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Les Etats-Unis et la fin de la guerre froide

De
214 pages
A la fin des années 1980 et au début des années 1990, une ère s'était achevée : le système de l'URSS avait échoué et l'Amérique devait renoncer à son esprit de croisade contre les totalitarismes et pour la défense des libertés. Pourtant la fin de la Guerre froide n'était pas la fin de l'histoire ni même celle de tous les dangers. L'Amérique allait devoir gérer à la fois les opportunités et les périls engendrés par cette "mondialisation" que la résistance de l'URSS l'avait empêché de réaliser jusqu'alors. (plusieurs articles en anglais)
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Les Éta ts- U nis

et la fin de la guerre froide

L'Aire Anglophone Collection dirigée par Serge Ricard
Cette collection entend s'ouvrir aux multiples domaines d'un vaste champ d'investigation, caractérisé par la connexion idiome-culture, auquel les spécialistes formés en langues, civilisations et littératures dites "anglo-saxonnes" donnent sa spécificité. Il s'agira, d'une part, de mieux faire connaître des axes de recherche novateurs en études britanniques, américaines et canadiennes et, d'autre part, de répondre à l'intérêt croissant que suscitent les cultures anglophones d'Afrique, d'Asie et d'Océanie - sans oublier le rôle de langue véhiculaire mondiale joué par l'anglais aujourd'hui. A cette fin, les domaines privilégiés seront l'histoire des idées et des mentalités, la sociologie, la science politique, les relations internationales, les littératures de langue anglaise contemporaines, le transculturalisme et l'anglais de spécialité. Déjà parus Pierre MELANDRI et Serge RICARD, La montée en puissance des Etats-Unis de la guerre hispanoi-américaine à la guerre de Corée, 2004. Isabelle V AGNOUX, Les Etats-Unis et le Mexique, histoire d'une relation tumultueuse, 2003. Pierre DROUE, Le Vagabond dans l'Angleterre de Shakespeare, 2003. Serge RICARD, Les relations franco-américaines au .x¥e siècle, 2003. Benoît LE ROUX, Evelyn Waugh, 2003. Helen E. MUNDLER, lntertextualité dans l'œuvre d'A, S. Byatt. 1978-1996, 2003. Camille FORT, Dérive de la parole: les récit de William Golding, 2003. Michèle LURDOS, Des rails et des érables, 2003. Raymond-François ZUBER, Les dirigeants américains et la France pendant les présidences de Ronald Reagan et de George Bush 1981-1993,2002. Taïna TUHKUNEN-COUZIC, Sylvia Plath. Une écriture embryonnaire, 2002. Serge RICARD (dir.), États-Unis / Mexique fascinations et " répulsions réciproques.

Les États-Unis et la fin de la guerre froide

Sous la direction de Pierre MELANDRI et Serge RICARD

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan Jtalia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8413-5 EAN : 9782747584135

SOMMAIRE

Avant-propos: Les États-Unis ont-ils gagné la guerre froide? par Pierre MELANDRIet Serge RICARD. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Did Ronald Reagan Win the Cold War? An Overview and Critique of the Debate, by Michael KaRT. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . George Shultz and the Struggle for Control of the Reagan Administration's Foreign Policy, by William N. TILCHIN Margaret Thatcher, Ronald Reagan and the End of the Cold War, by Peter BOYLE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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En marge de la guerre froide: les États-Unis face au conflit
des Malouines, par Isabelle VAGNOUX L'administration Reagan et l'Amérique centrale: les derniers soubresauts de la guerre froide, par Denise ARTAUD. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les États-Unis et la première guerre 1989. "Un Viêt-Nam soviétique" ? par Pierre MELANDRI d/Afghanistan: 1979103 (1979129 73

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Sanctions économiques et aide au développement 1989) : dissuasion, persuasion, endiguement, par Annick CIZEL

Le "néo-atlantisme" de la République Fédérale d' Allemagne et la réaffirmation du leadership américain (1979-1989), par Édouard HUSSON. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 153 American Liberalism and Soviet "New Thinking",
by Tony SMITH. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 175

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LES ÉTATS-UNIS ET LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

The Afterlife of Détente: U.S. Cold War Policy, 1979-1989, by Robert D. SCHULZINGER
Note sur les auteurs. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

195
211

.:.~.:. +.+

Pierre MELANDRI
Institut d'Études Politiques de Paris

Serge
Université (Sorbonne

RICARD
Paris 11/ Nouvelle)

AVANT-PROPOS LES ÉTATS-UNIS ONT-ILS GAGNÉ LA GUERRE FROIDE?

