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Les indicateurs territoriaux de développement durable

De
323 pages
Le développement durable s'impose progressivement à l'ensemble des acteurs politiques, économiques et sociaux, à tous les niveaux du territoire et s'inscrit dans l'action publique locale. L'intégration des volets économiques, sociaux et environnementaux du développement, l'ouverture vers le futur et l'articulation des échelles spatiales, imposent de renouveler l'expertise territoriale et d'inventer de nouveaux outils de mesure. Or si les initiatives se multiplient, il n'y a pas à ce jour de cadre acceptable et partagé à ce sujet en France ou à l'étranger.
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LES INDICATEURS TERRITORIAUX DE DÉVELOPPEMENT DURABLE

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr
2006 ISBN: 2-296-02470-X EAN : 978-2-296-02470-0 9782296024700 @ L'Harmattan,

Sous la direction de

Yvette LAZZERI

LES INDICATEURS TERRITORIAUX DE DÉVELOPPEMENT DURABLE
Questionnements et expériences

Préfacede Stéphane SALORD

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

FRANCE
L'Hannattan Hongrie

Espace L'Harmattan

Kinshasa

L'Harmattan

Italia

L'Harmattan

Burkina Faso

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac. .des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

- RDC

En mémoire à Dominique Monzies
qui, pendant deux années, a nourri une collaboration entre la Communauté du Pays d'Aix et l'Université, de sa confiance, son écoute, ses conseils toujours pertinents, son soutien sansfaille, et dont l' ouvraBe en est l'aboutissement.

SOMMAIRE

Préface.

. .. . ... . . .. . . .. . .. . .. .. . .. .. .. . .. . .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. ... . .. .. .. .. .. .. .. .. . .. .. . .. ... ... .

9

(Stéphane Salord)

In.troduction générale (Yvette Lazzeri) Partie I - Enjeux, intérêts et limites des indicateurs Chapitre 1. L'évaluation du développement durable, du global au local: penser le changement ou changer le pansement? (Aurélien Boutaud) Chapitre 2. In.dicateurs de développement durable et processus de modernisation (Florence Rudof) Chapitre 3. Les indicateurs alternatifs de développement: critique et perspectives (Ali Douai) bilan

21

29

45

59

Chapitre 4. Les expériences territoriales d'élaboration d'indicateurs de développement durable: un tour d'horizon (Yvette Lazzeri, Emmanuelle Moustier) Chapitre 5. La mise en place des indicateurs territoriaux de développement durable: quels enjeux pour la diversité des écosystèmes régionaux brésiliens? (Henrique Fonseca Netto) Chapitre 6. Les indicateurs et l'évaluation: un levier de mobilisation pour le développement durable? : L'expérience du Nord-Pas-deCalais.

77

105

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125

(Sylvie Depraetere) Chapitre 7. L'empreinte écologique: approche? Mise en perspective l'empreinte écologique (Antoine Goxe, Sandrine Rousseau) nouvel indicateur, ancienne et analyse territoriale de 139

Chapitre 8. Empreinte Ecologique: du global au local (Ibtissam El Bouazzaoui, Natacha Gondran, Jacques Bourgois)
Partie II - Quelques méthodes d'élaboration d'indicateurs de durabilité

157

Chapitre 9. Diversité des enjeux de développement au sein de la région alpine et construction d'un système d'indicateurs (Vincent Briquel)

175

Chapitre 10. Élaboration d'un référentiel d'indicateurs territoriaux de développement durable (Gilbert Benhayoun, Yvette Lazzeri, Emmanuelle Moustier) Chapitre Il. Elaboration d'un Tableau de bord de l'environnement
urbain. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

191

211

(François-Renaud

Siebauer)

Chapitre 12. Un outil d'aide à la décision territoriale fondé sur la méthode OEiKOS@ (Jean Milon) Chapitre 13. Indicateurs territoriaux de multifonctionnalité agricole pour un développement durable plus opérationnel (Chantal Gillette, Luc Merchez, Eric Perret) Chapitre 14. De l'évaluation de la durabilité des exploitations agricoles à partir de la méthode IDEA à la caractérisation de la durabilité de la «ferme européenne» à partir de la méthode
ID ER! CA.

239

267

. .. . .. .. . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . ... . . . . . . . . .. .. . .. . . . .. .. . .. ... . . .. . .. . . . . . . . .. . . . .. . . . .. . . . .. . .. 285

(Frédéric Zahm, Jean Joseph Cadilhon, Patricia Bossard, Philippe Girardin, Christian Mouchet, Philippe Viaux, Lionel Vilain)
T ab I e de s mati ère s . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 3 15

PRÉFACE
LES INDICATEURS TEREUTORIAUX DU DÉVELOPPEMENT DURABLE: POUR UNE MONDIALISATION VERTUEUSE, VERS UNE ÉTAPE HISTORIQUE DE L'APPORT DES TERRITOIRES AU PROCESSUS DE CROISSANCE
Stéphane SALORD
Communauté du Pays d'Aix-en-Provence

INTRODUCTION La question de la mesure de la croissance fait l'objet d'un débat renouvelé tout autant sur un plan quantitatif que qualitatif: la globalisation franchit en effet une nouvelle étape méthodologique et politique en générant un besoin nouveau de mesure des causes et conséquences des phénomènes de croissance qualifiés désormais de territoriaux en ce sens qu'ils renvoient d'abord à la réalité des territoires les plus performants, à des disparités grandissantes, à la mesure des transferts internes dans les États, à l'appréhension d'une mesure des effets de la mondialisation accélérée des échanges et des modes de consommation. Cette donnée globale et quantitative qu'est la "croissance", longtemps matérialisée dans des indicateurs nationaux, l'est maintenant par extension dans ceux de zones d'États regroupant des politiques monétaires, des systèmes de convergence ou d'intégration. Cette méthode semble nécessaire pour bâtir des agrégats valables notamment à l'heure des discussions de rOMC mais révèle une faiblesse double à savoir que la croissance devient ainsi impalpable, c'est-à-dire que le taux n'est pas homogène sur l'ensemble des zones concernées dont on connaît la disparité, mais que plus encore la fixation d'objectifs de politiques économiques devient si abstraites qu'ils ne permettent pas réellement de rentrer dans le détail des mécanismes réels de croissance économique.

