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LES ENQUETES EUROBAROMETRES

320 pages
L'Europe ne pourra se construire contre les peuples et sans le concours des opinions publiques. Il est donc très important de bien appréhender ce que pensent les Européens et comment ils vivent. Créés pour informer les citoyens et éclairer les décideurs européens, ces sondages répétés dans le temps avec des questions identiques dans tous les pays se sont progressivement révélés d'une grande richesse pour les chercheurs en sciences sociales.
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LES ENQUÊTES EUROBAROMÈTRES ANALYSE COMPARÉE
DES DONNÉES SOCIO-POLITIQUES

Collection Logiques Politiques dirigée par Pierre Muller

Dernières parutions

MOQUAYPatrick, Coopération intercommunale et société locale, 1998. BOISSEAU DU ROCHER Sophie, L'ASEAN et la construction régionale en Asie du Sud-Est, 1998. AL WARDI Sémir, Tahiti et la France. Le partage du pouvoir, 1998. JULIEN Christian, Les politiques régionales de formation professionnelle continue, 1998. LEIBFRIED S., PIERSON P., Politiques sociales européennes, 1998. IHL Olivier, Cérémonial politique: les voyages officiels des chefs d'Etat, 1998. KALUSZYNSKI Martine, WAHNICH Sophie (dir.), L'Etat contre la politique? 1998. SAVARESE Eric, L'ordre colonial et sa légitimation en France métropolitaine, 1998. KINGSTON de LEUSSE Meredith, Diplomate, une sociologie des ambassadeurs, 1998. ENGUÉLÉGUÉLÉ Stéphane, Les politiques pénales (1958-1995), 1998.

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-7270-2

Sous la direction de

Pierre Bréchon et Bruno Cautrès

LES ENQUÊTES EURO BAROMÈTRES: ANALYSE COMPARÉE
DES DONNÉES SOCIO-POLITIQUES

Actes du colloque CIDSP-AFSP Centre d'Informatisation des Données Socio-Politiques Association Française de Science Politique
Grenoble - novembre 1997

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Liste des auteurs
Stéphanie Abrial, attachée temporaire d'enseignement et de recherche à l'IEP de Grenoble, doctorante en science politique (CIDSP) Céline Belot, doctorante en science politique (CIDSP) Jean-Paul Bozonnet, maître de conférences en sociologie, IEP de Grenoble (CIDSP) Pierre Bréchon, professeur de science politique, IEP de Grenoble (CIDSP) Philippe Caillot, maître de conférences en statistiques à l'Université Pierre Mendès France à Grenoble, Laboratoire de Statistique et d'Analyse des Données (LABSAD) Bruno Cautrès, chargé de recherche au CNRS (CIDSP) Louis Chauvel, maître de conférences en sociologie, IEP de Paris et Observatoire Sociologique du Changement (CNRS/FNSP) Bernard Denni, professeur de science politique, IEP de Grenoble (CIDSP)
Grégory Derville, maître de conférences en science politique l'Université de Lille II et chercheur associé au CIDSP à

Fabienne Greffet, docteur en science politique (CIDSP), gestionnaire des relations internationales à l'IEP de Grenoble

Pierre Jacquiot, attaché temporaire d'enseignement et de recherche au département de sociologie de l'UPMF, doctorant au Centre de Sociologie des Représentations et des Pratiques Culturelles (SHS/UPMF)
Anna Melich, chef de l'unité «Analyse de l'opinion (Eurobaromètre), DGX, Commission européenne publique»

Christine Pina, docteur en science politique (CIDSP), chef de projet au journal Le Monde

Jacques-René Rabier, directeur général honoraire à la Commission européenne Dominique Reynié, professeur de science politique, Université de Nice, chercheur associé au Centre d'Etudes de la Vie Politique Française (CEVIPOF) Yves Schemeil, (CIDSP) professeur de science politique, à l'Institut lEP de Grenoble franco-allemand de

Joachim Schild, chargé de recherche Ludwigsburg, Allemagne

Hermann Schmitt, directeur de recherche au Mannheim Centre for European Social Research (MZES/ZEUS), Allemagne Andy Smith, chargé de recherche à la FNSP (CERVL, Bordeaux) Kristoff Jacques Vincent Talin, chargé de recherche au CNRS (CIDSP) Thomassen, professeur Twente, Pays-Bas de science politique, Université de

Tournier, maître de conférences Grenoble (CIDSP)

en science politique, lEP de

Sommaire
INTRODUCTION Pierre Bréchon et Bruno Cautrès 1èrePARTIE L'HISTOIRE DES EUROBAROMÈTRES : OUTIL DE POLITIQUES PUBLIQUES ET INSTRUMENT DE RECHERCHE
« Euro-baromètre» : un enfant qui a bien grandi Jacques- René Rabier

Il

-

17

Les enquêtes Eurobaromètres Anna Melich

et la construction européenne 23

L'Eurobaromètre et la recherche en science politique Dominique Reynié La commission et le « peuple ». L'exemple d'usages politiques des Eurobaromètres Andy Smith La qualité des données Eurobaromètres Philippe Caillot et Bernard Denni
2ème PARTIE

41

53

71

- Y-A-T-IL UNE CRISE DE L'ADHÉSION AUX

VALEURSEUROPÉENNES?