Décembre 1979: l'invasion soviétique de l'Afghanistan semble porter un coup fatal à une détente encore d'actualité lors de la signature de l'Acte final d'Helsinki (août 1975) mais déjà largement affaiblie par les interventions soviétique et cubaine en Angola comme en Éthiopie et par sa dénonciation par certains milieux en Amérique comme une "voie à sens unique" (one-way street), favorable à la seule Union soviétique. Une sorte de "grande peur" semble désormais gagner les opinions des nations démocratiques. "Le danger de guerre existe" concède Valéry Giscard D'Estaing dans son message de vœux pour 1980. Le lendemain, le pape dresse un tableau apocalyptique des conséquences d'une guerre atomique. L'Afghanistan refait en effet de la confrontation le mode dominant des relations entre les Supergrands. Mais il le fait au pire moment: quand l'émergence de "nouvelles stratégies" semble se conjuguer avec la crise du contrôle des armements pour rendre beaucoup plus plausible la perspective d'un conflit. Le mouvement se précipite quand, après l'arrivée de Reagan, les tensions se durcissent, le dialogue se stérilise et la rhétorique frise le bellicisme. Le 7 juin 1982, c'est le Secrétaire général des Nations unies qui lance une brutale mise en garde: "L'Apocalypse n'est plus une simple description biblique. Elle est devenue une possibilité tout à fait réelle. Jamais aupa-

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ravant, nous n'avons été placés sur l'arête étroite qui sépare la ca tastrophe de la survie"]. Novembre 1989 : l'effondrement du mur de Berlin met en pratique fin à la guerre froide, cette confrontation planétaire tant idéologique que géostratégique qui, depuis le lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, opposait Washington et le Kremlin. Deux ans auront à peine le temps de s'écouler avant que la prophétie de Reagan selon laquelle l'URSS n'était "qu'un chapitre triste de l'histoire dont les dernières pages étaient en train d'être écrites" ne se soit réalisée. Le passage de George Bush père à la Maison-Blanche coïncide en effet à ce qu'il qualifie de développement de "dimension biblique": la chute brutale, inattendue et pourtant sans effusion de sang de l'Union soviétique. "Je ne connais personne, écrira Robert Gates, alors membre de la CIA et futur collaborateur du Conseil national de Sécurité, ni dans ni hors du gouvernement qui ait prédit au début de 1989 qu'avant la prochaine élection présidentielle l'Europe de l'Est serait libérée, l'Allemagne unifiée dans l'OTAN et l'Union soviétique un souvenir de l'Histoire,,2. Les efforts de Gorbatchev pour procéder à une perestroïka ne font en effet que confirmer une règle vérifiée plus d'une fois: trop tardivement adoptées, les réformes précipitent la chute du régime qu'elles aspirent à sauver. Le nouveau chef du Kremlin paraît bientôt submergé par les forces qu'il a libérées. Ses efforts soulignent surtout la précarité des économies qu'il entend redresser. Dès l'été 1989, de fortes revendications politiques et sociales laissent l'URSS ébranlée. Surtout, étendue à l'empire, la perestroïka en souligne la fragilité. Bref, en moins d'une décennie, le cours de l'histoire a changé. En 1980, nombreuses étaient en effet les voix qui, outre-Atlantique, redoutaient que l'avenir appartînt au Kremlin. Depuis 1979, il est vrai, les revers n'avaient cessé de s'accumuler pour les Américains: deuxième choc pétrolier, prise en otage du personnel de leur ambassade à Téhéran, invasion soviétique de l'Afghanistan, fiasco de l'opération Desert One en direction de l'Iran: "ainsi, remarque Jean Boissonnat en mai 1980, les Soviétiques peuvent envoyer une armée en Afghanistan tandis que les Américains sont incapables de faire atterrir huit hélicoptères dans
1. Le Monde, 9 juin 1982. 2. Robert M. Gates, From the Shadows: The Ultimate Insider's Story of Five Presidents and How They Won the Cold War (New York: Simon & Schuster, 1996), p. 449.

