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Les armées françaises à l'heure de l'interarmisation et de la multinationalisation

De
593 pages
Dernier tome de la série Les Armées françaises à l'aube du 21ème siècle, ce volume se veut la synthèse et le couronnement des travaux précédents. Il est sûr que l'Armée française, depuis de nombreuses années, doit mener de front la bataille de l'Interarmisation et de la Multinationalisation. Et l'Interarmées et l'Interalliés vont encore progresser et marquer, de plus en plus, l'organisation et les missions de nos forces armées, et sont bien, désormais, au coeur de la Défense.
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LES ARMEES FRANCAISES A
L'HEURE DE L'INTERARMISATION
ET DE LA MULTINATIONALISATIONCollection « Défense»
. Le moment n'est hélas pas venu - peut-il d'ailleurs venir? -
où la force militaire pourrait être reléguée dans le
« linceul de pourpre où dorment les Dieux morts», chers à
André MALRAUX.
Le monde est en effet constitué de longtemps sinon de
toujours « d'Etats-Nations» dont le nombre ne cesse de
progresser et progressera sans doute encore au XXIème
siècle s'il faut en croire la prophétie du Père Serge
BONNET: «Le XXIème siècle sera plus encore que le
XXème s/ëcle le s/ëcle des Nations».
. Se pose à ces «Etats-Nations» le problème de leur
défense, c'est-à-dire la fonction vitale d'assurer leur
sécurité, leur paix, leur indépendance, l'obligation de
préserver et de pérenniser les signes forts d'une identité
nationale à travers les accidents de l'Histoire, à savoir: un
territoire et la communauté consciente des hommes qui
l'habitent. On peut convenir en effet d'appeler « politique
de Défense» l'ensemble des mesures et dispositions de
tous ordres prises par le Pouvoir pour assurer la sécurité
et l'intégrité du territoire national dont i I a la charge et,
par ricochet, la paix du peuple qui y vit. Pour utiliser les
termes très voisins retenus par l'ordonnance du 7 janvier
1959, la Défense « a pour objet d'assureren tout temps,
en toutes circonstances et contre toutes les formes
d'agression, la sécurité et l'intégrité du territoire ainsi
que la vie de la population».
. Cette collection entend accueillir les réflexions qui
touchent le domaine de la Défense ainsi défini, domaine
global, multiforme, en constante évolution, en privilégiant
bien sûr le cas de la France et de l'Europe dans un
contexte qui est désormais, ici aussi, de plus en plus
d'emblée « mondialisé ».
Pierre PASCALLONPUBLICATIONS
Dans la collection « Défense »
Défense et renseignement, 1995
Quel avenir pour les drones?, 1998
Les transmissions militaires, 2000
Quelles perspectives pour le deuxième porte-avions français?,
2000
Quelles perspectives pour le Transport Aérien Militaire
français?, 2001
Quelle défense pour la France à l'aube du xx/me siècle?, 2001
Quelles perspectives pour le renseignement spatial et aérien
français après le Kosovo?, 2001
La guerre des missiles, 2001
21èmeLes Arméesfrançaises à l'aube du siècle
Tome I : La Marine Nationale, 2002
Tome II : L'Armée de l'Air, 2003
Tome III : de Terre, 2004
Tome IV : La Gendarmerie Nationale, 2006
Le bouclier antimissiles américain après les attentats du 11
septembre 2001 ?,2002
Quelle protection du territoire national contre le terrorisme
international?, 2003
La politique de sécurité de la France en Afrique, 2004
Renforcer l'intégration de la Défense dans la Nation, 2004
Demain, les drones de combat?, 2004
Satellites et Grands Drones dans le cadre de la politique spatiale
militaire française et européenne, 2005
La politique de sécurité autour de la Méditerranée, lac de Paix,
2005
Quelles menaces, demain, sur la sécurité de la France?, 2005
La dissuasion nucléaire en question(s), 2006
Les zones grises dans le monde d'aujourd'hui: le non-droit
grangrène-t-illa planète?, 2006« La multinationalisation des armées: desforces, des
apérienc~etd~vaku~
en commun, pour une action plus efficace et plus légitime
au service de la stabilité et de la paix »
Michèle ALLIOT-MARIE
Ministre de la Défense
« L 'lnterarmisation : ouverture, cohérence et cohésion au
service de l'efficacité »
Général d'Armée Henri BENTEGEAT
Chef d'Etat-Major des ArméesSous la direction de
Pierre PASCALLON
LES ARMEES FRANCAISES A
L'HEURE DE L'INTERARMISATION
ET DE LA MULTINATIONALISATION
LES ARMEEES FRANÇAISES
XXIEMEA L'AUBE DU SIECLE
TOME V
Préface du Général d'Armée
Henri BENTEGEAT
Chef d'Etat-Major des Armées
L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique;75005 Paris
FRANCE
Espace L'Harmattan Kinshasa L'Harmattan Italia L'Harmattan Burkina Faso
L'Hannattan Hongrie
Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Via Degli Artisti, 15 1200 logements villa 96Kônyvesbolt
Adm. ; BP243, KIN XI 10124 Torino 1282260
Kossuth L. u. 14-16
Université de Kinshasa - RDC ITALlE Ouagadougou 12
1053 Budapestwww.librairieharmattan.com
diffus ion.harmattan@wanadoo. fr
harmattan 1@wanadoo .:Er
@L'Harmattan, 2007
ISBN: 978-2-296-02687-2
EAN : 9782296026872SOMMAIRE
AVANT-PROPOS page Il
PREFACE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . .. page 13
INTRODUCTION GENERALE: LA MONTEE EN
PUISSANCE DE L'INTERARMISATION ET DE LA
MULTINATIONALISATION DANSNOSARMEES page 21
PARTIE I : LA MONTEE EN PUISSANCE DE
L'INTERARMISATION ET DE LA MULTINATIONALISATION:
L 'EXPLICATION. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . ... page 55
PARTIE II : LA MONTEE EN PUISSANCE DE
L'INTERARMISATION ET DE LA MULTINATIONALISATION : LES
MODALITES. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . ... . . . . . . .. page 311
CONCLUSION: L'AVENIR DE L'INTERARMISATION ET DE
LA MULTINATIONALISATION VU ET VECU PAR NOS ARMEES
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... page 483
POSTFACE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . ... . . . . . . . . . . ... page 511
ANNEXES. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. page 521
GLOSSAIRE ET SIGLES page 573
BIBLIOGRAPHIE page 581
TABLE DES MA TIERES page 585Je tiens à remercier, avant tout, le Général d'Année Henri
BENTEGEAT qui a bien voulu prononcer la conférence
inaugurale de notre colloque des 03 et 04 juillet 2006,
consacré aux Années françaises à l'heure de
l'Interarmisation et de la Multinationalisation et rédiger la
préface de cet ouvrage.
Merci aussi à tous nos Présidents de séance pour leur
fidélité et l'efficacité de leur gentillesse dans une tâche que
nous ne leur facilitons jamais... et à nos intervenants qui ont
su captiver notre attention et notre intérêt, malgré un
« timing» très serré. ..
Je dis aussi ma gratitude à tous ceux qui nous ont aidés à
monter cet ambitieux projet: le Général Hervé LE RICHE,
Major Général des Années, le Général Bertrand
RACTMADOUX,le Colonel Gilles ROUDY, le Colonel François
CHAUVANCY, Laurent DE LA BURGADE et, plus
particulièrement encore, au Colonel Jean-Rémi COMPAIN,
qui fut notre interlocuteur privilégié pour le «monde
militaire» .
Ces deux journées ont bénéficié de l'appui de Madame le
Ministre de la Défense, Michèle ALLIOT-MARIEet nous lui
en sommes très reconnaissants.
Enfin, je m'autorise un mot affectueux pour toute la petite
équipe du Club «Participation et Progrès ».AVANT-PROPOS
par
Pierre PASCALLON
Professeur Agrégé de Faculté
Président du Club « Participation et Progrès»
Nous avons, ces dernières années, au cours de différents
colloques, mené à bien le projet ambitieux - sinon
présomptueux - de présenter «Les Armées françaises à
21èmel'aube du siècle ». C'est ainsi que nous avons traité
successivement de la Marine Nationale, puis de l'Armée de
l'Air; vinrent ensuite l'Armée de Terre et, enfin, la
Gendarmerie Nationale.
Au cours de ces réflexions sur chacune de nos Armées,
nous fûmes déjà amenés à nous pencher sur l'interarmisation
des forces, leur incorporation dans des dispositifs
multinationaux; bref, nous avons déjà touché du doigt la
montée en puissance de l'Interarmées et de l'Interalliés dans
nos Armées.
D'où le colloque de ces deux journées de juillet 2006 sur
« Les Armées françaises à l'heure de l'Interarmisation et de
la Multinationalisation », colloque qui se veut, en quelque
sorte, la synthèse et le couronnement des réflexions
précédentes.
Il est sûr, en effet, que l'Armée française - il Ya là, à dire
le vrai, une mutation obligatoire de toutes les Armées
modernes - est bien, depuis de nombreuses années
maintenant, à devoir mener de front la bataille de
l'Interarmisation et de la Multinationalisation. Et on ne se
hasarde sans doute guère à avancer que l'Interarmées et
l'Interalliés vont encore, demain, progresser et marquer,
-11-donc, de plus en plus, l'organisation et les missions de nos
forces armées.
Les opérations interarmées et interalliés sont bien,
désormais, au cœur de notre Défense et c'est dire toute
l'actualité et tout l'intérêt de ces deuxjoumées de réflexions.
-12-PREFACE
par
Henri BENTEGEAT
Général d'Armée
Chef d'Etat-Major des Armées
Permettez-moi tout d'abord de rendre hommage à
MonsieurPierre PASCALLON pour l'intérêt qu'il porte à notre
défense et pour le soutien inlassable qu'il lui manifeste
depuis plus de dix ans.
