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Les faux-semblants du Front national

De
608 pages
Depuis que Marine Le Pen a été élue à sa présidence en 2011, jamais
le Front national n’a réalisé de tels scores électoraux, attiré tant de
militants, compté tant d’élus. A-t-il changé pour autant ? Fondamentalement,
non. Le « nouveau » FN est une illusion, entretenue par des
médias qu’il fascine. Telle est la conclusion de la minutieuse enquête
menée par les auteurs de ce livre, qui comparent l’électorat, les militants,
les réseaux, les programmes et la rhétorique du père et de la fi lle.
Si la nouvelle présidente a infl échi son discours, notamment sur
l’antisémitisme, si son programme inclut des éléments empruntés à la
gauche (questions économiques, laïcité, moeurs), son fonds de commerce
principal reste l’immigration. Elle gagne des voix auprès de catégories
jusqu’ici réticentes (femmes, juifs…), mais les grands traits de l’électorat
frontiste ainsi que son implantation géographique n’ont pas varié. Le FN
reste un parti « anti-système », tant par les valeurs inégalitaires qu’il défend
que par son refus du pluralisme. Un positionnement qui explique en partie
son succès, tout en le condamnant, pour l’heure, à l’isolement politique.
La normalisation du FN est donc loin d’être achevée, malgré la stratégie
de « dédiabolisation » affi chée. Il n’est toujours pas un parti « comme les
autres », pas plus qu’il n’est encore « le premier parti de France » ou « aux
portes du pouvoir ».
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Les faux-semblants du Front national Sociologie d’un parti politique Sous la direction de Sylvain Crépon Alexandre Dézé Nonna Mayer
Catalogage Électre-Bibliographie (avec le concours de la Bibliothèque de Sciences Po) Les faux-semblants du Front national : sociologie d’un parti politique / sous la direction de Sylvain Crépon, Alexandre Dézé, Nonna Mayer. – Paris : Presses de Sciences Po, 2015. ISBN papier 978-2-7246-1810-5 ISBN pdf web 978-2-7246-1811-2 ISBN epub 978-2-7246-1812-9 ISBN xml 978-2-7246-1813-6 RAMEAU : – Front national (France ; 1972-…) : 1990-… – Le Pen, Marine (1968-…) – Sociologie politique : France DEWEY : – 324.218 3 : Partis nationalistes
La loi de 1957 sur la propriété individuelle interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit (seule la photocopie à usage privé du copiste est autorisée). Nous rappelons donc que toute reproduction, partielle ou totale, du présent ouvrage est interdite sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3, rue Hautefeuille, 75006 Paris). © Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 2015.
Ontcontribuéàcetouvrage
– Cécile ALDUY, Associate Professor en littérature et civilisation française à Stanford University. – Dominique ANDOLFATTO, professeur de science politique à l’Université de Bourgogne, chercheur au CREDESPO. – Sylvain BARONE, chercheur en science politique à l’IRSTEA (UMR GEAU). – Julien BOYADJIAN, docteur en science politique, ATER à l’Université de Montpellier et chercheur associé au CEPEL. – Gaël BRUSTIER, chercheur en science politique au CEVIPOL. – Jean-Yves CAMUS, chercheur à l’IRIS, directeur de l’ORAP. – Thierry CHOFFAT, maître de conférences en science politique à l’Université de Lorraine, chercheur à l’IRENEE. – Sylvain CRÉPON, maître de conférences en science politique à l’Université François-Rabelais de Tours, chercheur au LERAP. – Alexandre DÉZÉ, maître de conférences en science politique à l’Université de Montpellier, chercheur au CEPEL. – Fabien ESCALONA, doctorant en science politique, ATER à l’IEP de Grenoble, collaborateur scientifique au CEVIPOL (ULB). – Delphine ESPAGNO, maîtresse de conférences en droit public, chercheuse au LaSSP. – Jérôme FOURQUET, directeur du Département opinion et stratégies d’entreprise de l’IFOP. – Stéphane FRANÇOIS, docteur en science politique, chercheur associé au GSRL. – Joël GOMBIN, doctorant en science politique au CURAPP-ESS, Université de Picardie-Jules Verne/CNRS. – Florent GOUGOU, chargé de recherches F.R.S-FNRS, Université libre de Bruxelles, CEVIPOL, chercheur associé au CEE, Sciences Po. – Valérie IGOUNET, historienne, chercheuse rattachée à l’Institut d’histoire du temps présent (CNRS). – Gilles IVALDI, chargé de recherche CNRS à l’URMIS, Université de Nice Sophia-Antipolis. – Christèle MARCHAND-LAGIER, maîtresse de conférences en science politique à l’Université d’Avignon, chercheuse au LBNC, associée au CHERPA-IEP d’Aix en Provence. – Nicolas LEBOURG, docteur en histoire, chercheur associé au CEPEL. – Nonna MAYER, directrice de recherche CNRS émérite au CEE, Sciences Po. – Abel MESTRE, journaliste auMonde. – Caroline MONNOT, journaliste auMonde. – Emmanuel NÉGRIER, directeur de recherche CNRS au CEPEL. – Emmanuelle REUNGOAT, maîtresse de conférences en science politique à l’Université de Montpellier, chercheuse au CEPEL.
