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Les Latinos des USA

De
177 pages

Assistera-on à une « latinisation » des États-Unis au XXIe siècle ? Qui sont ces Latinos - Mexicains, Caribéens, Centro-américains et Sud-américains - dont la présence est toujours plus nombreuse sur le territoire états-unien ? En quoi les flux migratoires d'aujourd'hui sont-ils fondamentalement différents de ceux du passé ? De quels changements culturels, linguistiques, politiques les Latinos sont-ils porteurs ? Pourraient-ils aller jusqu'à provoquer une métamorphose des structures sociales et des logiques d'intégration en vigueur aux États-Unis ? Quelle importance attribuer à la thèse du politologue conservateur Samuel Huntington, selon laquelle les Latinos vont fatalement provoquer un conflit, « langue contre langue » et « culture contre culture », au sein de la nation états-unienne ? Quels arguments lui opposent les partisans d'une intégration réussie ? Que peut-on d'ailleurs entendre par ce terme dans le contexte états-unien et dans le nouveau contexte transnational au sein des Amériques ? Sans prétendre à une quelconque exhaustivité, cet ouvrage tente de répondre à ces questions et à d'autres qui surgissent du débat public et des recherches universitaires. Il est le premier dans l'espace francophone à les approcher de façon résolument pluri et inter-disciplinaire : parmi les collaborateurs du volume on trouve des politologues, des sociologues, des spécialistes de langue, de littérature et de création culturelle. Parmi eux, trois chercheurs mexicains (l'un vivant en France, l'autre au Mexique, le troisième aux États-Unis), un Mexicain Américain né aux États-Unis, trois Françaises et un États-Unien vivant en France. Tous ont participé à Biarritz, en septembre-octobre 2003, au Forum « Les Latinos aux USA » organisé par l'IHEAL (Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine/Sorbonne Nouvelle), avec le concours du Ministère des Affaires Étrangères, dans le cadre de La Cita, 12e festival des cinémas et des cultures d'Amérique latine.


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Couverture

Les Latinos des USA

James Cohen et Annick Tréguer (dir.)
  • Éditeur : Éditions de l’IHEAL
  • Année d'édition : 2004
  • Date de mise en ligne : 25 mars 2014
  • Collection : Travaux et mémoires

OpenEdition Books

http://books.openedition.org

Référence électronique :

COHEN, James (dir.) ; TRÉGUER, Annick (dir.). Les Latinos des USA. Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Éditions de l’IHEAL, 2004 (généré le 25 mars 2014). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/iheal/1818>.

Édition imprimée :
  • Nombre de pages : 177
 

© Éditions de l’IHEAL, 2004

Conditions d’utilisation :
http://www.openedition.org/6540

Assistera-on à une « latinisation » des États-Unis au XXIe siècle ? Qui sont ces Latinos - Mexicains, Caribéens, Centro-américains et Sud-américains - dont la présence est toujours plus nombreuse sur le territoire états-unien ? En quoi les flux migratoires d'aujourd'hui sont-ils fondamentalement différents de ceux du passé ? De quels changements culturels, linguistiques, politiques les Latinos sont-ils porteurs ? Pourraient-ils aller jusqu'à provoquer une métamorphose des structures sociales et des logiques d'intégration en vigueur aux États-Unis ?

Quelle importance attribuer à la thèse du politologue conservateur Samuel Huntington, selon laquelle les Latinos vont fatalement provoquer un conflit, « langue contre langue » et « culture contre culture », au sein de la nation états-unienne ? Quels arguments lui opposent les partisans d'une intégration réussie ? Que peut-on d'ailleurs entendre par ce terme dans le contexte états-unien et dans le nouveau contexte transnational au sein des Amériques ?

Sans prétendre à une quelconque exhaustivité, cet ouvrage tente de répondre à ces questions et à d'autres qui surgissent du débat public et des recherches universitaires. Il est le premier dans l'espace francophone à les approcher de façon résolument pluri et inter-disciplinaire : parmi les collaborateurs du volume on trouve des politologues, des sociologues, des spécialistes de langue, de littérature et de création culturelle.

Parmi eux, trois chercheurs mexicains (l'un vivant en France, l'autre au Mexique, le troisième aux États-Unis), un Mexicain Américain né aux États-Unis, trois Françaises et un États-Unien vivant en France. Tous ont participé à Biarritz, en septembre-octobre 2003, au Forum « Les Latinos aux USA » organisé par l'IHEAL (Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine/Sorbonne Nouvelle), avec le concours du Ministère des Affaires Étrangères, dans le cadre de La Cita, 12e festival des cinémas et des cultures d'Amérique latine.