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un désert iranien. C'est tout ce que le monde retiendra du fiasco américain dans le raid pour libérer les otages de Téhéran,,3. L'heure est alors chez les Américains à ceux qui, autour des néoconservateurs, des membres du Committee on the Present Danger et des reaganiens, sonnent le tocsin. "Nous sommes aujourd'hui, lance Reagan en avril 1980, dans un plus grand péril que nous l'étions au lendemain de Pearl Harbor. Notre appareil militaire est absolument incapable de défendre ce pays,,4. Dix ans après, la situation s'est totalement retournée: la guerre froide est en train de s'achever sur la défaite du Kremlin ou, si l'on préfère, sur une victoire des Américains. Comment s'étonner si l'interprétation de ces années fait, entre les historiens américains, l'objet d'un débat passionné? La fin de la guerre froide vient-elle consacrer la lucidité des reaganiens? Sanctionne-t-elle la clairvoyance de l'endiguement qui, depuis Truman, a été la politique de tous les présidents américains, démocrates comme républicains? Porte-t-elle simplement le coup de grâce à un système soviétique croulant sous ses contradictions, dépassé par ses ambitions et souffrant d'un manque toujours plus cruel de moyens? Et est-elle avant tout le résultat de la volonté du nouveau patron du Kremlin de mettre fin à un dessein impérial manifestement toujours plus coûteux et vain ? La polémique autour du rôle de Reagan est évidemment au cœur du débat historiographique qui se déroule en Amérique. Dans son article, Michael Kort distingue essentiellement trois écoles à ce sujet. La première estime que ce rôle a été faible, voire nul et même négatif sous certains aspects: pour elle, quand les événements se précipitent dans la deuxième moitié des années 1980, c'est Gorbatchev qui a la main; inversement, dans la période antérieure où le président américain avait l'initiative, il a fait preuve d'une propension à la confrontation excessive. Autrement dit, le réarmement reaganien n'a fait que prolonger la guerre froide en faisant le jeu des militaires et des "durs" au sein du Kremlin. Du coup, c'est à Gorbatchev que revient le mérite de la fin de la guerre froide et, subsidiairement, aux mouvements pacifistes et aux organisations transnationales militant pour le désarmement dont l'activisme a fini par peser sur la politique des
3. Jean Boissonnat, Journal de crise, 1973-1984 (Paris: J.-C. Lattès, 1984), p. 168. 4. Cité in Pierre Melandri, Reagan: une biographietotale (Paris: Robert Laffont, 1988), p. 297.

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deux Supergrands. Mais n'est-ce pas faire bon marché des premières hésitations de Gorbatchev à renoncer à l'accroissement de ses forces armées comme de l'indépendance très limitée de mouvements que souvent le Kremlin finançait ou, en tout cas, influençait? Faut-il pour autant suivre l'école opposée, celle de la "Reagan Victory School", aux yeux de laquelle le 40e président aurait à la fois compris que l'URSS était à court terme condamnée, ne survivant que grâce à l'aide que Carter et les alliés lui avaient trop souvent dispensée et su multiplier les pressions militaires (le réarmement et l'IDS), clandestines (l'Amérique centrale, la Pologne et l'Afghanis tan) et, peut-être davantage encore, économiques (la baisse des prix du pétrole en particulier) pour l'enfoncer? Au fond, l'École qui approche le plus de la vérité n'est-elle pas celle pour qui le rôle de l'Administration Reagan ne peut être nié, même s'il est plus limité que ses thuriféraires n'aiment à le penser? Dans son article, William Tilchin semble se situer entre la première et la troisième école dans la mesure où, à ses yeux, si le rôle de Reagan dans la fin de la guerre froide fut des plus limité, celui de son Administration ne saurait être sous-estimé. Dès lors, à ses yeux, une question se pose: comment un président aussi ignorant et peu enclin à travailler ses dossiers a-t-il pu quitter la MaisonBlanche avec un bilan international très respectable? Pour lui, la question appelle une réponse sans ambiguïté: grâce au talent et à la loyauté dont, à partir de l'été 1982, son nouveau Secrétaire d'État, George Shultz, a toujours témoigné. Entre Shultz et le président, les relations n'ont pas toujours été lisses en réalité. Confronté à toute une série d'autres conseillers que leur ambition, leur rigidité ou leur ignorance aveuglaient, Shultz a parfois eu l'impression que l'appui du président lui était trop compté et, à pas moins de quatre reprises, il a menacé de démissionner. Mais, et c'est là aux yeux de l'auteur la principale contribution de Reagan au succès auquel sa politique étrangère est identifiée, le président a toujours eu la sagesse de dissuader son ministre de le quitter. Il a permis à Shultz de transformer l'IDS en instrument de négociation d'autant plus redoutable qu'il y était lui-même indéfectiblement attaché, de résoudre le problème de l'indépendance de la Namibie et, surtout, de finir par l'emporter dans la lutte qui, depuis le début, l'avait opposé pour le contrôle de la politique étrangère américaine sur son principal rival, le Secrétaire à la Défense, Caspar Weinberger. Celui-ci remporta maints succès dans