INTRODUCTION/REDÉCOUVRIR LE FRONT NATIONAL
Sylvain Crépon, Alexandre Dézé, Nonna Mayer
xsangue financièrement », obtenant de « piètres scores » aux élections, miné par une « guerre » interne et « Edes « sécessions » : c’est dans ces termes, aujourd’hui impensables, que le Front national était encore 1 décrit dans les médias à la fin des années 2000 . Nombre de commentateurs n’hésitaient pas alors à pronostiquer l’extinction de l’organisation frontiste, comme d’autres s’y étaient déjà aventurés après la scission mégrétiste de l’hiver 1998-1999. Mais la politique se joue des prédictions. Et depuis que Marine Le Pen a été élue à sa présidence en janvier 2011, le Front national connaît une dynamique politique inédite dans son histoire. Jamais il n’a engrangé de tels scores électoraux, disputant même la première place aux autres formations politiques lors des européennes de 2014 (24,9 % des suffrages exprimés) et des départementales de 2015 2 3 (25,2 %) . Jamais il n’a compté autant de militants – 51 551 adhérents à jour de cotisation en juillet 2015 . Jamais il n’a bénéficié d’une telle implantation et d’une telle représentation, avec 11 mairies, 1 546 conseillers municipaux, 118 conseillers régionaux, 61 conseillers départementaux, 23 eurodéputés, 2 députés, 2 sénateurs. Cela ne suffit certes pas à faire du Front national le « premier parti de France » ni à le placer « aux portes du 4 pouvoir », comme l’affirment ses dirigeants. Mais il est clair que le FN a rarement occupé une telle position dans la compétition politique française. La résurgence du phénomène frontiste a suscité un vif intérêt éditorial. À la fin des années 2000, alors que le parti semble sur la voie du déclin, rares sont les ouvrages qui lui sont consacrés : deux seulement entre 2008 et 2010. Il faut attendre l’élection de Marine Le Pen à la présidence de l’organisation frontiste en janvier 2011 5 pour enregistrer un regain d’attention. De 2011 à 2012, pas moins de 27 ouvrages vont être publiés . Et depuis lors, la production n’a cessé de s’intensifier : 21 ouvrages pour la seule année 2014, sans oublier les chapitres de livres collectifs, les articles de revue, les rapports d’experts et les mémoires inédits. Cette littérature a notamment 6 7 permis de redécouvrir l’histoire du Front national , mais aussi celle, plus longue, de l’extrême droite française . 8 Elle compte également plusieurs biographies actualisées de ses dirigeants , des essais journalistiques, 9 10 sociologiques et politiques , ou encore des témoignages de militants . Un certain nombre de contributions ont quant à elles cherché à déconstruire la supposée « nouveauté » du Front national, en repérant les variants et les invariants (organisationnels, programmatiques, discursifs, stratégiques) entre le FN « mariniste » et le FN « 11 lepéniste » . Il manque cependant à cette littérature une synthèse analytique explorant les différentes dimensions constitutives du phénomène frontiste d’aujourd’hui – une synthèse telle que pouvait l’offrir dans les 12 années 1980 et 1990Le Front national à découvert. Dans la lignée de ce « classique » de la littérature, le présent ouvrage entend prendre au sérieux le FN en tant qu’organisation partisane pour questionner, avec les outils ordinaires de la recherche, le changement partisan en cours. À ce jour, les responsables frontistes n’ont toujours pas entamé d’aggiornamento, entendu comme processus 13 de « transformation affectant l’ensemble des pratiques et le corpus doctrinal de l’institution [partisane] ». Le FN n’a changé ni de nom ni de symbole ni d’orientations programmatiques, autant d’opérations qui autoriseraient 14 à parler de « nouveau » parti . De fait, il faut se résoudre à aborder l’évolution actuelle du FN comme un processus partisan routinier où s’entremêlent nécessairement mutations et continuités, et l’examineren soietpour 15 soi. On considèrera donc le changement partisan non pas comme un phénomène exceptionnel ou ponctuel , 16 mais comme une évolution relevant du développement normal de n’importe quelle organisation partisane . Loin de constituer une réalité figée, un parti est le produit de constants ajustements endogènes (liés à la lutte pour la définition de ses orientations légitimes et, partant, pour le contrôle de ses ressources) et exogènes (tenant à l’habilité des collectifs