Sommaire
  1. Remerciements des coordinateurs

    Annick Tréguer et James Cohen
  2. Liste des auteurs

  3. Les États-Unis dans les Amériques : pays en voie de « latinisation » ?

    Annick Tréguer et James Cohen
  4. Les Latinos, nouveau « péril » pour les Etats-Unis ?

    Critique du déterminisme culturel de choc de Samuel Huntington

    James Cohen
    1. UN « CHOC DES CIVILISATIONS » INTERNE AUX AMÉRIQUES ?
    2. LES HISPANIQUES SONT-ILS ALLERGIQUES À LA CULTURE ÉTATS-UNIENNE ?
    3. DES « ENCLAVES » HISPANOPHONES » ?
    4. DE « L’ENCLAVE » CULTURELLE À LA RECONQUETE POLITIQUE ?
    5. CONCLUSION
  5. Première partie. Les latinos transformeront-ils les États-unis ?

    1. Logiques socio-politiques de la « latinisation » des États-Unis

      James Cohen
      1. LATINISATION DÉMOGRAPHIQUE, DIVERSIFICATION LATINO
      2. « COMMUNAUTÉS » ET « COMMUNAUTARISME »
      3. LATINO ? HISPANIQUE ? LES ETHNONYMES, LEURS ORIGINES, LEURS CONNOTATIONS
      4. LATINISATION, CULTURE ET POLITIQUE : LES ENJEUX SOCIÉTAUX
      5. LA LATINISATION EN DÉBAT : LES GRANDS COURANTS
      6. LES ENJEUX D’AVENIR
    2. La migración México-Estados unidos

      Una visión general y algunos escenarios futuros

      Jorge Santibañez Romellón
      1. INTRODUCCION
      2. ASIMETRIA
      3. DIMENSION CUANTITATIVA
      4. IMPORTANCIA REGIONAL
      5. CONTINUIDAD Y COMPLEMENTARIEDAD
      6. INTERACCION
      7. VULNERABILIDAD Y RIESCOS
      8. LA FRONTERA COMO REGION DIRECTAMENTE IMPACTADA
      9. ASOCIACION CON LA SEGURIDAD NACIONAL Y ALGUNOS IMPACTOS DEL II DE SEPTEMBRE
      10. HACIA UNA EVENTUAL REFORMA MIGRATORIA
    3. L’exceptionnalité cubaine en Floride

      Janette Habel
      1. 1959-1962 : L’EXODE DE LA GRANDE BOURGEOISIE CUBAINE
      2. 1965-1973 : « LES FREEDOM FLIGHTS » ; 1980 : L’EXODE DE MARIEL
      3. APRÈS L’EFFONDREMENT DE L’URSS (1994-2004)
      4. UNE ENCLAVE STRATÉGIQUE
      5. ÉVOLUTION ET DIFFÉRENCIATIONS
      6. QUELS RAPPORTS ENTRE L’EXIL ET LA NATION INSULAIRE ?
  1. Deuxième partie. De l'immigré au citoyen : le vote des latinos

    1. Les Latinos et la politique aux États-Unis

      Rodolfo de la Garza et Jeronimo Cortina
      1. LA POPULATION LATINO
      2. LES PRÉOCCUPATIONS ET LES CHOIX PARTISANS DES LATINOS
      3. CONCLUSION
    1. Représentation politique et vote des Mexicains Américains

      Isabelle Vagnoux
      1. LES RAISONS DE LA SOUS-REPRÉSENTATION
      2. DE L’IMMIGRÉ AU CITOYEN
      3. UN ÉLECTORAT TRES COURTISÉ
  1. Troisième partie. ¡Cultura! expressions culturelles des latinos

    1. Quelle tradition littéraire pour les Latinos des États-Unis ?

      Ilán Stavans
    2. Bienvidos al Parrot Club o ¿Habla usted spanglish?

