Les Etats-Unis, l'Europe et l'exception culturelle

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Concept encore trop vague pour les non-spécialistes, l’exception culturelle figure pourtant parmi l’un des plus grands enjeux culturels de ce siècle. C’est un outil juridique international de grande amplitude lié à des enjeux de pouvoir économiques et politiques. L’exception culturelle se trouve, depuis plus de vingt ans, au cœur d’une question qui oppose l’Europe aux États-Unis : doit-on appliquer les règles du commerce international aux services culturels, et plus particulièrement aux services audiovisuels, au nom de la logique de marché ? Cet ouvrage tente de comprendre et d’analyser cette opposition. Il s’intéresse également à l’histoire de l’exception culturelle et à ses conséquences globales.
Publié le : samedi 2 juin 2007
Lecture(s) : 283
EAN13 : 9782748181289
Nombre de pages : 239
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Les États-Unis, l’Europe et l’exception culturelle
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Vanessa Marson
Les États-Unis, l’Europe et l’exception culturelle
Les conséquences globales d’un choc culturel
Éditions Le Manuscrit
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© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 2-7481-8128-X (livre imprimé) ISBN 13 : 9782748181289 (livre imprimé) ISBN : 2-7481-8129-8 (livre numérique) ISBN 13 : 9782748181296 (livre numérique)
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Préface
Les Américains dominent et aiment dominer l’économie mondiale. Nul ne peut contester cette observation que toutes les statistiques confirment. Mais il l’est des domaines et des concepts que la France, l’Europe plus généralement, et bien des pays du reste du monde à présent, ne tiennent pas à appliquer à l’ensemble des biens, produits et services que ce grand supermarché qu’est devenue l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a retenus pour ses gondoles : tel est le cas de tout ce qui relève de la culture, et le marché audiovisuel plus précisément en ce qui concerne cette étude. La situation n’est pas nouvelle. Déjà dans l’entre-deux-guerres, il nous avait fallu négocier de façon serrée des quotas d’importation de films américains, qui représentaient alors jusqu’à 85 % des projections en salles, afin de protéger la production et la diffusion françaises. D’ailleurs, soyons clairs d’emblée : par « production », il ne s’agit pas de kilomètres filmiques, de spectacles au kilo, ni d’un vulgaire chiffre d’affaires : nous parlons ici de création intellectuelle, de diversité et d’esthétique artistique afin de définir aussi objectivement que possible un « bon film ». La rentabilité, qui est un critère communément retenu outre-Atlantique pour déterminer la qualité d’une œuvre, n’est prise en compte, chez nous, que dans un deuxième temps. Est-il utile, à ce propos de rappeler ici la part déterminante qu’un homme tel que André Malraux a pu
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jouer dans la défense et la valorisation des intérêts culturels et artistiques français, dans les années soixante ? La ténacité des Américains est remarquable lorsqu’un marché est à prendre, et il n’est pas rare que leurs méthodes et leurs arguments finissent par leur donner raison. Mais la France a su leur opposer sa détermination dans un domaine où elle s’est souvent trouvée isolée : l’exception culturelle, un concept qui est progressivement monté en puissance dans le cadre des négociations du GATT (General Agreements on Tariffs and Trade) débutées en 1947, et qui se sont ouvertes à la commercialisation des créations de l’esprit dans les années quatre-vingt, au cours de ce qu’on a appelé le cycle de l’Uruguay (Uruguay Round), puis qui ont débouché, sous l’égide de l’OMC, sur un accord particulier, le GATS (General Agreement on Tariffs and Services) entré en vigueur en 1995. L’Europe communautaire, celle des dix et des douze, prenant conscience qu’il fallait relever un défi grave, symbolique de son histoire qu’il n’était pas question de renier, s’est solidarisée non seulement en s’opposant aux États-Unis par l’application des quotas de diffusion des œuvres audiovisuelles, mais en soutenant une création artistique spécifiquement européenne, par la directive « Télévision sans frontières » (1986), l’accord Eurimages (1989) puis par le programme MEDIA (Mesures pour l’encouragement et le développement de l’industrie audiovisuelle) (1990). Longtemps considérée, et se considérant, comme un service, voire un service public, et non comme une marchandise, l’industrie européenne de l’audiovisuel a, de son côté, cherché à se développer sur les mêmes bases et avec les mêmes méthodes que sa rivale américaine, aidée en cela par la déréglementation introduite dans les années quatre-vingt-dix, au détriment, il faut le reconnaître, de la tradition et de
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