à anticiper les évolutions du jeu politique et à s’y adapter). Il convient dès lors de dépasser les analyses qui tendent à projeter deux visions opposées du FN, entre, d’un côté, ceux qui considèrent que le FN n’a pas changé et reste un parti d’extrême droite et, de l’autre, ceux qui estiment qu’il s’est « dédiabolisé » et est devenu un parti « comme les autres ». La perspective adoptée dans ces pages procède donc d’un effort de normalisation méthodologique de l’objet, effort qui fait encore défaut à de trop nombreux travaux pour lesquels 17 l’illégitimité politique du FN semble justifier une sorte d’exceptionnalisme dans son traitement . Cet ouvrage mobilise pour ce faire les théories et concepts classiques de la recherche en sciences sociales, qu’il s’agisse de la sociologie des organisations partisanes, de la sociologie du militantisme, de la sociologie des comportements électoraux, de la géographie électorale, de l’ethnographie, de l’histoire des idées, de la sémiotique ou encore de
l’analyse lexicale. Alors que le FN suscite de quotidiennes spéculations médiatiques et politiques sur son évolution, il paraît plus que jamais nécessaire de « refroidir » l’objet et d’aborder les changements en cours comme 18 un processusen train de se faireà l’issue nécessairement incertaine . Pour saisir cette « réalité en mouvement », il convient tout d’abord de repartir de l’organisation frontiste en tant que telle et, en premier lieu, de l’entreprise de reconstruction dont elle fait l’objet depuis 2011 – le FN ayant connu pendant les années 2000 une importante crise électorale, militante et financière. La première partie de cet ouvrage se donne ainsi pour objet d’étudier les modalités de relance du parti, tant du point du point de vue de sa stratégie, de ses réseaux d’influence que des outils de mobilisation mis en œuvre. Dans le chapitre 1, Alexandre Dézé revient sur la « dédiabolisation » du Front national. Opérant un travail de déconstruction sémantique, il replace l’inscription de cette notion dans le répertoire stratégique ordinaire du parti (les opérations déployées par Marine Le Pen depuis 2011 n’ont de fait pas grand-chose d’inédit) et s’interroge sur la dynamique partisane frontiste au regard du jeu dialectique entre « normalisation » (« dédiabolisation ») et « radicalisation » (« diabolisation »). Dans le chapitre 2, Abel Mestre et Caroline Monnot dressent une cartographie inédite des réseaux marinistes. Après avoir mis au jour l’économie des ressources internes et externes que la nouvelle présidente du Front national a cherché à se constituer dans sa stratégie de conquête du parti − et qu’elle tente, depuis, de consolider −, ils en dévoilent les nombreuses lignes de fracture qui tendent à être occultées par le travail d’homogénéisation assuré par la direction du parti. Dans le chapitre 3, Dominique Andolfatto et Thierry Choffat s’intéressent aux tentatives du Front national pour élargir son audience dans le secteur professionnel. Revenant sur l’ancienneté de cette stratégie de déploiement satellitaire et sur le lancement passé de syndicats frontistes, ils montrent comment le FN mariniste cherche à former des réseaux susceptibles d’accueillir des militants issus des organisations syndicales. Dans le chapitre 4, Jean-Yves Camus interroge les relations complexes entre le Front national et la Nouvelle droite en évoquant l’histoire de ce courant culturel à visée métapolitique, puis en prenant la mesure de l’influence qu’il a pu exercer et qu’il continue d’exercer sur l’organisation frontiste. Dans le chapitre 5, Nicolas Lebourg déplace la focale pour dénouer les connexions entre le Front national et l’extrême droite radicale, montrant que le FN a toujours représenté un enjeu stratégique pour les groupuscules de l’extrême droite, que ce soit pour influencer sa ligne ou pour le concurrencer, mais que ces groupuscules ont également été un point d’appui tant en termes d’idées que de ressources militantes pour le parti frontiste, l’ascension de Marine Le Pen ne faisant que redéployer cette logique. Enfin, dans le chapitre 6, Julien Boyadjian ausculte les usages frontistes d’internet. Ainsi, le web ne permet pas seulement au FN de mettre en scène sa capacité de mobilisation et d’en jouer comme une ressource dans la compétition politique, il constitue aussi un instrument