      Ilán Stavans
    3. La construcción de la identidad chicana

      Mario Constantino Toto
      1. PRIMERA ESTACION: DE LA VERGÜENZA DE SI A LA CONVERSION DE LOS ESTIGMAS
      2. SEGUNDA ESTACION: LA INVERSION DEL ESTIGMA Y LA PRODUCCION DE UN RELATO NACIONAL DE ORGULLO
      3. TERCER ESTACION: DEL RELATO NACIONALISTA A LA REIVINDICACION DE LA DIFERENCIA
      4. ÚLTIMA ESTACION: AFIRMACION IDENTITARIA Y LUCHA POR EL RECONOCIMIENTO
    4. À propos de l’art mural chicano : d’un mur à l’autre

      Annick Tréguer
    5. Seize murales chicanos du Sud-Ouest des États-Unis

      1. Années 70 : Débuts du muralisme chicano : les muralistas investissent le barrio
      2. Années 80 : Les peintures murales chicanas sortent du barrio : à la rencontre des anglos
      3. Années 90 : Les muralistes chicanos face aux problèmes sociaux
      4. Fin des années 90 : À l’extérieur, au-dedans et au dehors du barrio. À l’intérieur, dans les bâtiments officiels

Remerciements des coordinateurs

Annick Tréguer et James Cohen

1Ce livre d’universitaires est né d’une sympathique expérience extra-universitaire, le XIIème Festival des Cinémas et Cultures de l’Amérique latine-La CITA à Biarritz. Le « Forum : les Latinos aux États-Unis » a attiré un public remarquablement divers, mais invariablement fasciné par les questions liées à la « latinisation » des États-Unis. Ni cette « Rencontre de La CITA », ni cet ouvrage n’auraient pu exister sans le concours de plusieurs personnes et institutions que nous voulons ici remercier chaleureusement. Au premier rang, doit figurer M. Jean Cazenave, président-créateur de La CITA, qui a en effet tenu tout particulièrement à ce que la question des Latinos aux États-Unis soit débattue à Biarritz. Pour réaliser cette « Rencontre » dans le cadre de son XIIème festival, La Cita s’est ainsi tournée vers l’Institut des Hautes Études d’Amérique latine (IHEAL). Nous tenons à remercier, le directeur de l’IHEAL, M. Jean-Michel Blanquer, pour l’amitié et la confiance qu’il nous a manifestées en nous proposant ce « dossier », ainsi que M. Christian Bachelier, pour son grand souci de rigueur dans la mise en forme de ce livre. Par ailleurs, les auteurs remercient le ministère des Affaires étrangères pour son indispensable contribution à l’organisation de cette rencontre et à la publication de ses actes.

Liste des auteurs

1James Cohen
maître de conférences en sciences politiques à Université Paris VIII ; enseignant à l’Institut des Hautes Études d’Amérique latine, Paris ; et chercheur associé au CREALC (IEP d’Aix-en Provence)

2Mario Constantino Toto
chercheur à la Facultad Latinoamericana de Ciencias Sociales (FLACSO), Mexico, et chercheur associé au Centre d’Analyse et d’Intervention sociologiques (CADIS), École des Hautes Études en Sciences sociales, Paris

3Jerénimo Cortina
doctorant en sciences politiques à Columbia University, New York

4Rodolfo de la Garza
professeur de science politique à Columbia University, New York et vice-président du Tomás Rivera Policy Institute

5Janette Habel
enseignante à l’Institut des Hautes. Études de l’Amérique latine et chercheuse associée au CREALC (IEP d’Aix-en-Provence)

6Jorge Santibáñez Romellon
président du Colegio de la Frontera Norte (COLEF) à Tijuana

7Ilán Stavans
professeur de littérature hispanique à Amherst College, Massachusetts.

8Annick Tréguer
chercheuse et agrégée d’espagnol, Université de Paris III (Sorbonne Nouvelle) et Institut des Hautes Études de l’Amérique latine

9Isabelle Vagnoux
maître de conférences d’études américaines, Université Aix-Marseille I /CREALC (IEP d’Aix-en-Provence)

Les États-Unis dans les Amériques : pays en voie de « latinisation » ?