Les attitudes vis à vis de l'Europe Bruno Cautrès Les jeunes, l'Europe et la nation Céline Belot et Vincent Tournier Electeurs, élites et élections au Parlement européen Hermann Schmitt et Jacques Thomassen

91

115

131

3è1ne PARTIE

- LA POLITISATION ET LA PARTICIPATION
SONT-ELLES EN DÉCLIN EN EUROPE? évolutions temporelles et différences 159

POLITIQUE

La participation politique: par pays Joachim Schild

Politisation et exposition à l'information Pierre Bréchon et Grégory Derville Compétence et implication politiques en Europe: forêt magique des Eurobaromètres Yves ..Schemeil balade dans la

175

193

La satisfaction à l'égard de la démocratie Stéphanie Abrial et Fabienne Greffet..
4èmePARTIE

215

- DES CULTURES

POLITIQUES EN EUROPE:

HOMOGÉNÉITÉ

ET SPÉCIFICITÉS

Clivages politiques, culturels et religieux dans les régions européennes Louis Chauvel CuJtures politiques de gauche et de droite en Europe Pierre Bréchon L'influence de la religion sur Jes attitudes politiques: d'anaJyse spatio-temporelle dans l'Union européenne Bruno Cautrès, Christine Pina et Kristoff Talin L'environnementalisme en Europe: des inquiétudes culturel Jean-Paul Bozonnet et Pierre Jacquiot.. CONCLUSION Pierre Bréchon et Bruno Cautrès essai

231

251

269 à l'héritage 287

305

ANNEXES

309

INTRODUCTION
Pierre Bréchon et Bruno Cautrès

Comme toute banque de données factuelles, une banque de données socio-politiques exerce trois missions principales: - collecter des données, qu'il s'agisse de données électorales ou de données d'enquête; - archiver et conserver ces données, de manière à ce qu'elles soient utilisables par les générations successives de chercheurs; - les diffuser aux personnes qui les demandent. Cette déclinaison en trois missions: recueillir, archiver, diffuser constitue une vision un peu mécaniste et passive: De manière plus globale et plus active, la mission d'une banque consiste à faire vivre les données, c'est à dire les faire connaître, en montrer tout l'intérêt mais aussi les limites, susciter des utilisations. Si le CIDSP, gestionnaire de la Banque de données socio-politiques, s'est associé avec l'AFSp1 pour organiser à Grenoble, en novembre 1997, un colloque sur les données Eurobaromètres, c'est bien pOUffaire vivre cette série de données d'enquêtes. Les Eurobaromètres constituent une mine puisqu'ils permettent de suivre l'état de l'opinion européenne dans le temps (depuis 1973 ou même 1970) et dans l'espace (en effet, au fur et à mesure que la communauté s'élargissait, le nombre de pays entrant dans l'Euro baromètre croissait aussi). Cette mine, qui n'a pas été constituée pour les besoins de la recherche mais avant tout pour informer les citoyens de l'union et pour informer les décideurs, est hélas relativement peu utilisée par les chercheurs français. Pourtant, la recherche comparative sur les opinions publiques et sur les systèmes politiques a beaucoup à glaner dans ce type de source. L'objectif de ce colloque était donc double:

-

Mieux faire connaître

les résultats des recherches

menées sur ces

enquêtes. L'écho rencontré par ce colloque, qui a réuni plus de cent participants, montre qu'un désir de connaissance de ces données existe.
I

Nous remercions l'AFSP et tout particulièrement son secrétaire général, Jean-Luc Parodi, pour la part qu'ils ont prise dans l'organisation du colloque. Il

- Aider à la constitution en France d'un courant de recherches autour des Eurobaromètres, qui sont beaucoup plus utilisés dans les pays de l'Europe du nord que du sud. Constituer une telle dynamique, c'est un objectif ambitieux et à long terme. C'est pourquoi nous avons pour ce colloque largement fait confiance à des jeunes, jeunes docteurs ou doctorants avancés formés au CIDSP, qui étaient prêts à investir sur ce chantier, prêts à « aller au charbon» pour trouver les pépites au fond de la mine. Nous avons aussi essayé d'innover en suscitant des communications en binôme. Il nous semble que c'est aussi une bonne manière de contribuer à la création d'une dynamique scientifique. Ce colloque s'est tenu en présence des acteurs qui ont créé (tout particulièrement Jacques-René Rabier, mais aussi Hélène Riffault) ou qui réalisent actuellement (Anna Melich et ses collaborateurs, l'équipe de l'INRA) les Eurobaromètres, ou du moins l'Eurobaromètre standard, c'est à dire le module administré au moins deux fois par an, avec des questions "trend", dans les 15 pays de l'Union. De fructueux échanges ont ainsi pu se nouer entre réalisateurs et utilisateurs des données Eurobaromètres. Le livre que vous allez lire est un prolongement du colloque organisé à Grenoble en novembre 1997. Il voudrait donner un écho plus large à nos échanges et susciter le désir d'aller interroger cette mine que constituent les enquêtes Eurobaromètres pour la recherche comparative. Les Eurobaromètres sont devenus au fil des années une véritable industrie de la production de données avec plusieurs types d'enquêtes et des questionnaires très détaillés. Nous ne pouvons pas prendre en compte toutes les dimensions de ces enquêtes. Nous nous limitons à l'Eurobaromètre standard et même là, nous ne traitons pas de tout. Nous avons retenu quatre thèmes, correspondant aux différentes parties du livre: - Les Eurobaromètres resitués dans leur histoire, comme outil de politiques publiques et comme outil de recherches. L'émergence de ces données à partir du début des années 1970 a-t-elle eu une influence sur la construction d'une identité européenne? Les décideurs de Bruxelles ont-ils su mettre cet outil au service de leurs politiques? Le fait d'utiliser pour la recherche des données produites avec d'autres objectifs pose-t-il des problèmes particuliers? Que peut-on dire sur la qualité des données Eurobaromètres ? - S'il y a un domaine où les questions sont très nombreuses dans les Eurobaromètres, c'est bien évidemment celui de la mesure du sentiment européen. On parle fréquemment de la montée d'un 12