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ses efforts pour faire triompher, face à l'URSS, une intransigeante rigidité, pour saper la politique américaine envers Israël, un pays envers lequel ilnourrissait une profonde animosité et pour bloquer le recours aux forces armées. Néanmoins, à partir d'octobre 1986, son influence commença à décliner et quand, à l'automne 1987, après l'échec de ses efforts pour saborder la conclusion du traité sur les missiles à portée intermédiaire, il se résigna à s' en aller, Shultz avait gagné la guerre. Ce fut pour lui le début de ses quinze mois les plus fructueux à la direction des affaires étrangères. Quels qu'aient été les mérites comparés de Shultz et de Reagan, Margaret Thatcher peut se targuer, comme le rappelle Peter Boyle, d'avoir accompagné et même appuyé le président américain dans son approche complexe du camp opposé. À la fin des années 1970, la relation spéciale paraissait sur le déclin il est vrai quand, avec l'élection de Reagan, elle connut un remarquable regain. Certes, entre le président et le Premier ministre anglais, l'accord ne fut pas parfait et la "Dame de Fer" ne cacha pas, à certaines occasions (les sanctions sur le gazoduc transsibérien, l'invasion de la Grenade, l'envol du déficit du budget, l'IDS) son irritation ou son scepticisme à l'égard de certaines initiatives de son grand allié. Mais quatre considérations expliquent pourquoi leur coopération atteignit un degré rarement égalé: une foi commune et quasi religieuse dans les vertus du libéralisme et du marché; une affinité surprenante mais indéniable entre deux personnalités que beaucoup, sinon tout, a priori, aurait pu opposer; la conversion de Reagan à l'idée que, dans l'affaire des Malouines, c'était en ultime analyse la capacité des régimes démocratiques à résister aux agressions des systèmes autoritaires qui était testée, conversion qui déboucha sur l'apport par Washington d'une aide secrète mais substantielle aux Anglais; enfin, last but not least, une évolution parallèle de la perception de l'Union soviétique. D'abord unis dans une même méfiance à l'endroit d'une URSS perçue comme une menace pour ces libertés dont la préservation et l'expansion étaient leur ardente priorité, Thatcher et Reagan en vinrent peu à peu à voir en Gorbatchev un nouveau leader sous lequel l'URSS était susceptible de changer. Dès Genève, le président américain parut persuadé de ce que, en décembre 1984, le Premier Ministre britannique avait suggéré: le Soviétique était quelqu'un avec qui l'on pouvait travailler. Bref, en soutenant Reagan tant dans sa politique de fermeté que dans sa quête du dialogue envers le camp opposé, Margaret Thatcher lui apporta

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un appui inégalé, ce qui lui permet, selon Peter Boyle, de prétendre au premier des seconds rôles dans la saga que la fin de la guerre froide a pu constituer. C'est un exemple précis et concret de cette relation privilégiée qu'Isabelle Vagnouxs'attache à analyser. Affrontement d'un autre âge, le conflit des Malouines s'inscrit en marge de la guerre froide sans pour autant lui être étranger. Les Argentins sont sûrs de leur fait: les mânes de Monroe leur donneront raison, ce qui est oublier que la célèbre doctrine de 1823 figeait le statu quo d'une colonisation qu'ils remettent en cause 159 ans plus tard. Washington préfère en fait son allié britannique à une junte latino-américaine qui, certes, lui sert d'utile paravent dans sa lutte contre la subversion marxiste en Amérique centrale, mais qui met à mal les droits de l'homme chez elle. La Grande-Bretagne pèse lourd en effet dans une stratégie d'endiguement du communisme qui redevient d'actualité, en Europe notamment. À l'instar de Peter Boyle, Isabelle Vagnoux souligne l'importance du facteur personnel dans les relations étroites qu'entretiennent Ronald Reagan et Margaret Thatcher: les deux leaders sont étonnamment au diapason aux plans idéologique et géostratégique. Sans parler du facteur psychologique qui, contre toute attente, pousse les Britanniques à l'intransigeance patriotique, fût-elle déraisonnable et disproportionnée avec son objet. L'importance de l'Amérique centrale pour l'Administration Reagan se reflète dans l'attention de celle-ci pour les turbulences qui secouent "l'arrière-cour" des États-Unis, turbulences que Denise Artaud perçoit comme les derniers soubresauts de la guerre froide. Lorsque Ronald Reagan entre à la Maison-Blanche, l'influence de l'URSS et le marxisme ont progressé en Amérique centrale (prise du pouvoir par Fidel Castro à Cuba en 1959, par les Sandinistes à Managua en 1979, montée de l'extrême gauche au Salvador en 1980) en raison de l'accroissement, faute d'une politique économique efficace, de la pauvreté. Confrontée aux problèmes des Caraïbes, où les avancées soviétiques pourraient un jour présenter un danger stratégique, l'Administration Reagan choisit de soutenir les" combattants de la liberté", contre l'avis des pragmatiques hostiles à toute politique impopulaire au Congrès et dans l'opinion publique et, du coup, favorables à la concertation avec l'Union soviétique. Il s'agit, il est vrai, d'une solution de rechange proposée par la CIA qui tient compte d'une formidable opposition de la presse et de la classe politique: on armera et