Annick Tréguer et James Cohen

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LES LATINOS DES USA

1Les États-Unis deviendraient-ils « latinos » ? À cette question, suggérée par mille faits d’actualité, les collaborateurs de ce livre répondront tous « oui », chacun(e) à sa manière. En Europe comme ailleurs, un public international porte dorénavant un intérêt croissant au fait que les populations hispaniques ou latinos occupent année après année une place grandissante dans la société états-unienne. Que ce soit par le biais des événements du 11 septembre 2001, des nouvelles en provenance du front irakien, de telle initiative du gouvernement de Washington en matière de gestion des flux migratoires, ou au fil d’une campagne présidentielle, la densité et le poids de la présence des Latinos confèrent désormais à cette catégorie de population une visibilité qui peut, dans certains contextes, en faire un acteur de premier plan des États-Unis. Parallèlement, des éléments « latins », présents depuis longtemps, s’affirment dans le tissu culturel et même linguistique de la société états-unienne. Aussi bon nombre d’observateurs sont-ils conduits à s’interroger sur le sens que pourraient à l’avenir prendre ces changements dans le fonctionnement d’un pays longtemps réputé exclusivement anglophone, historiquement « blanc, anglo-saxon et protestant » (WASP), en dépit de sa longue histoire de diversité ethno-raciale. L’implication de ces phénomènes pour l’espace des Amériques en général est bien sûr multiple.

2Cependant, la prise de conscience des profondes mutations qui traversent la société états-unienne reste encore balbutiante. La « latinisation » des États-Unis est un « fait social total », selon l’expression de Marcel Mauss. Pour l’étudier, il est indispensable d’observer plusieurs types de phénomènes d’après diverses disciplines, de manière à les faire dialoguer les unes avec les autres. Parmi ces phénomènes, citons : les flux migratoires (en provenance de divers pays et régions, vers diverses régions des États-Unis) ; l’économie politique des migrations et du travail des immigrés ; les logiques sociales d’intégration (socio-économique, politique, culturelle, etc.) dans des conditions à la fois d’ouverture démocratique, de forte inégalité socio-économique et, selon les situations, de stigmatisation ethno-raciale, les logiques de formation des discours « identitaires », des pratiques linguistiques, des formes d’expression et de création culturelles. Si le concours et le croisement des « techniques » de recherche les plus variées sont essentiels, leur « métissage » ne saurait se réduire à une technique.

3Face à une situation mouvante qui se prête à des lectures multiples, et bien souvent à controverses, les sciences sociales et humaines sont placées aujourd’hui devant le formidable défi de produire des lectures claires et cohérentes, utiles pour tous. Parce qu’il fait appel une large gamme d’approches et d’objets, souvent « métissés » de façon suggestive pour la recherche, le présent volume peut être considéré comme œuvre novatrice dans l’espace francophone.

4Sur un sujet qui par ailleurs se médiatise et devient même « à la mode », ce livre, comme les Rencontres qui l’ont précédé, n’a évidemment aucune prétention à l’exhaustivité, mais il a le mérite de proposer au lecteur plusieurs analyses qui inviteront les lecteurs à aller plus loin.

5Ce volume rassemble les contributions présentées au Forum « Les Latinos aux USA » de La CITA à Biarritz, le 30 septembre et le 1er octobre 2003 par huit chercheurs : un Mexicain du Mexique, un Mexicain chercheur en France, un Mexicain vivant aux États-Unis, un Mexicain Américain né aux États-Unis, trois Françaises et un États-Unien vivant en France. La sociologie, la démographie, les sciences politiques, les disciplines littéraires et les études culturelles au sens large, étaient bien représentées dans l’équipe.

6Pour la commodité de l’organisation de ce Forum comme pour celle du présent livre, nous avons décidé de rassembler les sujets traités en trois grandes catégories :

  1. l’identification des populations latinos des États-Unis (d’où viennent-ils ? où vont-ils ? que font-ils ? etc.) ;
  1. les parcours « de l’immigré au citoyen » ;
  2. les formes d’expression culturelle et « identitaire » des Latinos des États-Unis.

7Comme le lecteur pourra le constater par lui-même, ce découpage comporte nécessairement quelque chose d’artificiel : à l’intérieur de chacun des chapitres les auteurs apportent à leurs sujets divers éclairages, pour le bonheur des lecteurs curieux de sonder un « fait social total » en voie d’émergence.

***

8Au moment où ce livre en était déjà à un stade avancé de réalisation, la publication d’un article polémique du politologue états-unien Samuel P. Huntington a déclenché un débat international sur les phénomènes qui nous intéressent ici. Auteur en 1996 du célèbre Choc des civilisations, Huntington en arrive en 2004 à mettre en doute la capacité de la « nation américaine » à intégrer les Hispaniques/Latinos, dont il affirme qu’ils sont en passe, sur les plans culturel et linguistique, de constituer à court terme un corps étranger à la nation. De l’avis de la plupart des auteurs qui se sont exprimés sur le sujet, les critères huntingtoniens de définition de cette nation sont ethnocentriques et ne font qu’encourager des attitudes xénophobes et racistes. C’est pourquoi les éditeurs de ce volume ont jugé indispensable de répondre dès le départ aux thèses de Huntington, ce qui fait l’objet du premier article de l’ouvrage.