euroscepticisme. L'analyse des données disponibles nous amènera à des conclusions plus prudentes. L'idée européenne a toujours été et reste globalement bien considérée par les opinions publiques. Mais certains domaines des politiques européennes cristallisent les critiques et les mécontentements. Par ailleurs, entre acceptation généreuse du projet européen et constitution d'une véritable identité européenne, il y a un fossé qui ne se réduira pas en quelques années. - Troisième thème, celui du rapport des Européens à la politique, de leur implication, de leur politisation et de leur participation politique. La politisation et la participation politiques sont-elles en déclin en Europe, comme on l'entend dire assez souvent? Là encore, l'analyse des données conduira à remettre en cause certaines idées toutes faites. - Dernier thème enfin, peut-être un peu plus composite que les autres. On y abordera la culture des pays européens sous plusieurs aspects. Chaque pays présente-t-il une homogénéité culturelle ou au contraire les diversités régionales restent-elles fortes? Peut-on parler dans les différents pays européens d'une culture politique de droite et d'une culture politique de gauche? Les notions de gauche et de droite ontelles le même sens dans les différents pays? Les liens entre religion et politique sont-ils de même nature dans les différents contextes nationaux? Toutes les opinions publiques ont-elles le même engouement pour les valeurs écologistes?

Pour l'organisation de ce colloque, nous avons obtenu le soutien financier du Centre National de la Recherche Scientifique, de l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble, de l'Université Pierre Mendès France, du Ministère des Affaires Etrangères, de la Ville de Grenoble. Un grand merci à toutes les institutions qui en ont permis la réalisation. Un grand merci aussi à Annie-Claude Salomon, assistante de direction au CIDSP, qui a géré avec grande compétence les multiples problèmes d'organisation matérielle avant, pendant et aussi... après le colloque, puisqu'elle a mis en forme le manuscrit de cet ouvrage. Merci enfin à Blandine Rabelle, secrétaire au CIDSP, qui a secondé de manière très efficace Annie-Claude Salomon.

13

L'mSTOIRE DES EUROBAROMÈTRES
OUTIL DE POLITIQUES PUBLIQUES ET INSTRUMENT DE RECHERCHE

:

OUTIL DE POLITIQUES

PUBLIQUES,

INSTRUMENT

DE RECHERCHE

« EURO-BAROMÈTRE» : UN ENFANT QUI A BIEN GRANDI...
Jacques-René Rabier
lIa fallu un quart de siècle pour qu'un tel colloque fût organisé dans l'Université française. Remercions les Grenoblois d'avoir pris cette initiative! Au cours de ce colloque, j'ai beaucoup appris. Je pensais assez bien connaître l' «Euro-Baromètre », mais je me réjouis de tout ce que chercheurs chevronnés et jeunes thésards peuvent y trouver. Les seules critiques que j'ai entendues au cours de ces journées portent, non sur ce que contiennent ces «sondages », mais sur ce qui ne s'y trouve pas, selon les intérêts de recherche de chacun... Peut-être n' estil pas inutile de rappeler brièvement pourquoi et comment l' «EuroBaromètre» a été conçu au cours de l'été 1973 et créé au printemps 1974. Les relations entre les institutions européennes et l'opinion publique ont toujours été l'une des préoccupations de ceux qui avaient la charge de la mise en place et du «gouvernement» de ces institutions. Contrairement à une opinion assez répandue, la construction d'une «communauté européenne» a, dès l'origine, au début des années cinquante, rendu évidente la nécessité, pour les dirigeants européens, d'être informés pour mieux informer. Jean Monnet, «inspirateur» de la politique européenne et premier président de la première institution communautaire, n'a jamais manqué de mettre en pratique cette volonté d'associer les parlementaires, les dirigeants politiques et syndicaux, les journalistes, et par leur intermédiaire les citoyens, à l'œuvre entreprise: «Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes », écrit-il en exergue de ses «Mémoires ». Bien sûr, les moyens de communication directe avec le public étaient loin d'avoir alors le développement qu'ils ont connu ultérieurement, et les gouvernements nationaux n'étaient pas toujours portés à communiquer aux institutions européennes les informations dont ils disposaient. Peu à peu, les études d'opinion publique se développaient dans nos pays, mais les sondages internationaux étaient encore inexistants, 17

LES ENQUETES

EUROBAROMETRES

si l'on met à part ceux que faisaient faire, dans plusieurs pays d'Europe, la United States Information Agency, à l'usage exclusif des dirigeants américains I. La fréquentation d'un historien comme J.-B. Duroselle, qui dès 1957 avait attiré l'attention sur l'utilisation des sondages en histoire et en science politique2, et d'un psycho-sociologue comme Jean Stoetzel, théoricien et praticien des enquêtes par sondage, éveilla la curiosité de ceux qui voyaient dans ces techniques nouvelles un instrument de connaissance irremplaçable. Connaître l'opinion publique, pourquoi, comment? Les institutions européennes, comme les institutions nationales ou les grandes organisations privées, ont à se tenir informées: non seulement sur ce que pensent les gens, mais sur les attitudes et les motivations qui sous-tendent les opinions. D'autre part, l'information du public nécessite une bonne connaissance du terrain, de façon à ajuster les messages. Enfin, la création et le développement d'une « communauté» à finalité politique exigeaient et exigent toujours un certain consensus parmi les citoyens sur les objectifs à atteindre; soyons clairs, l'information institutionnelle n'est pas neutre et ne peut pas l'être: elle transmet un message et elle contribue à la formation d'une légitimité. Cela doit se faire de façon démocratique, c'est-à-dire dans la transparence (technique et financière) visant à susciter le débat plutôt qu'à imposer une orthodoxie, une «pensée unique », dirait-on aujourd'hui. La conception de l' «Euro-Baromètre» a été longuement mûrie, et sa réalisation - avant même que le mot n'ait été utilisé - précédée de plusieurs expériences. Un premier sondage, au niveau des six pays que comptait alors la Communauté, a été fait au début de 1962, à l'initiative de la Direction générale de la Presse et de l'Information, après une longue préparation3. D'autres suivirent, début 1970 et en juillet 19714.
Cf. Richard L. MERRITI and Donald J. PUCHALA: «Western European Perspectives on International Affairs. Public opinion studies and evaluations ». Praeger, New York, 1968 2 Bulletin de l'Institut universitaire d'information sociale et économique, n03, 1957, Bruxelles 3 «L'opinion publique et l'Europe des Six ». Revue Sondages, 1963, nOl 4 «Les Européens et l'unification de l'Europe », rapport de juin 1972; « L'opinion des Européens sur les aspects régionaux et agricoles du Marché 18
1