10

Préface

Il est donc nécessaire de repenser la mesure de la croissance et de l'articuler en premier lieu sur les nouvelles échelles des politiques économiques. 1. LA RÉFORME NÉCESSAIRE DES POLITIQUES D'ÉTATS POUR AMENER LES TERRITOIRES DANS LA GLOBALISATION La notion de politique écoQomique des États subit actuellement une double redéfinition: - politique de l'entreprise régulée sur les normes mondiales, jouant des disparités des États comme d'autant d'avantages comparatifs, mais localement de plus en plus dépendantes des contextes de territoires en voie d'autonomie par rapport à leurs administrations centrales; - territoires politiques de l'État qui entérine progressivement et nécessairement que la croissance est d'abord le fait de quelques zones particulières qui génèrent une surcontribution à l'indicateur national et qui ce faisant génèrent parallèlement une demande politique spécifique envers l'État pour continuer leur développement et refuser toute entrave. Les tensions politiques qui parcourent les États, (finalement indépendamment des niveaux de croissance mais en liaison directe avec le taux d'extraversion de la zone concernée), sont à ce sujet symptomatiques des conséquences de la mesure autonome de la croissance par les régions économiques, elles mêmes leur permettant d'alimenter un discours qualitatif auprès des investisseurs, de l'État luimême, des habitants en vue de cultiver une fierté territoriale différente ou complémentaire de l'appartenance à un ensemble national. Ce différentiel, devenant vite d'ailleurs du différentialisme, renouvelle toute la problématique de l'aménagement de l'espace, du nécessaire rééquilibrage des zones "délaissées", du maintien coûteux des solidarités verticales, des services publics.. . En Europe, deux pays montrent clairement les conséquences politiques d'un tel processus. L'Espagne et l'Italie au sein desquels les deux régions motrices de l'économie nationale le sont également au niveau de l'Europe. La Catalogne et la Lombardie ont ainsi accéléré leur demande de processus de décentralisation économique et politique, se considérant plus comme région de l'Europe ou du monde désormais, que comme région "propriété" d'un État. Les zones de surcroissance qui alimentent largement les budgets des États, jugent de plus en plus difficilement supportable d'être ramené "chez soi" à un rang inférieur dans l'ordonnancement de

Les indicateurs territoriaux de développement durable

Il

la décision tout en devenant parallèlement au niveau international un acteur économique reconnu et exemplaire. La crise ouverte entre la Catalogne et l'État central espagnol est de ce point de vue symptomatique des conséquences politiques d'une surcroissance dont le partage préalable n'était déjà guère encouragé par les mécanismes constitutionnels. Cette situation n'est pas isolée ni anecdotique, mais constitue une tendance lourde de la dérégulation politique qui suit celle de l'économique, le reflet d'une dépendance des territoires compétitifs avec la conjoncture internationale, bien plus qu'avec celle de l'État considéré comme décalé dans ses prétentions de contrôle. Au cœur de cette redéfinition du politique dans le cadre d'une gouvernance économique (et de sa paradoxale radicalisation politique), se trouve la question du partage des richesses au sein d'une communauté nationale à un moment où les États sont contestés objectivement, dans la mesure où leurs politiques normatives n'ont jamais été aussi faible, et où la toile de fond qu'est la mondialisation montre que le paramètre national n'est qu'un faible retardant aux courants de l'économie planétaire. Les regroupements régionaux et les États planétaires jouent à ce titre un rôle d'avant garde dans leur stratégie. Le rôle des États dans l'Union européenne devient ainsi clairement et primordialement de défmir et d'accompagner la stratégie et le surdéveloppement des territoires déjà compétitifs dans le cadre du droit et du partage de la compétitivité externe de l'Europe, tout en maintenant un processus d'intervention "social" au bénéfice d'une impérative intégration des nouveaux membres. Cette voie étroite et réductrice est pourtant le seul moyen de donner naissance à un projet de schéma de développement économique, de concilier rôle des états et action de l'UE, de donner une chance réglementaire à la compétitivité européenne, de définir des normes collectives d'accompagnement de la croissance. Les processus d'intégration régionale en cours au niveau planétaire sont donc pour les États comme pour les décideurs des zones de développement, le moyen unique de réarticuler une stratégie commune qui sans cela aboutit, sans écran de protection institutionnel notamment du marché intérieur, à projeter la zone toute entière dans l'espace mondial. Le discours économique qui se dessine est donc tout simplement dans l'esprit des décideurs des zones de surcroissance : "laissez nous faire car nous savons gérer

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Préface

la mondialisation par la performance économique ce que vous ne savez plus faire au niveau des États, et ce dont vous avez impérativement besoin pour gérer votre système social et votre légitimité politique". Un tel système aboutit très concrètement à négocier une politique de dérégulation contre une masse de fiscalité économique dont la dynamique devient aléatoire: jusqu'où un tel système est il tenable? Les élections boliviennes viennent de le prouver en opposant violemment les votes ethniques de la capitale à ceux des zones gazières du Sud-Est du pays qui vendent leur gaz dans le monde entier et qui refuseront le processus de nationalisation du nouveau président, au bénéfice des populations les plus pauvres. Les États-Unis, par contre, à leur mesure gigantesque, font cohabiter depuis toujours des zones fragiles, la Nouvelle Orléans par exemple avec la Californie (10e puissance mondiale à elle toute seule), sans heurt apparent car ne liant pas l'appartenance nationale à une redistribution des richesses, mais d'abord à des critères moraux et légaux. Pour autant cet apport des territoires à la croissance, s'il est nouveau dans sa définition politique ne l'est pas dans sa réalité historique: zones concentrant les minerais, zones portuaires, embouchure frontalière... la géographie du développement est déterminée par des paramètres d'interactions territoriales qui constituent des privilèges ou des rentes historiques pour certains, pour d'autres, par contre, la naissance d'une économie universelle de services révèle une nouvelle géographie du développement et des poches de croissance nouvelles dans des zones jusqu'alors en attente de destin, associant de nouveaux paramètres d'attractivité comme la qualité de vie sociale, touristique ou culturelle.. .mais aussi des zones de surexploitation voyant l'implantation d'usines "volantes" comme c'est le cas actuellement du Lesotho avec l'industrie textile chinoise! Ce contexte politiquement nouveau et économiquement très instable voit pourtant apparaître une toile de fond nouvelle... 2. LES INDICATEURS TERRITORIAUX, RÉPONSE FONCTIONNELLE À LA NOUVELLE HIÉRARCHIE DE NORMES PLANÉTAIRES La notion d"'indicateurs" participe pleinement d'une définition nouvelle de la gouvemance à savoir d'un renouvellement de définition des instruments de mesures entre instances locales et globales, et donc aussi des responsabilités de croissance.