9James Cohen propose ensuite une lecture de la « latinisation » des États-Unis qui en souligne le caractère pluriel et contradictoire. Partant de là, il s’efforce de résumer les positions des principaux acteurs d’un débat naissant – un débat qui relève à la fois des sciences humaines et de la politique –, puisque la « latinisation » est tout, sauf un sujet qui laisse les citoyens indifférents.

10Éminent spécialiste des flux migratoires du Mexique vers les États-Unis, Jorge Santibáñez Romellón montre, dans un article fondé sur les données les plus récentes, à quel point la question migratoire est par définition pluri-disciplinaire. Il étudie tour à tour les flux eux-mêmes dans leur aspect quantitatif, les problèmes d’insécurité auxquels sont confrontés les migrants, les problèmes sociaux, économiques, écologiques et sécuritaires spécifiques de la zone frontalière et enfin, last but not least, les défis politiques que doivent relever les gouvernants des deux côtés de la frontière.

11Janette Habel, l’une des principales spécialistes en France de la politique cubaine, examine la « diaspora » cubaine aux États-Unis. Tout en établissant un portrait sociologique des générations qui constituent la « communauté » cubaine, du début de la révolution castriste à nos jours, elle examine les ressorts de son influence politique. Si le « lobby » anti-castriste continue d’être en mesure d’imposer à Washington une partie de ses choix en matière de politique étrangère, il lui est arrivé depuis quelques années, comme le montre Janette Habel, d’essuyer des échecs, notamment face notamment aux intérêts agro-alimentaires états-uniens qui voudraient en finir avec l’embargo qui frappe l’île depuis plus de quarante ans. Par ailleurs, la différenciation interne de la « communauté » pourrait finir par dépasser et dissoudre le « bloc » ultra-conservateur cubain et tendre ainsi à combler le fossé, imposé par les antagonismes politiques, entre île et diaspora.

12Rodolfo de la Garza, l’un des principaux spécialistes états-uniens de la participation politique des Latinos, et Jerónimo Cortina, un jeune chercheur travaillant sous sa direction, proposent d’abondantes données qui permettent de cerner avec rigueur le phénomène du « vote latino ». Leur thèse, alimentant le débat émergent sur la question, est que la spécificité de ce vote est souvent surestimée.

13Américaniste spécialiste des relations États-Unis-Mexique, Isabelle Vagnoux examine le parcours conduisant « de l’immigré au citoyen » dans le cas des Mexicains, qui constituent les deux tiers des Latinos aux États-Unis. Elle démontre notamment comment ce parcours aboutit à une participation et à une représentation véritables. Mais il reste néanmoins semé d’embûches, ce qui éloigne pour eux la perspective d’une participation et d’une représentation aussi fortes que dans le reste de la population. Elle montre également que les Latinos, tout en votant majoritairement pour le Parti démocrate – lorsqu’ils votent –, font l’objet d’une sérieuse opération de séduction de la part des républicains – opération qui ne semble pas avoir rapporté à ce jour tous les fruits escomptés.

14Ilán Stavans, Mexicain de naissance et titulaire d’une chaire de littérature hispano-américaine dans une université états-unienne, est connu pour son œuvre prolifique sur les formes d’expression littéraire des Latinos aux États-Unis et pour ses positions originales et polémiques sur le spanglish. Dans son article « Quelle tradition littéraire pour les Latinos des États-Unis ? », il montre comment l’émergence d’un genre « littérature latino » participe à la prise de conscience d’une collectivité plurielle. Sur un ton humoristique et provocateur, il nous fournit un échantillon du spanglish dans « Bienvenidos al Parrot Club ».

