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Les luttes paysannes et ouvrières face aux défis du XXIe siècle

De
981 pages
Le discours dominant depuis l'effondrement du socialisme dit réellement existant en Union Soviétique et le déploiement du capitalisme dans la Chine post maoïste prétend tout simplement qu'il n'y a pas de voie de « développement » possible autre que capitaliste, dont l'horizon serait de ce fait indépassable. Les seuls débats possibles ne concernaient alors que les modalités de ce capitalisme « incontournable », « régulé » par la prise en considération d'intérêts sociaux autres que ceux du seul capital, ou « dérégulé », c'est à dire régulé en fait au bénéfice exclusif de celui-ci. L'histoire du capitalisme réellement existant, constituée de phases successives de dérégulation ou de régulation, selon que les rapports de force étaient plus ou moins défavorables aux classes et aux peuples dominés, ne conforte pas l'optimisme de commande du discours du capitalisme sur lui-même. Car cette histoire est en définitive celle de destructions humaines gigantesques - génocides de peuples entiers, polarisation de la richesse à l'échelle mondiale, paupérisations massives - atténuées seulement dans les moments de forte régulation du déploiement capitaliste. Il en fut ainsi dans cette période exceptionnelle qui a suivi la seconde guerre mondiale, caractérisée par la régulation social-démocrate de l'État de bien être (le Welfare State) dans les centres développés, les formules du socialisme réellement existant des pays de l'Est, celles du populisme national dans le tiers monde libéré du vieux colonialisme. Je ne reviendrai pas ici sur l'analyse de ce moment que j'ai proposée ailleurs. Je ferai seulement observer que le discours dominant du libéralisme d'aujourd'hui capitalise les « échecs » de ces formules - en fait, les systèmes en question n'ayant pas été capables d'aller au delà des formules qui avaient été à l'origine de leurs succès pour un temps - pour réaffirmer sans nuances l'exclusivité de l'option capitaliste de principe, et même plus particulièrement de sa forme dérégulée. En oblitérant les dimensions destructives immanentes à tout procès d'accumulation du capital, a fortiori dérégulé. Ou, tout au moins, en prétendant que ces effets sont « provisoires », tentant de faire oublier que ce « provisoire » constitue la règle depuis cinq siècles. Or loin d'être progressivement atténuées par le renforcement général de la puissance des forces productives développées par le capitalisme, ces dimensions destructives sont aujourd'hui parvenues à un stade tel qu'elles sont devenues une menace d'une gravité exceptionnelle pour la survie même de la civilisation humaine. Les analyses concrètes de ce défi, conduites sur les terrains les plus divers du monde contemporain - en Chine et en Inde, dans les mondes arabe et africain, ceux de l'Amérique latine et de l'Europe de l'Est, comme en Occident développé lui-même - démontrent toutes l'extrême gravité de la menace pour tous, en dépit de la diversité des conditions locales et des résultats apparents (qualifiés de « succès » ou « d'échecs » dans les termes du déploiement du capitalisme libéral mondialisé qui définit le moment actuel). Cette gravité même constitue le meilleur indicateur de ce que j'ai appelé la « sénilité » du capitalisme. Autrement dit ou bien ce système sera dépassé positivement, fut-ce évidemment progressivement, à travers une longue transition en direction de ce qu'on ne peut appeler autrement qu'un socialisme mondial à inventer, ou bien il le sera par la cristallisation d'un système odieux « post capitaliste » que j'ai qualifié d'apartheid à l'échelle mondiale, génocidaire par vocation. Avant de revenir sur quelques unes des grandes questions concernant l'analyse des systèmes et de leurs contradictions, l'efficacité des visions politiques et des stratégies à travers lesquelles les luttes des classes et des peuples qui en sont les victimes s'expriment ou peuvent s'exprimer, laissons parler les analyses concrètes considérées dans cet ouvrage collectif.
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Extrait
Présentation

Le discours dominant depuis l’effondrement du socialisme dit réellement existant en Union Soviétique et le déploiement du capitalisme dans la Chine post maoïste prétend tout simplement qu’il n’y a pas de voie de « développement » possible autre que capitaliste, dont l’horizon serait de ce fait indépassable. Les seuls débats possibles ne concernaient alors que les modalités de ce capitalisme « incontournable », « régulé » par la prise en considération d’intérêts sociaux autres que ceux du seul capital, ou « dérégulé », c’est à dire régulé en fait au bénéfice exclusif de celui-ci.

L’histoire du capitalisme réellement existant, constituée de phases successives de dérégulation ou de régulation, selon que les rapports de force étaient plus ou moins défavorables aux classes et aux peuples dominés, ne conforte pas l’optimisme de commande du discours du capitalisme sur lui-même. Car cette histoire est en définitive celle de destructions humaines gigantesques - génocides de peuples entiers, polarisation de la richesse à l’échelle mondiale, paupérisations massives – atténuées seulement dans les moments de forte régulation du déploiement capitaliste. Il en fut ainsi dans cette période exceptionnelle qui a suivi la seconde guerre mondiale, caractérisée par la régulation social-démocrate de l’État de bien être (le Welfare State) dans les centres développés, les formules du socialisme réellement existant des pays de l’Est, celles du populisme national dans le tiers monde libéré du vieux colonialisme. Je ne reviendrai pas ici sur l’analyse de ce moment que j’ai proposée ailleurs. Je ferai seulement observer que le discours dominant du libéralisme d’aujourd’hui capitalise les « échecs » de ces formules – en fait, les systèmes en question n’ayant pas été capables d’aller au delà des formules qui avaient été à l’origine de leurs succès pour un temps - pour réaffirmer sans nuances l’exclusivité de l’option capitaliste de principe, et même plus particulièrement de sa forme dérégulée. En oblitérant les dimensions destructives immanentes à tout procès d’accumulation du capital, a fortiori dérégulé. Ou, tout au moins, en prétendant que ces effets sont « provisoires », tentant de faire oublier que ce « provisoire » constitue la règle depuis cinq siècles.


Or loin d’être progressivement atténuées par le renforcement général de la puissance des forces productives développées par le capitalisme, ces dimensions destructives sont aujourd’hui parvenues à un stade tel qu’elles sont devenues une menace d’une gravité exceptionnelle pour la survie même de la civilisation humaine.

Les analyses concrètes de ce défi, conduites sur les terrains les plus divers du monde contemporain – en Chine et en Inde, dans les mondes arabe et africain, ceux de l’Amérique latine et de l’Europe de l’Est, comme en Occident développé lui-même - démontrent toutes l’extrême gravité de la menace pour tous, en dépit de la diversité des conditions locales et des résultats apparents (qualifiés de « succès » ou « d’échecs » dans les termes du déploiement du capitalisme libéral mondialisé qui définit le moment actuel). Cette gravité même constitue le meilleur indicateur de ce que j’ai appelé la « sénilité » du capitalisme. Autrement dit ou bien ce système sera dépassé positivement, fut-ce évidemment progressivement, à travers une longue transition en direction de ce qu’on ne peut appeler autrement qu’un socialisme mondial à inventer, ou bien il le sera par la cristallisation d’un système odieux « post capitaliste » que j’ai qualifié d’apartheid à l’échelle mondiale, génocidaire par vocation.

Avant de revenir sur quelques unes des grandes questions concernant l’analyse des systèmes et de leurs contradictions, l’efficacité des visions politiques et des stratégies à travers lesquelles les luttes des classes et des peuples qui en sont les victimes s’expriment ou peuvent s’exprimer, laissons parler les analyses concrètes considérées dans cet ouvrage collectif.