OUTIL DE POLITIQUES

PUBLIQUES,

INSTRUMENT

DE RECHERCHE

Les années 1972-73 marquèrent une étape capitale dans le développement de la Communauté, avec l'adhésion du Royaume-Uni, du Danemark et de l'Irlande, et dans l'opinion publique européenne, avec des référendums dans cinq pays (France, Irlande, Norvège, Danemark, Suisse; le référendum britannique vint plus tard). Un sondage que l'on peut considérer comme une sorte de numéro zéro de ce qui allait être, au printemps 1974, l' «Euro-Baromètre », fut mis sur le terrain, dans les neuf pays de la Communauté élargie (les six fondateurs et les trois nouveaux), en septembre 1973. Dès l'origine, des universitaires furent associés à l'opération, de façon à bien maîtriser la technique, mais aussi à assurer la rectitude scientifique et éthique d'un sondage patronné et financé par une institution publique. Comment ne pas évoquer ici l'apport inestimable à l'élaboration du projet, en France, du Professeur Jean Stoetzel (Sorbonne), déjà cité, et, aux Etats-Unis, du Professeur Ronald Inglehart (University of Michigan) ? Le succès de ces sondages, dûment attesté par la couverture de presse qu'ils obtinrent, n'échappa pas aux membres du Parlement européen. L'un d'entre eux, rapporteur de la Commission compétente pour les questions d'information, écrivit dans son rapport de février 1972 les lignes suivantes: «Les sondages d'opinion constituent un secteur très important de l'information. Votre commission constate (...) qu'un certain nombre de sondages d'opinion ont été organisés, dont les résultats ont été publiés. De nouvelles enquêtes sont en préparation. Votre commission espère que l'exécutif étendra ces sondages d'opinion pour en faire un instrument régulier et systémati~ue, et qu'il en présentera régulièrement les résultats complets» . Un événement d'ordre personnel étant survenu à l'auteur de ces lignes au début de 1973, en conséquence de l'élargissement de la Communauté, il put enfin donner tout son temps, sous l'autorité bienveillante du membre italien de la Commission chargé de l'Information, M. Scarascia-Mugnozza, à la préparation et au lancement du premier «Euro-Baromètre ». Mis sur le terrain au printemps de 1974, il fut publié en juillet, avec présentation en conférence de presse.

commun, l'unification politique de l'Europe et l'information du public, rapport de décembre 1971 5 Rapport de W.J. SCHUIJT au Parlement européen sur la politique d'information. Doc. 246/71 du 7 février 1972, p.14 19

LES ENQUETES

EUROBAROMETRES

L'un des journalistes les plus attentifs parmi les observateurs des affaires européennes, le regretté Emanuele Gazzo, commenta ainsi cette initiative: « Ces sondages auront lieu régulièrement au printemps et à l'automne, et ils sont destinés, comme la commission elle-même l'indique en employant une expression heureuse, un « baromètre» de l'attitude du public à l'égard des grands sujets d'actualité concernant directement ou indirectement l'évolution de la Communauté Européenne et, plus en général, de l'unification de l'Europe (H.). Une pareille initiative a une valeur du point de vue de la « connaissance », mais également, et

peut-être davantage, du point de vue des choix politiques à faire (H.). Ajoutons que, pour les journalistes, l'instrument que fournit ce « baromètre» est également précieux. Ne sommes-nous pas nousmêmes confrontés chaque jour à la nécessité de ne pas perdre le contact, de nous assurer que nos papiers tout à la fois informent, corrigent, suscitent, encouragent? » . Les universitaires, enseignants et chercheurs, n'ont pas tardé à s'intéresser à ce nouvel instrument de travail. Aux Etats-Unis, en Suisse et en Allemagne plus rapidement qu'en France. La recherche comparative - coûteuse - n'était pas encore très répandue; la recherche quantitative répugnait à beaucoup; et puis qu'attendre, pensaient certains, d'une initiative prise par une institution publique, européenne de surcroît, et qui ne cachait pas que l'un de ses objectifs était de révéler aux Européens ce qu'ils pensaient les uns et les autres, voire les uns des autres? Cette attitude réservée devait céder peu à peu devant l'évidence. Chaque questionnaire de l' «Euro-Baromètre », dûment contrôlé techniquement par des professionnels de diverses nationalités, contenait des questions d'un intérêt majeur pour une connaissance scientifique approfondie de nos sociétés et de nos systèmes politiques, bien au-delà du « oui-non» ou du « tout à fait-pas du tout» relatif à la Communauté europée~ne et à l'unification de l'Europe. Citons, sans prétendre être exhaustif, les questions sur le positionnement politique des personnes interrogées, sur le sentiment de satisfaction ou de bonheur, sur les systèmes de valeurs, etc Ces questions de contexte étaient certes utiles pour les analyses des questions portant directement sur l'Europe, mais elles constituaient aussi des données précieuses pour une meilleure connaissance des faits sociaux: opinions, attitudes et comportements, de façon comparative et régulière, dans neuf, puis dix, puis douze, aujourd'hui
fi Editorial de l'Agence Europe, Bruxelles, 18 juillet, 1974