Ce colloque s'intègre parfaitement dans nos réflexions du
moment et nous aidera, je n'en doute pas, à mieux prendre
en compte les interrogations et les réserves de tous ceux qui
s'efforcent de répondre à cette question élémentaire et
fondamentale: comment, aujourd'hui, notre pays doit-il
adapter sa politique et ses moyens pour mieux se protéger
des convulsions meurtrières qui affectent son
environnement?
On parlera beaucoup, pendant ces deux jours,
d'interarmisation et de multinationalisation, comme éléments
structurants de la gestion militaire des crises. Mais peut-on
sereinement aborder ces sujets sans élargir le débat à une
problématique plus vaste?
Trois questions préalables méritent, me semble-t-il, qu'on
s' y attarde:
- La guerre classique, conventionnelle, multiséculaire
a-telle vécu? A-t-elle cédé définitivement la place à la
crise?
- L'internationalisation de la gestion des crises est-elle
inéluctable?
- La gestion interarmées et multinationale des crises est-elle
suffisante?
-13-C'est à ces questions que je m'efforcerai de répondre en
procédant avec vous à un tour d'horizon des principales
crises militaires où nous sommes parties prenantes.
TOUR D'HORIZON
L'Afghanistan
Al' origine, chacun mesure la portée de l'attentat du Il
septembre 2001, d'une telle ampleur qu'il aurait pu justifier
une réplique nucléaire si la responsabilité de l'Etat afghan
avait pu être démontrée. L'internationalisation de la crise fut
immédiate, par le biais d'un vote du Conseil de sécurité et la
première mise en œuvre de l'Article V du Traité de
Washington à l'OTAN. Pourtant, je note que l'action initiale
de haute intensité a été conduite par les Etats-Unis seuls,
avec la participation symbolique de quelques Alliés. Le
succès a été foudroyant, manifestant l'incontestable
supériorité technologique des armées américaines.
Rappelons-nous, en 2003, après la prise de Bagdad en Irak,
la puissance militaire américaine apparaît au monde entier
comme irrésistible.
La première phase est donc américaine, puis une coalition
ad hoc, dirigée par les Américains se met en place:
Enduring Freedom. La seconde phase, dite de stabilisation,
voit le déploiement de la Force Internationale d'Assistance et
de Stabilisation (FIAS), une opération de l'OTAN qui, sur
quatre années, assure progressivement la relève des
Américains et d'Enduring Freedom. Parallèlement, un effort
sans précédent de la communauté internationale planifie
globalement la reconstruction de l'Etat afghan. C'est ainsi
que les accords de Bonn, puis de Londres, permettent la
tenue d'élections libres, ce qui constitue un succès
remarquable dans un pays sans tradition démocratique,
sortant de 25 ans de guerre.
Pourtant, malgré ces initiatives et ces succès, depuis six
mois, on constate une reprise marquée des opérations
-14-militaires, avec la multiplication des attentats selon des
méthodes importées d'Irak et la résurgence d'un groupe de
Talibans nombreux, bien armés et organisés.
Pourquoi? Il y a de nombreuses raisons à cette situation:
- le passage de témoin des Etats-Unis à l'OTAN n'est pas
toujours évident à réaliser sur le terrain;
- la coordination entre les USA, l'ONU, l'OTAN, l'UE,
l'OSCE et les ONG est difficile aussi, encore balbutiante.
Les « nations cadres» s'investissent de façon inégale;
- surtout, le problème majeur de la reconstruction et le
traitement du de la drogue ne sont pas toujours
abordés avec le sérieux qu'ils requièrent. Certaines
initiatives ont conduit à des campagnes ponctuelles
d'éradication des champs de pavot, sans indemnisation
des agriculteurs. On les a ainsi poussés dans les bras des
Talibans qui n'ont pas eu de peine à les convaincre que
leur situation avait empiré.
Il reste donc beaucoup à faire, mais les succès politiques
et militaires initiaux sont en partie remis en cause par notre
difficulté à agir ensemble. L'acceptation par les Afghans de
la présence militaire étrangère devient un enjeu majeur.
La Bosnie-Herzégovine
Prenons, a contrario, l'exemple d'un meilleur succès de
la Communauté internationale, la Bosnie-Herzégovine. Au
départ, une intervention molle et coûteuse des Nations Unies
a été décidée en soutien des organisations humanitaires;
puis, à partir de 1995, une intervention massive des
Européens et de l'OTAN, 60.000 hommes dans un pays sept
fois plus petit que l'Afghanistan où, au mieux, 25.000
hommes ont été déployés. Dans les Balkans, à cause de la
proximité de l'Europe occidentale et parce que les crises ne
se multipliaient pas comme aujourd'hui, des effectifs
proportionnellement considérables ont été déployés dans la
-15-phase de stabilisation. En parallèle, une conférence politique
aboutissant à des accords draconiens, ceux de Dayton-Paris,
donnait au Représentant Spécial du Secrétaire Général des
pouvoirs exorbitants, lui permettant de démettre des
ministres et des généraux. Dans le même temps, le TPI-Y
mettait fin à l'impunité, en permettant l'arrestation et la
condamnation des criminels de guerre.
Dès 1995, un investissement économique lourd des pays
occidentaux et l'ouverture d'une perspective d'adhésion à
l'UE et à l'OTAN produisaient leurs fruits. Aujourd'hui, la
Bosnie, Etat artificiel et multiculturel, existe au point que
l'UE, qui a relevé l'OTAN depuis 18 mois, envisage un
retrait de ses troupes en 2007. N'embellissons pas le tableau
pour autant: l'Etat bosniaque est encore fragile et la
criminalité a retrouvé sa place traditionnelle dans cette
région des Balkans. Mais la communauté internationale a
empoigné ce problème pendant près de 15 ans, en usant
largement de tous ses moyens: militaires, politiques,
juridiques, économiques et policiers, en permettant ainsi la
création d'un Etat bosniaque.
Le Kosovo
Après une première tentative de l'OSCE, puis l'échec de
la conférence de Rambouillet, une campagne aérienne de
trois mois a démontré le bien-fondé de la démarche
d'interopérabilité acquise pendant la guerre froide. Là
encore, comme en Bosnie, l'investissement en hommes et en
moyens a été considérable dès la phase de stabilisation.
Il faut relever quelques particularités:
- l'absence de mandat initial du Conseil de sécurité, donc
un problème de légitimité qui a affaibli les Nations
Unies;
- le rôle directeur du groupe de contact, réunissant
régulièrement les principaux pays occidentaux et la
-16-Russie, qui a permis jusqu'ici une gestion cohérente du
dossier;
- et, enfin, un partage des rôles clairement défini entre
l'ONU, l'OTAN et l'UE, qui évolue d'ailleurs avec
l'approche de la décision sur le statut final.
La RCI
En Côte d'Ivoire, enfin, où les Nations Unies et la France
empêchent depuis quatre ans l'explosion de la guerre civile,
le problème est à la fois moins grave, puisque les structures
étatiques ont survécu, mais aussi plus complexe, puisque la
mise sous tutelle ne peut être complète.
La sortie de crise sera difficile car il n'y a ni vainqueur, ni
vaincu, les animosités et les appétits sont intacts et le
message de la Communauté Internationale est brouillé par la
multiplicité des intervenants, plus ou moins manipulés par
les partis en présence.
Ce tour d'horizon est très incomplet, puisque je n'ai
évoqué ni la RDC, ni le Darfour, ni la Palestine, par
exemple. On peut, toutefois, en tirer quelques leçons
élémentaires.
CARACTERISTIQUESDES CRISES
D'abord les constantes
. Les conflits classiques sont rares, limités dans le temps
et suivis de longues périodes de stabilisation.
. L'impératif de légitimité impose la
multinationalisation des interventions militaires. Les
EtatsUnis, malgré leur formidable supériorité, l'ont très vite
compris. D'où le retour en grâce du Conseil de sécurité,
seule source de légitimité internationale, avec ses
contraintes, comme on le voit, dans la gestion des dossiers
iraniens ou coréens.
-17-. Cette multinationalisation peut revêtir plusieurs
formes: coalition ad hoc, Casques Bleus, OTAN, UE, UA
(voire forces sous régionales) ou même OSCE.
. La gestion internationale des crises renforce la
présence de la règle de droit (création de la CPI, après les
yTPI- et TPI -R) ; le juridisme, déjà très présent dans nos
sociétés occidentales, est à la fois une chance, la fin de
l'impunité et un risque, l'inhibition des forces occidentales.
. Enfin, les médias sont omniprésents et, avec le
développement d'Internet et des téléphones portables, il est
de plus en plus difficile de maîtriser l'information.
Quelques impératifs
. La patience est indispensable: 15 ans pour régler la
Bosnie, cela paraît une éternité. Pourtant Chypre et le Liban
connaissent des déploiements de Casques Bleus depuis
plusieurs décennies. Mais la société de l'information pousse
à l'impatience: un mois après le déclenchement de la crise
ivoirienne, les journalistes français parlaient d'enlisement. ..
. Un investissement militaire massif est indispensable
dès l'origine. Les exemples de l' Afghanistan et de la RDC
sont parlants à cet égard.
. La chaîne de commandement doit être claire et robuste.
C'est la force de la coalition ENDURING FREEDOM,c'est la
faiblesse fréquente de l'ONU.
. La gestion de la crise doit être globale et planifiée en
amont. Le rôle des acteurs doit être défini précisément et un
groupe de direction permanent doit être constitué. Faute de
quoi, on se résoudra à ne gérer la crise que dans son seul
volet militaire avec un double risque:
- celui du rejet par les populations qui verront leur
situation empirer sans perspectives;
- celui de l'attribution à des forces militaires de missions
qu'elles n'ont ni la compétence, ni les moyens
d'accomplir.
-18-Quelques interrogations
. La généralisation des conflits asymétriques et
l'expansion des méthodes terroristes ne risquent-elles pas de
paralyser tôt ou tard l'action de la communauté
internationale? La comédie des conférences de génération
de forces, à l'OTAN et à l'DE, manifeste indiscutablement
une forme d'essoufflement.