à part entière de son entreprise de normalisation, tout en lui offrant un espace de diffusion de ses positions les plus radicales. Partir de l’organisation nécessite ensuite de se tourner vers le programme et le discours du FN afin d’y repérer d’éventuels ajustements ou renouvellements. C’est l’objet de la deuxième partie de cet ouvrage. Il ne s’agit pas d’explorer toutes les dimensions programmatiques ou discursives du parti (il faudrait, pour cela, un autre livre), mais plutôt de privilégier une logique cumulative de production des connaissances trop rarement à l’œuvre dans les travaux sur le Front national. Nous avons donc choisi de nous intéresser aux points les moins étudiés et les plus sensibles du programme et du discours frontistes, et notamment à ceux qui tendent à être présentés comme autant d’innovations ou de ruptures par rapport aux positions frontistes traditionnelles. Ainsi, dans le chapitre 7, Gilles Ivaldi se penche sur la dimension sociale et économique de l’offre frontiste en retraçant son évolution sur le long terme pour mieux rendre compte de l’entre-deux programmatique dans lequel se trouve actuellement le FN, pris entre ambition modernisatrice et héritage protestataire, entre repositionnement en faveur de l’État-providence et inertie de son patrimoine droitier. Sylvain Crépon explore ensuite dans le chapitre 8 la façon dont le FN envisage la question des mœurs. L’introduction dans le discours mariniste de références libérales (féminisme, homosexualité) a pu laisser penser à une modification des positions ordinaires du FN sur ce sujet. Or si une évolution discursive est bien repérable, elle n’en reste pas moins solidement ancrée dans l’orthodoxie frontiste pour servir,in fine, le discours exclusionnaire du parti. Dans le chapitre 9, Delphine Espagno et Stéphane François analysent la manière dont le FN appréhende la problématique des « services publics ». Ils rappellent notamment que si l’importance accordée à cette question s’est accrue dans les versions les plus récentes du programme du FN, les propositions défendues par le parti n’en demeurent pas moins conformes à ses orientations idéologiques traditionnelles dans la mesure où elles restent soumises au principe de préférence nationale. Dans le chapitre 10, Emmanuelle Reungoat examine les positions du FN à l’égard de l’Union européenne – une dimension programmatique étrangement peu étudiée à ce jour. Soulignant, notamment, la grande continuité des positions du FN, l’auteure revient sur les raisons pour lesquelles le discours frontiste s’est plutôt durci depuis que Marine Le Pen a pris le leadership du parti. Dans le chapitre 11, Cécile Alduy propose une analyse immanente et
comparée du discours de Marine et Jean-Marie Le Pen. Mobilisant les outils de la sémiologie et de l’analyse lexicale, elle dévoile les structures fondamentales (théorie du complot, récit victimaire, martyrologie, âge d’or) et les figures (tautologies, jeux de mots, glissements de sens) qui relient le discours de la fille et du père et constituent un système stable de « sémantisation » des réalités sociales, économiques et culturelles. Enfin, dans le chapitre 12, Valérie Igounet s’intéresse au dispositif de formation du parti frontiste. Si les Campus Bleu Marine ont pu être présentés comme une innovation mariniste, l’auteure rappelle que les responsables du FN ont toujours accordé une attention particulière à la mise en place de structures permettant d’assurer la production et la reproduction, parmi ses militants, des orientations idéologiques du parti, mais aussi leur professionnalisation. On ne saurait prendre la mesure de l’évolution que connaît actuellement le FN sans s’interroger sur la façon dont elle se traduit en pratique chez les électeurs et les militants frontistes. C’est pourquoi, après avoir étudié l’organisation et l’offre du FN, cet ouvrage s’intéresse dans une troisième partie à ses soutiens. La sociologie et la géographie de l’électorat ont-elles changé ? Le socle militant s’est-il renouvelé ? Peut-on, en somme, parler d’une nouvelle « population » frontiste, contemporaine du renouvellement du leadership ? Pour répondre à ces questions, Nonna Mayer propose tout d’abord de revenir, dans le chapitre 13, sur l’évolution électorale du FN, et plus particulièrement sur les résultats