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PUBLIQUES,

INSTRUMENT

DE RECHERCHE

quinze pays, en attendant mieux... Toutes les données, sans restriction, étaient mises à la disposition (et donc soumises à la critique) des chercheurs du monde entier. Deux interrogations ont été parfois formulées: certaines questions étaient-elles biaisées? Certains sujets étaient-ils interdits? Quant aux biais, s'il y en eut, ils ne pouvaient qu'avoir été involontaires, échappant à la vigilance des responsables et des professionnels associés à l'établissement des questionnaires et à la formulation (en diverses langues) des questions. Il ne me souvient, pour l'ensemble de la période où j'avais la charge de l' «EuroBaromètre» (1974-1983), que d'une seule question «tordue », proposée par un directeur général pour une enquête spécialisée ajoutée au questionnaire standard. Cette question, j'ai tout simplement refusé de la poser. Quant aux interdits, il peut y avoir eu, me dit-on, postérieurement à 1983, des considérations d'opportunité pour ne pas poser telle question à tel moment. Comme tout se sait, rien n'empêche quiconque, gouvernement, parti politique, syndicat, de poser la question (ou le questionnaire) pour son propre compte, ou pour le compte d'un organe de presse, et de s'en réserver l'exploitation. Les exemples qui ont pu être donnés sont rarissimes, et n'ont pas même fait l'objet de questions... parlementaires. Le colloque de Grenoble a montré avec évidence tout ce que les chercheurs peuvent extraire de cette mine de données accumulées depuis vingt-cinq ans. Les institutions de la Communauté européenne, en même temps qu'elles ont trouvé dans l' «Euro-Baromètre» un instrument de mesure utile et fiable pour l'action, continuent à rendre un immense service aux chercheurs?

? Signalons, à l'intention de ceux qui voudraient en savoir davantage, les deux livres suivants: - «Les enquêtes d'opinion et la recherche en sciences sociales », textes réunis et présentés, en hommage à Jean Stoetzel, par Alain GIRARD et Edmond MALINV ADD. L'Harmattan, Paris, 1989 - «Eurobarometer : The Dynamics of European Public Opinion », edited by Karlheinz REIF and Ronald INGLEHART. MacMillan, London, 1991 21

OUTIL DE POLITIQUES

PUBLIQUES,

INSTRUMENT

DE RECHERCHE

LES ENQUÊTES

EURO BAROMÈTRES

ET LA CONSTRUCTION EUROPÉENNE
Anna Melich

Malgré la contemporanéité entre « Eurobaromètre» et «construction européenne» que semble évoquer le titre que les organisateurs de ce colloque ont choisi pour cette première communication, il faut bien reconnaître que le développement de l'intégration européenne a commencé bien avant que les Institutions européennes ne s'intéressent à la mesure et à l'écoute de l'opinion publique. Mais le fait est qu'une fois que la mesure et l'écoute de l'opinion publique ont été effectuées et publiées de façon régulière, c'est-à-dire depuis que l'Eurobaromètre a vu le jour en 1973, celui-ci est devenu à son tour une sorte d'institution européenne qui a, depuis, apporté sa petite contribution à la recherche et à l'avancement de la politique d'intégration en Europe. Les premiers pas Il est difficile, voire impossible, d'évoquer l'Eurobaromètre sans faire référence à Jacques-René Rabier, l'homme qui a compris la portée des études d'opinion comparatives et régulières pour accompagner une politique d'information européenne, voire la politique européenne, tout court. Appelé dans une autre Université, à Louvain-la-Neuve plus exactement, à décrire les origines de l'Eurobaromètre, Rabier avait ditl: «Tout pouvoir informe. Tout pouvoir s'informe. Même si les pouvoirs des institutions de la Communauté européenne leur ont été parcimonieusement concédés, dès l'origine, par les Etats membres, ceux qui avaient reçu la charge de les exercer - je pense à des hommes

J.-R. Rabier, Les origines Louvain-la Neuve, Avril1992

I

de ['Eurobaromètre,

Université

catholique

de

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LES ENQUETES

EUROBAROMETRES

comme Jean Monnet, premier président de la Haute Autorité du Charbon et de l'Acier, ou à Waltér Hallstein, premier président de la Commission économique européenne - eurent dès le début de leurs fonctions la préoccupation d'informer le public et de se tenir euxmêmes informés: - informer le public, et pour mieux dire «les citoyens» d'une « communauté» naissante, - s'informer eux-mêmes sur les besoins et les attentes des populations. » De cette double fonction est né le besoin de mesurer et suivre les attitudes et les attentes envers la Communauté économique européenne d'abord, envers l'Union européenne et ses politiques par la suite. En 1953/54, quand les services «communs d'information» s'organisent autour de Rabier, les techniques des sondages d'opinion en sont à leurs balbutiements, surtout en Europe. Très récemment, Hélène Riffault, collaboratrice de Jean Stoetzel dès les débuts de l'IFOP et responsable de l'Eurobaromètre à Faits et Opinions, entreprise créée par celui-ci en quittant l'IFOP, rappelait lors du 50ème anniversaire de Gallup, célébré cette année, les débuts enthousiastes mais tâtonnants et artisanaux de la science de mesurer l'opinion publique. Il y avait le téléphone, mais peu ou pas de méthodologie empirique, pas d'ordinateur, pas de programmes informatiques, pas de fax, pas de chercheurs formés, pas de cours de recherche en sciences sociales dans les Universités, pas de cours de marketing non plus. C'est juste après la guerre, que Rabier fait la connaissance de Jean Stoetzel, d'Hélène Riffault et de Jean-Baptiste Duroselle. La curiosité intellectuelle pour les sondages comme instrument de recherche en sciences sociales avait été éveillée, chez Rabier, par Stoetzel qui en faisait quelque chose de plus qu'un instrument de prévision électorale ou d'étude de marché. Les techniques de sondage des opinions l'ont intéressé comme responsable de l'information commune aux Communautés européennes et il comprend très vite l'intérêt que les recherches systématiques sur les opinions, les attitudes et les comportements des Européens pourraient présenter pour le projet communautaire naissant. Le premier sondage international comparatif, c'est-à-dire avec le même questionnaire dans chaque pays, est fait, à l'initiative du Service de Presse et d'Information des Communautés Européennes, au printemps 1962, dans les six pays que comptaient alors celles-ci, par
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DE RECHERCHE