. L'asymétrie est redoutable pour nos armées
occidentales:
asymétrie des moyens qui oppose à des forces
régulières et puissantes, des groupes ou des individus
mal armés et sans uniforme;
asymétrie des modes d'action, qui voit la puissance
de feu de nos systèmes d'armes paralysée par des
attentats suicides ou des foules exposées et
désarmées de femmes et d'enfants;
asymétrie des comportements avec des adversaires
recourant à la violence la plus abjecte, alors que nous
restons comptables de l'usage de la force.
Comment ne pas penser à l'Albatros de BAUDELAIRE:
« ses ailes de géant l'empêchent de marcher ».
CONCLUSION
Peut-on raisonnablement répondre aux trois questions
posées en introduction?
La guerre classique a-t-elle vécu?
Non, si l'on considère qu'une stabilisation durable
implique d'abord la mise au pas des protagonistes.
Oui, si l'on pense aux guerres mondiales comme celles du
20ème siècle. Car le fait nucléaire demeure, comme le
montrent les efforts acharnés de certains pays pour acquérir
l'arme suprême.
-19-Mais la crise reste bien, à un horizon visible, le mode
d'expression des antagonismes nationaux, ethniques ou
religieux.
L'interarnationalisation de la gestion des crises est-elle
inévitable?
C'est la conséquence inéluctable, me semble-t-il, de la
mondialisation. Il y a, certes, des crises orphelines, comme la
Somalie ou des crises réservées comme la Tchétchénie. Les
grandes puissances nucléaires sauront toujours préserver
l'autonomie de leur pré carré. Mais le Nouvel Ordre Mondial
prôné par Georges BUSHse met peu à peu en place sous nos
yeux.
Enfin, la gestion interarmées et multinationale des crises
est-elle suffisante?
Al' évidence, non.
La gestion des crises doit être globale et donc
interministérielle. L'OTAN s'efforce de l'organiser à travers
le concept d'opérations fondées sur les effets (E.B.O). Mais
ceci, aurait dit KIPLING,est une autre histoire.
Vous aurez remarqué qu'au cours de cet exposé, je n'ai
jamais développé le thème de l'interarmisation. La raison en
est simple: l'interarmées en opérations est aujourd'hui une
réalité qui s'impose à tous. Vous débattrez à juste titre, de
ses contraintes et de ses modalités, mais à I'heure des
opérations réseau-centrées et de l'interministériel, le principe
même ne souffre plus de discussions.
-20-INTRODUCTION GENERALE
LA MONTEE EN PUISSANCE DE L'INTERARMISATION
ET DE LA MULTINATIONALISATION
DANS NOS ARMEES
Introduction]
par
Alain DENIS
Amiral
Vice-Présidentde l'Institut Français de la Mer
IFM
Dans le temps présent, je ne crois pas beaucoup aux
progrès de l'édification européenne; j'ai des doutes sur
l'interalliés; je pense que l'interarmées a ses limites.
L'échec récent, en 2005, dans notre pays, du référendum
sur le projet de constitution européenne n'incite pas à
l'optimisme, pas plus d'ailleurs que n'y incitait l'échec très
décevant de la Communauté Européenne de la Défense - la
CED -, en 1954, après le rejet du projet par l'Assemblée
nationale, grâce à la collusion entre gaullistes et
communistes. Etrange attelage! Le temps passe, certaines
constantes demeurent, qu'il s'agisse de la voie parlementaire
en 1954 ou de la voie référendaire en 2005. Je crois que nous
sommes loin d'avoir réalisé une Europe géographiquement
définie, diplomatiquement homogène et militairement
efficace.
I L'ensemble de ces pages, citationcomprise,paraîtra intégralementdans
l'ouvrage de l'Amiral Alain Denis, dont le titre provisoire sera L'année
des élections ou Adresse aux électeurs indécis et le sous-titre Etat des
4èmelieux, publiable probablement au trimestre 2006.
-21-Sur l'interalliés, j'ai des doutes: c'est une bien curieuse
actualité quand une partie de l'Europe - mais aussi du
monde - soutient les Etats-Unis dans leur engagement en
Irak, alors qu'une autre partie s'y oppose et que nous
persistons, ici, en France, à critiquer l'action d'un allié
traditionnel. Nous sommes pourtant bien, les uns et les
autres, menacés par un même adversaire, dans une guerre
d'un nouveau type, qui n'est pas de notre fait et dont nous
n'avons pas la maîtrise. Bel exemple de solidarité face au
danger commun et actuel!
Quant à la dimension internationale - en tout cas
européenne - en matière d'équipements et d'armements,
j'ose à peine évoquer la rivalité de fait, dans une concurrence
intra-européenne, entre l'avion de combat d'un constructeur
aéronautique français et celui d'un constructeur
francoallemand, engageant, l'un comme l'autre, depuis des années,
pour un même type de produit, des masses financières
considérables et distinctes.
Enfin, je demeure persuadé que l'interarmées a ses limites
et ces limites doivent être définies avec le même soin et la
même rigueur que l'on porte à sa promotion.
C'est sur ce point qu'il convient de s'arrêter quelque peu.
Nous sommes, nous Français, très portés sur la
centralisation, la concentration des pouvoirs, l'accumulation
sur une seule tête des responsabilités et des choix
décisionnels. Nous sommes peu enclins à faire confiance, à
déléguer, à répartir. Les nouvelles modifications apportées
récemment à l'organisation de nos Armées, qui donnent au
Chef d'Etat-Major des Armées, le CEMA, des pouvoirs
accrus et concentrés, réduisant ipso facto, les responsabilités
des Chefs d'Etat-Major de chaque Armée, ne me paraissent
pas aller dans le bon sens. Les dispositions antérieures
pouvaient sembler désuètes; pourtant, elles réduisaient déjà
-22-l'autonomie de chaque composante par rapport à l'époque
lointaine de l'après-guerre.
Il y a certainement une limite dans cette concentration des
pouvoirs, car elle s'accompagne d'un accroissement de
volume de l'Etat-Major central et, bien entendu, des locaux à
acquérir pour loger ce surplus de compétences, mais aussi
d'une dilution des initiatives et d'une viscosité accrue dans
le flux des informations montant vers l'organisme central et
des décisions redescendant vers les acteurs.
Bien sûr, il est hors de question de remettre en cause la
nécessaire capacité des trois Armées et de la Gendarmerie à
opérer ensemble, dans un but commun, selon la volonté de
l'Etat, conformément, dans les situations de crise, aux règles
d'engagement fixées par le gouvernement, mais il faut
marier, dans ce mélange des genres, des spécificités propres
à chaque composante et il est dangereux d'en ignorer
l'impact quand on veut non plus coordonner mais unifier.
Sur ce sujet sérieux, je voudrais faire allusion à un article
d'un certain Raymond LESTONNA T, sans doute disparu
depuis fort longtemps puisque le texte date du 9 février
1918. Paru dans L'illustration, il traitait de la création du
« Conseil Naval Interallié ». On voit bien que nous n'avons
rien inventé et que les préoccupations sur l'interalliés ou
l'international ne datent pas d'hier. Je cite un extrait de
l'article: «Napoléon nous a laissé un exemple mémorable
de ce qu'il en coûte de vouloir conduire la guerre sur mer
quand on n'est pas marin. Il avait remarquablement conçu le
plan devant assurer le succès du débarquement en
Angleterre, suivant les meilleurs principes de la guerre. Or,
ce plan, établi par un homme de génie, pour qui la stratégie
n'avait pas de secret, aboutit cependant à un échec complet,
pis encore à un désastre: Trafalgar. Ce fait tient à une erreur
unique commise par le maître des maîtres de la guerre et
provenant de son ignorance des choses maritimes. Aux
heures d'exil, alors qu'il scrutait son glorieux passé,
-23-recherchant le pourquoi des choses de son règne, il confesse,
dans le Mémorial de Sainte-Hélène, avoir passé son temps à
chercher 1'homme de la Marine sans avoir pu réussir à le
trouver. "Il y a dans ce métier - c'est Napoléon qui le dit -
une spécialité, une technicité qui arrêtaient toutes mes
conceptions". Il eut alors la vision du grand premier rôle que
joue dans la guerre la liberté des mers. Napoléon, comme
Annibal, succomba parce qu'il ne sut pas organiser la guerre
navale.
Ce que Napoléon ne put pas être, un marin, aucun
général, aussi fameux qu'il soit, ne pourrait le devenir.
Aucun conseil formé de soldats et d'hommes d'Etat n'y
réussirait mieux. ». Fin de citation.
-24-Prise de conscience de l'interarmisation
et de la multinationalisation dans la réflexion
et la planification militaires françaises
par
Claude ASCENSI
Général
Chargé de mission Réserves
Cabinet du Ministre de la Défense
La nécessité d'adapter les armées françaises à de
nouveaux modes de pensée et à de nouvelles formes d'action
remonte aux années 80. Les idées d'interarmisation et, à un
moindre degré, de multinationalisation circulaient déjà dans
certains cénacles.
Pour autant, nous étions toujours dans la logique d'un
conflit Est-Ouest et la réflexion officielle se limitait à l'étude
de deux concepts:
- celui de l'Airland battle, mis au point par les Américains
pour conduire une bataille aéroterrestre globale en
CentreEurope;
- celui de la mise sur pied d'unités multinationales, dans le
cadre européen ou au sein de l'Alliance; la voie ayant été
ouverte par la brigade franco-allemande, créée en 1987.
Néanmoins, personne, au plan politique ou militaire,
n'osait sauter le pas et proposer de grandes réformes
-25-susceptibles de remettre en cause l'organisation de l'appareil
militaire français.
Deux événements majeurs, survenus à quelques mois
d'intervalle, allaient contribuer à relancer la réflexion: la
chute du mur de Berlin, en novembre 1989, et l'invasion du
Koweit par l'Irak, en août 1990.
A LA RECHERCHE DE NOUVEAUX CONCEPTS ...
Si la chute du mur de Berlin est apparue immédiatement
pour ce qu'elle était - à savoir un bouleversement de
l'équilibre stratégique en Europe -, en revanche, les délais de
désagrégation de l'URSS ont été largement surévalués, tant
par les politiques que par les militaires.