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Plus fondamentalement, cette notion correspond à une nouvelle définition des pouvoirs du politique et des contenus des politiques, car si la manière de mesurer l'action change c'est d'abord parce que la notion de régulation change elle même déjà en amont. Les indicateurs doivent ainsi mesurer des évolutions concrètes dans un cadre nouveau et accepté comme norme au sein duquel la mesure des indices, les normes et les évolutions correctives tiennent lieu de ligne concrète de politiques comparables les unes aux autres. Les indicateurs sont donc fondamentalement une méthode comparative au cœur d'un nouveau partage de la responsabilité politique d'un développement "soutenable" et de son acceptation comme norme de politique économique universelle. Cette dynamique de la comparaison associée à une méthode de mesure commune nécessite pourtant afin de se concrétiser, un contexte institutionnel acceptant le lien des uns avec les autres, une sorte de solidarité liant chacun, une relation politique strictement horizontale dans la mesure où chacune des normes à suivre et des paramètres à mesurer dépend de la volonté propre à chaque acteur de les accepter. Ces paramètres aujourd'hui naissants, pourront acquérir progressivement une force de norme internationale, capable de révolutionner les critères du partage des responsabilités politiques, de définir une politique de répression spécifique au fur et à mesure que la contrainte environnement resserrera ses urgences sur le destin de notre planète. Il ne pourra donc exister de politique réellement efficace capable de conserver une dynamique de développement dans un contexte de transformation profond de l'écologie politique sans indicateurs capables de mesurer précisément et de manière permanente les efforts et les réalités de chaque territoire. Les indicateurs sont donc un point clé d'une analyse de l'évolution de l'économie politique et de la compatibilité profonde entre macro et micro-économique dans des paramètres associant "de facto" les deux formes de grandeur du calcul économique. Hybrides et hors norme actuellement, les indicateurs sont pour la science économique et les sciences politiques une source de progrès concrète capable de redonner au citoyen un lien concret à l'économique et à la complexité de nos macro systèmes.

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Les indicateurs territoriaux seront-ils pour autant la norme de référence global-local incontournable dans la mesure de la performance des états mondialisés et engagés dans des processus de réduction de l'effet de serre? Il est difficile d'y répondre. Par contre, si un tel système n'apparaît pas, il est à craindre que les systèmes de déviances, de rachats de droits, de contournement l'emportent et mettent à bas toute volonté affichée de réellement agir en faveur de la maîtrise de l'effet de serre. La régulation des systèmes énergétiques et les prix de la main-d'œuvre sont l'essentiel des travaux de mise en place des indicateurs internationaux; ils renvoient très concrètement à des territoires qui aujourd'hui commencent à agir en faveur de la maîtrise durable de ces processus de croissance. Le politique est ainsi clairement interpellé sur les conséquences à long terme des actions en cours, mais peut également créer le contexte favorable à une combinaison des indicateurs internationaux avec ceux du territoire dont il a la charge; cette opportunité historique pour l'économique l'est aussi pour le politique. Cet affinement des mesures de la performance est directement lié au nouveau mode de gouvernance planétaire en train de s'établir (et dont les conséquences sont transversales), à l'arrivée à maturité d'une réflexion déjà ancienne sur la raréfaction des ressources, la dégradation de la biodiversité, la surabondance et la pertinence de l'expertise scientifique en matière d'analyse globale de la planète dont la possibilité technique est récente, puisque les satellites d'observation du climat et les calculateurs météo les plus perfectionnés permettant une projection du destin climatique de l'homme n'ont pas 10ans. Cette redéfinition permanente et renforcée du lien entre l'homme et sa planète amène les paramètres de mesure dans une nécessaire et nouvelle définition opérationnelle, en tant que demande du décideur qu'il soit politique ou économique, mais aussi du citoyen dans sa demande croissante de contrôle et de transparence des politiques publiques. La question technique de la mesure de la performance est également essentielle et la renvoie à la mise en place d'appareils statistiques complexes et de corrélats d'interactions très nouveau, d'un lien intime et objectif entre le politique, le scientifique, l'économiste (qui n'a d'ailleurs jamais si bien porté son nom). L'arrivée de la globalisation dans les territoires locaux est passée bien vite du stade du discours à celui de politiques d'ajustement nouvelles même si elles ne

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disent pas encore leur nom, et qui constituent probablement le champ le plus évolutif de la vie locale. Basée sur des préconisations environnementales et commerciales, cette gouvernance planétaire édicte des normes nouvelles dans un esprit porté en priorité vers la protection de la biosphère et de la pérennité de la planète comme système de vie, plus que vers une croissance à accélérer qui fut longtemps le seul indicateur du développement de l'homme. De la même manière, les anciens territoires de croissance qui ne veulent pas être marginalisés dans la nouvelle course à la compétitivité doivent également mesurer et gouverner les paramètres qualitatifs de leurs impacts sur l'environnement physique et social, soit pour relativiser leur déclassement, soit pour l'enrayer. Enfin, le concept mondial de croissance change et se mute désormais vers des indicateurs de développement durables, humain (IDH), socio politique (critères de stabilité, cotation de risque, notation bancaire...) dont l'agrégation complexe n'est qu'à son balbutiement, et dont la solidification et l'unification, tôt ou tard, posera les jalons d'une véritable convergence planétaire. L'interaction entre indicateurs locaux et globaux est ainsi un champ d'analyse très nouveau dont il faut éviter de l'englober sous le simple angle du marketing territorial. Il est en effet très probable que la méthode de cette convergence sera double, ascendante et descendante à la fois, garantissant un ajustement souple et partagé, mais dont les rapprochements des analyses politiques internationales sur les degrés d'urgence à agir, notamment en matière de protection de l'air, sera le principal moteur et accélérateur de l'édiction des normes chiffrées. Il s'agira alors d'avoir le moyen de contrôler l'authenticité et la sincérité des résultats d'une telle régulation, de mettre en place des critères qui respectent différences et disparités. 3. LES INDICATEURS, PROJET DE TOILE RÈGLEMENTAIRE POUR RENDRE ACCEPTABLE ET DURABLE LA MONDIALISATION La voie d'une politique économique planétaire passera donc nécessairement désormais plus par un mécanisme d'ajustement entre besoin de développement et respect de l'engagement en faveur de l'écosystème, grâce à des indicateurs authentifiant et garantissant la performance que par des politiques de libre-échange pur et