Gallup International. Les résultats ont été publiés dans la revue « Sondages », revue française de l'opinion publique, 1963, na 1. L'êchantillon était d'environ 1 500 personnes en Allemagne (de l'Ouest), en France, et en Italie et de 1 731 au Bénêlux. Heureuse époque où l'on pouvait annoncer un échantillon global pour la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas! Il y a déjà dans ce sondage une question qui allait devenir un indicateur de soutien «Trend» dans le futur Eurobaromètre, même une question «Trend-trend» comme nous disons dans notre jargon maison. Il s'agit de : «Dans quelle mesure êtes vous pour ou contre

des efforts pour unifier l'Europe? » Il y avait aussi dans ce tout
premier sondage multinational des questions de notoriété, de connaissance et d'opinion sur les différentes politiques communes naissantes. Il y avait déjà des questions sur les langues parlées et les voyages effectués posées probablement aussi comme variables explicatives de 1'«européanité » des répondants. D'autres sondages multinationaux furent entrepris par la Direction Générale de la Presse et de l'Information, avant que le mot « Eurobaromètre » ne soit énoncé: - l'un en février-mars 1970 sur les attitudes générales à l'égard de la construction européenne2, - un autre sur les aspects régionaux et agricoles du Marché Commun, en 19723, - et puis, celui qui a été considéré comme le numéro zéro de l'Euro baromètre, même s'il n'en avait pas encore le nom, réalisé en septembre 1973, portant pour la première fois sur neuf pays: les six pays fondateurs plus la Grande Bretagne, le Danemark et l'Irlande. A partir d'ici, et par divers concours de circonstances, Rabier convainc la Commission et le Parlement européens d'institutionnaliser la pratique de la prise de température régulière des motivations, des craintes, des attentes des Européens à l'égard des institutions et des politiques européennes.

2

Les Européens et l'unification de l'Europe, rapport en français et en anglais, Bruxelles, juin 1971. 3 L'opinion des Européens sur les aspects régionaux et agricoles du Marché commun, l'unification politique de l'Europe et l'information du public. rapport, Bruxelles, décembre 1972. 25

L~mQUU~E~OMROMEm~ L'Eurobaromètre, le sondage comparatif, multinational et régulier (deux fois par année) en Europe, tel que nous le connaissons aujourd'hui, était né ! Entre 1973 et 1987, Jacques Rabier s'en occupe seul. Il rédige les questionnaires et analyse les résultats avec la seule aide d'une secrétaire, mais sort 35 numéros sans défaillance. La coordination internationale du terrain ainsi que le traitement des données sont assurés jusqu'à 1989 par Faits et Opinions à Paris, dirigé par Jean Stoetzel d'abord et par Hélène Riffault après. En 1987 la réalisation de l'Eurobaromètre est confiée à Karlheinz Reif, professeur de Science Politique à Mannheim et à Bamberg. Celui-ci donne un grand élan aux potentialités de recherche de l'Eurobaromètre, aussi bien dans le domaine académique que dans le domaine institutionnel. A l'instrument original s'en ajoutent d'autres, l'Eurobaromètre Flash et Ie « Continuous Tracking Survey». A partir d'octobre 1996 c'est celle qui écrit ces lignes qui est devenue responsable des sondages de la Commission européenne. L'Eurobaromètre d'aujourd'hui
Ce qui n'a pas changé

L'Euro baromètre tel que nous le pratiquons aujourd'hui n'a pas changé fondamentalement de celui qui a vu le jour en 1973. Ses principaux objectifs sont toujours les mêmes: informer le public et informer la Commission sur les besoins et attentes des populations, pour qu'elle puisse prendre les décisions appropriées. La spécificité de l'Eurobaromètre, qui en fait un instrument unique, est toujours celle d'offrir des données parfaitement comparables sur l'opinion des citoyens dans tous les Etats membres de l'Union européenne (actuellement quinze) et en mesurant l'évolution de cette opinion dans le temps, tous les six mois, au printemps et en automne. Le type de questions reste le même. Il y toujours des questions sociologiques sur la perception du répondant de la situation économique, sociale et politique dans son pays et en Europe, des questions socio-psychologiques sur la satisfaction et la perception de situations vécues par le répondant; des questions d'opinion sur les attentes et les jugements portés sur les politiques communautaires; des questions de connaissance et des questions d'affectivité sur telle ou telle institution ou politique; et bien sûr des questions 26

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démographiques décrivant la situation socio-économique du répondant. L'échantillon de base ne diffère pas trop de l'échantillon initial. Le principe de I 000 interviews par pays est toujours valable, et après la réunification allemande, I 000 cas supplémentaires sont venus s'ajouter à l'échantillon de l'Allemagne dans les cinq nouveaux Uinder. Les 300 cas supplémentaires pour l'Irlande du Nord s'effectuent toujours, et le Luxembourg s'est enrichi d'un échantillon de 500 au lieu de 300. Le Parlement européen et différentes Directions générales de la Commission alimentent régulièrement le questionnaire de leurs questions sur des thèmes qui leur tiennent à coeur. Des institutions publiques nationales ainsi que des chercheurs universitaires y insèrent de temps à autre leurs questions, quand celles-ci sont utiles et agréées par la Commission. Il y a toujours des questions « Trend» et des questions « Trendtrend» qui remontent aux premières enquêtes. Certaines questions, pas nécessairement «trend» parce que trop chères pour être posées tous les six mois, continuent quand même à l'être chaque fois que cela est utile et nécessaire. C'est le cas de la question «Confiance entre les peuples» sur laquelle des thèses entières ont été écrites et dont les chercheurs et la presse sont très friands. Les données brutes sont toujours déposées dans des Archives de données en Sciences Sociales. Une en Europe, le Zentralarchiv für Empirische Sozialforschung, à Cologne, en Allemagne, et l'autre aux Etats Unis, le Institute for Social Research, à l'Université de Michigan, à Ann Arbor. Les données sont déposées automatiquement, intégralement, dans ces deux Banques de Données qui sont les garantes d'embargos imposés par la Commission (libre accès après publication des rapports concernant les données ou deux ans après leur collecte). A partir de ces deux centres, les données partent vers beaucoup d'autres archives de données (http://extweb.nsd.uib.no/cessda/europe.html) qui les mettent à la disposition d'innombrables chercheurs du monde entier4. En France, c'est au CIDSP - Institut d'Etudes Politiques de Grenoble, que toutes les données de l'Eurobaromètre se trouvent.