En conséquence, les militaires - gens prudents par nature -
ont considéré que, si la menace avait reculé de plusieurs
centaines de kilomètres, elle restait fondamentalement la
même. Ils devaient en tirer trois grandes conclusions sur le
plan opérationnel:
la première, liée au retrait des troupes soviétiques,
concernait l'élargissement de l'espace de manœuvre: il
nécessiterait, à l'avenir, des forces plus mobiles et plus
réactives que par le passé, capables de faire face à des
hypothèses beaucoup plus diversifiées;
- la seconde portait sur la diversité des zones
d'engagement possibles: elle conduirait les Occidentaux
à redéployer leurs forces aéroterrestres, jusqu'alors
concentrées en Allemagne, dans un dispositif
quasilinéaire;
- la troisième s'appliquait à la conduite d'opérations
interarmées à grande distance: elle nécessiterait de
disposer de PC projetables, pouvant s'intégrer dans des
états-majors multinationaux ou, au minimum, capables de
coopérer avec eux.
Ainsi, dès 1990, les grands principes d'une transformation
des forces françaises étaient connus: nécessité d'une
-26-coopération interarmées plus étroite, capacité de travailler
dans des contextes multinationaux non définis à l'avance,
souplesse et réactivité des forces et des organes de
commandement. Seul le principe de modularité n'avait pas
encore été bien identifié: la remise en cause de l'organisation
des forces terrestres, aériennes et navales n'était donc pas à
l'ordre du jour.
Ces premières réflexions, nées de l'évolution du contexte
stratégique en Europe, allaient se trouver confortées
quelques mois plus tard, de manière inattendue, avec le
déclenchement de la crise, puis de la guerre du Golfe.
DE NOUVEAUX CHOIX AU CONTACT DES REALITES...
En effet, si cette guerre n'a pas été à l'origine de toutes les
transformations de l'outil militaire français, elle a constitué,
en revanche, un puissant révélateur de ses déficiences et un
formidable accélérateur des tendances qui préexistaient
depuis la fin de la guerre froide.
Les enseignements tirés de ce conflit ont largement
contribué à la réflexion conduite au moment des travaux du
Livre Blanc de 1994 et, deux ans plus tard, du Comité
stratégique ayant précédé la loi de programmation
19972002.
La guerre du Golfe a ainsi permis d'identifier des
insuffisances notoires, voire des lacunes graves, dans quatre
capacités interarmées jugées prioritaires: le renseignement,
le commandement, la planification et la projection.
S'agissant du renseignement, force a été de constater,
dès le début de la crise, la totale dépendance de la France à
l'égard des Etats-Unis en matière de renseignement
stratégique et opératif. Les principales déficiences
concernaient le renseignement d'origine spatiale, l'absence de
normes communes aux armées dans le domaine de la
-27-cartographie numérisée et l'insuffisance de renseignements
d'origine électromagnétique.
De ce constat est née la volonté de se doter de nouveaux
moyens de renseignement et de mettre en commun ceux qui
étaient détenus jusqu'alors par chacune des armées. C'est
ainsi que la DRM a vu le jour en juin 1992.
Parallèlement, des dispositions étaient prises pour
permettre à nos systèmes de renseignement du niveau
opératif et tactique de s'intégrer dans des dispositifs
multinationaux, en priorité européens et atlantiques.
En matière de commandement interarmées, l'absence
de structures projetables a conduit à la mise sur pied, à la
hâte, d'un Etat-Major InterArmées (EMIA) de théâtre,
chargé, sur le territoire saoudien, de coordonner l'emploi des
moyens des trois armées et d'assurer la liaison avec le
commandement allié.
Pour autant, il s'est avéré relativement difficile de faire
travailler ensemble, sous une autorité commune,' des
éléments issus d'armées et de services dont les procédures et
les modes d'actions n'avaient rien de commun.
Ainsi s'est imposée l'idée de disposer d'une structure
permanente de commandement interarmées de théâtre,
projetable et interopérable avec des alliés. Ce concept allait
donner naissance au PC Interarmées de Théâtre (PCIA T)
quelques années plus tard.
Cette chaîne de commandement nationale devait être
complétée par la création, au niveau central, du Centre
Opérationnel InterArmées (COlA) de l'Etat-Major des
Armées.
S'agissant de la planification, les délais de préparation
exceptionnellementlongs - de l'ordre de six mois -, dont ont
disposé les forces de la coalition, ont permis préparer, dans
-28-des conditions relativement satisfaisantes, l'engagement des
forces.
Pourtant, faute d'une structure adaptée, la planification
des transports et du soutien logistique a dû être confiée à
l'Etat-Major des Armées, tandis que la partie opérationnelle
était élaborée sur place, par l'Etat-Major Interarmées de
Riyadh, en étroite liaison avec une cellule ad hoc, mise sur
pied au sein de l'EMA.
Il n'est pas douteux qu'en d'autres circonstances, moins
favorables en termes de délais, ce travail de planification
n'aurait pu aboutir à temps. Cette évidence a conduit à la
mise en place à Creil, en février 1993, de l'état-major
interarmées de planification opérationnelle.
Enfin, la guerre du Golfe a mis en évidence les
insuffisances de l'appareil militaire français pour projeter à
grande distance des forces capables d'intervenir avec une
puissance et des délais compatibles avec une crise de cette
intensité.
Face à ce genre de situation, la mobilité stratégique
constitue un facteur déterminant du succès. Elle dépend
ellemême de deux facteurs: l'existence d'une capacité de
transport suffisante et l'aptitude des forces à faire face à des
situations imprévues.
Sur le premier point, les commentaires sont superflus: la
voie maritime reste le mode de transport privilégié pour le
gros des forces, des matériels et des soutiens. Elle est ensuite
relayée, sur le théâtre, par les transports terrestres et aériens.
La réalisation des moyens nécessaires à l'acheminement
d'un tel niveau de forces reste tributaire du niveau des
budgets, de l'existence de procédures d'affrètement et de
conventions passées avec des sociétés civiles françaises et
étrangères.
-29-Sur le second point, l'adaptabilité des forces, les
difficultés rencontrées pour mettre sur pied des forces
correspondant aux différents niveaux d'intensité de la crise
ont conduit à revoir fondamentalement l'organisation et
l'articulation de chacune des armées.
Il s'en est déduit les principes de modularité et de
polyvalence qui, depuis, sont devenus la règle.
L'organisation des forces devrait permettre, dans l'avenir, de
les fractionner en cellules élémentaires, susceptibles d'être
regroupées, à la demande, en ensembles interarmées
cohérents, disposant de toutes les capacités de
commandement, d'action, d'appui et de soutien nécessaires à
l'intervention.
La combinaison de plusieurs de ces modules, coiffés par
tout ou partie d'un PC interarmées de théâtre, permettrait
d'intervenir avec une très grande souplesse dans des crises de
nature et de niveau différents, dans un cadre national ou
multinational.
C'est dans cet esprit qu'ont été conduites les grandes
réformes qui, à partir de 1993, ont vu les trois armées se
réorganiser progressivement autour de groupements
organiques spécifiques, véritables réservoirs de forces, à
partir desquels il devenait possible de mettre sur pied des
forces d'intervention parfaitement adaptées à la nature d'une
crIse.
Le regroupement sous un commandement unique, en
février 1992, des forces spéciales des trois armées, a permis
d'ajouter un outil supplémentaire à la gamme des moyens
mis à la disposition du CEMA.
*
-30-En conclusion, on peut dire que les idées relatives à
l'interarmisation et à la multinationalisation des forces
apparues à la fin des années 80 sur le théâtre européen, ont
trouvé leur confirmation, de manière un peu inattendue, avec
le premier conflit régional majeur de l'après guerre froide.
La France a alors entrepris la réforme la plus complète et
la plus ambitieuse de ses forces armées depuis la fin de la
guerre d'Algérie, notamment en ce qui concernait ses
structures de commandement et de forces.
Les concepts et les principes élaborés à cette époque
conservent toute leur pertinence aujourd'hui. Sur ces bases, il
reste, sur le long terme, à mettre nos moyens en cohérence
avec les ambitions affichées.
Mais il s'agit là d'un autre problème...
-31-La prise de conscience de l'internationalisation
et de la multinationalisation du rôle des armées:
considérations politiques et pratiques
par
Louis GAUTIER
Docteur en Science Politique
Conseiller Maître à la Cour des Comptes
Délégué National aux questions stratégiques
du parti socialiste
Je voudrais remercier les organisateurs de ce colloque, le
Club Participation et Progrès et son président, Pierre
PASCALLON,pour leur invitation. Je voudrais aussi les
féliciter car, par des rencontres régulières de ce type, ils
contribuent à rendre plus tonique le débat sur les questions
de défense dans notre pays.
Je tiens aussi à saluer tous les intervenants, les hauts
responsables civils et militaires présents dans cette salle et,
en premier lieu, le Général Henri BENTEGEAT, Chef
d'EtatMajor des Armées.
Pierre PASCALLON- qu'il m'autorise cette comparaison -
est plutôt un chef d'ancienne cuisine. Le menu de ses
colloques est toujours riche et les mets sont copieux. Pour ne
pas gâcher le bon ordonnancement de cette table-ronde où
figurent de nombreux autres convives, je vais donc
m'attacher à être bref et aller à l'essentiel de mon propos.
-33-J'essaierai de me tenir à équidistance entre le point de vue
d'expert que vous attendez dans ce colloque et mes
convictions de responsable des questions stratégiques au
parti socialiste.
Après la chute du mur de Berlin, l'internationalisation et
la multinationalisation de leurs cadres d'action se sont
imposées aux armées. Depuis quinze ans, elles se sont
adaptées en conséquence. En revanche, les conséquences de
ce phénomène ne sont toujours pas tirées au plan politique et
institutionnel. Soit, parce que cela supposerait des
modifications importantes dans le fonctionnement de nos
Pouvoirs Publics, que des verrous constitutionnels bloquent
encore; soit, parce que cela remettrait en cause la position
particulière de notre pays au sein de son réseau d'alliances,
ce à quoi une tradition d'autonomie répugne et pas toujours
sans raIson.