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entraînera au Honduras une force contre-révolutionnaire -les Contras - qui exerceront une pression, que l'on espère victorieuse à terme, sur le régime sandiniste. Par contre, les Etats-Unis interviennent directement (et préventivement) en 1983 dans l'île de la Grenade, où l'influence cubaine et soviétique fait craindre des troubles après l'assassinat du Premier ministre, Maurice Bishop. Le scandale "Iran-Contra" qui éclate en 1986 illustre certains des errements et contradictions de la politique reaganienne. Denise Artaud décrit fort bien comment s'est enclenché un processus par lequel les Israéliens livrent des armes à l'Iran de Khomeyni tandis que les Américains remplacent immédiatement ces armes en en envoyant d'autres à Israël. Le prix des armements vendus à l'Iran est majoré de 200 à 600 0/0et les bénéfices ainsi réalisés servent à financer les guérilleros de la Contra. Avec l'accord régional dont George Schulz sera l'artisan, une politique de compromis l'emporte en Amérique centrale qui finira par conduire, après quelques péripéties, à la défaite électorale des Sandinistes dans un Nicaragua "redevenu" démocratique. S'il n'y avait plusieurs théâtres d'opérations concomitants (l'Amérique centrale notamment) auxquels s'applique ce que le journaliste Charles Krauthammer appellera la "doctrine Reagan", l'aventure soviétique en Afghanistan et les menées occultes de Washington pourraient apparaître comme le dernier acte de la guerre froide. En tout cas, l'échec du Kremlin coïncide avec l'écroulement de son empire. Du côté américain, on livrera une guerre secrète contre l'adversaire de toujours par alliés et partenaires interposés. Ce faisant, ainsi que l'expose Pierre Melandri, les États-Unis joueront aux apprentis sorciers et paieront dix ans plus tard le prix de leur soutien aveugle aux plus extrémistes des fondamentalistes islamistes. Alors, il est vrai, que depuis le milieu des années 1970, la droite américaine dénonce la politique de détente comme un échec, les événements s'accélèrent en Afghanistan. Ironiquement, l'Union soviétique décide d'intervenir en décembre 1979 pour soutenir un régime communiste victime d'un zèle réformiste qu'elle avait vainement tenté de tempérer. L'Administration Carter réagit avec d'autant plus de vigueur qu'elle a été accusée de mollesse jusqu'ici: une coalition hétéroclite est mise en place (Pakistan, Arabie saoudite, Chine) pour soutenir les opposants islamistes. L'article de Pierre Melandri examine en détailles trois tournants qui marquent la politique reaganienne à l'égard des Soviétiques en Afghanistan, ainsi que le fonctionnement

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d'une étrange coalition dont Islamabad est le maillon fort. Les faucons de l'Administration tiennent le haut du pavé, forts de la neutralité des libéraux qui ne peuvent contester la justesse de la cause des moudjahidin et de l'appui du Congrès prêt à en découdre par tous les moyens avec les ennemis de la liberté. La décision de retrait des Soviétiques en 19B7 - qui mène à l'accord de Genève d'avril 19B8 - annonce la fin de l'empire soviétique. Le débat reste ouvert sur le rôle décisif de l'Afghanis tan dans la fin de la guerre froide mais Pierre Melandri relève que, paradoxalement, les deux superpuissances furent loin de toujours tirer les ficelles: les Soviétiques furent manipulés par les communistes afghans et les Américains par leurs alliés pakistanais. Les trois articles suivants prêtent surtout attention à la dimension économique de la rivalité américano-soviétique. Comme le montre Annick Cizel,les sanctions économiques et l'aide au développement judicieusement dispensée ont participé tout au long de la guerre froide d'une stratégie offensive contre le communisme

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dans

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d'influence qui opposait les deux Supergrands. TI s'agissait de reproduire "le paradigme du plan Marshall", de dissuader les pays émergents d'écouter les sirènes marxistes-léninistes et de les empêcher de succomber à leur charme. Il fallait promouvoir le libéralisme économique et l'ouverture des marchés pour mieux servir à terme les intérêts américains. Le chantage à l'aide économique et le recours aux sanctions pouvaient s'avérer d'autant plus redoutables que les pays ciblés, trop dépendants de leur "protecteur", n'avaient aucune solution de rechange: la moitié se trouvaient en Amérique latine. L'acharnement de l'Administration Reagan contre le Nicaragua sandiniste illustre les débordements auxquels le parti pris de coercition a pu conduire: les sanctions relevèrent de plus en plus du "sabotage systématique de l'appareil économique du pays", d'une "tentative de déstabilisation de l'économie sandiniste". L'arme de l'embargo pouvait également s'appliquer à l'URSS - sur les céréales notammentmais avec des résultats moins probants car cette dernière n'avait aucun mal à compenser ses pertes par des achats à d'autres fournisseurs. Ce fut le cas en janvier 1980 à la suite de l'invasion soviétique de l'Afghanistan. Cette politique aboutit à un repli sur lui-même du bloc communiste sans que l'on puisse affirmer avec certitude qu'elle hâta sa chute. Mais l'aide américaine à la résistance afghane ne put que l'affaiblir.