16 simple dont l'intensification n'amène qu'à une usure encore plus rapide du capital écosystème. Cette nouvelle donne crée un lien nouveau entre responsabilité du développement et éthique humaine ou l'existence de zones de croissance éthique et mesure l'impact sur l'écosystème de zones qui n'en ont aucun souci, du moins en apparence et pour le moment. .. Le bouleversement dans l'ordre des valeurs sociales est dès à présent mesurable : ainsi, le libre-échangisme est relayé en temps que discours de paix derrière l'altermondialisme dans l'opinion publique qui est aujourd'hui plus préoccupée de l'avenir de la planète que du développement tout azimut des échanges et rejette plutôt leurs conséquences en terme de dérégulation. II serait bien temps d'en tirer une conclusion fonctionnelle. Ce paysage nouveau mais somme toute logique est dû à l'apparition subite de la donnée environnementale comme épée de Damoclès et mesure en premier l'impossibilité d'une croissance forte, continue, globale et homogène. Pour autant les indicateurs sont une alternative fondamentale car la mesure l'emportera et montrera notamment que des phénomènes de croissance forte dissimulent l'espace d'une génération, des phénomènes de dégradation environnementale majeurs. Les indicateurs ont donc également la lourde charge d'être "prospectif', c'està-dire de mesurer à terme les conséquences des actions en temps réel. Les indicateurs devront montrer la voie du possible et du réalisable en conjuguant données locales et globales, en sachant dores et déjà qu'un certain mode de croissance trop extensif appartient à l'histoire économique. Cett~ prise de conscience mondiale a des conséquences sur l'individu, les consommateurs, la firme. La nature de la demande économique change au gré de la multiplication des informations catastrophes sur l'évolution climatique... Le global et le local se trouvent donc liés dans le rapport qualitatif, à l'achat de produits labellisés mais aussi à la demande que chacun émet sur son territoire envers les décideurs politiques. L'acte d'achat n'est plus neutre mais contient concrètement une individualisation par le produit acheté du schéma de valeur de l'individu; celui ci ne peut plus se contenter de faire refluer vers l'État sa demande environnementale mais doit concrètement y participer.

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Le consommateur-individu est ainsi projeté dans un processus de contrôle et de demande dont il devient par ses choix économiques et politiques le protagoniste principal: la nouvelle "bio démocratie" redonnera-t-elle au débat politique une place centrale à l'homme comme mesure de toute chose, débarrassé de son individualisme mais d'abord conscient par ses choix des enjeux planétaires? La firme, elle même engagée dans des processus éthiques complexes verra sa cotation de rendement liée tôt ou tard au processus de croissance globale. Elle en est un acteur majeur à convaincre. Il faudra encourager ses efforts et réprimer ses dérives car l'un sans l'autre, c'est l'effondrement de tout le système de régulation. Mais dans son cas il est particulièrement difficile d'évaluer comptablement son activité, ses conséquences sociales surtout dans les États faiblement structurés au sein desquels l'entreprise domine aussi la vie politique... 4. LES INDICATEURS, AU CŒUR D'UNE RÉVOLUTION QUALITATIVE DE LA CROISSANCE Il est donc temps de penser la possible modélisation d'un système de gouvernance permettant une mesure appropriée de la performance et de son coût social comme environnemental. En effet le maintien de disparités fortes et s'accroissant entre zones de respect et zones d'irrespect volontaire est une situation dangereuse car générant un dumping social et environnemental d'un coté et une perte de pouvoir d'achat et d'industries disqualifiées ou délocalisées de l'autre. C'est bien là le cœur du débat actuel et le besoin d'éclaircissement des opinions publiques. Cette situation n'est en effet pas durables et soutenable car sous le prétexte de la doctrine de libre-échange, elle affaiblit les potentiels économiques et industriels des zones à fort pouvoir d'achat et à fortes exigences éthiques, au bénéfice de zones de croissance qui n'utilisent guère leur processus de développement actuel comme étape transitoire en vue de rechercher une voix de normalisation éthique, mais comme un gain à court terme. Cette absence de lien entre développement accepté par la communauté internationale au travers du libre-échange et évolution positive vers une régulation globale est non seulement une des grandes inquiétudes à nourrir sur la qualité de la transparence du débat de politiques internationales mais également une erreur

18

Préface

historique dont les conséquences peuvent être définitives, les processus actuels de développement mondialisant de facto les risques environnementaux. En effet, la croissance de la Chine par exemple n'a rien à voir avec un cycle de croissance traditionnel: totalement exogène, cette croissance aspire des ressources planétaires considérables en matière première qu'elle transforme dans des conditions très polluantes et les rejette sur le marché mondial à des prix hors norme profitant de l'inexistence totale dans ses frontières d'un prix de main-d'œuvre connu et mesurable. La Chine n'est de ce fait que le paradigme des systèmes de croissance rapide qui vont désormais chercher à se glisser dans les failles du système international alliant une forte ouverture des marchés à un faible respect des engagements internationaux en matière d'environnement et à l'inexistence d'un projet de codification social international. Il paraît impossible de ne pas réagir en confrontant par exemple les données et en produisant une hiérarchie des valeurs économiques associant le développement de l'échange, le respect progressif d'un projet international de régulation environnementale et de respect des normes sociales. Les indicateurs joueront dans ce contexte un rôle important d'abord en interfaçant les données locales et les données globales mais surtout en permettant l'émergence d'un système de comparaison dont on a trop vite revendiquer l'impossibilité de l'édiction au prétexte de disparités sociales et... historiques! 5. LES INDICATEURS, LIGNE DE FRONT DE LA REDÉFINITION D'UNE MONDIALISATION VERTUEUSE Il est clair pourtant que le mouvement de convergence économique en cours dans les régions mondiales comme au niveau planétaire ne peut plus faire l'économie de ce chantier au double risque d'un retour violent du protectionnisme comme première demande politique des populations, et d'une dérégulation globale, d'un chamboulement des règles au bénéfice du moins disant quel que soit le prix! Or la complexité de la matière est immense et dissimule une série de problèmes. L'interactivité évidente entre la naissance de l'indicateur et l'action de correction qui s'en suivra impose la genèse parallèle d'un double système de régulation entre la mesure et l'évolution de la norme. Ce premier obstacle est immense,