L'adaptation de nos armées aux logiques de
l'internationalisation et de la multinationalisation de leurs
actions a été un profond choc culturel par rapport à l'assise
traditionnelle de la politique de défense française.
LE CHOC CULTUREL
VèmeC'est peu dire en effet que les Institutions de la
République et les principes qui fondent à ses débuts la
politique de défense de notre pays sont difficilement
compatibles avec ce qui caractérise les interventions
militaires françaises d'aujourd'hui: leurs mobiles, leur
nature et leurs modalités.
La mission de garde du territoire a été supplantée par celle
de la projection extérieure; l'autonomie d'emploi de nos
forces a fait place à la logique d'interdépendance de nos
capacités avec celles de nos alliés et partenaires;
l'engagement de nos moyens dans des forces multinationales
oblige à des délégations de commandement qui heurtent de
-34-plein fouet - on l'a vu au Kosovo, on le voit aujourd'hui en
Afghanistan en ce qui concerne l'emploi de nos forces - le
sacro-saint principe d'indépendance de nos choix; enfin,
pour abréger la liste des contradictions, l'aspiration au
contrôle parlementaire de l'action extérieure de notre pays
bute sur les barrières du domaine réservé. Les questions
politico-militaires classées sous le timbre du secret défense
restent fermées comme des huîtres que, tantôt le parlement,
tantôt les juges, cherchent à ouvrir avec de mauvais
couteaux, faute des instruments indispensables pourtant la
modernisation du régime et la démocratisation de notre
République.
Ce choc culturel est provoqué par la guerre du Golfe.
LA REFORME ACCOMPLIE
Comme vient avant moi de le souligner le Général
ASCENSI,sur tous les plans militaires, de l'organisation, du
commandement et de la doctrine d'emploi des forces, il y a,
en effet, un «avant» et un «après» la guerre du Golfe,
conflit emblématique de la fin de la guerre froide.
Enseignement majeur tiré de ce conflit, aucune puissance
européenne - pas plus la France que le Royaume-Uni - n'est
désormais en mesure, ni en situation d'intervenir
militairement seule dans des combats lointains de grande
intensité. L'idée que nos soldats agissent, à l'avenir, de plus
en plus - voire exclusivement - au sein de forces
multinationales s'impose à partir de ce moment.
En outre, le déploiement laborieux du détachement
français et son insertion difficile dans la coalition contre
l'Irak sont à l'origine d'une prise de conscience de
l'inadaptation de notre appareil militaire à cette nouvelle
réalité stratégique.
Les leçons de la guerre du Golfe débouchent sur une
refonte de notre dispositif de défense, dictée par
l'internationalisation du rôle de nos armées et le triomphe de
-35-trois priorités: la professionnalisation des forces,
l'interarmisation du commandement et des soutiens, la
multinationalisation de nos interventions.
Ces évolutions sont potentialisées par la suite avec les
progrès de la défense européenne et l'adaptation de notre
position à l'égard de l'OTAN sur fond de crise balkanique.
Toute une série de réformes en découle. Je rappellerai
simplement les premières initiées par Pierre JOXEcar elles
indiquent déjà très clairement la voie poursuivie ensuite: la
consolidation des responsabilités opérationnelles du CEMA,
la constitution du COlA (aujourd'hui CPCE), la création de
l'EMIA, de la DRM et de la DAS, la signature de nouveaux
accords de coopération militaire, la mise en place du Corps
européen et les accords passés avec l'OTAN pour en
permettre le double usage.
Avec l'élargissement de leurs missions extérieures et de
leurs responsabilités internationales, les armées, depuis ces
premières réformes, ont dû considérablement redimensionner
leurs moyens d'actions et d'influence. Le réseau des attachés
militaires a été redéployé en conséquence. De nombreux
officiers français sont présents dans les organes militaires
naissants de l'UE - à cet égard je dois souligner combien il
est important de consolider en nombre et en qualité les
personnels affectés à l'EMUE, ni le Général PERRUCHE, qui
en assure la direction, ni le Général BENTEGEAT, qui va en
prendre bientôt la tête, et que je félicite, ne me démentiront.
De même, les militaires français ont pris place dans les
diverses instances et comités de l'OTAN. Ils occupent aussi
quelques postes importants à l'ONU, au sein de la direction
des opérations. Enfin, comme à Tampa, notre pays délègue
des officiers de liaison auprès de certains états-majors. Cet
effort récent pour étendre l'expertise et la représentation
internationales des armées françaises est indispensable. Il est
en particulier important que notre pays puisse faire entendre
sa voix, puisse exercer un pouvoir d'avis et de conseil; bref,
-36-qu'il joue de son influence dans les instances internationales
et les états-majors multinationaux en charge de la prévention
ou de la gestion de crises.
Mais le rôle international de nos armées est d'abord
fonction de leurs capacités à s'intégrer aisément dans des
ensembles de forces multinationales, voire à les soutenir et à
les commander. Dans ce domaine, en quinze ans, nos armées
ont considérablement gagné en expérience et crédibilité.
L'interopérabilité de nos moyens avec ceux de nos
partenaires et alliés - qui était médiocre - est désormais
assurée (même si la question pour l'avenir se repose, cette
fois globalement, à cause du décalage technologique qui se
creuse entre Européens et Américains). Le renforcement des
structures françaises d'états-majors, tant aux niveaux
stratégique qu'opérationnel, qualifie notre pays - un des rares
en Europe - pour programmer et conduire une action
militaire multinationale robuste.
La réussite de ces réformes est un grand sujet de
satisfaction, même s'il convient d'aller plus loin encore dans
le perfectionnement de notre outil militaire, sa réactivité, son
efficacité. A cet égard, il est évident qu'il faut à la fois
renforcer et contribuer à renforcer au plan européen les
capacités de commandement et de renseignement. Il est
évident aussi que le processus d'interarmisation de nos
forces doit être poursuivi en profondeur.
INTEGRATION ET DELEGATION
Dans la redéfinition de notre dispositif de défense, la
logique d'intégration l'emporte partout intégration
organique, intégration fonctionnelle, intégration des
systèmes, européenne, intégration internationale.
Ce mouvement, qui permet des économies d'échelle, la
suppression d'échelons intermédiaires, a des effets
bénéfiques évidents. Il a aussi quelques effets pervers car,
tant que l'intégration n'est pas absolument obtenue, on
-37-constate une tendance à la duplication de moyens et la
redondance des chaînes de commandement. On le voit au
niveau européen, mais aussi au niveau national, par exemple
en ce qui concerne aujourd'hui la gestion des fonctions
financières et budgétaires au ministère de la défense.
Mais la logique d'intégration, qui est au cœur de nos
débats sur l'interarmisation de nos forces et la
multinationalisation de leur action, pose un problème de
nature politique. En effet, elle cause une profonde
perturbation dans un système institutionnel à l'origine
caractérisé par le partage des responsabilités en matière de
défense au sein de l'Exécutif, entre le Président de la
République et le Gouvernement, partage auquel
correspondait, peu ou prou, dans l'organisation des armées,
la stricte division entre l'opérationnel et l'organique. Cette
équation est aujourd'hui rompue en deux endroits: au niveau
de l'Exécutif, avec un récent effacement du rôle du
gouvernement dans les affaires de défense; au niveau
ministériel, avec la réforme des compétences des chefs
d'Etats-Majors. Une nouvelle situation se dégage qui
entraîne une redistribution importante des responsabilités
effectives au sein des armées et, plus généralement, du
ministère de la défense. Des équilibres anciens sont modifiés
sans que la conséquence de ces changements, en terme de
dévolution d'autorité, n'ait été, à ce jour, complètement
mesurée et, au besoin, recadrée.
La multiplication et la multinationalisation de nos
interventions extérieures modifient, de surcroît, en
profondeur, les processus des décisions politico-militaires,
de la prise de décision à l'exécution de la décision.
En faisant ces constats, il ne s'agit pas d'aller contre des
évolutions nécessaires, notamment celle de l'interarmisation
- pour les raisons que j'ai plus haut déjà évoquées -, mais
d'en tirer les conséquences pour éviter des déconvenues, des
erreurs ou des dérapages. Il est donc nécessaire de veiller à
-38-ce que le partage des responsabilités entre le politique et le
militaire soit établi en tenant compte de la distribution
nouvelle des responsabilités au sein des Etats-Majors et sur
des bases claires. La plus grande difficulté, face à un système
militaire complexe et fortement intégré, est, d'ailleurs, pour
le politique, de savoir déterminer les compétences et
conditionner les responsabilités qu'il délègue, mais aussi les
modalités de leur exercice, qu'il s'agisse de budget, de
programmation d'équipements ou d'actions opérationnelles.
L'IMPERATIF DU CONTROLE DEMOCRATIQUE
Ce qui n'est déjà pas simple en interne, se complique
encore quand il s'agit de fixer la feuille de route d'un
EtatMajor international qui commande à vos forces mais qui,
directement, ne vous rapporte pas. Pour parer concrètement
cette difficulté - par ailleurs accentuée chez nous dans de
nombreuses opérations par la non intégration dans
l'OTAN -, on constate depuis quelques années un
raccourcissement de la chaîne de décision entre le Chef de
l'Etat, Chef des Armées, et l'Etat-Major des Armées. Ce
phénomène n'est pas tout à fait récent - on peut évoquer le
lien privilégié développé par François MITTERRAND avec
l'Amiral LANXADE,pendant et après la guerre du Golfe -,
mais ce phénomène a eu tendance à s'amplifier au cours des
dernières années, en créant des empiètements de
responsabilité au détriment des ministres en charge de la
gestion diplomatique et militaire des crises.
La priorité opérationnelle est, par nature, envahissante;
c'est pourquoi, il faut prendre garde, politiquement, à
correctement la border et à ne pas arbitrer tous les dossiers
de défense comme il est justifié de le faire en urgence durant
une crise. Le raccourcissement de la chaîne de décision
présente en effet l'avantage de la réactivité, mais
l'inconvénient de créer un coupe-circuit avec le
gouvernement, pourtant constitutionnellement responsable
-39-de la politique de défense du pays. Si les interventions de nos
forces étaient rares, si elles étaient courtes, passe encore.