15Sociologue mexicain associé à un laboratoire de recherche en France, Mario Constantino Toto étudie méthodiquement l’odyssée identitaire des Chicanos/Mexicains Américains, sur la base d’entretiens réalisés pendant quatre ans à Los Angeles. Il analyse comment ce parcours, qui varie naturellement d’un individu à l’autre, passe néanmoins par certaines étapes socialement déterminées. Si le parcours commence par une lutte contre les stigmatisations imposées aux immigrés par une société blanche et anglophone, il débouche sur la conscience d’un « nouveau métissage », c’est-à-dire la revendication d’une culture nouvelle de l’« entre-deux ». Il s’agit, selon lui, d’« un régime de signification qui résiste tant à la logique traditionnelle de la communauté fermée sur elle-même qu’à l’image hypermoderne de l’individu-consommateur sans références sociétales ».

16Un essai illustré d’Annick Tréguer clôt l’ouvrage. Elle y démontre comment, dans sa version initiale d’art public s’affichant sur les murs des barrios entre le milieu des années 60 et le milieu des années 80, l’art mural chicano a été une expression culturelle unique en son genre. La peinture murale chicana est, selon elle, une bonne illustration de la manière dont un groupe latino peut apprendre à se sensibiliser au fonctionnement de la société anglo et à s’en protéger, grâce aux armes visuelles que des artistes convaincus de leur rôle social sont venus implanter au cœur même de son lieu de vie.

17Au moment d’achever cet ouvrage, ses éditeurs n’expriment qu’un souhait : susciter de nouvelles recherches sur les sujets traités ici ainsi que sur de nombreux autres sujets que nous n’avons pas pu aborder faute de place. L’ouvrage fait la part belle aux Mexicains/Chicanos/Mexicains Américains. Ce choix reflète une réalité historique et démographique qui n’implique aucun désintérêt pour d’autres groupes dont la présence aux États-Unis est déjà marquante (Portoricains, Dominicains, Centro-Américains) ou le sera probablement dans l’avenir (Colombiens, Équatoriens, etc.). Il faudrait également accorder plus d’attention aux segmentations socio-économiques et spatiales, aux problèmes socio-éducatifs, à la différenciation sociale interne à la catégorie « latino », aux mouvements sociaux, aux dispositifs médiatiques latinos (hispanophones, anglophones ou bilingues), aux musiques latinos, au cinéma et au théâtre, et à bien d’autres sujets. Dans l’espace francophone, l’étude des Hispaniques/Latinos aux États-Unis est un champ de recherche encore jeune mais son importance ne peut aller qu’en croissant. C’est le cas non seulement pour des raisons démographiques évidentes, mais aussi parce que les Latinos aux États-Unis peuvent jouer un rôle de « passeurs » entre les Amériques du Nord et du Sud. Quels nouveaux liens pourront surgir de l’expérience ? Il est trop tôt pour le savoir, mais les travaux ici réunis sont formés à partir d’hypothèses qui ne manqueront pas d’ouvrir de nouvelles pistes.

Bibliographie

Notice chrono-bibliographique :

Par cette notice, les éditeurs veulent rappeler la contribution importante à la question des Latinos aux USA de quelques-uns des travaux précurseurs publiés en langue française.

I. Livres entièrement consacrés à la question des Latinos aux États-Unis :

Rocard, Marcienne (1980). Les Fils du Soleil. La minorité mexicaine à travers la littérature des États-Unis. Paris, Maisonneuve et Larose.

Cazemajou, Jean, éd. (1985 et 1988, 2e éd. revue et augmentée). Les minorités hispaniques en Amérique du Nord (1960-1980). Conflits idéologiques et échanges culturels. Talence, Presses universitaires de Bordeaux.

Durand, Jorge (1996). Migrations mexicaines aux États-Unis. Paris, CNRS éditions.

Centre d’analyse et de recherche nord-américaines et latines, CARNAL (1999). Latinos et Yankees : Interactions dans l’espace anglo-hispanique des Amériques, Actes du colloque des 26, 27 et 28 septembre 1997, textes réunis par Maryse Gachie-Pineda et Isabelle Vagnoux. Aix-en-Provence, Publications de l’Université de Provence.

Ben Amor-Mathieu, Leïla (2000). Les télévisions hispaniques aux États-Unis. L’invention d’une communauté. Paris, CNRS éditions.

Tréguer, Annick (2000). Chicanos : murs peints des États-Unis. Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle.

Vagnoux, Isabelle (2000). Les Hispaniques aux États-Unis. Paris, Presses universitaires de France (« Que sais-je ? » n° 3564).

Le Bars, Sylvia (2001). Le conflit linguistique aux États-Unis. Rennes, Presses universitaires de Rennes.

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