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épistémologique: comment ne pas penser à activer une telle variable en l'édictant au risque qu'elle ne serve à rien? Par ailleurs, les entreprises globalisées produisent également des séries d'indicateurs au travers d'une évolution complexe des normes comptables internationales, mais l'ajuste à chaque système de cotation de marché qui produit des obligations différenciées selon les places boursières. L'entreprise locale apparaît la plus en phase avec l'édiction des normes tout simplement par sa proximité et son impossibilité de négociation et de lobbying avec les États. On trouvera ainsi sur chaque territoire deux types d'entreprises. Dans les pays à fortes contraintes réglementaires: les entreprises locales respectueuses forcées, les multinationales qui se donnent plus de latitude... et qui en négocient les conditions au prétexte de la conservation de l'emploi, du coût ou de l'existence d'une concurrence dont certains pays ne s'en embarrassent pas. Dans les pays à faibles contraintes légales, souvent en voie de développement, indépendamment des accords signés, on trouvera les producteurs équitables qui ne représentent quasiment rien mais qui alimentent sous nos latitudes de nouvelles formes de consommation intelligente, et le reste de l'économie tournée vers l'exogénéité dont la conception du libre-échange consiste quasi uniquement à venir vendre sans compensation dans les zones de fort pouvoir d'achat. Cette asymétrie n'est en rien vertueuse et n'amène aucun développement de long terme car les processus de redistribution sont désormais mondialement stoppés, la classe moyenne étant de part le monde la grande perdante de la dernière décennie; seules prospéreront un temps les fortunes oligarchiques concentrant le pouvoir d'achat de tous les autres. .. Pour éviter ce monopoly qui finit mal, la question d'une régulation universelle est le seul moyen permettant à la fois d'éviter l'explosion sociale de la planète et sa survie écologique. Les indicateurs matérialisent assez concrètement ce que peut vouloir dire la gestion dans la gouvernance de la globalisation par les territoires. CONCLUSION Une modélisation fine de l'économie planétaire est elle possible? C'est en substance la question posée par la naissance des indicateurs de développement et leur mise en corrélation progressive.

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Préface

Ce travail titanesque, impossible à réaliser par une autorité centrale est pourtant concrètement le résultat possible de l'articulation de nouvelles normes dont la principale consiste en la durabilité du règne humain sur terre. Troquer moins de libre-échange contre plus de respect de l'environnement n'est cependant possible que si chacun s'y retrouve, que si les États réarticulent leur politiques entre régions mondialisées et territoires de croissance en nouant un véritable débat public qui ne soit pas un leurre économique et qui ne mette pas les économies nationales en péril. Mondialisés, les territoires économiques sont aujourd'hui le cœur de cette prise de conscience et de ce processus ascendant dont la verticalité et l'horizontalité dans la chaîne de décision et de responsabilité n'a d'urgence que celle de donner à notre planète un destin qui ne soit pas contradictoire à celui de l'homme.

INTRODUCTION

GÉNÉRALE

Yvette LAZZERI
Cnrs-Greqam

L'ouvrage est issu du colloque organisé par le CEREFI de l'Université Paul Cézanne, les 1er et 2 décembre 2005 à Aix en Provence" Indicateurs territoriaux de développement durable". Le développement durable défini dans le rapport Brundtland (1992) comme le "développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs", s'impose progressivement à l'ensemble des acteurs politiques, économiques et sociaux, à tous les niveaux de territoire et s'inscrit dans l'action publique locale. Cependant, l'introduction de la dimension spatiale interpelle à plus d'un titre. Ainsi au principe de la solidarité intergénérationnelle, s'ajoute celui de la solidarité interterritoriale, du local (territoires adjacents) au global (reste de la planète). Par ailleurs, l'articulation des trois dimensions du développement durable (économique, sociale, environnementale) renvoie à la question des finalités des activités humaines sur un territoire, lesquelles peuvent varier d'un espace à l'autre. Enfin, les situations très contrastées localement, et cela à tous les niveaux d'échelle territoriale, interrogent sur la cohérence d'ensemble de territoires durables et non durables, sur la compatibilité entre des approches locales différentes de la durabilité, et dans un contexte de décentralisation sur l'articulation de tous les niveaux de décision sur un même territoire (Etat, Collectivités territoriales,. ..). L'intégration des différentes dimensions du développement durable, l'ouverture vers le futur et l'articulation des échelles spatiales, imposent de renouveler l'expertise territoriale et d'inventer de nouveaux outils de mesure. Or, si les initiatives se multiplient depuis Rio, il n'y a pas à ce jour de cadre acceptable et partagé sur ce sujet. La construction d'indicateurs territoriaux du développement durable est bien entendu fonction du contenu que l'on donne à la durabilité des territoires. Selon que l'on prône une durabilité faible, priorité sera donnée à la dimension économique; à l'opposé, si on prône une durabilité forte, priorité sera donnée à l'environnement;