Mais il s'agit rarement d'opérations du type Kolwezy. Nous
sommes entrés dans une période où les engagements
militaires sont à la fois nombreux, pérennes et politiquement
fort complexes.
La gestion directe et très personnelle des crises chaudes
par le Président de la République, en Côte-d'Ivoire, au
Tchad ou en Afghanistan, pose problème. Je ne veux pas
parler ici de l'agacement manifesté parfois par certains de
nos alliés, mais, plus fondamentalement, de la dérive que
constitue une telle pratique pour le bon fonctionnement des
Pouvoirs Publics. Il ne s'agit pas de dénier au Chef de l'Etat
ses compétences constitutionnelles pour gérer l'exception,
prendre dans l'urgence ou en plein conflit les décisions que
la situation militaire exige, ni de nier ses prérogatives
comme chef des armées, mais de contester une confiscation
systématique du débat et de la décision quand la situation ne
le requiert pas. Dans quelle autre démocratie voit-on le
Parlement à ce point privé de voix et le gouvernement sans
expression dès qu'il s'agit des engagements militaires de
notre pays?
VèmeLes procédures qui, dans l'esprit de la République,
étaient adaptées aux troubles et conflits exposant directement
l'intérêt national, voire le destin de la nation, sont devenues
le mode ordinaire de gestion des opérations extérieures. La
dérive a été progressive mais jamais on avait été aussi loin
que sous ce dernier mandat. Pourtant, le bon sens indique
que l'on ne peut pas conduire les opérations extérieures par
des procédures si dérogatoires à l'impératif de contrôle
démocratique, par des procédures méprisant à ce point la
responsabilité gouvernementale et ignorant délibérément le
parlement. Cette lecture est contraire - je l'ai dit - à l'esprit
de nos institutions. Elle est aussi peu conforme à la culture
de nos partenaires européens, ce qui, d'une certaine façon,
-40-nous distingue, mais nous isole politiquement. Surtout, elle
n'est pas raisonnable.
Jamais, en effet, les armées n'ont été autant sollicitées
hors du territoire. Il y a aujourd'hui plus de 16.000 soldats
français déployés à l'étranger, les plus gros contingents, hors
forces pré-positionnées (Djibouti, Sénégal, Gabon,
Tchad...), étant mobilisés dans les Balkans (3.000), en
Côted'Ivoire (4.000) et en Afghanistan (1.200). Jamais les motifs
de ces interventions n'ont été moins clairs, leurs résultats
aussi mitigés, leur opportunité aussi discutable et les
hypothèses de sortie de crise aussi improbables. Ces
opérations se poursuivent, sans jamais faire l'objet, depuis
2002, d'une explication à nos concitoyens et d'un débat
sérieux avec la représentation nationale. Je le répète, ce n'est
pas raisonnable.
Il me paraît essentiel que, s'agissant de nos interventions
extérieures de longue durée, le Parlement puisse être
régulièrement informé et puisse formellement exprimer son
avis au besoin par la mise en cause de la responsabilité du
gouvernement en cas de désaccord. C'est ce que fit d'ailleurs
Michel ROCARDà la veille de la guerre du Golfe. Lionel
JOSPIN,durant la crise du Kosovo, n'engagea pas moins de
trois débats devant le parlement sur les opérations militaires
auxquelles notre pays participait.
Le gouvernement doit retrouver l'autorité qu'on lui avait
connue en d'autres temps; un pouvoir de délibération et de
co-décision avec le Chef de l'Etat sur les grands choix de
défense et sur les engagements militaires de la France. C'est
cette lecture qui l'emporta durant le conflit du Kosovo.
Durant la cohabitation, le premier ministre exerça
pleinement sa responsabilité, tout en respectant les pouvoirs
présidentiels, notamment de représentation de la France dans
le dialogue avec nos alliés et de commandement aux armées.
Il faut revoir en conséquence, pour le rendre plus efficace,
notre système de concertation et d'arbitrage interministériel
-41-dans la gestion des crises. Ce système est aujourd'hui
grippé: la cellule de crise est désormais abonnée aux seules
opérations humanitaires ou de sauvetage de nos
ressortissants; les conseils restreints ne se réunissent
pratiquement plus jamais; les conseils de défense sont si
lourds qu'il ne sont qu'une chambre d'enregistrement. D'où
l'impression fâcheuse - je dirais même dangereuse pour les
soupçons que cela alimente - d'une sorte de « boîte noire»
élyséenne où tous les ordres sont dictés et enregistrés.
Il faut mettre sur pied de nouveaux mécanismes
interministériels qui assurent mieux, et de façon plus lisible
pour les autorités concernées (la défense, les affaires
étrangères, les services de renseignement, ...), la préparation
des décisions qui seront soumises à un conseil des ministres
restreint, présidé par le Chef de l'Etat. C'est le gage d'une
meilleure préparation des décisions, d'une meilleure
notification des instructions et d'une claire délégation des
ordres.
*
L'adaptation de notre outil militaire a permis d'améliorer
la réactivité et l'efficacité de nos armées en opération. Il
s'agit maintenant de rénover les processus de décision
concernant les interventions militaires extérieures et le
contrôle démocratique de ces interventions.
-42-L 'lnterarmisation et la Multinationalisation croissantes des
opérations militaires conduites par les Armées françaises,
surtout depuis la chute du Mur de Berlin
par
Patrick HEBRARD
vice-Amiral d'Escadre
Inspecteur des Forces en opérations
et de la Défense du Territoire
Interarmisation et multinationalisation constituent deux
tendances lourdes de l'évolution des opérations militaires qui
impactent non seulement notre façon d'agir sur les théâtres,
mais aussi l'organisation permanente de nos armées. La
problématique interarmées diffère quelque peu de la multinationale; c'est pourquoi, j'ai choisi de
vous les présenter séparément.
L'INTERARMISATION
Les opérations interarmées ne sont pas véritablement une
découverte récente. D'une certaine façon, la campagne
d'Egypte de Napoléon était déjà une opération interarmées
et, plus récemment, la guerre du Pacifique ou le
débarquement en Normandie. Les armées ont donc déjà, au
cours de l'Histoire, œuvré ensemble sur un même théâtre;
mais, parce que les structures de commandement répondaient
à des critères propres à chaque armée et parce que les
moyens de liaison étaient encore rudimentaires, elles
-43-opéraient davantage de façon juxtaposée qu'en coordination
étroite. L'appréciation de la situation par les différentes
composantes était, la plupart du temps, très différente et le
temps de cheminement des informations souvent très long.
Ces déphasages ralentissaient le déroulement de la
manœuvre globale, quand ils ne la contrariaient pas, et
imposaient de compartimenter les actions, sous peine de
risque important de tirs fratricides.
L'arrivée de systèmes de communication performants va
permettre d'accélérer le cheminement de l'information, de
commencer à disposer d'une vision de la situation partagée
et de raccourcir la boucle information-décision-action. La
première manifestation de ces progrès, en matière
d'opérations interarmées remonte au premier conflit du
Golfe où la manœuvre coordonnée des moyens des trois
armées a permis une victoire rapide contre les forces
iraquiennes. Après un affaiblissement important des
capacités de défense irakiennes par une campagne aérienne
intense qui a, non seulement permis à la coalition d'acquérir
la maîtrise totale de l'air, mais aussi de détruire, en grande
partie, les installations de commandement et de
transmissions, après une destruction quasi-totale des moyens
maritimes adverses - certes limités -, l'offensive contre les
forces irakiennes au Koweït a pu se lancer, en combinant une
manœuvre amphibie de déception, à l'Est et une manœuvre
aéro-terrestre d'encerclement par l'Ouest.
Ce sont les conclusions du retour d'expérience de la
Guerre du Golfe qui ont amené les grandes réformes
d'organisation des armées françaises, avec la création du
COlA, puis du CPCO, de l'EMIA, du COS et de la DRM.
Depuis lors, toutes les opérations majeures conduites par les
armées, l'ont été en combinant l'action des trois
composantes, que ce soit en Bosnie, au Kosovo ou, plus
récemment, en Afghanistan. Que l'on tente de déroger à
cette règle et l'on s'expose à des risques d'échecs cuisants,
-44-comme celui rencontré par les forces américaines en
Afghanistan, lors de la première opération ANACONDA, menée
par l'US Army, sans le concours de l'appui aérien fourni par
l'Air Force et la Navy.
L'action des différentes armées s'effectue, la plupart du
temps, par domaine ou par séquences. La Marine et l'Armée
de l'Air ont pour première vocation d'acquérir la maîtrise de
leurs domaines respectifs, au moins localement, pour
permettre le déploiement des forces terrestres dans les
meilleures conditions. Mais les trois armées doivent pouvoir,
à tout moment, concentrer leurs moyens et conjuguer leur
action, chaque fois que nécessaire, avec une grande réactivité
pour obtenir l'effet décisif recherché avec le minimum de
pertes. Seule, l'arrivée de systèmes d'information et même
de systèmes de systèmes, a rendu possible cette évolution
majeure dans l'art militaire. Cette aptitude à concentrer les
feux très rapidement a bien évidemment des conséquences
importantes sur l'organisation et l'entraînement des forces,
d'où cette interarmisation croissante de nos structures et de
nos concepts. L'IFODT en est une illustration!
LA MULTINA TIONALISA TION
Parallèlement à cette interarmisation, les opérations sont
de plus en plus conduites en coalition, qu'elles soient ad hoc
ou confiées à des organisations internationales. La très
grande majorité des opérations dans lesquelles les forces
françaises ont été engagées, ces quinze dernières années,
l'ont été au sein d'une coalition, que ce soit dans les Balkans
ou en Afghanistan. Aujourd'hui, sur les 24 opérations
extérieures auxquelles participent les forces françaises, 3
seulement sont nationales. Même en Côte d'Ivoire,
aujourd'hui, la force LICORNE agit en soutien de l'ONDCI, ce
qui constitue le mode le plus souple d'action de deux forces
sur un même théâtre et s'apparente à celui rencontré en
Afghanistan, entre l'ISAF et ENDURING FREEDOM. Les seules
-45-opérations menées en national concernent généralement les de ressortissants et, de façon plus étonnante, les
opérations humanitaires.