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Il existe des bibliographies, pas très récentes, de toutes les recherches et études effectuées avec les données de l'Eurobaromètre mises au point par le ISR de Ann Arbor et par Ie Zentralarchiv de Cologne. 27

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Ce qui a changé

Depuis 1993, date à laquelle une nouvelle politique d'information et de communication a été adoptée par la Commission européenne, certaines choses ont changés. Avec cela, l'approche du suivi de l'opinion publique a été développée et les instruments de sondage multipliés. L'Eurobaromètre a aujourd'hui une fonction supplémentaire qui est venue s'ajouter aux deux fonctions premières conçues au départ de cette aventure. Il est souvent utilisé de nos jours comme un instrument d'évaluation. De plus en plus, les sondages effectués pour le compte des diverses Directions Générales de la Commission et du Parlement européen servent, non seulement comme outil de préparation aux différentes politiques (à l'écoute de 1'«input» du système comme dirait Easton), mais aussi comme outil d'évaluation de ces politiques (mesure de l'output). Dans le cadre de la politique d'information et de communication, des sondages sont prévus avant et après le lancement d'une campagne de sensibilisation à une politique donnée ou aux droits et devoirs généraux des citoyens. Très récemment, les campagnes «Citoyens d'abord» (informations sur les droits des citoyens dans le cadre du Marché unique) ou «Construisons l'Europe ensemble» (sensibilisation à la Conférence intergouvernementale et à la réforme des institutions) ou l'information sur la monnaie unique européenne, l'euro, ont toutes prévu des sondages avant et des sondages après certaines actions liées à ces campagnes de sensibilisation de l'opinion et pour en mesurer les effets. Du point de vue technique, c'est maintenant l'institut INRA (European Coordination Office) qui coordonne le libellé des questionnaires, les traductions, le terrain, le traitement des données, la pondération des résultats nationaux, etc. Le tirage de l'échantillon a été homogénéisé et s'effectue de la même façon dans les quinze Etats, par «routes aléatoires ». La Commission procède à des appels d'offres tous les cinq ans pour sélectionner le coordonateur de ses enquêtes et INRA est le contractant coordonnateur depuis 1989.

5 Suivi et analyse de l'opinion publique: Nouvelle approche, communication de M. Joao de Deus Pinheiro approuvée le 28 juillet 1993. 28

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L'Eurobaromètre a perdu certaines questions «Trend », mais a inauguré d'autres séries de trends. Ainsi, par exemple, les indicateurs dits «Unification» et « Dissolution» ont été arrêtés après l'EB 44. (automne 1995). Le langage se démode ou bien les problèmes de traduction rendent la question difficile à interpréter. Dans le premier cas on ne parle plus d'« unification» dans les enceintes communautaires. Il s'agit aujourd'hui de «construire» une Europe respectant la diversité. De même, la « dissolution» ou le « opting out» des traités communautaires n'ont jamais été prévus par le législateur, ce qui rend la question « Dissolution» peu adaptée à la réalité. La question inglehartienne sur les valeurs matérialistes ou postmatérialistes a été arrêtée depuis quelques années, et après introduite à nouveau avec une moindre fréquence. Beaucoup de questions sont devenues Trend ces dernières années. Des questions sur le Marché Unique; des questions sur les politiques à court et à long terme de l'Union européenne; des questions sur l'utilisation des médias, sur l'information utilisée et souhaitée; des questions sur l'immigration et la perception des citoyens non-membres de l'Union; des questions sur la monnaie européenne; etc. L'Eurobaromètre a également contribué à la recherche dans le domaine de la méthodologie des enquêtes d'opinion en posant les questions démographiques nécessaires à la construction d'une nouvelle échelle du statut socio-économique du répondant. Cette échelle avait été construite par un groupe de réflexion organisé par ESOMAR et elle a pu être mise au point et testée à plusieurs reprises dans l'Eurobaromètre. Les études spéciales commandées par les différents services de la Commission sont en augmentation constante. Des enquêtes sur l'environnement, l'énergie, la biotechnologie, la prévention du cancer, la santé publique, la pauvreté et l'exclusion, la famille, le racisme et la xénophobie, le troisième âge, la sécurité sociale, l'emploi, l'égalité entre les sexes, les perceptions des consommateurs, le tourisme, la politique régionale etc. se font et se refont à des rythmes soutenus. C'est pourquoi, les vagues de l'Eurobaromètre ne sont pas uniquement constituées d'un «train» ou sondage par saison, mais parfois de plusieurs « trains» qui partent à quinze jours de différence, pour permettre au questionnaire de garder des proportions acceptables en temps d'interview. Ceci explique la numérotation, parfois ésotérique, des EB x.O et x.1 et x.2 et parfois même x.l ou 2 bis. 29