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Introduction générale

mais si les préoccupations territoriales portent sur les inégalités écologiques alors c'est tout l'entrecroisement des dynamiques urbaines, sociales et environnementales qui sera questionné. La construction d'indicateurs territoriaux du développement durable est aussi fonction de la manière d'aborder cette durabilité. Selon que la durabilité d'un territoire relève d'une déclinaison territoriale des politiques nationales ou internationales ou de choix spécifiques de développement, le système d'indicateurs sera différent: dans un cas on cherchera des indicateurs plutôt "universels", permettant des comparaisons entre les espaces à des fins soit de compétition, soit d'aménagement du territoire; dans l'autre cas ce seront des indicateurs plus spécifiques, propres à des projets de territoire relevant de l'histoire, de la géographie, de la situation sociale, de la dynamique économique, de la gouvemance territoriale. Selon le destinataire (techniciens, élus de collectivités territoriales, professionnels) et la fonction attribuée (suivi et contrôle de l'efficacité des programmes et des politiques, fourniture d'une information qui nourrit le processus d'élaboration des politiques de manière indirecte, éclairage des citoyens,...), les systèmes d'indicateurs seront différents, dans leur nombre, leur contenu, les dimensions privilégiées et les méthodologies utilisées. Au-delà de l'hétérogénéité des approches, l'élaboration d'indicateurs territoriaux de développement durable interpelle quant à leur intégration et leur impact dans l'action locale. Elle questionne sur son appropriation par les élus ou d'autres acteurs directement concernés (agriculteurs,...), sur l'implication des sources, des parties prenantes. Où et comment intégrer le politique ou les professionnels dans la construction des indicateurs territoriaux du développement durable? Quelle place à donner à la population dans la construction des indicateurs? A partir du moment où les possibilités d'action ne relèvent pas seulement du local, comment articuler les échelles de décision dans la conception et le suivi des indicateurs? La construction d'indicateurs territoriaux pose aussi la question de l'utilisation de ces indicateurs en appui de la décision. Tout le monde s'accorde à reconnaître que les indicateurs doivent s'intégrer dans une démarche d'analyse territoriale, s'inscrire dans une stratégie d'amélioration continue, fournir des éléments pour éclairer leurs choix et au-delà pour orienter des politiques affichant des objectifs de durabiIité. Mais alors comment faire vivre les indicateurs, les mettre à jour?

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On peut par ailleurs s'interroger sur la diffusion des indicateurs ? Avec quelle diffusion? Pour qui? Comment construire des indicateurs visibles et appropriables par le grand public? Comment la construction d'Indicateurs territoriaux et plus largement d'un système d'évaluation introduit-il une dynamique de changement, interpelle le management et l'organisation des institutions? Comment l'Etat intègre t-il le développement durable? Quel peut être sa contribution à l'élaboration d'indicateurs territoriaux? La construction d'indicateurs référents et comparables d'un territoire à l'autre ne peut-elle pas servir une politique d'aménagement durable des territoires? Quelle articulation de tous les niveaux de décision sur un même territoire (Etat, Conseil région, Conseil général, Collectivités locales,...) ? Comment organiser le dialogue entre les institutions? Le développement durable et la construction des indicateurs invitent à davantage de solidarité inter-institutionnelle, ne faut-il pas inventer un nouveau mode de contractualisation (programmation pluri-annuelle, ...) ? L'ouvrage se présente comme la somme de plusieurs contributions qui abordent ces interrogations et tentent d'apporter quelques éléments de réponse. Il s'organise autour de deux parties: la première composée de huit chapitres a trait aux enjeux, intérêts et limites des indicateurs, à l'appui d'expériences françaises et étrangères. La seconde partie présente au travers de six chapitres quelques méthodes d'élaboration de systèmes d'indicateurs de durabilité. Dans un premier chapitre, "L'évaluation du développement durable, du global au local: penser le changement ou changer le pansement ?", Aurélien Boutaud se penche sur l'histoire du développement durable et sa traduction dans les politiques publiques, en particulier au niveau local. L'évaluation joue un rôle central dans le processus d'appropriation. En traduisant sous formes de critères, de chiffres ou encore d'indicateurs un concept aux contours flous, les outils d'évaluation sont révélateurs de l'importance et du contenu que les acteurs donnent au développement durable. Dans un chapitre deux "Indicateurs de développement durable et processus de modernisation", Florence Rudof s'interroge sur la contribution des indicateurs dans le processus de transformation sociale auquel le développement durable prétend. Les indicateurs ne doivent pas être une fin en soi, au risque d'enfermer le

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développement durable dans un réseau d'experts, mais un moment dans le processus du développement durable. Ali Douai, propose dans un troisième chapitre, "Les indicateurs alternatifs de développement: bilan critique et perspectives", une évaluation des indicateurs alternatifs. En regard de leurs fondements théoriques et conceptuels et de leur cadre méthodologique, l'auteur s'interroge sur leur capacité à atteindre leur objectif, à savoir une promotion de conceptions alternatives du bien-être, du progrès qui permettent de donner une réelle portée au concept de développement durable. L'auteur met l'accent sur des questions conceptuelles et épistémologiques qui ont été peu ou pas abordées dans la littérature récente. Dans un chapitre quatre, "Bilan des expériences territoriales dans l'élaboration d'indicateurs de développement durable", Yvette Lazzeri et Emmanuelle Moustier présentent un tour d'horizon des pratiques les plus avancées. Il témoigne que les initiatives de construction d'indicateurs se multiplient à toutes les échelles de territoire, en France et à l'étranger, et se caractérisent à la fois par leur grande hétérogénéité (par le nombre et la nature des indicateurs, la méthodologie adoptée, les terrains d'application) et par une absence de fondement théorique clair, témoignant de la complexité du concept de développement durable. L'article de Henrique Fonseca Netto présenté dans un chapitre cinq, "La mise en place des indicateurs territoriaux de développement durable: quels enjeux pour la diversité des écosystèmes régionaux brésiliens?", analyse les pratiques de construction des indicateurs environnementaux et du développement durable au Brésil. Il montre leur intérêt et surtout leurs limites devant la diversité des écosystèmes du pays. Le chapitre six "Les indicateurs et l'évaluation: un levier de mobilisation pour le développement durable? : L'expérience du Nord Pas de Calais" présentée par Sylvie Depraetere témoigne que les outils d'évaluation contribuent à une vision partagée du développement durable et constituent un levier de mobilisation pour mettre en œuvre une stratégie régionale de développement durable. L'auteur souligne néanmoins la nécessité d'articuler les problématiques, les démarches et les outils entre les différents territoires qui composent la région. Parmi les méthodes et instruments mobilisés et expérimentés, l'Empreinte Ecologique fait l'objet de l'attention de nombreux acteurs. L'indicateur est présenté aujourd'hui comme l'outil par excellence de mesure de l'impact de l'homme sur son environnement. Initialement développé à une échelle globale, la tendance est aujourd'hui de l'appliquer à des échelles plus micro (de territoires ou