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Édouard Husson consacre son article à la primauté des facteurs économiques et aux relations germano-américaines depuis les années 1970. Il ne pense pas que l'agressivité soviétique, à la fin de la période brejnévienne, soit le seul facteur explicatif de la nouvelle phase de tensions Est-Ouest des années 1979-1986. L'Ouest n'aurait pas gagné la guerre froide grâce au seul retour à la stratégie de confrontation avec l'Est, après des années de détente. Il estime que le monde occidental est caractérisé, depuis la seconde moitié des années 1960, par une crise de la suprématie américaine et que la guerre du Viêt-Nam et les critiques qu'elle n'a pas tardé à susciter furent un révélateur parmi d'autres d'une remise en cause plus profonde, due autant à des rapports de forces économiques modifiés qu'à une nouvelle constellation géopolitique. L'Allemagne de l'Ouest est au cœur de ce nouveau rapport de forces économique, avec une monnaie qui est l'une des plus "fortes" du monde, à un moment où le dollar connaît plusieurs dévaluations. Il passe en revue les relations tendues entre le chancelier Helmut Schmidt et le président Carter, l'harmonie entre Helmut Kohl et Ronald Reagan, l'identité de vues et le contact permanent entre Kohl et George Bush père. Kohl approuvait la priorité donnée par Reagan à une stratégie de confrontation. C'est lui qui fit voter par le Bundestag l'installation des "euromissiles" sur le sol allemand, alors qu'une majorité de ses concitoyens y était hostile. Mais l'entente entre le président Bush et le chancelier Kohl joua un rôle encore plus important: à un moment crucial, elle permit à ce dernier d'imposer sa volonté dans le processus enclenché par la chute du Mur de Berlin, dynamique qui mena à la réunification. Tony Smith s'intéresse plus généralement, dans son analyse des événements qui ont entouré la fin de la guerre froide, au rôle de la "Nouvelle Pensée" soviétique qui a largement inspiré Gorbatchev et ses réformes tant politiques qu'économiques. C'est qu'à ses yeux son adoption a tout simplement sanctionné la défaite de l'URSS dans une rivalité qui était tout autant sinon davantage idéologique que géostratégique: même si elle se perçut à tort comme une version viable d'un socialisme réformiste, la "Nouvelle Pensée" ne fut rien de moins qu'une capitulation du marxismeléninisme et du modèle que l'URSS avait voulu incarner devant celui de démocratie de marché, une prise de conscience de la supériorité de ce dernier sur le système de parti unique et de planification centralisée. Dans cette approche, le leadership de

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Gorbatchev joue évidemment un rôle clé. Du fait de son expérience directe de la terreur stalinienne et de sa sympathie pour les "enfants du 20e Congrès", rappelle Tony Smith, il s'est très vite identifié à cette partie de l'élite soviétique qui, à partir de 1956, a commencé à s'interroger sur les déficiences du système économique et impérial que l'URSS gérait. Dès 1982, ainsi, il était en mesure de rassembler certains des conseillers qui allaient tenter avec lui, au printemps de 1985, de le réformer. Pourtant, le triomphe de la "Nouvelle Pensée" ne peut se comprendre hors l'influence de l'étranger. D'abord sans doute, à travers les contacts que les dirigeants soviétiques ont développés non seulement avec les partis communistes mais aussi avec les sociaux-démocrates ou les libéraux du vieux continent; ensuite, à travers la conversion contemporaine d'une bonne partie du monde, à commencer par l'Amérique latine et la Chine, aux vertus du libéralisme économique; enfin, et peut-être surtout, à travers l'offensive idéologique à laquelle Reagan est identifié. Recourant à une rhétorique wilsonienne, le président américain a su communiquer sa foi évangélique dans la capacité du modèle américain de démocratie et de marché à assurer la paix et la prospérité. Bref, il a contribué à persuader les dirigeants du camp opposé de ce qu'un regard lucide sur les réalités tant extérieures qu'intérieures leur suggérait: leur système avait échoué et l'Occident détenait peut-être en partie la solution à leurs difficultés. Dans une interprétation nuancée, très représentative de la "troisième école" plus haut mentionnée, une école à laquelle d'ailleurs une grande partie de ces contributions semblent se rattacher, Robert Schulzinger rappelle que si trois ans durant, l'Administration Reagan a privilégié le réarmement et la confrontation plutôt que la détente face à l'autre camp, à la fin de sa présidence, les relations avec ce dernier étaient meilleures que jamais, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, elles ne l'avaient été. De cette évolution, tout le mérite ne revient certainement pas au seul président de l'Amérique. La rhétorique alarmiste dont, au début, son Administration abusa ("Nous ne savons pas combien de temps il nous reste" devait souvent affirmer le Secrétaire à la Défense, Caspar Weinberger, au Congrès) et l'envol des dépenses militaires au-delà de l'accroissement pourtant considérable que Carter avait proposé, instillèrent dans les opinions européenne et américaine la peur d'une guerre et débouchèrent sur l'émergence de puissants mouvements pacifistes des deux