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Ceci nous amène à une autre évolution. Celle de la qualité des utilisateurs de l'Euro baromètre. Dans les années 70, le plus grand nombre d'utilisateurs se trouvait dans le monde académique universitaire, premier a avoir découvert la richesse et les possibilités d'exploitation de telles études d'opinion. Ensemble avec le monde universitaire, il y avait les membres du Parlement Européen qui étaient très intéressés soit de par leur activité politique, soit de par leur background également académique. Dans les années 80, la presse, accréditée ou non, est devenue demanderesse et a commencé d'illustrer régulièrement ses articles ou recherches journalistiques avec les données des sondages de la Commission. Actuellement, la presse, aussi bien écrite qu'audiovisuelle, est tout aussi exigeante avec l'Eurobaromètre que le milieu académique. « Last but not least », le plus grand nombre de responsables et de fonctionnaires de la Commission européenne ont compris l'utilité de l'Eurobaromètre mais ne l'ont intégré dans le travail lié à leur fonction que vers le milieu des années 80. L'esprit Delors y a beaucoup contribué. Son cabinet avait compris la portée et l'utilité de la connaissance de la teneur de l'opinion publique dans les Etats membres de la Communauté européenne et a servi d'exemple à d'autres décideurs européens. La Cellule de Prospective, née sous l'égide du président Delors, s'est basée et se base encore sur les données de l'Eurobaromètre pour ses multiples recherches sur l'avenir de l'Union. Depuis le N°44, le rapport final de l'Eurobaromètre peut être consulté dans son intégralité sur le net, dans le serveur Europa: http://europa.eui nt/enlcomm/dg/infcom/epo/eb .html. L'évolution de l'opinion Il Y a donc eu depuis 25 ans de légers changements, toujours dans la continuité, dans le domaine de la technique ou de la méthode. Mais les changements les plus intéressants que l'on peut observer grâce à l'Eurobaromètre sont tout de même à trouver dans son essence même, c'est-à-dire, dans l'opinion à l'égard de la construction européenne que celui-ci mesure. C'est en observant l'évolution de certaines opinions et attitudes que l'on peut se rendre compte de l'avancement ou du recul de la construction européenne. Cependant, cette observation ne peut en aucun cas se cantonner à l'une ou à l'autre des opinions prises individuellement. Il y a en fait trois grands domaines ou «champs 30

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d'attitude» sur lesquels les Européens peuvent s'identifier soit d'une façon homogène soit de façon contradictoire. Il s'agit des aspects économiques de l'Union européenne d'un côté, des aspects politiques
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plus d'Europe») de l'autre et des comportements objectifs d'un

troisième. Les orientations des attitudes dans ces trois domaines de la construction européenne ne sont pas nécessairement les mêmes chez le même individu ni dans les différentes cultures socio-politiques européennes. C'est pourquoi, seules des analyses multidimensionnelles peuvent rendre compte des liens et des regroupements entre les différentes dimensions de « l'européanité ». Selon l'objectif de l'analyse, il est possible alors de réduire les opinions et les attitudes des Européens en trois, quatre ou cinq groupes cohérents et distincts6. Dans la plupart des «cluster analysis» auxquels nous procédons, environ un quart de la population des quinze Etats membres, accepte et applaudit les avantages économiques que lui procure l'appartenance à l'Union européenne, et accepte un minimum d'éléments politiques nécessaires à son maintien, mais met en question la solidarité européenne dès qu'il perçoit un danger pour ses acquis sociaux. Un autre quart approuve presque toutes les politiques de l'Union européenne et ajoute à ces sentiments, ceux plus idéalistes du désir de dépasser les frontières politiques nationales et tendre vers un Etat européen avec des institutions, des règles et une monnaie uniques. Un tiers environ accepte le rôle protectionniste de l'Union face à la concurrence étrangère, souhaite une politique de défense et de sécurité communes plus importantes, mais ne veut pas payer le prix qui en découle dans le domaine social à l'intérieur de l'Union. Environ 20 %, enfin, sont opposés à toute tentative d'intégration européenne et à la majorité des politiques l'Union, avec des sentiments nationalistes isolationnistes. Lors de typologies avec des échantillons uniquement de femmes ou de jeunes, il arrive qu'un autre groupe apparaisse, celui des personnes indifférentes ou méconnaissant le processus d'intégration (en majorité les « ne sait pas »). Les proportions d'individus

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Structure in European Attitudes, Universitat Mannheim, ZEUS, May 1990; Typologie de l'opinion de la population des douze envers l'Union européenne, INRA, Bruxelles, juillet 1994 ; Deuxième typologie de l'opinion européenne, INRA, Bruxelles, mai 1995; Analyse approfondie des résultats de l'Eurobaromètre 44.2bis, dit Magnum, INRA,Bruxelles, juillet 1996. 31

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correspondant à l'un ou à l'autre des divers types cités plus haut changent selon les cultures nationales et avec le temps.
Les grands indicateurs

Nous avons décrit plus haut le premier sondage comparatif européen de 1962 et l'apparition pour la première fois de la question qui deviendrait l'indicateur de soutien le plus ancien. Je me réfère à l'opinion sur l'unification de l'Europe occidentale. En 1962, la première fois où cette question a été posée dans six Etats membres 40 % étaient « très pour », 32 % « plutôt pour », 4 % «plutôt contre» et 1 % « très contre ». 23 % n'avaient pas répondu. Trente trois années après, dans l'Eurobaromètre 44 (automne 1995), 36 % des interviewés, des Quinze cette fois, étaient « très pour », 42 % «plutôt pour », 6 % «plutôt contre », 2 % «très contre» et 14 % n'ont pas répondu. Il y a légèrement plus d'opinions positives maintenant, surtout si l'on tient compte du poids négatif que supposent les réponses dans les trois nouveaux Etats membres. Mais, il y a eu sans doute un déclin dans la satisfaction éprouvée par rapport à l'appartenance à la Communauté européenne et/ou à l'Union depuis 1991. Question: «D'une façon générale, pensez-vous que le fait pour (NOTRE PAYS) de faire partie de l'Union européenne est une bonne chose, une mauvaise chose ou ni une bonne ni une mauvaise chose? » (Fig.l).
Soutien à l'appartenance à l'Union Européenne UE15
% 80 75 70 65 60 55 50 45 40 35 30 25 '0 15 56

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