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durable

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d'établissements individuels). Antoine Goxe et Sandrine Rousseau, dans un chapitre sept "L'empreinte écologique: nouvel indicateur, ancienne approche? Mise en perspective et analyse territoriale de l'empreinte écologique", s'interrogent sur l'intérêt de l'indicateur pour les acteurs qui le mobilisent et en montrent les limites dans une application locale et une utilisation rétrospective. Comme en témoigne l'article de Ibtissam El Bouazzaoui, Natacha Gondran et Jacques Bourgois, dans un chapitre huit "Empreinte Ecologique: du global au local", l'engouement quant à l'application de l'indicateur à une échelle micro doit être tempéré. En s'appuyant sur l'exemple du "chantier routier de Vendranges", les auteurs soulignent l'intérêt de l'indicateur comme outil de management environnemental mais ils montrent aussi toutes les difficultés méthodologiques d'adaptation de l'empreinte écologique au niveau d'établissements individuels. La construction d'un système d'indicateurs territoriaux du développement durable pose la question de la capacité des indicateurs à repérer les mutations des territoires et les tensions qui en résultent ainsi que de leur contribution au suivi et à l'évaluation des politiques de développement face à des enjeux de durabilité. Pour structurer le système d'indicateurs pertinents à mettre en place sur la région alpine recouvrant sept pays d'Europe, Vincent Briquel, présente dans un neuvième chapitre "Diversité des enjeux de développement au sein de la région alpine et construction d'un système d'indicateurs", une démarche d'identification et d'analyse d'ensemble des enjeux de durabilité du massif alpin. Gilbert Benhayoun, Yvette Lazzeri et Emmanuelle Moustier, dans un chapitre dix, "Élaboration d'un référentiel d'indicateurs territoriaux de développement durable", présentent la démarche de construction d'un référentiel d'indicateurs. Ce référentiel est conçu pour permettre un diagnostic de durabilité d'un territoire en vue d'orienter l'action locale. Il est, par conséquent, destiné à des territoires de décision publique et les indicateurs sont construits à partir d'objectifs de durabilité partagés et clairement identifiés. François-Renaud Siebauer présente dans un chapitre onze, la méthodologie de construction d'un "Tableau de bord de l'environnement urbain", appliqué à la ville de Nice. L'outil présente le double intérêt d'apprécier de façon globale l'état et les performances environnementales d'une municipalité mais aussi de passer de grands projets au filtre du tableau de bord (état de la ville avant le projet, état après sa réalisation). TI témoigne néanmoins de la difficulté à élaborer un outil opérationnel d'aide à la décision à partir d'un concept complexe qu'est le développement durable ainsi que de la difficulté à faire vivre l'outil.

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Introduction générale

Dans un chapitre douze, "Un outil d'aide à la décision territoriale fondé sur la méthode OEiKO~", Jean Milon propose une application de la méthode OEiKOS@ sur la ville de Notre Dame de Gravenchon. Il s'agit de construire des outils d'aide à la décision et de prospective nécessaires à la structuration de son espace tant urbain, rural qu'industriel, en fonction de son identité et de sa spécificité. A partir du concept de maille foncière, donnant lieu à la caractérisation de marqueurs physiques, économiques et environnementaux, des indicateurs d'urbanité ou de ruralité sont calculés. En agriculture, la communauté scientifique est questionnée sur les méthodes et outils permettant de répondre au besoin croissant d'évaluer la durabilité de l'exploitation agricole tout en développant des méthodes qui puissent également utiliser les bases de données nationales ou communautaires pour permettre de changer d'échelle d'analyse. Chantal Gillette, Luc Merchez et Eric Perret proposent dans un chapitre treize des "Indicateurs territoriaux de multifonctionnalité agricole pour un développement durable plus opérationnel". La multifonctionnalité agricole vise, au-delà de la production, trois fonctions proches des attentes associées au développement durable: sécurité/qualité alimentaire, maintien des sociétés rurales et respect de l'environnement. Les auteurs s'intéressent aux indicateurs d'impact et aux pratiques des exploitations agricoles, pour apprécier l'état d'avancement d'une agriculture durable. Dans le prolongement, Frédéric Zahm, Jean Joseph Cadilhon, Patricia Bossard, Philippe Girardin, Christian Mouchet, Philippe Viaux, Lionel Vilain, présentent dans un chapitre quatorze, "De l'évaluation de la durabilité des exploitations agricoles à partir de la méthode IDEA à la caractérisation de la durabilité de la "ferme européenne" à partir de la méthode IDERlCA", la démarche et la construction scientifique employée pour décliner le passage d'un concept à un système d'indicateurs de durabilité au niveau d'une exploitation agricole individuelle (méthode IDEA). Les auteurs en proposent une extension à l'ensemble de l'agriculture française, tant à l'échelle des orientations technicoéconomiques que des régions (méthode IDERICA).

PARTIE I
,

" ENJEUX, INTERETS ET LIMITES DES INDICATEURS

L'ÉVALUATION DU DÉVELOPPEMENT DURABLE, DU GLOBAL AU LOCAL: PENSER LE CHANGEMENT OU CHANGER LE PANSEMENT ?1
AURELIEN BOUTAUD
Terr(e)itoires, Perroix 74290 Talloires

INTRODUCTION La montée en puissance des préoccupations environnementales à la fin des années 1960 a servi de ferment à une critique de plus en plus acerbe des modes de développement industriels. C'est dans ce contexte international d'émergence d'un conflit entre les intérêts économiques et écologiques qu'est apparue, dans le courant des années 1980, la notion de développement durable. Après des débuts plutôt timides, le concept a fini par s'imposer très largement, jusqu'à devenir aujourd'hui le mot d'ordre incontournable d'une pléthore d'acteurs issus des sphères économiques, politiques ou encore associatives. Et le monde de la recherche n'est pas resté en retrait des débats: sciences de la Terre et de l'environnement, sciences sociales, sciences économiques... rarement un concept n'aura connu un tel succès, ni fait l'objet d'une littérature si abondante. Mais qu'en est-il réellement des actes? Comment le développement durable a-t-il concrètement été intégré aux politiques publiques (en particulier au niveau local) ? Son succès n'est-il que discursif? Le développement durable n'est-il qu'un nouvel avatar, une couche de vernis superficielle censée redonner un peu d'éclat aux acteurs publics? Ou bien, au contraire, le développement durable est-il en train de générer des changements radicaux dans nos modes de pensée et d'agir en société ?
1 Cet article résume dans ses grandes lignes le travail de thèse d'Aurélien Boutaud (2005) auquel l'auteur renvoie les lecteurs pour davantage de précisions concernant les éléments de méthode ou de contenu.