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côtés de l'Atlantique. Conçu en partie pour apaiser cette anxiété, le projet de bouclier spatial (IDS) visant à protéger l'Amérique et un jour le reste du monde d'une conflagration atomique ne fit en réalité que l'exacerber, en portant un coup de plus, du fait de son incompatibilité avec le traité ABM, à une détente que l'Afghanistan avait déjà chassée de l'actualité. Pourtant, pour des raisons sur lesquelles, entre ses exégètes, l'accord est loin d'exister, en 1984, année électorale, le président se laissa convaincre par ceux de ses conseillers qui voulaient le voir adopter une attitude plus ouverte envers le camp opposé. En janvier, il parla d'une "année de chances pour la paix" et, imaginant une rencontre entre deux Soviétiques, Ivan et Anya et deux Américains, John et Sally, il exprima sa conviction que les habitants de la Russie avaient, en leur for intérieur, les mêmes préoccupations et les mêmes aspirations que ceux des États-Unis. Dès lors, avec l'arrivée de Gorbatchev, en dépit des obstacles que l'IDS put à certains moments dresser et d'incidents de parcours où Reagan put paraître renouer avec sa méfiance passée, la dynamique du rapprochement se révéla impossible à enrayer. Lors de son voyage à Moscou en mai-juin 1988, la rhétorique de "l'empire du mal" appartenait bien au passé. C'est peut-être là l'essentiel en réalité. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, une ère s'était achevée, l'URSS avait comp~:-ïsque son système avait échoué et l'Amérique que le temps était venu de renoncer à l'esprit de croisade que, depuis 1941, elle avait, avec plus ou moins d'intensité, embrassé dans la lutte contre les totalitarismes et la défense des libertés. Pourtant, comme elle n'allait pas tarder à le réaliser, la fin de la guerre froide n'était pas la "fin de l'histoire" ni même seulement celle de tous les dangers. Pour elle le nouveau défi serait de gérer les formidables opportunités et les périls tout aussi redoutables qu'allait désormais engendrer la "mondialisation" qu'au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale elle avait tant espéré réaliser mais que la résistance de l'URSS l'avait empêchée de concrétiser. .:. .:. .:+

Michael
Boston

KORT
University

DID RONALD REAGAN WIN THE COLD WAR? AN OVERVIEW AND CRITIQUE OF THE DEBATE

Le rôle de Ronald Reagan dans la fin de la guerre froide est un objet de débat entre les chercheurs et autres commentateurs sérieux des affaires internationales. Certains observateurs croient que la ligne politique dure de l'Administration Reagan n'a guère contribué à la fin de la guerre froide et pourrait même en avoir retardé l'échéance. Ces commentateurs accordent en général le mérite de la fin de la guerre froide à Mikhail Gorbatchev. Une deuxième école de pensée affirme que la politique de Reagan a renversé le déclin des États-Unis qui remontait à la guerre du Viêt-Nam et qu'elle a confronté l'Union soviétique à un défi économique, politique et militaire auquel, en raison de ses ressources limitées, il lui était impossible de faire face. Ce défi n'a pas seulement contraint Moscou à concéder la défaite dans la guerre froide mais, selon certains, a débouché sur l'effondrement de l'Union soviétique. Un troisième type de raisonnement répartit le mérite de lafin de la guerre froide entre Reagan et Gorbatchev. Une version de cette position relève que Reagan a d'abord renforcé la puissance militaire américaine mais qu'il était disposé à négocier à partir d'une position de force et qu'il a trouvé un partenaire réceptif à Moscou après l'arrivée au pouvoir de
Gorbatchev.