L'intérêt politique d'une coalition fera l'objet d'une
présentation et je n'insisterai donc pas sur ce sujet, mais il en
est l'une des raisons fondamentales. Il suppose toutefois un
projet politique partagé entre les différents pays
contributeurs qui, dans la durée et face aux difficultés
rencontrées, peut se trouver fragilisé. Il se combine à un
intérêt financier, car le travail en coalition permet de partager
les coûts financiers.
Pour ce qui concerne le volet militaire, il faut reconnaître
que c'est plus ambigu. FOCHdisait: « Depuis que je sais ce
qu'est une coalition, j'ai beaucoup moins d'estime pour
Napoléon ». Si opérer en multinational ne pose pas de
grosses difficultés aux marins et aux aviateurs - pour peu que
les procédures soient partagées -, il n'en est pas de même
pour les unités terrestres pour lesquelles se posent des
problèmes de langues, de cohésion, de niveau
d'entraînement, de savoir-faire, beaucoup plus difficiles à
résoudre. A cela s'ajoutent les fameux «caveat» imposés
par les nations, concernant l'utilisation de leurs unités et la
France n'échappe pas à cette règle, qui a sa raison d'être
mais qui limite incontestablement la liberté d'action d'un
chef sur le terrain. Ces difficultés expliquent les limites
fixées par les militaires à l'interarmisation des GT1500.
Audelà de deux ou trois nations, ces groupements perdent de
leur valeur opérationnelle - tout au moins aujourd'hui - et il
faudra du temps avant que le niveau d'interopérabilité
permette d'aller plus loin. Si nous prenons l'exemple récent
des opérations en Irak, conduites par une coalition
anglosaxonne, après une campagne aérienne partagée, il n'y a pas
eu d'intégration des forces terrestres. Les Américains ont
avancé sur Bagdad et les Britanniques vers Bassora, deux
zones distinctes.
-46-Néanmoins, le processus de multinationalisation est
engagé à plusieurs niveaux, bilatéral, UE, OTAN, RECAMP,
de façon à disposer d'outils de gestion de crises plus
performants. L' OTAN dispose de la banque de données la
plus élaborée, au niveau des procédures et des savoir-faire
partagés, et a confié au SACT le soin de les faire progresser.
La création de la NRF contribue, comme les GT1500, à des
rapprochements entre les forces des pays contributeurs pour
être à même d'opérer ensemble. A un niveau plus restreint,
le MIC, structure informelle réunissant les SC/OPS de 7
pays, retenus pour leur expérience de nation-cadre en
opérations, s'emploie à faire progresser l'efficacité du travail
en coalition.
Sans doute avons-nous, aujourd'hui, un tropisme trop
« occidental» de la multinationalisation. Il faut aussi
développer nos capacités à opérer avec d'autres pays
d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine. C'est l'un des
objectifs de la réorganisation de notre dispositif en Afrique,
en soutien des structures régionales de l'UA, mais il faudra
aller plus loin, avec d'autres pays, en particulier les grands
contributeurs des opérations de l'ONU, comme l'Inde, le
Pakistan ou le Bengladesh et, si possible, en Européens.
Pour conclure, les armées sont résolument engagées dans
ce double processus interarmées et multinational qui entraîne
des évolutions importantes et explique les réformes actuelles
et à venir. Mais il est un autre mouvement, dans lequel elles
sont aussi parties prenantes et qui vient s'ajouter aux deux
autres: c'est le travail en interministériel, avec leur
contribution très importante au dispositif de sauvegarde. Ces
trois mouvements sont liés par un besoin de coordination,
voire de coopération, incontournable face à des menaces
asymétriques et par l'obligation, pour les armées, de gérer
une ressource unIque.
-47-lnterarmisation et multinationalisation :
similarités et différences
entre approches nationales et approches UE
par
Jean-Paul PERRUCHE
Général
Directeur Général de l'Etat-Major Militaire
de l'Union Européenne
LA MULTINATIONALITE AU SEIN DE L'UE
. Généralités
L'Union européenne est une organisation multinationale
qui, par ses institutions - et notamment pour sa PESD -,
développe une culture - et donc une identité - spécifique
européenne. La principale différence entre rUE et les nations
est que la multinationalité existe par construction dans rUE
et qu'il faut lui donner une identité, tandis que c'est l'inverse
dans les nations où il faut construire la multinationalité
autour d'une identité nationale qui existe.
L'Union européenne porte en elle une forte dynamique
d'intégration. La Commission européenne, l'Euro, en sont les
figures marquantes; mais les unités multinationales
intrinsèquement «européennes» (Eurocorps, Air group,
Euromarfor, ...) et les groupements tactiques 1500 relèvent
de la même logique.
-49-Une autre caractéristique de l'Union européenne, dans le
domaine de la coopération multinationale, est d'être une
union globale; elle est donc politique, économique et
militaire. La « multinationalité » y suit des règles spécifiques
par domaines: intégration supranationale dans le premier
pilier (communautaire) et coopération intergouvernementale
dans le deuxième et troisième piliers.
La configuration multinationale est donc une donnée
d'entrée dans rUE. En effet, même s'il n'y a pas d'interdiction
de principe à l'engagement d'un seul Etat membre dans une
opération de rUE, cette hypothèse est peu vraisemblable. De
plus, dans le contexte géopolitique actuel, on conçoit de plus
en plus difficilement l'action militaire isolée d'un seul Etat.
Cependant, du fait de son approche globale dans la
gestion des crises, la problématique dans l'Union européenne
n'est pas simplement l'action multinationale dans le domaine
militaire, mais bien la nécessité de faire travailler en synergie
ses différents instruments qui sont, eux mêmes, chacun de
nature multinationale.
Cette nécessité s'applique à toutes les opérations de la
PESD et c'est le rôle de la cellule civilo-militaire au sein de
l'EMUE que d'intégrer les différents facteurs civils et
militaires d'une planification stratégique.
En raison de la localisation de la PESD dans un pilier de
(2èmel'Union européenne de nature intergouvernementale
pilier), le facteur déterminant demeure évidemment la
volonté des Etats. Dès lors, même si les moyens sont
préidentifiés au profit de l'UE et même s'il existe des structures
de décision, la véritable clef est la volonté des Etats de
s'engager dans une opération en y assumant les risques et les
coûts.
L'Etat-major de l'Union Européenne est l'unique
structure intégrée multinationale et permanente de l'UE. Il
n'existe donc pas de structure de commandement
-50-opérationnel permanente (pour éviter une duplication avec
rOT AN).
Chaînes de commandement
Pour pouvoir conduire ses opérations, l'Union européenne
s'est dotée d'un certain nombre de moyens et de capacités.
Ainsi, trois solutions s'offrent-elles à elle pour construire une
chaîne de commandement opérationnelle.
La première est d'avoir recours aux moyens communs de
l'OTAN, au travers des dispositions décrites dans les accords
de Berlin+. Dans ce cas, l'Union européenne confie
normalement le commandement de l'opération à l'adjoint du
SACEUR qui actionne la chaîne permanente de l'OTAN
(SHAPE, JFC, ...).
La seconde option est d'utiliser une des chaînes de
commandement nationales déclarées. Cinq pays (France,
Grande-Bretagne, Allemagne, Italie et Grèce) se sont
proposés pour servir de nation cadre offrant un quartier
général d'opération de nIveau stratégique (OHQ
multinationalisable ).
En cas d'indisponibilité des options précédentes, mais
aussi pour gérer les crises plus civilo-militaires, les Etats
membres ont décidé la création au sein de l'EMUE d'un
centre d'opération activable sur décision du Conseil. Il sera
disponible à la fin de cette année.
Concepts et doctrines
L'ensemble des doctrines et concepts de l'Union
européenne sont, eux aussi, par nature, véritablement
multinationaux. Ils ont été voulus dès leur conception
comme compatibles et interopérables avec ceux développés
par l'OTAN.
-51-. La démarche capacitaire
L'objectif global d'Helsinki (2003 puis 2010), qui est le
contrat minimal pour satisfaire les besoins et les ambitions
de la PESD (60.000 hommes disponibles en deux mois pour
un an), établit la volonté de l'Union européenne de pouvoir
déployer une force multinationale pour gérer les crises de
notre époque, éventuellement loin de l'Europe.
L'Agence Européenne de Défense, créée en 2005, est
chargée, entre autres, d'identifier les besoins capacitaires
européens et de les insérer dans un plan prospectif à long
terme. Elle assure l'interface avec les industriels qui seront
les pourvoyeurs des équipements des forces multinationales
européennes.
Vision à long terme
L'Union européenne a lancé une réflexion pour esquisser
le cadre des opérations européennes à l'horizon 2025. La
contribution du Comité militaire à cet exercice est venue
réitérer (920) l'impératif de standardisation, de
complémentarité et de large multinationalité des
déploiements des forces armées européennes.
. Conclusion multinationalité
L'UE est devenue une organisation multinationale
crédible et efficace pour gérer des opérations de maintien de
16èmela paix (l'opération qui débute au Congo est la
opération PESD). Ses capacités militaires sont limitées mais
cette limite est aussi une force car elle oblige à adopter une
approche globale pour traiter les crises et à ne pas s'intéresser
aux seuls aspects sécuritaires.
Le besoin d'une structure permanente de commandement
et de Contrôle est de plus en plus patent (en dépit de freins
mis à cause de la présence de l'OTAN).
-52-L 'INTERARMISA TION
. Au niveau conceptuel
L'Union européenne façonne ses missions en combinant
tous les outils à sa disposition, mais en ajustant finement leur
volume à l'objectif politique recherché. Elle maximise ainsi
le rendement entre les moyens alloués et l'effet souhaité
(sorte d'« Effect Based Operations »). Dans cette perspective,
au niveau stratégique, l'interarmisation se vit surtout comme
un facteur d'efficacité plutôt que comme un outil de
rationalisation.