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Aurélien Boutaud

Pour répondre à ces difficiles questions, il faut sans doute commencer par se pencher rapidement sur l'histoire du développement durable. Comment comprendre, sinon, l'attirance exercée par ce concept ambigu? Et comment interpréter les acceptions pour le moins divergentes dont le développement durable fait aujourd'hui l'objet? (2) Après ce bref rappel, nous concentrerons notre attention sur les dispositifs mis en place par les acteurs publics afin d'intégrer le développement durable dans leurs politiques. Nous constaterons tout d'abord que ces démarches normatives (indicateurs, grilles d'évaluation ou d'analyse des politiques) ont l'avantage de nous fournir des informations très précises sur la vision que les acteurs publics se font du développement durable (3). Nous verrons ensuite que le positionnement de ces outils dans les processus de décision est également susceptible de nous en apprendre long sur l'importance accordée par ces acteurs au développement durable (4). Après avoir ainsi analysé quel contenu (3) et quelle importance (4) les acteurs publics donnent au développement durable, nous serons sans doute plus à même de répondre à notre première interrogation. Il sera alors temps pour nous d'en tirer quelques perspectives et conclusions pratiques (5).

1. LE DÉVELOPPEMENT DURABLE, CONCEPTION COOPÉRATIVE... ET APPROPRIATIONS COMPÉTITIVES: UN SEUL CONCEPT, DES VISIONS DIFFÉRENTES
1.1. Un grand projet: réconcilier environnement et développement Le développement durable trouve incontestablement ses racines les plus profondes dans l'émergence du mouvement écologiste contestataire né des trente glorieuses. A la fin des années 1960, la multiplication des dégradations environnementales, l'apparition de nouvelles formes de pollutions transfrontières et le soudain intérêt porté par les médias aux questions écologiques ont ainsi servi de fer de lance à la critique des modes de développement industriels. La naissance des grandes ONG environnementalistes (Greenpeace, WWF, Amis de la Terre) et la politisation du mouvement écologiste dans la plupart des pays du Nord va définitivement asseoir cette remise en cause. Ce mouvement critique trouvera finalement son apogée lors de la publication du Rapport du Club de Rome en 1971, qui concluait à l'impossibilité d'une croissance économique infinie dans un monde dont les ressources naturelles et les capacités d'épuration sont limitées (Meadows et al., 1972).

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durable

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Sensibles à la dimension internationale de la question écologique, les Nations Unies vont dès lors se saisir de cette problématique de (ré)conciliation entre environnement et développement pour lancer un cycle de négociation international. Le Rapport Founex (1971), puis la Conférence de Stockholm sur l'environnement humain (1972) permettront de jeter les bases de la problématique, proposant quelques éléments de conciliation. Malheureusement, le concept d'écodéveloppement qui naîtra de ces premières années de concertation n'aura guère de succès, et les questions environnementales seront très vite relayées au second rang des préoccupations internationales suite aux deux chocs pétroliers.
Figure 1 : Réconcilier environnement et développement: empreinte écologique et Indice de Développement Humain (IDH) de 130 nations du monde (Boutaud et al. 2004) 1,0
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Empreinte écologique (halhab)
Commentaire: L 'IDH est un indice de développement élaboré et calculé par l'ONU,. il intègre des données relatives au PIB, à l'espérance de vie et au niveau d'éducation. L'empreinte écologique est un indice synthétique qui mesure la pression exercée par une société sur l'environnement global (surface de sol productif nécessaire pour produire durablement les ressources et éliminer les déchets d'un individu). Le seuil de 0.800 IDH représente un niveau élevé de développement humain selon l'ONU,. le seuil de 1.8 ha/hab est la surface de sol bioproductif disponible par habitant de la Terre, ou seuil de durabilité écologique. Aucun pays n'atteint l'objectif d'un développement écologiquement durable (case en haut à gauche).

Il faudra donc attendre 1983 et la création par les Nations Unies de la bien nommée Commission Mondiale sur l'Environnement et le Développement (CMED) pour que le débat international soit relancé. Présidée par Gro Harlem

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Aurélien Boutaud

Brundtland, la CMED va durant quatre années mener un travail d'écoute et de négociation, tentant d'identifier les menaces, mais également les points d'accord et de désaccord qui opposent les tenants de chaque camp. Ce travail de concertation aboutira en 1987 à la rédaction du Rapport de la CMED (Rapport Brundtland, CMED 1989), qui mettra au cœur de son discours la notion de développement durable - concept qui sera définitivement sacré quelques années plus tard, lors de la Conférence de Rio sur l'Environnement et le Développement (Sommet de la Terre, 1992). 1.2. Les éléments du consensus: la notion de solidarité intergénérationnelle Le développement durable est donc le fruit d'un consensus, l'aboutissement d'une longue réflexion qui aura vu s'opposer les arguments apparemment incompatibles des tenants de la croissance et de la protection de la biosphère. En tentant de surmonter les contradictions qui opposent ces deux visions du monde, et en reconnaissant à chacune une certaine légitimité, les membres de la Commission Brundtland ont essayé de trouver un chemin médian, de proposer une nouvelle trajectoire de développement; un développement qui soit au service de l'homme, et qui prenne pleinement en compte la capacité limitée de l'environnement à fournir des ressources et à assimiler les déchets et les pollutions. Comme dans tout cycle de négociations, le point d'entente entre les points de vue les plus divergents n'a pu être trouvé qu'à travers la formulation d'un principe nouveau et consensuel, susceptible de satisfaire les différents protagonistes. C'est ainsi que le principe de solidarité intergénérationnelle a finalement été retenu comme l'élément central de définition du développement durable: "Le développement soutenable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs" (CMED, 1989). 1.3. Les éléments de discorde: durabilité faible vs durabilité forte Consensuel, le développement durable? Force est de constater en tout cas que rarement un concept n'aura connu autant de succès. A tel point que chacun semble aujourd'hui devoir se rallier à sa cause - il faut dire qu'il est bien difficile de ne pas se reconnaître dans un principe aussi généreux que la solidarité intergénérationnelle. Pourtant, si la formulation du concept a été largement basée sur une approche coopérative, force est de constater que la phase d'appropriation qui s'en est suivie a été beaucoup plus compétitive. Ainsi, les années 1990 ont vu se multiplier les discours sur le développement durable, provenant d'organismes les