I hope I will be forgiven for not thinking a great deal about Ronald Reagan's role in ending the Cold War until more than a decade after the fact. My excuse is that I am a specialist in Soviet history and the author of a textbook on the subject and therefore during the period in question found myself professionally compelled to keep up with the straight-ahead sprints and sudden zigs and zags of Mikhail Gorbachev. That effort required intense concentration, much like one would need chasing a race car during the Le Mans road race, stnlggling all the while to avoid

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MICHAEL KORT

careening off into some ditch or over the side of a steep precipice, by which I mean making some blatant error of fact or analysis that might be picked up by a colleague, or worse, a student. After tenaciously tracing Gorbachev's efforts through four editions of my text, it was with some relief that I turned to a new subject, the Cold War. While complex, at least it was over. Also, my focus was on the American perspective, which I hoped would provide a break from the turmoil and tragedy woven so deeply and painfully into Russian history. The result was The Columbia Guide to the Cold War (1998). This book actually had a lot to say about Reagan's impact on the Cold War, but mainly with regard to the so-called "New Cold War" of the early 1980s.1 When I reached the chapter entitled "The End of the Cold War, 1985-1990," the focus once again, as if called up by instinct or some deep and irrepressible psychological compulsion, was on Mikhail Gorbachev. His was the first name to appear in bold type; the next was Eduard Shevardnadze. When I finally turned to the Americans, the first name mentioned was not Ronald Reagan but George Shultz. I attribute this lapse in judgment to the excessive influence of my good friend and esteemed Boston University colleague William Tilchin, who convinced me that everything Reagan did right was due to the stalwart efforts of his brilliant, Buddha-like second secretary of state. I wrote that fundamental change in the international arena was wrought by Gorbachev. By responding positively, the Reagan administration played a secondary part in ending the Cold War. The first heading in this chapter tells the entire story: it reads, "Gorbachev, Perestroika, and the Cold War.,,2 There are many commentators who disagree with varying degrees of intensity and from differing points of view with that assessment.3 In preparing for this conference, I to a certain extent became one of them. As we know, there is a vigorous scholarly debate about how the Cold War ended and Ronald Reagan's role in that denouement. That discussion often mirrors the older
1. Michael Kort, The ColumbiaGuide to the Cold War (New York: Columbia University Press, 1998), 76-80. 2. Ibid, 82-85. 3. One of the first volumes to frame the debate on the end of the Cold War is MichaelJ. Hogan, ed., The End of the Cold War: Its Meaning and Implications (New York: Cambridge University Press, 1992). Aside from Hogan himself, its list of more than 20 contributors includes Walter LaFeber, John Lewis Gaddis, John Mueller, Arthur Schlesinger, Jr., Richard J. Barnett, Raymond J. Garthoff, and Robert Jervis.

DID RONALD REAGAN WIN THE COLD WAR?

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debates about the origins of the Cold War and how it was waged. Of course, unlike the Cold War itself, the debate over its conclusion is unlikely to ever end. Nor is it easy to summarize. That said, I will try to provide an overview of the debate over what Ronald Reagan did or did not do to end the Cold War, and, at times, a critique of certain interpretations. To keep this paper manageable, I limited my survey to materials written after 1991, by which time both the Cold War and the Soviet Union had passed into history.4 I have chosen what I hope is a representative selection of compelling works and viewpoints -both scholarly and journalistic-and grouped them into three broad categories: "Reagan Did Nothing, Almost Nothing, or Actually Obstructed the End of Cold War"; "Ronald Reagan (and his administration) Ended the Cold War" (sometimes called the "Reagan Victory School" by its critics5); and "The Reagan Administration Played a Part in Ending the Cold War."

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Reagan Did Nothing, Almost Nothing, or Actually Obstructed the End of the Cold War

The Bible of the "Reagan Did Nothing" school is Raymond Garthoff's The Great Transition,6 and its prophet is Mikhail Gorbachev. As Garthoff sees it:
4. Among the well-known works excluded from this discussion by my decision to start after the end of the Cold War are Strobe Talbot's Deadly Gambits: The Reagan Administration and the Stalemate in Nuclear Arms (New York: Knopf, 1984); Don Oberdorfer's The Turn: From the Cold War to a New Era (New York, Poseidon Press, 1991); Lou Cannon's, President Reagan: The Role of a Lifetime (New York, Simon and Schuster, 1991), and, perhaps most important, Raymond L. Garthoff' s Detente and Confrontation:American-Soviet Relationsfrom Nixon to Reagan (Washington, D.C.: The Brookings Institution, 1985). However, I do turn to Oberdorfer and Cannon for evidence and give due consideration to Garthoff's successor volume, The Great Transition: American-Soviet Relations and the End of the Cold War (Washington, D.C.: The Brookings Institution, 1994). 5. For an early use of this term by critics of the Reagan administration see Daniel Duedney and G. John Ikenberry, "Who Won the Cold War?", Foreign Policy 87 (Summer 1992), 124. 6. For example, Frances Fitzgerald, in her acknowledgments for Way Out There in the Blue: Reagan, Star Wars, and the End of the Cold War (New York: Simon and Schuster, 2000), 574, calls The Great Transition her "lifeline in terms of U.S.-Soviet relations during the Reagan administration." On a more scholarly level, Gorbachev' s biographer Archie Brown (The Gorbachev Factor, Oxford and London: Oxford University Press, 1997, n.97, 371), whose