Les réflexions de la PESD se conçoivent directement dans
un cadre interarmées. Ainsi, les cinq scénarii illustratifs
ayant servi à définir les capacités nécessaires à l'UE se
placent-ils tout de suite dans cette perspective. De plus,
même si, jusqu'alors, les applications de la PESD étaient
plutôt terrestres, cette dernière précise en ce moment les
paramètres de son action dans les domaines maritimes et
aériens.
Ainsi, la démarche capacitaire de la PESD ne
raisonne-telle plus en termes d'armées, mais en grandes fonctions
opérationnelles, telles que «commander », «informer »,
« protéger », ... pour la satisfaction desquelles l'armée
détentrice de la meilleure capacité est sollicitée. A titre
d'exemple, que ce soit pour des actions militaires ou pour des
actions de réactions aux catastrophes ou pour des réponses
au terrorisme, l'approche de l'Union européenne est globale
et donc interarmées.
. L'interarmisation des Quartiers généraux
Les quartiers généraux des opérations de l'UE sont conçus
en cohérence avec cette logique de l'interarmisation ; ils
intègrent les différentes composantes de l'action militaire.
Comme le pressent la Vision à long terme du CMUE
(para 33), l'avènement de réseaux de communication
-53-extrêmement puissants renforcera la tendance à une
manœuvre intégrée et donc interarmées dans son exécution.
. Au niveau des forces
On ne raisonne plus en termes de groupes d'armées
comme au temps de l'affrontement des blocs... L'objectif
global 2003 était véritablement interarmées. Il s'était fixé
comme plafond le corps d'armée terrestre en l'assortissant
des composantes navales et aériennes adéquates.
Les groupements tactiques, bien qu'ils soient conçus
comme des forces terrestres, s'intègrent bien sûr dans une
problématique interarmées, ne serait-ce que pour leur
acheminement, mais aussi pour leur appui si nécessaire.
. Conclusion
En amont de l'engagement opérationnel, l'interarmisation
peut également engendrer des économies d'échelle
importantes. Mais il s'agit là aussi d'activités dont la
responsabilité revient aux Etats-membres.
-54-PARTIE I
LA MONTEE EN PUISSANCE DE L'INTERARMISATION
ET DE LA MULTINATIONALISATION
:
L'EXPLICATION
-1Les raisons de la montée en puissance
de l'Interarmisation et de la Multinationalisation
Introduction
par
Louis GISCARD d'ESTAING
Député du Puy-de-Dôme
Avant de permettre de connaître l'explication des raisons
de la montée en puissance de l'interarmisation et de la
multinationalisation dans nos armées, que vont pouvoir vous
èrepartie de ce colloque, àdonner les intervenants de la 1
l'issue de cette introduction, je tiens tout spécialement à
saluer celui qui a pris l'initiative de l'organiser, Pierre
PASCALLON, Président du Club « Participation et Progrès »,
qui a eu I'honneur de représenter avant moi le Président du
Puy-de-Dôme à l'Assemblée Nationale. Je voudrais, à ce
titre de parlementaire et avant mon collègue Jacques
MYARD,qui sera présent ici demain, m'efforcer d'apporter
un éclairage politique et institutionnel sur ces très
intéressants sujets que sont l'interarmisation et la
multinationalisation.
-55-En effet, la qualité exceptionnelle du plateau réuni à
l'occasion de ce colloque ne me donne pas de qualité pour
contribuer utilement sur les aspects militaires, géopolitiques
ou stratégiques de ces questions: le Lieutenant-Colonel de
réserve que je suis, en affectation au Centre de la Doctrine
d'Emploi des Forces (CDEF), ne pourra, par définition
hiérarchique, rien dire de plus que le Général Vincent
DESPORTES,Commandant du CDEF, intervenant dans ce
colloque.
Le titulaire du diplôme d'Etudes Spécialisées de Défense
Paris II ne pourrait que souscrire aux propos de tous ceux qui
relèveront dans leurs interventions les aspects géopolitiques,
stratégiques et de coopération internationale qui conduisent à
un tel constat, dans nos forces armées comme dans celles
d'autres pays - en particulier européens - en écho aux
propos de l'Amiral DENIS.
Enfin, l'ancien EOR issu de l'Ecole d'Application de
l'Armée Blindée Cavalerie de Saumur, ne pourrait que se
retrouver dans la synthèse des travaux de ce colloque,
puisqu'elle sera précisément réalisée par celui qui a assuré
ma formation dans ce cadre, comme Capitaine instructeur de
ma brigade, le Général de Division Bertrand
RACTMADOUX !
Donc, permettez-moi de donner à mon intervention un
caractère plus politique et institutionnel, ne s'appuyant pas,
dans ce cas, sur mes fonctions militaires ou mes titres
universitaires liés à la Défense, mais sur mes fonctions
électives, qu'il s'agisse de Vice-président du Groupe UMP
de l'Assemblée Nationale ou de membre de la Commission
des Finances, Rapporteur du budget de l'Aménagement du
territoire - ayant d'ailleurs suppléé, il y a deux semaines,
mon collègue François CORNUT-GENTILLE, Rapporteur du
Budget de la Défense, lors du débat sur la loi de règlement
du budget 2005 consacré au programme, au sens de la
-56-LOLF, « Equipement des Forces» - et enfin comme Député
2Sèmedu Puy-de-Dôme, terre d'attache du régiment de
Transmissions, dont je salue le Chef de Corps, le Colonel
92èmePELLISTRANDI, mais aussi du Régiment d'Infanterie
dont, en qualité de Vice-président de la Communauté
d'Agglomération de Clermont-Ferrand et Maire de
4èmeChamalières, commune jumelée à sa Compagnie,
chacun comprendra ici que je ne saurais manquer à la
passation de commandement de son chef de corps, qui
interviendra cet après-midi à 17 heures, Place de Jaude à
Clermont-Ferrand, et qui explique que je devrai vous quitter
dès la fin de cette matinée - mais pour la meilleure raison, en
lien avec ce colloque.
Je ferais donc simplement trois remarques à caractère
politique ou institutionnel en liaison directe avec le sujet de
ce colloque.
- Tout d'abord, pour relever que la multinationalisation
est, à nos armées, ce que la mondialisation est à notre
économie, dans un contexte qui est, soit européen, soit
atlantique, soit relevant d'organisations internationales; et
les exemples récents ne manquent pas, qu'ils s'appellent
EADS, ARCELOR-MITTAL, ITER, OMC.
- Deuxièmement, pour souligner que l'interarmisation
relève bien d'une logique comparable à celle qui a poussé,
dans l'organisation de nos échelons locaux, à
l'intercommunalité, répondant en théorie à un besoin de
mutualisation de moyens, de répartition des compétences, de
nationalisation de la prise de décision, d'efficacité dans
l'effet recherché, ...
Tout ce que je peux dire, c'est que je souhaite à
l'interarmisation d'obtenir ces résultats plus nettement
encore qu'ils ne l'ont été ou le sont dans le processus
intercommunal, issu - faut-il le rappeler? - d'une loi portant
le nom d'un Ministre de la Défense dont il est vrai que la
-57-contribution probante à la multinationalisation ne fut pas
spécialement concluante!
- Enfin, et certains l'ont relevé de façon pertinente, mais
aussi critique, la mise en œuvre de la Loi Organique dans les
Lois de Finances de 2000, qui s'applique pour la première
fois dans la Loi de Finances 2006, répond à la logique de
l'interarmisation: le programme, au sens de la LOLF
« Equipement des Forces» en est un excellent exemple et je
vous renvoie au compte rendu de la séance à l'Assemblée
Nationale du 20 juin à ce propos pour en mesurer à la fois
l'intérêt mais aussi les limites comme cela a pu être relevé
dans mon intervention, comme dans celle de Madame la
Ministre de la Défense. Je suis certain que Monsieur Louis
GAUTIER, en sa qualité de membre de la Cour des Comptes,
aura pu établir le lien entre la LOLF et l'interarmisation, et
souscrire à la position favorable développée sur ce point par
le Général BENTEGEA T, Chef d'Etat-major des Armées avant
la Commission des Finances.
Voici les quelques remarques dont je souhaitais vous faire
part en ouverture de ce colloque qui, j'en suis certain,
éclairera ce débat aux enjeux décisifs sur le plan stratégique
et opérationnel pour nos forces.
Je vous remercie de m'avoir permis d'apporter, à mon
tour, ce rapide éclairage politique et institutionnel: cela situe
bien l'acuité des sujets traités pour ce colloque, pour en tirer
les meilleures conséquences sur le plan de l'organisation de
nos forces mais aussi dans nos pratiques budgétaires,
parlementaires et pour l'exécutif d'aujourd'hui et de demain.
-58-Des avantages politico-militaires
de l'interarmisation et de la multinationalisation
par
André DUMOULIN
Chercheur à l'Ecole Royale Militaire (Bruxelles)
Maître de conférence Associé à l'Université de Liège
et à l'ULB
Je présume que personne, ici, dans cette salle, ne doute de
la richesse que ce colloque peut apporter dans la maîtrise des
multiples aspects complexes et des enseignements tirés des
nombreuses expériences des processus d'interarmisation et
de multinationalisation.
Au vu du nombre d'intervenants et de sujets, nous allons
vivre durant ces deux jours parfois des moments de redites et
autres chevauchements involontaires. Qu'à cela ne tienne,
ma communication évoluera dans le registre des
enfoncements de portes ouvertes et de l'apologie de la
multinationalisation! Apologie imposée par les contraintes
de la montre, qui m'empêche d'assombrir le tableau - ce qui
pourrait prendre une demi-heure -, mais aussi par
conviction: l'avenir de la sécurité européenne et la sérénité
de nos citoyens passeront par ces formules magiques, celle
du regroupement des structures, des outils, des hommes, des
cultures, des esprits et du risque. Nous devons penser
-59-