de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2012. Elle insiste sur les « résistances » d’une partie de l’électorat frontiste aux sirènes de la « dédiabolisation » (même si certains signes de fléchissement se font jour chez les femmes, jusqu’alors plus rétives au vote FN) et note que si le « plafond de verre » évoqué par Marine Le Pen a été entamé, il n’est toujours pas brisé. Florent Gougou entreprend dans le chapitre 14 de déconstruire les fausses évidences qui entourent le vote des ouvriers pour le Front national : à partir des résultats des grandes enquêtes postélectorales nationales, il replace l’évolution de ce vote sur le long terme, souligne son caractère particulièrement hétérogène et rappelle qu’il est avant tout le fait d’électeurs ouvriers se situant à droite ou se déclarant ni à gauche ni à droite. Dans le chapitre 15, Christèle Marchand-Lagier s’intéresse au vote des femmes en faveur du FN à partir d’un dispositif d’enquête qualitatif. Là encore, l’auteure renverse certaines prénotions en montrant que le vote frontiste féminin résulte, comme tout vote, de transactions et d’arbitrages, de considérations d’ordre privé tout autant, sinon plus, que de motivations idéologiques et politiques. Dans le chapitre 16, Jérôme Fourquet tente d’évaluer l’importance du vote frontiste au sein des populations de confession juive et musulmane, une analyse d’autant plus complexe qu’il n’existe pas, en France, de statistiques ethniques et religieuses. Pour pallier cette absence, Jérôme Fourquet a recours à une méthodologie originale dont il tire des estimations intéressantes. Si dans l’électorat juif, le vote FN semble avoir augmenté lors de la présidentielle de 2012 par rapport aux précédents scrutins, dans l’électorat musulman, en revanche, il est resté stable et se maintient à des niveaux marginaux – des résultats pour lesquels l’auteur livre une grille d’analyse plurifactorielle. Le chapitre 17 s’emploie à resituer le vote FN dans son cadre territorial de développement. À partir d’une stimulante approche fondée, entre autres, sur des cartes en anamorphose, Joël Gombin y rappelle les continuités et les évolutions de long terme de la géographie électorale frontiste tout en insistant sur l’absence de changements réels depuis le renouvellement du leadership FN – à l’exception, bien sûr, de la hausse importante du niveau moyen de suffrages recueillis par le parti. Pour compléter cette approche, Sylvain Barone et Emmanuel Négrier ont fait le choix de s’intéresser, dans le chapitre 18, à la signification du vote FN à partir d’une échelle d’observation particulière : le milieu rural. Dans cette perspective, ils ont combiné les trois grandes traditions d’analyse du comportement électoral (sociologique, écologique et stratégique) en les confrontant aux résultats d’une enquête ethnographique longitudinale réalisée dans deux communes du sud de la France entre 2007 et 2012. Il ressort de leur analyse qu’il est illusoire de vouloir dresser un profil-type de l’électeur FN tant la diversité des profils et des motivations de vote l’emportent. Dans le chapitre 19, enfin, Sylvain Crépon et Nicolas Lebourg complètent ce tour d’horizon des soutiens frontistes en revenant sur les évolutions du militantisme au Front national. Ils montrent que les deux entreprises de normalisation qu’a connues le parti − la première avec Bruno Mégret, la seconde avec Marine Le Pen − ne sont pas sans conséquences sur sa structuration sociologique, la compétition interne pour l’obtention de rétributions, ou encore la conflictualité idéologique, mise en scène ou étouffée selon les cas, dans le cadre des congrès visant à renouveler les instances dirigeantes. Enfin, pour comprendre ce qui se joue actuellement dans l’évolution du FN, il faut réinterroger sa capacité à polariser le champ politique et médiatique français. Pourquoi ce parti focalise-t-il autant l’attention ? Comment expliquer la place qui lui est accordée dans les médias ? Quelle est la part des instituts de sondages, mais aussi des entreprises de presse, de radio et de télévision, dans la construction de la « nouveauté » supposée du FN ? Autant de questions auxquelles Alexandre Dézé tente de répondre dans le chapitre 20 qui ouvre la quatrième et dernière partie de ce livre. Dans le chapitre 21, et de manière complémentaire, Gaël Brustier et Fabien Escalona