rom. Il existe aussi des CD Rom sur les droits territoriaux (comme le CDROM intitulé "Lore of the Land"), entre autres. En France, un CD Rom intitulé "Yapa: Art virtuel du désert australien" a été réalisé sur les Warlpiri par Barbara Glowczewski en février 2000. 15

Noyce, un non-aborigène (Miramax, 2002), dont la phrase d'accroche, sur l'affiche, était: "Que diriez-vous si le gouvernement kidnappait votre fille?". De même, "Beneath Clouds" réalisé par un Aborigène, Ivan Sen (Axiom films, 2002) a reçu deux prix au festival international du film de Berlin en 2002. La transmission de l'histoire aborigène a été interrompue en Australie pendant des décennies. Certaines régions ont interdit les cérémonies aborigènes, les enfants ont été enlevés en partie pour procéder à une acculturation aborigène. Les non-aborigènes n'ont eu aucune éducation relative à I'histoire ou à la culture aborigène pendant cette période. Jusque dans les années 1980, les livres d'histoire australiens évoquaient au mieux les Aborigènes au moment de la colonisation, et ne présentaient celle-ci que du point de vue du "vainqueur". Les Aborigènes étaient exclus. L'ignorance des non-indigènes entretenait la peur de "l'autre" et donc le racisme. D'après Henry Reynolds dans les années 1950, dans les endroits isolés (il mentionne sa ville natale en Tasmanie) les gens n'avaient jamais vu d'étrangers et encore moins d'indigènes. La peur était réciproque, les Aborigènes craignaient les non-indigènes. D'après Henry Reynolds, ils "savaient quelle était leur place". Du point de vue politique, puisqu'il s'agit du sujet de cette étude, on peut penser que ces attitudes ont pu jouer un rôle sur la place actuelle des Aborigènes. Henry Reynolds cite une interview réalisée par un de ses élèves: "Lors d'une autre interview une très vieille femme dit qu'elle avait averti les jeunes de ne pas faire de politique, de ne remettre en question les migloos (non-aborigènes)d'aucune façon, parce que le
risque que les enfants soient enlevés était toujours présent,,18.

Les conflits sont encore récents. Les derniers massacres d'Aborigènes datent des années 1930 et l'enlèvement des enfants aborigènes ne s'est achevé que dans les années 1970. On verra par la suite que certains considèrent que le conflit est toujours d'actualité. L'ignorance de certains non-aborigènes, née de la distance physique (isolement naturel, déplacements ou ghettoïsation dans les villes) et culturelle, a mené à la construction de stéréotypes aborigènes diffusés en

18

"Confronting

the realities ofrace",

dans Henry Reynolds, 2000, op.cit.

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Australie et dans le monde entier19,et à la construction d'une défmition nonaborigène de "l'aboriginalité" ("Aboriginality" est couramment employé en Australie pour parler de l'identité aborigène). En ce qui concerne l'Etat, la fabrication de stéréotypes est intéressée, elle est utilisée comme moyen de domination. Pour certains, un "vrai" Aborigène est un Aborigène vivant dans les communautés isolées. L'homme est vu comme le maître du sacré, la femme comme mère nourricière. Certains ont encore l'image du "bon sauvage" et entretiennent une sorte de paternalisme à l'égard des autochtones. En fait, la société aborigène est une société multiculturelle et, s'il est vrai que certains ont souhaité conserver le mode de vie traditionnel, la majorité des Aborigènes vit dans les villes en 2002. Certains ont adapté leur culture à la culture non-aborigène. La culture aborigène, comme toutes les cultures, évolue, se transforme, que ce soit dans les communautés isolées ou dans les centres urbains. On peut citer le domaine des langues par exemple, où l'on constate que deux créoles sont apparus récemment, le premier au Queensland et dans les îles du détroit de Torres, et l'autre, le Kriol, dans le nord de l'Australie (ceux-là viennent s'ajouter aux 250 langues différentes et 650 dialectes relevés en Australie). Les constantes et points communs aux différentes cultures aborigènes restent, entre autres, l'attachement à la terre et le système de parenté, mais aussi la spiritualité (il existe nombre de croyances communes, en particulier le Temps du Rêve20). On verra par la suite que la recherche d'une identité collective, la construction d'une "aboriginalité" a été et est utilisée face au rejet non-aborigène, face aux tentatives d'assimilation. En 2002 I'histoire et la culture aborigène ne sont plus ignorées ni rej etées. Elles sont entretenues, par exemple, par la mise en place d'un enseignement bilingue dans les communautés indigènes. Les enfants apprennent d'abord leur langue natale avant d'apprendre l'Anglais. Les élèves non-indigènes
Pour l'imagerie du vingtième siècle voir par exemple l'ouvrage scientifique édité sous la direction de Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Gilles Boetsch, Eric Deroo et Sandrine Lemaire. Zoos humains.. de la vénus hottentote aux reality shows, Paris: Editions La Découverte, 2002, 479pp, ou dans un registre moins scientifique, le catalogue de l'exposition ''K.annibals et Vahinés, Imageries des mers du Sud", Paris: Editions de la réunion des musées nationaux, 2001, 183pp, exposition qui a eu lieu au Musée National des Arts d'Afrique et d'Océanie, du 24 octobre 2001 au 18 février 2002. 20 Dreamtime. Voir, par exemple Barbara Glowczewski. Les rêveurs du désert: oeuple Warloiri d'Australie (1989), Arles: Actes Sud - Babel, 1996, 379p. 27 19

sont aussi sensibilisés à la culture indigène. Les étudiants peuvent choisir des modules d'histoire aborigène dans de nombreuses universités. On perçoit un intérêt grandissant de la population non-aborigène pour la culture aborigène. On peut imaginer que les Australiens, toujours en quête d'identité, tentent d'intégrer la culture aborigène à la défmition de la culture australienne. L'image de l'Australie donnée à l'étranger intègre fréquemment des images censées représenter les Aborigènes. Dans les guides touristiques, par exemple, on trouve généralement des photos d'Aborigènes peints pour les cérémonies, des didgeridoos (instrument de musique aborigène très répandu en Europe depuis quelques années) ou encore des peintures à points. Les Aborigènes ne représentent qu'un peu plus de 2% de la population mais l'utilisation de leur culture pourrait laisser croire que leur place est importante dans la société australienne. S'agit-il de mettre en avant la culture la plus vieille du monde ou de récupérer cette culture pour laisser croire à une harmonie australienne? L'intégration de la culture aborigène à la défmition de l'identité australienne permet-elle une amélioration de la place des indigènes dans la société australienne?

DONNÉES

SOCIO-ECONOMIQUES

Ces données permettront d'estimer la place qu'occupent les autochtones dans la société australienne, de constater pourquoi le terme "quart-monde", utilisé pour défmir les indigènes vivant dans les conditions du tiers-monde dans les pays développés, est applicable aux autochtones australiens. L'étude des chiffres du bureau des statistiques australien21 est parfois déroutante. Les chiffres concernant les autochtones sont comparés à ceux de la population globale, qui contient donc aussi les indigènes. Ceci peut être expliqué par le fait que les autochtones représentent une très faible proportion de la population globale (2,4%). Le bureau des statistiques rappelle également que parfois les données sont faussées par le manque d'infonnations données par les communautés indigènes.
21 Bureau australien des statistiques: pour les références des communiqués utilisés dans cette partie, voir Australian Bureau ofStatistics, dans la bibliographie. 28